BE L’ANTIMOINE MÉTALLIQUE
L’antimoine est regardé par quelques auteurs comme un poison violent. Plenck dit que, lorsqu’il est pris inconsidérément, il occasionne le vomissement, des déjections alvines très abondantes, des tranchées intolérables , l’anxiété, l’agitation, des hémorrhagies , des convulsions , l’inflammation de l’estomac et des intestins , l’érosion , la gangrène et la mort (ouvrage cité page 267). Il est probable que , si l’on a quelquefois observé des effets aussi délétères , cela tenait à ce que l’antimoine renfermait de l’arsenic, ou bien a ce qu’il se serait oxydé et transformé en sel soluble dans le canal digestif, car habituellement l’antimoine pur peut être pris à assez forte dose sans agir autrement qu’un éméto-cathartique.
Si l’antimoine est sous forme de taches ou d’anneau , on le reconnaîtra aux caractères indiqués aux pages 389 et 486. S’il est en masses, il sera en lames d’un blanc bleuâtre, brillantes et fragiles; sa poudre , d’un gris bleuâtre , traitée par l’acide azotique concentré1, fournira de l’acide antimonieux solide, qui , étant dissous dans l’acide chlorhydrique, précipitera en blanc par l’eau et en jaune orangé par l’acide sulfhydrique ; l’acide antimonieux , mis dans un appareil de Marsh , donnera presque aussitôt des taches antimoniales ou un anneau métallique.
(tartre émétique).
Action sur l’économie animale.
Expériences faites par M. Magendie. — Expérience ire. — Lorsqu’on injecte dans les veines d’un chien adulte et de taille moyenne 30 à 40 centigrammes d’émétique dissous dans 100 grammes d’eau, l’animal vomit et a des déjections alvines; la respiration devient difficile, le pouls est fréquent et intermittent ; enfin une grande inquiétude et de légers tremblements précèdent la mort, qui arrive dans la première heure qui suit l’absorption ou l’injection de l’émétique. À l’ouverture du corps, on trouve le poumon profondément altéré, d'une couleur orangée ou violacée, nullement crépitant, gorgé de sang et d’un tissu serré; il est comme hépatisé dans certains points, et fort analogue au parenchyme de la rate dans d’autres endroits. La membrane muqueuse du canal digestif, depuis le cardia jusqu’à l’extrémité du rectum, est rouge et fortement injectée : elle a éprouvé évidemment un premier degré d’inflammation.
DES POISONS IRRITANTS
Si la dose injectée est de 60 à 90 centigrammes, la mort arrive ordinairement une demi-heure après, et alors le poumon seul offre des indices de l’action du poison.
Lorsqu’on n’introduit que 20 centigrammes de tartre émétique dans les vaisseaux sanguins, ces accidents sont moins intenses et tardent plus à se développer. Les animaux ne périssent quelquefois qu’au bout de vingt-quatre heures, et à leur ouverture on trouve l’altération pulmonaire dont je viens de parler, et de plus une inflammation considérable de toute la membrane muqueuse du canal digestif , principalement de celle qui revêt l’estomac, le premier des intestins grêles et le rectum.
Expérience iiL — Si au lieu d’agir ainsi on introduit dans l’estomac des chiens 20 , 30 ou 40 centigrammes d’émétique dissous dans l’eau et qu’on lie l’œsophage, les animaux meurent au bout de deux ou trois heures, après avoir présenté des symptômes analogues aux précédents, et l’on découvre après la mort les mêmes altérations cadavériques. Si, au contraire, on laisse aux animaux la faculté de vomir, même lorsqu’ils ont pris 4 grammes de ce sel , ils n’en éprouvent pour la plupart du temps aucun mauvais effet. Quand la dose a été portée à 16 grammes, on a vu des chiens périr au bout de quelques heures ou de quelques jours, quoiqu’ils eussent vomi; tandis que chez d’autres, cette forte dose n’occasionnait d’autre accident que des vomissements.
Expérience me. — Si on met l’émétique en contact avec les différentes surfaces absorbantes , telles que les anses d’intestin , le tissu cellulaire et le tissu propre des organes, on observe que les vomissements et les déjections alvines ont lieu, que la mort arrive au bout d’un temps variable, et que les cadavres offrent les lésions dont j’ai déjà parlé.
Expérience 4e. — 60 centigrammes d’émétique injectés dans la veine jugulaire de plusieurs chiens auxquels on coupe l’une des huitièmes paires, ne causent la mort qu’au bout de deux heures, tandis que les animaux auxquels on n’a pas fait cette section meurent une demi-heure après l’injection.
Expérience ve. — La même dose injectée dans la veine jugulaire de plusieurs chiens auxquels on coupe les deux nerfs pneumo-gastriques, n’occasionne la mort qu’au bout de quatre heures.
Expérience vie. — Si on prend trois chiens à peu près du même âge et du même poids, et qu’on injecte dans les veines de chacun 60 centigrammes d’émétique, on remarque que le premier qui meurt est celui auquel on n’a pas fait la section des nerfs de la huitième paire ; le deuxième est celui auquel on a coupé un des nerfs pneumo-gastriques; enfin celui auquel on a coupé les deux meurt le dernier : en sorte qu’on peut prolonger la vie d’un animal empoisonné par une très forte dose d’émétique , en lui coupant les nerfs de la huitième paire.
Expériences faites par moi en 1840. — Expérience vne. — Que l’on introduise dans l’estomac des chiens 30, 40 ou 60 centigrammes de tartre siibié dissous dans 100 ou 150 grammes d’eau distillée, qu’on lie aussitôt l'oesophage pour empêcher le vomissement , les animaux succomberont
DU TARTRATE DE POTASSE ET D* ANTIMOINE. kl 5
après quelques heures. Si , après avoir attentivement séparé le foie , sans léser le canal digestif, on le coupe en petits fragments et qu’on le fasse bouillir pendant six heures dans une capsule de porcelaine avec de l’eau distillée, on obtiendra un liquide d’un jaune rougeâtre que l’on filtrera et qui sera évaporé jusqu’à siccité ; le produit, traité par trois fois son poids d’acide azotique concentré et pur, laissera un charbon léger, sec, à peine acide , qui , étant chauffé pendant une demi-heure avec un mélange de huit parties d’acide chlorhydrique et une partie d’acide azotique , donne un solutum, dont on retirera bon nombre de taches antimoniales, à l’aide de l’appareil de Marsh. Le foie, épuisé par Veau bouillante , desséché et décomposé par quatre parties environ d’acide azotique concentré et pur, fournira un charbon volumineux , léger et à peine acide , que l'on fera bouillir pendant une demi-heure avec le mélange d’acide chlorhydrique et d’acide azotique déjà indiqué; le liquide obtenu, mis dans l’appareil de Marsh , déposera à l’instant même sur une assiette de porcelaine de nombreuses et larges taches antimoniales.
La rate, les poumons et le cœur, desséchés et carbonisés séparément à l’aide de l’acide azotique , laissent des charbons dont on extrait à peine de l’antimoine, tandis que le foie et surtout les reins donnent des charbons fortement antimoniaux.
Le canal digestif ,' vidé des matières qu’il contient , lavé à grande eau pendant plusieurs jours et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne se colorent plus par l’acide sulfhydrique , s’il est desséché et carbonisé par l’acide azotique pur et concentré , donne un charbon légèrement acide , qui , étant traité pendant un quart d’heure avec l’acide chlorhydrique bouillant, fournit une liqueur dont on extrait bon nombre de taches antimoniales à l’aide de l’appareil de Marsh.
Expérience viiic. — J’ai appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille 30 centigrammes de tartre stibié en poudre fine. L’animal est mort au bout de douze heures. Un autre chien soumis à la même expérience a été tué, quatre heures après l’empoisonnement, en lui ouvrant l’aorte ventrale. 180 grammes de sang retiré de cette artère, desséché et carbonisé par l’acide azotique concentré et pur, ont fourni un charbon qui, après avoir bouilli pendantune demi-heure avec de l’acide chlorhydrique , mélangé de quelques gouttes d’acide azotique, a donné un liquide ne contenant pas la plus légère trace d'antimoine. 11 en a été de même du sang extrait de la veine cave , Le foie desséché et carbonisé par l’acide azotique a fourni une assez grande quantité de taches antimoniales; mais c’est surtout de l’urine que l’on a retiré une proportion considérable de gaz hydrogène antimonié , qui , étant brûlé , a laissé déposer sur des assiettes de porcelaine de nombreuses et larges taches d’antimoine métallique.
Expérience ixe. — Dix centigrammes d’émétique en poudre line placés, comme il a déjà été dit , sur la cuisse d’un chien jeune et faible , ont occasionné la mort au bout de dix-sept heures. Le foie carbonisé n’a fourni qu’un petit nombre de taches jaunes et des traces d’antimoine;
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l’urine, dont on avait empêché l’excrétion en liant la verge, décomposée par l’acide azotique et mise dans l’appareil, a au contraire donné de nombreuses et larges taches antimoniales.
Expérience xe. — Dix centigrammes d’émétique finement pulvérisé, appliqués sur la cuisse d’un chien un peu plus fort que le précédent, n’ont déterminé la mort qu’au bout de trente-six heures. Le foie, après avoir été desséché et carbonisé par l’acide azotique concentré , a été traité à chaud par l’acide chlorhydrique mêlé de quelques gouttes d’acide azotique; la liqueur introduite dans l’appareil n’a pas fourni la moindre trace d’antimoine, tandis que l’urine retirée de la vessie, soumise aux mêmes opérations , a donné une prodigieuse quantité de larges et belles taches antimoniales.
Expérience xie. — On a appliqué 30 centigrammes de tartre stibié finement pulvérisé sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille ; une heure après l’animal a été pendu; aussitôt on a desséché et carbonisé six onces environ de sang, dans lequel, il a été impossible de découvrir le moindre vestige d’antimoine, tandis que le foie, traité de la même manière, en a donné une proportion notable. La vessie était vide.
Expérience xne.— 1° J’ai présenté à l’Académie de Médecine, dans sa séance du 7 avril 18/tO, de l’antimoine métallique extrait de 120 grammes d’urine provenant d’un malade atteint depneumonite, et auquel M. le professeur Duméril avait fait prendre 120 centigrammes de tartrate de potasse antimonié en vingt-quatre heures. Le malade avait eu plusieurs selles, et l’urine soumise à mon examen était la seule qu’il eût excrétée sans être mélangée de matières fécales. 2° M. Bouvier, mon collègue à l’Académie , m’a remis depuis 130 grammes d’urine d’une femme âgée de quatrevingts ans, rendue douze heures après l’ingestion d’une potion stibiée, contenant 60 centigrammes d’émétique , et qui avait été administrée en vingt-quatre heures sans qu’elle eût déterminé ni selles ni vomissements. Cette urine évaporée, carbonisée et soumise ensuite au traitement indiqué à l’expérience première , a fourni autant d’antimoine métallique que la précédente. 3° M. le docteur llusson, membre de l’Académie royale de médecine, m’a fait parvenir, dans cinq bouteilles distinctes, cinq litres environ d’urine expulsée par cinq malades confiés à ses soins, dont quatre étaient atteints de pneumonite et qui avaient pris depuis 60 j usqu’à 130 centigrammes d’émétique dans les vingt-quatre heures. L’urine rendue par les quatre individus qui avaient pris 80 ou 130 centigrammes de sel m’a donné de l’antimoine métallique, tandis que je n’en ai pas obtenu en agissant sur celle qui avait été expulsée par le malade qui n’en avait avalé que 60 centigrammes; quatre de ces malades avaient eu des évacuations alvines. Zi° L’urine fournie par un malade, que mon collègue, M. Bérard jeune , traitait par l’émétique à haute dose , ne m’a pas donné la moindre trace d’antimoine ; mais cette urine avait été rendue trois jours après l’ingestion de la dernière dose de tartre stibié. 5° M. Martin Solon a trouvé de l’antimoine dans l’urine d’un individu qui n’avait pris que
25 centigrammes de tartre slibié, et qui n’avait eu ni vomissements ni selles. 6° J’ai retiré de l’antimoine du foie, de la rate et des reins de la femme Klein, âgée de quatre-vingt-deux ans, décédée à la Salpêtrière et à qui M. Bouvier avait administré 5 décigrammes d’émétique. La mort était survenue quinze heures après l’ingestion du sel, qui avait déterminé quelques selles, sans faire vomir.
Observation lre. — • Lebreton père fut appelé pour donner des soins à la fille d’un épicier droguiste qui venait d’avaler 24 grammes d’émétique ; il lui administra un grand verre d’huile; elle vomit presque aussitôt, et rejeta probablement tout le sel qu’elle avait pris. Les vomissements s’arrêtèrent peu de temps après, et cette fille fut complètement guérie.
On lit dans Morgagni et dans les actes des curieux de la nature plusieurs observations à l’appui de l’jnnocuité de l’émétique dans certains cas.
Observation 2e. — Claude-Genaut des Villards , âgé de trente ans , d’un tempérament hypochondriaque , sujet depuis plusieurs années à des attaques réitérées de rhumatisme arthritique, vint me consulter dans les premiers jours de mai 1808, pour des douleurs et des crampes qu’il ressentait dans l’estomac , accompagnées d’inappétence, quelquefois de vomissements ou d’une diarrhée séreuse qui alternait après une constipation opiniâtre. Comme le teint n’était pas plombé, qu’on ne découvrait aucun engorgement sensible, que le malade n’avait commencé à se plaindre de maux d’estomac qu’après la disparition du rhumatisme , et que même il avait éprouvé un soulagement sensible , une ou deux fois , parle retour de légères douleurs aux articulations, je jugeai que cette dyspepsie était produite par le principe rhumatique fixé à l’eslomac ; en conséquence je prescrivis l’usage des sangsues à l’anus , des bains tièdes, des vésicatoires volants sur la région de l’estomac et sur les parties occupées autrefois par le rhumatisme, et je lui fis prendre des boissons légèrement diaphoniques, et des poudres faites avec le kermès et l’extrait d’aconit napel ; on couvrit le corps du malade de flanelle. Ces moyens, associés à Un régime doux, à l’abstinence des exercices violents, au retour de la belle saison, produisirent une amélioration sensible dans son état. Le 5 juin 1809, je fus demandé pour donner, conjointement avec M. Bailly, des soins audit Genaut, qui, depuis quelques jours, se plaignant de maux d’estomac , avait pris une très grande dose de tartre stibié , par le conseil d’un empirique : des vomissements énormes suivirent de près l’administration du remède ; les douleurs d’estomac devinrent plus aiguës, et au bout de quelques heures le malade se plaignit de difficulté d’avaler ; la déglutition fut bientôt impossible : l’œsophage était si hermétiquement fermé que le malade ne pouvait avaler la plus légère goutte de liquide. M. Bailly saigna le malade, appliqua des fomentations émollientes sur le ventre, et successivement un vésicatoire sur l’estomac. La difficulté d’avaler ne céda point à ces remèdes; le spasme s’étendit même à tous les muscles du cou, au point d’entraver la circulation : le malade avait le visage rouge , les yeux injectés, et dès qu’il voulait lever la tête,
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il éprouvait des vertiges qui l’obligeaient de la replacer sur le chevet. Cet état durait depuis trente-six heures lorsque j’arrivai auprès du malade. Je fis de suite appliquer les sangsues au cou pour dissiper la congestion locale. Cette saignée procura l’effet qu’on en attendait : les vertiges cessèrent , le visage fut moins rouge, et on put placer le malade dans un bain tiède qui amena un peu de relâchement. Cet homme , qui, loin d’avoir de l’horreur pour les liquides, semblait les désirer ardemment , ne put avaler une cuillerée de décoction de quinquina, que j’avais fait préparer dans la prévision d’un empoisonnement par le tartre stibié. Il fut plus heureux en mettant dans sa bouche une cuillerée à café d’une marmelade faite avec le sirop d’althæa * la manne , la gomme arabique et l’huile d’amandes douces : elle parvint dans l’estomac. Des lavements d’asa-fœtida, les frictions avec l’opium sur la région de l’estomac et de l’œsophage, des vésicatoires volants dissipèrent au bout de vingt-quatre heures ce spasme de l’œsophage, qui cependant reparaissait encore de temps en temps les jours suivants (1).
J’ai déjà vu plusieurs cas d’empoisonnement produit par des doses très fortes de tartre stibié, depuis que l’exercice de notre art est devenu le partage des empiriques de tout sexe , et qu’on a négligé de faire exécuter les lois qui défendaient, en Savoie, aux épiciers-droguistes de vendre des médicaments. J’ai vu entre autres, il y a peu d’années, une ' femme qui avait pris au moins 1 gramme 10 centigrammes de tartre stibié : outre les douleurs atroces, les vomissements répétés à chaque instant, elle éprouvait un serrement spasmodique des mâchoires, des convulsions , etc. L’infusion très forte de quinquina et l’opium dissipèrent le vomissement. Elle a conservé depuis un état d’irritabilité de l’estomac qui n’a jamais cessé entièrement , et qui n’a pu être modéré que par l’usage habituel du lait et des mucilagineux. ( Obser. du doct. Carron d’Annecy. Voy. Journ. général de médecine, janvier 1811. )
Observation 3e. — Un juif avait acheté 32 grammes de tartre stibié au lieu de 32 grammes de crème de tartre soluble ; il mit une partie de cette substance dans de la tisane de chicorée sauvage , et il en prit un verre le matin à jeun. J’estimai qu’il y avait environ 1 gramme de tartrate antimonié de potasse dans ce verre de tisane. Peu d’instants après l’avoir avalé, des douleurs dans la région del’estomac se firent sentir; elles allèrent en augmentant, et amenèrent même des syncopes ; puis il survint des vomissements excessifs de matières bilieuses. Quand j’arrivai, les vomissements se suc-
(1) J’ai eu occasion d’observer un cas analogue. Un enfant de dix ans auquel j’avais prescrit 5 centigrammes d émétique dans le dessein d’exciter des vomissements, fut pris, une demi-heure après, d’une grande difficulté d’avaler et d’une vive douleur à la gorge. Lorsque j’arrivai auprès de lui , ces symptômes duraient depuis deux heures, et le malade n’avait eu aucun vomissement : il ne se plaignait d’aucune douleur. L’application de dix sangsues sur les parties latérales du cou calma les accidents dans très peu de temps; mais on ne parvint à faire vomir le malade qu’en lui administrant 1 gramme 20 centigr. d’ipécacuanha#
cédaient avec une rapidité effrayante. Le malade commençait à se plaindre de coliques abdominales ; elles devinrent bientôt violentes ; des déjections alvines avaient lieu sans cesse ; les matières qui sortaient par le bas étaient aqueuses et très abondantes; le pouls était petit et concentré, la figure pâle ; il y avait prostration des forces ; des crampes très douloureuses dans les jambes se répétaient à chaque minute : c’était le symptôme dont le malade se plaignait le plus. Je lui ordonnai une décoction de guimauve pour boisson , et des lavements émollients. J’avais commencé par lui faire prendre quelques tasses de décoction de quinquina , et deux lavements faits avec cette même substance ; de temps à autre on lui donnait une potion opiacée : ce dernier médicament parut lui être très utile. L’irritation que cette grande dose de tartre stibié alluma sur la surface alimentaire produisit un ensemble de symptômes que je comparai à un choléra-morbus. Cet état de maladie ne dura que cinq ou six heures ; à cette époque les accidents se calmèrent. Le soir, le malade ne se plaignit plus que d'une grande faiblesse. Les jours suivants, il était tourmenté par des digestions pénibles : ces accidents secondaires cédèrent facilement à l’emploi d’une légère infusion de camomille romaine et de feuilles d’oranger , et de 50 à 60 centigrammes de thériaque pris avant chaque repas. (Observation du docteur Barbier d’Amiens. )
Observation 4e* — ■ M. N***, âgé de quarante-trois ans, résolu de se détruire , fut demander de l’arsenic chez divers pharmaciens qui le lui refusèrent : sans changer de résolution , il se détermina à s’empoisonner avec l’émétique. Quand il en eut rassemblé environ 1 gramme 1/2 , pris dans diverses boutiques, il entra dans un café, demanda un verre d’eau sucrée , et fit dissoudre cette quantité d’émétique dans le tiers du liquide qu’il avala. Il sortit aussitôt du café; mais à peine avait-il fait vingt pas qu’il sentit une chaleur brûlante à la région épigastrique , accompagnée de mouvements convulsifs et de perte de connaissance : on le transporta dans cet état à l’Hôtel-Dieu, dix minutes environ après l’accident. Revenu un peu à lui-même , il fit écarter les assistants, et avoua à la religieuse de la salle et à moi qu’il s’était empoisonné avec l’émétique. Nous lui fîmes donner aussitôt trois pots d’une forte décoction de quinquina qu’il but dans l’espace d’une heure et demie environ. Il est à remarquer qu’au moment de son arrivée , la peau était froide et gluante à la tète et aux extrémités, la respiration un peu courte, le pouls petit et concentré, la région épigastrique un peu gonflée et douloureuse; il y avait un hoquet assez fréquent, mais point de vomissement. La plupart de ces symptômes diminuèrent d’intensité dès les premiers verres de décoction de quinquina qu’il but; deux heures après, il fut à la selle copieusement ; il y fut cinq fois dans l’espace de trois heures ; il sua ensuite considérablement, et changea deux ou trois fois de chemise. Il continua la nuit une faible décoction de quinquina unie aux mucilagineux : néanmoins, le lendemain il y eut plusieurs vomissements dans la matinée; il succéda une gastrite qui dura plusieurs jours. Un mois après, il éprouvait encore de loin en loin des picotements dans la région épigastrique. Ce
DES POISONS IRRITANTS
fait offre deux choses remarquables : 1° l’absence du vomissement après avoir pris une si grande quantité d’émétique ; 2° l’espèce de dévoiement qui se manifesta après l’action de la décoction de quinquina : cet effet ressemble beaucoup à celui que produit le bolus ad quarlanas , qui , comme on sait, est un mélange d’émétique et de quinquina. Cette combinaison se serait-elle faite dans l’estomac? Tout porte à le croire. ( Observation du docteur Serres.)
Observation 5e. — La femme d’un pharmacien, âgée de vingt-trois ans, d’une faible santé et d’une très grande susceptibilité nerveuse , avale par mégarde et d’un seul trait un verre d’une dissolution dans laquelle il y avait environ 3 grammes 1/2 de tartrate de potasse et d’antimoine. Le docteur Sauveton, appelé dix minutes après, la trouva couverte d’une sueur froide; elle pensait que les secours de l’art ne la tireraient pas de l’état affreux où elle était, à cause de la grande quantité d’émétique qu’elle avait prise. Redoutant chez cette dame des accidents graves qu’auraient produits des efforts de vomissement longs et opiniâtres, on eut recours à l’alcool de quinquina jaune mêlé avec de l’eau froide : en quelques heures la malade en prit cinq à six verrées, qui pouvaient contenir à peu près 6ù grammes de cette teinture. On observa quelques nausées et des coliques bien supportables ; mais il y eut pendant près d’un mois des douleurs épigastriques qui cédèrent cependant à des boissons adoucissantes et au régime. ( Journal générai de médecine , mai 1825.)
Observation 6e. — Un homme de cinquante ans environ , d’une constitution forte, éprouve des chagrins domestiques, et conçoit le projet de s’empoisonner; il se procure 2 grammes h décigrammes d’émétique, et les prend un samedi matin dans une petite quantité de véhicule. Il ne tarda pas à avoir des vomissements, des selles fréquentes (super-purgation ) et des convulsions. Il entra à l’Hotei-Dieu le dimanche au soir. Le lundi matin , il se plaignit de douleurs violentes à l’épigastre , . qui était tendu ; il avait peine à remuer la langue ; il se trouvait dans un tel état qu’on l’aurait pris pour un homme ivre de vin ; il parlait seul ; son pouls était imperceptible. Dans la journée, le ventre se météorisa, l’épigastre se tuméfia considérablement , et devint plus douloureux; dans l’après-midi il se manifesta du délire. Le mardi, tous les accidents augmentèrent; le soir, délire furieux; les convulsions s’y joignirent, et il mourut dans la nuit.
Ouverture du cadavre. — Les membres sont très roides et demi-fléchis; un liquide visqueux et blanc s’est écoulé par la bouche quand on a remué le cadavre. La tète était penchée du côté gauche. Vers la partie antérieure de l’hémisphère du cerveau , du même côté , ossification de la dure-mère dans une étendue circulaire d’environ 3 centimètres de diamètre; opacité, épaisseur augmentée de l’arachnoïde qui double la face supérieure des deux hémisphères; rougeur uniforme, inflammation récente de la portion de cette membrane qui revêt les lobes antérieurs du cerveau, plus apparente du côté droit; anfractuosités remplies d’un liquide séreux teint en rouge, et amassé en plus grande quantité à la base
du crâne; substance cérébrale plus molle; ventricule gauche renfermant quatre ou cinq cuillerées d’un liquide séreux, transparent et incolore : le droit contenait moins du même liquide (1). La poitrine était saine. Le péritoine olfrait généralement une teinte briquetée. L’estomac et les intestins étaient distendus par des gaz ; la membrane muqueuse de l’estomac, à l’état moral dans le grand cul-de-sac, était rouge, tuméfiée et recouverte d’un enduit visqueux, facile à enlever dans tout le reste de son étendue ; celle du duodénum était dans le même état. Les autres intestins n’ont offert aucune altération ; ils ne contenaient pas la moindre quantité de matières fécales. ( Observation du docteur Récamier.)
Observation 7 e. — Un homme de quarante ans prit 15 centigrammes de tartre stibié , dissous dans 125 grammes d’eau ; il ne vomit point , quoiqu’il eut bu de l’eau tiède en abondance. Au bout de quelques heures, il éprouva du malaise , des nausées , de la chaleur à l’épigastre , de l’agitation , des vertiges , des syncopes , etc. Un peu après , il perdit le sentiment, et tomba dans un état de stupeur, interrompu de temps en temps par des convulsions; dyspnée, bâillement, face livide, pouls lent et plein. L’émétique avait été pris vers sept heures du matin ; ce fut à trois heures du soir que se déclara la perte de sentiment. Le lendemain à deux heures du matin , le docteur Sacli, qui voyait le malade pour la première fois, jugea qu’il était trop tard pour chercher à retirer le poison de l’estomac , et même pour tenter de le neutraliser ; il fit pratiquer deux saignées , l’une de 1 kilogramme, l’autre de 750 grammes; on appliqua des sangsues aux tempes, derrière les oreilles et à l’épigastre; on fit prendre des bains frais généraux, des lavements émollients, de l’huile de ricin par la bouche et des boissons délayantes et laxatives. A midi , il y avait un mieux sensible , bien que la perte de connaissance persévérât. Le deuxième jour, il ne restait qu’une légère douleur à l’épigastre, un peu de pesanteur de tête , de faiblesse dans les membres et d’embarras de la parole. ( Gazette médicale , 18 décembre 1841.)
Observation 8p. — Hoffmann rapporte qu’une femme éprouva les accidents les plus fâcheux peu de temps après avoir pris du tartre émétique , et qu’elle mourut. A l’ouverture du cadavre on trouva une partie de l’estomac sphacélée; la rate, le diaphragme, le poumon et les parties qui avoisinaient la portion de l’estomac affectée étaient pourris (2).
Observation 9e. — Panseron , âgé de cinquante-sept ans, eut le 24 février 1813, une attaque d’apoplexie à laquelle il succomba le 1er mars. On lui administra, pendant les cinq jours qu’il fut malade, environ 2 grammes 4 décigrammes d’émétique qui n’occasionnèrent ni nausées ni vomissements ; il eut seulement quelques selles. A l’ouverture du cadavre on trouva le cerveau injecté et contenant beaucoup de sérosité ; la
0) Cette affection de l’arachnoïde, qui est évidemment ici la cause principale de la mort, peut-elie être attribuée à l’action de l’émétique?
(2) Friderici Hoffmanni opéra omnia , t. i, pars n, cap. y, pag. 219, uevee. , ï7Gt.
DES POISONS IRRITANTS
couche optique droite présentait à sa partie inférieure un corps oblong , de la grosseur d’une olive, formé par une pulpe verdâtre claire, et paraissant en suppuration à sa superficie : ce corps se détacha facilement en entier de la substance cérébrale. Il est évident que la mort avait été produite par ces lésions; mais le canal digestif offrait des altérations qui dépendaient manifestement de l’action exercée par l’émétique. L’estomac était très rouge , enflammé , rempli de bile et de mucosités; l’inflammation paraissait bornée à la membrane muqueuse de ce viscère , sur laquelle on apercevait des taches irrégulières , d’un rouge cerise sur un fond rose violacé, et qui ne présentait aucune ulcération. 11 y avait aussi, à la fin de la deuxième et de la troisième courbures du duodénum , des taches semblables. Les intestins grêles, d’une couleur rose, ne paraissaient pas très enflammés; ils contenaient des mucosités et de la bile. Vers la fin du jéjunum on remarquait un bouton blanc, de la grosseur d’un pois , rempli d’un pus blanchâtre , et situé entre les membranes séreuse et musculeuse de cet intestin. Le cæcum offrait trois taches d’un rouge foncé ; il y en avait aussi plusieurs dans le colon , mais elles étaient d’un rouge moins vif; le rectum était sain. On voyait dans les poumons des taches noirâtres, irrégulières, qui s’étendaient plus ou moins profondément dans le parenchyme de ces organes. (Jules Cloqüet.)
Symptômes de l’empoisonnement par le tartrate de potasse et d’antimoine.
Les symptômes généraux de cet empoisonnement peuvent être réduits aux suivants : goût métallique austère , nausées , vomissements abondants, hoquet fréquent, cardialgie, chaleur brûlante à la région épigastrique, douleurs d’estomac, coliques abdominales, météorisme, selles copieuses, syncopes, pouls petit, concentré et accéléré, peau froide, quelquefois chaleur intense ; respiration difficile , vertiges, perte de connaissance , mouvements convulsifs , crampes très douloureuses dans les jambes, prostration des forces, mort. Quelquefois à ces symptômes se joint une grande difficulté d’avaler ; la déglutition peut être suspendue pendant quelque temps; les vomissements et les déjections alvines n’ont pas toujours lieu , ce qui augmente en général l’intensité des autres symptômes.
Lésions de tissu produites par le tartre émétique.
Ces lésions consistent principalement dans l’altération des poumons et du canal digestif; on trouve chez les animaux qui ont succombé à l’action de ce poison les poumons profondément altérés , d’une couleur orangée ou violacée, nullement crépitants, gorgés de sang et d’un tissu serré; ils sont comme hépatisés dans certains points et semblables au parenchyme de la rate dans d’autres. Chez l’homme
on a constaté l’existence de tâches noirâtres, irrégulières, s’étendant plus ou moins dans le parenchyme de ces organes avec hépatisation du tissu. Quant au canal digestif, on a vu sa membrane muqueuse, depuis le cardia jusqu’à l’extrémité du rectum, rouge et fortement injectée; quelquefois l’inflammation de cette membrane était beaucoup plus intense, et l’on apercevait des taches ecchyrnosées irrégulières, d’un rouge cerise, sur un fond rose violacé ; dans certaines circonstances, au dire de Hoffmann, l’estomac était gangrené.
Conclusions. — 1° Le tartre stibié introduit dans l’estomac de l’homme ou des animaux est absorbé et porté dans tous les organes de l’économie animale ; il peut déterminer la mort au bout de quelques heures , s’il n’est pas promptement et complètement vomi. On ne saurait donc repousser avec assez d’énergie l’assertion , par trop naïve , du professeur Giacomini de Padoue, qui a prétendu que la mort des chiens empoisonnés par .M. Magendie avec l’émétique devait être attribuée, non à Faction nuisible de ce sel , mais à la ligature de l’œsophage, pratiquée dans le dessein d’empêcher le vomissement. (Voy. pages 26 et 371.)
Si , au contraire , le poison est vomi peu de temps après son ingestion , comme cela a lieu fréquemment , les animaux ne tardent pas à se rétablir.
Il peut encore amver que dans certaines affections pathologiques , l’émétique administré à l’homme à des doses assez fortes ne soit point vomi ou ne le soit que partiellement , et qu’il n’occasionne aucun des symptômes de l’empoisonnement. Rasori a signalé le premier cette singulière faculté qu’ont alors les organes de tolérer d’assez fortes doses de tartre stibié.
2° Appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens vivants ou sur la peau de l’homme dépouillée de son épiderme , il est également absorbé. Il suffit de 10 centigrammes, ainsi employés, pour tuer au bout de trente ou quarante heures les chiens de petite taille.
3° La mort est beaucoup plus prompte si le sel est injecté dans les veines.
U° Les symptômes occasionnés par le tartre stibié sont à peu de chose près les mêmes , quelle que soit la voie par laquelle il a été introduit dans l’économie animale.
5° Rien n’est aisé comme de démontrer la présence de l’antimoine dans les viscères de l’homme et des animaux qui ont avalé de l’émétique, toutes les fois que la mort a été la suite de l’ingestion de ce sel. Parmi les viscères de l’économie animale, les organes sécréteurs et notamment le foie et les reins en contiennent beaucoup plus que les autres, ce qui tient à plusieurs causes que je ferai connaître à la p. /j 96.
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6° Peu de temps après l'empoisonnement , l’urine renferme des quantités notables d’antimoine, et si à l’aide de moyens appropriés, et surtout de diurétiques actifs, on parvient à guérir les animaux, on voit à chaque instant l’urine charrier une proportion plus ou moins considérable d’une préparation antimoniale soluble. Si l’on tue les animaux , quand la guérison est complète , on peut s’assurer que les viscères ne retiennent plus un atome du composé antimonial qu’il était si facile de déceler au commencement de l’empoisonnement.
7° L’émétique paraît porter son action irritante particulièrement sur le tissu pulmonaire et sur la membrane muqueuse qui revêt le canal digestif depuis le cardia jusqu’à l’extrémité inférieure du rectum.
8° On peut prolonger la vie des animaux empoisonnés par une très forte dose d’émétique , en leur coupant un des nerfs pneumo-gastriques, et mieux encore en les coupant tous les deux.
Traitement de l’empoisonnement par le tartrate de potasse et d’antimoine.
Dans cette espèce d’empoisonnement, l’homme de l’art doit surtout faire attention aux effets produits par l’émétique sur l’individu qui l’a avalé. Si ce sel a occasionné des vomissements abondants peu de temps après avoir été pris, si le malade ne se plaint pas de vives douleurs, s’il n’a aucun mouvement convulsif, des liquides mucilagineux pris à la dose de 30 ou 40 grammes à la fois suffiront pour rétablir la santé. Si l’individu empoisonné n’a eu aucun vomissement, même après avoir avalé 30 ou 40 grains de ce sel , il faut avoir surle-champ recours à la titillation de la luette et au chatouillement du gosier. Si , malgré l’emploi de ces moyens , on ne parvient pas à faire vomir dans un très court espace de temps , on doit administrer sans délai une forte décoction de noix de galle ou de quinquina à la temtérature de 30 à 40° : ce dernier médicament, proposé par Berthollet, a été souvent avantageux; j’ai rapporté deux cas d’empoisonnement dans lesquels il a été suivi d’un succès complet. (Observations nr et IVe, p. 478 et 479.) Luchtmans a fait prendre le tartrate antimonié de potasse à très forte dose sans le moindre inconvénient, lorsqu’il le combinait avec une quantité de décoction de quinquina suffisante pour le décomposer entièrement ; il a remarqué que cette décomposition était plus complète dans le cas où on se servait de quinquina jaune , le précipité obtenu avec le quinquina rouge contenant beaucoup moins d’antimoine que celui que fournit le quin quina jaune (1). Mais est-il préférable , comme l’a annoncé M. Gen-
(1) Disputalio chemico-medicci inauguralis de combinalione corticis Peritviani cum lariaro emelico. Trajccti ad Rhenum, 1800, par Luchtmans.
drin , de substituer le quinquina en poudre à sa décoction aqueuse T (Journal général de Médecine , mai 1825.) « Le quinquina avec lequel on a préparé une décoction , dit ce médecin , décompose encore l’émétique : 16 grammes de cette poudre qui avait servi, soit à faire la teinture, soit à préparer une décoction, ont pu décomposer jusqu’à 50 centigrammes d’émétique dans l’estomac de trois chiens auxquels nous l’avons administrée. » J’ai été curieux d’éclaircir ce fait par de nouvelles expériences , et j’ai reconnu que la poudre de quinquina épuisée par l’eau à l’aide de plusieurs décoctions, ne décomposait plus l’émétique , en sorte que son action décomposante réside , non pas dans les parties insolubles dans l’eau , mais bien dans celles qui s’y dissolvent , et dès lors il doit être plus avantageux de faire usage de la décoction aqueuse , parce qu’elle agit plus énergiquement et plus promptement que la poudre : toutefois je crois utile de faire prendre une certaine quantité de cette poudre délayée dans de l’eau , en attendant que l’on ait pu se procurer de la décoction.
Le thé , les décoctions des bois , des racines et des écorces astringentes, peuvent être employés à défaut de noix de galle ou de quinquina. On doit rejeter les terres, les alcalis, les sulfures alcalins et l’acide suif hydrique , médicaments qui, dans ce cas, sont inefficaces et qui peuvent augmenter l’irritatjon produite par le poison.
Dès que le médecin pourra supposer que la majeure partie de l’émétique contenu dans le canal digestif, qu’elle ait été neutralisée ou non, aura été expulsée par les vomissements et par les selles, il devra recourir à l’emploi de liquides doux et diurétiques donnés en abondance, afin d’éliminer par l’urine la portion du poison qui aurait été absorbée et portée dans nos tissus (voy. la formule à la page 369). Ces liquides, s’ils étaient pris dans la première période de l’empoisonnement , auraient l’inconvénient grave de favoriser l’absorption de l’émétique en le délayant davantage , s’il avait été donné en dissolution , ou en le dissolvant s’il avait été pris à l’état solide. On peut s’assurer , comme je l’ai fait , de l’efficacité de la médication diurétique en empoisonnant comparativement des chiens à peu près de même force, à l’aide de 10 à 12 centigrammes d’émétique pulvérisé, appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la
cuisse ; ceux des animaux que l’on abandonne à eux-mêmes périssent au bout de trente ou de quarante heures; on guérit au contraire tous ceux que l’on parvient à faire uriner abondamment. (Voy. mon Mémoire inséré dans le numéro de septembre 1841 des Archives générales de médecine.)
On devra également prescrire des tisanes mucilagineuses , des lavements émollients , et des fomentations adoucissantes sur le bas-
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ventre. Les sangsues et même la saignée générale devront être employées dans les cas où il y aurait construction au pharynx, ou lorsqu’il s’est développé une inflammation de l’œsophage, des poumons, de l’estomac ou des intestins. L’opium devrait être mis en usage , si les vomissements étaient excessifs, surtout chez les individus d’un tempérament nerveux.
Pendant la convalescence , il importe de recourir à des aliments légers et surtout au lait, dont l’usage devra être prolongé, afin de ne pas surexciter le canal digestif, beaucoup trop disposé , dans ces sortes de cas, à devenir le siège d’une nouvelle irritation.
Emétique solide. — Le tartrate de potasse antimonié est composé d’acide tai trique , de protoxyde de potassium et de protoxyde d’antimoine. Il est solide, blanc, en poudre ou cristallisé en tétraèdres réguliers, ou en pyramides triangulaires, ou en octaèdres allongés, d’une saveur styptiqueet nauséabonde, ilestefïloresccnt. Introduit dans un appareil de Marsh modifié , alors même que la dose est excessivement minime, il fournit du gaz hydrogène antimonié qui, étant enflammé , dépose sur une capsule de porcelaine froide des taches antimoniales dont j’ai donné les caractères à la page 389. Si, au lieu de recueillir l’antimoine sous forme de taches, on veut avoir un anneau métallique , on chauffera le tube à la partie G , à l’aide d’une lampe à alcool B (voy. la figure à la page 382), sans avoir préalablement introduit de l’amiante dans le tube; le gaz hydrogène antimonié se décompose avec une telle facilité par l’action de la chaleur, que l’on ne tardera pas à obtenir un anneau métallique brillant et bleuâtre d’antimoine , tandis que le gaz hydrogène se dégagera par l’extrémité x du tube ; on chercherait en vain à condenser des taches antimoniales sur la capsule E , en même temps qu’il se forme un anneau , tant la décomposition du gaz est facile et complète, pour peu que la température ait été suffisamment élevée à la partie G. On distinguera sans peine l’anneau antimonial de l’anneau arsenical aux caractères suivants : 1° il se condense précisément à l’endroit même où l’on chauffe le tube, tandis que l’anneau arsenical se trouve à une petite distance de la portion chauffée ; 2° celui-ci peut être promptement déplacé et porté dans les diverses parties du tube , suivant que la chaleur de la lampe est concentrée sur tel ou tel autre point; l’anneau antimonial , au contraire, ne subit aucun déplacement; quand on le chauffe pendant quelques minutes, s’il y a de l’air dans le tube , il s’oxyde peu à peu , et blanchit partout où il a été oxydé , en sorte qn'il semble
diminuer d’étendue, et alors il est en partie composé d’une zone métallique bleuâtre et d’une zone d’oxyde blanc ; 3 1 il suffit d’introduire quelques gouttes d’eau régale dans le tube pour dissoudre à la fois et instantanément l’antimoine et l’oxyde; k° le solutum, évaporé jusqu’à siccité , laisse de l’acide antimonieux jaune , très soluble dans une petite quantité d’acide chlorhydrique pur ; 5° cette dissolution fournit sur-le-champ avec du gaz acide sulfhydrique un précipité jaune orangé de sulfure d’antimoine , bien différent du sulfure d’arsenic , et avec l’eau distillée un précipité blanc , pourvu que la liqueur ne soit pas trop acide.
Le tartre stibié se dissout aisément dans 1 lx parties d’eau froide.
Emétique en dissolution concentrée. — Cette dissolution est incolore , transparente , d’une saveur stvptique ; elle rougit faiblement le tournesol , et précipite en blanc par un excès d’eau de chaux ; le tartrate de chaux et de protoxyde d’antimoine précipité se dissout dans l’acide azotique ; l’acide sulfurique concentré précipite également en blanc cette dissolution; l’acide sulfhydrique en précipite du protosulfure d’antimoine hydraté jaune orangé, qui devient rouge brun foncé par l’addition d’une nouvelle quantité d’acide sulfhydrique ; ce précipité , loin de se dissoudre instantanément dans l’ammoniaque avec décoloration de la liqueur, comme le fait le sulfure d’arsenic , se dissout à peine dans cet alcali, sans que la liqueur perde sa couleur jaune orangée. Enfin la dissolution concentrée d’émétique , mise dans l’appareil de Marsh, à la dose de quelques gouttes, fournit presque instantanément des taches ou un anneau d’antimoine métallique (voy. pages 389 et 486), ce qui dispense l’expert de réduire à l’état métallique l’antimoine contenu dans le sulfure jaune orangé dont je viens de donner les caractères.
Dissolution très affaiblie d’émétique. — Si la liqueur est assez étendue pour que le papier de tournesol, l’eau de chaux et l’acide sulfurique ne déterminent aucune des réactions qui viennent d’être indiquées, on la traitera par l’acide sulfhydrique, qui la colorera en jaune orangé, et la troublera légèrement, surtout si l’on ajoute quelques gouttes d’acide chlorhydrique; F ammoniaque pourra faire disparaître ce léger trouble avec décoloration de la liqueur , exactement comme cela aurait lien avec une dissolution très étendue d'acide arsénieux ; mais du jour au lendemain , le précipité jaune, occasionné par l’acide sulfhydrique avant l’addition de l’ammoniaque , se sera déposé sous forme de flocons jaunes orangés qu’on ne pourra méconnaître pour du sulfure d’antimoine, il suffira en effet de traiter ceux-ci pendant trois ou quatre minutes par une faible proportion d’acide azotique chaud, dans une petite capsule de porcelaine, de dé-
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layer le produit dans l’eau bouillante et de l’introduire dans un appareil de Marsh, pour obtenir tles taches antimoniales. J’ajouterai que la dissolution très affaiblie d’émétique, mise elle -même dans cet appareil, fournira également de ces taches. Enfin si, après avoir fait ces divers essais, il reste encore de la liqueur, on la concentrera par l’évaporation jusqu’au sixième de son volume et même davantage , si cela est nécessaire , pour obtenir avec le tournesol , l’eau de chaux et î’acide sulfurique, les réactions que j’ai dit appartenir à la dissolution d’émétique concentrée.
Emétique mélangé à des liquides alimentaires ou médicamenteux, ou à la matière des vomissements ou à celle que Von trouve dans le canal digestif. — Le vin , la bière , le thé, l’albumine , la gélatine , le lait et le bouillon , peuvent tenir en dissolution une certaine quantité d’émétique ; il en est de même de certaines infusions ou décoctions végétales et des liquides des vomissements. Les décoctions extractives de beaucoup de bois , d’écorces , de racines, etc. , décomposent au contraire le tartre stibié , de manière à rendre insoluble une portion de l’oxyde d’antimoine qui fait partie de ce sel ; de là , la nécessité d’examiner successivement les parties liquides et solides de ces mélanges. Il serait , dans la plupart des cas , inutile de chercher à constater dans les matières suspectes la présence du tartre stibié, car en admettant que l’on parvînt à déceler l’acide tartrique , ce qui est loin d’être facile , il faudrait ensuite prouver que cet acide faisait réellement partie de l’émétique et non pas de tartrates qui peuvent exister naturellement dans quelques uns de ces liquides, ou de ceux que l’on aurait pu ajouter, tels que les tartrates de potasse, de soude, etc. L’expert doit s’attacher surtout à démontrer qu’il existe dans les matières dont il s’agit un sel d'antimoine soluble, ou un composé d’antimoine insoluble; l’on ne saurait exiger davantage, et cela suffit.
Si le liquide est transparent et nullement visqueux, on y fera passer un courant de gaz acide sulfhydrique, afin d’obtenir un précipité jaune orangé de sulfure d’antimoine , qui se déposera au bout d’un temps plus ou moins long. Ce précipité , lavé , desséché et traité par l’acide azotique , sera mis dans un appareil de Marsh , afin d’en extraire l’antimoine sous forme de taches ou d’anneau.
Si le liquide, transparent ou non , est épais, visqueux et difficile à filtrer (lait, albumine, gélatine, bouillon, matière des vomissements , etc. ) , on le fera bouillir pendant une heure environ pour coaguler une certaine quantité de matière organique. O11 le laissera refroidir, et on le mélangera avec son volume au moins d’alcool concentré , marquant h() degrés à l’aréomètre ; l’alcool coagulera une nouvelle quantité de matière organique, et retiendra de l’émétique en
dissolution (1); on filtrera, et on gardera la matière coagulée par le feu et par l’alcool. Le liquide alcoolique sera soumis à un courant de gaz acide sulfhydrique , qui précipitera instantanément ou au bout de quelques heures du sulfure d’antimoine jaune orangé, dont on devra retirer le métal comme il a été dit à la page 487.
Quant à la matière coagulée par le feu et par l’alcool , aussi bien que pour celles qui auraient pu se trouver au fond des liquides dont je parie , avant de les soumettre 'a aucune opération on les carbonisera par un mélange d’acide azotique et de chlorate de potasse (2). Pour cela, on introduira dans une capsule de porcelaine, que l’on placera sur le feu , un poids d’acide concentré marquant 41 degrés à l’aréomètre , égal à celui de la matière coagulée sur laquelle on opère , et qui devra être aussi desséchée que possible ; on mêlera avec cet acide un quinzième de chlorate de potasse et l’on ajoutera peu à peu et à des intervalles d’une minute environ , quelques fragments de la matière coagulée ; il se dégagera aussitôt des vapeurs blanches , puis du gaz bi-oxyde d’azote ; la liqueur entrera en ébullition et les divers fragments ne tarderont pas à se dissoudre. En agissant ainsi , il est rare qu’il se forme assez de mousse pour entraver l’opération ; tandis qu’il s’en produit souvent une énorme quantité quand on a mis à la fois toute la matière dans la capsule; dans ce cas, pour empêcher celle-ci de déborder et de se répandre au-dehors , on retire le vase du feu et on agite la matière jusqu’à ce que la mousse soit à peu près affaissée; alors on continue à chauffer. Dès que la liqueur, qui d’abord était d’un jaune clair, puis orangée , aura acquis une couleur rouge foncée et se sera épaissie , on peut s’attendre à la voir se carboniser sur une partie de la circonférence ; mais on aurait tort de retirer la capsule du feu , par cela seul que la matière est noire dans quelques uns de ses points , par exemple , dans ceux qui ont été desséchés les premiers; il ne faut enlever le vase du feu qu’au moment peu éloigné où la carbonisation sera accompagnée du dégagement d’une fumée épaisse , quelquefois tellement intense que l’observateur aurait de la
(1) Lorsqu'on verse de l’alcool à 40 degrés dans un solution fait avec 4 grammes d’eau et b centigrammes d’émétique, tout le sel reste dans la liqueur, en sorte qu’on n’obtient point de précipité.
(2) J’ai fait connaître le premier le procédé de carbonisation par l’acide azotique (voy. le tome vme des Mémoires de l'Académie de médecine , année 1840). Le 13 juin 1842, M. Millon , à l’occasion d’un travail sur cet acide lu à l’institut, a annoncé que les matières organiques étaient plus promptement et plus complètement carbonisées, quand l’acide azotique était mélangé d’une petite quantité de chlorate de potasse. Ce fait est parfaitement exact comme le prouvent les expériences que je viens de tenter sur des foies d’animaux empoisonnés par le tartre stibié.
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peine à apercevoir le charbon qui se produit presque instantanément au milieu de la capsule, quoiqu’il offre pourtant un volume assez considérable. Après avoir laissé refroidir le vase , on enlève le charbon , on le pulvérise dans un mortier de verre ou de porcelaine très propre et on le fait bouillir pendant vingt ou vingt-cinq minutes avec de l’acide chlorhydrique pur, étendu de son poids d’eau; on fdtre et l’on introduit la liqueur dans un appareil de Marsh ; il ne tarde pas à se dégager du gaz hydrogène antimonié qui fournit de l’antimoine métallique sous forme d’anneau ou de taches (voyez p. 486).
En procédant comme il vient d’être dit , si la chaleur du fourneau n’est ni trop intense ni trop faible , la carbonisation a presque toujours lieu avec flamme et peu de fumée , et le charbon obtenu , sec et friable, fournit avec l’acide chlorhydrique un solut im transparent et jaunâtre qui ne mousse point dans l’appareil. Si, au contraire, la température était trop basse , il s’exhalerait une énorme quantité de fumée, il n’y aurait point de flamme , et le charbon serait gras; alors le solutum chlorhydrique de ce charbon offrirait une couleur noirâtre et mousserait considérablement , dans l’appareil de Marsh, ce qu’il importe d’éviter.
Emétique se trouvant à la surface du canal digestif. — Après avoir enlevé les matières contenues dans ce canal, on fera bouillir celui-ci pendant un quart d’heure environ avec de l’eau distillée, afin de dissoudre le tartre stibié qui pourrait exister à sa surface , à l’état solide ou liquide; le solutum filtré sera traité comme il vient d’être dit à l’occasion de l’émétique mêlé à des liquides alimentaires , etc. (Voyez page 488.)
Emétique absorbé et contenu dans le résidu de l'ébullition du canal digestif, dans le foie , la rate et les reins. — Après avoir desséché ces viscères on les carbonise par l’acide azotique concentré , marquant 41 degrés à l’aréomètre, et le chlorate de potasse comme il a été dit à la page 489.
On peut encore recourir avantageusement à l’azotate de potasse et traiter ces organes comme je l’ai prescrit en parlant de l’acide arsénieux (voy. p. 402). La masse obtenue après la décomposition complète de l’azotate etdel’azotite dépotasse, sera traitée par 60 à 80 grammes d’eau distillée, qui dissoudra facilement et complètement le sulfate acide d’antimoine formé et une portion de sulfate de potasse ; ce solutum, mis dans un appareil de Marsh, fournira aussitôt de l’antimoine métallique. La portion indissoute devrait également être introduite dans cet appareil, si, contre toute attente, le liquide n’avait point donné assez d’antimoine métallique pour caractériser celui-ci.
Si , par suite d’une inhumation prolongée , les viscères avaient déjà
passé au gras , il serait préférable de les décomposer par l’azotate de potasse que d’employer le mélange d’acide azotique et de chlorate de potasse dont j’ai parlé, et si par hasard on avait employé ce dernier procédé et que le charbon obtenu , au lieu d’être sec et friable , fût mou et comme bitumineux , il faudrait le mélanger avec l’azotate de potasse et l’incinérer (voyez p. 489).
Emétique contenu dans l’urine. — On évapore le liquide presque jusqu’à siccité et on carbonise le produit par le tiers de son poids environ d’acide azotique concentré; on fait bouillir pendant quinze ou vingt minutes la cendre charbonneuse qui reste avec de l’acide chlorhydrique étendu de son poids d’eau. Le solutum filtré et mis dans un appareil de Marsh donne aussitôt de l’antimoine.
On voit que dans aucun des cas précités je n’ai eu recours à l’emploi de l’acide tartrique conseillé tour à tour par MM. Turner et Devergie , dans le but de dissoudre le tartre stibié que des matières organiques auraient rendu insoluble ; c’est qu’il n’y a aucun avantage à compliquer ainsi les opérations. Qu’importe, en définitive, que la préparation antimoniale se trouve dans les parties solubles ou insolubles? Il faudra toujours finir par en séparer l’antimoine métallique, et quand on aura celui-ci on pourra le transformer facilement en sulfure d’antimoine : or, le procédé de carbonisation par l’acide azotique que je propose pour atteindre ce but , en agissant sur les matières solides, est tellement simple qu’il devient inutile de recourir à un autre ; il n’est pas d’ailleurs exact de dire , comme l’a établi M. Devergie, que la réduction de l’antimoine dans l’appareil de Marsh , ne permette d’établir aucune évaluation quantitative ; rien n’est aisé comme de peser l’anneau antimonial condensé dans le tube G x (voyez page 382) , ou le sulfure d’antimoine provenant de l’action du gaz acide sulfhydrique sur cet antimoine préalablement dissous dans l’eau régale.
Je ne terminerai pas sans faire connaître les principales conclusions du Mémoire que j’ai lu sur ce sujet à l’Académie royale de médecine, le 10 mars 1840. On voit, disais-je, 1° qu’il est indispensable de recourir à l’extraction de l’antimoine, de la portion d’émétique qui aura été absorbée, lorsqu’on n’a pas trouvé le poison dans le canal digestif ou sur les autres parties sur lesquelles il avait été immédiatement appliqué, ou dans la matière des vomissements ; car en se bornant à rechercher le tartre stibié dans i’estomac et les intestins , on court d’autant plus le risque de ne pas le découvrir, qu’il est très facilement vomi, tandis que l’on pourra obtenir le métal d’une partie au moins de la portion qui aura été absorbée.
2° Qu’un rapport médico-légal devra être déclaré incomplet et insuffisant, par le seul fait que , dans le cas indiqué , on aura omis
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de rechercher le tartre stibié dans les tissus où il peut se trouver, après avoir été absorbé et notamment dans le foie.
3° Que si l’émétique est décomposé par le sang et par les organes dans lesquels il se rend , cette décomposition n’est pas complète , puisqu’en traitant ces organes par l’eau bouillante , on obtient un liquide très sensiblement antimonial ; à la vérité , il ne serait pas impossible que l’acide tartrique seul fût décomposé et que le tartre stibié fût réduit à de l’hypo-antimonite de potasse soluble dans l’eau bouillante.
U° Que l’on peut déceler ce poison en traitant convenablement un des viscères de l’économie animale préalablement desséché , surtout lorsque ce viscère est un organe de sécrétion ; mais qu’il est préférable d’agir à la fois sur plusieurs d’entre eux , afin de se procurer une plus grande quantité d’antimoine métallique et de le reconnaître plus facilement.
5° Qu’il pourrait cependant arriver dans une expertise médico-légale , que l’on ne retirât aucune trace de ce métal en analysant les viscères seuls ou réunis , parce que l’émétique ne séjourne que pendant un certain temps dans ces viscères, et que déjà il aurait pu les abandonner pour se mêler aux liquides des sécrétions ; alors on pourrait obtenir une proportion notable d’antimoine en agissant convenablement sur ces liquides et en particulier sur l’urine.
6° Que s’il est vrai que l’acide arsénieux se comporte à cet égard comme l’émétique , c’est-à-dire qu’il s’échappe d’abord du sang , puis des viscères pour se mêler aux liquides sécrétés , cet effet n’a pourtant pas lieu, ni à beaucoup près, aussi rapidement que pour le tartre stibié et que dès lors cela explique pourquoi on retrouve souvent dans le sang et surtout dans les viscères, une portion de l’arsenic absorbé, lors même que l’urine en contient déjà , et plusieurs jours apres l’introduction du poison dans l’économie animale.
7° Que l’extraction de l’antimoine métallique des viscères ou de l’urine des cadavres d’individus qui n’avaient pas été soumis à l’usage médicamenteux d’une préparation stibiée , prouve d’une manière incontestable qu’il y a eu empoisonnement , à moins que cette préparation ne soit arrivée dans les organes par suite d’une imbibition cadavérique, puisque ni les viscères, ni burine de ces individus traités de la même manière , ne fournissent aucune trace d’antimoine.
Emétique dans un cas d'exhumation juridique. — Le 29 mars 1826, on mit dans un bocal à large ouverture qu’on laissa exposé à l’air, 12 grammes de tartre stibié dissous dans deux litres d’eau , le quart d’un foie humain et une portion d’un canal intestinal. Le 9 avril suivant , le mélange était déjà pourri ; la liqueur filtrée se comportait avec de l’acide sulfhydrique , l’acide sulfurique, l’eau de chaux et
la noix de galle , comme une dissolution d’émétique. Le 28 avril , l’acide sulfhydrique et les sulfures 11e précipitaient plus la liqueur, preuve qu’elle ne contenait plus d’émétique , ou bien si elle en renfermait, que la matière animale qui avait été dissoute empêchait ces réactifs d’en démontrer la présence; l’acide sulfurique et la noix de galle y faisaient naître un précipité blanc grisâtre , produit évidemment par l’action de ces réactifs sur la matière animale tenue en dissolution.
En filtrant cette liqueur et en l’évaporant jusqu’à siccité à une douce chaleur, on obtenait un produit qui , étant agité pendant quelques minutes avec de l’eau distillée tiède , fournissait une dissolution qui contenait de l’émétique , puisqu’on pouvait précipiter du sulfure d’antimoine par l’acide sulfhydrique. Le 6 juin de la même année la liqueur 11e renfermait plus d’émétique, car l’acide sulfhydrique n’agissait plus sur elle, lors même qu’on l’avait fait évaporer et qu’on avait traité le produit par l’eau ; mais alors les matières solides, desséchées et calcinées pendant un temps suffisant , fournissaient de l’antimoine métallique.
Le 18 juillet 1826, on a dissous dans 1 litre 1/2 d’eau 30 centigrammes de tartre stibié que l’on place dans un bocal où il y avait environ le tiers d’un canal intestinal. Le 2 août suivant, l’acide sulfhydrique et les sulfures ne troublaient point la liqueur. Les matières solides d’une odeur infecte , desséchées et calcinées pendant un temps suffisant, donnaient de l’antimoine métallique.
Il résulte des faits qui précèdent : 1° que le tartre stibié , mêlé avec des matières animales, se décompose au bout de quelques jours, de manière à ce que l’acide tartrique soit détruit et l’oxyde d’antimoine précipité; 2° qu’il est alors impossible de démontrer sa présence en traitant la liqueur par les réactifs que l’on met ordinairement en usage pour reconnaître les sels antimoniaux ; mais que l’on peut retirer de l’antimoine métallique des matières solides, même au bout de plusieurs mois ; 3° que l’altération dont il s’agit est plutôt le résultat de l’action de l’eau et de l’air sur le sel , que des matières animales; car l’expérience prouve qu’une dissolution de 12 grammes d’émétique dans 1 litre 1|2 d’eau distillée, exposée à l’air, éprouve la même décomposition , et qu’il n’est pas plus possible d’y démontrer la présence du sel antimonial au bout de trente à quarante jours en été , que dans une pareille dissolution à laquelle on aurait ajouté de l’albumine et de la gélatine.
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Tel était l’état de la science relativement à F empoisonnement par l’antimoine, lorsque, le 13 juin 1842, MM. Flandin et Danger ont lu à l’Académie des sciences un Mémoire dont voici les conclusions :
« 1° Il est facile de déceler l’antimoine uni en faibles proportions » aux matières animales : nous sommes arrivés à le recueillir avec la » même précision que l’arsenic.
» 2° Le procédé qui nous a donné les meilleurs résultats est le sui- » vant : désorganiser les matières animales par l’acide sulfurique ; au » moment de la liquéfaction , ajouter de l’azotate de soude ; terminer » la carbonisation et reprendre le charbon desséché par l’eau aiguisée » d’acide tartrique. Le liquide est soumis aux investigations ultérieures » propres à caractériser l’antimoine.
» 3° Dans les cas d’empoisonnement par l’arsenic compliqué par la » présence de l’antimoine , l’appareil que nous avons proposé pour la » recherche de l’arsenic nous a paru simplifier et faciliter les opéra- » lions propres à séparer les deux corps.
» 4° Contrairement à l’arsenic, l’antimoine est facilement éliminé » par les urines. Dans le cas d’empoisonnement par les préparations » antimoniales , c’est dans le fuie que l’on retrouve plus spécialement » l’antimoine. On ne le retrouve pas dans les poumons , non plus que » dans les systèmes nerveux, musculaire et osseux (1).
» 5° Le fait de la localisation des poisons est une donnée précieuse «pour résoudre certaines questions médico-légales, les questions « d’empoisonnements simulés, par exemple.
» 6° Ce fait nous paraît devoir ouvrir une voie nouvelle auxrecher- » ches physiologiques et thérapeutiques. » ( Comptes-rendus des séances de ï Institut , 13 juin 1842.)
A la lecture de ces conclusions je me suis demandé , d’une part , si c’était sérieusement que MM. Flandin et Danger présentaient à l’Académie des sciences, comme faits nouveaux, des idées que j’avais publiées depuis deux ans ; et , d’un autre côté , si la prétendue localisation des poisons, au lieu d’être une donnée précieuse , ne serait pas plutôt un pas rétrograde dont il importait de faire promptement justice. On pourra voir ce que je pense sur ces deux points en lisant la note que j’ai adressée , le 6 juillet 1842 , à la commission de l’Aca-
(1) Je ferai observer à cet égard que dans le corps de leur Mémoire, MM. Flandin et Danger disent, au contraire, avoir trouvé l’antimoine, par exception, il est vrai, dans ces mêmes tissus. J’avais déjà fait voir que les poumons en fournissent quelquefois une très petite proportion. Il importe d’autant plus de signaler cette contradiction qu’elle sutïit à elle seule pour réduire à néant la cinquième conclusion, celle qui est relative à la localisation des poisons.
démie des sciences chargée de faire un rapport sur le Mémoire de MM. Flandin et Danger et dont voici la copie.
Note. J’avais déjà établi dans mon Mémoire sur le tartre stibié, lu à l’Académie royale de médecine , le 10 mars 1840 :
1° Qu’il est aisé de déceler l’antimoine uni en faibles proportions aux matières animales... (3e conclusion , pag. 14G);
2° Qu’on trouve plus spécialement l’antimoine dans le foie , et que les poumons et le cœur en renferment à peine (voy. expérience 3e, pag. 141, et la conclusion 6e, pag. 147).
J’étais tellement convaincu que c’est particulièrement dans le foie que l’on trouve les poisons qui ont été absorbés , que dans mes travaux ultérieurs sur les sels de^om^, de bismuth , à' étain, A1 argent, d’or, de zinc et de mercure , publiés dans les numéros dejuinetdejuilletl842du Journal de chimie médicale, il ne m’est jamais arrivé de les chercher dans les poumons , ni dans le cœur, ni dans les muscles ; constamment je me suis borné à l’examen du foie , de la rate et de l’urine , et parfois des reins.
3° Que s’il est vrai que l’acide arsénieux s’échappe du sang , puis des viscères, pour se mêler aux liquides sécrétés, cet effet n’a pourtant pas lieu, ni à beaucoup près , aussi rapidement que pour le tartre stibié (10e conclusion, pag. 147).
Et je disais à cet égard : « Quoi qu’il en soit , il est curieux , sans » que cela puisse surprendre, de voir l’émétique et l’acide arsénieux, » après avoir été abandonnés par le sang et déposés dans les divers » tissus de l’économie animale , rester beaucoup plus long-temps et » en plus forte proportion dans les organes sécréteurs que dans les » autres , avant qu’ils aient été complètement éliminés de ces viscères » pour se mêler aux liquides sécrétés. Mais ce qui me paraît plus im- » portant comme fait physiologique , ainsi que je le démontrerai plus » tard, c’est la différence notable que présentent ces deux poisons, et » que présenteront , je n’en doute pas , plusieurs autres , sous le rap- » port du temps pendant lequel chacun est gardé par nos organes. » (. Ibid ., pag. 149.)
J’avais également prévu le cas où du tartre stibié aurait été administré à une personne empoisonnée par l’acide arsénieux , et où il faudrait séparer l’antimoine de l’arsenic, sous forme de taches ou d’anneau, d’un composé de ces deux métaux; et dès l’année 1840, j’avais indiqué dans mes écrits et dans mes cours les moyens de procéder à cette analyse. [Almanach général de médecine, année 1841, pag. 16; et Cours fait à la Faculté dans l’hiver de 1841 à 1842. Voy. aussi les pages 398 et 480 de cet ouvrage.)
Si MM. Flandin et Danger s’étaient bornés à rappeler ces données,
DES POISONS IRRITANTS
je me garderais bien de dérober quelques instants à la commission pour l’occuper d’une question de priorité ; mais il n’en est pas ainsi : ces messieurs pensent pouvoir appliquer à la médecine légale le fait qu’ils désignent sous le nom de localisation des poisons, et ils citent notamment la question des empoisonnements simulés. Persuadé qu’il serait dangereux d’adopter cette proposition , je demande à la commission la permission de lui adresser quelques réflexions qui ne seront peut-être pas sans intérêt.
La localisation des poisons, telle que la conçoivent MM. Flandin et Danger, apporte à la théorie de l’absorption , si bien établie par les travaux de MM. Magendie , Fodera , etc. , une modification notable; en effet , d’après ces physiologistes , l’absorption est un phénomène purement physique , et les poisons introduits dans l’estomac sont portés par le mouvement circulatoire dans tous les organes, sans qu’il y ait lieu d’admettre une action quelconque de la part de ces organes sur les poisons, tandis que MM. Flandin et Danger supposent que les substances vénéneuses agissent sur les éléments de ces mêmes organes , à raison de la constitution de ceux-ci et de la vitalité des sujets. Cette hypothèse a été évidemment imaginée pour expliquer ce fait , savoir que l’on retire beaucoup plus d’antimoine du foie que des autres tissus , dans lesquels on n’en trouve même pas du tout dans beaucoup de circonstances ; mais il est aisé de démontrer que ces phénomènes peuvent s’expliquer autrement et sans porter atteinte à la théorie généralement admise de l’absorption.
Le foie en effet reçoit le premier, à l’aide des vaisseaux qui forment la veine porte, la presque totalité de la substance toxique; ce viscère, d’ailleurs très vasculaire, est un organe de sécrétion , et dans lequel le sang circule lentement; cela étant, on conçoit déjà pourquoi on trouve une plus grande quantité de substance vénéneuse dans ce viscère que dans ceux que le sang traverse rapidement , tels que les poumons, et pourquoi elle y reste plus long-temps. J’ajouterai qu’en général le sang ne tarde pas à se dépouiller, par la voie des reins, des poisons qu’il avait charriés, et qu’il ne serait pas impossible qu’à l’instar de ces derniers organes , le foie fût aussi un centre d’élimination. Toujours est-il que , d’après cette manière de voir, ce ne serait pas en vertu d’une action, en quelque sorte élective, de la part des organes que se ferait le dépôt de la substance vénéneuse , mais bien par suite de la constitution anatomique de ces organes , dont les uns à la fois très vasculaires et d’élimination retiendraient plus long-temps les poisons que d’autres qui seraient dans des conditions contraires. Tel est le développement que je crois devoir donner aux idées déjà émises par moi , lorsque j’ai tant insisté sur l’énorme proportion d’an-
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timoiiie , d’arsenic , etc. , que l’on décèle dans le foie et dans les reins , comparativement à celle que l’on découvre dans les autres viscères, dans le tissu musculaire, etc.
Quoiqu’il en soit de ces hypothèses, ce qu’il importe d’établir, c’est le danger qu'il y aurait à les appliquer à la solution de la question des empoisonnements simulés. En soulevant, le premier, celte question , je disais que les substances vénéneuses introduites dans le canal digestif après la mort se transportent à la longue, par l’effet d’une imbibition cadavérique , dans les organes éloignés du point où elles avaient été placées, et j’indiquais les moyens de distinguer si leur application avait eu lieu pendant la vie ou après la mort. ( Mémoire sur l'empoisonnement par les sels de cuivre , p. 185.)
MM. Flandin et Danger partant de ce point que , lorsque l’empoisonnement a eu lieu , les poisons peuvent être décélés dans le foie et non dans les poumons , les muscles , etc. , tandis que si les poisons ont été injectés dans le canal digestif après la mort, on les découvre dans tous les organes au bout d’un certain temps, croient sans doute possible de trancher la question , et de décider qu’il y a simulation toutes les fois que l’on découvrira la substance vénéneuse dans un organe où, suivant eux, elle 11e se trouve pas quand le poison a été pris pendant la vie. Si telle est l’application qu’ils entendent faire, il est aisé de la combattre par le seul fait de la possibilité , qui résulte de leurs expériences mêmes, de constater quelquefois et par exception la présence d’un poison dans tels organes qui n’en renferment pas habituellement, si le poison a été donné pendant la vie. Ainsi admettons que dans une espèce les poumons renferment une petite quantité d’antimoine ; dira-t-on que l’empoisonnement est simulé parce qu’on n’aurait pas retiré ce métal des poumons, s’il y avait réellement eu empoisonnement? On se tromperait étrangement dès qu’il résulte de mes expériences et de celles de MM. Flandin et Danger que dans certains cas d’intoxication par l’antimoine on a retiré de ces organes une quantité quelconque de ce métal.
L’expérience prouve d’ailleurs que les poisons, même dissous, n’arrivent dans beaucoup de nos tissus et notamment dans les poumons, par l’effet de l’imbibition, que long temps après la mort , ce qui réduirait considérablement le nombre des applications possibles , en supposant qu’elles fussent fondées.
Je ne terminerai pas cette note sans appeler l’attention de la commission sur l’élimination plus ou moins facile de l’arsenic et de l’antimoine par l’urine. On se tromperait si l’on croyait que l’antimoine est toujours assez promptement expulsé par cette voie pour que l’urine n’en contienne plus quelques heures après l’intoxication , car j’ai encore
DES POISONS IRRITANTS
pu constater au bout de six jours la présence de ce métal dans l’urine de quelques chiens que j’avais empoisonnés avec 10 centigrammes de tartre slibié appliqué sur la cuisse. (Expériences 141e et 142e du Mémoire sur le traitement de i* empoisonnement , page 71.)
On se tromperait également , si l’on pensait que dans l’empoisonnement par l’acide arsénieux l’urine tarde long-temps à charrier de l’arsenic, car l’expérience démontre que l’on y a quelquefois trouvé ce métal une heure après l’intoxication. Ce n’est donc pas en ayant égard s alement au moment où l’urine commence à fournir des traces d’arsenic ou d’antimoine que l’on pourra juger de la plus ou moins grande facilité d’élimination, mais bien en appréciant la quantité de métal expulsé avec i’hrine dans un temps donné, ainsi que la durée de l’excrétion arsenicale ou antimoniale.
MM. Fiaiidin ët Danger attribuent surtout la différence dont je m’occupe à ce que, dans l’empoisonnement aigu déterminé par l’acide arsénieux, les animaux n’urinent pas. C’est une erreur grave insérée dans leur Mémoire sur l’arsenic, et contre laquelle je n’ai cessé de m’élever. Je joins ici les résultats de nombreuses recherches qui ne laisseront aucun doute à cet égard. (Mémoire sur le traitement de V eihpoiSonïièment . ) J’adresse également à la commission un résumé des investigations récentes et encore inédites, auxquelles s’est livré M. DeLfond, professeur à l’école d’Alfort, pour éclairer cette question; et qui prouve, entre autres faits, qu’un cheval qui avait pris 30 grammes d’acide arsénieux, et qui vécut quarante-trois heures et demie, rendit 3 litres 45 centilitres d’urine arsenicale, quoiqu’on ne lui eût administré aucune boisson. Sans doute la sécrétion urinaire est ralentie et moins considérable dans les cas d’intoxication arsenicale ; mais elle est loin d’être suspendue, comme l’ont dit MM. Flandin et Danger.
Paris, le 5 juillet 1842.