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dans du beurre et de la graisse ont succombé plus vite que lorsqu’ils avalaient le poison seul ou mêlé avec toute autre substance (1).
La thériaque, prônée autrefois comme un excellent remède dans l’empoisonnement qui m’occupe, doit être rejetée comme inutile et dangereuse. Navier rapporte que six personnes furent empoisonnées pour avoir mangé de la soupe à laquelle on avait mêlé de l’acide arsénieux; on leur donna pour premier remède beaucoup de thériaque : elles périrent toutes en huit jours de temps , excepte une , qui ne mourut qu’au bout de deux mois, parce qu’elle avait mangé fort peu du potage empoisonné. A l’ouverture de leurs corps, on trouva les membranes de l’estomac et des intestins détruites par la chute des escarres que le poison y avait produites (2).
Les infusions de quinquina calissaya , de noix de galle , d’écorce de pin, de grenade, de la fleur du myrobolan, citrin, etc., conseillées par Chansarel , ne sont utiles que par le véhicule qui en fait partie; elles n’exercent pas une action assez énergique sur l’acide arsénieux solide pour pouvoir être considérées comme contre-poisons de ce corps, et il est par conséquent préférable d’avoir recours à l’eau tiède, qui offre l’avantage de pouvoir être administrée sur-le-champ et en grande quantité.
Les bains, les demi-bains lièdes, les fomentations adoucissantes, les lavements émollients, les narcotiques, sont autant de moyens que l’on doit mettre en usage dans le cas où l’inflammation du bas-ventre se serait déjà déclarée, et que le malade serait en proie à des symptômes nerveux alarmants.
il ne faut jamais perdre de vue que le succès du traitement dépend en grande partie du régime que le malade observe pendant la convalescence, qui est ordinairement longue et pénible; il faut principalement le nourrir de lait, de gruau , de crème de riz, et lui faire prendre des boissons adoucissantes.
Recherches médico-légales.
Acide arsénieux solyde (oxyde blanc d’arsenic , arsenic du commerce). — Il est sous forme de poudre blanche ou de masses blanches vitreuses, demi-transparentes ; quelquefois ces masses sont opaques à l’extérieur , lorsque par exemple l’acide a été exposé à l’air pendant un temps insuffisant ; il n’est pas rare aussi de voir les portions transparentes d’un jaune assez foncé. Il est inodore et doué d’une saveur âpre non corrosive , légèrement styptiquc, ne se faisant sentir
( 1) Ouvrage cité, p. 91.
(2) Navier , ouvrage cite , t. ier, p. 17 et 109.
DE L’ACIDE ARSÉNIEUX
qu’au bout de plusieurs secondes, persistant pendant long-temps et excitant la salivation à un degré marqué. C’est donc à tort que M. Christison l’a dit insipide; son poids spécifique est de 3,7386 s’il est transparent , et de 3,950 s’il est opaque. (Guibourt. )
Mis sur une lame de fer ou de cuivre, ou dans un creuset que l’on a fait rougir au feu , il se volatilise en donnant des vapeurs blanches d’acide arsénieux qui n’exhalent aucune odeur alliacée , tandis que s’il est placé sur un charbon ardent , il se décompose et fournit de l’arsenic métallique qui se répand dans l’atmosphère sous forme de vapeurs épaisses, brunâtres , d’une odeur alliacée; ces vapeurs, en absorbant l’oxygène de l’air à mesure qu’elles montent dans l’atmosphère, passent à l’état d’acide arsénieux blanc. C’est donc la vapeur d’arsenic et non celle de l’acide arsénieux qui offre l’odeur alliacée.
Il est souvent arrivé que des experts peu instruits ont affirmé qu’il y avait eu empoisonnement par l’acide arsénieux , parce qu’ils avaient trouvé dans le canal digestif une matière qui répandait une odeur alliacée lorsqu’on la mettait sur des charbons ardents. Je blâmerai sévèrement cette manière de procéder ; en effet , le phosphore , l’ail et quelques autres substances présentent la même odeur ; il peut se développer dans l’estomac, pendant la digestion, des matières qui exhalent aussi une odeur analogue lorsqu’on les chauffe. D’ailleurs n’arrive-t-il pas que l’on peut se tromper quand il s’agit d’apprécier des odeurs ? Le caractère dont je parle doit donc être considéré comme un indice , et non comme une preuve de la présence de l’acide arsénieux. L’existence de ce poison devra être mise hors de doute à l’aide des moyens que je vais faire connaître , et qui ont pour but en définitive d’obtenir l’arsenic métallique faisant partie de l’acide arsénieux.
A. On introduit dans un tube de verre étroit , de 25 à 28 centimètres de longueur, et bien sec , quelques parcelles d’acide arsénieux finement pulvérisé et intimement mélangé avec du flux noir ou avec du carbonate de potasse et du charbon desséchés ; on chauffe légèrement à la lampe à esprit-de-vin l’extrémité du tube qui contient la matière, afin de la priver de l’humidité qu’elle pourrait retenir, et on absorbe au fur et à mesure, à l’aide d’un papier roulé sur un fil de fer, la vapeur aqueuse qui s’exhale; dès qu’il ne s’en dégage plus, on effile le tube à la lampe à émailleur ; alors on fait rougir l’extrémité fermée du tube , et l’on chasse peu à peu l’arsenic métallique jusqu’à la partie la plus capillaire de ce tube. Pour cela on applique le feu dans une autre portion du tube , là où la vapeur arsenicale s’était condensée. On conçoit en effet qu’il doit être plus aisé d’apercevoir une très petite quantité d’arsenic dans un tube excessivement étroit que dans un tube large.
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li. L’acide arsénieux opaque et blanc se dissout dans quatre-vingts parties d’eau à 15° c. et dans 7,72 d’eau bouillante. S’il est transparent ou demi-vitreux, il faut pour le dissoudre cent trois parties d’eau à 15° c. et 9,33 du même liquide bouillant. Les dissolutions saturées à la température de l’ébullition et refroidies retiennent, savoir : celle de l’acide transparent, 1/56 d’acide arsénieux, et celle de l’acide opaque , 1/34. (Guibourt. ) La dissolution est incolore, inodore et douée d’une saveur âpre , semblable à celle de l’acide arsénieux solide, mais se faisant sentir un peu plus tôt. L’acide sulfhydrique gazeux ou dissous dans l’eau la jaunit instantanément , et la plus petite quantité d’ammoniaque liquide la rend instantanément incolore. Si , au lieu de la décolorer ainsi , on l’abandonne à elle-même , il se dépose au bout de quelques heures , suivant que la température est plus ou moins élevée, du sulfure jaune d'arsenic floconneux : la précipitation a lieu sur-le-champ si on chauffe le mélange ou si l’on y ajoute une petite quantité d’acide chlorhydrique ; ce précipité est très soluble dans l’ammoniaque , et la dissolution est incolore si le sulfure est pur. Les acides azotique , sulfurique , oxalique , acétique , tartrique et carbonique déterminent aussi la précipitation de ce sulfure ; toutefois les trois derniers agissent faiblement. Pour être certain que le précipité jaune est du sulfure d’arsenic , il faut nécessairement en extraire l’arsenic métallique ; à cet effet , après l’avoir lavé et desséché, on le calcine avec du flux noir ou avec un mélange de potasse et de charbon dans un petit tube de verre, comme il vient d’être dit à la p. 377. A ., ou bien on le chauffe dans une petite capsule de porcelaine avec de l’acide azotique pour le décomposer et le transformer en quelques minutes en acide arsénique et en acide sulfurique, que l’on fait dissoudre dans l’eau distillée à la température de l’ébullition, et que l’on introduit dans un appareil de Marsh. Si le sulfure avait été précipité d’une dissolution organique et qu’il fût animalisé, il faudrait le traiter à plusieurs reprises avec de l’acide azotique, ou le décomposer dans une petite capsule de porcelaine , après l’avoir mélangé avec un peu d’eau et trois fois son poids de nitre, et en le chauffant à la lampe à alcool jusqu’à ce que le nitre fût fondu. (Voy. pag. 382. )
On s’est demandé, à l’occasion de la réduction du sulfure d’arsenic et des autres composés arsenicaux, si les tubes de verre blanc et les verres à expérience faits avec le même verre contiennent ou non de l’arsenic , et, en cas d’affirmative, si le métal qui existerait dans ces tubes peut se sublimer lorsqu’on les chauffe au rouge, ou bien s’il peut abandonner les verres à expérience lorsqu’on introduit dans ceux-ci des réactifs chimiques tels que ceux que l’on emploie en médecine légale pour constater la présence de l’arsenic dans des matières sus-
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pectes. L’Académie royale de médecine a été chargée par AI. le garde des sceaux de résoudre cette question. On prévoit de suite son immense portée; en effet, si cela est, il n’y a plus moyen d’établir qu’il y a eu empoisonnement par l’arsenic; car, pour arriver à cette conclusion affirmative , il faut découvrir ce métal , soit en chauffant les matières suspectes jusqu’au rouge dans des tubes de verre, soit en les soumettant à l’action de certains réactifs dans des verres à expérience : or, chaque fois que l’on aura constaté la présence de l’arsenic par l’un ou l’autre de ces moyens , on ne manquera pas de dire : les expériences ne sont pas probantes , car V arsenic obtenu provient des tubes ou des verres à expérience , et non des matières suspectes. Heureusement il n’en est rien , comme on va le voir par les résultats des recherches auxquelles se sont livrés AI AI. Renauldin, Marc, Delens, Pelletier et Chevallier, commissaires nommés pour résoudre cette question :
1° L’acide arsénieux n’est pas généralement employé en France dans la fabrication du verre; cependant il est encore quelques verreries où il est mis en usage à des doses extrêmement petites; mais cet acide se volatilise par suite de la température élevée donnée au verre lors de la fabrication ; d’où il résulte que même du verre , dans la masse vitreuse duquel on a fait entrer l’acide arsénieux , n’en retient point.
2° On n’a pas trouvé d’arsenic dans six espèces de tubes de verre blanc pris chez les marchands, ni dans six échantillons de verre à vitre blanc et très ancien qu’on soupçonnait avoir été importé de Bohême , ni dans des tubes de verre blanc dans la fabrication desquels on avait fait entrer à dessein 1|600 ou 1 j 5 0 0 d’acide arsénieux, ni dans des fragments de verre obtenus en brisant une petite glace étamée et très mince donnée comme miroiterie cl’ Allemagne etvenue de Nuremberg.
3° Les verres à expérience , transparents , tels qu’on doit les employer pour les opérations chimiques, ne contiennent pas d’arsenic, parce que l’acide arsénieux qui aurait pu entrer dans leur composition a été entièrement volatilisé pendant la formation du verre; d’ailleurs , lors même qu’ils en contiendraient des atomes , les réactifs mis en usage dans les recherches d’empoisonnement ne pourraient pas attaquer le verre formant cet instrument et s’emparer des atomes d’arsenic qu’on supposerait y exister.
h° Il est vrai que les rapporteurs ont trouvé des traces d’arsenic dans un verre de montre opaque , et que, d’après les travaux de M. Bontemps, si du verre avait été fabriqué avec un vingtième d’acide arsénieux , il pourrait retenir de cet acide; mais alors le verre sérail
opaque et comme de V émail blanc ; d’où il suit qu’il importe de continuer ce qui a été fait jusqu’à ce jour, c’est-à-dire ne jamais employer des tubes ou des verres à expérience opaques. Il est encore vrai que le verre pourrait contenir de l’arsenic si l’acide arsénieux avait été employé dans les fabriques de gobeletterie à la dose de 1 ! 200 à i / 5 0 0 , et que la température du fourneau n’eût pas été assez élevée lors de ia fabrication ; mais dans ce cas, l’acide ne serait qu’interposé entre des masses vitreuses et nullement combiné, et l’on pourrait le dégager par la chaleur ; en sorte qu’il est prudent , avant de se livrer aux recherches sur les matières suspectes , de chauffer les tubes jusqu’au rouge pour volatiliser les traces d’acide arsénieux quà la rigueur ils pourraient contenir.
5° Du verre préparé avec de l’arséniate de potasse , du sable et du carbonate de soude retient de l’arsenic et en laisse sublimer à l’état métallique lorsqu’on le chauffe à un feu violent avec du charbon. Mais jamais dans aucune fabrique de verre on n’a employé un arséniate fixe, et les rapporteurs se sont vus obligés de faire eux-mêmes ce verre pour l’expérimenter; d’ailleurs le verre préparé ainsi est verdâtre, en partie transparent et en partie opaque : on évitera donc cette source d’erreurs en ne faisant usage que de tubes de verre transparent nr offrant aucune teinte verte .
il suit de ce qui précède que l’on doit continuer à faire les analyses des matières que l’on soupçonne contenir de l’arsenic dans des tubes de verre , pourvu que ceux-ci soient transparents , sans aucune teinte verte , et qu’ils aient été maintenus pendant quelque temps à une chaleur rouge avant d’y introduire le mélange suspect. (Annales d’hygiène, 183 h.)
C. On doit préférer l’appareil de Marsh, tel que je l’ai modifié,, au flux noir, au carbonate de potasse et au charbon pour obtenir l’arsenic métallique de l’acide arsénieux , non seulement parce que l’opération est plus simple , mais encore parce que l’on recueille à la fois un anneau d’arsenic et des taches arsenicales. Il faut encore préférer cet appareil toutes les fois qu’il s’agira d’extraire l’arsenic du sulfurejaune de ce métal, préalablement transformé en arséniate de potasse par l’azotate de celte base, comme il a été dit à la page 378.
De l’appareil de Marsh modifié.
Schéele reconnut le premier que l’hydrogène peut se combiner avec l’arsenic et donner un gaz inflammable qui laisse en brûlant du régule d’arsenic (arsenic métallique) (Mémoires de Schéele, t. Ier, année 1775). Proust disait en 1798 qu’eu brûlant te gaz hydrogène
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très fétide qui se dégage quand on dissout dans l’acide chlorhydrique de l’étain arsenical , il se dépose de l'arsenic sur les parois de la cloche (Annales de chimie , t. xxvm ). T r oms dor ff annonçait en 1503 qu’en introduisant dans un flacon ordinaire du zinc arsenical , de l’eau et de l’acide sulfurique , on dégageait du gaz hydrogène arsénié , et que si ce tube à dégagement était suffisamment long, ce gaz laissait déposer parfois de l'arsenic métallique contre les parois du tube ( ISicholson s Journal , t. vi). Stromeyer, Gay- Lnssac, Thénard, Gehlen et Davy étudièrent ce gaz plus tard. Sérullas établissait en 1821 que l’on peut se servir de la décomposition de l’hydrogène arsénié pour constater dans des cas de toxicologie la présence de l'arsenic ou de ses composés. Marsh publia en octobre 1836 un travail ayant pour titre : Description d'un nouveau procédé pour séparer de petites quantités d'arsenic des substances avec lesquelles il est mélangé ( Edinburgh new philosoph. Journal). Il proposa de développer de l’hydrogène arsénié à l’aide du zinc , de l’acide sulfurique et de l’eau , d’enflammer ce gaz et de recueillir : 1° l’arsenic à l’état métallique en recevant la flamme sur une surface froide , un tube de verre assez épais ou une soucoupe en porcelaine , et mieux encore sur une plaque épaisse de porcelaine non susceptible de s’échauffer ; 2° de l’acide arsénieux , si l’on faisait pénétrer la flamme dans le milieu d’un tube assez large ouvert aux deux extrémités ; 3° de l’arsenic métallique en même temps que de l’acide arsénieux, si l’on dirigeait obliquement la flamme dans le tube de manière à effleurer le verre. En opérant sur du gruau , du porter, du café, du potage, et sur d’autres aliments liquides dans lesquels on avait mis de très petites quantités d’acide arsénieux , il parvint à extraire ce poison de ces produits L’appareil, assez compliqué, proposé par Marsh offrait un grave inconvénient : quand le poison était mêlé avec des matières organiques , il se produisait une effervescence écumeuse, et la plus grande partie de la liqueur était chassée sous forme de mousse ; le gaz hydrogène ne brûlait plus, et l’expérience était manquée. Pour obvier à cet inconvénient grave , Marsh conseilla d’ajouter à la matière une certaine quantité d’huile d’olive qui devait s’opposer à la formation de la mousse ; il conçut en outre l’idée d’emprisonner en quelque sorte le mélange pendant un certain temps et jusqu’à ce que le gaz pût se dégager librement. L’appareil de Marsh, tel que l’auteur l’avait proposé , fut bientôt abandonné, parce qu’il n’est ni sûr ni commode, surtout quand la matière abonde Herapath, Mohr, Liébig, Berzélius, Thompson, Simon, Vogel, Chevallier, Lassaigne, Kœppeling, Kampmann, etc., modifièrent soit les flacons, soit les tubes; leurs expériences firent connaître quelques résultats nouveaux. M. Cheval-
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fier proposa le premier de faire passer le gaz hydrogène arsénié à travers des fragments de porcelaine entourés de charbons ronges, afin d’obtenir un anneau d! arsenic métallique; depuis, la commission de l’Institut a remplacé avec avantage la porcelaine par de l’amiante.
Malgré tant de travaux , l’appareil de Marsh était impuissant pour déceler des atomes d’une préparation arsenicale toutes les fois qu’elle était mélangée avec des matières organiques visqueuses , comme cela a lieu dans beaucoup de cas d’empoisonnement où l’on agit sur le contenu du canal digestif ou sur les liquides vomis , ou bien quand on expérimente sur les viscères dans lesquels le poison arsenical a été porté par absorption. Il fallait à tout prix empêcher la formation de cette prodigieuse quantité de mousse qui se produit constamment alors et qui paralyse l’ opération en empêchant le gaz hydrogène arsénié de se dégager, de manière à pouvoir être enflammé ou décomposé. Une s’agissait pour cela que de détruire la matière organique sans perdre sensiblement d’arsenic : c’est ce que je fis en janvier 1839, en employant l’azotate de potasse, et plus tard l’acide azotique. Une fois la matière animale détruite , ce qui s’obtient facilement , surtout à l’aide du nitre , les liqueurs suspectes peuvent être introduites dans l’appareil sans qu’il se développe la moindre bulle de mousse , et l’expérience marche aussi bien que si l’on se servait d’une dissolution d’acide arsénieux dans l’eau distillée. Voici maintenant l’appareil tel que je l’ai modifié ; il réunit à une extrême simplicité l’avantage de fournir à la fois un anneau d’arsenic et des taches arsenicales.
Lorsque dans un flacon tubulé A , de 24 à 30 centimètres de haut , on met 500 grammes d’eau, 3 ou 4 grammes d’acide sulfurique pur et 50 à 60 grammes de zinc laminé et coupé en morceaux, il se dégage du gaz hydrogène pur, quand les agents qui l’ont produit l’étaient eux-mêmes; si on enflamme ce gaz à la pointe du tube effilé x par où il s’échappe, et qu’on applique un corps froid E sur la flamme, il se condense de l’eau pure ; mais si l’on ajoute dans l’appareil une petite quantité d’acide arsénieux , ou du liquide suspect provenant de quelques uns de nos viscères dont la matière organique aura été préalablement détruite, à l’instant le gaz hydrogène brûle et laisse déposer sur le corps froid, au lieu d’eau pure, de l’arsenic métalli-
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que , sous forme de taches d’un brun fauve , plus ou moins foncées , brillantes et miroitantes. Si , comme je le prescris, on a introduit de l’amiante vers le milieu du tube, dans une longueur de 5 à 6 centimètres (C) , il suffira de maintenir à l’aide d’un support une lampe à esprit-de-vin allumée sous l’amiante (B), pour que le gaz hydrogène arsénié, en traversant l’amiante , se divise , se déchire en quelque sorte et se décompose en hydrogène et en arsenic ; celui-ci se déposera sous forme d’un anneau D, à une petite distance de l’amiante. L’hydrogène réduit se dégagera , et viendra sortir par la partie effdée du tube x. Si on l’enflamme, il ne déposera que de l’eau, s’il a abandonné tout son arsenic ; mais s’il est mêlé d’hydrogène arsénié , qui aurait échappé à l’action de la lampe, celui-ci sera décomposé à son tour, et laissera déposer sur le corps froid E des taches qui offriront tous les caractères de l’arsenic métallique. L’expérience prouve qu’en opérant ainsi , pour peu qu’il y ait de l’arsenic dans la liqueur A , on obtient à la fois et l’anneau métallique D et des taches. L’amiante a encore pour but de retenir les parcelles de dissolution de sulfate de zinc qui auraient pu être entraînées du flacon A dans le tube par le dégagement plus ou moins tumultueux de l’hydrogène , et de s’opposer par conséquent à la production de taches autres que celles que fournit le poison arsenical.
A l’aide de cet appareil on rend facilement sensible un millionième d’acide arsénieux dans une liqueur; des taches commencent même à paraître avec une liqueur renfermant un deux-millionième environ. Ces taches ne se montrent pas mieux avec une grande quantité qu’avec une petite quantité de liqueur employée dans l’appareil , en supposant dans les deux cas la même quantité proportionnelle d’acide arsénieux ; mais elles se forment pendant plus long-temps dans le premier cas que dans le second. Il résulte de là qu’il y a avantage à concentrer les liqueurs arsenicales et à opérer sur un petit volume de liquide : on obtient ainsi des taches plus intenses.
Précautions à j^rendre. — Avant de^commeiicer l’expérience on s’assure que les matériaux que l’on devra employer ne fournissent point d’arsenic; pour cela on introduit dans le flacon A du zinc, de l’eau et de l’acicle sulfurique , comme pour dégager du gaz hydrogène ; on bouche le vase, et on attend que le gaz se soit dégagé pendant un certain temps qui variera suivant la quantité d’air contenue dans le flacon. Si l’on se hâtait de mettre le feu au gaz , l’appareil renfermerait encore un mélange d’air et d’hydrogène, et il y aurait une vive détonation ; on devra attendre d’autant plus, que le flacon sera plus grand et qu’il renfermera moins de liquide. Dès que le gaz est enflammé, on approche la flamme d’une capsule de porcelaine froide E.
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S’il ne se dépose point d’arsenic métallique sur la capsule , au bout de quinze à vingt minutes, c’est que les matériaux employés n’en donneront point ; si , au contraire , il apparaît sur la capsule quelques taches métalliques d’un brun clair ou foncé qui se volatilisent en les soumettant pendant une demi-minute environ à l’action delà flamme, il faut changer lesmalières, et prendre du zinc et de l’acide sulfurique exempts d’arsenic. (Voyez Réactifs, à la page 443.) Alors on débouche le flacon et l’on y introduit la liqueur suspecte, après avoir toutefois vidé une partie ou la totalité du liquide qu’il renfermait, afin de pouvoir introduire toute la matière sur laquelle on doit opérer. Dans ce moment l’effervescence diminue, à moins que la liqueur suspecte ne soit elle-même acide, parce que l’acide sulfurique se trouve trop affaibli, et qu’il ne se dégage pas assez de gaz. Pour que l’expérience marche convenablement, il faut ajouter par 'petites parties, et en tâtonnant, de nouvelles quantités d’acide sulfurique jusqu’à ce qu’en approchant l’extrémité du tube x des lèvres, on sente par l’impression que le gaz produit sur elles que le dégagement est assez fort pour que ce gaz puisse brûler avec une flamme qui ne soit pas trop forte. L’acide sulfurique sera ajouté sans déboucher le flacon, en l'introduisant par un tube droit N, qui traverse le bouchon, et plonge presque jusqu’au fond. Si, par hasard, la quantité d’acide sulfurique versé dans le flacon était trop considérable et que le gaz se dégageât avec trop d’impétuosité , il faudrait à l’instant même déboucher le flacon , extraire la moitié ou les deux tiers de la liqueur, que l’on conserverait dans un grand verre pour expérimenter ultérieurement sur elle, après l’avoir étendue d’eau; on ajouterait une suffisante quantité d’eau distillée sur la moitié ou sur le tiers restant dans le flacon A, pour que le gaz se dégageât lentement. Les choses étant ainsi disposées , on allume la lampe à esprit-de-vin B.
On se gardera bien, en essayant les matériaux, d’employer une forte proportion d’acide sulfurique dans le dessein de dépolir promptement le zinc et de faire marcher l’opération plus vite ; car en agissant ainsi , le métal ne se bornerait pas à décomposer l’eau , l’acide luimême serait en partie décomposé , et il en résulterait, la température s’étant élevée à 80 ou 90° centigrades, de l’acide sulfureux. Or, cet acide serait rapidement décomposé par l’hydrogène naissant, et il se formerait de l’acide sulfhydrique dont la présence offrirait le double inconvénient de donner des taches mêlées de soufre , et surtout de transformer en sulfure d'arsenic insoluble les acides arsénieux et arsénique qui pourraient être ultérieurement introduits dans le flacon. Ce sulfure, comme on le sait, n’est point décomposable dans l’appareil de Marsh, et ne fournirait par conséquent pas les taches arseni-
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cales que l’on aurait inévitablement recueillies sans la production de l’acide sulfhydrique. Il faudra donc dans le cas où le zinc ne serait pas facilement attaqué par le mélange de 500 grammes d’eau et de 3 à l\ grammes d’acide sulfurique, que j’ai conseillé d’employer, dépolir d’abord ce métal, en le traitant dans un verre à expérience par de l’acide sulfurique étendu de son poids d’eau; quelques minutes suffiront pour qu’il soit attaqué de manière à fournir ensuite facilement du gaz hydrogène quand on voudra s’en servir; toutefois , il ne faudra pas négliger de le laver soigneusement dans de l’eau distillée avant de l’introduire dans l’appareil. Les mêmes motifs devront déterminer les experts à ne jamais faire usage d’acide sulfurique contenant de l’acide sulfureux.
Il faut pour que l’expérience marche convenablement qu’il se dégage assez de gaz hydrogène pour obtenir une flamme de 3 à 5 millimètres , c’est-à-dire que l’effervescence soit modérée. On sait que la flamme se compose de deux parties , la flamme d'oxydation , celle qui est la plus éloignée de l’extrémité du tube où elle se produit, et la flamme de réduction qui est plus près de cette extrémité. On obtient difficilement des taches arsenicales en plaçant la porcelaine dans la flamme d’oxydation , qui est beaucoup trop chaude. Il n’en est pas de même quand l’assiette se trouve dans la flamme de réduction , et même plus près de l’ouverture du tube. Il est des cas où les taches ne paraissent que lorsque cette ouverture est appuyée sur la porcelaine et maintenue dans cette situation pendant une minute environ. Dans beaucoup d’autres circonstances il faut au contraire , si l’on veut obtenir de l’arsenic, opérer avec une flamme de 6 à 8 millimètres, et alors le métal paraît presque toujours sous forme de larges taches ; d’où il suit que l’expert doit tâtonner en avançant ou reculant l’assiette jusqu’à ce qu’il ait trouvé le point convenable pour recueillir la plus grande quantité possible d’arsenic. En général , si la flamme est trop faible , qu’elle ait 1 ou 2 millimètres, par exemple , et que la liqueur contienne peu d’arsenic , les taches tardent à paraître , sont fort petites , et l’on ne réussit à les bien condenser qu’en appuyant l’extrémité du tube sur la porcelaine. Si la flamme était intense, de 20 à 25 millimètres de long , le métal se volatiliserait au fur et à mesure qu’il se dégagerait , et ne se déposerait pas sur la capsule, à moins que la liqueur n’en contînt beaucoup. C'est ce qui est arrivé aux experts de Tulle dans l'affaire Lafarge ; évidemment ces chimistes n’ont pas obtenu les nombreuses taches qu’ils auraient dû recueillir, s’ils n’avaient pas agi avec une flamme de 20 à 25 millimètres. La trop grande dimension delà flamme expose aussi à un autre inconvénient, celui d’obtenir des taches de zinc, parce que le sulfate de ce métal aura
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été entraîné avec le gaz hydrogène, et que l’amiante aura pu ne pas l’arrêter en entier.
Le diamètre et la forme de l’ouverture du tube x influent singulièrement sur la grandeur et Tint usité de la flamme. Cette ouverture doit être régulière et assez étroite ; si elle était large , la flamme an lieu d’être pointue, suffisamment allongée et dans une direction horizontale , serait évasée, plus courte, et se dirigerait de côté et d’autre ; si au lieu d’être arrondie l’ouverture du tube était irrégulière ou échancrée , la flamme présenterait à un plus haut degré ces inconvénients ; dans l’un et l’autre cas l’arsenic ne se déposerait pas facilement sur la capsule , et il faudrait souvent , pour l’obtenir, diriger obliquement la flamme sur la porcelaine dans tel ou tel autre sens.
Dans aucun cas on ne s’avisera de substituer l’acide chlorhydrique à l’acide sulfurique , comme le conseille M. Devergie , dans la persuasion où il est que le dernier de ces acides est souvent arsenical , même quand il a été purifié par les moyens que je ferai connaître plus tard. J’avais déjà prouvé à M. Devergie qu’il était dans l’erreur quant à l’acide sulfurique; l’Institut a confirmé mon dire dans son rapport. U faut espérer que M. Devergie se rendra enfin à l’évidence. Les inconvénients de l’acide chlorhydrique sont : 1° qu’il épuise bientôt son action sur le zinc et qu’il faut en employer des quantités considérables; 2° qu’il fournit du chlorure de zinc, que le gaz hydrogène entraîne beaucoup plus facilement qu’il n’entraîne le sulfate; aussi, même avec des flammes assez faibles, fournit-il des taches de zinc qui ressemblent par leurs caractères physiques aux taches arsenicales et qui pourraient par conséquent induire les experts en erreur, même quand on aurait fait usage d’amiante pour arrêter une certaine quantité de chlorure de zinc ; 3° qu’il renferme souvent de l’acide arsénieux ou de l’acide sulfureux(voy. p. 408 et 409). Quant à l’objection faite par M. Devergie, que l’acide sulfurique n’agit que difficilement sur le zinc , elle n’est aucunement fondée , puisque tout le monde sait que ce métal est promptement attaqué par cet acide, si l’on prend la précaution de le dépolir en le laissant pendant deux ou trois minutes dans un mélange de parties égales d’eau et d’acide sulfurique.
M odification introduite par M. Lassaigne . ■ — M. Lassaigne propose, au lieu d’enflammer le gaz qui se dégage de l’appareil de Marsh et de condenser l’arsenic sur une soucoupe de porcelaine , de faire passer ce gaz à travers une dissolution d’azotate d’argent bien neutre ; on sait que dans ce cas l’hydrogène arsénié réagit sur l’azotate d’argent, qu’il se précipite de l’argent métallique noir et que la liqueur renferme de l’acide arsénieux en dissolution. On peut continuer le dégagement d’hydrogène aussi long-temps que l’on veut, jusqu’à ce que l’on soit bien convaincu que la liqueur ne renferme plus de composé arse-
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nical. On achève de décomposer ce qui restait d’azotate d’argent dans la dissolution , en précipitant l’argent par l’acide chlorhydrique pur ; on obtient alors une liqueur qui, évaporée, donne l’acide arsénieux que l’on peut reconnaître à ses différents caractères. Ce procédé, qui paraissait déjà avoir été indiqué par Simon de Poggendorff, employé comme moyen de concentration , fait découvrir l’arsenic dans une liqueur qui n’en aurait pas manifesté par l’application de celui que j’ai fait connaître; il est donc excessivement sensible et je n’hésite pas à en conseiller l’usage toutes les fois qu’au bout de quelques minutes d’essai on n’aura pas obtenu de taches arsenicales , ce qui se présentera on ne peut plus rarement ; il est surtout commode pour faire passer dans une petite quantité de dissolution d’azotate d’argent une portion très minime d’arsenic (à l’état d’hydrogène? arsénié) qui existerait dans un grand volume de liquide que l’on ne peut pas concentrer par évaporation, et permettre par conséquent, en traitant la nouvelle liqueur arsenicale concentrée dans un très petit appareil de Marsh, d’obtenir des taches beaucoup mieux caractérisées.
Mais il importe de savoir qu’il faut bien se garder de conclure à la présence de l’arsenic dans des liqueurs suspectes par le fait seul , que la dissolution d’azotate d’argent se trouble pendant eju’elle est traversée par le courant de gaz hydrogène , car ce sel peut être décomposé et précipité sans qu’il existe de l’arsenic. Ainsi il se produira un précipité noir de sulfure d’argent et non d’argent métallique , quand le gaz hydrogène sera mélangé de gaz suif hydrique, ce qui aura lieu toutes les fois que le zinc renfermera un peu de sulfure; dans certains cas il y aura dépôt d’argent métallique par des gaz carbonés, et même par V hydrogène pur , si l’appareil est exposé pendant l’opération même à la lumière diffuse. On ne devra donc conclure à la présence de l’arsenic que si l’on parvient à isoler ce corps de la liqueur, après le traitement indiqué par M. Lassaigne.
Caractères de l’ arsenic métallique. — Il est indispensable, après avoir obtenu un anneau métallique ou des taches, de prouver qu’ils sont formés par l’arsenic. L’expert ne conclura jamais à l’existence de ce corps, sans avoir constaté non seulement ses propriétés physiques , mais encore ses principaux caractères chimiques.
Caractères des taches arsenicales. — Rien n’est plus facile que de distinguer ces taches de toutes celles que l’on peut produire avec d’autres matières, en y comprenant celles qui ont été signalées d’abord par moi, puis par MM. Flandin et Danger : 1° Les taches arsenicales sont d’un brun fauve , miroitantes et excessivement brillantes; quand l’arsenic est abondant, elles sont noirâtres, ternes ou presque ternes, tandis qu’elles sont d’un jaune serin si elles renfer-
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ment du sulfure d’arsenic ou une matière organique; elles ne se vaporisent pas sensiblement à froid et n’attirent pas l’humidité de l’air. 2° il suffit de quelques secondes pour volatiliser et faire disparaître complètement une tache arsenicale peu épaisse, si on la soumet à Faction de la flamme produite par la combustion du gaz hydrogène simple, celui qui se dégage, par exemple, de la lampe philosophique; il faudrait une ou deux minutes, au contraire, pour faire disparaître la tache si elle était épaisse. 3° Elles se détachent instantanément de l’assiette de porcelaine , si on les traite par deux ou trois gouttes d’acide azotique concentré et pur qui les dissout en apparence ; je dis en apparence, car on voit toujours à la surface du liquide quelques légères parcelles du métal non dissous; mais l’assiette auparavant tachée se trouve (out-ct-coup parfaitement nettoyée. 4° Si l’on chauffe à la lampe à l’alcool la petite quantité d’acide azotique employé, on obtient un résidu blanc ou d’un blanc légèrement jaunâtre, qui étant refroidi et touché par une dissolution très concentrée d’azotate d’argent, donne de l’arséniate d’argent ronge brique ; en effet l’arsenic métallique a été transformé en grande partie du moins en acide arsénique par l’acide azotique. Four ne pas manquer cette expérience capitale, il faut n’employer que quelques gouttes d’acide azotique, parce que celui-ci , alors même qu’il a été purifié et distillé à plusieurs reprises sur de l’azotate d’argent, retient souvent une matière étrangère qui se montre sous l’apparence d’un résidu jaune , brun ou noir quand on évapore l’acide jusqu’à siccité ; évidemment on aurait à redouter la présence de cette matière, qui altérerait la couleur rouge brique au point de l’empêcher de se manifester, si au lieu de traiter les taches arsenicales par deux ou trois gouttes d’acide, on en employait un ou plusieurs grammes. Il importe aussi pour réussir, de faire usage d’une dissolution d’azotate d’argent très concentrée , et quelquefois même d’ajouter un petit cristal de ce sel. Si le précipité rouge brique ne paraît pas à froid, on ne doit jamais chauffer la capsule, parce que, par la simple action de la chaleur, l’azotate d’argent se dessécherait et se décomposerait en prenant différentes nuances, et entre autres une nuance rouge qui pourrait en imposer. On peut à la rigueur constater le caractère dont je parle en n’agissant que sur une tache de moyenne épaisseur assez volumineuse ; mais il vaut mieux agir sur dix ou douze taches avec deux ou trois gouttes d’acide azotique. 5° En traitant quinze ou vingt taches arsenicales par deux ou trois gouttes d’acide azotique concentré et en faisant évaporer le mélange jusqu’à siccité, on obtient de l’acide arsenique blanc ou d’un blanc jaunâtre et un peu d’acide arsenieux, qui étant dissous dans l’eau distillée bouillante donne un solutum dont on peut précipiter du sul-
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fure d’arsenic en l’acidulant par une ou deux gouttes d’acide sulfureux liquide, et en y faisant passer quelques huiles de gaz acide sulfhydrique. Ordinairement pour déterminer la précipitation de ce sulfure , il faut faire bouillir la liqueur pendant quelques minutes et attendre ensuite jusqu’au lendemain, si l’on n’a pas ajouté d’acide sulfureux. 6" Les taches arsenicales disparaissent presque instantanément quand on les met en contact avec du chlorure de soude, ce qui n’a pas lieu avec les taches antimoniales.
Il se présente maintenant une question importante. Faut-il absolument constater les six caractères que je viens d’assigner aux taches arsenicales pour affirmer que telle est leur nature? Non certes. Les taches qui réunissent les trois premiers caractères et le quatrième ou le cinquième doivent être déclarées arsenical es.
Si nous comparons maintenant les diverses taches métalliques ou autres, aux taches arsenicales, nous verrons qu’il est aisé de distinguer celles-ci.
Taches de phosphore. • — Si la tache ne contient que du phosphore , elle est jaune orangée quand elle est intense , et d’un jaune serin , tirant un peu sur Y orangé , si elle est mince; elle est brillante , volatile sous la flamme du gaz hydrogène , et soluble dans Y acide azotique à froid. Si la tache provient de la combustion du gaz hydrogène phosphoré, elle est brillante et d’une belle nuance orangée ; elle est même rouge quand elle est épaisse ; son brillant la fait ressembler au clinquant ; elle se volatilise par la chaleur et se dissout dans l’acide azotique à froid. En outre la tache de phosphore renferme constamment de l'acide phosphorique ; aussi attire-t elle toujours l’humidité de l’air et rougit-elle un papier de tournesol avec lequel on la presse. Si, après l’avoir traitée par l’acide azotique, on évapore à siccité, on obtient de l’acide phosphorique, qui donne du phosphate d’argent jaune, quand on le touche avec une goutte d’azotate d’argent concentré.
Taches de soufre. — • Elles sont jaunes, opaques, volatiles et insolubles dans l’acide azotique à froid.
Taches d'iode. — Elle sont jaunes, quelquefois légèrement brillantes et instantanément solubles dans l’acide azotique à froid; mais elles ont l’odeur d’iode, et sont tellement volatiles qu’elles disparaissent presqu’au moment même où elles se sont produites; elles colorent en outre en bleu de l'amidon préalablement placé sur la capsule.
Taches d'antimoine. — Elles sont bleues et brillantes quand elles sont épaisses, et d’un brun fauve si elles sont formées par nue couche d’antimoine fort mince ; elles ne se vaporisent pas sensiblement à froid et n’attirent pas l’humidité de l’air. Soumises à l’action de la flamme du gaz hydrogène , à moins qu’elles ne soient très minces, elles ne dispa-
paissent pas au bout de cinq 'a six minutes, comme les taches arsénicales; d’abord elles s’étendent, puis elles deviennent moins foncées et il se produit de l’oxyde blanc d’antimoine qui se volatilise ; mais il reste toujours une tache moins volumineuse d’un gris fauve. L’acide azotique concentré les dissout instantanément, et si l’on évapore la liqueur jusqu’à siccité , qn obtient un résidu jaune d’acide antimonieux , qui ne devient pas rouge brique par l’azotate d’argent, et qui brunit et noircit si, après avoir ajouté ce sel, on le touche par une goutte d’ammoniaque. Si l’on dissout dans l’acide chlorhydrique étendu d’eau l’acide antimonieux jaune produit par Faction de l’acide azotique , et que l’on fasse passer à travers le solulum quelques bulles d’acide suif hydrique gazeux , il se forme sur-le-champ un précipité orangé rougeâtre de sulfure d’antimoine. Le chlorure de soude ne fait point disparaître les taches antimoniales , ce qui les distingue encore des taches arsenicales.
Taches mélangées d'arsenic et d’ antimoine. - — On pourrait obtenir ces taches dans un cas d’empoisonnement par l’arsenic si le malade avait pris du tartre stibié. L’aspect de ces taches variera suivant la proportion d’arsenic et d’antimoine qui entrera dans leur composition , et ne saurait par conséquent être décrit d’une manière générale. Si on les soumet à Faction de la flamme du gaz hydrogène, l’arsenic se volatilisera presque aussitôt, et l’antimoine restera. Si on les dissout dans quelques gouttes d’acide azotique et que l’on évapore le solulum jusqu’à siccité, il suffira de faire bouillir le résidu jaunâtre avec de Feau distillée pendant quelques minutes, pour dissoudre la presque totalité de Facide arsénique, tandis que la majeure partie de Facide antimonieux restera indissoute ; qu’on filtre la liqueur , après l’avoir décantée , et qu’on la fasse évaporer jusqu’à siccité, Facide arsénique obtenu deviendra rouge brique par l’azotate d’argent, tandis que Facide antimonieux jaune, qui était resté dans la petite capsule , s’il est dissous dans Facide chlorhydrique , donnera un solutum que Facide suif hydrique gazeux précipitera en orangé rougeâtre (sulfure d’antimoine).
Taches de zinc. — Ces taches se produisent lorsqu’on fait marcher avec trop de force l’appareil alimenté par Facide sulfurique , parce qu’alors une portion de sulfate de zinc est entraînée par le gaz hydrogène, qui réduit l’oxyde de zinc sur l’assiette de porcelaine; mais elles se montrent plus fréquemment si l’on substitue Facide chlorhydrique à Facide sulfurique ; il suffit dans ce cas d’un dégagement de gaz qui n’est pas trop intense pour les faire naître. Il est d’autant plus important de les caractériser qu’elles présentent à peu près l’aspect des taches arsenicales. Voici comment on les reconnaîtra : elles s’effacent complètement à l’air, parce qu’elles se transforment en oxyde de zinc;
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elles ne se volatilisent pas à la flamme du gaz hydrogène , à moins qu’elles ne soient récemment faites ; elles se dissolvent rapidement dans l’acide azotique à froid, mais le soluhm , évaporé jusqu’à siccité, ne devient pas rouge brique par l’azotate d’argent, et si on dissout ce résidu dans l’eau distillée , le gaz acide sulfhydrique le précipite en blanc ( sulfure de zinc).
Taches de fer . — Elles sont grises, brillant es et quelquefois irisées ; elles ne se volatilisent pas sous la flamme du gaz hydrogène ; exposées à l’air, elles se tranforment assez rapidement en sesqui-oxyde de fer rougeâtre. L’acide chlorhydrique les dissout instantanément et se colore en jaune. Le solulam évaporé jusqu’à siccité laisse un résidu qui devient bleu par le cyanure jaune de potassium et de fer, et d’un violet noirâtre par le décoctum de noix de galle.
Taches de plomb. Elles sont d’un gris bleuâtre, fixes au feu, solubles dans l’acide azotique à froid; le solutum évaporé jusqu’à siccité laisse un résidu blanc qui devient jaune servi par l’iodure de potassium et noir par l’acide sulfhydrique.
Taches sur la faïence. Quand on fait arriver du gaz hydrogène sur des assiettes de faïence dont le vernis contient des oxydes de plomb et à' étain, si la flamme est forte, il se produit souvent des taches composées de plomb et d’étain, d’une couleur gris bleuâtre ou noires, ternes , fixes et insolubles dans l’acide azotique. Quoique ces taches soient, comme on le voit, faciles à distinguer des taches arsenicales , il ne faut jamais employer, dans les expertises médico-légales, des assiettes de faïence pour recueillir l’arsenic.
Taches signalées d’abord par moi , puis par MM. Flandin et Danger. — Nous voici enfin arrivés à ces taches dont on a fait si grand bruit pendant long-temps, et dont j’ai fait justice bien avant l’Institut et l’Académie royale de médecine. A entendre MM. Flandin et Danger, les taches dont il s’agit se produiraient souvent dans l’acte de la carbonisation des matières organiques, et comme ils disaient qu’elles offraient tous les caractères des taches arsenicales, il fallait, suivant eux, renoncer à reconnaître l’arsenic à l’aide de simples taches. Tant de prétention devait s’évanouir devant le plus léger examen ; aussi ne reste-t-il rien aujourd’hui d’une si pompeuse annonce. Disons d’abord que ces taches se forment toutes les fois que l’on introduit dans un appareil de Marsh du sulfite et du phosphite d’ammoniaque avec quelques gouttes d’huile de térébenthine , ou bien une matière blanche que l’on obtient par sublimation en traitant la chair musculaire fraîche avec du nitre et de l’acide sulfurique et en chauffant jusqu’au rouge dans une cornue. Quant à leurs caractères physiques , si nous admettons que quelques unes de ces taches sont brunes et brillantes comme les taches arseni-
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cales , nous devons dire aussi que , dans la plupart des cas , leur aspect est tout autre , et qu’il suffit de les avoir vues une fois pour ne pas les confondre avec les taches arsenicales. Mais alors même qu’il y aurait confusion sous le rapport des propriétés physiques, rien ne serait plus aisé que de les reconnaître aux caractères suivants : 1° Quand on les traite par l’acide azotique froid , elles ne disparaissent pas ; on a beau frotter avec une baguette, elles persistent; si on fait bouillir l'acide en continuant à frotter, elles finissent par se dissoudre dans une assez grande quantité d’acide , en laissant toutefois sur la capsule des traces non équivoques d’une matière brunâtre ; le solution azotique évaporé à siccité donne un résidu jaune foncé , ou brun , et quelquefois noirâtre. 2° L’azotate d’argent ne fournit aucun précipité rouge brique avec ce résidu ; tout au plus il jaunit quelquefois. 3° L’acide sulfhydrique gazeux ne précipite pas en jaune la dissolution dans l’eau du produit azotique évaporé à siccité, comme l’avaient annoncé MM. Flandin et Danger.
Il y a plus , ces taches ne peuvent pas se produire dans les circonstances où se trouvent les experts qui cherchent à constater un empoisonnement par l’arsenic, s’ils ont détruit la matière organique par l’ azotate de potasse ; elles ne pourront pas se former non plus si l’on a carbonisé les organes par une suffisante quantité d’acide azotique; en effet, ces agents oxygénants brûlant complètement la matière charbonneuse qui forme seule ces taches, il n’y a plus moyen de les obtenir. MM. Flandin et Danger s’étaient encore trompés* en faisant jouer un rôle important au phosphite et au sulfite d’ammoniaque dans leur production ; les travaux récents de MM. Fordos et Gélis ont montré que ces deux sels mis dans un appareil de Marsh ne fournissent que des taches de soufre, et que, si l’on ajoute de l’essence de térébenthine , on recueille des taches charbonneuses plus abondantes que celles que donnerait l’essence seule , parce que le phosphite d’ammoniaque rend le dégagement de gaz plus abondant et facilite l’entraînement mécanique de cette essence. (Journ. de Pharmacie , décemb. 1841. ) Au reste, dès qu’il fut question de la production de ces taches, je m’écriai contre l’impossibilité de les obtenir dans les conditions où je me plaçais, et je dis qu’il suffisait de connaître les premiers éléments de la science pour partager cette opinion. L’fnstitut et l’Académie royale de médecine n’ont pas professé une autre doctrine.
Caractères de V arsenic métallique sous forme d'anneau. — Si l’on examine l’anneau d’arsenic métallique contenu dans le tube à côté de l’amiante D, on verra qu’il est brillant, couleur d’acier, qu’il exhale une vapeur d’une odeur alliacée quand on le met sur un charbon
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ardent, et que l’acicle azotique bouillant agit sur lui comme sur les taches arsenicales; en sorte que l’on pourra constater l’action de l’azotate d’argent et celle de l’acide suif hydrique gazeux. Il peut arriver que la quantité d arsenic métallique obtenue soit si petite qu’on ne puisse pas la détacher du tube; ce n’est quelquefois qu’une légère couche terne et grisâtre , qui recouvre les parois de ce tube; dans ce cas, après avoir soigneusement recueilli tous les fragments de verre enduits de cette couche , on dissoudra celle-ci dans quelques gouttes d’acide azotique pur, et on agira sur la dissolution, comme je l’ai dit à l’occasion des taches ( voy. p. 388).
Après avoir fait connaître les caractères de l’arsenic sous forme détachés et d’ anneau, je dois m’arrêter un instant sur une observation à laquelle des hommes nullement versés dans la matière , et surtout 31. Gerdy, ont attaché de l’importance, mais qui pourrait cependant, si elle n’était pas appréciée à sa juste valeur, jeter de la perturbation dans l’esprit des jurés, des magistrats, et même des experts. On a dit : Les tache s ne signifient rien, car el/es ne sont pas formées par de C arsenic revivifié ; aussi l’institut les a-t-il proscrites; il faut absolument avoir obtenu un anneau arsenical pour affirmer que la matière recueillie est de l'arsenic . Tout cela est faux et absurde. Les taches arsenicales sont formées par de l’arsenic revivifié; on peut les transformer en anneau en les dissolvant dans l’acide azotique , en évaporant à siccité , en traitant le produit par l’eau et en le mettant dans un appareil de Marsh , tout comme on peut changer l’anneau en taches , si on élève la température de cet anneau à l’aide d’une lampe à espritde-vin et qu’on le fasse traverser par un courant de gaz hydrogène. L’Institut n’a point proscrit les taches; son rapport serait frappé de nullité, si cela était, puisque, dans la plupart des cas , la commission n’a formé sa conviction qu’à l’aide des taches ; presque jamais elle n’a cherché à obtenir Vanneau dans les nombreuses expériences qu’elle a tentées. Il est vrai que dans la dernière conclusion de son rapport, dans ce qu’elle appelle une instruction, elle conseille, de recueillir un anneau , et qu’elle ne prescrit pas d’obtenir des taches ; mais cela se conçoit: là on s’adresse à tous ceux qui pourront être chargés d’une expertise, aux inhabiles et aux inattentifs, aussi bien qu’aux hommes éclairés; or il suffît qu’il soit possible de confondre les lâches arsenicales avec d’autres taches, quand les opérations ne sont pas faites avec le soin qu’elles réclament, pour que l’Institut conseille d’obtenir un anneau plutôt que ces taches; mais il est évident que celles-ci, si l’on a constaté qu’elles possèdent les propriétés chimiques caractéristiques de l’arsenic , suffisent et au-delà pour affirmer que la matière que l’on examine contient de l’arsenic. Au reste , pour éviter toute contro-
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verse, il vaudra mieux recueillir à la fois et des taches et Panneau, comme je l’ai prescrit à la page 382, et comme j’avais conseillé de le faire dès l’année 1839. *
Acide arsénieux dissous dans Veau. — Indépendamment des caractères de cette dissolution déjà énoncés , je dirai qu’elle précipite en vert par le sulfate de cuivre ammoniacal (vert de Schéele, arsénite de cuivre) et en jaune par l’azotate d’argent; mais il suffit pour la reconnaître d’avoir recours à l’acide suif hydrique (voy. p. 378).
Acide arsénieux faisant partie d'une pâte ou d'une poudre. — On fait bouillir la pâte ou la poudre pendant une heure avec de l’eau distillée ; on filtre la liqueur refroidie , après avoir séparé la graisse qui pourrait se trouver à la surface; on l’essaie par l’acide sulfhydrique gazeux et par l’appareil de Marsh ; elle se comporte dans la plupart des cas comme une dissolution aqueuse d’acide arsénieux ( voy. p. 378 et 382). S’il en était autrement, on agirait sur la graisse et sur les matières solides, comme je le dirai en parlant des matières organiques solides.
Acide arsénieux mêlé à des liquides alimentaires , à la matière des vomissements ou à celles que l'on retire du canal digestif. — L’acide arsénieux ne trouble pas la transparence du vin , du cidre , de la bière , du thé , du café , du lait , du bouillon , de la bile ni des autres liquides organiques, quand il est dissous dans ces liquides ; mais il arrive souvent qu 'une partie de cet acide nest que suspendue , en sorte que par le repos il se ramasse au fond des vases un précipité pulvérulent d'acide arsénieux ; d’où il suit qu’il importe dans ces différents cas de décanter les liqueurs et de recueillir la poudre asenicale s'il en existe , afin de la reconnaître comme il a été dit à la page 376. Quant à la portion d’acide arsénieux dissoute dans le liquide, il faut savoir qu’elle peut être tellement retenue par la matière organique que l’acide sulfhydrique, qui est le réactif le plus important , non seulement ne la précipite pas, mais même ne la colore pas , et qu’alors même que cet acide doit la précipiter, cette précipitation peut se faire long-temps attendre. Voici des faits qui mettront cette vérité hors de doute :
1° Que l’on dissolve quelques grammes de gélatine dans 100 grammes d’eau, que la dissolution soit divisée en deux parties égales, après l’avoir mêlée avec quatre gouttes de solutum concentré d’acide arsénieux; si l’on verse dans l’une de ces parties de l’acide sulfhydrique liquide et deux gouttes d’acide chlorhydrique, la liqueur deviendra jaune sur-le-champ, mais ne donnera point de précipité de sulfure d’arsenic. Si l’on fait bouillir l’autre partie avec h grammes environ d’acide azotique pour détruire une portion de la matière
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animale, et qu’au bout d’une demi-heure on sature l’excès d’acide par la potasse à l’alcool, on obtiendra un précipité floconneux de sulfure d’arsenic entièrement soluble dans /’ ammoniaque dès que l’on y versera de l’acide suif hydrique liquide. ïlapp a donc été induit en erreur en annonçant que les réacti fs ne pouvaient point déceler l’acide arsénieux lors même que l’on avait traité par l’acide azotique les liquides mêlés avec ce poison ; cela tient à ce qu’il n’a point cherché l’acide arsénieux parles acides suif hydrique et chlorhydrique, mais bien par le sulfate de cuivre ammoniacal , qui, dans ce cas surtout , est un réactif fort infidèle.
2° Le 1 8 juillet 1 S26 , on a introduit dans un bocal à large ouverture, qu’on a exposé à l’air, 2 litres d’eau tenant en dissolution 30 centigrammes d’acide arsénieux et environ le tiers d’un canal intestinal d’un cadavre. Le 12 août suivant le mélange exhalait à peine une odeur désagréable; la liqueur filtrée ne jaunissait ni ne précipitait par V acide sulfhydrique , tandis qu’après avoir été évaporée jusqu’à siccité , il suffisait de traiter le produit par l’eau bouillante pour que l’acide sulfhydrique colorât et précipitât la dissolution en jaune (sulfure d’arsenic). Le 5 mai 1827 la liqueur était fortement alcaline et ne se colorait pas en jaune, à plus forte raison par l’acide sulfhydrique. (Traité des exhumations juridiques , t. n, p. 281.)
3° Un homme avait empoisonné plusieurs personnes avec du pain contenant de l’acide arsénieux. Des experts d’Angers avaient fait bouillir ce pain dans l’eau et avaient traité le décoctum par l’acide sulfhydrique gazeux. Voyant qu’ils n’obtenaient point de suUme jaune précipité , ils avaient conclu que le pain ne renfermait point d’arsenic. Une seconde expertise , faite par deux chimistes de Paris, s’était terminée de même. Je fus alors chargé de procéder, avecBarruel , à la recherche de l’ackle arsénieux. Nous attendîmes plusieurs jours pour laisser au précipité jaune de sulfure d’arsenic le temps de se déposer du décoctum aqueux, ce que n’axaient pas fait les autres experts, et nous retirâmes de l’arsenic métallique de ce sulfure. Le corps du délit arriva à Angers au moment où les- débats allaient être clos; l’accusé déclaré coupable fut condamné à mort.
Le liquide obtenu en faisant bouillir l’estomac de Soufjlard pendant une heure avec 2 litres d’eau distillée, fut acidulé par l’acide chlorhydrique et soumis à un courant de gaz acide sulfhydrique; au bout de trois mois seulement il s’était déposé du sulfure jaune d’arsenic, de manière à pouvoir être séparé par le Litre.
Il n’est pas nécessaire de réfuter l’assertion émise par MM. Hombron et Souillé, savoir :« Que les matières vomies, les liquides contenus dans » le canal digestif et les dissolutions provenant des décoctions aqueuses
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» de l’estomac , du sérum , du caillot du sang et de la bile de chiens » robustes empoisonnés par 2 grammes 20 centigrammes d’acide arsé- » nieux, dissous dans 64 grammes d’eau et introduit dans l’estomac ne « fournissent point d’arsenic à l’analyse. » ( Nouvelles recherches sur V empoisonnement par l'acide arsénieux. Brest, 1836.) L’erreur est par trop manifeste, comme je l’ai démontré dans un Mémoire lu à l’Académie royale de médecine le 29 janvier 1839. On devra donc regarder comme fabuleuse l’annonce du journal V Armoricain du 18 avril 1835, qui avait provoqué le travail de MM. Hombron et Soullié. Voici le passage le plus saillant de cette annonce : « Marguerite Jœger, cette épouse, cette fille , cette mère dénaturée, faisait » bouillir une certaine quantité d’arsenic (acide arsénieux) dans un » litre d’eau , faisait passer le liquide au travers d’un linge lorsqu’il » était refroidi, et mêlait cette eau avec un verre de vin, avec une tasse » de lait, avec du bouiïlon. H en résultait que l’arsenic, extrêmement » divisé, ne pouvait être retrouvé dans les intestins des personnes à qui » elle l’administrait. Les gens de l’art auxquels la veuve Jœger expii- » qua cet infernal procéelé en firent l’essai sur un veau, sur un porc ; » ces animaux sont morts avec une rapidité effrayante , et l’ouverture » de leurs entrailles n’a présenté aucune trace d’empoisonnement. » Procédé. K.- — Si le liquide arsenical est transparent et nullement visqueux (vin, cidre, bière, thé, café, etc.), après l’avoir filtré et acidulé par Cfueîques gouttes d’acide chlorhydrique que l’on aura préalablement essayé et qui ne sera pas arsenical, on y fera passer un courant de gaz acide suif hydrique lavé; le sulfure d’arsenic précipité et plus ou moins coloré , sera lavé avec de l’eau distillée et séparé du liquide qui le surnage à l’aide d’une pipette; alors on le chauffera à la lampe à esprit-de-vin dans une petite capsule de porcelaine, avec de l’azotate de potasse, pour le transformer en arséniate et en sulfate de potasse. Dès que la matière sera à siccité on la dissoudra dans l’eau, et on l’introduira dans un appareil de Marsh pour obtenir l’arsenic métallique (vov. p. 378). Dans cette espèce on n’a pas à craindre que l’acide suif hydrique ne précipite pas instantanément l’acide arsénieux.
Comme on le voit , je renonce tout-à-fait , dans la recherche de l’acide arsénieux mêlé à des liquides colorés , au procédé qui consiste à décolorer préalablement la liqueur, soit au moyen du charbon animal , soit au moyen du chlore. L’expérience m’a prouvé en effet que cette décoloration est tout-à-fait inutile fans l’espèce, et que l’acide sulfhydrique fournit constamment du sulfure d’arsenic avec ces liquides colorés préalablement acidulés. Quelle nécessité y at-il dès lors de décolorer ? Serait-ce dans le but de recourir à d’au-
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très réactifs dont Faction est beaucoup moins probante que celle de l’acide suif hydrique ?
Il importe surtout de prémunir les experts contre l’emploi du sulfate de cuivre ammoniacal pour la recherche de l’acide arsénieux mêlé à des liquides organiques colorés. Ce réactif, beaucoup trop vanté, n’est pas, à beaucoup près, aussi sensible dans l’espèce que l’acide suif hydrique, et peut d’ailleurs induire en erreur. Yoici des preuves incontestables de ces assertions : Que l’on verse dans 100 grammes d’une dissolution de gélatine une goutte de solutum concentré d’acide arsénieux, l’acide sulfhydrique jaunira la liqueur sans la précipiter ; le sulfate de cuivre ammoniacal n’occasionnera aucun changement. Avec trois gouttes de la dissolution arsenicale et l’acide suifhydrique, la décoction de gélatine acquerra une couleur jaune foncée, mais ne précipitera point, même en y ajoutant de l’acide chlorhydrique ; le sulfate de cuivre ammoniacal ne la verdira point. Six ou sept gouttes d’acide arsénieux et un atome d’acide chlorhydrique fourniront un précipité j aune de sulfure d’arsenic; avec quatre gouttes, et à plus forte raison avec six gouttes d’acide arsénieux, le sulfate de cuivre ammoniacal verdira la gélatine, mais sans faire naître aucun précipité. En détruisant par l’acide azotique bouillant une partie de la gélatine mélangée avec quatre gouttes d’acide arsénieux , on verra ensuite l’acide sulfhydrique, aidé d’un peu d’acide chlorhydrique , précipiter du sulfure jaune d’arsenic , tandis que le sulfate de cuivre ammoniacal se bornera à verdir la liqueur, lors même que l’on agira sur douze gouttes de dissolution d’acide arsénieux. J’ajouterai que le sulfate de cuivre ammoniacal versé dans un mélange de 12 ou 15 parties de vin rouge et d’une partie d’une dissolution concentrée d’acide arsénieux, précipite en bleu noirâtre au lieu de fournir un précipité vert. L)’où il résulte que dans certaines circonstances où il existe une proportion d’acide arsénieux susceptible d’être décelée par l’acide sulfhydrique , le sulfite de cuivre ammoniacal n’est guère propre à le découvrir. Etablissons maintenant qu’il est des cas où ce sulfate pourrait faire croire au premier abord qu’une liqueur contient de l'acide arsénieux quand elle n’en renferme pas. Ce réactif offre une couleur bleue, en sorte que si on le verse dans une liqueur jaune ne contenant point d’acide arsénieux, on obtiendra une coloration verte par suite du mélange du jaune et du bleu; c’est ce qui arrive avec une décoction d’ognon filtrée ; à la vérité, il ne se ramasse aucun précipité dans ce cas. Le suc d’ognon surtout, s’il n’a pas été filtré, se colore également en vert et fournit un précipité gris verdâtre qui pourrait faire croire à des experts inhabiles que la liqueur renferme de l’acide arsénieux; mais pour peu que l’on examine atten-
tivement ce précipité , on verra qu’il n’offre aucunement la couleur de l’arsénite de cuivre et qu’il ne possède aucun de ses caractères. J’ajouterai enfin que dans la plupart des cas les liquides retirés du canal digestif de l'homme sont jaunes ou jaunâtres , qu’ils verdissent et précipitent même avec le sulfate de cuivre ammoniacal , sans que pour cela ils renferment de l’acide arsénieux. Les gens de l’art ne sauraient donc assez se tenir en garde contre ce réactif, qu’il est prudent, suivant moi, de ne jamais employer.
Je dois aussi blâmer l’emploi de l’azotate d’argent proposé par le docteur Hume, lorsqu’il s’agit de constater la présence de l’acide arsénieux mêlé avec des liquides organiques , quoique ce réactif soit encore plus sensible que l’acide sulfhydrique. En effet , la méthode de M. Hume peut induire en erreur : 1° parce que l’acide phosphorique et les phosphates précipitent l’azotate d’argent ammoniacal à peu près comme l’acide arsénieux ; à la vérité , le phosphate précipité acquiert une couleur plus foncée par l’action de la lumière ; 2° parce que l’azotate d’argent ammoniacal , quel que soit le soin avec lequel il a été préparé , contient toujours de l’ammoniaque libre; or, cet excès d’alcali, mis en contact avec une liqueur animale non arsenicale, la colorera en jaune ou en jaune rougeâtre; et comme ces sortes de liqueurs renferment toujours des chlorures que le nitrate d’argent précipite, il arrivera que l’on obtiendra des précipités jaunâtres , que des experts peu habitués à ce genre de recherches pourront prendre à tort pour de l’arsénite d’argent ; 3° parce que dans les cas nombreux où la dissolution d’acide arsénieux sera mélangée de sel commun ou d’autres chlorures, le précipité, au lieu d’être jaune, sera d’un blanc légèrement jaunâtre, attendu que les chlorures précipitent l’azotate d’argent en blanc ; on ne pourrait tirer parti de ce réactif , dans le cas où il existe des chlorures dans la liqueur, qu’autant que le précipité obtenu serait traité par l’acide azotique , comme l’a indiqué Marcet ; alors l’arsénite chargent serait dissous , et le chlorure d’argent resterait; on filtrerait la liqueur, dont on saturerait l’acide azotique par l’ammoniaque , et on verrait î’arsénite d’argent jaune se précipiter. Mais à quoi bon faire usage d’un réactif inutile qui ne peut pas donner toujours des résultats satisfaisants , et qui , alors même qu’il le pourrait , exige pour son emploi des précautions par trop multipliées ?
B. Si le liquide arsenical , transparent ou non , est épais , visqueux et difficile à filtrer (lait, albumine, gélatine, bouillon, matière des vomissements, etc.) , on le fera bouillir pendant une heure environ pour coaguler une certaine quantité de matière organique , on le laissera refroidir et on le mélangera avec son volume d’alcool concentré
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marquant /il) degrés à l’aréomètre (Braconnot) ; l’alcool coagulera une nouvelle quantité de matière organique et retiendra V acide arsénieux en dissolution ; on filtrera et on gardera la matière coagulée par le feu et par l’alcool. Le liquide alcoolique filtré, acidulé par quelques gouttes d’acide chlorhydrique , sera soumis à un couranf de gaz acide suifhydrique qui précipitera aussitôt du sulfure jaune d’arsenic dont on devra retirer le métal , comme il a été dit à la page 378. La liqueur qui surnagera ce précipité retiendra encore un peu d’acide arsénieux que l’acide sulfhydrique n’aura point précipité en entier, comme je l’ai prouvé par des expériences nombreuses. Aussi , loin de la jeter, il faudra l’évaporer jusqu’à siccité et traiter le produit comme je le dirai bientôt en parlant des matières coagulées.
Si la proportion d’acide arsénieux était tellement faible que l’acide sulfhydrique ne pût pas le déceler, on traiterait la liqueur par l’azotate de potasse (voy. pag. 402).
J’insiste sur la nécessité de retirer l’arsenic métallique du précipité jaune, parce qu’il arrive souvent en faisant passer de l’acide sulfhydrique gazeux dans certaines liqueurs non arsen icales qui retiennent de la matière organique, même après avoir été chauffées jusqu’à l’ébullition ou traitées par l’alcool, qu’il se forme un précipité jaune ou jaunâtre, ou d’un brun clair ; ce précipité se produirait bien plus souvent encore si l’on agissait sur les liqueurs filtrées avant de les avoir coagulées par l’alcool. Quoi qu’il en soit, ce précipité est composé de matière organique et de soufre et peut-être même d'acide sulfhydrique , ou bien de matière organique seule; dans le premier cas il ne se dissout qu’en très petite partie dans l’ammoniaque, tandis que, dans le second cas, il est quelquefois entièrement soluble dans cet alcali , en sorte qu’il pourrait être facilement confondu avec le sulfure d’arsenic si l’on ne cherchait pas à extraire l’arsenic métallique. Dans l’affaire Lafarge', les experts de Brives, opérant sur un précipité jaune qu’ils avaient recueilli en traitant le décoctum aqueux de l’estomac par l’acide sulfhydrique, eurent le malheur de casser le tube dans lequel ils essayaient de réduire ce précipité jaune ; ils n’obtinrent par conséquent pas d’arsenic métallique ; cependant ils conclurent que ce métal existait dans le corps de Lafarge : c’était une faute. Voici comment je m’exprimai à cet égard dans une lettre que j’écrivis à Me Paillet, défenseur de l’accusée.
Paris, le 20 août 1840.
« Monsieur,
» Vous me demandez, par votre lettre du 17 de ce mois, s’il suffit » pour affirmer qu’une liqueur recueillie dans le canal digestif d’un » cadavre ou préparée en faisant bouillir dans l’eau distillée une partie
DES POISONS IRRITANTS
» de ce canal, contient de l’acide arsénieux , d’obtenir avec elle et » l’acide suif hydrique , un précipité jaune floconneux soluble dans » V ammoniaque. Non, monsieur. Tous les médecins légistes pres- » crivent de réduire par un procédé quelconque le précipité jaune et » d’en retirer de Y arsenic métallique. J’ai longuement insisté dans » mes ouvrages sur la nécessité de recourir à celte extraction, et j’ai » vivement 'blâmé ceux qui, ayant négligé de le faire, concluraient » cependant à la présence d’un composé arsenical dans les flocons » jaunes dont il s’agit.
» En 1830, Barruel et moi, nous avons exposé dans le tome m6 » des Annales A Hygiène line affaire judiciaire dans laquelle vous » trouverez la solution de la question que vous m’adressez. Des » experts, qu’il est inutile de nommer, élevaient de graves soupçons » d’empoisonnement par cela seul qu’ils avaient obtenu , en traitant » certains liquides par l’acide sulfhydrique, un précipité jaune flocon- » neux soluble dans l’ammoniaque. Nous reconnûmes que cette pré- » tendue préparation arsenicale jaune ne contenait pas un atome d’ar- » senic lorsqu’on cherchait à la réduire, et qu’elle n’était autre chose » qu’une matière animale contenue dans la bile. M. Chevallier vient » d’insérer, dans le dernier numéro du Journal de Chimie Médicale,
» une note dans laquelle il annonce avoir trouvé , deux fois depuis » 1830 , une substance analogue.
» Agréez, etc. ORFILA. »
Si la quantité de sulfure d’arsenic précipité sur laquelle on veut opérer la réduction était excessivement petite , il faudrait laisser reposer ce sulfure dans le vase à expérience, décanter le liquide qui le surnage à l’aide d’une pipette , jeter une nouvelle quantité d’eau distillée sur le précipité pour le bien laver, séparer encore l’eau de lavage au moyen de la pipette, puis placer dans une capsule de porcelaine le précipité et la petite quantité d’eau que la pipette n’aurait pas pu enlever. En laissant cette capsule sur des cendres chaudes, il suffirait de quelques heures pour évaporer toute l’eau et pour obtenir le sulfure jaune d’arsenic sec; on le traiterait dans la même capsule par • l’azotate de potasse si on voulait le mettre dans un appareil de Marsh (voyez page 378), ou bien on le détacherait pour le calciner avec du flux noir, de la potasse et du charbon , si on voulait adopter ce procédé. Si , au lieu d’agir comme je le propose , on suivait la méthode ordinaire qui consiste à laver le précipité jaune de sulfure d’arsenic sur un filtre , on s’exposerait à perdre le fruit de son expérience; en effet, il serait impossible de détacher du filtre desséché la quantité excessivement petite de sulfure jaune, dont on ne pourrait par conséquent pas extraire l’arsenic métallique.
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Si le sulfure d’arsenic obtenu après l’emploi de l’alcool n’était pas d’un beau jaune serin, mais d’un jaune foncé ou d’un jaune plus clair, et que l’on pût craindre qu’il contînt une quantité notable de matière organique et un excès de soufre , il faudrait , dans le cas où lfon voudrait en extraire le métal au moyen du flux noir , commencer par le laver sur un filtre avec de l’eau distillée mélangée d’un cinquantième de son poids environ d’ammoniaque liquide qui dissoudrait tout le sulfure d* arsenic et une petite quantité de matière organique et ne toucherait pas sensiblement au soufre . Pour être certain d’avoir dissous tout le sulfure d’arsenic , on verserait l’eau ammoniacale sur le filtre à trois ou quatre reprises différentes ; la liqueur ainsi filtrée plusieurs fois , traitée par l’acide chlorhydrique pur laisserait déposer du sulfure jaune d’arsenic ne retenant plus ni à beaucoup près autant de matière organique. Toutefois il en contiendrait encore assez pour donner une huile empyreumatique , du sesqui-carbonate d’ammoniaque , etc. , quand on le chaufferait avec le flux noir dans le petit tube à réduction : or, cette huile se volatiliserait dans ce tube , et s’appliquerait sur ses parois en même temps que l’arsenic , ce qui pourrait altérer les propriétés physiques du métal. On éviterait ces inconvénients , en chauffant graduellement pour décomposer d'abord la matière organique , et en introduisant de temps en temps dans le tube , et à plusieurs reprises , un petit papier brouillard contourné en spirale, afin d’absorber les vapeurs huileuses et ammoniacales. Lorsqu’on s’apercevrait qu’il ne se dégage plus de ces vapeurs on suspendrait l’opération , on effilerait le tube à la lampe , et on élèverait davantage la température pour décomposer le sulfure d’arsenic et obtenir le métal. Ces diverses considérations prouvent suffisamment aux experts combien il est avantageux de préférer, pour extraire l’arsenic du sulfure , le procédé qui consiste à traiter celui-ci par l’azotate de potasse et à introduire le produit dans un appareil de Marsh, (voy. page 378).
C. Traitement des matières coagulées par le feu et par l'alcool (voy. page 398 , B). — Quant aux matières coagulées par le feu et par l’alcool, aussi bien que pour celles que l’on aurait ramassées au fond des divers liquides avant de les soumettre à aucune opération , on les traitera par l’azotate de potasse.
Décomposition par l'azotate de potasse. — Rapp a indiqué le premier ce mode de traitement ; il conseillait de verser par de très petites parties, dans un matras tenant du nitre en fusion, la matière suspecte desséchée, de dissoudre dans l’eau distillée le produit de l’incinération , de décomposer la dissolution aqueuse obtenue par l’acide azotique, et de précipiter l’arséniate de potasse formé, à l’aide de I. 26
DLS POISONS IRRITANTS.
l’acide sulfhydrique. Cette manière d’opérer est tellement vicieuse qu’il est impossible de l’adopter. Indépendamment de la difficulté que l’on éprouverait à décomposer ainsi des viscères entiers, j’ai prouvé que cette décomposition est fort lente , parce que la matière organique , loin d’être intimement mélangée avec le nitre, est à peine touchée par lui : aussi reste-t-elle pendant long-temps à l’état de charbon , et celui-ci décompose la préparation arsenicale en réduisant ï arsenic qui se perd dans V atmosphère .
Pour obvier à cet inconvénient grave, je propose de couper en très petites parties les organes suspects, tels que le foie, la rate, etc. , encore humides , d’introduire cette sorte de hachis dans une capsule de porcelaine, avec 10 centigrammes de potasse à l’alcool, et 400, 500, 600 ou 700 grammes d’eau distillée, et une quantité d’azotate de potasse cristallisé et pur, dont le poids sera double de celui de la matière sur laquelle on opère. On chauffe graduellement jusqu’à 80 ou 90° c. , en ayant soin d’agiter de temps en temps; lorsque la masse est épaissie, on la remue souvent et en tous sens avec une cuillère en bois, afin de mêler intimement l’azotate de potasse avec la matière organique ; et depuis ce moment, jusqu’à ce que la dessiccation soit complète , on ne cesse d’agiter le mélange. Alors on soumet celui-ci à la déflagration ; à cet effet, on chauffe au rouge obscur un creuset de Hesse neuf , et on y ajoute par pincées le mélange organosalin jusqu’à épuisement de la matière; si, dès la première pincée toutefois, le produit de la déflagration, au lieu d’être blanc, grisâtre, jaunâtre ou verdâtre, était charbonneux , ce qui n est pas probable si Von a opéré comme il vient d’être dit , ce serait une preuve que la proportion d’azotate de potasse n’aurait pas été assez forte pour incinérer toute la matière animale ; il faudrait alors y remédier en ajoutant au mélange une proportion de sel comburant capable de produire un résidu salin tel que je l’ai prescrit. Lorsque toute la masse a subi la déflagration et qu’elle est fondue dans le creuset , on la coule promptement dans une capsule de porcelaine, sèche et bien propre, que l’on a préalablement chauffée au rouge , afin d’éviter qu’elle ne soit cassée par le contact du liquide très chaud qu’elle est destinée à recevoir ; il est même convenable , pour ne pas s’exposer à perdre de la matière dans le cas où cette capsule serait cassée, de placer celle-ci dans une autre capsule également chauffée. Au même moment on verse un peu d’eau distillée dans le creuset pour dissoudre la petite quantité de matière qui pourrait être restée adhérente à ses parois; il faudra même quelquefois, pour détacher la totalité de cette matière, chauffer le creuset avec l’eau qu’il renferme, et même ajouter un peu d’acide sulfurique pur : on versera cette dissolution dans la capsule qui con-
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tient le produit de l’incinération. On décompose ensuite la masse saline par de l’acide sulfurique concentré et pur, que l’on emploie par petites parties et jusqu'à ce qu’il ny ait plus d’efjervescence ; alors on fait bouillir pendant un quart d’heure, une demi-heure ou une heure , suivant la proportion de matière sur laquelle on agit , afin de chasser la totalité des acides azoteux et azotique. Il résulte d’un grand nombre d’expériences qu’en agissant sur 100 grammes de foie et 200 grammes d’azotate de potasse, la proportion d’acide sulfurique concentré la plus convenable pour saturer la potasse est de 86 grammes. Pour faciliter le dégagement des dernières portions de ces acides azoteux et azotique , on ajoute avec précaution , lorsque la masse est épaissie, 40 ou 50 grammes d’eau distillée, et on fait bouillir pendant huit à dix minutes. Il est indispensable de chasser entièrement ces acides , pour ne point enrayer d’une part le dégagement du gaz hydrogène, et éviter de l’autre des explosions, lorsque la liqueur sera introduite dans l’appareil ; pour cela, il faut faire bouillir jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus d’odeur nitrique ou nitreuse. Alors on dissout dans l’eau distillée le produit de l’évaporation saline ; on ne tarde pas à obtenir des cristaux de sulfate de potasse ; on met le tout sur un filtre, et on lave ce sulfate à l’aide d’un peu d’eau distillée. La liqueur filtrée contient de l’acide arsénique , si la matière sur laquelle on opère était arsenicale; il suffit d’introduire cette liqueur dans un appareil de Marsh préalablement essayé et ne donnant point d’arsenic , pour obtenir presqu’à l’instant même des taches arsenicales , brunes , brillantes , privées de toute matière organique et de soufre, et parfaitement pures.
Si par hasard la liqueur qui doit être introduite dans l’appareil de Marsh était trop acide, ce qui n’arrivera pas lorsqu’on aura employé les matériaux dans les proportions indiquées plus haut, et que l’on aura fait bouillir le sulfate de potasse jusqu’à ce qu’il ne se dégage que peu de vapeurs d’acide sulfurique, il faudrait saturer par la potasse à l’alcool solide la majeure partie de l’acide sulfurique en excès , et laisser déposer le sulfate de potasse formé , avant d’introduire la liqueur dans l’appareil.
Si, au lieu d’agir sur une matière solide, on a affaire à un liquide suspect sur lequel l’alcool et le gaz suif hydrique auraient été sans action (voy. p. 399), on mêlerait ce liquide avec de l’azotate de potasse solide et pur, on évaporerait le mélange jusqu’à siccité, puis on procéderait comme il vient d’être dit à l’occasion des matières solides.
Modification proposée par M. . Chevallier. — Dans le but d’éviter l’emploi d’une grande quantité d’azotate de potasse, et de rendre plus
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intime le mélange de ce sel avec la matière organique, M. Chevallier a proposé de dissoudre à chaud la matière solide dans de la potasse à l’alcool dissoute dans l’eau, de saturer l’alcali par l’acide azotique pur, de laisser déposer une certaine quantité de matière animale, de filtrer, d’évaporer la liqueur jusqu’à siccité , et d’incinérer le produit dans un creuset de Hesse, comme j’ai conseillé de le faire ( Rapport sur l’affaire Chamblas , par MM. Chevallier, Ollivier d’Angers et Orfila , avril 1841). MM. Fordos et Gélis, qui ont adopté et décrit le procédé ainsi modifié dans le numéro de décembre 1841 du Journal de Pharmacie , s’expriment ainsi : « On dissout .4 chaud , dans une capsule de porcelaine, la matière animale dans la potasse caustique pure. Pour les muscles, le foie, les poumons, et les matières animales de consistance analogue, la quantité de potasse à employer varie entre 10 et 15 pour cent. Il en faut moins pour le sang , et en général il en faut d’autant plus que la substance animale contient une plus grande quantité de matières solides. Lorsque la masse est dissoute , on sature l’alcali à froid par l’acide azotique étendu d’eau et pur. Cette addition d’acide détermine la séparation d’une forte proportion de matière animale. On fdtre. Le sel arsenical passe dans les liqueurs. On évapore le liquide à une douce chaleur, et on obtient ainsi un résidu d’un blanc jaunâtre , qui se détache facilement de la capsule, et qu’on incinère en le projetant par de très petites portions dans un creuset de Hesse, un peu grand, modérément chauffé , et qui n’a jamais servi ; l’incinération se fait tranquillement et sans projection hors du creuset. Il ne reste plus qu’à faire bouillir le résidu salin avec l’acide sulfurique pour chasser les dernières traces d’acide azotique. Dans le cas où l’on aurait à traiter des matières animales difficilement solubles dans la potasse caustique , ce qui déterminerait l’emploi d’une forte proportion de ce réactif, il y aurait avantage à saturer l’alcali par un mélange d’acide azotique et d’acide chlorhydrique. La quantité d’azotate de potasse produite serait moindre , et le chlorure de potassium formé faciliterait l’incinération en empêchant la déflagration. »
J’ai voulu savoir jusqu’à quel point cette modification était avantageuse , et après avoir comparé le procédé de ces chimistes à celui que je pratique, je ne balance pas à dire qu'il est urgent de renoncer à la modification qu'ils ont proposée .
Expérience ire. — J’ai empoisonné un chien avec 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 150 grammes d’eau ; j’ai lié l’œsophage. Immédiatement après la mort, j’ai séparé le foie ; j’ai traité 100 grammes de cet organe par 200 grammes d’azotate de potasse d’après ma méthode ,
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et 100 autres grammes d’après le procédé de M. Chevallier; pour cela, j’ai l'ait dissoudre les 100 grammes de foie dans 18 grammes de potasse & l’alcool , j’ai versé dans la dissolution 27 grammes d’acide azotique, tant pour saturer l’alcali que pour précipiter la portion de la matière organique qu’il est possible de séparer par ce moyen , et j’ai vu , après avoir évaporé la liqueur jusqu’à siccité et avoir incinéré le produit dans un creuset, qu’en traitant ce produit, qui était d’un blanc jaunâtre, par 13 grammes d’acide sulfurique pur, il ne se dégageait point de gaz bioxyde d’azote , ou qu’il s’en dégageait à peine , et que la liqueur, mise dans un appareil de Marsh , ne donnait qu’un petit nombre de taches arsenicales peu intenses et pour la plupart jaunâtres. D’un autre côté , je me suis assuré que le poids de la matière organique , précipitée par l’acide azotique, ne s’élevait, quand elle était encore humide, qu’à 25 grammes , ce qui prouve que cet acide n’avait précipité que le quart de la matière du foie. Au contraire, les 100 grammes de foie, traités par 200 grammes d’azotate de potasse , incinérés comme je l’ai dit à la page Z|02 , et décomposés par 86 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, ont fourni une grande quantité de taches arsenicales, larges , brunes et brillantes.
Expérience ne. — J’ai dissous dans 28 grammes de potasse à l’alcool et de l’eau distillée 1/tO grammes du foie d’un chien empoisonné comme le précédent ; j’ai versé dans la liqueur 32 grammes d’acide azotique, et j’ai filtré pour séparer la matière organique qui s’était précipitée , et dont le poids ne s’élevait qu’à 21 grammes , après avoir été desséchée à 100*. La liqueur filtrée a été partagée en deux parties égales : l’une d’elles , évaporée jusqu’à siccité , incinérée et traitée par 9 grammes d’acide sulfurique , comme il vient d’être dit , donnait à peine quelques taches jaunâtres et brillantes ; l’autre moitié de la liqueur a été mélangée avec 115 grammes d’azotate de potasse cristallisé et pur, et on l’a fait évaporer jusqu’à siccité pour l’incinérer. Le produit salin, décomposé par 60 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, a fourni une quantité innombrable détachés arsenicales , larges, brimes et brillantes.
Expérience me. — J’aî empoisonné un chien avec 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 100 grammes d’eau ; à peine l’animal était-il mort que je l’ai ouvert. Le foie pesait 2ZiO grammes; j’en ai pris 80 grammes, c’est-à-dire le tiers, que j’ai trituré avec 160 grammes d’azotate de potasse solide, et traité, comme je l’ai dit à la page à02, par 69 grammes d’acide, sulfurique concentré : j’ai obtenu un nombre considérable de taches arsenicales , larges , brunes et brillantes. Les deux autres tiers du foie, du poids de 160 grammes, ont été dissous à chaud dans 32 grammes de potasse à l’alcool et de l’eau distillée ; le solu tum , saturé par h h grammes d’acide azotique concentré préalablement étendu d’eau, a laissé précipiter à2 grammes d’une matière brunâtre et molle. La liqueur filtrée a été partagée en deux parties égales A et B. La portion A, évaporée jusqu’à siccité et incinérée dans un creuset de liesse, a laissé des cendres , qui ont été convenablement décomposées par l’acide
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sulfurique concentré; ces cendres, ainsi décomposées , traitées par l’eau distillée, ont fourni un liquide incolore que j’ai séparé du sulfate de potasse qui s’était formé. Ce liquide , introduit dans un appareil de Marsh , n’adonné que quatre petites taches jaunes , composées de sulfure d’arsenic. J’ai alors ajouté au liquide B 131 grammes cl’azolate de potasse cristallisé et pur, et j’ai fait évaporer le mélange jusqu’à siccité; le produit, incinéré et traité par l’acide sulfurique, n’a fourni que trois petites taches jaunes et brillantes. J’ai voulu savoir si la matière animale qui avait été précipitée par l’acide azotique , et qui n’avait pas été lavée (42 grammes) , contenait de l’arsenic; pour cela je l’ai chauffée dans une capsule de porcelaine avec 84 grammes d’azotate de potasse pur et cristallisé et de l’eau distillée. Lorsque la masse a été desséchée , je l’ai incinérée dans un creuset de Hesse ; la cendre , décomposée par l’acide sulfurique concentré , a fourni une liqueur, de laquelle j’ai extrait un assez grand nombre de taches arsenicales brunes et brillantes; toutefois la proportion d’arsenic obtenu avec cette matière était un peu moins forte que celle que j’avais retirée du tiers du foie mêlé directement avec l’azotate de potasse.
Il résulte de ces faits que le procédé modifié par M. Chevallier est de beaucoup inférieur à celui que j’ai conseillé de suivre. Evidemment l’azotate de potasse ne se trouve pas en quantité suffisante pour brûler rapidement toute la matière organique, lorsqu’on opère par cette méthode; en sorte qu’une portion de l’acide arsenical est réduite par le charbon de cette matière et transformée en arsenic métallique qui se volatilise. D’ailleurs , il n’y a pas un grand avantage à précipiter la liqueur par l’acide azotique , puisque dans aucun cas cet acide ne sépare guère que le quart de la matière organique contenue dans la dissolution alcaline. J’ajouterai, contre le procédé que je combats, qu’il y a des inconvénients, dans des recherches médico-légales relatives à l’arsenic, à multiplier le nombre des agcns que l’on emploie, et qu’ici l’on fait usage de potasse et d’acide azotique, tandis que dans mon procédé je n’ai recours qu’à l’azotate de potasse.
Décomposition par l’acide sulfurique. — J’ai fait voir, en 1839, que l’acide azotique chauffé arec des matières organiques finit par les charbonner, et que si ces matières renfermaient de l’arsenic , de l’antimoine , du cuivre , etc. , on retrouve ces métaux dans le charbon à la fin de l’expérience, soit à l’état d’oxyde, soit à l’état d’acide, et cela d’autant plus facilement que la matière organique a été plus complètement détruite. 11 était aisé de prévoir que l’acide sulfurique jouirait de cette même propriété, puisqu’on sait depuis un temps immémorial qu’il charbonnc les matières organiques. M. Baisse proposa , à la Société de Pharmacie de Paris, le 4 novembre 1840,
DE L ACIDE ARSÉiMELX.
d’employer col acide plutôt que l’acide azotique, parce qu’il était un peu plus sensible. Deux mois après seulement, MM. Flandin et Danger annoncèrent à l’Institut qu’il était préférable d’avoir recours à l’acide sulfurique. Voici comment s’est exprimée , à l’égard de ce procédé , la commission de l’Académie royale de médecine : « Quant au procédé » de carbonisation par l’acide sulfurique , nous le regardons comme » bon; toutefois il 11e doit point être préféré au procédé par incinéra- » tion au moyen du nitrate de potasse, tel que nous l’avons décrit » d’après M. Grilla : sous le rapport de la netteté , de la sensibilité et » de Y aspect métallique du poison , ce dernier procédé est supérieur » h l’autre. » L’Institut, au contraire, avait donné la préférence au procédé de MM. Flandin et Danger. Il suffira de lire le Mémoire publié par MM. Fordos et G élis, postérieurement aux débats qu’a soulevés cette question, pour être convaincu que la commission de l’Académie de médecine avait raison contre l’Institut en préférant l’incinération par l’azotate de potasse à la carbonisation par l’acide sulfurique ; il résulte même des expériences de ces chimistes que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves en opérant comme proposent de le faire MM. Flandin et Danger. (Journal de Pharmacie , décembre 1841. ) Voici des faits qui ne laissent aucun cloute à cet égard. Dans la carbonisation par l’acide sulfurique , 011 obtient un charbon que l’on traite par l’eau régale; ce charbon, quoi qu’on fasse, retient obstinément de l'acide sulfureux , et il faut une chaleur assez forte pour le séparer complètement. Quand on le traite par l’eau , on dissout l’acide sulfureux , en sorte que la liqueur que l’on introduit dans l’appareil de Marsh renferme de cet acide : or, il suffit d’une trace d’acide sulfureux dans cet appareil pour qu’il soit décomposé par le gaz hydrogène et pour qu’il se forme du gaz acide sulfhydrique. La présence de ce dernier gaz au milieu d’un liquide arsenical offre le double inconvénient de fournir de l’arsenic mélangé de soufre , et ce qui est encore plus grave, de s’ opposer à la manifestation de ce métal lorsque la préparation arsenicale 11’existe qu’en petite proportion; en effet, l’acide sulfhydrique transforme le composé arsenical en sulfure d’arsenic jaune indécomposable dans l’appareil de Marsh ; ainsi il peut arriver, en suivant le procédé de MM. Flandin et Danger, que l’on ne retire pas d’arsenic en mettant dans l’appareil de Marsh un liquide qui cependant en contenait. Or, comme la méthode d’incinération que j’ai proposée (voyez page 402) ne présente aucun de ces inconvénients, qu’elle fournit facilement de l’arsenic métallique parfaitement pur et autant qu’il est possible d’en obtenir, il n’y a pas à balancer: le procédé île MM. Flandin et Danger doit être proscrit. Telle est la conclusion adoptée par MM. Fordos et Gélis, qui recommandent aussi de recourir
DES EOlSOXS IRRITANTS*
à l’incinération par l’azotate de potasse, ii devient dès lors inutile de décrire en détail le procédé de MM. Flandin et Danger.
Décomposition par les azotates de potasse et de chaux.-— Est-il nécessaire de mentionner ici la méthode prônée par M. Devergie , et qui consiste à dissoudre la matière animale suspecte dans la potasse , à ajouter de l’azotate de chaux et de la chaux, et à incinérer le mélange, pour décomposer ensuite la cendre par Y acide chlorhydrique ? Dans ce procédé d’incinération , qui n’est qu’une imitation de celui que j’avais fait connaître , l’emploi de l’acide chlorhydrique peut donner lieu à des erreurs telles , qu’il ne viendra dans l’esprit de personne d’y avoir recours, après avoir lu les observations que j’ai consignées dans le numéro d’avril 1842 des Annales d' Hygiène et de Médecine légale.
Voici ces observations :
1° Dupasquier a prouvé que l’on trouve dans le commerce des acides chlorhydriques contenant de l’arsenic ; que ces mêmes acides , purifiés par le procédé généralement employé dans les laboratoires, donnent un acide chlorhydrique également arsénifère ; que la quantité d’arsenic contenu dans ces acides est très notable : 1 kilogramme d’acide purifié par la distillation a fourni une proportion de sulfure jaune d’arsenic qui représentait près de 1 gramme d’acide arsénieux; que l’arsenic se trouve dans l’acide chlorhydrique à l’état de chlorure, ce qui explique sa volatilisation si facile , et sa présence dans le même acide jnirifié par distillation ; que l’emploi d’un acide chlorhydrique arsénifère peut offrir de graves inconvénients dans les recherches chimiques , à moins qu’il n’ait été purifié. ( Journal de pharmacie , décembre 1841.)
M. Devergie dira sans doute qu’il a prévu la difficulté, et qu’on peut lire à la page Ô54 du tome IIIe de sa Médecine légale : « qu’il » s’est assuré que, lorsqu’on dissolvait de l’acide arsénieux dans de n l’acide chlorhydrique dans la proportion de 5 centigrammes sur » 500 grammes d’acide, on obtenait tout l’acide arsénieux dans les r> premières portions distillées, en sorte qu’il suffisait d’une seule » distillation, en ayant soin de rejeter les premiers produits pourob- » tenir l’acide pur. » Malheureusement pour le système que défend M. Devergie, le fait qu’il annonce n’est pas exact. J’ai dissous 1 centigramme d’acide arsénieux dans 100 grammes d’acide chlorhydrique du commerce , non arsenical , et j’ai distillé à une douce chaleur; les 15 premiers grammes de liquide recueillis dans le récipient donnaient, avec l’acide sulfhydrique dissous dans l’eau, un précipité abondant de sulfure jaune d’arsenic ; les 1 5 grammes qui étaient passés en second lieu précipitaient encore notablement ; les 15 grammes
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obtenus en troisième lieu jaunissaient immédiatement par le réactif , et laissaient déposer, au bout de quelques heures, un peu de sulfure jaune. Enfin, les 15 grammes recueillis après les derniers dont je viens de parler ne jaunissaient plus , même lorsqu’on les faisait traverser par un courant de gaz sulfhydrique. Mais en introduisant dans un appareil de Marsh les quarante grammes qui restaient dans la cornue, on obtenait des taches arsenicales faciles à caractériser. Dans une autre expérience faite avec 100 grammes du même acide chlorhydrique et 10 centigrammes d’acide arsénieux, le produit, distillé et fractionné , traité par l’acide sulfhydrique , a constamment fourni de l’acide arsénieux; à la vérité, les 10 derniers grammes jaunissaient à peine par le réactif. Il résulte de ces faits que M. Devergie s’est trompé , et qu’il y aurait des inconvénients graves à considérer, comme n’étant pas arsenical , de l’acide chlorhydrique distillé d’après le procédé qu’il a conseillé.
Rien n’est aisé, au contraire, comme d’obtenir de l’acide sulfurique exempt d’arsenic , en purifiant l’acide arsenical du commerce par le procédé suivant : Faire passer un courant de gaz acide sulfhydrique à travers l’acide sulfurique concentré ; quand la liqueur ne précipitera plus par ce gaz , la filtrer à travers de l’amiante et faire bouillir la liqueur filtrée pendant quelques minutes pour chasser et l’excès d’acide sulfhydrique et la minime proportion de préparation arsenicale qu’il pourrait , à la rigueur, avoir retenue ; l’acide sulfurique n’entrant en ébullition qu’à la température de 326°, on conçoit qu’il ne conserve pas à cette température l’atome du composé arsenical volatil dont je parle : aussi ne donne-t-il aucune tache dans l’appareil de Marsh , après avoir été ainsi purifié.
2° On sait par les expériences de MM. Girardin et Héring (voy. Journal de Pharmacie , mars 1836 et 1839) que l’acide chlorhydrique du commerce contient presque toujours de l’acide sulfureux , et quelquefois des quantités considérables; on sait aussi que le même acide distillé renferme tout autant d’acide sulfureux qu’avant d’avoir été soumis à la distillation. (Fordos et Gëlis, Journal de Pharmacie , décembre 1841.) Il arrivera donc, en mettant des masses énormes d’acide chlorhydrique distillé dans l’appareil de Marsh , d’après la méthode de M. Devergie , que l’on pourra introduire dans cet appareil des quantités considérables d’acide sulfureux. Or, cet acide sera promptement décomposé par l’hydrogène naissant, et il y aura production de gaz acide sulfhydrique, comme on peut s’en assurer en faisant arriver le gaz dans un solutum d’acétate de plomb ; ce gaz précipitera à l’état de sulfure jaune la petite portion d’acide arsénieux qui pourrait se trouver dans la matière suspecte , et comme le sulfure
DES POISONS IRRITANTS
d’arsenic n’est point décomposé dans l’appareil de Marsh , il arrivera qu’on n’obtiendra ni taches arsenicales ni un anneau arsenical, quoique la matière suspecte contînt de V acide arsénieux ou de l’acide arsenique. (FORDOS et Gélis, Mém. cité.) Et alors même que l’on recueillerait des taches, celles-ci seront ^souvent jaunes opaques ou brillantes et formées de soufre ou d’arsenic , suivant les proportions d’acide arsénieux contenu dans l’appareil. Avec deux gouttes d’une dissolution concentrée d’acide arsénieux, je n’ai jamais pu obtenir que des taches de sulfure jaune d’arsenic quand je mettais de l’acide sulfureux dans l’appareil, et j’en recueillais beaucoup moins que lorsque je n’ajoutais point de cet acide. Il suffirait d’un pareil fait pour proscrire à jamais le procédé que je combats.
On répondra sans doute qu’en admettant qu’il soit aussi difficile que je le dis de débarrasser l’acide chlorhydrique de la préparation arsenicale volatile ou de l’acide sulfureux qu’il peut renfermer, on en sera quitte pour essayer d’avance l’acide dont on veut faire usage et pour ne pas employer celui qui serait impur. J ’avoue que cet expédient lève toutes les difficultés , si fou est assez bien placé pour pouvoir choisir parmi plusieurs échantillons d’acide chlorhydrique; mais le plus ordinairement les ‘experts ne se trouveront pas dans des conditions aussi favorables; éloignés des grandes villes, ils se verront forcés d’agir avec les acides qu’ils auront à leur disposition, et si ces acides sont imprégnés d’un composé arsenical ou d’acide sulfureux , ils s’exposeront à commettre des erreurs graves. D’ailleurs, n’y aurait-il pas témérité à persister dans l’emploi d’un acide qui n’offre aucun avantage réel sur l’acide sulfurique, lorsqu’on sait, à ne pas en douter, qu’il est souvent altéré et toujours si difficile à purifier?
3° Quand on alimente un appareil de Marsh par l’acide chlorhydrique , on est souvent obligé d’ajouter de cet acide , parce que son' action sur le zinc s’épuise vite : c’est encore un inconvénient qui se rattache à la méthode prônée par M. Devergie.
4° MM. Fau etBergès, experts habiles de Foix , furent chargés, en 1840 , d’une expertise médico-légale. Ils conclurent à l’existence de l’arsenic dans les matières suspectes, après avoir fait usage d’acide chlorhydrique; bientôt après, soupçonnant que l’acide par eux employé pouvait être arsenical, ils s’assurèrent par des expériences réitérées que , en effet, , certains échantillons d’acide chlorhydrique , provenant de la même fabrique où l’on avait pris l’acide dont ils s’étaient servis , contenaient de l’arsenic. Us n’hésitèrent pas un instant à déclarer au procureur du roi qu’ils ne pouvaient plus affirmer, comme ils l’avaient fait auparavant, que l’arsenic recueilli par eux provînt d’un empoisonnement, et ils demandèrent à faire de nouvelles re-
DE L’ACIDE ARSÉNIEUX. Ail
cherches. Le cadavre fut exhumé et soumis aux procédés que j’ai fait connaître, et l’on 11e tarda pas à obtenir de l’arsenic métallique. Convaincu de l’existence de l’empoisonnement, le jury prononça la culpabilité de l’accusé. Si M. Devergie répond que MM. Fau et Bergès auraient dû, avant d’entreprendre leurs expériences, constater la pureté de l’acide chlorhydrique qu’ils voulaient employer, je répéterai ce que j’ai dit. Quelle nécessité y a-t-il . lorsque le procédé que vous conseillez n’est pas plus sensible que certains autres, d’avoir recours à un agent qui est souvent arsénifère et dont l’emploi peut être suivi d’inconvénients d’une autre nature que je vais signaler?
5° En août 1841, MM. Devergie, Ollivier d’Angers et moi, nous fûmes chargés de rechercher s’il existait de l’arsenic dans certaines matières suspectes. Fin tiers de ces matières fut traité par l’azotate de potasse, un autre tiers par l’acide sulfurique concentré, et le dernier tiers par le procédé de M. Devergie que je combats. O11 n’obtint aucune tache arsenicale ni de traces d’anneau métallique avec les liquides fournis par l’azotate de potasse et par l’acide sulfurique concentré. O11 recueillit au contraire un assez bon nombre de taches brunes , brillantes et d’ apparence arsenicale , avec le tiers de la matière traitée par le procédé de M. Devergie. Le lendemain , mon confrère me disait : Les taches se sont envolées; et en effet, il n’y avait plus sur l’assiette , à la place qu’avaient occupée ces prétendues taches arsenicales , qu’une substance blanche opaque. Je dis aussitôt à M. Devergie : C'est tout simple : votre appareil de Marsh est alimenté par l'acide chlorhydrique ; la liqueur que vous introduisez dans cet appareil est riche en acide chlorhydrique , il se forme beaucoup de chlorure de zinc que V hydrogène entraîne avec lui malgré la présence de l'amiante dans le tube ; ce chlorure est ensuite décomposé par V hydrogène , et vos taches n'étaient autre chose que du zinc métallique ; depuis hier ce métal s'est oxydé, et nous trouvons aujourd'hui de l'oxyde de zinc opaque; les taches ne se sont pas envolées. Ce fait 11’a pas besoin de commentaire; il signale une nouvelle cause d’erreur ou du moins de perturbation qui ne vient pas à l’appui des prétentions de M. Devergie.
Procédé de M. Petlenkofer. — M. Pettenkofer a proposé de faire bouillir pendant une ou deux heures 350 grammes de chair, cl’un viscère , etc. , avec 8 grammes de potasse caustique pure et de l’eau distillée ; lorsque la majeure partie de la matière organique est dissoute , il sépare le liquide du résidu en passant à travers un linge , et quand le liquide est froid , il ajoute de l’acide chlorhydrique jusqu’à ce qu’il 11e se forme plus de précipité ; alors il filtre à travers un papier non collé , et fait évaporer la liqueur pour la concentrer un peu ;
î>i'S PüiSOXS 1 MUTANT S»
dans cet état, il la précipite par un excès de tannin , alin d’enlever ia majeure partie de la matière organique , et il filtre de nouveau ; cette liqueur, concentrée jusqu’à ce qu’elle soit réduite à un très petit volume (150 grammes par exemple), est introduite dans un appareil de Marsh ; on obtient bientôt de l’arsenic métallique , et le mélange ne mousse pas ou mousse à peine. Pour reconnaître que c’est bien de l’arsenic qui s’est condensé dans le tube, M. Pettenkofer chauffe la portion de ce tube où se trouve l’anneau métallique , en même temps qu’il fait arriver un courant de gaz acide sulfhydrique ; il se forme de suite du sulfure jaune d’arsenic. ( Sidjere und einfadje méthode das Ârsenik, broch. in-18, année 1842, ou Répertoire de pharmacie de Buchner, t. XVIe, p. 289.)
J’ai voulu savoir quels pourraient être les avantages de ce procédé.
Expérience Pe. — J’ai administré 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 120 grammes cl’eau à un chien, et j’ai lié l’œsophage. Le foie , séparé immédiatement après la mort, pesait 220 grammes et a été traité par de l’eau distillée bouillante et 5 grammes 5 décigrammes de potasse à l’alcool. Après vingt-cinq minutes d’ébullition, j’ai passé la liqueur à travers un linge, et j’ai pu m’apercevoir qu’il restait sur ce linge 112 grammes de matière solide, A. La liqueur, de couleur noirâtre, a été précipitée par un excès d’acide chlorhydrique pur ; le dépôt était d’une couleur grise foncée. J’ai filtré de nouveau : le liquide , d’une couleur bistre clair, et par conséquent beaucoup moins coloré que le précédent , a été décomposé par un excès de tannin dissous dans l’eau , ce qui m’a fourni un dépôt gris clair peu abondant et une liqueur jaune que j’ai filtrée et qui a été évaporée à une douce chaleur jusqu’à ce qu’elle fût réduite à 150 grammes. Alors je l’ai introduite dans un appareil de Marsh préalablement essayé, que j’ai fait fonctionner à l’aide de l’acide sulfu ■ riquepur; j’ai recueilli aussitôt cinq belles taches arsenicales brunes et brillantes, et la liqueur n’a point moussé. Immédiatement après, j’ai obtenu de nom breuses taches jaunes, larges et brillantes, en tout semblables à celles qui sont formées de sulfure d’arsenic. J’ai voulu savoir si par hasard le soufre qui altérait ces nombreuses taches ne proviendrait pas de l’acide sulfureux que pourrait contenir, soit l’acide chlorhydrique, soit l’acide sulfurique que j’avais employé. J’ai fait passer à travers un solutum d’acétate de plomb le gaz hydrogène dégagé par l’action de cet acide chlorhydrique sur du zinc, et il ne s’est point déposé la moindre trace de sulfure de plomb. D’un autre côté, j’ai essayé l’acide sulfurique en le faisant agir sur du zinc dans un appareil de Marsh dans lequel j’avais introduit préalablement une goutte d’acide arsénieux dissous ; les taches arsenicales obtenues étaient brunes et brillantes sans la moindre apparence de teinte jaune. Voyant que la coloration jaune des taches recueillies dans l’expérience faite avec le foie ne dépendait pas des acides
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dont je m’étais servi , j'ai versé dans ce dernier appareil de Marsh , qui fournissait de belles taches brunes, plusieurs grammes du même solutum de tannin , avec lequel j’avais précipité la matière organique, et l’arsenic a continué à se dégager avec sa belle couleur brune.
La matière solide A , après avoir été parfaitement lavée , a été intimement mélangée avec le double de son poids d’azotate de potasse et incinérée dans un creuset de liesse qui n’avait jamais servi: la cendre traitée par l’acide sulfurique a fourni un liquide que j’ai introduit dans un appareil de Marsh préalablement essayé, et qui a donné un nombre considérable de larges et belles taches arsenicales brunes et brillantes.
Expérience 11e. — J’ai fait bouillir pendant deux heures , dans une capsule de porcelaine, avec de l’eau distillée et 5 grammes de potasse à l’alcool , le foie d’un chien qui venait de succomber après avoir pris 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 100 grammes d’eau : ce viscère pesait 197 grammes ; la liqueur, noirâtre et épaisse, a été passée à travers un linge ; la matière solide restant sur le linge, et que je désignerai par A, après avoir été parfaitement lavée sur un filtre, pesait 3 lx grammes lorsqu’elle était encore humide ; d’où il suit que l’eau alcaline avait dissous 163 grammes du viscère soumis à l’expérience. Cette liqueur alcaline, très annualisée, n’a filtré qu’avec beaucoup de difficulté ; dès qu’elle a été refroidie , je l’ai saturée par de l’acide chlorhydrique pur, qui y a fait naître un précipité gris assez abondant, et j’ai ajouté un excès de cet acide (en tout 25 grammes). Le lendemain , j’ai filtré de nouveau la liqueur, qui conservait toujours sa couleur noire, et je l’ai précipitée par un solutum de tannin pur; le mélange était tellement visqueux et épais , qu’il était impossible de le filtrer ; alors je l’ai fait chauffer dans une capsule de porcelaine avec un léger excès de dissolution de tannin; il s’est aussitôt déposé au fond de la capsule un précipité assez abondant , B; dès ce moment , la liqueur a filtré facilement : elle était de couleur jaune. Quant au dépôt B, il était comme glutineux, très adhérent à la capsule et semblable par sa couleur et son aspect à la matière résineuse verte de la bile. J’ai fait évaporer à une douce chaleur la dissolution filtrée, jusqu’à ce qu’elle fût réduite à 150 grammes environ; puis je l’ai introduite dans un appareil de Marsh préalablement essayé, que j’ai fait fonctionner avec de l’acide chlorhydrique ne contenant ni de l’acide sulfureux ni de l’acide arsénieux. Il s’est aussitôt précipité une énorme proportion de matière animale d’un blanc jaunâtre qui a enveloppé le zinc, et l’a empêché d’agir sur la liqueur, en sorte qu’il se dégageait à peine du gaz hydrogène ; d’un autre côté , il s’est formé une quantité de mousse telle , qu’il a fallu de suite vider le flacon ; alors j’ai séparé la liqueur du zinc et de la mousse, et après l’avoir filtrée, je l’ai précipitée par un léger excès d’acide chlorhydrique pur ; j’ai dû employer à cet effet cent soixante grammes de cet acide. Dès que le dépôt a été ramassé , j’ai filtré de nouveau la liqueur, et je l’ai introduite dans un appareil de Marsh ; je n’ai pas tardé à obtenir des taches arsenicales larges et brunes; immédiatement après, j’ai recueilli de nombreuses taches, brunes au
centre et jaunes à la circonférence; enfin huit ou dix minutes après, les taches que je condensais sur la porcelaine étaient presque entièrement jaunes et brillantes ; celles qui se produisaient en dernier lieu étaient complètement jaunes.
La matière A resiée sur le linge et le dépôt glutineux B, incinérés avec l’azotate de potasse, après avoir été parfaitement lavés et traités séparément d’après ma méthode, n’ont fourni dans deux appareils de Marsh que quatre ou cinq petites taches jaunes insignifiantes.
Il résulte des faits qui précèdent , 1° qu’en traitant un organe empoisonné par la proportion de potasse indiquée par M. Pettenkofer on ne dissout pas, ni à beaucoup près, tout l’arsenic qu’il renferme si l’on ne fait bouillir la liqueur que pendant vingt-cinq minutes , tandis qu’au contraire on enlève la totalité de l’arsenic à l’organe si on prolonge l’ébullition pendant deux heures ; dans ce dernier cas , la matière organique indissoute est au moins trois fois moindre que dans l’autre cas si l’on agit sur un foie ;
2° Qu’il est facile de séparer de la dissolution , à l’aide de l’acide chlorhydrique et du tannin, la majeure partie de la matière organique qu’elle renferme, quand l’organe n’a bouilli que pendant vingt-cinq minutes, et qu’alors la liqueur ne mousse pas ou mousse à peine dans l’appareil de Marsh ; mais qu’il faut des doses énormes d’acide chlorhydrique et de tannin pour atteindre le même but si l’ébullition a été continuée pendant deux heures, et que si l’on n’a pas employé uiie suffisante quantité de ces agents , la liqueur mousse à un tel point qu’elle s’échappe promptement de l’appareil de Marsh ;
3° Que dans l’un et l’autre cas on obtient une proportion considérable de taches arsenicales qui en premier lieu sont brunes , tandis que celle s que l’on recueille peu après sont jaunes et brillantes comme celles qui sont formées de sulfure d’arsenic , sans que l’on puisse attribuer cet effet à l’impureté des acides chlorhydrique ou sulfurique, ni au tannin, qui ont été employés. L’inconvénient que je signale dépend, je n’en doute pas, de la réaction qui s’est opérée entre l’acide chlorhydrique , le tannin et la matière organique pendant l’évaporation de la liqueur ;
4° Que ce seul motif devrait suffire pour ne pas donner la préférence au procédé de M. Pettenkofer sur celui que j’ai adopté, puisque dans celui-ci on recueille au moins autant d’arsenic, et que les taches, au lieu d’être jaunes, sont brunes et brillantes ;
5° Qu’alors même que le procédé du chimiste allemand fournirait de l’arsenic brun et brillant, il ne devrait pas être adopté, parce qu’il ne saurait être mis à exécution d’une manière avantageuse sans employer des quantités considérables d’acide chlorhydrique, et qu’il y a
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des inconvénients réels à faire usage de cet acide, comme je l’ai démontré en combattant le procédé de M. Devergie (voy. p. 408).
Méthodes de Rose , Roioff et Fischer. — Je me bornerai à dire deux mots des méthodes proposées par ces chimistes , dans le dessein de détruire la matière organique , mais qui n’atteignaient “pas ce but. Rose , par exemple, conseillait de dissoudre la matière suspecte dans la potasse à l’aide de la chaleur, de détruire la substance organique au moyen de l’acide azotique, de saturer l’excès d’acide parle carbonate de potasse , et de précipiter par l’eau de chaux bouillante ; le dépôt , composé d’arséniate de chaux , mêlé d’un peu d’arsénite , était desséché et calciné avec de l’acide borique vitrifié pour en séparer l’arsenic métallique. Il est aisé de voir que, par ce procédé fort compliqué, on ne parvenait jamais à détruire la totalité de la matière organique. Roioff traitait d’abord la matière suspecte par l’acide azotique , puis par la potasse; il précipitait ensuite la dissolution par l’acide sulfhydrique, et il calcinait le précipité de sulfure d’arsenic pour en retirer l’arsenic métallique. Le procédé de Fischer différait à peine de celui de Rose •• seulement, au lieu de calciner tout l’arséniate de chaux, cet auteur voulait que l’on en soumit une portion à l’action de la pile voltaïque pour en séparer l’arsenic métallique.
Moyen indiqué 'par M. Gianelli. — M. le docteur Gianelli, de Lucques , mettant à profit les résultats de mes expériences sur l’absorption de l’arsenic , et son transport dans le sang , dans les divers organes et dans l’urine, a imaginé de faire avaler à des moineaux et à des oiseaux de nid ( passer i di nido ) , tantôt des grumeaux de sang , tantôt des fragments de poumons , ou de l’urine de lapins , de chiens ou de chevaux empoisonnés par des préparations arsenicales , antimoniales , cuivreuses , mercurielles , opiacées , strychnées , etc. , et il a tiré de ses essais les conséquences suivantes. ( Processi verhali di alcuni sperimenti istituiti sopra varii animali colV acido arsenioso , 1841. )
1° Le sang, les poumons et l’urine des animaux empoisonnés par l’acide arsénieux tuent les moineaux auxquels on les fait avaler.
2° Le sang est vénéneux pour ces animaux , soit qu’il ait été tiré de la veine pendant la vie des lapins ou des chiens , soit qu’il ait été recueilli après la mort et même après une inhumation de plusieurs jours , que les lapins et les chiens aient vécu plus ou moins de temps, que l’acide arsénieux leur eût été administré solide ou dissous dans l’eau à forte ou à petite dose, et quelles que fussent les conditions qui peuvent faciliter son absorption.
3° Toutefois , si la dose d’acide arsénieux est faible , ou que les chiens et les lapins se trouvent dans des conditions peu favorables à
DES POISONS IRRITANTS
l’absorption, la mort des moineaux n’arrive que lentement, et peut même n’avoir pas lieu quelquefois.
4° Le cerveau et la moelle épinière des animaux empoisonnés par l’acide arsénieux ne sont pas vénéneux pour les moineaux.
5° Le sang des animaux empoisonnés avec d’autres substances vénéneuses que l’acide arsénieux, avec celles dont se servent les criminels, n’exerce aucune action délétère sur les moineaux.
6° Le sang des chiens -et des lapins n’est pas vénéneux pour les moineaux , quand l’acide arsénieux a été introduit dans l’estomac de ces chiens et de ces lapins après leur mort.
M. Gianelli conclut de tous ces faits que l’on peut, en faisant avaler à des moineaux du sang d’une personne que l’on soupçonne être morte empoisonnée par l’acide arsénieux , acquérir presque la certitude de l’empoisonnement avant de recourir aux essais chimiques , qu’il considère avec raison comme le seul moyen de mettre l’existence de l’empoisonnement hors de doute. Il pense aussi que l’on peut , à l’aide du moyen qu’il propose , décider si l’acide arsénieux que l’on retire du canal digestif a été introduit avant ou après la mort.
Voici les faits sur lesquels l’auteur se fonde pour établir les conclusions que je viens de faire connaître.
Expérience ire. — Acide arsénieux dissous dans Veau. — Un lapin , empoisonné avec 60 centigrammes d’acide arsénieux, fut saigné vingt et une minutes après l’empoisonnement. Quelques grumeaux de sang administrés à un moineau déterminèrent la mort de celui-ci au bout de trois heures.
Le sang d’un lapin non empoisonné fut pris impunément par un moineau de même force que le précédent.
Expérience 11e. — Soixante-dix centigrammes du même poison furent pris par un lapin, que l’on saigna cinq minutes après. Quelques grumeaux de sang donnés à deux moineaux déterminèrent l’empoisonnement : l’un de ces animaux mourut au bout de trois heures quarante-neuf minutes; Vautre se rétablit. Quelques gouttes d’urine du même lapin tuèrent un oiseau au bout de dix heures et demie.
Les moineaux auxquels on fit avaler du sang et de l’urine de lapins non empoisonnés ne furent pas incommodés. x
Expérience me. — On administra à un lapin 1 gramme d’acide arsénieux, et on le saigna trois minutes après. Trois moineaux qui avalèrent du sang de cet animal périrent, tandis que trois autres se rétablirent , après avoir éprouvé quelques symptômes d’empoisonnement. Une chouette fut également tuée par ce sang. Il en fut de même de deux moineaux qui avaient avalé de l’urine du même lapin. Le cerveau et la moelle épinière de cet animal n’occasionnèrent aucun accident chez une civette.
de l’acide arsénieux. 417
Expérience ive. — Un lapin mourut une minute après avoir pris 60 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 30 grammes d’eau. Du sang de cet animal fut donné à quatre moineaux; trois périrent , et le quatrième n'éprouva aucun accident.
Expérience Ve. — Un autre lapin prit 5 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 8 grammes d’eau distillée , et mourut au bout d’une heure et demie. Le sang de cet animal donné à huit moineaux ne produisit aucun effet sur trois d’entre eux; les cinq autres périrent, l’un au bout de dix-neuf heures, un autre après vingt-huit heures, deux au bout de trente et une heures; enfin le dernier après deux jours.
Expérience vie. — Un chien fut empoisonné avec 1 gramme 30 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 60 grammes d’eau. Quatre moineaux, auxquels on donna du sang de cet animal, périrent en trois, quatre ou cinq heures ; il en fut de même d’une chouette et d’un geai. Une autre chouette succomba pour avoir avalé du poumon du même animal. Par contre, deux moineaux furent empoisonnés, mais non tués par le sang du même chien.
Expérience vne. — On administra à un chien lx grammes d’acide arsénieux dissous dans 60 grammes d’eau ; l’animai mourut vingt et une minutes après. On donna à huit moineaux du sang extrait de la veine pendant la vie; six d’entre eux moururent; les deux autres nJ éprouvèrent aucun accident. Cinq autres moineaux prirent du sang contenu dans le cœur. Trois d’entre eux succombèrent ; les deux autres ne furent point incommodés. Deux poussins qui avaient avalé un mélange de ces deux sangs moururent.
Expérience vme. — Acide arsénieux solide. — Un lapin mourut en trois minutes pour avoir pris 2 grammes 60 centigrammes d’acide arsénieux en poudre. Du sang de cet animal donné à quatre moineaux les tua promptement.
Expérience ixe. — Un chien mourut quatre heures et un quart après avoir pris lx grammes d’acide arsénieux en poudre. Le sang extrait du cœur et des gros vaisseaux de cet animal tue six moineaux, tandis qu'il ne produit aucun accident chez deux autres. Deux poussins périssent pour avoir pris de ce liquide.
Expérience xe. — Un cheval, empoisonné avec 12 grammes d’acide arsénieux donné sous forme de bol, meurt au bout de huit heures. Cinq moineaux périssent après avoir avalé du sang de cet animal. Deux autres ne sont pas incommodés, ai sur six pou: ssi ns qui en prennent, un seul meurt.
Expérience xie. — Un autre cheval, empoisonné de même, succombe au bout de trente et une heures. Trois moineaux meurent pour avoir pris du sang de cet animal ; trois autres n'éprouvent aucun accident. Sur deux poussins qui en prirent, un seul mourut.
Expérience xiic. — Un lapin succomba en quatre minutes pour avoir pris 1 gramme 30 centigrammes d’acide arsénieux pulvérisé. 11 fut enterré dans une boîte de sapin. Douze jours après, on exhuma cette boîte , et on administra du sang de co lapin à deux moineaux qui moururent.
DES POISONS IRRITANTS
MS
Du sang de lapin enterré pendant dix jours et donné à cinq moineaux ne développa aucun accident.
Expérience xme. — On tua un lapin , et immédiatement après on introduisit dans son estomac 60 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 30 grammes d’eau. Sept heures et demie après , on fit avaler du sang de cet animal à sept moineaux qui n’en furent pas incommodés.
Expérience xive. — Sublimé corrosif. — Un lapin fut empoisonné avec 50 centigrammes de ce corps dissous dans l’eau. L’animal mourut après dix minutes. Trois moineaux et une chouette qui prirent du sang de ce lapin n’éprouvèrent aucun accident.
Expérience xve. — Un chien fut tué en sept minutes pour avoir pris 2 grammes de sublimé dissous dans l’eau. On donna à dix moineaux et à un poussin , sans effet sensible , du sang tiré de la veine pendant la vie ou retiré du cœur après la mort.
Expérience xvie. — Vert-de-gris. — Un lapin mourut sept minutes après avoir avalé 60 centigrammes de vert-de-gris suspendu dans l’eau. Trois moineaux et une chouette prirent impunément du sang de cet animal.
Expérience xviic. — Tartre stïbiè. — Trente centigrammes de ce sel dissous dans l’eau et administrés à un lapin déterminèrent la mort au bout de trois quarts d’heure. Du sang de cet animai donné à cinq moineaux et à une chouette ne produisit aucun effet sensible.
Expérience xvme. — Un petit chien prit , à onze heures cinquante-cinq minutes du matin, 2 grammes 60 centigrammes de ce sel dissous, et mourut dans la nuit. On l’avait saigné. Du sang de cette saignée donné à trois moineaux et à deu x poussins ne produisit aucun effet. Quatre moineaux et deux autres poussins prirent impunément aussi du sang extrait du çœur après la mort.
Expérience xixe. — Sous-acétate de plomb . — Un lapin mourut onze minutes après avoir avalé 30 gouttes d’extrait de saturne. Le sang de cet animal, donné à quatre moineaux et à une chouette , n’occasionna aucun accident.
Expérience xxe. — Azotate d’argent. — On fit prendre à un lapin 30 centigrammes de ce sel dissous dans l’eau ; l’animal succomba au bout de vingt-cinq minutes. Quatre moineaux et une chouette n’éprouvèrent aucune incommodité pour avoir pris de son sang.
Expérience xxie. — Chlorure d’or. — On donna à un lapin 5 grammes 30 centigrammes de ce se^ dissous. Après la mort, on administra du sang de l’animal à quatre moineaux qui n’en furent point incommodés.
Expérience xxiic. — Sulfate de zinc.— - Un lapin mourut trois heures trente-sept minutes après avoir pris h grammes de ce sel dissous dans l’eau. Le sang de cet animal donné à quatre moineaux ne produisit aucun effet.
Expérience xxiii0. — Sous-azotate de bismuth. — Six grammes 60 centigrammes de ce sel occasionnèrent la mort d’un lapin au bout de quatre jours. Le sang de cet animal administré à six moineaux ne les incommoda point.
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Expérience xxive. — Cantharides. — On saigna un chien empoisonné sept heures auparavant avec des cantharides. Le sang de l’animal donné à neuf moineaux et à un poussin fut sans effet.
Expérience xxve. — Acétate de morphine. — On fit prendre en deux fois à un lapin 50 centigrammes d’acétate de morphine ; l’animal mourut vingt-huit minutes après. Du sang administré à quatre moineaux ne produisit aucun effet sur trois d’entre eux; le quatrième fut trouvé mort le lendemain.
Expérience xxvie. — Cinquante centigrammes du même sel, administras en une seule fois à un lapin, déterminèrent la mort au bout de quarante minutes. Neuf moineaux avalèrent impunément du sang de cet animal.
Expérience xxvne. — Un chien, empoisonné par trois doses successives de ce sel dissous dans l’eau , fut saigné au troisième jour de la maladie. Le sang de ce chien , donné à huit moineaux et à un poussin , ne produisit aucun effet.
Expérience xxviii6. — Strychnine. — Un lapin mourut une heure huit minutes après avoir pris 10 centigrammes de strychnine suspendue dans l’eau. Quatre moineaux ne furent aucunement affectés par le sang de cet animal.
A Icool.— Expérience xxixe. — On fit avaler à deux moineaux du sang d’un lapin tué par l’alcool; ces animaux ne furent point incommodés.
Eau de laurier-cerise. — Expérience xxxe. — Un lapin fut saigné quatre minutes après avoir été empoisonné par cette eau distillée ; trois moineaux auxquels on fit avaler du sang de cet animal n’en ressentirent aucun effet.
Tels sont les faits mis en avant par le docteur Gianelli. Voyons , avant d’exposer les résultats de mes expériences , s’ils sont de nature à motiver les conclusions que l’auteur a adoptées.
Deux points fondamentaux constituent la base de ce système : on admet d’une part que le sang et certains organes des animaux empoisonnés par l’acide arsénieux contiennent une assez grande quantité de ce poison pour tuer les petits oiseaux , même quand ils sont administrés à faible dose , tandis que les mêmes parties prises chez les animaux empoisonnés par les autres substances vénéneuses ne renferment pas de ces substances , ou du moins n’en renferment pas assez pour faire périr les moineaux aux mêmes doses. Or, il est aisé de prouver que ces* deux assertions , énoncées d’une manière aussi absolue , sont erronées.
Examinons d’abord la première. Sans aucun doute le sang et quelques viscères d’un animal empoisonné, pris à une certaine époque de l’intoxication, peuvent contenir assez d’acide arsénieux pour faire périr des animaux aussi faibles; cela aura surtout lieu lorsque les chiens, les lapins , etc. , auront été soumis à l’action de fortes doses d’acide
DES POISONS IRRITANTS
arsénieux et que l’absorption aura été abondante. Mais aussi combien de fois n’arrivera-t-il pas que le sang et les organes des animaux empoisonnés par l’acide arsénieux ne renfermeront que des atomes de ce poison incapables de tuer même les petits oiseaux , ou qu’ils n’en contiendront pas du tout ? Ici cela tiendra à ce que la dose avec laquelle l’animal a été empoisonné était minime ; là , à ce que le sang a été recueilli avant d’avoir reçu tout le poison qu’il doit charrier ; dans un autre cas, cela dépendra de ce que le sang se sera déjà dépouillé d’une grande partie de l’acide arsénieux qu’il avait absorbé et qu’il a laissé dans les organes. Quand on a cherché plusieurs fois l’acide arsénieux dans le sang des animaux empoisonnés , on est convaincu qu’on est loin de le trouver à toutes les époques de l’empoisonnement.
Il y a mieux , les expériences de M. Gianelli réfutent à elles seules e système qu’il veut faire prévaloir, .en nous montrant des lapins, des chiens et des chevaux empoisonnés par des doses énormes d’acide arsénieux, dont le sang n’a pas occasionné le moindre accident quand il a été pris par des moineaux. Cinq de ces animaux ne sont pas morts en avalant du sang de lapins qui étaient sous l’influence de 60 , de 70 centigrammes et même de 1 gramme de ce poison dissous dans l’eau , doses vraiment énormes ; l’un d’eux n’éprouva même aucun accident (expériences 2e, 3e et U9) ; nous voyons dans l’expérience 5e trois moineaux n’être pas incommodés par du sang qui pourtant a tué cinq de ces animaux. Six de ces oiseaux avalent impunément du sang de chiens empoisonnés par des doses d’acide arsénieux dissous , douze fois au moins aussi fortes que celles qui sont nécessaires pour les tuer (expériences 6e et 7e). Deux moineaux ne ressentent aucun mauvais effet du sang d’un chien qui avait avalé quatre grammes d’acide arsénieux en poudre. Enfin , le sang de deux chevaux empoisonnés par l’acide arsénieux solide n’a altéré aucunement la santé de onze petits animaux auxquels on en avait fait prendre (expér. 10e et 11e). Évidemment les 27 oiseaux dont je viens de parler, et qui n’ont pas été affectés par le sang des lapins , des chiens et des chevaux empoisonnés , ne sont pas dans des conditions propres à faire prévaloir le système de l’auteur. Voyez combien on serait loin de la vérité, si l’on admettait avec M. Gianelli que l’on peut , à l’aide du moyen qu’il propose , acquérir presque la certitude de l’empoisonnement avant de recourir aux essais chimiques î II y a d’ailleurs dans les faits rapportés par le médecin de Lucques quelque chose de plus singulier encore et d’inexplicable : constamment, lorsque des oiseaux n’ont pas été incommodés en avalant du sang qui provenait des animaux qui avaient pris de l’arsenic , d’autres oiseaux de la même espèce , en apparence moins forts , ont été tués par le même sang donné à pareille
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dose. Quelle importance attacher dès lors à des essais aussi insignifiants? M. Gianelli n’a pas même cherché quelle pouvait être la cause de cette bizarrerie. J.’admets bien avec lui que les chiens et les lapins peuvent se trouver quelquefois dans des conditions peu favorables à l’absorption , et je conçois qu’alors le sang de ces animaux, très légèrement empoisonnés , ne tue pas les oiseaux; c’est ce que j’ai dit plus haut. Mais il s’agit ici de lapins, de chiens et de chevaux véritablement empoisonnés et dont le sang tue plusieurs petits animaux , tandis qu’il n’est aucunement nuisible pour d’autres.
Si j’aborde maintenant le second point fondamental du système de M. Gianelli, il ne me sera pas difficile de prouver qu’il ne repose pas sur une base plus solide. Nous savons que le sublimé corrosif, le vertde-gris , le tartre stibié , les sels de plomb , d’argent , d’or, de zinc et de bismuth , l’acétate de morphine , la strychnine , etc. , sont absorbés et qu’ils se mêlent au sang ; on sait aussi qu’il faut des doses excessivement minimes de plusieurs de ces poisons pour tuer des moineaux , et pourtant l’auteur du système cherche à établir que le sang des animaux empoisonnés par ces divers poisons ne fera jamais périr les petits oiseaux auxquels on en donnerait quelques grumeaux. Je serais d’accord avec lui s’il disait que quelques uns de ces poisons, doués d’une activité moindre que les autres , pourront se trouver en assez faible proportion dans le petit nombre des grumeaux de sang que l’on fait avaler aux moineaux pour ne pas les faire périr ; mais je ne saurais adopter le principe d’une manière absolue; et si l’on m’oppose les expériences nombreuses dans lesquelles le médecin de Lucques a toujours constaté l’innocuité du sang provenant d’animaux empoisonnés par ces substances vénéneuses , je répondrai d’abord qu’un moineau a été tué pour avoir avalé du sang d’un lapin empoisonné par l’acétate de morphine (expérience 25e); qu'il est probable que l’on n’a pas donné autant de grumeaux sanguins aux oiseaux, dans ce cas , que lorsqu’on agissait avec le sang arsenical, et surtout que l’on n’a pas saisi , pour faire les essais , le moment où la substance toxique se trouvait en quantité notable dans le sang. Quand on sait combien il est difficile de démontrer dans ce fluide la présence des préparations mercurielles , cuivreuses et autres ; que la difficulté est portée à ce point, que dans mes expériences je n’ai jamais pu y déceler la présence du mercure, alors que je la constatais aisément dans le foie, dans la rate, dans l’urine, etc., on est forcé d’admettre que si l’on ne découvre pas ces poisons dans le sang, c’est qu’ils n’y restent pas long-temps, et que je les ai toujours cherchés quand ils n’y étaient plus. Mais évidemment ils s’y sont trouvés à une certaine époque de rempoisonnement , puisque c’est lui qui les a portés dans les viscères
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où on les découvre , et l’on voudrait nous persuader qu’à cette époque le sang ne serait pas doué de qualités assez malfaisantes pour tuer de petits animaux dont il est si aisé de détruire la vie ?
Quoique ces considérations suffisent et au-delà pour faire apprécier à sa juste valeur le système du docteur Gianelli, j’ai été curieux de voir par moi-même et de répéter quelques unes des expériences consignées dans le mémoire de ce médecin. Voici ce que j’ai observé :
Plusieurs moineaux , auxquels j’avais fait prendre dans l’espace de deux ou trois heures de 25 à 30 gouttes de sang d’un chien récemment tué avec 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 100 grammes d’eau, n’ont éprouvé aucun accident pendant trente ou quarante heures, et mangeaient avec avidité la pâtée qu’on leur donnait; puis tout-à-coup plusieurs d’entre eux sont morts, tandis que les autres ont continué à se bien porter.
Quatre oiseaux de nid soumis à la même expérience ont également succombé trente-six ou quarante heures après avoir avalé du sang et sans avoir paru affectés pendant tout ce temps par l’ingestion du liquide empoisonné. il en a été de même de plusieurs autres oiseaux de nid, à peu près de même force , qui n’avaient pourtant pas pris du sang empoisonné, mais qui n’avaient pas été mieux nourris que les quatre qui avaient péri. 11 y a mieux : deux de ces oiseaux sont morts quatre heures avant un de ceux auxquels on avait donné du sang arsenical.
Parmi les moineaux auxquels j’ai fait avaler des parcelles du poumon du chien empoisonné , il en est qui sont morts au bout de vingt- quatre à trente-six heures , après avoir paru se bien porter pendant tout ce temps; d’autres n’ont pas été incommodés.
Enfin j’ai fait prendre à quatre oiseaux de nid du sang provenant d’un chien que j’avais empoisonné la veille avec 8 grammes de noix vomique ; deux de ces animaux étaient morts au bout de dix-huit heures , et les deux autres au bout de trente-deux heures ; pourtant il y avait dans les cages qui renfermaient ces oiseaux de la pâtée et de l’eau.
Il résulte de ce qui précède que le système du docteur Gianelli ne repose sur aucune base solide, et qu’il serait dangereux de l’appliquer aux recherches médico-légales relatives à l’arsenic , dans un moment surtout où les procédés propres à faire découvrir des quantités infiniment petites de ce toxique ont atteint un si haut degré de perfection.
Acide arsénieux en poudre fme appliqué à la surface du canal digestif. — On examinera attentivement à l’œil nu ou avec une loupe toute la surface interne du canal digestif, afin de ramasser les petits
DE l’acide arsénieux. 423
grains d’acide arsénieux que l’on pourrait apercevoir ; si l’on découvre quelques uns de ces grains on les traitera comme il a été dit à la page 376, afin de s’assurer qu’ils sont formés par l’acide arsénieux. Mais il faut savoir que dans certaines circonstances la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins est tapissée d’une multitude de points brillants , composés de graisse et d’albumine ; ces sortes de grains , mis sur les charbons ardents , décrépitent en se desséchant , et font entendre un bruit que l’on qualifierait mal à propos de détonation , comme je l’ai entendu dire ; ils s’enflamment comme les corps gras , s’ils contiennent une proportion notable de graisse , et répandent une odeur de suif et de matière animale brûlée. Ces globules graisseux et albumineux peuvent se trouver sur des cadavres d’individus qui n’ont pas été empoisonnés , et l’on ne saurait trop apporter d’attention à les distinguer de l’acide arsénieux. Le meilleur moyen d’éviter l’erreur consiste à traiter par l’eau toutes les parties granuleuses, et à mettre la dissolution en contact avec l’acide suif hydrique ou à l’introduire dans un appareil de Marsh.
Supposons que l’expert n’ait pas aperçu la moindre trace de substance granuleuse à la surface interne du canal digestif, ce n’est pas une raison pour que quelques atomes d’acide arsénieux finement pulvérisé ne se trouvent dans ce canal , incorporés en quelque sorte avec la membrane muqueuse. Il faudra donc faire bouillir, dans une capsule de porcelaine très propre , pendant un quart d’heure environ , le canal digestif, coupé par petits morceaux , avec de l’eau distillée et quelques centigrammes de potasse à l’alcool, afin de dissoudre toutes les portions d’acide arsénieux pulvérulent qu’il aurait été impossible de séparer mécaniquement. Le solutum sera filtré , coagulé par l’alcool et soumis à Faction de l’acide suif hydrique gazeux , comme il a été dit à la page 398. Si l’on n'obtient point de sulfure d’arsenic, on opérera sur les lambeaux du canal digestif préalablement soumis à l’ébullition pendant un quart d’heure (voy. page 426).
Acide arsénieux dans un cas où le sesqui-oxyde de fer aurait été administré comme contre-poison. — Si l’individu sur lequel on opère avait pris du colcothar ou du sesqui-oxyde de fer hydraté , il faudrait apporter quelques modifications au procédé que je conseille de suivre ; en effet, j’ai démontré : 1° qu’il existe dans le commerce certains échantillons de ces oxydes qui contiennent une petite proportion d’arsenic ; 2° qu’en faisant bouillir ces oxydes pendant quatre heures avec de l’eau distillée, on ne dissout pas un atome de la préparation arsenicale qu’ils renferment; 3° qu’il en est de même si l’on en fait bouillir 120 ou 150 grammes avec de l’eau distillée et 2 grammes de potasse à l’alcool; 4° qu’en faisant bouillir, au contraire, pendant une heure
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quelques grammes de ces mêmes échantillons avec de l’acide sulfurique concentré ou étendu de son poids d’eau , et en plaçant les liqueurs dans un appareil de Marsh , on obtient des taches arsenicales ; 5° qu’il en est de même si l’on introduit directement quelques grammes de ces oxydes dans un appareil de Marsh en activité ; 6° que certains sulfates de fer préparés avec de la tournure de fer parfaitement décapée, de l’eau et de l’acide sulfurique, donnent, parla calcination, des coicothars dont on retire de l’arsenic à l’aide de l’appareil de Marsh , surtout si on a préalablement fait bouillir ceux-ci avec de l’acide sulfurique ; 7° que les chiens peuvent avaler 120 à 150 grammes de colcothar arsenical sans être sensiblement incommodés , et que si on les tue vingt-quatre ou soixante heures après l’ingestion de l’oxyde , on ne découvre aucune trace d’arsenic en carbonisant ensemble par l’acide azotique le foie , la rate , les reins , le cœur et les poumons de ces animaux ; mais que les liquides contenus dans le canal digestif, filtrés, fournissent quelquefois des traces d’arsenic à l’aide de l’appareil de Marsh. ( Bulletin de V Académie royale de médecine , année 1840.)
On conçoit d’après ce qui précède que si l’on avait obtenu de l’arsenic en analysant les matières contenues dans le canal digestif d’un individu qui aurait pris du colcothar ou du sesqui-oxyde de fer hydraté, il ne suffirait pas de découvrir l’arsenic , et qu’il faudrait encore prouver que cet arsenic ne provient pas du contre-poison ferrugineux.
Pour cela, si Von opère sur la matière des vomissements , on la filtre, et on la traite par l’alcool et par l’acide sulfhydrique comme il a été dit à la page 398. S’il se précipite du sulfure jaune d 'arsenic , il est évident que ce métal provient d’un composé arsenical vénéneux , attendu que la proportion d’arsenic que pourrait renfermer la petite quantité d’oxyde de fer dissous dans la liqueur filtrée , est trop minime pour être décelée à l’aide de l’acide sulfhydrique.
Si l’on n’a pas à sa disposition les matières des vomissements , et alors même que l’on aurait pu opérer sur elles , on recueillera attentivement toutes les matières contenues dans le canal digestif; on lavera celui-ci à plusieurs reprises avec de l’eau distillée froide , et après avoir réuni les eaux de lavage aux autres matières , on mettra le tout sur un filtre ; on lavera encore de la même manière la matière solide restant sur le filtre. Si le liquide filtré, après avoir été coagulé par l’alcool et filtré de nouveau , donne par l’acide sulfhydrique un précipité de sulfure jaune d’arsenic , on peut être certain que l’arsenic ne provient pas de l’oxyde de fer. S’il ne précipite pas par cet agent, et que l’on en retire un peu d’arsenic à l’aide de l’appareil de
DE l'acide arsénieux. 425
Marsh , on n’affirmera pas que cet arsenic n’a pas été fourni par l’oxyde ferrugineux, attendu que cette petite proportion d’arsenic pourrait ci la rigueur provenir de quelques parcelles d’oxyde de fer que les sucs acides de l’estomac auraient attaqué. Afin de s’éclairer davantage, on agira sur les matières restées sur le filtre.
Pour cela, on fera bouillir, ces matières pendant vingt ou vingt-cinq minutes avec de l’eau distillée , et on agira sur la dissolution comme il a été dit à la page 398. B. Si l’on retire de l’arsenic , il est évident qu’il ne provient pas de l’oxyde de fer administré comme contrepoison, car l’eau distillée bouillante ne dissout pas le sel arsenical que pourrait contenir l’oxyde de fer.
Si l’eau bouillante n’a point dissous d’arsenic , est-ce à dire pour cela qu’il n’y a pas eu ingestion d’acide arsénieux? Non certes, car indépendamment de ce que cet acide aurait pu être entièrement rejeté par les vomissements ou par les selles , il est aisé de prévoir qu’il aurait également pu se combiner avec l’oxyde de fer hydraté et donner naissance à de l’arsénite de fer insoluble dans l’eau. Il importe donc de traiter à froid la masse que l’on aurait préalablement fait bouillir avec de l’eau, par 15 ou 20 grammes de potasse à l’alcool dissoute dans l’eau. Cet alcali n’enlève pas un atome de l’arsenic naturellement contenu dans le sesqui-oxyde de fer, tandis qu’il se combine avec l’acide arsénieux qui aurait été neutralisé par cet oxyde , pour peu que cet acide se trouve en quantité notable dans Varsè nite de fer. L’arsénite de potasse dissous dans l’eau sera facile à reconnaître, à l’aide de l’appareil de Marsh, ou bien à l’aide du gaz acide sulfhydrique , après saturation de l’excès d’alcali.
Ces moyens suffiront dans la plupart des cas pour décider non seulement s’il existe de l’arsenic dans les matières du canal digestif, mais encore si le métal obtenu a été fourni par l’oxyde de fer ou par de l’acide arsénieux ingéré. Toutefois , comme il se pourrait que l’on n’eût pas séparé tout l’arsenic contenu dans ces matières , on les traitera par l’azotate de potasse ainsi qu’il a été dit à la page 401 , pour extraire la totalité de l’arsenic.
Dans tous les cas, l’expert devra , avant de conclure, examiner attentivement une portion du même oxyde de fer qui aura été administré au malade, afin de s’assurer s'il est ou non arsenical. Il suffira pour cela d’en faire bouillir 10, 20, 30 ou 40 grammes avec de l’acide sulfurique et d’introduire la liqueur sulfurique dans l’appareil de Marsh.
Au reste , j’ai fait sentir ailleurs la nécessité de ne plus faire usage de sesqui-oxyde de fer hydraté arsenical, et tout porte à croire que
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dorénavant les pharmaciens ne débiteront ce médicament qu’après l’avoir privé de l’arsenic qu’il pourrait contenir (voy. p. 367).
Acide arsénieux transformé en sulfure dans le canal digestif par V acide sulfhydrique qui peut se développer dans ce canal ou qui aurait été introduit dans V estomac. — Si l’estomac ne contient que des matières alimentaires liquides, on les ramassera et on laissera déposer toutes les parties jaunes insolubles dans l’eau ; on les fera sécher sur un fdtre et on déterminera par les moyens indiqués à la page 378 si elles sont formées par du sulfure d’arsenic.
Si l’on trouve dans l’estomac des matières solides mêlées avec quelques particules jaunes , ressemblant au sulfure d’arsenic, on traitera ces matières à froid. par l’eau ammoniacale, composée d’une partie d’ammoniaque et de cinquante parties d’eau. Après avoir agité ce mélange pendant dix ou douze minutes environ , on filtrera la liqueur, dont on précipitera ensuite à l’aide de l’acide azotique le sulfure d’arsenic que l’ammoniaque avait dissous, et qu’il sera aisé de reconnaître (voyez p. 378). Le liquide précipité par l’acide azotique, ainsique les matières restées sur le filtre , seront à leur tour examinés pour savoir s’ils ne retiennent pas encore de l’acide arsénieux qui n’aurait pas été transformé en sulfure ; il suffira pour cela de suivre la marche tracée aux pages 396 et 401.
Acide arsénieux absorbé et se trouvant dans le sang , dans le résidu de V ébullition du canal digestif, dans le foie , la rate , les reins , les poumons , etc. — Il est inutile de faire bouillir ces matières avec de l’eau distillée pour avoir un solutum que l’on chercherait ensuite à précipiter par l’acide sulfhydrique; en effet, alors même que l’on prolongerait l’ébullition pendant plusieurs heures , l’eau ne dissoudraitpas la totalité du poison arsenical, en sorte qu’il faudrait encore traiter par le nitre le résidu que l’on aurait fait bouillir. D’un autre côté, le décoctum pourrait ne renfermer qu’une infiniment petite quantité d’arsenic que l’acide sulfhydrique ne décèlerait qu’avec peine , même après l’avoir coagulé par l’alcool. Il vaut donc mieux traiter de suite le sang ou ces organes par le nitre , comme il a été dit à la page 401 et suivantes.
L’arsenic obtenu dans ces cas ne provient évidemment pas de l’oxyde ferrugineux qu’on aurait pu administrer au malade comme contrepoison , et que je supposerai pour un moment être arsenical ; en effet, il résulte dès expériences multipliées que j’ai tentées que l’on ne découvre pas un atome d’arsenic dans le foie , la rate et les reins , des animaux, même lorsqu’on leur a fait avaler 150 grammes d’un oxyde ferrugineux arsenical anhydre, et qu’on les tue au bout de vingt-quatre , quarante-huit ou soixante heures.
DE l’acide arsemeux. 427
Acide arsénieux dans un cas dd exhumation juridique. — 1° Le 8 mai 1826 , on a introduit dans un bocal à large ouverture , qu’on a exposé à l’air, un litre et demi d’eau tenant en dissolution 1 2 grammes d’acide arsénieux et plusieurs portions de muscles, de cerveau et d’un canal intestinal. Le 2 août de la même année , près de cinq mois après , le mélange n 'exhalait aucune odeur désagréable ; la liqueur filtrée , traitée par l’acide suif hydrique , par le sulfate de cuivre ammoniacal et par l’eau de chaux , se comportait comme une dissolution aqueuse et pure d’acide arsénieux.
2° Trente centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 1 litre 1 /2 d’eau furent placés , le 18 juillet 1826 , dans un bocal à large ouverture , exposé à l’air, dans lequel on avait introduit environ le tiers d’un canal intestinal d’un adulte. Le 12 août suivant, le mélange exhalait à peine une odeur désagréable ; la liqueur fdtrée ne jaunissait ni ne précipitait par l’acide suif hydrique ; le sulfate de cuivre ammoniacal ne lui faisait éprouver aucun changement ; en l’évaporant jusqu’à siccité, il se coagulait beaucoup de matière animale que l’on enlevait à mesure ; le produit de l’évaporation , traité par l’eau distillée bouillante pendant trois ou quatre minutes , contenait de l’acide arsénieux, puisque k* liqueur jaunissait par l’acide sulfhydrique , et que , par l’addition d’une goutte d’acide chlorhydrique , elle fournissait un précipité de sulfure jaune d’arsenic soluble dans l’ammoniaque. La couleur et le précipité jaune développés par l’acide sulfhydrique étaient beaucoup moins sensibles , lorsqu’au lieu d’agir comme il vient d’être dit , on versait ce réactif dans la liqueur chauffée simplement jusqu’à l’ébullition et filtrée, pour coaguler la matière animale. Le 5 mai 1827, c’est-à-dire neuf mois et demi après le commencement de l’expérience , le mélange exhalait une odeur assez fétide; la liqueur . filtrait difficilement , parce qu’elle tenait déjà une grande quantité de matière animale en dissolution ; elle ramenait rapidement au bleu la couleur du papier de tournesol rougi par un acide ; l’acide sulfhydrique et le sulfate de cuivre ammoniacal ne lui faisaient subir aucune altération , tandis qu’ils y démontraient la présence de l’acide arsénieux , lorsque après l’avoir évaporée jusqu’à siccité pour coaguler et séparer la matière organique, on traitait le produit de l’évaporation par l’eau distillée bouillante.
3° La même expérience, répétée le 27 février 1827, a fourni des résultats semblables lorsqu’on a examiné la liqueur le 27 avril suivant.
4° Le 8 novembre 1826 , on renferma dans une portion d’un gros intestin d’adulte du blanc d’œuf, de la viande , du pain , et 1 gramme 10 centigrammes d’acide arsénieux solide ; l’intestin fut placé dans une petite boîte de sapin qui , après avoir été parfaitement close , fut
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enterrée h la profondeur de 70 centimètres. Le 14 août 1827, c’està-dire neuf mois six jours après, on exhuma cette boîte et oir agita dans l’eau distillée tiède les matières contenues dans l’intestin ; au bout de quelques minutes on filtra , et l’on put se convaincre , en y versant de l’acide sulfhydrique , que la liqueur renfermait beaucoup d’acide arsénieux.
5° Après avoir saupoudré deux tranches épaisses de maigre de veau avec de l’acide arsénieux, Dubuc (de Rouen) les déposa dans une forte boîte en bois de chêne et les enterra dans un sol assez perméable à l’eau. Au bout de six ans , il fit l’exhumation de ce petit cercueil , et y trouva une sorte de terreau qui se délitait sous les doigts et qui contenait encore tellement d’arsenic , que 1 gramme 3 décigrammes jetés sur des charbons ardents empoisonnèrent de leur odeur alliacée un laboratoire d’une assez grande dimension. ( Journal de chimie médicale , t. il, pag. 278.)
6° Dans le courant d’août 1841, M. Saucon, pharmacien de Saintes, m’apporta deux petites boîtes qu’il avait enterrées en 1836 , à 50 centimètres , et qui avaient par conséquent été inhumées pendant cinq ans. Dans l’une de ces boîtes on avait mis des chairs et 1 gramme 30 centigrammes d’acide arsénieux; on avait placé dans l’autre des viscères d’animaux et 1 gramme 30 centigrammes d ’arsêniate d’ammoniaque. Indépendamment des pluies qui avaient dû si souvent mouiller le terrain , celui - ci avait été inondé à tel point , que M. Saucon ne pouvait pas croire que l’on trouvât encore des traces des préparations arsenicales. Il n’en fut pas ainsi , car nous retirâmes des débris de l’une et de l’autre de ces boîtes une proportion notable d’arsenic métallique.
7° Déjà plusieurs fois les experts ont constaté long-temps après l’inhumation , soit dans le canal digestif , soit dans le foie , la rate , le cœur, etc. , la présence de l’acide arsénieux qui avait été introduit dans l’estomac , quoique la putréfaction eût parcouru toutes ses périodes et qu’il y eût eu production d’une grande quantité d’ammoniaque. Je me bornerai à citer les cadavres de Mercier, à Dijon; de Cuinon , à Périgueux ; de Lafarge , à Tulle.
Il résulte de ces faits : A , qu’il est possible de retirer de l’arsenic métallique , même plusieurs années après l’inhumation , de cadavres appartenant à des individus morts empoisonnés par l’acide arsénieux , par un arsénite ou par un arséniate ; /?, que si l’acide arsénieux a été pris à l’état solide , il ne sera pas quelquefois impossible , même longtemps après l’inhumation , d’apercevoir çà et là des grains qui , étant détachés avec la pointe d’un canif, présenteront tous les caractères de ce poison ; C , que dans la plupart des cas il n’en sera pourtant pas
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ainsi , et qu’il faudra recourir à Y incinération des matières par l’azotate de potasse (voy. pag. 401), parce qu’il ne suffirait pas de traiter ces matières par l’eau bouillante pour mettre hors de doute l’existence d’une préparation arsenicale trop intimement mélangée ou combinée avec le gras de cadavres ou avec les tissus putréfiés. Presque toujours en effet les décoctions aqueuses des organes ou des débris pourris , alors même que le composé arsenical a été en partie dissous, laissent après l’évaporation à siccité des produits noirâtres, gras, dans lesquels les réactifs ne décèleraient aucune trace d’une préparation arsenicale , qu’il serait impossible de mettre dans un appareil de Marsh sans développer des quantités de mousse effroyables , et qui ne peuvent même pas être convenablement carbonisés par les acides forts.
Peut-il arriver que le cadavre d'un individu empoisonné par V acide arsénieux abandonne le composé arsenical qu’il renfermait au moment de la mort , de manière à ne plus en retenir après une inhumation prolongée? Voici ce que nous avons dit à cet égard dans le tome il du Traité des exhumations juridiques , pag. 284 : « Il n’est » pas douteux que l’acide arsénieux ne se transforme à la longue, et à » mesure qu’il se produit de l’ammoniaque, en arsénite d’ammoniaque » beaucoup plus sa lub le que l’acide arsénieux , en sorte qu’il pourrait a se faire qu’au bout de quelques années on ne parvînt pas à démon- » trer la présence de l’acide arsénieux là où il aurait été facile de la » constater quelques mois après l’inhumation , parce que cet acide , » auparavant solide et granuleux , une fois transformé en arsénite » d’ammoniaque , serait devenu soluble et aurait filtré dans la terre, » à travers les parois de la bière , ou se serait écoulé par les trous que » présente souvent la face inférieure de celte boîte lorsque la putré- » faction a fftit de grands progrès. »
Cette citation résume exactement la solution du problème qui m’occupe ; il me paraît toutefois indispensable de la commenter et de préciser les diverses espèces qui peuvent se présenter. En disant qu’il pourrait se faire qu’au bout de quelques années on ne parvînt pas à trouver de l’arsenic dans un cadavre , lorsqu’il aurait été facile d’en constater la présence quelques mois après l’inhumation , je n’ai entendu parler que d’une préparation arsenicale solide qui aurait été introduite dans V estomac ou dans le rectum dans le dessein de donner la mort. Il est dès lors évident que j’ai singulièrement restreint les cas où l’expert sera appelé à décider des questions de ce genre ; en effet , le poison restera dans le canal digestif , où il était au moment de la mort, tant que ce canal conservera son intégrité et sa mollesse; et alors même que par les progrès de la putréfaction l’estomac et les intestins se seront desséchés , en occupant un très petit volume, ils
continueront à présenter une cavité dans laquelle on retrouvera encore, sinon la totalité , du moins une partie du poison. J’irai plus loin , et j’admettrai que la décomposition putride ait été portée au point de réduire les tissus de l’estomac et des intestins , ainsi que ceux des autres viscères abdominaux , en une matière grise brunâtre ou d’un vert foncé sale, comme graisseuse et semblable au cambouis; même alors il serait encore possible de découvrir une certaine quantité d’acide arsénieux qui aurait échappé à l’action de l’ammoniaque , ou qui , s’étant combiné avec cet alcali , aurait formé un arsénite susceptible d’être retenu par les tissus et par la matière grasse dont j’ai parlé.
On voit donc , par cette première espèce , combien seront rares les cas où le poison arsenical soluble aura été complètement dissous par les pluies et entraîné dans la terre.
En sera-t-il de même pour la portion d’acide arsénieux qui , ayant été absorbée, se trouve en très petite proportion dans chacun de nos organes? Ici, à défaut de faits, nous pouvons nous aider du raisonnement. Plus la quantité du poison arsenical est faible par rapport à la masse de l’organe qui le contient , plus il y a de chances pour qu’il reste dans cet organe , d’abord parce que les produits de la putréfaction pourront le retenir en formant avec lui des composés nouveaux peu solubles ou insolubles dans l’eau, et ensuite parce que les acides arsénieux et arsénique étant susceptibles de s’unir à la chaux, agiront peut-être à la longue sur une portion de celle qui* existe dans nos organes, et se transformeront en arsénite ou en arséniate insolubles. Toujours est -il que l’on admettra sans peine que l’ammoniaque produite pendant la putréfaction , et qui pourrait rendre l’acide arsénieux assez soluble pour être facilement entraîné par les pluies , se combinera avec les acides gras qui se développent , dans ces circonstances , pour former du gras des cadavres , et qu’elle ne se portera pas de préférence sur ce poison , à moins que ce ne soit pour l’envelopper et le retenir à l’état insoluble. Je pense donc que , même pour la portion d’acide arsénieux absorbé , il doit être excessivement rare que les pluies l’entraînent en totalité. Mais admettons que l’on soit disposé à adopter une opinion contraire avant que l’expérience ait prononcé , du moins devra-t-on s’accorder sur ce point que l’on pourra retrouver ce poison toutes les fois que les membres et les viscères auront conservé leur intégrité, ou bien lorsque, après avoir été détruits en partie , il restera encore des portions de ces membres et de ces viscères formant un tout reconnaissable.
Supposons actuellement que , par les progrès de la putréfaction , les diverses parties du cadavre soient déjà dans un état de putrilage qui les rende méconnaissables , sans que toutefois le corps soit réduit
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encore en un détritus pulvérulent , et voyons ce que deviendrait l’acide arsénieux qui aurait abandonné les tissus pour se mêler à la terre. Tout porte à croire, d’après les expériences que j’ai tentées à ce sujet, que cet acide et l’arsénite d’ammoniaque formé conserveraient long-temps leur solubilité dans un terrain qui ne contiendrait pas du sulfate de chaux , et ne se transformeraient par conséquent pas en arsénite de chaux insoluble ; ils resteraient sans aucun doute mélangés à la terre qui avoisine le cadavre tant qu’ils n’auraient pas été entraînés un peu plus loin par l’action des pluies, action qui n’est pas à beaucoup près aussi efficace qu’on pourrait le croire au premier abord ; d’où il suit que l’on serait grandement autorisé à penser , si l’on découvrait dans un terrain de cimetière un composé arsenical soluble dans l'eau froide, que ce composé provient d’un des cadavres du voisinage , à moins qu’il ne fût prouvé que cette partie du terrain avait été préalablement arrosée avec une dissolution d’acide arsénieux ou de toute autre préparation arsenicale, ou bien que l’on avait jeté à sa surface une poudre arsenicale soluble.
Admettons au contraire le cas où un cadavre contenant de l’arsenic aura été réduit par les progrès de la putréfaction en un détritus qui s’est mélangé à la terre de manière à ce qu’il ne soit plus possible d’en reconnaître les débris à l’œil nu ; n’est-il pas probable qu’alors encore ce mélange céderait à l’eau froide , ou du moins à l’eau bouillante, le composé arsenical qu’il pourrait renfermer? Or, comme les terrains des cimetières ne se comportent jamais ainsi quand on les traite par l’eau , l’expert n’hésiterait pas , en pareil cas , à tirer de la présence de l’arsenic les mêmes inductions que celles dont il vient d’être fait mention à l’occasion des terrains dans lesquels il existerait un composé arsenical soluble dans Veau froide.
Peut-il arriver que l’arsenic que l'on retire d’un cadavre inhumé depuis long-temps dans un cimetière dont le terrain serait arsenical , provienne de ce terrain plutôt que d’un empoisonnement ? Je résoudrai cette question en répondant aux objections qui peuvent être faites au nouveau système médico-légal que j’ai introduit dans la science (voy. objection 3e, p, 439).
Acide arsénieux introduit dans le canal digestif après la mort. — Expérience ire. — Un petit chien robuste a été pendu à dix heures du matin. Cinq minutes après , on introduisit dans le rectum 4 grammes d’acide arsénieux sous forme de poudre et de fragments. On l’a ouvert le lendemain à midi. 11 y avait une altération cadavérique marquée dans les quatre travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus de l’anus, c’est-à -dire sur toutes les parties où le poison avait été appliqué ; la membrane muqueuse était d’un rouge assez vif; la portion correspon-
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dante à l’endroit où la tunique séreuse se replie pour se porter sur la vessie , offrait une tache d’un rouge noirâtre , large comme une pièce de 1 franc , formée par du sang veineux extravasé ; toutes les autres parties lésées étaient recouvertes d’acide arsénieux ; les autres tuniques paraissaient dans l’état naturel, et il était impossible de découvrir la moindre altération dans les portions d’intestin placées immédiatement au-dessus de celle sur4aquelle la substance vénéneuse avait été appliquée, en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation excessivement tranchée.
Expérience 11e. — A neuf heures du matin, on introduisit dans le rectum d’un chien bien portant 2 grammes 60 centigrammes d’acide arsénieux, sous forme de poudre et de fragments; six minutes après, l’animal eut une selle solide peu abondante , dans laquelle se trouvaient presque tous les fragments du poison. Deux jours après, on recommença l’expérience, avec cette différence que l’acide arsénieux était parfaitement pulvérisé. L’animal perdit l’appétit , tomba dans l’abattement , et mourut dix jours après la première expérience. Le pourtour de l’anus était excorié, les téguments détachés, en sorte qu’il y avait une plaie assez étendue. La membrane [muqueuse du rectum offrait dans les deux travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l’anus , une couleur grise verdâtre intérieurement. La surface correspondante à la tunique musculeuse était rouge. Au-dessus de cette portion , cette membrane était d’un rouge vif dans l’étendue de 16 ou 18 centimètres, et la rougeur diminuait à mesure qu’on approchait des intestins grêles , en sorte qu’il n’y avait pas, comme dans l’expérience précédente, une ligne de démarcation tranchée. Les tuniques musculeuse et séreuse du rectum offraient une couleur rouge dans les parties voisines de l’anus.
Expérience me. — Un chien de moyenne taille a été pendu à midi ; le lendemain , à une heure de l’après-midi , on a introduit dans le rectum U grammes d’acide arsénieux réduit en poudre fine, et on en a fait l’ouverture le jour suivant, vingt-cinq heures après l’introduction de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse correspondante aux deux travers de doigt placés au-dessus de l’anus offrait deux taches rouges , comme des pièces de 1 franc , sur lesquelles était placé l’acide arsénieux. Les autres tuniques étaient dans l’état naturel ; le reste du canal digestif ne présentait aucune altération , en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation excessivement tranchée entre les parties affectées et celles sur lesquelles le poison n’avait pas été appliqué.
Expérience ive. — Cette expérience , répétée trois fois sur des cadavres humains , a offert des résultats analogues.
Conclusions. — Voyez p. l\ 2.
Objections faites au nouveau système de recherches médico-légales.
En proposant ce système je devais prévoir qu’il était assez important pour exciter la jalousie et l’envie de toutes les médiocrités qui cherchent à se faire un nonr, au risque de se rendre ridicules. Les objec-
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lions en apparence sérieuses qui pouvaient être faites à ce système ont été présentées par moi , avant de laisser à qui que ce fût le temps de les formuler ; il me sera facile de démontrer, en les parcourant , que j’ai répondu à toutes de manière à satisfaire les esprits qui jugent sans prévention. Quant à celles que je n’avais pas prévues, on verra par ce que j’en dis à la page 444, si ce n’est pas leur faire beaucoup d’honneur que de les enregistrer dans cet ouvrage.