OBJECTIONS QUE JE N’ AVAIS POINT PRÉVUES
J’ai déjà dit que ces objections n’ont aucune portée, et il suffira presque de les faire connaître pour qu’elles se trouvent réfutées.
1° Suivant M. Couerbe, il se développe de l’arsenic dans les tissus mous qui se pourrissent. ( Revue scientifique , numéro d’octobre 18û0.) Go fait est complètement faux, et il y a lieu de déplorer que M. Couerbe l’ait publié peu de temps après le jugement de Tulle,
DE L’ACIDE AKSÉNIEUX.
et au moment où la Cour de cassation 11’aVait pas encore statué sur le pourvoi de madame Lafarge. Ceci ri a pas besoin de commentaire .
2° « Le papier peint en tout ou en partie , avec Varsénite de cuivre, les débris de boiseries peintes en vert , rebuts que l’on jette au fumier, que la terre dévore et s’assimile , et dont les infiltrations pluviales sont dans le cas de porter ces sels à des profondeurs plus ou moins considérables , et dans (es entrailles du cadavre le plus hermétiquement enseveli dans un cercueil en bois ; une seule parcelle du fumier des villes jeté sur la surface de la terre peut fournir aux eaux pluviales de quoi empoisonner après coup ri arsenic tout un cadavre. » Cette objection appartient à M. Raspail, et personne, je crois, ne cherchera à en revendiquer la priorité, car elle est absurde. Je ne m’arrêterai pas à montrer ce qu’il y a de ridiculement exagéré à prétendre qu’une seule parcelle de fumier arsenical peut empoisonner tout un cadavre. En examinant l’objection dans ce qu’elle pourrait présenter de spécieux, je ferai remarquer que les papiers verts, les boiseries peintes en vert que M. Raspail suppose pouvoir fournir de l’arsenic au sol, contiennent cet arsenic à l’état insoluble, même dans l’eau bouillante. Il y a plus : si , par suite d’une décomposition delà préparation arsenicale, l’arsenic pouvait être dissous par l’eau pluviale , il serait immédiatement arrêté dans le sol par les combinaisons insolubles qu’il y contracterait. C’est ainsi que lorsqu’on répand de l’acide arsénieux à la surface de la terre , en ensemençant avec du blé mélangé d’arsenic , il suffit de peu de jours pour qu’il soit devenu insoluble dans l’eau , et il faut alors avoir recours presque toujours à l’acide sulfurique bouillant pour le rendre soluble. Qui ne sait en outre combien les eaux pluviales éprouvent de difficulté à pénétrer à la profondeur de quelques" centimètres dans les terrains les plus perméables? à plus forte raison lorsqu’il faudra qu’elles s’infiltrent assez profondément pour arriver jusqu’à 1 mètre 1/2 ou 2 mètres au-dessous de la surface du sol. 11 faudrait, comme l’a dit quelque part M. Raspail, un foret à l’aide duquel on pût faire pénétrer dans le cercueil la préparation arsenicale ! ! !
3° La proportion ri arsenic obtenue soit des matières contenues dans le canal digestif, soit des organes qui en ont absorbé , est trop minime pour qu’on puisse conclure à un empoisonnement. — La question de quantité ne peut être soulevée que par des personnes complètement étrangères à l’étude de la toxicologie; en effet, s’il s’agit des matières trouvées dans le canal digestif, la presque totalité ou même la totalité de l’arsenic ingéré a pu être expulsée par les vomissements et par les selles , en sorte que l’expert n’en découvrira plus du tout ou n’en décèlera que des atomes , quoique V individu
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soit mort empoisonné. S’il s’agit de l’arsenic absorbé , on sait à n’en pas douter que dès la première époque de l’empoisonnement la portion absorbée et portée dans les viscères est incessamment expulsée par V urine , et peut-être aussi par d’autres émonctoires, en sorte que telle personne empoisonnée dont les viscères auraientfourni une quantité notable d’arsenic, douze, vingt, trente ou soixante heures après 1* empoisonnement si elle ne succombe qu’au douzième ou au vingtième jour, n’en donnera plus un atome si on analyse ces mêmes viscères avec soin. J’ai rendu l’Académie de médecine témoin de quelques expériences qui ne laissent aucun doute à cet égard. Après avoir empoisonné plusieurs chiens en appliquant sur le tissu cellulaire de la cuisse 10 centigrammes d’acide arsénieux en poudre fine, j’ai laissé périr les uns, tandis que j’ai guéri les autres; chez les premiers , dont la mort était arrivée vingt , trente ou quarante heures après l’empoisonnement, les viscères contenaient des quantités notables d’arsenic; ceux qui avaient été guéris à l’aide des diurétiques étaient tués dix ou douze jours après l’empoisonnement, et il était impossible de retirer de leurs viscères la moindre trace d' arsenic , en suivant exactement les mêmes procédés qui en avaient fourni chez ceux qui avaient succombé. Quelle grave erreur n’aurait-on pas commise si l’on avait conclu que les chiens guéris n’avaient pas été empoisonnés! ! J’ajouterai , pour résumer mon opinion à cet égard, que puisque l’on ne retire pas d’arsenic du corps de l’homme à moins qu’il n’y en ait eu d’ingéré, si l’on en extrait, n’importe en queHeproportion, du cadavre d’un individu qui aura éprouvé des symptômes d’empoisonnement et chez lequel on aura constaté quelques unes des lésions de tissu que l’on observe le plus ordinairement dans l’intoxication arsenicale, Y empoisonnement est certain. (Voyez, pour plus de détails, l’article empoisonnement EN GÉNÉRAL, au tome II.)
4° Les taches arsenicales ne sont pas formées par de V arsenic revivifié , et il faut nécessairement obtenir un anneau arsenical pour conclure qu’il existe de l'arsenic. — Cette objection, présentée par M. Gerdy, prouve bien que cet académicien disait la vérité en proclamant qu’il est complètement étranger à la science dont il parlait. Qu’est-ce donc qu’une tache arsenicale, sinon de Y arsenic revivifié? On transforme à volonté un anneau arsenical en taches arsenicales, et réciproquement des taches arsenicales en un anneau arsenical; la tache et l’anneau offrent les mêmes caractères chimiques; c’est donc sans raison que l’on a contesté l’identité. Mais , a-t-on dit , la commission de l’Institut a proscrit le système des taches. Cette assertion est complètement fausse. Dans son rapport, la commission a presque toujours formé sa conviction sur la présence de l’arsenic
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d 'après la seule existence des taches , et son rapport serait frappé de nullité si une tache arsenicale était autre chose que de l’arsenic revivifié.
5° Quant à aller rechercher, à l’aide de moyens très délicats , d'un emploi difficile, la présence de matières absorbées dans les tissus pour en déduire des conclusions qui s’appliqueraient à la médecine légale , ce genre d’investigation , où les hommes les plus habiles peuvent aisément s’abuser, offre le plus grave inconvénient et peut entraîner des erreurs funestes dans les décisions de la justice. (Magendie, Comptesrendus des séances de l’institut, 14 juin 1841, pag. 1110.)
Je n’ai pas besoin de réfuter cette objection , parce que M. Magendie a lui-même rétracté son dire à la séance du 12 juillet suivant, lorsqu’il fut interpellé par M. Régnault sur le sens qu’il avait voulu donner à son assertion. Le savant rapporteur sentait bien que cette phrase ne tendait à rien moins qu’à annuler le travail consciencieux de la commission. M. Magendie répondit dans cette séance : « Je me » hâte de le déclarer, si la phrase qu’on vient de rappeler pouvait » laisser entrevoir quelque opposition aux conclusions si sages du » rapporteur de la commission, cette phrase n 'aurait point rendu » exactement ma pensée. » L’assertion de M. Magendie était pourtant assez précise pour qu’on ne pût pas l’interpréter de deux manières. Quoi qu’il en soit , après avoir essuyé cet échec , mon collègue ajouta quelques mots qui ne sont pas plus vrais que les premiers. « Aux chimistes habiles seuls , dit-il , appartient d’éclairer la justice » dans les circonstances, heureusement bien rares, où il est nécessaire » de rechercher un poison jusque dans la profondeur de nos orga - » nés. » M. Magendie se trompe de la manière la plus étrange en disant qu’il est bien rare que l’on soit obligé de rechercher un poison jusque dans la profondeur de nos organes. Les experts habituellement chargés de ces sortes d’opérations savent tout le contraire , et réduiront à sa juste valeur une assertion aussi dénuée de fondement.
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Les arsénites de potasse , de soude et d’ammoniaque sont solubles dans l’eau et agissent à la manière des poisons violents ; celui de potasse mérite d’autant plus de fixer notre attention, qu’il fàit partie de la décoction de Fowler, employée dans certains cas de fièvres intermittentes.
Arsénite de potasse. — Il est ordinairement à l’état liquide; lorsqu’on le dessèche et qu’on le met sur les charbons ardents , il se décompose , répand une fumée d’une odeur alliacée , et laisse pour
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résidu de la potasse plus ou moins carbonatée. Les sulfures solubles en précipitent du sulfure d’arsenic (voy. pag. 378 ); l’acide sulfhydrique n’en précipite du sulfure jaune d’arsenic qu’autant qu’on ajoute une ou deux gouttes d’un autre acide : toutefois il peut le jaunir s’il est concentré et employé en quantité suffisante. L’acide chlorhydrique y fait naître un précipité blanc d’acide arsénieux , et il se forme du chlorure de potassium soluble : ce précipité se dissout facilement dans un excès d’eau; d’où l’on doit conclure qu’il faut, pour l’obtenir, que la dissolution soit concentrée.
Le chlorure de platine précipite cette dissolution en jaune serin , tandis que l’acide arsénieux n’éprouve aucun changement de la part de cette dissolution métallique.
Pour obtenir l’arsenic métallique des arsénites , il suffit d’en introduire une faible proportion dans l’appareil de Marsh modifié (voy. pag. 382 ) , ou de les évaporer jusqu’à siccité et de mêler le résidu avec du charbon pour calciner le mélange dans un petit tube de verre ; l’arsenic métallique séparé par le charbon se sublime et vient se condenser sur les parois du tube.
Teinture minérale de Fonder. - — Cette teinture est composée d’acide arsénieux combiné avec de la potasse, d’eau distillée et d’une petite quantité d’esprit de lavande composé , ou d’alcool de mélisse. Elle est liquide , d’un blanc légèrement laiteux et d’une odeur aromatique; elle verdit le sirop de violette; l’acide suif hydrique et les sulfures agissent sur elle comme sur l’arsénite de potasse. L’acide chlorhydrique ne la trouble point ou la trouble à peine , ce qui dépend de la grande quantité d’eau qu’elle renferme. Son action sur l’économie animale est la même que celle de l’acide arsénieux.
Observation. — Le 3 mai 1823 , le docteur Gendrin fut appelé à onze heures du matin pour donner des soins à un homme âgé de trente-deux ans, d’une forte compîexion, qu’il trouva couché à moitié habillé sur le bord d’un lit , au bas duquel était répandue une matière liquide blanchâtre, écumeuse. Le malade était sans connaissance; les lèvres étaient tirées en dehors, entr’ouvertes et couvertes d’écume; les dents serrées, les yeux fixes, rouges et ouverts, les membres roides et tendus, le ventre dur et très rétracté , la respiration saccadée, très bruyante, le pouls dur et irrégulier. Une voisine, entrée depuis quelques instants aux cris d’un enfant, qui ayant vu le malade se débattre s’était effrayé, avait trouvé ce dernier sur le pavé, couché dans la matière qui y était répandue et qu’il avait vomie. On voyait dans l’appartement des meubles brisés , la porte enfoncée, et sur l’angle d’un secrétaire ouvert un verre au fond duquel était une matière demi-fluide, blanchâtre et semblable à celle qui avait été vomie par le malade, et répandant comme elle une forte odeur de camphre. A côté de ce verre était une lettre dans laquelle le malade
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annonçait les motifs qui le portaient à se détruire. L’encre de cette lettre encore fraîche, le verre encore couvert sur les parois de la mousse, évidemment fournie par la solution dont il restait une partie au fond, suffirent pour démontrer qu’il ne pouvait y avoir long-temps que le malade avait avalé le poison : on sut en effet que ce n’était que trois quarts d’heure auparavant. Le serrement des mâchoires était tel qu’il fut impossible de faire avaler aucun liquide ; mais on parvint à déterminer le vomissement à l’aide de frictions sur l’épigastre ; le malade fit alors quelques efforts et écarta ses mâchoires. On introduisit dans l’estomac un verre de solution albumineuse qui occasionna bientôt après un vomissement violent; le malade reprit sa connaissance et vomit de nouveau une petite quantité de liquide blanchâtre , mousseux , d’une odeur camphrée, mêlé de flocons jaunes, verdâtres et sanguinolents ; il avoua s’être empoisonné avec 52 grammes environ de savon arsenical de Bécœur , qui lui servait à des préparations d’histoire naturelle (1). Cependant les membres continuaient à êtreroides; le malade parvint difficilement à s’asseoir sur son lit , à cause de la roideur des muscles du dos. On administra beaucoup d’eau albumineuse et de la décoction de graine de lin. Il y eut dans le courant de la journée plus de quarante vomissements; ce ne fut que vers le soir que les membres reprirent leur souplesse naturelle, et que les yeux perdirent complètement la fixité qu’ils devaient à la contraction permanente de leurs muscles : à cette époque aussi survinrent plusieurs selles liquides avec ténesme. Des lavements émollients furent alors administrés, ainsi qu’une potion opiacée avec le sirop diacode, et on fit reporter le malade dans son domicile. Des fomentations émollientes furent placées sur le ventre et sur tout l’épigastre, où le malade disait sentir une chaleur brûlante et une douleur déchirante horrible. La pression augmentait considérablement cette douleur. La langue était sèche, mais pâle; le malade se plaignait de courbature et de céphalalgie ; le pouls était plein , mais souple et sans beaucoup de fréquence (90 pulsations). La nuit fut fort agitée; le malade but abondamment de l’eau de gomme.
Le lendemain Je pouls était dur et plein, la face colorée, la langue rouge; le malade se plaignait de douleurs lancinantes profondes à l’estomac et de douleurs vives dans l’œsophage quand il buvait. La peau était chaude et sèche, la tète un peu lourde ; la soif était assez modérée; la respiration était grande et facile ; le cœur battait avec force. On fit une saignée au bras de 500 grammes, et on continua les fomentations, les lavements et les mêmes boissons. Le soir le pouls était souple , mais fréquent, la peau chaude ; le malade, plus calme , se plaignait toujours de I douleur à l’épigastre, qui cependant était devenu presque indolent à la pression. Le sang sorti de la veine il y avait sept heures offrait un caillot
(l) Ce savon se prépare avec 160 grammes de camphre, î kilogramme d’a- I eide arsénieux, 1 kilogramme de savon blanc, 375 grammes de carboii nate de potasse, et 125 grammes de chaux en poudre. (Dupont, Traité de
i! Taxidermie , p.'29.)
DES POISONS IRRITANTS
dense et sans couenne. Pendant la nuit, il survint par intervalle, mais fréquemment , des secousses de hoquet et des envies de vomir.
Le jour suivant, à six heures du matin, épistaxis abondante fournissant environ 1 92 grammes de sang; presque immédiatement après, le col et la poitrine commencèrent à se couvrir d’une éruption prurigineuse, exactement semblable à des piqûres d’orties, mais très confluente et peut-être moins rouge. A midi, le ventre était souple et indolent, la tête pesante, la face colorée ; le pouls , assez plein , donnait 79 pulsations par minute ; le pharynx était rouge et le malade se plaignit de mal de gorge. De temps en temps il survenait quelques secousses de toux qui déterminèrent l’expulsion d’un peu de mucus strié de sang. Le malade est sujet à des crachements de sang depuis un coup d’épée qu’il a reçu dans le côté droit de la poitrine, il y a cinq ans. Le thorax n’était le siège d’aucune autre affection que d’un peu de catarrhe à peine sensible dans la partie supérieure du poumon gauche. L’éruption s’étendit pendant le jour au cuir chevelu, à la partie postérieure du cou et aux épaules. Elle commença à diminuer dans la nuit.
Le lendemain , l’éruption avait complètement disparu; le pouls était souple et sans fréquence , l’abdomen indolent à la pression ; le malade prit sans inconvénient du bouillon de poulet et un bain. Le jour suivant, on permit du bouillon ordinaire , et la convalescence fut rapide et sans accident. ( Journal général de Médecine , de Chirurgie et de Pharmacie} juillet 1828.
DE i’ARSÉMITE BE BI-0XYBE BE CUIVRE (Vert de Schéele).
L’arsénite de cuivre est sous forme d’une poudre verte , dont les nuances varient suivant la manière dont il a été préparé. Il est insoluble dans l’eau, et se décompose en répandant une odeur alliacée , lorsqu’on le met sur des charbons ardents. Introduit dans l’appareil de Marsh, il fournit aussitôt de l’arsenic métallique. Si on le fait bouillir avec une dissolution de potasse , on le transforme en arséniate de potasse soluble et en protoxyde de cuivre ; d’où il suit que le bi-oxyde de cuivre a cédé de l’oxygène à l’acide arsénieux ; si on filtre , le protoxyde de cuivre restera sur le fdtre , et pourra être reconnu en Je dissolvant dans l’acide sulfurique qui le transformera en sulfate de bi-oxyde de cuivre, dont le métal pourra être précipité au moyen d’une lame de fer ou de zinc. Quant à la liqueur filtrée , on s’assurera qu’elle renferme un arséniate à l’aide des caractères indiqués à la page 452.
S’il s’agissait d’établir, comme cela a déjà eu lieu plusieurs fois, que les bonbons ont été colorés par de l’arsénite de bi-oxyde de cuivre, on tiendrait un de ces bonbons entre les doigts au milieu de l’eau distillée, et à l’aide d’un pinceau très fin on détacherait les parties
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colorées qui 11e sont qu’à la surface; l’arsénite de cuivre se précipiterait. On agirait de même sur plusieurs bonbons , alin de se procurer une plus grande quantité d’arsénite ; alors on reconnaîtrait celui-ci comme il vient d’être dit.
BE Xi’ ACIDE ARSÉMI^UE.
L’acide arsénique solide est blanc, incristallisable, doué d’une saveur aigre, métallique et caustique; son poids spécifique est de 3,391. Exposé à l’action du calorique dans des vaisseaux fermés , il 11e se volatilise point; il fond et se vitrifie. Mis sur les charbons ardents, il se boursoufle, perd toute son humidité et devient opaque; si dans cet état on continue à le chauffer, il donne des vapeurs blanches qui exhalent une odeur alliacée : ces phénomènes sont dus à la décomposition de cet acide par le charbon, et à sa transformation en acide arsénieux : aussi disparaît-il en entier. Mêlé avec du charbon et de la potasse et chauffé dans un tube de verre ou dans une cornue , il fournit de l’arsenic métallique. Introduit dans un appareil de Marsh , il se comporte comme l’acide arsénieux et donne de l’arsenic. Il se dissout très bien dans l’eau ; il est même déliquescent : ainsi dissous , il rougit fortement la teinture de tournesol ; il est incolore et doué d’une saveur aigre , caustique.
Avec la potasse , la soude et l’ammoniaque , il forme des sels solubles. Il précipite au contraire les eaux de chaux et de baryte en blanc ; ces arséniates insolubles se dissolvent facilement dans un excès d’acide arsénique. L’acide sulfhydrique , versé dans une dissolution d’acide arsénique concentré, y fait naître un précipité blanc-jaunâtre de soufre et de sulfure d’arsenic ; il ne trouble point au contraire l’acide arsénique étendu d’eau , à moins qu’011 11e le chauffe ou qu’on n’ajoute une goutte ou deux d’acide sulfureux , car alors il ne tarde pas à le jaunir et le mélange se trouble; au bout de quelques minutes d’ébullition , on voit du sulfure d’arsenic d’un très beau jaune se déposer : ce résultat a même lieu lorsqu’on emploie une dissolution d’acide arsénique excessivement faible , et on l’obtient encore plus promptement en mêlant l’acide arsénique étendu d’eau avec de l’acide sulfureux, et en chassant l’excès de ce dernier par l’ébullition , avant d’y faire passer le courant de gaz acide sulfhydrique; en effet, l’acide sulfureux ramène l’acide arsénique à l’état d’acide arsénieux. L’azotate d’argent est précipité par l’acide arsenique sous forme pulvérulente; l’arséniate d’argent couleur de brique se ramasse sur-le-champ, et ressemble à du kermès très foncé.
L’acide arsénique doit être considéré comme un poison plus violent
DES POISONS IRRITANTS
encore que l’acide arsénieux. Il est absorbé et agit comme l’acide arsénieux. Le sesqui-oxyde de fer hydraté se combine avec lui , et peut être utilement employé pour combattre l’empoisonnement qu’il a déterminé , quoique l’arséniate de fer produit conserve encore une action toxique. (Voy. , pour l’explication de ce fait, la page 365.)
DES ARSÉKTIATES.
Les arséniates de potasse , de soude et d’ammoniaque sont vénéneux. On les reconnaîtra facilement, 1° par la décomposition que les charbons ardents leur feront éprouver, et par l’odeur alliacée qui accompagnera cette décomposition ; 2° parce qu’ils ne se troubleront point par l’addition de l’acide chlorhydrique, tandis que les arsénites seront précipités ; 3° par l’azotate d’argent , qui en précipitera de l’arséniate d’argent couleur de brique; 4° par la facilité avec laquelle on pourra en séparer l’arsenic métallique lorsqu’on les calcinera avec du charbon , ou bien lorsqu’on les introduira dans un appareil de Marsh ; 5° par la propriété qu’ils ont de se décomposer et de laisser précipiter du sulfure jaune d’arsenic lorsqu’on les fait bouillir avec un peu d’acide sulfurique et une goutte ou deux d’acide sulfureux, et qu’on les traite après par de l’acide sulfhydrique.
M. Bouley jeune a administré de l’arséniate de potasse à sept chevaux qui ont tous succombé. L'autopsie a montré des traces d’une vive inflammation dans l’estomac, les intestins et la vessie, et des ecchymoses dans le ventricule gauche du cœur. Les matières contenues dans le canal digestif d’un de ces chevaux , mort dans la nuit qui suivit l’empoisonnement, ne présentèrent aucune trace d’arséniate , ce qui tient probablement à l’abondante diarrhée qui avait eu lieu. Sur un autre cheval , l’on trouva une déchirure du diaphragme près de ses attaches au sternum. (Séance de l’Académie de médecine, du 20 octobre 1834.)