‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 51 sur 85 · ES VAPEURS ARSENICALES · texte numérisé non relu

ES VAPEURS ARSENICALES

L’acide arsénieux , réduit à l’état de vapeur et inspiré , occasionne des accidents graves, suivis quelquefois de la mort. Takénius fut atteint d’une toux considérable , d’une grande difficulté de respirer, de vives coliques , de pissements de sang , de convulsions, etc. , pour avoir été

(1) Rapport sur les travaux de la Société d’ Emulation de Rouen , frimaire an 7.

(2) Acta Physico-medica Acad, Cœsar. JS atur. Curios., ann. 1740, obs. en.

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exposé pendant quelque temps aux vapeurs qui sortaient d’un appareil dans lequel on sublimait de l’arsenic. L’usage du lait et des huileux dissipa ces accidents ; mais il lui resta pendant long-temps une toux sèche et une espèce de fièvre hectique. L’emploi des boissons adoucissantes et des choux pour aliment fit cesser ces symptômes (1).

« Inspirées en grande quantité , dit Mahon , les vapeurs arsenicales rendent la bouche et la gorge sèches , arides et enflammées ; elles produisent d’abord l’éternument , puis la suffocation, l’asthme, une toux sèche, des anxiétés, des vomissements, des vertiges, des douleurs de tête et des membres, des tremblements; et quand elles ne donnent pas la mort, elles conduisent à la phthisie pulmonaire (2). »

DU CAUSTIQUE ARSENICAL DU FRÈRE COSME y ET DE LA FOUDRE DE ROUSSELOT.

Le premier de ces caustiques , celui du frère Cosme , est composé de 2,6 gr. d 'acide arsénieux , de 8 grammes de cinnabre, de 40 centigrammes de cendres de vieilles semelles , et de 60 centigrammes de sang-dragon. La poudre de Rousselot est formée de 2 grammes d’acide arsénieux , de 32 grammes de cinnabre, et de 16 grammes de sang-dragon. La poudre modifiée par M. Dubois est préparée avec deux parties d’acide arsénieux , trente-deux parties de cinnabre et seize parties de Sang-dragon. Ces divers composés ont été souvent employés comme caustiques dans les affections cancéreuses. On reconnaîtra le dernier d’entre eux, t° à sa couleur rouge ; 2° en le faisant bouillir pendant dix ou douze minutes dans cinq parties d’eau distillée qui dissout l’acide arsénieux (voyez p. 378 pour les propriétés de cette dissolution) ; 3° en traitant par l’alcool bouillant la portion du caustique épuisée par l’eau : l’alcool dissout le sang-dragon et se colore en rouge foncé : aussi cette dissolution précipite-t-elle en orangé par l’eau; 4° en desséchant le cinnabre, qui n’a été dissous ni par l’eau ni par l’alcool , et qui par conséquent reste sous forme d’une poudre d’un beau rouge : cette poudre , chauffée avec du fer dans un tube de verre , se décompose et fournit du mercure métallique et du sulfure de fer. (Voyez Sulfure de mercure.)

(1) Hippocrates, Chymicus , cap. xxiv.

(2) Mahon, Médecine légale, tom. il, p. 329, ann. 1807.

DES POISONS IRRITANTS

Action du caustique arsénical sur l’économie animale.

Expérience ire. — 5 grammes 60 centigrammes de poudre arsenicale contenant 1 gramme 1 clécigramme d’acide arsénieux, furent appliqués sur la cuisse d’un chien de 38 centimètres de haut : l’animal mourut vingt-deux heures après l’application. Ouverture du cadavre . La membrane muqueuse de l’estomac offrait des piaques rouges, sans ulcération ni épanchement sanguin ; l’iléum présentait des ulcérations miliaires à fond blanc ; il y avait dans toute cette partie du canal alimentaire une assez grande quantité de bile jaune ; le rectum offrait des rides rouges et livides ; le tissu du cœur était plus rouge qu’à l’ordinaire ; le ventricule gauche de cet organe présentait de larges taches vermeilles , quelques unes se prolongeant d’une ligne dans le tissu charnu, d’autres occupant la base des colonnes charnues les plus grosses. Les poumons étaient sains.

Expérience ne. — 12 grammes 60 centigrammes de poudre arsenicale ne contenant que 60 centigrammes d’acide arsénieux furent appliqués sur la cuisse d’un petit chien de 27 centimètres de haut : l’animal ne mourut que cinq jours après. Ouverture du cadavre. L’estomac renfermait une assez grande quantité de mucosités jaunes, mêlées de stries noirâtres , qui ne paraissaient être autre chose que du sang caillé exhalé par des ulcérations arrondies, nombreuses, dont le fond était couvert de stries noirâtres, et qui se trouvaient principalement vers le pylore. Le duodénum était pâle ; on voyait à la partie supérieure du rectum deux plaques rouges et larges. Les intestins grêles n’offraient aucune altération ; le cœur était très flasque ; les deux ventricules renfermaient du sang noir. On voyait sous la membrane interne des taches blanches, filamenteuses, s’étendant un peu dans le tissu charnu , et dont on ne pouvait pas concevoir la formation.

Expérience me. — On appliqua sur la cuisse d’un chien de 22 centimètres de haut 4 grammes d’une poudre caustique préparée avec 60 centigrammes d’acide arsénieux, 1 gramme 1 décigramme de cinnabre et 2 grammes 40 centigrammes de sang-dragon : l’animal mourut au bout de quatre jours. Ouverture du cadavre. Les plis formés par la membrane muqueuse de l’estomac étaient jaunes à leur sommet et entourés d’une auréole blanchâtre ; il y avait en outre plusieurs ulcérations arrondies, comprenant toute l’épaisseur de la membrane muqueuse, et dont le fond était couvert de sang caillé ; le duodénum renfermait de la bile jaune ; les intestins grêles contenaient un fluide roussâtre et fétide ; le rectum offrait une multitude de rides noires ; le cœur et les poumons étaient sains ( Smith ).

Observation lre (1). — J’avais amputé le sein à une fille de dix-huit ans douée à l’excès du tempérament lymphatique , et chez laquelle un

(1) Nouveaux Eléments de Médecine opératoire , par J.-Phil. Roux , tom. i, p, 64, 1re édit.

DU CAUSTIQUE ARSENICAL.

squirrhe assez considérable de cet organe n’avait cependant point encore altéré la fraîcheur de la jeunesse. La plaie avait marché rapidement vers la guérison, et la cicatrice était achevée depuis plusieurs jours, lorsqu’une ulcération, accompagnée de légères douleurs lancinantes, se manifesta spontanément au centre. La crainte de causer un trop grand effroi à cette jeune fille me fit renoncer à l’intention que j’avais eue d’abord d’employer le cautère actuel ; je me décidai pour l’application de la pâte arsenicale, et celte application fut faite sur une surface ayant 3 à 4 centimètres au plus de diamètre. Dès le lendemain, la malade se plaint de violentes coliques ; elle éprouve quelques vomissements , et sa physionomie s’altère. Deux jours après, elle périt au milieu des convulsions et des plus vives angoisses. Le cadavre , à l’extérieur duquel étaient disséminées de larges ecchymoses, se putréfia promptement. À V ouverture , nous trouvâmes la surface interne de l’estomac et d’une grande partie du conduit intestinal phlogosée et parsemée de taches noires. Je suis convaincu que cette fille est morte empoisonnée par l’arsenic. »

2° Antoine Laporte , jardinier , âgé de cinquante-cinq ans , reçut , il y a plusieurs années, quelques grains de poudre au-dessous de l’œil droit; la petite plaie qui en résulta fut négligée : comme elle ne guérissait pas, le malade s’adressa à un médecin qui , pour réprimer les bourgeons celluleux et vasculaires développés outre mesure , y appliqua la poudre de Godernaux (composée de mercure doux et de sublimé corrosif); mais la surface , qu’on pouvait alors regarder comme ulcérée , au lieu de se cicatriser, s’agrandit par l’irritation du caustique. Laporte se détermina à entrer, au mois de février 1810 , à l’hospice Beaujon, où on lui fit plusieurs applications de la pâte arsenicale des frères Cosme ; le mal fit de nouveaux progrès, on l’envoya à l’infirmerie de Bicêtre, le 20 novembre 1810. il était dans l’état suivant : à la place de l’œil et des paupières , dont on ne voyait presque pas de traces, était une tumeur rougeâtre, divisée en lobules, laissant suinter une sanie ichoreuse et fétide, et faisant éprouver au malade des picotements plus ou moins rapprochés. Cette tumeur , évidemment cancéreuse * fut encore attaquée par le caustique arsenical, dont on fit quatre applications; mais ce cancer, effarouché par ce topique, envahit successivement toutes les parties environnantes : la joue, le nez, la lèvre supérieure, le front, l’angle de l’œil du côté gauche, le commencement de la tempe, furent attaqués. La destruction complète du nez avait mis les fosses nasales tellement à découvert, qu’on pouvait apercevoir le commencement du pharynx ; la voûte palatine, percée à sa partie moyenne , établissait entre le nez et la bouche une communication extrêmement désagréable pour le malade et pour ceux qui l’approchaient. En même temps que le mal faisait des progrès locaux, la maigreur, la faiblesse, et un dévoiement qui ne ces^it que pour revenir bientôt , faisaient prévoir la fin prochaine de cet individu. Sa peau était rugueuse, d’un gris sale ; l’épiderme se soulevait par écailles furfuracées, surtout aux bras et aux mains; des douleurs lancinantes, intolérables , empêchaient le malade de prendre aucun repos : depuis quelque temps.

DES POISONS IRRITANTS

il avait un tremblement général. Laporte mourut enfin , le .12 janvier 1812 , dans de fortes convulsions (1).

Il résulte des faits qui précèdent, 1° que l’application externe des poudres dans lesquelles l’acide arsénieux entre à assez forte dose pour cautériser, peut être suivie des plus grands dangers ; 2a que les symptômes d’empoisonnement déterminé par ces poudres ne diffèrent point de ceux que produit l’acide arsénieux; 3° qu’il est important, dans le cas où l’on croit nécessaire d’employer ce caustique , de le préparer avec la plus petite quantité possible d’acide arsénieux.

Questions médico-légales concernant les préparations arsenicales.

Parmi les questions qui m’ont été adressées par les magistrats, dans les cas nombreux où j’ai été appelé à donner mon avis, il en est plusieurs, concernant l’acide arsénieux, qu’il me semble utile de faire connaître.

Dans le département de V Aube, en 1824. Affaire de la veuve Laurent. — D. Est-il possible de trouver dans le canal digestif d’un individu qui ne serait pas mort empoisonné par l’acide arsénieux , des grains ayant l’apparence de ce poison ? R. Dans certaines circonstances , la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins est tapissée d’une multitude de points brillants , composés de graisse et d’albumine : ces sortes de grains , mis sur les charbons ardents , décrépitent en se desséchant , et font entendre un bruit que l’on qualifierait mal à propos de détonation ; ils s’enflamment comme les corps gras , s’ils contiennent une proportion notable de graisse , et répandent une odeur de suif et de matière animale brûlée. Ces globules graisseux et albumineux peuvent se trouver dans des cadavres d’individus qui n’ont pas été empoisonnés, et l’on ne saurait trop apporter d’attention à les distinguer de l’acide arsénieux. Le meilleur moyen d’éviter l’erreur consiste à traiter par l’eau toutes les parties granuleuses , et à mettre la dissolution en contact avec les réactifs propres à démontrer l’existence de l’acide arsénieux.

D. Peut-on conclure de ce qu’une poule est morte après avoir mangé de l’orge avec lequel on avait préparé une tisane , que l’orge était empoisonnée? R. L’acide arsénieux, qui, suivant l’acte d’accusation , n’a été mis dans la tisane qu’après que celle-ci a été faite , a dû rester dissous dans l’eau , et l’orge ne devait pas en contenir : toute-

(1) Dissertation sur l’usage et [l’abus des caustiques , par E. Smith., p. 65. Paris , 1815.

DÛ CAUSTIQUE ARSENICAL. 469

fois , s’il y avait à la surface de ce fruit un peu d’acide arsénieux qui n’aurait pas été dissous par l’eau , la poule pouvait périr empoisonnée. Voici les faits sur lesquels était fondée cette réponse : 1° lorsqu’on fait bouillir dans l’eau des grains d’orge perlé ou mondé avec de l’acide arsénieux pulvérisé , celui-ci se dissout et rend le liquide vénéneux ; d’une autre part, les grains d’orge se gonflent en absorbant une partie de la dissolution arsenicale : aussi voit-on , après avoir bien lavé et desséché ces grains à la température ordinaire de l’atmosphère, qu’ils renferment de l’acide arsénieux , et les poules qui en mangent périssent. 2° Si , au lieu d’agir ainsi , on prépare la tisane d’orge comme à l’ordinaire , et qu’on y ajoute quelques grains d’acide arsénieux pulvérisé lorsqu’elle est encore tiède , le liquide dissout instantanément une assez grande quantité d’acide pour produire des accidents; mais les grains d’orge , déjà complètement gonflés par l’eau , n’absorbent aucune trace de poison dans les quinze ou dix-huit premières minutes, comme on peut s’en assurer en les analysant, pourvu que l’on ait pris la précaution de séparer soigneusement la poussière arsenicale qui peut adhérer à leur surface. 3° A plus forte raison ne trouvera-ton pas d’acide arsénieux dans l’orge si l’on introduit ce poison dans la tisane encore tiède , et que l’on décante immédiatement après le liquide.

D. Parmi les treize sangsues qui furent appliquées à la région épigastrique du malade , deux moururent immédiatement après ; les autres furent trouvées mortes le lendemain dans Ile bocal où elles

avaient été placées : est-il permis de tirer quelque induction d’une pareille observation ? R. La mort des treize sangsues qui furent appliquées pendant la maladie de Laurent ne saurait être regardée comme une preuve d’empoisonnement. Voici les faits à l’appui de cette réponse : 1° On applique tous les jours des sangsues sur l’abdomen des individus qui ont avalé des poisons irritants, sans que ces animaux périssent dans une proportion plus forte que lorsqu’ils sont employés dans d’autres maladies. 2° ïl n’est pas rare d’observer la mort de ces animaux peu de temps après leur application , dans des affections où l’on ne saurait soupçonner l’empoisonnement ; ils périssent alors d’indigestion. 3° J’ai appliqué à plusieurs reprises des sangsues à des chiens gravement empoisonnés tantôt par le sublimé corrosif, tantôt par l’acide arsénieux; les sangsues ne sont tombées qu’une demiheure ou une heure après , et étaient encore vivantes au bout de trois jours, quoique plusieurs d’entre elles se fussent nourries du sang qu’elles avaient sucé , puisqu’on ne les avait pas fait dégorger. 11 ne sera pas inutile de faire remarquer combien il faut pourtant peu d’acide arsénieux pour tuer ces animaux ; ils périssent dans l’espace

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de douze heures lorsqu’on les plonge dans une dissolution composée de 10 centigrammes d’acide arsénieux et de 1 kilogramme d’eau. h° On a plusieurs fois appliqué des sangsues à des individus atteints de syphilis, qui étaient depuis quarante à cinquante jours sous l’influence d’un traitement mercuriel (25 milligrammes par jour): quatre jours après les sangsues étaient vivantes et ne semblaient pas malades. (Yoy. mon Mémoire , dans les Archives générales de médecine , t. y il)

Département de la Marne. Affaire de la file Brodet , en 1831. — D. Est-il possible , lorsque l’acide arsénieux a été avalé en poudre , sur un morceau de bœuf, que l’on ne découvre plus de cette poudre dans le canal digestif de l’individu qui a succombé , mais bien de l’acide arsénieux dissous? R. Le plus ordinairement , lorsque l’acide arsénieux a été pris en poudre , on en trouve une plus ou moins grande quantité sous cet état dans l’estomac ou dans les intestins , quand même il y aurait eu des vomissements réitérés pendant plusieurs heures; il est aisé de concevoir, en effet, que les parties arsenicales , nichées entre les replis de la membrane muqueuse, à laquelle elles adhèrent en quelque sorte , ne soient pas facilement expulsées par les vomissements. Mais il n’est pas impossible qu’on découvre dans le canal digestif, après la mort, une certaine quantité d’acide arsénieux dissous , tandis qu’il n’y en aura pas à l’état solide , état sous lequel je suppose qu’il aura été avalé. Admettons par exemple , pour éclairer cette question , que le poids de l’acide arsénieux pulvérisé répandu sur le morceau de bœuf soit de 1 gramme ; que dans les dix premières heures de l’empoisonnement il y en ait 75 centigrammes de vomis ; que les vomissements cessent alors toutà-coup , et que l’individu vive encore pendant quatre ou cinq heures et boive plusieurs verres de tisane , d’eau sucrée , etc, : n’est-il pas évident que les 25 centigrammes d’acide arsénieux solide restants pourront être dissous dans les liquides que l’estomac contient ? Objectera-t-on que le poison dont je parle, étant peu soluble dans l’eau froide, ne pourra pas être complètement dissous ? Je répondrai que la dissolution devra être favorisée par les sucs propres à l’estomac , par la température et par la vie dont jouit cet organe. — Il importait d’éclaircir ce fait au procès, l’accusation portant que la fille Brodet avait empoisonné la femme Grevot avec du bœuf saupoudré d'acide arsénieux solide, tandis qu’il n’avait pas été possible de découvrir dans l’estomac de Crevot de ce poison solide, et qu’on n’en avait trouvé qu’en dissolution. Or, notez que la malade avait cessé de vomir plusieurs heures avant sa mort.

Département de la Seine, Année 1831. Peut-il arriver que de

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l’acide arsénieux, avalé sous cet état, 11e se retrouve plus dans le canal digestif, et qu’à sa place on découvre du sulfure jaune d’arsenic? Oui , M. le président : si ce poison a été pris en poudre impalpable , et qu’il se soit développé du gaz acide sulfhydrique dans le canal digestif du malade, l’acide arsénieux aura pu être transformé en sulfure jaune , car il commence à passer à cet état au bout de quelques heures , même lorsqu’il est en contact avec du gaz acide sulfhydrique sec à la température de 3° ou 4° -f- 0° : à plus forte raison doitil jaunir assez vite et se transformer en sulfure si le gaz est humide et que la température soit de 20° à 25°. Si l’acide arsénieux , au lieu d’être en poudre impalpable, avait été avalé en fragments, le changement en sulfure serait beaucoup plus difficile ; en effet , trois jours de contact entre le gaz sec et des fragments d’acide arsénieux ont été insuffisants pour développer la couleur jaune. Avec du gaz acide sulfhydrique légèrement humide , l’acide arsénieux en fragments n’a commencé à jaunir qu’au bout de trente-six à quarante heures, et encore la température était- elle de 30 à 35° : au bout de vingt jours ces fragments n’étaient que très faiblement colorés en jaune à la sur face.

Ibidem. — Est-il possible que de l’acide arsénieux solide, que l’on aurait pu découvrir dans le canal digestif vingt-quatre heures après la mort , soit dissous et entraîné par les produits de la putréfaction , de manière, à ce qu’on n’en retrouve plus à l’état solide au bout d’un certain temps? Oui, monsieur, parce que le carbonate d’ammoniaque provenant de la putréfaction de la matière animale , après s’être dissous dans l’eau , pourra se combiner avec l’acide arsénieux pour former de Yarsénile d’ ammoniaque soluble. L’expérience prouve qu’à la température de 5 à 6° -f* 0°, il suffit de vingt-quatre à trente-six heures pour que plusieurs petits fragments d’acide arsénieux soient dissous par du gaz ammoniac et quelques gouttes d’eau; mais alors on peut découvrir l’acide arsénieux dans la dissolution , en opérant comme je l’ai dit en parlant des arsénites. (Voy. p. 448.)

Peut-il se faire que l’on découvre de l’acide arsénieux dans le canal digestif d’un individu qui n’en a point avalé , mais qui a pris du sulfure jaune d’arsenic pur ? Oui , M. le président. Les expériences de M. Courdemanche, que j’ai répétées et trouvées exactes (voy. p. 459), établissent que ce sulfure peut se transformer en acide arsénieux en très peu de temps, sinon en totalité, du moins en partie, lorsqu’il est soumis à l’action d’un certain nombre de liquides alimentaires, à la température du corps de l’homme. Il y a mieux : il peut arriver alors que l’empoisonnement , qui n’eût pas été très intense si le sulfure fût resté indécomposé , devienne plus grave à mesure qu’il se formera de

l’acide arsénieux , parce que ce poison est plus actif que le sulfure pur.

Département de la Corrèze , année 1840. Affaire Lafarge . — Peut-il arriver qu’un individu soit mort empoisonné par une préparation arsenicale et qu’on ne découvre plus la moindre trace d’arsenic soit dans le canal digestif, soit dans les organes où la préparation arsenicale avait été portée par la voie de l’absorption? Oui, M. le président. Le composé arsenical peut avoir été entièrement expulsé du caUal digestif par les vomissements et par les selles , si les évacuations ont été abondantes , si le malade a pris une quantité considérable de liquides , surtout lorsque le poison a été administré dissous dans unvéhicule. Si la préparation arsenicale avait été donnée en poudre très fine et qu’elle fût insoluble ou peu soluble , comme l’acide arsénieux , il faudrait , pour qu’elle fût expulsée en entier, que les vomissements et les selles eussent été excessivement abondants et souvent réitérés. Quant à la portion absorbée et portée dans tous nos tissus , il est avéré qu’au bout d’un certain nombre de jours , qu’il me serait impossible de préciser, il n’en reste plus la moindre trace dans ces tissus ; l’expérience prouve qu’avec le temps le sang ainsi que tous nos organes se débarrassent par les voies urinaires, et peut-être aussi par d’autres voies excrémentilielles , du poison arsenical qui était arrivé jusqu’à eux. Yoici une preuve incontestable de ce fait : que l’on empoisonne deux chiens, en appliquant sur la partie interne de la cuisse de chacun d’eux 10 centigrammes d’acide arsénieux en poudre fine; que l’on abandonne l’un de ces animaux à lui-même , et qu’après la mort, qui aura lieu trente ou quarante heures après rempoisonnement , on analyse ses viscères; on en retirera de l'arsenic; que l’autre chien soit au contraire soumis à l’action de médicaments diurétiques puissants : s’il urine abondamment, il sera guéri au bout de quelques jours, et son urine renfermera à chaque instant des doses appréciables d’arsenic. Si dix ou douze jours après le commencement de l’expérience, quand cet animal est parfaitement guéri de l’empoisonnement , on le pend , et qu’on analyse ses organes , on ny découvre plus la moindre trace d’arsenic. D’où il suit qu’un expert commettrait une erre us grave si , n’ayant pas retiré de l’arsenic des organes d’un individu, soupçonné mort empoisonné et qui aurait vécu plusieurs jours, il concluait qu’il n’v a pas eu empoisonnement. Il ne pourrait sans doute pas affirmer que l’homme est mort empoisonné , mais encore une fois il devrait bien se garder d’établir le contraire. Il faudrait dans ce cas tirer parti des symptômes, des lésions de tissu et du commémoratif pour arriver à une conclusion qui pourrait rendre l’empoisonnement plus ou moins probable.

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