‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 38 sur 85 · DE L’AZOTATE DE POTASSE · texte numérisé non relu

DE L’AZOTATE DE POTASSE

ce canal lui-même soumis à une ébullition prolongée avec de l’eau distillée , on devrait le chercher dans le sang et dans les viscères , où il a passé par suite de son absorption.

Procédé. — O11 fait bouillir pendant quelques minutes dans une capsule de porcelaine la totalité des matières vomies et de celles qui ont été trouvées dans le canal digestif, préalablement étendues d’eau distillée ; on filtre. La matière coagulée et les autres matières solides, ainsi que le canal digestif, coupés par petits morceaux, sont laissés pendant vingt-quatre heures dans l’eau distillée froide ; la liqueur est également filtrée ; on réunit les deux liqueurs filtrées et on les fait évaporer au bain-marie ; quand elles sont suffisamment concentrées pour pouvoir cristalliser par le refroidissement, on retire la capsule du feu. S’il se forme des cristaux de nitre d’un blanc jaunâtre parfaitement caractérisés, on ne pousse pas l’opération plus loin ; si, au contraire, on n’obtient qu’une masse d’un rouge brun , on continue à la chauffer au bainmarie jusqu’à ce qu’elle soit desséchée , et on la laisse refroidir ; clans cet état on la traite par 50 ou 60 grammes d’eau distillée froide dans laquelle on l’agite pendant dix minutes environ. Après douze ou quinze heures de contact on filtre la liqueur, qui est alors le plus souvent d’un jaune clair, et qui contient du nitre et de la matière organique ; on la fait évaporer au bain-marie pour obtenir des cristaux de nitre. Supposons qu’à la suite de ce second traitement par l’eau on n’ait pas obtenu de l’azotate de potasse bien cristallisé , parce que la proportion de ce sel contenue dans les liqueurs sera trop faible , ou bien parce que malgré la précaution prise de ne traiter les matières solides que par l’eau distillée froide, cet azotate sera encore mélangé d’une trop grande quantité de matière organique , alors on agitera a masse refroidie avec 50 ou 60 grammes d’alcool concentré à Mv degrés, et on filtrera la liqueur après un contact de quatre ou cinq heures en vaisseaux clos. L’alcool aura coagulé une assez grande quantité de matière animale ; on le filtrera , et on fera évaporer le solutum au bainmarie afin d’obtenir des cristaux de nitre. Ces cristaux , qu’ils aient été obtenus à la suite du traitement aqueux seulement , comme cela arrivera le plus souvent, ou à l’aide de l’alcool , doivent se comporter avec les charbons ardents , l’acide sulfurique et le cuivre , et les sulfates acides de narcotine et de fer, comme il a été dit à la page 288. Si, contre toute attente, la dissolution alcoolique ne cristallisait pas, il faudrait l’évaporer jusqu’à siccité au bain-marie et traiter le produit par l’eau froide; le solutum aqueux serait évaporé pour le faire cristalliser. La présence du nitre cristallisé permettra d’affirmer que ce sel avait été ingéré. On devra encore affirmer ce fait dans les cas où il aura été impossible d’obtenir des cristaux bien distincts et où

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la masse solide obtenue à la suite des évaporations fusera sur les charbons ardents , et donnera avec les autres agents mentionnés les réactions que fournit le nitre. Il m’est souvent arrivé, dans ces sortes de recherches , de ne pouvoir pas obtenir des cristaux d’azotate de potasse , quoique la masse non cristalline et notablement animalisée sur laquelle j’agissais en contînt assez pour fuser sur les charbons ardents, pour donner du gaz bi-oxyde d’azote par l’acide sulfurique et le cuivre, et pour colorer en rouge de sang et en brun les sulfates acides de narcotine et de fer. On se bornerait , au contraire , à rendre probable l’existence du nitre dans les matières suspectes, si, n’ayant pas obtenu des cristaux, la masse desséchée ne fusait pas sur les charbons ardents et ne fournissait point de bi-oxyde d’azote avec l’acide sulfurique et le cuivre , et qu’elle colorât en rouge de sang le sulfate acide de narcotine et en brun café le protosulfate de fer additionné d’acide sulfurique. Quoi qu’il en soit, dans ces différents cas, le commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu viendraient au secours de l’expert pour résoudre la question d’empoisonnement.

Si les recherches tentées sur les matières vomies, sur celles qui auront été trouvées dans le canal digestif et sur les tissus de ce canal lui-même ont été infructueuses , on agira sur le foie , la rate et les reins. Après avoir coupé ces organes en petits morceaux , on les laissera pendant plusieurs heures dans l’eau distillée froide ; le liquide , d’un rouge brun et mêlé de beaucoup de sang , sera chauffé jusqu’à l’ébullition , afin de coaguler toute la matière animale qui est susceptible de l’être ; on filtrera , et l’on agira sur la liqueur filtrée comme je viens de le dire à l’occasion des matières contenues dans le canal digestif.

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Action sur l’économie animale.

Expérience ire. — J’ai fait avaler à un petit chien du poids de U kilogrammes, à jeun, 28 grammes d’alun cristallisé à hase de potasse, réduit en poudre fine. Au bout de vingt-cinq minutes l’animal a vomi une assez grande quantité de matières liquides blanches, filantes, contenant de l’alun ; trois quarts d’heure après il a eu une selle solide. Au bout d’une heure il a mangé et n’a donné aucun signe d’incommodité. Le lendemain il était très bien portant et dévorait les aliments qu’on lui donnait. Le jour suivant à midi il était encore à jeun lorsqu’on lui a fait prendre de nouveau 28 grammes du même alun : demi-heure après il a vomi à deux reprises des matières semblables aux précédentes, et n’a pas paru plus incommodé que la veille; le lendemain, il était à merveille.

DE L’ALUN

Expérience iT. — A midi , on a fait prendre à un petit chien , âgé de trois mois, du poids de 5 kilogrammes, et à jeun, 28 grammes d’alun calciné en poudre fine : demi-heure après , l’animal a vomi des matières filantes , blanchâtres , contenant évidemment de l’alun ; il a eu une selle peu de temps après. Il a mangé vers la fin de la journée, ainsi que le endemain, et il paraissait parfaitement rétabli.

Le jour suivant , à midi , étant à jeun , on lui a fait avaler 20 grammes du même alun calciné ; il a éprouvé les mêmes accidents que l’avantveille et n’a pas tardé à se rétablir.

Trois jours après, à midi, on a injecté dans son estomac, à l’aide d’une seringue et d’une sonde de gomme élastique, 18 grammes d’alun calciné délayé et en partie dissous dans 96 grammes d’eau. Il a vomi au bout de dix minutes : demi-heure après, il a eu deux selles solides à peu de distance Tune de l’autre, et n’a plus éprouvé d’incommodité.

Le lendemain , on a injecté dans son estomac 28 grammes d’alun calciné, en partie dissous, en partie délayé dans 125 grammes d’eau froide. L’animal, qui était à jeun, a vomi au bout de six minutes une partie de la matière ingérée ; huit minutes après , nouveau vomissement , et dans les dix minutes qui ont suivi , il a encore vomi deux fois. Le soir , il était dans l’état naturel et mangeait avec appétit. Le lendemain, il n’éprouvait aucune incommodité.

Expérience iii6. — A l’aide d’une seringue et d’une sonde de gomme élastique, on a introduit dans l’estomac d’un chien beaucoup plus fort que les précédents, du poids de 12 kilogrammes 1/2, 64 grammes d’alun calciné, en partie délayé , en partie dissous dans 125 grammes d’eau froide ; dix minutes après , l’animal a vomi une quantité notable de matières alimentaires , blanchies par de la poudre d’alun; ces vomisseménts se sont renouvelés deux fois dans la demi-heure qui a suivi, et le chien n’a pas tardé à être parfaitement rétabli.

Expérience ive. — A l’aide du même procédé, on a injecté, à midi, 64 grammes d’alun calciné mêlé de 100 grammes d’eau dans l’estomac d’un petit chien du poids de 5 kilogrammes, âgé d’environ trois mois, et à jeun. L’animal a vomi des matières filantes, blanches, au bout d’un quart d’heure ; cinquante minutes après , il avait vomi cinq fois. A deux heures, il paraissait très bien portant. Les jours suivants , il a mangé avec appétit et n’a donné aucun signe d’incommodité.

Ces expériences viennent à l’appui de ce que j’avais publié sur l’alun dès Tannée 1814. « J’ai fait prendre, disais-je, à un chien 24 grammes » d’alun en poudre ; une heure après, l’animal a vomi sans effort, et il » ne paraissait pas très incommodé. Le lendemain il a mangé comme à » l’ordinaire , et il s’est trouvé parfaitement rétabli. Cette expérience » tend à faire croire que l’alun mêlé aux vins pourrait, dans certaines » circonstances, occasionner des accidents. » (Note de la page 274 de la 2e partie du tome Ier de ma Toxicologie générale , lr8 édit. , 1814.)

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Désirant connaître les effets de l’alun sur des chiens que l’on empêcherait de vomir, j’ai tenté les expériences suivantes.

Expérience ve. — Le chien qui fait le sujet de l’expérience ire, que j’ai dit être parfaitement rétabli, après avoir pris 56 grammes d’alun ordinaire, a avalé 26 grammes d’alun calciné en poudre : cinq minutes après on a lié l’œsophage. Au bout de quatre heures on a détaché la ligature, et on n’a pas remarqué que le chien fît des efforts pour vomir. Le lendemain il était faible et tourmenté par la soif. Il est mort trois jours après sans avoir présenté d’autre symptôme qu’un état de faiblesse et d’abattement qui a toujours été croissant. A l’ouverture du cadavre on n’a rien découvert qui pût rendre raison de la mort.

Expérience vie. — Le chien qui fait le sujet de l’expérience 2% que j’ai dit être parfaitement rétabli après avoir avalé 9Zi grammes d’alun calciné , a pris 6Zt grammes d’alun calciné délayé et en partie dissous dans 96 grammes d’eau : on a lié l’œsophage aussitôt. Deux heures après, abattement marqué, grande difficulté de se tenir debout; peu de sensibilité , car on peut le pincer et le piquer sans qu’il fasse le moindre mouvement. 11 est mort cinq heures après l’ingestion de l’alun.

Ouverture du cadavre.— L’estomac contient une assez grande quantité de liquide ; sa surface interne est couverte dans presque toute son étendue d’une matière rougeâtre mêlée de portions verdâtres et comme bilieuses, La membrane muqueuse est enflammée dans toute son étendue, surtout près du grand cul-de-sac, où elle est d’un brun foncé ; vers le pylore il existe un peu de sang épanché , et la membrane muqueuse y est d’un rouge assez foncé. Les parois de l'estomac sont extrêmement épaisses dans l’extrémité pylorique ; elles sont durcies, comme tannées, et résistent à l’instrument tranchant. Les parois de l’intestin grêle sont légèrement épaissies; cet intestin est tapissé intérieurement par une substance comme grenue, d’un blanc légèrement jaunâtre. Les gros intestins renferment des matières liquides, jaunâtres, fétides. Du reste, ii n’y a rien de remarquable dans cet intestin. Les autres organes ne sont le siège d’aucune altération appréciable.

Expérience viic. — A huit heures du matin, on a déiaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien robuste, du poids de 12 kilogr. ; on a introduit dans son estomac, à l’aide d’un entonnoir, 6û grammes d'alun calciné en partie délayé, en partie dissous dans 128 grammes d’eau; l’œsophage a été lié. Quatorze heures après , le chien était mort après avoir éprouvé les mêmes symptômes que le précédent. Le canal digestif offrait des altérations analogues à celles dont je viens de parler. (Voy. expérience 6e.)

Expérience viiic. — 32 grammes d’alun calciné finement pulvérisé ont été appliqués sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien de moyenne taille ; les lambeaux de la peau ont été réunis à l’aide de quelques points de suture , en sorte que l’alun a dû rester appliqué sur la surface dénudée.

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Huit jours après, on voit que ranimai 11e paraît pas avoir éprouvé d’incommodité notable; les points de suture de la plaie existent encore. En incisant la peau qui correspond aux parties mises en contact avec l’alun, on sent une résistance qui tient à ce que cette portion des téguments est desséchée en partie; l’intérieur de la plaie n’est pas enflammé ; 011 n’observe aucune trace de réunion. Le tissu cellulaire sous-cutané est desséché, gris jaunâtre et évidemment gangrené, il y a encore un peu d’alun dans la plaie. Quelques jours après, la suppuration s’établit, et ne tarde pas à être très abondante ; des lambeaux de tissu cellulaire et la peau sé détachent, et l’animal meurt quinze jours après l’application extérieure de l’alun. L’examen du membre après la mort fait voir que la suppuration avait détruit tout le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse , et même le tissu cellulaire intermusculaire ; des fusées de pus s’étaient faites jusque vers la jambe. IJ n’est pas douteux , d’après la petite quantité d’alun trouvée dans la plaie et d’après les désordres dont je viens de parler, que ce sel n’ait été transporté sur des parties du membre assez éloignées de celle sur laquelle il avait été mis.

Conclusions. -—1° Les chiens, même les plus faibles et les plus petits, peuvent supporter de très fortes doses d’alun calciné (60 grammes, par exemple) sans éprouver d’autres accidents que des vomissements et des selles ; en effet, ils sont parfaitement rétablis une ou deux heures après l’ingestion de l’alun , s’ils ont des évacuations abondantes. En combattant cette conclusion , M. Devergie 11e s’est appuyé sur aucun fait probant, et s’est mis en opposition avec ce qu’il y a de mieux établi. La seule expérience qu’il puisse produire en faveur de son opinion» la quatrième, ne prouve rien, car le chien auquel il avait fait avaler 6û grammes d’alun calciné, et qui mourut huit heures après, n’avait vomi qu une petite quantité de matière verte écumeuse.Les expériences lr% 2e et 3e faites par ce médecin confirment au contraire cette première conclusion (voy. Méd. légale, t. m, p. 337).

2° Si par suite de la ligature de l’œsophage , ou par toute autre cause y cette forte dose d’alun calciné ou cristallisé nest pas vomie , la mort arrive au bout de quelques heures, même chez les chiens robustes et d’une assez forte stature. Les cinq dernières expériences rapportées par M. Devergie ne font que confirmer ce que j’avais dit à cet égard douze ans avant lui.

3° Dans ce cas, la membrane muqueuse du canal digestif est fortement enflammée, comme je l’ai prouvé en 1829.

lx° Appliqué à l’extérieur sur le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse des chiens, l’alun calciné à la dose de 32 grammes détermine une brûlure profonde qui donne lieu à une suppuration assez abondante pour tuer les animaux au bout de quinze à vingt jours.

5° L’homme adulte peut avaler dans une journée et sans inconvé-

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nient, 4, 6, 8 et 10 grammes d’alun calciné dissous dans l’eau. Boerhaave en faisait prendre 4 grammes à la fois dans les fièvres intermittentes. Helvétius donnait toutes les quatre heures 2 grammes de pilules contenant 1 gramme 30 centigrammes d’alun calciné, ce qui porte la dose de l’alun à 7 grammes 8 décigrammes par vingt-quatre heures. M, Duméril a souvent administré 4 grammes de ce sel par jour en dissolution dans une tisane. Marc faisait prendre dans les vingt-quatre heures 500 grammes de petit-lait dans lequel on avait dissous 8 grammes d’alun. Le docteur Kapeler a donné sans inconvénient dans la colique des peintres et dans la maladie épidémique connue sous le nom d e raphania , jusqu’à 24 grammes d’alun dans les vingt-quatre heures , et quelquefois il en a administré 12 grammes d’un coup, en dissolution dans 200 grammes de véhicule; quelques uns des individus soumis à cette médication étaient d’une faible constitution. Le médicament n’a que fort rarement déterminé des nausées ou des vomissements , jamais d’épigastralgie ; mais il a souvent produit des selles abondantes.

6° Il n’est pas douteux, d’après ce que l’on observe chez les chiens et d’après ce qui précède , qu’un homme adulte bien portant qui avalerait 30 , 40 ou 60 grammes d’alun calciné dissous dans l’eau , éprouverait des vomissements et des selles, et n’en serait pas plus incommodé que ces animaux ; au contraire , il est certain qu’en raison de sa plus grande stature et de sa plus grande force, il faudrait pour déterminer chez lui des accidents aussi intenses que chez les chiens une dose beaucoup plus forte d’alun. M. Devergie pense au contraire que l’estomac de l’homme étant doué de beaucoup plus de sensibilité et ses sympathies étant beaucoup plus actives que chez le chien, l’alun agirait avec beaucoup plus d’énergie. Cette opinion, purement hypothétique, est contredite par les seuls laits qui soient dans le domaine de la science (voy. 5°).

7° Il est également certain qu’une forte dose d’alun pourrait occasionner la mort de l’homme, si le sel n’était pas expulsé par les vomissements et par les selles, ainsi que cela résulte des expériences 5Ç, 6e et 7e que j’ai publiées en 1829 (voy. p. 294).

8° Si l’estomac de l’homme, au lieu d’être sain, comme je l’ai supposé jusqu’à présent, était affecté d’une phlegmasie chronique, l’alun agirait avec beaucoup plus d’énergie, sans jamais déterminer pourtant une dilatation du ventricule gauche du cœur, comme l’avait inconsidérément annoncé le docteur Fournier de Lempdes, dans une affaire médico-légale pour laquelle je fus consulté le 24 janvier 1829, et dont voici le sommaire. Madame B. fut atteinte , lorsqu’elle était encore en pension à l’Aigle (Orne), d’un vomissement presque con-

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tinuel et tellement opiniâtre , qu’il résistait h tous les moyens indiqués : quelles que fussent les substances confiées à l’estomac, sans excepter l’eau , elles étaient aussitôt rejetées. Le docteur Emangard parvint, au bout de six semaines d’un traitement approprié, à faire supporter à la malade une eau légèrement lactée; l’alimentation fut progressivement augmentée , et la santé devint aussi bonne qu’on pouvait l’espérer chez une personne dont l’enfance et l’adolescence avaient été marquées par un état constamment valétudinaire. En 1827, madame B. fut assez souffrante pour garder le lit pendant une grande partie de l’hiver. En février 1828 , elle fit appeler pour la première fois le docteur Fournier de Lempdes , qui lui donna des soins pendant près de deux mois. Dans le courant de l’été, il survint des irrégularités dans la menstruation qui obligèrent de recourir à des sinapismes, à une infusion de safran, etc. Le 10 septembre 1828, ainsi que le déclare le docteur Fournier, madame B. fut incommodée par un embarras sanguin, avec prédisposition inflammatoire provenant de la diminution du flux menstruel. Quelsque soient le vague et l’insuffisance d’un pareil diagnostic , on prescrivit seize sangsues, et pour boisson de la gomme arabique ; malheureusement le pharmacien délivra par méprise deux paquets contenant chacun 16 grammes à1 alun calciné. L’un de ces paquets ayant été dissous dans un litre environ d’eau tiède, une tasse de cette boisson fut présentée à madame B. A peine en avait-elle bu deux ou trois cuillerées qu’elle la repoussa, accusant des douleurs très vives dans la bouche, le pharynx et l’estomac , disant qu’elle était empoisonnée et qu’elle avait la bouche brûlée. Au rapport du docteur Fournier , « elle se plai- » gnit de nausées, de chaleur vive, de douleurs déchirantes dans tous » les points qui avaient été en contact avec l’alun ; le pouls était de- » venu fréquent et la figure animée ; les muscles avaient été agités » de petits mouvements convulsifs; les envies de vomir avaient pris » de l’accroissement ; la soif était devenue inextinguible. Madame B. » commença à vomir un quart d’heure après avoir pris de cette bois- » son; la malade n’eut pas un quart d’heure de relâche : les vomisse - » ments continuèrent toute la journée (1) ; ils se ralentirent le soir, et » ils furent moins fréquents pendant la nuit ; mais la malade éprouva » de l’insomnie ainsi que des douleurs aiguës. Le lendemain il y avait » de la fièvre ; les vomissements étaient moins fréquents ; mais les an- » goisses continuaient. La nuit fut encore très agitée. Le jour sui- » vaut 24 il n’y avait plus de fièvre; la région épigastrique était deve-

(I) Le docteur Fournier ne dit pas qu’il avait fait prendre à madame B., dans la journée du 22, contre toutes les règles de l’art, 32 verres d’eau tiède.

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» nue très douloureuse à la pression et était fortement tendue. Douze » sangsues ayant été appliquées , la malade était mieux le 26. » Lors même que madame B. eût joui d’une santé parfaite, dit le docteur Fournier dans une de ses dépositions, l’usage d’une pareille boisson était de nature a l’incommoder fortement.

Appelé pour donner mon opinion dans cette affaire, je m’exprimai ainsi : l’alun calciné est un sel irritant qui peut cependant être pris à assez forte dose sans occasionner la moindre incommodité; une quantité quintuple de celle qui a été avalée par madame B. est journellement administrée à des malades sans qu’ils éprouvent même des envies de vomir. Toutefois je ne conteste pas que madame B. ait éprouvé de la part de l’alun des accidents fâcheux : depuis longtemps elle paraît atteinte d'une affection de V estomac, et nous savons qu’avec de pareilles dispositions, telle substance ne sera pas supportée qui le serait à merveille si l’estomac n’était pas malade. Ainsi que l’avait fait le docteur Marc, je réduisis à sa juste valeur l’étrange assertion du docteur Fournier, savoir, que l’alun à la dose de quelques centigrammes aurait pu occasionner un anévrisme du cœur ; et l’amende infligée par le tribunal de police correctionnelle au pharmacien fut réduite de moitié. (Voy. ma consultation dans le t. 1er des Annales d' Hygiène, année 1829.)

Traitement de l'empoisonnement par l’alun.

On favorisera le vomissement par l’eau tiède et la titillation de la luette, puis on combattra la phlegmasie gastro- intestinale par les saignées générales ou locales, les tisanes adoucissantes, la diète, etc.

Recherches médico-légales.

Alun cristallisé à base d’alumine et de potasse (sulfate d alumine et de potasse).'— Il est en octaèdres réguliers, d’une saveur acide astringente légèrement sucrée, un peu efîlorescent en été, soluble dans 14 à 15 parties d’eau froide et dans un peu plus de son poids d’eau bouillante. Chauffé jusqu’au rouge dans un creuset, il fond, se boursoufle, devient d’un blanc mat, perd 45 p. 100 d’eau, et se décompose en acide sulfurique, en acide sulfureux et en oxygène qui se dégagent , et en sulfate de potasse mêlé d’alumine qui reste. Si , au lieu d’agir à une chaleur rouge , on calcine l’alun à une douce chaleur dans un creuset, jusqu’à ce que la matière ne se boursoufle plus, on dégage presque toute Veau et une portion d’acide sulfurique , et l’on obtient Y alun calciné des pharmacies. 17 grammes 1/2 d’alun

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cristallisé, ainsi calciné, ne m’ont fourni que 10 grammes d’alun calciné; la perte avait donc été de 7 grammes 1/2; d’où il suit que l’alun ainsi calciné retient un peu d’eau; en effet on aurait dû obtenir 7 grammes 77 centièmes d’eau en supposant que toute l’eau eût été expulsée, qu’il ne se fût point dégagé d’acide, et que l’alun à base de potasse cristallisé soit formé de 55,56 de sulfate d’alumine et de potasse et de 44,44 d’eau.

Dissolution aqueuse concentrée d’alun cristallisé à base d’alumine et de potasse. — Elle est incolore, transparente et rougit le tournesol; le sels solubles de baryte y forment un précipité blanc de sulfate de baryte , insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique ; la potasse et la soude en précipitent de l’alumine en gelée soluble dans un excès de ces alcalis ; l’ammoniaque précipite également l’alumine et ne la redissout pas sensiblement quand elle n’est pas employée en grand excès ; le chlorure de platine y fait naître un précipité jaune serin , dur, grenu et adhérent au verre, de chlorure de potassium et de platine ; l’acide sulfhydriqiie ne la trouble point ; agitée avec de la potasse , de la soude ou de la chaux caustique , elle ne dégage point d’ammoniaque.

Dissolution aqueuse étendue. — Elle se comporte, comme la précédente, avec le tournesol, le sel de baryte, l’ammoniaque, l’acide sulfhydrique , la potasse et la soude ; ces deux alcalis n’en dégagent point d’ammoniaque ; le chlorure de platine ne la précipite pas ; on doit donc , pour y constater la présence de la potasse , la faire évaporer et l’amener au degré de concentration nécessaire pour qu’elle précipite par le chlorure de platine.

Alun à base de potasse calciné des pharmacies. — Il est blanc-> pulvérulent, d’une saveur très acerbe; chauffé il fournit de l’acide sulfurique , de l’acide sulfureux et de l’oxygène, et laisse du sulfate de potasse et de l’alumine. L’eau distillée bouillante n’en dissout que les 4/5 ; le solutum offre tous les caractères de la dissolution aqueuse concentrée de l’alun cristallisé. (Voyez plus haut.) La poudre insoluble blanche, formée probablement de sous-sulfate d’alumine et de potasse, se dissout en entier dans l’acide chlorhydrique faible et pur, qui lui enlève une portion de potasse et d’alumine et la ramène à l’état d’alun. 10 grammes d’alun calciné des pharmacies que j’avais préparés moi-même en calcinant dans un creuset l’alun cristallisé, m’ont donné 7 grammes 9 décigrammes d’alun soluble dans l’eau et 2 grammes 1 décigramme de poudre insoluble (un cinquième à peu près) ; en faisant cristalliser la partie dissoute, j’ai obtenu au lieu de 7 grammes 9 décigrammes, 14 grammes 22 centigrammes de cristaux d’alun, parce que l’alun avait retenu 6 grammes 32 centigrammes d’eau. Si

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l’alun calciné avait été préparé dans un vase large et peu profond tel qu’un têt, comme le font plusieurs pharmaciens, afin de chauffer plus également toute la masse , la portion insoluble dans l’eau pourrait n’être que d’un sixième au lieu d’un cinquième; dans ce cas les 10 grammes d’alun calciné donneraient 8 grammes 34 centigrammes d’alun soluble dans l’eau et 1 gramme 66 centigrammes de poudre insoluble; dans ce cas aussi les 8 grammes 34 centigrammes représenteraient 15 grammes d’alun cristallisé, c’est-à-dire 78 centigrammes de plus que lorsque la calcination de l’alun aurait été faite dans un creuset. J’avoue qu’il m’est impossible de voir dans ce résultat, comme l’annonce M. Devergie, que la force de la dissolution de l’alun puisse être augmentée de plus de deux cinquièmes en calcinant ce sel dans un têt ( Médecine légale , tome ni, p. 334) ; ce serait tout au plus une augmentation insignifiante d’un dix-septième.

Alun cristallisé à base d’ammoniaque . — Il cristallise en octaèdres; chauffé il est décomposé en alumine pure qui reste dans la cornue et en sulfate acide d’ammoniaque qui se volatilise ; trituré avec de la potasse , de la soude ou de la chaux , il laisse dégager de l’ammoniaque; du reste , la dissolution aqueuse concentrée ou étendue se comporte avec les sels solubles de baryte, la potasse, la soude, l’ammoniaque, le chlorure de platine, l’acide suif hydrique et le tournesol , comme la dissolution aqueuse concentrée ou étendue d’alun cristallisé à base de potasse.

Alun cristallisé à base de potasse et d' ammoniaque. — Ses caractères se déduisent de ceux des deux variétés d’alun qui viennent d’être décrites

Il résulte de ces faits ; 1° que l’alun calciné des pharmacies , à base de potasse , contient toujours une certaine quantité de sous-sulfate d’alumine et de potasse insoluble dans l’eau bouillante, et un peu d’eau ; 30 grammes de ce sel représentent à peu près 53 grammes du même alun cristallisé ; 2° que si l’alun calciné des pharmacies est traité par l’eau bouillante, celle-ci tient en dissolution une proportion d'alun cristallisé qui s’élève aux 4/5 environ du poids de l’alun calciné, et qui donne à celui-ci les propriétés irritantes dont il jouit; 3° que l’alun calciné des pharmacies, pour être inerte, devrait avoir été transformé, par suite d’une calcination exagérée , en alumine et en sulfate de potasse, ce qui n’a jamais lieu; 4° que l’alun calciné des pharmacies traité par l’eau froide s’y dissout difficilement et exige beaucoup plus d’eau que s’il était soumis à l’action de ce liquide bouillant

DE l’alun. 301

Mélanges d’alun à base de potasse et de liquides alimentaires , de la matière des vomissements ou de celles que Von trouve dans le canal digestif. — Expérience ire. — J’ai fait un mélange de 200 grammes de lait, de bouillon et de café , et de 30 centigrammes d’alun cristallisé. J’ai évaporé jusqu’à siccité, et partagé la masse solide en deux parties égales A et B. La portion A , traitée par l’eau distillée froide , a été filtrée au bout de quinze heures ; la liqueur de couleur rougeâtre donnait par la potasse et par l’ammoniaque des précipités fortement colorés, insolubles dans le premier de ces alcalis. La portion B a été laissée pendant quinze heures en contact avec de l’eau distillée aiguisée d’acide sulfurique, puis filtrée. La liqueur, de couleur rouge, se comportait avec les alcalis comme celle qui provenait de A. Voyant qu’il était impossible de reconnaître par ce moyen si ces liquides contenaient ou non de l’alun, je les fis évaporer jusqu’à siccité et carboniser par l’acide sulfurique pur ; les charbons bien secs furent traités par l’eau bouillante et fournirent deux liqueurs incolores, dans lesquelles il était aisé de constater la présence de l’alun.

Expérience ne. — J’ai empoisonné un chien avec 33 grammes d’alun cristallisé dissous dans 160 grammes d’un mélange de bouillon et de café ; l’œsophage et la verge ont été liés; l’animal est mort au bout de dixhuit heures et a été ouvert immédiatement après. L’estomac contenait environ 300 grammes de matières liquides et solides de couleur grisâtre, rougissant le papier de tournesol; j’ai placé le tout sur un linge propre que j’ai fortement exprimé, et j’ai évaporé jusqu’à siccité la liqueur trouble qui a passé : le produit a été chauffé dans une capsule de porcelaine et agité avec le tiers environ de son poids d’acide sulfurique concentré et pur, jusqu’à ce qu’il fût réduit en un charbon sec et friable ; il s’est dégagé beaucoup de vapeurs pendant cette opération , qui a duré à peu près vingt minutes ; le charbon a été pulvérisé et mis en contact avec de l’eau distillée bouillante ; après un quart d’heure d’ébullition , j’ai filtré et j’ai obtenu une liqueur incolore et parfaitement limpide , qui , étant abandonnée à elle-même , a laissé déposer au bout d’une heure des cristaux octaédriques offrant tous les caractères de 1 ‘'alun à base de potasse.

L 'estomac a été lavé pendant toute une journée avec de l’eau distillée froide, puis on l’a fait bouillir dans le même liquide jusqu’à ce qu’il ne fournît plus d’alun à l’eau-; les liqueurs réunies et évaporées jusqu’à siccité ont laissé un résidu qui, étant carbonisé par l’acide sulfurique concentré et traité par l’eau distillée , comme je viens de le dire , a donné de l 'alun. Le viscère épuisé par tant de lavages a été coupé par petits morceaux et carbonisé lui-même par l'acide sulfurique; le charbon ayant bouilli avec de l’eâu distillée pendant un quart d’heure a fourni un liquide que j’ai filtré et mis en contact avec l’ammoniaque, qui en a précipité de l’alumine ; en évaporant ce liquide jusqu’à pellicule, j’ai obtenu 1 gramme 2 décigrammes déalun cristallisé en octaèdres.

Foie et rate. — J’ai séparé ces organes immédiatement après la mort; je les ai coupés en petits morceaux et je les ai fait bouillir pendant une

DES POISONS IRRITANTS

heure avec de l’eau distillée aiguisée d’acide sulfurique; la liqueur évaporée jusqu’à siccité a laissé un produit brun noirâtre, que j’ai carbonisé par l’acide sulfurique concentré ; le charbon traité par l’eau distillée bouillante a donné une liqueur qui , après avoir été filtrée, était incolore et limpide; l’ammoniaque en précipitait de l’alumine soluble dans la potasse.

Urine. — La vessie contenait 120 grammes d’urine que j’ai fait évaporer jusqu’à siccité; j’ai carbonisé le produit par l’acide sulfurique; le charbon réduit en poudre a été traité par l’eau distillée bouillante et le solutum filtré ; l’ammoniaque a fait naître dans cette dissolution un précipité blanc assez abondant, soluble presqu’en entier dans la potasse pure; la liqueur potassique, filtrée et saturée par l’acide azotique, a donné par l’ammoniaque un précipité d'alumine; l’alun avait donc passé dans l’urine.

Expérience me. — .T’ai obtenu les mêmes résultats en agissant sur les organes d’un chien qui avait pris 36 grammes d 'alun calciné à base de potasse.

Il résulte de ce qui précède : 1° que l’alun est absorbé et qu’il peut être trouvé dans les divers viscères et dans l’urine ; 2° qu’on peut facilement déceler sa présence dans nos organes , dans l’urine , dans les liquides vomis et dans les matières contenues dans le canal digestif en carbonisant ces diverses parties à l’aide de l’acide sulfurique concentré et pur; 3° que l’estomac parfaitement lavé dans l’eau distillée bouillante en retient une quantité notable soit à l’état d’alun, soit à l’état de sous-sulfate d’alumine et de potasse.

Procédé. — On découvrira l’alun en agissant comme il a été dit à l’expérience 2e. (Voy. page 301.)

EMes ÆrseniwsMes*

M X.’ ARSENIC MÉTAEX.IQUE.

L’arsenic métallique doit être décrit avec soin, parce que, en définitive , dans toutes les recherches médico-légales relatives à l’empoisonnement par les divers composés arsenicaux , il est indispensable d’obtenir ce corps, pour conclure que la matière suspecte sur laquelle on a opéré était vraiment arsenicale.

L’arsenic métallique se présente à nous sous trois états : en niasse, sous forme d 'anneau et de taches. L’aspect physique de ce métal n’est pas le même dans ces différents cas , mais ses propriétés chimiques sont identiques; dire le contraire , comme on l’a fait dans ces derniers temps, c’est prouver que l’on ignore les premiers éléments de la science. Lorsqu’on a soutenu que les taches arsenicales n’étaient

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