‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 31 sur 85 · ET BU CHLORURE BE BARYUM · texte numérisé non relu

ET BU CHLORURE BE BARYUM

Action sur l’économie animale.

Expérience ire. — A une heure cinq minutes , on a fait avaler â un petit carlin 2 grammes de baryte caustique réduite en poudre fine. Au bout de dix minutes, l’animal s’est couché sur le ventre, et a paru souffrir considérablement. A une heure trois quarts, il a vomi avec beaucoup d’efforts une petite quantité de matières muqueuses d’une couleur verdâtre, mêlées de sang; il avait le hoquet, et poussait des cris plaintifs. A deux heures, il était dans un état d’insensibilité tel qu’on l’aurait cru mort; on pouvait le pincer sans qu’il donnât le moindre signe de douleur; ses membres, levés et abandonnés à leur propre poids, tombaient comme une masse inerte ; ses pupilles étaient dilatées. A deux heures vingt-cinq minutes, il a rendu une petite quantité de matière jaune-verdâtre, après avoir fait de violents efforts pour vomir ; ses inspirations étaient excessivement profondes; il continuait à se plaindre. 11 est mort à quatre heures, après avoir éprouvé quelques légers mouvements convulsifs dans les extrémités postérieures. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge foncé dans toute son étendue ; elle offrait, dans la portion qui avoisine le pylore, deux taches noires formées par du sang veineux extravasé sur la membrane musculeuse. Le duodénum et les autres intestins étaient comme dans l’état naturel. Les poumons étaient cl’un rouge foncé vers le lobe postérieur; leur tissu était crépitant.

Expérience ne. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille; on a introduit dans son estomac Li grammes de baryte parfaitement pulvérisée et enveloppée dans un cornet de papier ; on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture afin d’empêcher le vomissement. L’animal est mort au bout d’une heure, après avoir éprouvé des douleurs atroces, des mouvements convulsifs et l’insensibilité générale dont j’ai parlé dans l’expérience précédente. L’estomac contenait le cornet de papier dans lequel il y avait encore beaucoup de baryte ; la membrane muqueuse était d’un rouge noir dans toute son étendue; les intestins et les poumons n’offraient aucune altération sensible.

Expérience me. — A onze heures, on a fait avaler à un petit chien h grammes de carbonate de baryte pulvérulent : â une heure et demie, l’animal a vomi une petite quantité de matières liquides, dans lesquelles on apercevait facilement une portion de la poudre ingérée. I l a commencé à se plaindre ; il est tombé dans un grand état d’abattement, et il est mort à cinq heures. La membrane muqueuse de l’estomac présentait la

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même altération que celle dont j’ai parlé clans les deux expériences précédentes.

Expérience ive. — J’ai injecté dans la veine jugulaire d’un chien robuste 25 centigrammes de chlorure de baryum dissous dans U grammes d’eau distillée : sur-le-champ l’animal a éprouvé une grande agitation ; il s’est violemment débattu en roulant son corps par terre , et il a eu des mouvements convulsifs dans les membres. Au bout de trois minutes, il est devenu calme; sa respiration n’était point gênée; i! n’avait qu’un tremblement convulsif général. Il est mort dans cet état six minutes après l’injection. L'autopsie a été faite sur-le-champ. Les chairs étaient palpitantes ; les ventricules du cœur étaient gonflés par une très grande quantité de gros caillots gélatineux , formés par du sang d’un rouge un peu foncé ; on voyait aussi quelques uns de ces caillots dansles deux oreillettes. Le sang artériel et veineux des membres abdominaux n’était point coagulé. Les poumons avaient une belle couleur rose; ils étaient crépitants, et contenaient beaucoup d’air ; leur tissu offrait dans quelques points un peu plus de densité que dans l’état naturel; l’estomac était sain.

Expérience v*. — À midi douze minutes, on a détaché et percé d’un trou l’oesophage d’un chien fort, quoique de petite taille; on a introduit dans son estomac 6 grammes de chlorure de baryum dissous dans 24 grammes d’eau distillée ; on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture afin d’empêcher le vomissement : au bout de dix minutes, l’animal a fait de violents efforts pour vomir, et il a eu deux selles liquides. A midi quarante minutes* il a commencé à être agité de mouvements convulsifs; il s’est couché sur le ventre, et il a éprouvé des secousses si fortes * qu’il a été soulevé et renversé malgré lui , en faisant des sauts brusques , comparables à ceux des grenouilles soumises à l’action d’une forte pile galvanique. Ges phénomènes ont cessé pendant quelques secondes pour se reproduire ensuite avec plus d’intensité. Cinq minutes après, les mouvements convulsifs étaient très marqués dans les muscles de la face ; il était impossible à l’animal de se tenir sur ses pattes ; il tombait aussitôt qu’on le relevait. A midi cinquante-cinq minutes, les battements du cœur étaient très accélérés ; on pouvait en compter cent trente par minute ; les mouvements convulsifs étaient bornés à l’extrémité antérieure droite. Il est mort à une heure. On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur battait avec force dans les premiers instants; mais les battements diminuèrent sensiblement, au point qu’ils étaient excessivement rares et faibles au bout de trois minutes : le ventricule gauche renfermait du sang noir fluide. Les poumons étaient de couleur naturelle ; leur tissu , plus dense que dans l’état naturel, ne contenait presque point d’air, et n’était point crépitant (1). La membrane muqueuse de l’estomac était d'un rouge

(1) Il arrive souvent, lorsque la mort est. précédée de fortes convulsions, que les poumons ne renferment presque point d’air et que leur tissu est durci; on conçoit, en effet, que dans cet état de convulsion la respiration ne s’opérant que difficilement, l’asphyxie doive en être la suite. Il faut nécessairement avoir égard à cette circonstance avant de conclure que l’état patholo-

DE LA BARYTE.

livide dans presque toute son (étendue; on pouvait reillever facilement en la frottant légèrement avec un couteau ; la tunique musculeuse offrait deux plaques larges cliàcurte comme un écu de 6 francs* d’un rouge cerise. L’estomac renfermait Une certaine quantité d’aliments.

Expérience vie. — M. Broche fit avaler à un gros chat 48 grammes de dissolution concentrée de chlorure de baryum : au bout de quelques minutes, l’animal vomit ; il eut des vertiges, devint insensible* et se coucha ; ses pupilles étaient dilatées; il était immobile, et il avait de temps en temps des cohvulsions. Au bout de soixante-cinq minutes, il paraissait hiort ; mais en plaçant la main entre les côtes * on sentait que le cœur battait encore cent fois par minute. On introduisit un tube dans la trachée-artère, et on gonfla les poumons environ trente-six fois par minute : le pouls cessa cependant de battre* et au bout de sept minutes, la circulation était entièrement suspendue (1).

Expérience Viic. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 6 grammes de chlorure de baryum dissous dans 180 grammes d’eau , et j’ai lié l’œsophage. L’animal a vécu trois heures et demie après avoir éprouvé la plupart des symptômes qu’avait présentés le chien qui fait le sujet de l’expérience 5e. On l’a ouvert immédiatement après avec précaution , et de manière à enlever les viscères de l’abdomen sans blesser le canal digestif. Le foie , la rate et les reins, coupés par petits morceaux et traités par l’eau distillée bouillante dans une capsule de porcelaine pendant une heure, ont fourni un décocïuni que j’ai filtré et évaporé jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine ; le produit chauffé jusqu’à ce qu’il fût carbonisé et qu’il ne Hëpandît plus de fumée , a été détaché de la capsule à l’aide de la lame d’un couteau et incinéré dans un creuset de platine; la cendre traitée par l’eau d’abord, puis par l’acide azotique, a donné deux dissolutions dans lesquelles il m’a été impossible de déceler la moindre trace de baryte , quoique le solutum aqueux fût alcalin. Pensant que si le chlorure de baryüm avait été absorbé , il avait pu se transformer dans les organes en carbonate ou en sulfate insolubles, j’ai carbonisé par l’acide azotique le foie , la rate et les reins , qüe j’avais fait bouillir dans l’eau ; le charbon obtenu , aprèfcatoir été pulvérisé, a été chauffé au rouge intense pendant trois heures dans un creuset de platine ; j’ai alors versé sur ce charbon de l’acide azotique faible, qui a dégagé du gaz acide sulfhydrique; la liqueur filtrée a été évaporée jusqu’à siccité, et le produit a été calciné dans un creuset de platine; le résidu, peu abondant , était de la baryte caustique , mêlée d’un peu de bi-oxyde de baryum.

Expérience viii*. — * A une heure , on a saupoudré avec 2 grammes 60 centigrammes de chlorure de baryum solide , et 1 gramme 3 déci— grammes du même sel dissous dans 4 grammes d’eau distillée , une plaie

gique des poumons dépend réellement de l’action directe de la substance vénéneuse.

I' Philosophiccd transactions, 1812,- Further expérimenté , c/c,, by M. Brodie.

faite sur le dos d’un petit chien ; on a réuni les lambeaux de la plaie par trois points de suture : au bout de deux minutes, l’animal s’est mis à courir dans la salle ; il a cherché à s’échapper ; ses mouvements étaient brusques, et il ne pouvait pas rester un instant en repos : cet état a duré pendant dix minutes. Un quart d’heure après l’opération , il a eu une selle, et il a vomi deux fois une petite quantité de matières bilieuses. Au bout de six minutes , il a fait des efforts infructueux de vomissement. A une heure vingt- cinq minutes, il a éprouvé des secousses convulsives très fortes ; il était couché sur le ventre, et il agitait tantôt les pattes postérieures, tantôt les antérieures ; les muscles de la partie postérieure de la tête , ceux de la face et du tronc participaient à cet état général de convulsion, îl faisait des contorsions horribles et ne pouvait pas se tenir debout; il était insensible; sa respiration n’était point gênée ; il avait beaucoup d’écume à la bouche, et ne poussait aucun cri plaintif. Cet état a continué jusqu’à quatre heures : dès ce moment l’animal est devenu comme immobile, et il a expiré vingt-cinq minutes après. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d’un rouge assez intense ; les battements du cœur étaient forts et fréquents. Les poumons, d’une belle couleur rose, étaient crépitants ; leur tissu paraissait un peu plus dense que dans l’état naturel. La membrane muqueuse de l’estomac et des intestins n’offrait aucune altération.

Expérience ixe. — M. Brodie a saupoudré avec 5 décigrammes de chlorure de baryum finement pulvérisé et humecté avec deux gouttes d’eau , deux plaies faites sur le côté et sur la cuisse d’un lapin. Au bout de quatre minutes, l’animal a paru éprouver l’action du poison; i! a eu des vertiges; les extrémités postérieures se sont paralysées, et il est tombé peu à peudans un état d’insensibilité générale ; ses pupilles étaient dilatées, il était couché et immobile ; il avait de temps en temps des mouvements convulsifs; son pouls battait cent cinquante fois par minute ; les pulsations étaient faibles et offraient quelques intermittences. Vingt minutes après l’application du poison, l’animal paraissait mort ; mais en ouvrant la poitrine, on voyait que le cœur battait encore, et ses mouvements n’ont cessé qu’environ trois minutes après la mort (1).

Observation ire. — Une jeune fille avala 32 grammes de chlorure de baryum , croyant prendre du sel de Glauher (sulfate de sonde) : presque immédiatement après l’ingestion, la malade éprouva un sentiment de brûlure ; les vomissements, les convulsions, la céphalalgie et la surdité ne tardèrent pas à se déclarer, et la mort eut lieu au bout d’une heure. ( Journal of Science ancl ihe Arts , ann. 1818, pag. 382.)

Observation 2e. — Une jeune femme qui n’avait pas mangé depuis vingtquatre heures, et qui était probablement sous l’influence de quelque affection morale triste, remplit à moitié une tasse à thé avec du carbonate de baryte, ajouta de l’eau, et avala le tout, sans y trouver aucun goût particulier. Peu de temps après, on lui administra une médecine qui la fit

(P Philoiophical Ira); -.a nions , vol, cité.

DE LA BARYTE.

« vomir. En se rendant à l’hôpital de Middlesex, dans la soirée, deux heures après l’accident, elle éprouva, pour la première fois, une obscurité de la vue suivie de diplopie, des'tintements d’oreilles, de la céphalalgie, des battements dans les tempes, une sensation de distension et de pesanteur à l’épigastre; la malade se sentait comme gonflée par des gaz, et se plaignait de palpitations. Quand elle fut couchée , elle accusa d’abord de la douleur dans les jambes et dans les genoux , et des crampes dans les mollets. Elle vomit à deux reprises une matière qui ressemblait à un mélange de chaux et d’eau , et qui déposa. La peau était chaude et sèche , le visage injecté, le pouls à quatre-vingts, plein et dur. On prescrivit le sulfate de magnésie à doses répétées. Pendant la nuit, elle eut quinze selles , et fut privée de sommeil par la céphalalgie , la douleur de l’épigastre, et le tintement d’oreilles. Le lendemain, la peau était chaude, couverte de sueur; le pharynx était le siège d’une légère douleur. La langue était humide et tapissée d’un enduit blanchâtre. Un ou deux jours plus tard, les crampes devinrent très intenses dans tous les membres qui faisaient éprouver au malade une sensation de pesanteur, et qui étaient douloureux au toucher. Ces symptômes persistèrent pendant longtemps , à quelques modifications près; ceux qui ont duré le plus longtemps sont , la céphalalgie , la douleur du côté gauche et de l’épigastre, des palpitations violentes et long-temps prolongées. La guérison fut très lente.

M. Orfila admet que la baryte et son carbonate causent la mort en agissant sur le système nerveux, et qu’ils corrodent les parties avec lesquelles ils sont en contact. M. Brodie pense, d’après des expériences faites avec le chlorure de baryum, que la mort est causée par l’action du poison sur le cerveau et sur le cœur. Dans le cas qui précède , les symptômes nerveux et circulatoires étaient troublés ; mais l’issue heureuse de la maladie s’est opposée à ce qu’on pût constater les lésions causées dans l’estomac, s’il en existait. ( Medico-chirurg . Review, octobre 183/j.)

Symptômes de l’empoisonnement par la baryte et ses composés.

La baryte et tous ses sels solubles sont vénéneux à petite dose ; le carbonate l’est également, parce qu’il se transforme dans l’estomac en un sel soluble à la faveur des acides contenus dans ce viscère. On peut résumer ainsi les symptômes que déterminent la baryte et ses composés vénéneux : nausées, vomissements pénibles et réitérés, vertiges, insensibilité, état d’affaissement, mouvements convulsifs partiels et généraux , quelquefois excessivement intenses , et qui cessent pendant quelques instants pour reparaître avec plus de force, battements de cœur fréquents , respiration momentanément suspendue , dilatation des pupilles ; l’animal ne tarde pas à tomber dans un état d’immobilité et d’insensibilité; on voit quelquefois aussi des paralysies partielles; la mort arrive au bout d’une ou de uuekmes heures.

DES POISONS IRPdTANTS.

Lésions de tissu produites par la baryte et ses composés.

La baryte et le carbonate de baryte introduits dans l’estomac déterminent une vive inflammation de sa tunique interne ; les autres membranes sont enflammées à un moindre degré. L’action locale du chlorure de baryum est moins intense.

Conclusions. — 1° Ces composés irritent les parties avec lesquelles on les met en contact , sont absorbés , et portent leur action meurtrière sur le système nerveux, et notamment sur la moelle épinière ; d’après M. Brodie , le chlorure de baryum agirait particulièrement sur le cerveau et sur le cœur ; 2° il suffit de les employer à des doses assez faibles pour occasionner la mort des chiens; 3° on peut démontrer leur présence dans les viscères éloignés des parties avec lesquelles ils ont été mis en contact ; d’où il suit que l’expert ne devra jamais négliger de les chercher dans ces viscères quand il n’aura pas pu les découvrir dans le canal digestif; 4° le chlorure de baryum injecté dans les veines tue promptement les chiens en agissant sur le système nerveux et en coagulant le sang.

Traitement de l’empoisonnement par la baryte et ses composés.

Les sulfates solubles sont des contre-poisons de la baryte et de ses composés ; leur administration est suivie de succès s’ils sont employés à temps. Les expériences suivantes ne laissent aucun doute à cet égard ;

1° On a fait avaler à un petit chien 16 grammes de sulfate de baryte réduit en poudre fine : au bout de trois heures , l’animal a vomi une petite quantité de matières blanchâtres ; le lendemain il était parfaitement rétabli. On a donné à un autre petit chien 24 grammes du même sel : il n’a point paru incommodé, et il n’a fait aucun effort pour vomir.

2° À onze heures, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien ; on a introduit dans son estomac 8 grammes de chlorure de baryum dissous dans 32 grammes d’eau distillée; six minutes après , on a fait arriver dans ce viscère 40 grammes de sulfate de soude (sel de Glauber) dissous dans 128 grammes d’eau; l’œsophage a été lié audessous de l’ouverture afm d’empêcher le vomissement. Un quart d’heure s’était à peine écoulé que l’animal a fait de violents efforts pour vomir. A onze heures quarante minutes, il a eu une selle liquide très abondante : la matière était blanche , lactescente , trouble comme si elle eût tenu une petite quantité de sulfate de baryte en suspension. A midi , il a eu une seconde selle de même nature , dans laquelle on pouvait distinguer de petits grumeaux terreux blancs, qui ont fourni

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à l’analyse du sulfate de baryte. A une heure, il a encore évacué une nouvelle quantité de ce liquide blanchâtre , grumeleux , et a fait de nouveaux efforts pour vomir. A six heures du soir, il n’avait ni mouvements convulsifs ni paralysie des membres ; il marchait et il cherchait à s’échapper. Le lendemain matin, à six heures, il n’offrait aucun symptôme remarquable ; il paraissait fatigué et abattu, il est mort à dix heures du soir, trente-cinq heures après l’introduction dans l’estomac de la substance vénéneuse. Les poumons étaient sains; la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins était presque dans l’état naturel; on remarquait seulement, dans la portion qui avoisine le pylore , une petite tache foncée de la grosseur d’un pois , qui paraissait enflammée.

Que l’on compare les résultats de cette expérience avec ceux dont j’ai parlé à la page 246 (exp. 5e) : l’animal qui en fait le sujet n’avait pris que 6 grammes de ce sel; il ne vécut que quarante-huit minutes ; il fut agité de mouvements convulsifs horribles , et, après la mort, la membrane muqueuse de son estomac se trouva enflammée dans toute son étendue. Les sulfates solubles sont donc des contre-poisons du Chlorure de baryum, pourvu qu’on les administre avant que ce sel ait été absorbé en quantité suffisante pour agir d’une manière funeste sur le svstème nerveux.

L’observation faite par M. Devergie , et tendant à diminuer la valeur des sulfates solubles dans le cas dont il s’agit, n’a aucune portée : « Le carbonate de baryte , dit-il * est plus insoluble que le sulfate , et » il agit comme corps vénéneux ; dès lors on ne peut considérer le » sulfate de baryte formé comme n’exerçant aucune action délétère » en vertu de son insolubilité. » (Med. légale, t. m, p. 348.) Mais il suffit de la plus légère réflexion pour voir qu’il n’y a aucune parité à établir entre le mode d’action de ces deux sels. Le carbonate de baryte, en tant que sel insoluble, n’occasionnerait aucun désordre; il ne tue1 que parce que les acides contenus dans l’estomac le changent promptement en un sel soluble , ce qui n’arrive pas au sulfate de baryte.

Le médecin appelé pour secourir les individus qui auront avalé des composés de cette espèce, devra donc recourir sur-le-champ aux dissolutions légères de sulfate de soude ou de sulfate de magnésie (sel de Glauber, sel d’Epsom) , et meme à l’eau de puits, qui se trouve souvent contenir une assez grande quantité de sulfate de chaux. Si le vomissement ne se déclare point en peu de temps , il le favorisera en titillant la luette avec une plume, en chatouillant le gosier, et meme en administrant un émétique: par ce moyen, le poison sera expulsé avant d’avoir été absorbé en assez grande quantité pour produire la mort.

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Le traitement consécutif de cet empoisonnement variera ensuite selon la "nature et l’intensité des symptômes auxquels le malade sera en proie ; mais , en général , il faudra recourir aux antiphlogistiques et aux narcotiques.

Baryte pure.— Elle est solide, grise ou blanche suivant qu’elle est anhydre ou hydratée, et soluble dans l’eau. La dissolution aqueuse concentrée ramène au bleu le papier rougi , précipite en blanc par les acides carbonique , sulfurique et phtorhydrique silicé. Le carbonate de baryte, s’il n’a pas trop de cohésion, se dissout dans un excès d’acide carbonique ; le sulfate est insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique, et le pthorosilicate est gélatineux. La dissolution très étendue de baryte ramène aussi le papier rougi au bleu, et précipite par les acides carboniqne et sulfurique , ce qui le distingue de la dissolution très étendue de strontiane qui ne précipite pas par l’acide sulfurique.

Baryte mêlée à des liquides alimentaires , à des matières vomies et ci celles qui sont contenues dans le canal digestif. — Si la proportion de baryte contenue dans ces matières est faible, on ne la trouvera pas dans la dissolution , parce qu’elle aura été transformée en carbonate, en phosphate, et surtout en sulfate insoluble, parles carbonates, les phosphates et les sulfates solubles que contiennent les matières organiques ; dans ce cas , les liquides ne ramèneront pas au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. Si la dose de baryte , au contraire, dépasse 8, 10, 12 ou 20 centigrammes, la liqueur bleuit en général le papier rougi. Admettons qu’il en soit ainsi. Après avoir constaté l’alcalinité de cette liqueur, on l’évaporera jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine à une douce chaleur ; la masse sera traitée par de l’acide azotique pur, étendu de cinq à six fois son poids d’eau distillée bouillante ; on filtrera la liqueur après quelques minutes d’ébullition , et on la fera évaporer dans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle soit carbonisée et qu’elle ne répande plus de fumée ; alors on détachera le charbon avec la lame d’un couteau propre et on l’incinérera dans un creuset de platine ; la cendre contiendra de la baryte caustique ou carbonatée et un peu de bi-oxyde de baryum, suivant la proportion d’acide azotique et de matière organique contenue dans le charbon ; il arrivera pourtant le plus ordinairement que la majeure partie de la baryte , sinon la totalité , se trouvera à l’état caustique ; on fera bouillir cette cendre dans l’eau distillée; on filtrera, et le sotulum offrira tous les caractères de l’eau de baryte. Dans la crainte qu’une portion de baryte n’ait été transformée en carbonate pendant l’incinération , on traitera par l’acide azotique affaibli la

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cendre épuisée par l’eau bouillante; le liquide, filtré, évaporé à siccité et calciné dans un creuset de platine , laissera de la baryte caustique et un peu de bi-oxyde de baryum.

On devra alors s’occuper de rechercher la portion de baryte décomposée par les carbonates et les sulfates solubles contenus dans la matière organique. Pour cela on desséchera dans une capsule de porcelaine la matière solide restée après le premier traitement par l’acide azotique affaibli ; on la carbonisera par l’acide azotique pur et concentré, puis on incinérera le charbon dans un creuset de platine que l’on maintiendra à une chaleur rouge; il suffit de deux heures pour que le carbonate de baryte soit décomposé et pour que le sulfate soit changé en sulfure de baryum. On traitera la cendre par de l’acide azotique pur affaibli, qui dégagera du gaz acide sulfhydrique , reconnaissable à son odeur, précipitera du soufre et donnera de l’azotate de baryte soluble; on filtrera pour avoir celui-ci et le faire évaporer dans une petite capsule de porcelaine ; l’azotate de baryte solide , calciné dans un creuset de platine, laissera la baryte caustique mêlée d’un peu de bi-oxyde de baryum.

Si le mélange organique dont il s’agit ne contenait pas de baryte libre et qu’il ne ramenât par conséquent pas au bleu le papier rougi , il faudrait au lieu de le traiter d’abord par l’acide azotique affaibli , après l’avoir desséché , le carboniser par l’acide azotique dans une capsule de porcelaine, puis incinérer le charbon comme il vient d’être dit, dans le but de décomposer le carbonate et le sulfate de baryte qui se seraient formés.

S’il s’agissait de déceler la baryte qui pourrait se trouver dans les tissus du canal digestif ou dans les autres viscères , par suite de l’absorption ou d’une combinaison qui aurait eu lieu, on ferait bouillir ces organes coupés en petits fragments, avec de l’eau distillée pendant une heure ; la dissolution filtrée serait traitée comme je l’ai dit en parlant de la baryte mêlée à des liquides alimentaires, etc. (Voyez page 252.) Si la dissolution aqueuse ne fournissait point de baryte, on devrait chercher celle-ci dans les tissus qui auraient déjà subi l’action de l’eau bouillante, en les carbonisant par l’acide azotique concentré et pur, puis en maintenant à une chaleur rouge dans un creuset de platine le charbon, afin de décomposer le carbonate et surtout le sulfate de baryte que ces tissus pourraient renfermer, par suite de la transformation d’un composé de baryte soluble en carbonate ou en sulfate de baryte.

Carbonate de baryte.— -Ce sel est solide, blanc insipide , insoluble dans l’eau et soluble avec effervescence dans l’acide azotique affaibli ; les acides sulfurique et pthorhydrique silicé agissent sur l’azotate obtenu

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comme sur la baryte. En évaporant cet azotate jusqu’à siceité et en calcinant le produit clans un creuset de platine, on obtient de la baryte mêlée d’un peu de bi-oxyde de baryum.

Si le carbonate de baryte était mélangé à des matières organiques , il faudrait commencer par examiner si la portion liquide de ces matières ne contiendrait pas un sel de baryte soluble, il se pourrait en effet qu’une portion et même la totalité de ce carbonate eût été transformée dans le canal digestif en acétate ou en chlorure de baryum, à la faveur des acides acétique et chlorhydrique que l’estomac contient. Pour cela on agirait comme je l’ai dit en parlant de la baryte mêlée à des liquides alimentaires. Si la transformation dont je parle n’avait pas eu lieu , on dessécherait les matières organiques dans une capsule de porcelaine et on traiterait le produit par l’acide azotique étendu d’eau , comme il a été dit plus haut. On finirait par obtenir de la baryte caustique mêlée d’un peu de bi-oxyde de baryum.

Enfin , ici comme pour la bary te , on devrait pousser les opérations assez loin pour découvrir la portion de baryte qui aurait pu être absorbée ou passer à l’état de sulfate , et se trouver dans la masse solide ou dans les organes déjà traités par l’acide azotique faible; il s’agirait tout simplement de carboniser les parties solides restantes par l’acide azotique , puis de calciner le charbon pendant deux heures au moins à une chaleur rouge intense , afin d’obtenir du sulfure de baryum ou du carbonate de baryte , que l’on décomposerait par l’acide azotique affaibli ; la liqueur filtrée, évaporée et calcinée , laisserait de la baryte caustique , mêlée d’un peu de bi-oxyde de baryum.

Chlorure de baryum. — Il est solide, blanc, pulvérulent ou cristallisé en lames carrées, d’une saveur âcre très piquante, sans action sur le papier rouge ou bleu de tournesol , soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool concentré.

Dissolution aqueuse concentrée ou étendue, — Elle fournit avec les carbonates solubles un précipité blanc de carbonate de baryte soluble dans l’acide azotique ; ce précipité chauffé avec du charbon dans un creuset de platine, laisse de la baryte caustique mêlée d’un peu de bi-oxyde de baryum ; les sulfates solubles en précipitent du sulfate de baryte blanc insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique pur ; ce sulfate calciné avec du charbon donne du sulfure de baryum (voy. p. 253); l’azotate d’argent y fait naître un précipité de chlorure d’argent , insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique froid ou bouillant, et soluble dans l’ammoniaque.

Chlorure de baryum mêlé à des liquides organiques , à la matière des vomissements , et à celle qui se trouve dans le canal digestif. — L’eau sucrée, le thé, l’albumine, la gélatine et le lait ne sont pas

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troublés par ce sel. Le bouillon et le vin ne sont précipités qu’à raison des sels qu’ils contiennent et qui peuvent former avec le chlorure de baryum des sels insolubles , comme du sulfate , du lartrate , du phosphate de baryte, etc.

Procédé. • — On évapore le mélange organique jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine , et on traite le produit par l’eau distillée bouillante , afin de dissoudre le chlorure de baryum qu’il peut renfermer; la dissolution filtrée est desséchée dans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle soit carbonisée et ne répande plus de fumée ; alors on incinère le charbon dans un creuset de platine et l’on fait bouillir la cendre dans de l’acide azotique étendu d’eau ; l’azotate dissous, filtré, évaporé jusqu’à siccité et décomposé par le feu dans un creuset de platine , laisse de la baryte. Si au lieu de soumettre la cendre à l’action de l’acide azotique, on la traitait par l’eau, on 11e retirerait pas le plus ordinairement un atome de baryte, parce que pendant l’incinération le chlorure de baryum se trouve transformé en carbonate de baryte , par suite de l’action des carbonates de potasse et de soude qu’elle renferme sur ce chlorure.

La matière solide non dissoute par l’eau est desséchée dans une capsule de porcelaine et carbonisée par l’acide azotique, puis le charbon est incinéré dans un creuset de platine pour transformer le sulfate de baryte qu’elle peut contenir en sulfure de baryum (voy. p. 253). Il importe de savoir que le chlorure de baryum, à moins qu’il n’existe en assez forte proportion dans les matières dont je parle , passe constamment et presque en totalité à l’état de carbonate et de sulfate de baryte insolubles, en sorte que le traitement aqueux des matières suspectes évaporées jusqu’à siccité n’en contient pas ou en renferme à peine. C’est donc dans la portion insoluble dans l’eau qu’il faudra le chercher; j’ai souvent mélangé 12 à 15 centigrammes de chlorure de baryum avec 2 ou 300 grammes d’un mélange de bouillon, de lait et de café , sans en découvrir un atome dans le traitement aqueux dont il s’agit, tandis que j’obtenais facilement une proportion notable de baryte en incinérant, comme je l’ai dit, la masse que l’eau n’avait point dissoute.

S’il s’agissait de découvrir dans les viscères ou dans les tissus du canal digestif le chlorure de baryum qui aurait été absorbé ou qui se serait peut-être combiné avec les parois de l’estomac ou des intestins, 011 ferait bouillir avec de l’eau distillée pendant une heure tous ces organes dans une capsule de porcelaine, et l’on procéderait avec ce liquide et avec la matière solide restante, comme je l’ai prescrit en parlant de la baryte absorbée et contenue dans nos viscères (voy. p. 253). C'est ainsi que f ai décélé de la baryte dans le foie , la rate et les

DES POISONS IRRITANTS

reins d’un chien que j’avais empoisonné avec 6 grammes de chlorure de baryum dissous dans 180 grammes d’eau distillée; l’animal avait vécu trois heures et demie, et avait été ouvert immédiatement après la mort. Le décoctum aqueux de ces organes ne m’a point fourni de baryte ; mais la partie solide épuisée par l’eau , carbonisée par l’acide azotique , puis chauffée pendant deux heures dans un creuset de platine, a laissé du sulfure de baryum que j’ai décomposé par l’acide chlorhydrique; en filtrant, j’ai vu que la liqueur contenait du chlorure de baryum.

Je ne saurais assez insister sur la nécessité de chercher, dans la plupart des cas , dans les matières insolubles dans l’eau , la baryte et ses composés, parce qu’ils sont facilement transformés en carbonate et en sulfate insolubles ; cette décomposition a constamment lieu lorsqu’on a administré aux malades des sulfates solubles.

DES SEDS DE STHOWTIARTE.

Il résulte d’un travail intéressant fait par le docteur Gmelin de Tubingue : 1° que le chlorure de strontium n’a point agi sur les lapins qui en avaient avalé 8 grammes dissous dans l’eau ; 2° qu’à la dose de 16 grammes dissous dans US grammes d’eau, ce sel a produit les effets suivants chez un lapin : ralentissement du mouvement du cœur, paralysie des extrémités au bout de cinq heures, mouvement involontaire delà tête; mort le lendemain ; l’intérieur de Y estomac offrait une multitude d’ecchymoses, mais il y avait à peine de l’inflammation ; 3° qu’à la dose de 8 grammes, ce même sel n’a déterminé aucun accident fâcheux chez un chien : seulement l’animal a eu un vomissement; 4° que 5 décigrammes injectés dans la veine jugulaire d’un vieux chien n’ont produit aucun effet; 5° que 8 grammes de carbonate de strontiane n’ont exercé aucune action nuisible sur un lapin ; 6° que U grammes à'azotate de strontiane efïleuris à l’air et dissous dans 32 grammes d’eau , ont accéléré les battements du cœur des lapins et déterminé une forte diarrhée, ce qui permet de conclure que l’azotate est plus actif que les autres sels de strontiane, et qu’il agit sur le cœur et sur le canal intestinal. ( Journal de Chimie médicale , numéro d’avril 1825.)

DE ï.’AMMOMIA^ÜS ET DU CARBONATE D’AMMONIAQUE.

Action sur l’économie animale.

Expérience ire. — On a injecté dans ia veine jugulaire d’un chien fort, quoique de petite taille , 3 grammes 30 centigrammes d’ammoniaque liquide moyennement concentrée : sur-le-champ l’animal a éprouvé une

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