‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 48 sur 85 · DES SULFURES D’ARSEMIC JAUNE ET ROUGE · texte numérisé non relu

DES SULFURES D’ARSEMIC JAUNE ET ROUGE

Le sulfure jaune d’ arsenic artificiel , obtenu en chauffant du soufre et de l’acide arsénieux, est un poison énergique d’après les expériences de Renault.

1° On fit prendre à un petit chien 20 centigrammes de ce sulfure sec et solide, et on empêcha le vomissement. L’animal fut violemment purgé , fit beaucoup d’efforts pour vernir, se plaignit , et mourut cinq

heures après. La membrane muqueuse de l’estomac était rouge dans toute son étendue ; la fin de l’iléum était plus enflammée que le duodénum.

2° On donna à un chien plus gros que le précédent 1 5 centigrammes du même sulfure : des vomissements , des selles , des gémissements, et une grande agitation précédèrent la mort, qui arriva neuf heures après. A l’ouverture , on trouva toute la membrane muqueuse de l’estomac enflammée. Les intestins grêles , mais surtout le duodénum , présentaient , d’espace en espace , des taches rouges.

3° Appliqué sur la cuisse aux doses de 4 grammes, de 1 gramme ou de 40 centigrammes, il détermine, en quinze ou dix-huit heures, la mort d’animaux à peu près de la même grandeur. Les deux dernières doses ne produisent qu’une légère phlogose de l’estomac, une rougeur livide des plis du rectum , et un engorgement sensible des poumons. Quand la quantité appliquée s’élève à 4 grammes , on remarque plusieurs taches noires très étendues dans les parois de l’estomac ; le rectum offre une grande quantité de rides noires dirigées dans tous les sens ; la membrane interne du cœur présente de petites ecchymoses qui ne s’étendent pas dans le tissu charnu ( Smith).

Ce sulfure étant composé , d’après M. Guibourt , de 94 parties d’acide arsénieux et de 6 parties de sulfure d’arsenic , ses propriétés

renferme.

On le reconnaîtra aux caractères suivants : il est solide, jaune, assez pesant ; si on le fait bouillir avec de l’eau , le solutum renferme une quantité considérable d’acide arsénieux dont il sera facile de constater la présence (voy. pag. 3 7 8) ; épuisé par l’eau bouillante , il laisse du sulfure jaune d’arsenic, offrant, à peu de chose près, les propriétés de celui que l’on obtient avec la dissolution d’acide arsénieux et le gaz acide sulfhydrique ( ibid .).

Sulfure d'arsenic artificiel dans un cas d' exhumation juridique. — Lorsque après avoir mêlé quelques décigrammes d’orpiment artificiel avec des matières alimentaires , on enferme le tout dans un estomac que l’on enterre dans une petite boîte , on voit au bout de six , huit ou dix mois d’inhumation que le sulfure jaune est reconnaissable à sa couleur, et qu’on peut le retrouver aussi facilement que si l’examen des matières eût été fait le lendemain de la mort. Si , au lieu d’agir ainsi , on avait mis le sulfure finement pulvérisé dans un vase exposé à l’air contenant de l’eau et des matières animales, on trouverait aussi plusieurs mois après du sulfure jaune d’arsenic au fond du vase; mais, dans ce cas , une portion du sulfure pourrait avoir été dissoute par rainmoniaque qui se produit pendant la putréfaction ; en sorte que

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s’il en était ainsi, il faudrait, pour obtenir toute la quantité de sulfure, filtrer la liqueur et la traiter par l’acide chlorhydrique , afin de précipiter le poison.

Observation. — M. Lepelletier de la Sartlie fut chargé par le procureur du roi près le tribunal de première instance de la ville du Mans de procéder à l’exhumation de deux cadavres , dont l’un était inhumé depuis trois mois et l’autre depuis neuf. L’exhumation eut lieu le 30 juin

Position du cimetière , nature du sol. — Le cimetière de Savignél’Évêque est placé au nord du village et disposé en plan légèrement incliné vers le sud , dans une élévation moyenne relativement aux terrains circon voisins ; il est bien aéré, 11e retient l’eau dans aucune partie; la superficie en est sèche et sablonneuse ; il est du reste bien distribué : les cadavres y sont tous isolés dans des fosses particulières et placés dans un ordre rigoureux établi sur les registres de l’état civil.

Le sol est un sable rougeâtre, siliceux, légèrement argileux, très perméable à l’eau , toujours sec. Un roc assez épais se trouve à 2 mètres environ au-dessous de la couche végétale, et l’inhumation a lieu à 1 mètre et demi dans les deux fosses qui contiennent les sujets dont nous devons faire l’examen.

Afin de procéder avec ordre , nous commencerons par le cadavre inhumé depuis trois mois.

1° Nécropsiede la fille Portier , âgée de quarante ans, morte sous Vin-

fluence présumée d’un empoisonnement , inhumée depuis trois mois

révolus.

Après avoir constaté jusqu’à l’évidence, au moyen des registres de l’état civil , l’identité de la fosse appartenant à la fille Fortier, nous faisons procéder à l’exhumation.

Nous remarquons dans toute l’épaisseur de la terre qui enveloppe le cadavre une homogénéité parfaite , les caractères que nous venons d’indiquer, et l’absence de toute humidité autour de ce même cadavre. Il est extrait avec les précautions convenables et nous présente les circonstances suivantes :

1° Enveloppe étrangère. — Inhumation sans cercueil, dans un suaire en toile forte , détruit seulement en quelques parties, assez résistant dans plusieurs autres.

2° Enveloppe cutanée. — Elle n’offre de putrilage dans aucun point , et ne se trouve complètement détruite qu’à la face, à la poitrine et dans plusieurs parties des membres. Sur tout l’abdomen elle est intacte , ramollie dans sa superficie , encore dense et résistante dans sa partie celluleuse.

3° Tissu cellulaire et muscles. — Toutes les parties de ces deux systèmes qui se trouvent à découvert sont en putréfaction complète ; celles qui restent , protégées par la peau , n’ont que très légèrement souffert dans leurs caractères naturels ; à l’abdomen surtout , la section des mus-

clés est encore vermeille dans toute la surface correspondante au péritoine.

Cette membrane séreuse est intacte , aussi résistante que dans l’état normal , de telle sorte que la cavité abdominale n’a pas éprouvé le plus léger contact de l’air extérieur. Nous dirons bientôt l’influence que nous attribuons à cette disposition dans la conservation des viscères de cette môme cavité.

4° Organes intérieurs. — Toutes les cavités de la face offrent une putréfaction complète, et les traits du sujet sont tellement altérés, qu’il deviendrait impossible d’en constater l’identité par leur simple aspect.

La cavité pectorale est ouverte dans plusieurs points par la putréfaction ; les poumons sont en putrilage, spécialement à leur sommet; de cette partie surtout émane l’odeur infecte qui se répand au loin.

Les cavités articulaires des épaules , des genoux et des pieds sont également à nu sous la même influence.

La cavité abdominale, qui doit surtout fixer notre attention, nous offre les caractères suivants :

État général des intestins. — Le péritoine , comme nous l’avons dit , conserve toute son intégrité , sa transparence et l’aspect luisant naturel à sa face libre.

Les viscères abdominaux , et notamment le tube digestif dans toute sa longueur, se trouvent si bien conservés , qu’il eût été possible de les faire servir aux études anatomiques : rapports mutuels, couleur spéciale, résistance, continuité, volume, etc., tout se rencontre dans un état analogue à celui des cadavres inhumés seulement depuis quelques jours, au milieu des circonstances les plus favorables.

Le tube digestif nous offre depuis l’œsophage inclusivement jusqu’au rectum , dans plusieurs points, des plaques d’un rouge vif, très apparentes à l’extérieur, et, par leur nature et leur caractère , ne laissant aucun doute sur l’existence, pendant les derniers instants de la vie, d’une inflammation aiguë , persistante ; il s’agit dès lors d’en rechercher la cause , et de recueillir séparément tous les fluides contenus dans les diverses portions de ce conduit.

OEsophage. — 11 offre dans toute son étendue , à l’intérieur, une couleur rouge foncée , et contient à peu près deux cuillerées d’un fluide assez analogue aux lavures du sang veineux ; nous y trouvons une assez grande quantité d’une substance jaune citron, cassante, inodore, insoluble, sous forme de parcelles écailleuses. Ces premiers caractères nous font présumer que cette substance est du sulfure jaune d’arsenic ; en effet , en déposant une certaine quantité de cette matière sur des charbons ardents, il s’élève aussitôt une vapeur blanche qui répand l’odeur d’ail et d’acide sulfureux.

La matière de l’œsophage est renfermée dans un flacon cacheté par M. le juge d’instruction, comme tous les autres produits du tube digestif.

Estomac. — Lié au-dessus du cardia, au-dessous du pylore, enlevé, lavé avec soin, ensuite ouvert sur un vase convenable, il contient un

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fluide jaunâtre, où nous trouvons en grande abondance des parcelles'aplaties de la matière jaune , dont nous avons parlé à l’occasion de l’œsophage. Nous prenons une assez grande proportion de ces parcelles avec la pointe d’un scalpel ; nous les renfermons dans un papier, et nous gardons le fluide dans une bouteille en verre : ce dernier est dans la proportion de 128 grammes à peu près.

La membrane muqueuse gastrique , sans aucune putréfaction , est d’un rouge sombre dans plusieurs poin ts, et spécialement dans ceux où se trouve adhérer la matière jaune. Des portions de fausse membrane se détachent dans plusieurs parties ; là surtout la matière jaune semble comme identifiée avec la substance des parois gastriques, et forme des taches épaisses qui s’aperçoivent aussi bien à la surface externe qu’à l’interne. Il existe évidemment injection des vaisseaux capillaires, par une grande proportion de la matière jaune, à l’état de division extrême. Est-ce un phénomène d’absorption vitale ou d’injection après la mort par la force de capillarité des vaisseaux ouverts à la surface muqueuse? L’une et l’autre de ces opinions peuvent être admises ; la seconde nous paraît plus vraisemblable : toutefois ce fait est très remarquable et digne de fixer l’attention des toxicologistes. Le même caractère de cette pénétration de la substance jaune se trouve dans plusieurs points de l’intestin grêle, et même du mésentère.

Nous acquérons la preuve que cette coloration n’est pas le résultat d’une absorption de matière animale, telle que le jaune d’œuf, la bile, etc. ; en effet, touchées par l’acide azotique, ces taches n’éprouvent aucun changement dans leur coloration ; brûlées sur des charbons ardents , elles répandent l'odeur d’ail et d’acide sulfureux.

Intestins. — Le duodénum, l’intestin grêle elle cæcum nous offrent intérieurement et extérieurement les mêmes caractères de phlegmasie et de corrosion superficielle. Nous y retrouvons encore un fluide rougeâtre et la matière jaune en grande proportion. Ces produits sont également scellés dans un flacon de verre.

Enfin, dans toute l’étendue des cavités digestives, nous trouvons toujours ces caractères essentiels réunis :

1° Rougeur extérieure plus ou moins vive par intervalles ;

2° Dans les mêmes points, taches muqueuses d’un rouge sombre ;

3* Fausses membranes , débris de corrosion ;

4° Présence de la matière jaune indiquée.

De ces faits bien constatés nous tirons les inductions suivantes :

1° Le cadavre soumis à notre examen est évidemment celui de la fille Fortier.

2° Cette fille a succombé aux influences d’une phlegmasie sur-aiguë de l’estomac et des intestins.

3° Cette inflammation reconnaît pour cause l’action directe delà matière jaune indiquée.

4° Cette matière, qui nous paraît être du sulfure jaune d’arsenic (orpiment), est parvenue dans le tube digestif à la dose de 11 à 15 grammes

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à peu près , quantité plus que suffisante pour déterminer la mort ; cette matière est arrivée dans l’estomac, partie à l’état pulvérulent, comme le démontre l’absorption qui s’en est effectuée dans ce viscère et dans l’intestin grêle , partie à l’état de fragments aplatis , comme le prouvent ceux que nous avons recueillis en assez grande quantité.

Pour déterminer plus évidemment encore la véritable nature de cette matière jaune, nous demandons à la soumettre aux réactifs chimiques appropriés, et nous nous faisons assister dans cette opération par MM. Pouplin et Marigni, pharmaciens au Mans.

V analyse a en effet démontré que la matière dont il s’agit était du sulfure jaune d’arsenic.

2° Nécropsie de Fortier père, âgé de soixante et quelques années,

mort sous Vinfluence présumée d’un empoisonnement , inhumé depuis neuf mois révolus.

Arrivé avec les magistrats indiqués, le 2 juillet 1829 , au cimetière de Savigné-l’Évêque , l’identité de la fosse ayant été positivement constatée , l’exhumation faite, nous avons recueilli les observations suivantes :

1° Enveloppe étrangère. — Le sujet se trouve inhumé sans cercueil, dans un suaire en grande partie détruit par le temps.

2° Enveloppe cutanée. — Ce cadavre répand au loin l’odeur la plus infecte; la putréfaction est très avancée dans toutes les parties extérieures , et notamment à la tête , dont les os sont à nu , à la poitrine, dont les cavités sont ouvertes, aux membres, où s’observent des lambeaux informes ; à l’abdomen la peau n’est putréfiée que dans la moitié de son épaisseur.

3° Tissu cellulaire et muscles. — Ils sont en putrilage dans tous les points découverts par la destruction de l’enveloppe cutanée; mais on trouve encore les muscles rouges et le tissu cellulaire assez bien conservé dans toutes les parties où le derme n’a pas éprouvé cette altération.

Zi° Organes intérieurs. — Les poumons sont putréfiés et donnent en grande partie l’odeur insupportable que répand le cadavre.

Les viscères abdominaux , qui doivent spécialement fixer notre attention , nous offrent les dispositions suivantes :

L’incision cruciale des parois de l’abdomen présente le derme encore très résistant, la couche musculeuse d’un rouge sombre, mais sans putréfaction. Le foie paraît assez bien conservé ; le tube digestif spécialement se trouve dans un état d’intégrité parfaite.

Le péritoine qui leur forme une enveloppe commune est intact, sans aucune ouverture, et conserve l’aspect luisant naturel à sa surface libre.

Ce fait nous conduira bientôt à l’explication naturelle de la conservation remarquable des viscères abdominaux sur ces deux sujets.

Nous trouvons toute la longueur du canal intestinal , et notamment toutes ses portions gastrique , duodénale, intestinale grêle, parsemées de taches rouges sans aucune putréfaction , et caractérisant encore d’une manière assez positive la phlegmasie dont ces organes ont été le siège.

Nous devons rechercher la cause de cette inflammation , examiner suc-

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cessivement les diverses cavités digestives, et recueillir isolément les fluides qui s’y trouvent contenus.

Estomac. — Nous en faisons la ligature au-dessus du cardia et audessous du pylore ; il est soigneusement lavé , ensuite ouvert sur un vase convenable ; il contient un demi-verre à peu près d’un fluide épais, assez analogue , par l’aspect et îa couleur, à la dissolution imparfaite d’ocre jaune ; ses parois , dans toute leur épaisseur et dans une étendue de 12 centimètres sur 13 , offrent une tache jaune citron apparente à l’extérieur et à l’intérieur. L’organe semble imprégné dans ce point d’une matière colorante qu’il est essentiel de connaître, et qui nous offre du reste les mêmes caractères que nous avions observés quelques jours auparavant dans celles que présentaient l’estomac et le mésentère de la fille Forlier. Il est donc raisonnable de présumer que ces taches sont le résultat de l’absorption, soit vitale, soit purement capillaire d’une matière identique à celle que nous avions analysée, d’autant mieux qu’en la soumettant à l’action de l’acide azotique elle n’éprouve aucun changement de couleur, et que placée sur des charbons ardents elle répand une vapeur blanche , l’odeur d’ail et d’acide sulfureux.

Nous enlevons cette portion d’estomac avec précaution ; nous l’étendons entre plusieurs feuilles de papier brouillard; elle est scellée par M. le juge d’instruction , de même que le fluide recueilli dans ce viscère, dont l’intérieur nous offre plusieurs taches rouges et des débris de fausses membranes.

Intestins. — Le duodénum et l’intestin grêle contiennent également une certaine quantité d’un fluide jaunâtre absolument semblable pour l’aspect à celui que nous avons recueilli dans l’estomac : il est également scellé.

La membrane muqueuse de ces cavités offre par intervalles absolument les mêmes altérations.

De ces faits bien constatés nous déduisons les conséquences suivantes :

1° Le cadavre soumis à notre examen est celui de Fortier père , vieillard âgé de soixante et quelques années.

2° Ce vieillard a succombé aux influences d’une phlegmasie sur-aiguë de l’estomac et des intestins.

3° Cette phlegmasie reconnaît pour cause Faction directe de la matière jaune, en partie combinée aux parois gastriques, en partie à l’état de suspension au milieu des fluides retrouvés dans l’estomac et l’intestin grêle.

li° Enfin cette matière nous paraît être du sulfure jaune d’arsenic (orpiment) parvenu dans le tube digestif en quantité plus que suffisante pour occasionner la mort; administré en poudre fine, il ne laisse dès lors apercevoir aucune de ces parcelles assez larges que nous avions retrouvées dans les cavités digestives de la fille Fortier.

L 'analyse de cette matière a démontré qu’elle était réellement du sulfure jaune d’arsenic.

Les faits contenus dans ces deux observations ont paru d’une évidence

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telle , que le conseil de l’accusé n’a pas même cherché à les infirmer ; la condamnation du prévenu, nommé Auguste Janvier, a été prononcée à l’unanimité.

Sulfure jaune d’arsenic artificiel, obtenu avec la dissolution d’acide arsénieux et avec le gaz acide suif hydrique. — Il est solide , jaune , pulvérulent ou en masse , et très soluble dans l’ammoniaque ; la dissolution est incolore si le sulfure est pur. Lorsqu’on le chauffe avec un alcali et du charbon , ou qu’on l’introduit dans un appareil de Marsh , après l’avoir traité par le nitre , il fournit de l’arsenic métallique. (Voy. page 378.)

M . de Courdemanche a fait connaître le premier une propriété remarquable de ce sulfure : lorsqu’après l’avoir bien lavé pour le priver de l’acide arsénieux qu’il pourrait retenir, on le fait bouillir avec de l’eau distillée , on le décompose , et l’eau est également décomposée , en sorte que l’on obtient de l’acide sulfhydrique gazeux et de l’acide arsénieux qui reste en dissolution. Si on agit avec de l’eau distillée , à la température de 10 à 12°, le même phénomène a lieu, mais il est à peine sensible , et il faut , pour le rendre manifeste , un contact de cinq à six jours. Si le sulfure jaune pur est ajouté à du vin , à du bouillon gras , à du bouillon aux herbes , à du cidre , à du café , à une décoction de racines , il s’v décompose plus facilement que dans l’eau, soit à froid , soit à chaud. (Journal de Chimie Médicale , tome m.)

Ce sulfure jaune d’arsenic artificiel est vénéneux lors même qu’il a été parfaitement lavé et qu’il ne contient pas un atome d’acide arsénieux , comme le prouvent les faits suivants :

Expérience ire. — On a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de plusieurs chiens robustes et de moyenne taille 3 grammes de ce sulfure pur ; les animaux ont éprouvé les accidents que déterminent ordinairement les préparations arsenicales, et sont morts au bout de quarante, quarante-huit ou soixante heures. À Couverture des cadavres , on a observé les phénomènes suivants : la cuisse sur laquelle avait été appliqué le sulfure était très rouge ; l’inflammation s’étendait même assez loin sur les parois abdominales; l’estomac offrait une ou plusieurs taches violettes , ou plusieurs petits ulcères brunâtres, résultat de la destruction de la membrane muqueuse ; les intestins grêles, le rectum, le foie et les poumons étaient sains. Le cœur était quelquefois le siège d’une altération très remarquable ; l’intérieur des ventricules présentait plusieurs taches d’un rouge foncé; ces taches, assez étendues , occupaient principalement les colonnes charnues, et pénétraient au moins de 3 millimètres dans le tissu du cœur. Les oreillettes, l’aorte et l’artère pulmonaire étaient dans l’état naturel.

Expérience iic. — On a remarqué des phénomènes analogues lorsqu’on a introduit Zt grammes du même sulfure dans l’estomac et qu’on a lié Tœsophage pour empêcher le vomissement. A l’ouverture des cadavres , le canal digestif, le foie , les poumons et le cœur offraient les mêmes altérations que dans les expériences précédentes.

Il est probable que ce sulfure ne doit ses propriétés vénéneuses qu’à l’acide arsénieux qui se développe pendant son séjour dans l’estomac , d’après les expériences de M. Gourdemanche.

L’ orpiment natif (sulfure jaune d'arsenic ) présenta à Renault des phénomènes différents de ceux dont je viens de parler ; en effet , il le fit prendre jusqu’à la dose de 8 grammes à des chiens de différente taille, qui n’en éprouvèrent aucune incommodité. Hoffmann avait déjà obtenu des résultats analogues , comme on peut le voir par le passage suivant : « Jam vero auripigmentum omni drastica, pur gante et emetica virtute caret , neque animantia necat, frequenti experimento instituto in canibus , felibus, quibus in insigni dosi ad drachmam

unam et ultra sine ulla subséquente noxa ici obtulimus . Arseni-

cum vero , sive album, sive flavum et rubrum summum est venenum et omnis generis animantia in paulo majori dosi assumptum brevi necat. Ut adeo ex jamdictis clare apparent , auripigmentum cum arsenico citrino neutiquam esse confundendum, quod tamen a plu rimis medicis , imo collegiis factum esse acta et responsa publica loquuntur (1). »

M. Smith , frappé de la différence des résultats obtenus par Renault sur les deux sulfures jaunes naturel et artificiel , appliqua sur la cuisse de plusieurs chiens Y orpiment natif de la mine de Tojova , en Hongrie , et il conclut de ses expériences que ce sulfure a des qualités délétères à la dose de l\ à 8 grammes , et qu’il détermine la mort au bout de deux jours environ.

A l’ouverture des cadavres , on trouve l’estomac enflammé ; sa membrane muqueuse , recouverte d’un enduit filant , laisse suinter une multitude de gouttelettes sanguines ; les intestins grêles offrent quelques rides rouges ; les ventricules du cœur présentent dans leur intérieur une petite meurtrissure qui s’étend peu dans le tissu charnu. Les poumons sont un peu rouges.

Expérience. — A onze heures j’introduisis dans l’estomac d’un chien de moyenne taille, très robuste, Zj grammes de sulfure jaune d’arsenic naturel , parfaitement dépouillé de sa gangue : l’œsophage fut lié pour empêcher le vomissement. L’animal mourut au bout de cinquante heures,

(1) Friderici Hoffmanni Opéra omni a , tom. i, 1761, pars, n, cap. h, de Fenenis , p. 197. Genevœ .

et n’éprouva d’autres symptômes que de l’abattement et des déjections alvines. Ouverture du cadavre. — L’estomac contenait une assez grande quantité d’un fluide noirâtre, épais et filant; la membrane interne offrait çà et là des plaques rouges évidemment enflammées ; les intestins grêles étaient sains; l’intérieur du rectum présentait une multitude de rides d’un rouge foncé; les poumons étaient affaissés, crépitants et plus légers que l’eau ; les paquets graisseux contenus dans le cœur étaient rouges : du reste, cet organe n’offrait aucune altération sensible. Cette expérience répétée fournit les mêmes résultats.

Ce sulfure est donc vénéneux : à la vérité , son action est beaucoup moins intense que celle de l’acide arsénieux.

On le reconnaîtra aux caractères suivants : il est solide , luisant , d’une jaune citrin tirant un peu sur le verdâtre ; son tissu est composé de lames translucides, brillantes , quelquefois d’un poli très vif; en le traitant par l’eau distillée bouillante , on voit que celle-ci renferme une petite quantité d’acide arsénieux; il est décomposé par la potasse et le charbon, ou par le nitre comme le précédent (voy. page 378).

Le sulfure rouge d'arsenic natif , d’après les expériences de Renault , peut être administré à l’intérieur sans qu’il en résulte aucune incommodité. Ce médecin dit en avoir donné jusqu’à 8 grammes à des chiens qui n’ont paru éprouver aucune souffrance , tandis que les animaux auxquels on a fait prendre quelques centigrammes du même sulfure artificiel ont succombé au bout d’un temps variable. Une femme mourut dans l’espace de quelques heures , après avoir éprouvé des tranchées violentes , pour avoir mangé des choux auxquels on avait mêlé une certaine quantité de cette substance (1).

L’expérience suivante a été tentée dans le dessein de constater l’action du sulfure rouge d’arsenic natif.

Expérience. — 2 grammes 40 centigrammes de réalgar natif de la mine de Kapnickeen Transylvanie furent appliqués sur la cuisse d’un chien de 2/t centimètres de haut : l’animal mourut au bout de six jours. La membrane interne de l’estomac était recouverte d’un enduit assez tenace de bile jaune ; au-dessous, elle était blafarde et livide; on voyait dans le reste du canal intestinal un fluide roussâtre très fétide ; les intestins grêles offraient des ulcérations miliaires à fond noir ; l’intérieur du rectum présentait une multitude de rides noirâtres ; les autres organes étaient sains ( Smith ).

Le réalgar natif agit donc comme poison lorsqu’il est appliqué sur le tissu cellulaire.

(1) Ephemerid. IVat. Curios., vol. v, obs. en, p. 353. Le sulfure artificiel préparé en chauffant du soufre et de l’acide arsénieux est beaucoup plus vénéneux que le sulfure rouge, parce qu’il contient beaucoup d’acide arsénieux libre, comme je l’ai déjà dit à la page 453.

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Caractères. ■ — il est solide , rouge , avec une teinte d’orange lorsqu’il est en masse, orangé quand il a été réduit en poudre; il éclate aisément par la pression de l’ongle ; il fournit à l’eau distillée bouillante grammes 0,15 sur 10 grammes; il se comporte avec la potasse et le charbon ou avec le nitre comme les deux sulfures précédents. ( Voy. page 378.)

Je rappellerai que les sulfures d'arsenic privés d’acide arsénieux ne fournissent point d'arsenic dans V appareil de Marsh; s’ils contiennent de l’acide arsénieux , ils donnent une plus ou moins grande proportion de ce métal; ceux qui n’en renferment que des atomes cessent bientôt de fournir des taches arsenicales. Il n’en est pas de même, si, avant d’introduire les sulfures d’arsenic privés d'acide arsénieux dans l’appareil de Marsh , on les a transformés en acides sulfurique et arsénique en les faisant bouillir pendant quelques minutes avec de l’acide azotique; dans ce cas, l’arsenic métallique ne tarde pas à paraître.

Il I/IOBURE B’ARSEHIC.

L’iodure d’arsenic est solide , d’un beau rouge de laque , très fusible ; traité par l’eau bouillante, il fournit une dissolution incolore qui donne du sulfure jaune d’arsenic par l’acide sulfhydrique , et qui Colore l’amidon en bleu violacé , pourvu que l’on ajoute 2 ou 3 gouttes de chlore. Chauffé avec de l’acide azotique concentré jusqu’à l’ébullition, il se décompose, et donne des vapeurs d’iode d’un beau violet et de gaz acide azoteux jaune rougeâtre; le résidu est blanc , et composé d’acide arsénique et d’acide iodique ; si on le fait bouillir pendant quelques instants avec de l’acide sulfureux , et qu’on évapore jusqu’à siccité, le produit blanc restant fournit avec l’azotate d’argent dissous un précipité rouge brique d’arséniate d’argent. L’iodure d’arsenic, mis dans l’appareil de Marsh , donne à l’instant même de belles et larges taches arsenicales.

Il agit comme un poison très violent ; il enflamme les tissus sur lesquels on l’applique ; il ramollit et gélatinise en quelque sorte la membrane muqueuse gastrique en développant même quelquefois des ulcérations. Il est absorbé , et exerce une influence délétère sur les centres nerveux et sur le cœur, soit qu’on l’introduise dans le canal digestif, soit qu’on l’applique sur les surfaces séreuses ou muqueuses, soit qu’on le mette sur des plaies ou sur des ulcères. Il détruit aussi l’irritabilité de l’estomac. ( Antony Todd Thomson, Journal de chim. médic.y année 1839, p. 385.)

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