DU SUBLIMÉ CO B B OS J K
donne l’albumine; il n’y a aucun inconvénient à agir ainsi, et il n’est pas impossible qu’on retire quelques avantages de son emploi.
Gluten. — Guidé par les expériences que j’avais faites sur l’albumine , M. Tadclei a proposé de remplacer cette substance par le gluten. (Voyez Recherches chimiques et médicales sur un nouvel antidote contre le sublimé corrosif , par J. Taddei. Paris, 1822.) On fait une pâte liquide en triturant dans un mortier cinq ou six parties de gluten frais avec dix parties de dissolution de savon de potasse (savon mou), et à défaut de celui-ci, de savon dur; quand on n’aperçoit plus de gluten , on expose l’émulsion à la chaleur de l’étuve sur des assiettes : dès qu’elle est sèche, on la détache, on la réduit en poudre et on l’enferme dans des carafes de verre. Lorsqu’on veut s’en servir, on la jette dans une tasse contenant de l’eau à la température ordinaire ; on la remue avec une cuiller et on en fait avaler.
Voici les faits qui, d’après 31. Taddei, établissent la supériorité du gluten sur l’albumine: 1° il en faut beaucoup moins pour décomposer la même quantité de sublimé corrosif ; 2° l’albumine exige un certain temps pour être délayée dans l’eau , et dans le traitement d’un empoisonnement il faut agir promptement; 3° le blanc d’œuf ne peut exercer qu’une action faible sur le bi-oxyde de mercure , sur les sous-sulfates, et le sous-azotate de mercure, produits insolubles, tandis que le gluten pulvérisé, agissant à la fois physiquement et chimiquement, enveloppe ces poisons, se combine avec eux, et les dénature ; 4° la plus petite quantité de dissolution de sublimé est précipitée en flocons par l’émulsion glutineuse; tandis qu’avec l’albumine, on n’obtient qu’un liquide laiteux qui ne précipite qu’au bout de quelques heures , et même alors l’albumine retient une partie du précipité en dissolution.
Je suis loin de vouloir contester le mérite de l’émulsion glutineuse proposée par 31. Taddei; je reconnais qu’elle doit être d’une grande utilité dans l’empoisonnement par le sublimé corrosif : toutefois, je pense que T albumine lui sera souvent préférée , parce qu’elle est à la portée de tout le monde, et que son emploi facile est suivi de succès toutes les fois qu’on l’administre à temps.
Charbon. — 31. Bertrand, médecin au Pont-de-Ghâteau , a publié en 1813 des expériences qui l’ont porté h croire que le charbon de bois pourrait arrêter l’action délétère du sublimé corrosif.
Voici comment l’auteur s’exprime lui-même.
Expérience xwiT. — Le 2 février 1811, à dix heures du matin, je donnai à un chien âgé de six mois, qui avait reslomac vide, 30 centigrammes de sublimé corrosif et 40 de poudre de charbon de bois mêlés ensemble dans une portion de bovau de volaille lié à ses deux extré- 1. ’ 35
DES POISONS IRRITANTS
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mités. Cet animal n’en fut nullement incommodé. Le soir, il mangea la soupe avec appétit ainsi que les jours suivants.
Expérience xxviii6. — Le 2Zi du même mois , à dix heures dix minutes du matin , le même chien prit encore 30 centigrammes de sublimé dans du beurre. Un quart d’heure après, il éprouva des efforts très violents qui amenèrent bientôt des vomissements glaireux répétés et de plus en plus sanguinolents. Il était dans un état d’agitation vraiment douloureux, tenait sa tête toujours baissée, l’appuyait même quelquefois sur le sol comme pour la soutenir, et avait un resserrement tétanique des mâchoires. A une heure moins vingt minutes, je lui fis avaler de l’eau de charbon tiède et miellée, en la dirigeant avec l’une et l’autre commissure des lèvres dont je formais une espèce d’entonnoir. Les efforts de vomissements et les vomissements sanguinolents devinrent un peu moins violents et moins répétés. A une heure quarante minutes, je donnai une autre prise de decoclum de poudre de charbon qui , cette fois, fut rendu plus épais, parce que l’animal, dont les mâchoires n’étaient plus serrées, pouvait l’avaler plus facilement dans cet état, et dès lors les vomissements cessèrent entièrement. A deux heures et demie, le chien paraissait encore triste , mais tranquille ; ii refusa de manger de la viande, et empêcha les autres chiens de s’en approcher par des attaques vigoureuses. A cinq heures, il eut quelques épreintes , et commença à prendre un peu de nourriture. Dès le lendemain, toutes les fonctions s’exécutaient comme dans l’état naturel.
Expérience xxixe. — Le 6 février 1813, à huit heures du matin, je pris à jeun 20 centigrammes de sublimé corrosif dans une tasse d’un fort decoctum de poudre de charbon de bois, sucré et aromatisé avec l’eau de fleurs d’oranger. A huit heures vingt minutes, je ressentis une petite douleur comme oppressive à la région précordiale , avec un peu de chaleur à l’estomac ; j’éprouvai pendant une heure une très légère sensation de soif que je ne cherchai point à satisfaire. A dix heures, ne ressentant pas la moindre douleur, je déjeunai avec appétit, et je n’en fus nullement incommodé (1).
Je me suis empressé de répéter les expériences que 31. Bertrand a faites sur les chiens , en les multipliant et en les variant autant que je l’ai jugé nécessaire , et j’ai obtenu des résultats qui me permettent d’affirmer que ni le charbon ni Veau de charbon ne sont des contrepoisons du sublimé corrosif.
Avant d’exposer les faits au moyen desquels je combats l’assertion de M. Bertrand, il est utile de rappeler, 1° que j’ai établi d’après une multitude d’expériences , que les recherches faites sur les contre-poisons ne sauraient avoir de valeur qu’autant qu’on a lié l’oesophage aux animaux auxquels on a fait avaler le poison ; 2°qu’on ne doit considérer
(l) Journal général de Médecine , décembre 1813; et .Annules de Clinique de Montpellier, novembre de la même année,
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comme contre-poisons des substances irritantes que les matières qui agissent assez efficacement sur elles pour les empêcher d’enflammer ou de détruire les tissus avec lesquels on les met en contact. (Yoy. p. 18.) Or, le charbon donné à forte dose 11e s’oppose en aucune manière aux effets corrosifs du sublimé lorsqu’on empêche le vomissement; il en est de même dans presque tous les cas où l’oesophage n’a point été lié.
Expérience xxxc. — On a détaché et. percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien ; on a introduit dans son estomac, à l’aide d’un cornet de papier, 20 centigrammes de sublimé corrosif parfaitement trituré et mêlé dans un mortier d’agate avec 6 grammes de charbon que l’on avait passé au tamis; on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture afin d’empêcher le vomissement. Le lendemain , l’animal n’avait point eu de déjections alvines ; il avait fait quelques efforts pour vomir; il était abattu , et poussait des cris plaintifs de temps en temps. L’abattement augmenta de plus en plus, e.t il mourut à la fin du troisième jour de l’opération. La membrane muqueuse de l’estomac, était peu rouge; mais elle offrait, auprès du pylore , six petits ulcères de forme circulaire et à bords noirs : la tunique musculeuse correspondant aux endroits ulcérés était rouge.
Expérience xxxie. — Un animal de même taille , dont l’œsophage était lié, et auquel on avait fait prendre le composé provenant de l’action de 11 grammes de sublimé corrosif sur de l’albumine, vécut cinq jours et demi , et le canal digestif n’offrit aucune altération après la mort.
Expérience xxxii1'. — A dix heures et demie, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien; on a introduit dans son estomac 30 grammes de charbon passé au tamis et enveloppé dans deux cornets de papier. Immédiatement après , on a fait arriver dans le même viscère ZiO centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 90 grammes d’eau et mêlés avec fi grammes de charbon tamisé : on a lié l’œsophage. Quelques instants après, l’animal s’est considérablement agité; il a éprouvé des souffrances cruelles; il a poussé des cris excessivement plaintifs ; il s’est roulé par terre , et il a expiré à deux heures et demie. L’estomac contenait environ 125 grammes d’un liquide au fond duquel il y avait une très grande quantité de charbon ; la membrane muqueuse de ce viscère , d’un rouge vermeil dans toute son étendue, était évidemment enflammée. En analysant le liquide, on s’assura qu’il renfermait encore du sublimé. Cette expérience prouve évidemment que le charbon , à une très forte dose , 11e décompose point ce poison dans l’estomac.
Expérience xxxiii0. — A midi trente-cinq minutes , on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille ; on a introduit dans son estomac 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans /|5 grammes d’eau distillée; immédiatement après, on a fait arriver dans ce même viscère un litre d’eau que l’on avait fait bouillir pendant une demi-heure sur 60 grammes de charbon , que Ton avait filtrée, *f dans laquelle on avait suspendu 6 grammes de la même substance ; ou a lié
1>ES POISONS IRRITANTS
l'œsophage. Six minutes après , l'animal s’est couché sur le ventre , a commencé à se plaindre , et a fait, à plusieurs reprises, des efforts infructueux de vomissement. A une heure quatorze minutes, il souffrait horriblement , offrait un tremblement général, et continuait à avoir les plus grandes envies de vomir. Vingt minutes après, il a eu une selle composée de matières liquides mêlées d’une petite quantité d’excréments solides ; il faisait des hurlements affreux, et s’efforcait de nouveau à vomir. A six heures du soir il était très abattu. Il est mort dans la nuit. L’œsophage ne présentait aucune altération; la membrane muqueuse de l’estomac, couleur de lie de vin, offrait plusieurs taches noires ayant l’apparence d’escarres, et qui étaient formées par du sang noir décomposé et épanché entre cette tunique et la membrane musculeuse. A l’extérieur, ce viscère était d’un rouge clair. Les intestins étaient un peu enflammés.
Expérience xxxiv'. — A une heure vingt-cinq minutes, on a fait avaler à un petit chien robuste 25 centigrammes de sublimé corrosif parfaitement mêlé avec 2 grammes 20 [centigrammes de charbon finement pulvérisé. Cinq minutes après, l’animal a vomi une petite quantité de matières épaisses, d’un bleu noirâtre : ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans l’espace des vingt premières minutes qui ont suivi immédiatement l’ingestion du poison. A deux heures, il paraissait souffrir, et respirait avec difficulté ; il a eu de nouveau un vomissement bilieux après avoir fait les plus violents efforts. A sept heures du soir, il était couché sur le ventre et dans un grand état d’insensibilité. On a voulu le faire tenir sur ses pattes ; mais les extrémités postérieures étaient tellement faibles , qu’elles ont fléchi tout-à-coup, et il est tombé de suite sur le côté. Il a expiré dans la nuit. La portion de la membrane muqueuse qui avoisine le cardia offrait deux cercles de la grandeur d’un écu de 3 francs, noirs, durs, comme tannés, que le scalpel détachait avec peine; dans le reste de son étendue, elle était d’un rouge vif : les intestins paraissaient être dans l’état naturel.
Expérience xxxve. — ■ A une heure trente-cinq minutes, on a donné à un chien très fort 60 centigrammes de sublimé corrosif trituré avec 5 grammes 5 décigrammes de charbon; au bout de six minutes l’animal a vomi sans efforts des matières alimentaires noircies par le charbon ; ces vomissements s’étaient renouvelés quatre fois à une heure quarantesix minutes; il était; couché sur le ventre et paraissait souffrir un peu. Le lendemain matin il a refusé les aliments et les boissons ; il poussait des cris plaintifs et il a vomi du sang. A dater de ce moment il est tombé dans un abattement remarquable, et il est mort le jour suivant à huit heures du soir, cinquante-cinq heures après l’empoisonnement. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge excessivement foncé dans toute son étendue; elle offrait çà et là des taches noires formées par du sang veineux extravasé sur la tunique musculaire. L’intérieur des intestins grêles était d’un rouge écarlate.
Expérience xxxvi8. — A une heure vingt et une minutes, on a fait avaler à un chien très fort, quoique de moyenne taille , 50 centigrammes
Dl SUBLIME GORBÛSIï’.
de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau disîillée ; cinq minutes après, il a vomi des matières molles, peu abondantes. A une heure trente et une minutes on lui a administré de l’eau contenant beaucoup de charbon en suspension, qu’il n’a point tardé à vomir. A une heure quarante minutes, on lui a fait prendre une nouvelle dose d’eau et de charbon finement pulvérisé : trois minutes après, il a eu des vomissements abondants. Enfin, à une heure cinquante minutes, on l’a forcé de nouveau à avaler du charbon suspendu dans de l’eau , qu’il a rejeté au bout de deux minutes, il n’avait cessé de souffrir depuis le moment de l’ingestion du poison ; il avait poussé des cris plaintifs et s’était roulé plusieurs fois pat terre. On peut évaluer la quantité de charbon ingéré à 15 grammes, et l’eau dans laquelle il était suspendu à 360 grammes. A sept heures du soir il a vomi du sang, et il éprouvait des souffrances cruelles. Le lendemain matin il a refusé les aliments et les boissons, et il est mort à six heures du soir. L’estomac était racorni; l’inflammation de la membrane muqueuse était portée au dernier degré; cette tunique était noire et excessivement dure. Les intestins, rouges dans leur intérieur, étaient évidemment enflammés.
Expérience xxxvii6. — A une heure vingt-cinq minutes, on a fait prendre à un chien de moyenne taille 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau et mêlé avec 4 grammes de charbon : au bout de deux minutes il a vomi une grande quantité de matières noires ; il s'est roulé par terre dans un état de grande agitation, et il a vomi des matières blanches , écumeuses, peu abondantes. A une heure quarante minutes on lui a fait avaler 4 grammes de charbon suspendu dans 16 grammes d’eau , et il ne l’a point rendu ; on lui en a donné autant dix minutes après sans qu’il l’ait vomi. A sept heures du soir il poussait des cris plaintifs et il était couché sur le ventre. Le lendemain il a mangé un peu de pain et il continuait à se plaindre. Le troisième jour il était assez agile; il a mangé et il s’est échappé. Ce chien a-t-il péri? Je crois que non, d’après l’état dans lequel il se trouvait le jour de sa fuite. Mais peuton conclure que , dans cette expérience , le charbon ait empêché les effets meurtriers du sublimé corrosif? Non certes : n’est-il pas probable que l’animal a dû son rétablissement à l’expulsion prompte du poison, qui s’était d’ailleurs en partie combiné avec les matières alimentaires qui étaient contenues en assez grande quantité dans l’estomac?
Je vais maintenant indiquer la marche que le médecin doit suivre dans le traitement de l’empoisonnement par le sublimé corrosif.
Dès les premières apparences des symptômes qui le caractérisent , on fera prendre au malade quelques verres de blanc el de jaune d’œufs, délayés dans l’eau ou d’émulsion glutineuse (voy. expér. 20e etsuiv. ) (1) ;
(l) On évitera de donner un grand excès d’albumine qui, si elle n’était pas vomie, pourrait dissoudre une petite partie du précipité à mesure qu’il sc forme; on sait que ce précipité, ainsi dissous, est vénéneux. (Voy. expér. 10% p. 5 f0.)
DES POISONS IRRITANTS
à défaut de ces substances on donnera de la décoction de graine de lin, déraciné de guimauve, de feuilles de mauve, ou de l’eau de riz, de l’eau sucrée , des bouillons gélatineux , et même de l’eau commune à la température de 25 à 30° : par ce moyen Faction du sublimé se trouvera affaiblie, et l’estomac rempli de liquide. La plénitude de ce viscère déterminera le vomissement, et par conséquent l’expulsion d’une certaine quantité du poison. On continuera à faire boire abondamment tant que le vomissement aura lieu , et jusqu’à ce que les accidents soient considérablement diminués. Si l’individu est tellement organisé qu’il ne puisse pas vomir, on aura recours au moyen proposé par Boerhaave. (Voyez page 16.)
L’observation suivante prouve combien il est avantageux , dans l’empoisonnement qui m’occupe , de gorger les malades de liquides.
Il y a environ cinquante ans que le pharmacien chargé de préparer la dissolution de sublimé corrosif dont on fait usage à l’hospice des Vénériens, par mégarde employa une plus grande quantité de sublimé qu’il n’eu fallait pour obtenir la boisson convenable. Deux cents malades soumis au traitement anlivénérien prirent une portion de ce liquide et furent empoisonnés. Des douleurs déchirantes à l’estomac et dans tout l'abdo* men, des vomissements copieux et un resserrement à la gorge furent les symptômes qui annoncèrent les premières atteintes du poison. Cullerier, chirurgien en chef de cet hospice , instruit de cet événement , eut surle-champ recours aux boissons mucilagineuses ; il ordonna du lait, de la décoction de graine de lin et de l’eau tiède ; il fit prendre à chaque malade environ 7 à 8 litres de liquide dans l’espace de six à sept heures, et au bout de ce temps les accidents étaient presque dissipés : dix ou douze malades seulement ressentirent des douleurs à l’estomac pendant douze ou quinze jours, mais aucun ne mourut. La douleur était d’autant plus vive que l’estomac était plus vide, et elle était presque nulle immédiatement après l’ingestion du liquide. Cullerier ignore quelle dose de sublimé corrosif fut donnée à ces malades; mais il pense que le minimum fut de 10 à 15 centigrammes (1).
(J) l/observation suivante de Sydenham a pour objet un empoisonnement de sublimé guéri par l’eau.
« Duobus abhinc rnensibus quidam in vicinia me rogabal ut servum inviserem , » qui haud modicum mercuni sublimali corrosivi quantilatem degluliverat. Hora » ferè elapsa eral, à quâ venenum hauserat , cùm ad eum accederem , jam que os et » labia valde inlumescebant. J^ehemenler œgrotabal , ardente venlnculi dolore , » caloreque tantum non confeclus. Ego très aquœ tepidce congios (environ » 9 litres de Paris) repelilis hauslibus summâ quâ polui celeritate cl diligentiâ » ebibendos imperavi, atque ut loties nova ingereretur copia, quolies ventriculus » jam ingestarn per vomitum ejecerat : volai eliarn ut eluerentur intestin a aquâ >. iepidâ sine ullo aclditamenio copiosè per sedcm injeclâ , ubi primùm ventris » lormina admonerent venenum jam per inferiora exitum quœrere. Parait miser,
m Sl.ïlLIMK COlUiOSlF.
Les boissons abondantes albumineuses et mucilagineuses doivent être préférées aux divers émétiques pour provoquer ou favoriser le vomissement , lorsqu’on a été empoisonné par le sublimé corrosif ; en effet , ces boissons jouissent du triple avantage de pouvoir être administrées avec promptitude, d’expulser le poison après s’être combiné avec lui et de modérer l’irritation qu’il aurait déjà produite (1).
En employant ces boissons il faut surtout se rappeler que leur efficacité dépend principalement de leur quantité , et que , par conséquent , il faut les administrer lors même que le malade ne se sent aucune envie de boire.
Les huiles et les substances grasses ne sont en général d’ aucune utilité , et doivent être abandonnées, parce qu’elles peuvent s’opposer à l’action des vrais dissolvants.
Le traitement de cet empoisonnement devra être plus actif si les organes du bas-ventre sont phlogosés. Ainsi il n’est pas rare de voir une gastrite , une entérite et même une péritonite , se développer à la suite de cet accident : ce cas , en général fâcheux , exige de la part du médecin une très grande attention. Si l’inflammation n’est qu 'a sa première période , il faut avoir recours aux saignées générales et locales, à l’application, par exemple , de 10, 12, 15 , 20 sangsues sur les régions douloureuses. Si l’individu est fort et vigoureux , il ne faut pas craindre de faire une ou deux saignées au bras , afin de prévenir, autant que possible, les inflammations violentes produites par ce poison. L’emploi des lavements émollients et narcotiques offre dans ce cas des avantages incontestables : on peut les préparer avec la dé-
» jum vilœ a v ictus , et plures etiam aquœ libras quàm prœscripserim , absorpsit. » Amici , qui œgro utpote in casu insolilo , assiderent, ab eo didicerunt, qüas pri- »mum evomuit aquas guslu per quàm acres fuisse , sale scilicet venenalo pleniiii » esaturalas j singulis aulem vicibus rejeclas aliquam sernper acredinis partem » amitlere , doue c tandem nihil prorsus sapèrent, Quœ mox urgebanl lormina , » solâ aquâ injecté i ad rnodum enemalis leniebantur. Hoc lumen nullo rerum ap- » paratu, benedicenle numlne , intrà paucas horas cônvaluit œ'ger , nui quod labia » non statim detumescerent , ore etiam à veneni particule, quce aquam quam evo * » muerai penitiùs infecerant , adhuc exulceralo. Quœ symplomata cliœtà è lacté » solo ad qualriduum adhibitâ mox evanuere, Aquam oleo ( quod hic unàcum » opéré ignari soient perdere ) citque aliis omnibus liquoribus ide'o prœluli , quod » ctim eâ rnagis esurirel, exind'e mugis idonea mihi viderelur clevorandis salinis » hujtts veneni particulis , quam alius quilibel liquor, qui vel crassior essel , vel nparticulis alieni corporis jamdià prœgnanlior. » (Sydenham, Opéra medica , epits. 1 , p. 200. )
(1) Vomiloria tamen non sint forliora ac maligna , sed leniora, et cùm periculum sit in mord , nec sernper operosa médicamenta componere liceal , quœ ad manum sunt vomiloria exliibere donec alia parentur, necessarium est ex aquâ tepidd. ( Sennert, Opéra , t. ni, cap. vu, p. CIO, Lugd., 1670.)
52 DES POISONS J MUTANTS.
coction de racine de guimauve , de graine de lin , et avec du laudanum.
Il est essentiel de ne pas négliger de faire des fomentations émollientes sur toutes les régions de l’abdomen : on ne doit s’en abstenir que dans le cas où la douleur rend insupportable le poids de ces médicaments. Les demi-bains tièdes et même les bains entiers doivent être mis en usage; le malade peut y rester plusieurs heures , pourvu que la température de l’eau soit toujours à peu près la même. Enfin il faut prescrire une diète absolue et des boissons adoucissantes.
Si l’inflammation est déjà parvenue à un certain degré , ou si elle a parcouru ses périodes , il faut renoncer aux saignées , car on aurait à craindre la gangrène : le traitement, dans cette circonstance, doit être le même que celui des gastro-entérites.
Lorsque les accidents seront dissipés, que le malade entrera en convalescence, on le nourrira d’aliments amilacés et de boissons adoucissantes , tels que le lait , les crèmes de riz , de gruau d’avoine , d’orge, la fécule de pommes de terre, les gelées, les panades légères et les bouillons préparés avec des viandes de jeunes animaux.
Si le poison a été pris par un individu déjà malade, il est évident qu’il faudra , dans le traitement, avoir égard à la complication et varier les moyens suivant la nature de l’affection préexistante.
Recherches médico-légales.
Sublimé corrosif solide ( bichlorure de mercure ). — S’il a été obtenu par sublimation et que l’opération ait été conduite lentement , il est sous forme de prismes tétraédriques réguliers, comprimés et déliés. Si la sublimation n’a pas été ménagée, il est en masses blanches, compactes, demi-transparentes sur leurs bords, hémisphériques et concaves; la paroi externe de ces masses est polie et luisante; l’interne est inégale, hérissée de petits cristaux brillants, tellement comprimés, qu’on ne peut en distinguer les faces. Lorsque le sublimé corrosif a été cristallisé en faisant évaporer l’eau dans laquelle il avait été d’abord dissous , il offre des faisceaux aiguillés très distincts qui , suivant Fourcroy, sont des parallélipipèdes obliques ; les auteurs les ont comparés à des barbes de plumes et à des lames de couteaux et de poignards. Quelquefois aussi il cristallise en cubes ou en prismes hexaèdres très réguliers , ou en prismes quadrangulaires , à pans alternativement étroits et larges, terminés par des sommets cunéiformes, et présentant deux plans inclinés. Il a une saveur extrêmement acre et caustique; il occasionne une sensation de stypticité métallique très forte, très désagréable, et un resserrement à la gorge, qui per-
DDO
DU SUBLIME CORROSIF
sistent quelque temps ; son poids spécifique est très considérable : Muschembroeck le faisait monter jusqu’à 8,000; mais, par de nouvelles recherches , on s’est assuré qu’il est de 5,1398 (1).
Si on fait fondre ensemble dans un petit tube de verre de la potasse ^ l’alcool et du sublimé corrosif, mélangés auparavant dans un mortier de verre , on obtient presque aussitôt du mercure métallique volatilisé en globules adhérents aux parois internes du tube ; il se dégage du gaz oxygène et il reste au fond du tube du chlorure de potassium.
Le sublimé corrosif se dissout dans environ onze fois son poids d’eau froide. D’après plusieurs expériences faites par Henry, 100 grammes d’eau distillée à la température ordinaire (de 12 à 16°) peuvent dissoudre 8 grammes 7/10 de sublimé corrosif. L’eau bouillante en dissout beaucoup plus, puisque deux parties suffisent pour en tenir une en dissolution : ce solutnm ainsi chargé cristallise par refroidissement , et fournit des cristaux qu’on a comparés à tort à des pointes d’épées ou de poignards. (Voyez page 552.) Si le sublimé corrosif contient du protochlorure de mercure, la dissolution n’est jamais complète, puisque ce corps est insoluble dans l’eau. La dissolution de bichlorure est transparente , incolore , inodore , d’une saveur styptique, métallique, désagréable; elle rougit le papier et l’infusum de tournesol , et verdit le sirop de violettes.
Dissolution aqueuse concentrée. — Cette dissolution, distillée dans une cornue à laquelle on adapte une allonge et un récipient, donne un liquide qui vient se condenser, et dans lequel on peut démontrer la présence d’une portion du sublimé corrosif volatilisé avec l’eau. Ce fait m’a porté à recommander de ne jamais procéder à l’évaporation d’une dissolution de sublimé corrosif à l’air libre. M. Devergie, en niant qu’il en fût ainsi, a commis une erreur grave, comme le prouvent les expériences suivantes : 1° Qu’à l’aide d’un entonnoir qui plonge jusqu’au fond d’une cornue de verre tubulée on introduise dans ce vase 60 grammes de dissolution concentrée de sublimé corrosif; qu’on adapte un récipient; que l’on chauffe la cornue au bainmarie et de manière à ce que la température ne dépasse pas 80° centigrades; que l’on suspende l’opération lorsque la moitié du liquide environ aura passé dans le récipient, l’on pourra s’assurer que le produit de la distillation contient une quantité notable de sublimé. 2° Oue l’on substitue à la dissolution concentrée une dissolution faite avec 5 centigrammes de sublimé corrosif et 60 grammes d’eau, et quel’on opère de même : le premier tiers du liquide distillé renfermera à peine
I) .1 System of chemUtry by J . Murray , seconde édition, vol. ni, Quicksilver or mercury
DES POISONS IRRITANTS
du sublimé ou n’en renfermera pas du tout ; tandis que ie second tiers en contiendra sensiblement, connue on pourra s’en assurer, soit par l’acide suif hydrique , soit à l’aide d’une lame de cuivre.
La potasse caustique à l’alcool , versée en petite quantité dans une dissolution saturée de sublimé, en précipite du sous-chlorure de mercure d’un jaune rougeâtre. Si, au contraire, on emploie un excès de potasse, le précipité qui se forme est du bi-oxyde de mercure , d’un beau jaune : cet oxyde , lavé et mis sur un filtre jusqu’à ce qu’il soit sec, prend une couleur verte à sa surface, tandis qu’il est jaune dans l’intérieur. Si on le chauffe dans un tube de verre , il se dessèche de plus en plus et devient rouge ; en élevant graduellement la température , il se décompose en oxygène et en mercure métallique qui se volatilise et adhère aux parois du tube. Si cet oxyde est pur, il ne doit y avoir aucun résidu.
L’eau de chaux en petite quantité précipite la dissolution du sublimé corrosif en jaune un peu foncé ; si on augmente la quantité d’alcali, le précipité devient rouge et il est formé de bi-oxyde de mercure retenant un peu de sou s- chlorure ; enfin, par l’addition d’une nouvelle quantité d’eau de chaux , il se transforme en bi-oxyde d’un très beau jaune. Chauffé, il donne de F oxygène et du mercure métallique.
L’ammoniaque précipite 1e sublimé corrosif en blanc ; le précipité est un sel double insoluble ; il ne devient pas ardoisé comme l’avaient annoncé la plupart des auteurs de médecine légale, et il conserve meme sa belle couleur blanche lorsqu'il a été lavé et desséché à la température ordinaire ; chauffé , il jaunit , et passe ensuite au rouge , en donnant du gaz ammoniac, du gaz azote, du protochlorure de mercure (mercure doux) et du mercure métallique.
L’acide suif hydrique et les sulfures précipitent en noir la dissolution de sublimé corrosif ; cependant , si on mettait très peu d’acide ou de sulfure , on obtiendrait un précipité mêlé de gris et de blanc , qui ne deviendrait noir que par F addition d’une plus grande quantité du réactif. Ce précipité noir, composé de soufre et de mercure , peut , suivant les circonstances, offrir une couleur plus ou moins rougeâtre, et il pourrait même être très rouge, ce qui dépend des proportions différentes dans lesquelles le soufre et le mercure sont susceptibles de s’unir. Tous ces sulfures , desséchés et chauffés dans un petit tube avec de la limaille de fer, donnent, dans un espace de temps très court, du mercure qui se volatilise et adhère aux parois du verre, et du sulfure de fer qui reste au fond.
L’azotate d’argent est précipité par la dissolution du sublimé corrosif, et le précipité est formé de chlorure d’argent blanc, caillebotté,
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très lourd, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique même bouillant, soluble dans l’ammoniaque , et noircissant à l’air.
Le cyanure jaune de potassium et de fer donne un précipité blanc qui tourne au jaune au bout de quelque temps et passe ensuite au bleu de Prusse clair : tous ces changements de couleur sont opérés pour l’ordinaire dans l’espace de trente-six heures et dépendent du chlorure de fer contenu dans le sublimé.
Si on met du mercure métallique dans la dissolution de sublimé, surle-champ le mercure se ternit et la liqueur se trouble ; au bout de cinq ou six minutes on voit un précipité grisâtre placé au-dessus de la portion de mercure métallique non attaquée : ce précipité , lavé, desséché et débarrassé de l’excès du métal, n’est que du protochlorure de mercure et la dissolution ne contient plus de sublimé.
Si on plonge une lame de cuivre parfaitement décapée dans la dissolution concentrée de sublimé corrosif, et qu’on la laisse pendant une heure ou deux, on remarque qu’il se dépose au fond du vase une poudre d’un blanc légèrement grisâtre ; la lame de cuivre se recouvre d’un enduit terne qu’on peut facilement enlever avec le doigt , et qui est formé par la même substance; enfin, la liqueur, auparavant incolore, devient verte. Cette poudre blanchâtre , qu’on a dit être du mercure très divisé, est un mélange de protochlorure de mercure (mercure doux), d’un amalgame de mercure de cuivre , et d’un peu de mercure.
Si on prend la lame de cuivre qui a servi à décomposer la dissolution du sublimé corrosif, et dont on a détaché avec le doigt l’enduit terne , on remarque que la couleur de cette lame est presque noire : cependant, par le frottement fait avec un morceau de papier, elle devient blanche, brillante, argentine, phénomène qui dépend de la couche de mercure métallique dont elle est revêtue : si , dans cet état , on l’expose à l’action de la chaleur, le mercure se volatilise , et on la voit prendre la couleur propre au cuivre.
Si , au lieu d’agir ainsi, on porte une goutte de sublimé corrosif dissous sur une lame de cuivre parfaitement décapée, on produit une tache brune qui , par le frottement fait avec l’extrémité du doigt ou un morceau de papier, devient blanche, brillante, argentine. Enfin si , au lieu de frotter cette tache brune, on la laisse sécher sans agitation, on la voit devenir d’un très beau vert, couleur qui est due au chlorure de cuivre qui s’est formé.
Dissolution aqueuse de sublimé corrosif très étendue d’eau. — On recouvre en spirale d’une petite feuille d’étain roulée, une lame d’or ou de cuivre de manière toutefois à ce que l’or ou le cuivre ne soient pas entièrement cachés par l’étain; ces lames doivent être flexibles et
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parfaitement polies; on ajoute une ou deux gouttes d’acide chlorhydrique , et on voit au bout de quelques minutes , d’une demi-heure , ou quelquefois seulement de plusieurs heures, le mercure du sublimé se porter sur l’or ou sur le cuivre et les blanchir; il suffit ensuite d’enlever la lame d’étain , d’essuyer l’or ou îe cuivre entre deux feuilles de papier joseph, de rouler ceux-ci et de les chauffer dans un tube fermé dont on effile l’autre extrémité à la lampe, pour obtenir le mercure et faire reprendre leur couleur aux portions de l’or ou du cuivre qui avaient été blanchies. Mais il importe de savoir que ce petit appareil , imaginé par James Smithson, ne peut servir à déceler des atomes d’une préparation mercurielle, qu autant gu on relire du mercure métallique en chauffant la lame d’or ou de cuivre, et qu’il ne suffit pas, comme l’avait dit Smithson, de voir ces lames blanchir, puis reprendre leur couleur par l’action du feu. En effet , ce petit appareil blanchit lorsqu’on le plonge dans des liqueurs non mercurielles , légèrement acides, ou qui contiennent seulement une petite quantité de sel commun ; c’est alors l’étain qui s’applique sur les lames d’or ou de cuivre et les blanchit, tandis que dans l’autre cas c’était le mercure. Ainsi blanchies par l’étain , les lames d’or ou de cuivre reprennent leur couleur par le feu, parce que l’ étain qui était à la surface pénètre dans l’intérieur des lames ; mais elles ne fournissent point de mercure lorsqu’on les chauffe dans le petit tube dont j’ai parlé. (Voy. moii Mém. dans le Journal de Chimie méd. , t. Ve.) A l’aide de ce petit appareil on peut recueillir des globules mercuriels d’une lame d’or ou de cuivre blanchie par une liqueur contenant à peine du sublimé. Toutefois, pour réussir dans ces sortes de cas, il faut après avoir chauffé le fond du tube où se trouve la lame d’or ou de cuivre, et lorsque le mercure sera entièrement volatilisé, appliquer le feu plus loin dans une autre partie du tube, là où la vapeur mercurielle s’était condensée , afin de faire passer celle-ci dans la partie la plus capillaire du tube. On conçoit , en effet , qu’il doit être plus aisé d’apercevoir un très petit nombre de petits globules mercuriels dans un tube excessivement étroit que dans un tube large. On peut avant de chauffer la la lame d’or la mettre en contact avec de l’acide chlorhydrique pur et concentré. Si cette lame est blanchie par l’étain, ce métal sera promptement dissous par l’acide chlorhydrique et l’or reprendra la couleur jaune, tandis que le mercure ne sera pas attaqué et restera blanc sur la lame d’or ; quelquefois ce ne sera qu’au bout d’une demi-heure ou d’une heure que l’étain aura été complètement dissous. Cette expérience, dont M. Devergie propose le rejet à tort, peut être facilement tentée, elle rend l’existence du mercure probable et elle n’empêche pas l’application de l’action de la chaleur sur la lame , qui peut seule mettre la vérité dans tout son jour.
DU SUBLIMÉ CORROSIF
J'ai voulu savoir jusqu’à quel point cette petite pile pouvait être plus sensible qu’une lame de cuivre parfaitement décapée et qui ne serait pas surtout grasse; à cet effet j’ai dissous 1 centigramme de sublimé dans AOO grammes d’eau distillée et autant dans 800 grammes, c’est-à-dire dans 60,000 et dans 80,000 fois son poids d’eau ; ces liqueurs ont été légèrement acidulées. En agissant comparativement j’ai vu que la lame de cuivre laissée pendant vingt-quatre heures dans la dissolution la moins étendue était assez fortement recouverte de mercure dans toute son étendue , et qu’elle reprenait sa couleur rouge dès qu’on la chauffait; après vingt-quatre heures de contact aussi, l’or de la petite pile placée entre les feuilles d’étain seulement était fortement blanchi par le mercure , qui par cela même qu’il s’était concentré sur une surface moindre que celle de la lame de cuivre , paraissait beaucoup plus évident. La liqueur contenant une partie de sublimé sur 80,000 parties d’eau , avait donné des résultats analogues, quoique moins saillants. D’où il suit que la lame de cuivre est d’une sensibilité excessive, et comme elle n’offre pas quelques uns des inconvénients de la petite pile , on doit la substituer à celle-ci pour déceler des atomes d’un sel mercuriel dissous dans des quantités énormes d’eau. Je dirai à cette occasion qu’en se déposant sur du cuivre, le mercure donne une tache grise qui a besoin d’être frottée pour devenir blanche, brillante, argentine; tandis que la tache serait blanche, comme l’a :i M. Mialhe, si le sel mercuriel était mélangé avec un chlorure soluble. La couleur grise dépend d’une certaine quantité d’oxyde ou de chlorure de cuivre qui altère la couche mercurielle; il suffit de mettre cette lame en contact avec une ou deux gouttes d’am¬
moniaque ou d’acide chlorhydrique pour donner au mercure sa couleur blanche. Je ferai encore observer, d’après M. Mialhe, que tous les sels neutres mercuriels tachent la lame de cuivre en gris.
Quelle que soit la sensibilité de la pile ou de la lame de cuivre , l’expérience démontre qu’elles agissent avec d’autant plus de succès que les dissolutions sont moins étendues; aussi y a-t-il avantage à concentrer ces dissolutions par la chaleur en vases clos , avant de les plonger dans les liquides supposés mercuriels.
En admettant, comme le prétend M. Devergie, que le protochlorure d’étain soit encore plus sensible que la petite pile pour déceler le sublimé dans une dissolution très étendue , il ne faudra jamais lui préférer ce réactif; que signifie, en effet, un léger précipité gris, qui peut se former dans mille autres circonstances, en présence du caractère si probant que fournissent la pile ou la lame de cuivre ?
Si la dissolution de sublimé n’est pas trop étendue, on pourra, après avoir agi sur la liqueur avec la petite pile ou avec, la lame de
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cuivre, extraire le bi-chlorure de mercure, et prouver que le métal obtenu ne provient pas d’un azotate, d’un sulfate de mercure, etc. , mais bien du sublimé. On introduira la dissolution dans un flacon ; on versera par-dessus 8 à 12 grammes d’éther sulfurique ; on bouchera le flacon, et on agitera lentement pendant dix à douze minutes, de manière cependant à ce que l’éther soit en contact avec toutes les parties du liquide. L’éther enlèvera à l’eau une portion , quelquefois considérable, du sublimé, et le liquide se partagera en deux couches lorsqu’on cessera d’agiter ; la couche supérieure sera formée par l’éther tenant le sublimé corrosif en dissolution. On versera le tout dans un entonnoir dont l’ouverture du bec sera fermée avec le doigt indicateur ; après quelques instants, lorsqu’on apercevra dans le corps de l’entonnoir les deux couches dont j’ai parlé, on laissera écouler la couche inférieure ou aqueuse , ce qu’il sera facile d’obtenir en écartant du bec de l’entonnoir une partie du doigt indicateur qui en bouche l’ouverture. A peine cette couche se sera-t-elle écoulée que l’on fermera de nouveau l’ouverture pour empêcher la sortie de la couche éthérée ; alors on recevra celle-ci dans une petite capsule ou dans tout autre vase qui présentera beaucoup de surface ; l’éther se vaporisera et le sublimé restera à l’élat solide ; on le fera dissoudre dans une petite quantité d’eau distillée, et l’on obtiendra une dissolution aqueuse concentrée facile à reconnaître. Si l’agitation des deux liquides était vive et prolongée, et que l’éther employé ne fût pas en assez grande quantité, l’expérience serait manquée, parce que l’éther serait entièrement dissous par l’eau , et l’on n’obtiendrait point les deux couches dont j’ai parlé et sur lesquelles repose tout le succès de l’opération.
J’avais vu qu’à l’aide de ce procédé on pouvait facilement extraire du sublimé corrosif de 5 centigrammes de ce corps dissous dans 3456 parties d’eau distillée. M. Lassaigne a constaté depuis : 1° que 0,500 grammes de sublimé dissous dans 10 grammes d’eau , traité par un égal volume d’éther sulfurique, enlevait à l’eau les sept dixièmes de sublimé ; 2° qu’une liqueur aux quatre millièmes de sublimé ne cédait à l’éther que les trois dixièmes de son poids de sublimé.
Que penser, après de pareils faits , de l’opinion de M. Devergie , qui veut que l’on rejette l’éther pour reconnaître les dissolutions de sublimé étendues d’eau , parce que ce moyen est trop peu sensible ? Il ne me sera pas difficile de montrer que cette manière de voir est insoutenable, il est de précepte en médecine légale qu’il faut autant que possible découvrir le corps du délit ; or, rien n’est si simple que de retirer par l’éther une partie du sublimé en nature de certaines dissolutions aqueuses ou de quelques liquides alimentaires colorés.
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M. Devergie dira-t-il qu’il n’est pas nécessaire d’extraire le sublimé pour affirmer que l’empoisonnement a eu lieu par ce corps, et qu’il suffit de prouver que la liqueur contient du chlore par l’azotate d’argent et du mercure par la lame de cuivre ? Ce serait méconnaître les principes les plus élémentaires de la science; en effet, que l’on fasse dissoudre 5 centigrammes d’azotate de bi-oxyde de mercure et autant de chlorure de sodium dans 60 grammes d’eau distillée, l’azotate d’argent donnera un précipité de chlorure d’argent , et la lame de cuivre décèlera le mercure contenu dans l’azotate acide de bioxyde. Conclura-t-on qu’il y a du sublimé en dissolution ? Ce serait une erreur grave. On voit donc combien il pourra être utile de recourir à l’éther pour déterminer si une matière suspecte renferme du sublimé dans les cas nombreux où une préparation mercurielle aura été dissoute dans de l’eau impure ou dans des liquides colorés contenant des chlorures solubles. Je devais croire que ces réflexions si péremptoires, insérées dans le tome me de ma Médecine légale ( édition de 1836 ), seraient au moins discutées par M. Devergie en 1840, lorsqu’il a publié sa deuxième édition de Médecine légale. Il n’en est pas ainsi; ce médecin ne réfute rien, et persiste dans son erreur.
En résumé , la petite pile et la lame de cuivre sont plus sensibles que l’éther pour établir qu’il existe du mercure dans une dissolution ; mais elles ne peuvent servir ni à faire connaître dans quel état se trouve le métal , ni à extraire le composé mercuriel. L’éther, au contraire , permet de retirer le sublimé corrosif en nature et d’en constater tous les caractères. ïl devra donc être préféré à la petite pile ou à la lame de cuivre, toutes les fois que les dissolutions seront étendues à un degré tel qu’il puisse leur enlever une portion quelconque de sublimé.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que si les liqueurs contiennent fort peu de bi-chlorure de mercure, on devra, avant de les traiter par l’éther, les rapprocher en les distillant en vases clos et au bain-marie , pour agir ensuite sur le liquide restant dans la cornue , et qui aura été réduit à la moitié ou au tiers de son volume ; on devra également opérer sur le liquide qui aura passé dans le récipient.
Dissolution alcoolique concentrée. — Elle se comporte avec les réactifs comme la dissolution aqueuse concentrée (voy. page 553 ) ; mais elle exhale une odeur d’alcool.
Dissolution alcoolique étendue. — Elle peut être tellement affaiblie que l’odeur de l’alcool soit inappréciable ; mais on constatera la présence d’un composé mercuriel au moyen de la lame de cuivre. Si elle n’est pas trop étendue, on emploiera l’éther, qui jouit également de la propriété d’enlever le sublimé à la dissolution alcoolique. La liqueur de
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Von Swieten que l’on prépare le plus ordinairement aujourd’hui en dissolvant 5 centigrammes de sublimé dans 60 grammes d’eau, sera également reconnue comme je viens de le dire. Il en serait de même si elle avait été faite avec l’alcool; dans ce cas seulement, on aurait un caractère de plus , l’odeur alcoolique du liquide.
Dissolution éthérée. — Il suffit d’exposer cette liqueur à l’air pour que l’éther s’évapore ; 3e sublimé reste à l’état solide.
Sublimé corrosif mélangé à des liquides alimentaires , à la matière des vomissements ou ci celle que l'on trouve dans le canal digestif , ou bien combiné avec quelques uns de nos tissus. — Les eaux distillées de certaines plantes, les extraits, les huiles, les sirops, les mellitum , les gommes, etc. , précipitent la dissolution du sublimé corrosif au bout d’un temps variable. Le thé en dépose instantanément des flocons d’un jaune grisâtre. L’eau très chargée de sucre ne commence à se troubler qu’au bout de quelques jours, et l’alcool après trois ou quatre mois; les précipités obtenus fournissent tous du mercure métallique quand , après les avoir desséchés, on les chauffe avec de la potasse. Si l’on dissout dans 200 grammes de vin rouge 60 centigrammes de sublimé, il n’y a aucun trouble; quand on ajoute au vin une plus grande quantité de sublimé , il se forme un dépôt violacé. Le lait n’est point précipité par une petite quantité de dissolution concentrée de sublimé ; il se forme au contraire un coagulum blanc très lourd , soluble dans un excès de lait, si la proportion de sublimé est considérable. Le bouillon ordinaire filtré se trouble légèrement sans donner de précipité lorsqu’on y verse une petite quantité de sublimé corrosif dissous; si le sublimé est employé en plus forte proportion , il se dépose sur-le-champ des flocons blancs très lourds. Quand on mêle à froid deux dissolutions concentrées de gélatine et de sublimé , il se précipite une matière blanche , collante et comme gélatineuse , qui se dissout dès qu’on chauffe la liqueur. L’osmazome est précipité en jaune rougeâtre par le sublimé. Le sucre de lait et la matière résineuse de la bile ne sont point troublés. Le picromel fournit à la longue un précipité blanchâtre , collant et peu abondant, La fibrine et la chair musculaire donnent presque instantanément naissance à un précipité blanc , et la matière animale devient friable. La bile fournit en général un précipité jaune rougeâtre assez abondant.
Les divers précipités obtenus comme il vient d’être dit, donnent tous du mercure métallique , quand après les avoir désséchés on les chauffe tantôt seuls, tantôt avec de la potasse. Les liqueurs qui les surnagent retiennent le plus ordinairement des proportions variables de sublimé; mais les réactifs propres à déceler ce sel sont loin
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d’agir tous comme ils le feraient dans une dissolution aqueuse pure; le plus souvent , au contraire , ils donnent lieu à des précipités de couleur tout-à-fait différente de celle que l’on obtient avec le sublimé sans mélange ; d’où il suit que l’on ne doit pas recourir à ce mode d’expérimentation, quand on veut déterminer s’il existe ou non du sublimé dans une de ces liqueurs végétales ou animales.
L’albumine. — Si on verse beaucoup de sublimé corrosif dans de l’albumine (blanc d’œuf filtré), il se forme un précipité blanc floconneux qui se ramasse sur-le-champ , et qui après avoir été bien lavé se dissout lentement et en petite quantité dans l’albumine. Si on n’emploie qu’une très petite quantité de sublimé, la liqueur se trouble, devient laiteuse et ne précipite qu’au bout de quelques heures ; si on filtre , on obtient le précipité blanc dont j’ai parlé et un liquide limpide composé d’albumine tenant en dissolution une portion de ce même précipité. Lorsqu’on emploie moins d’albumine que dans ce dernier cas , le liquide filtré en renferme en même temps qu’il contient une portion du précipité blanc et une certaine quantité de sublimé corrosif. L’existence simultanée de l’albumine et du bichlorure de mercure dans ce liquide , signalée d’abord par moi , a été vérifiée plusieurs années après par M. Lassaigne dans l’estomac d’un cheval empoisonné par le sublimé.
Le jaune d’œufe nlève mieux encore que l’albumine le sublimé corrosif à la dissolution aqueuse. Que l’on verse comparativement dans 70 grammes d’eau tenant 5 centigrammes de bichlorure de mercure en dissolution un blanc ou un jaune d’œuf; que l’on agite pendant un quart d’heure avec une baguette ces deux liqueurs , qu’on les filtre , la liqueur contenant de l’albumine renfermera plus de sublimé libre que celle qui aura été mélangée avec le jaune d’œuf, comme on pourra s’en assurer par l’acide sulfhydrique ou par la lame de cuivre : je suis d’accord sur ce point avec M. Devergie.
Le gluten agit avec beaucoup d’énergie sur le sublimé. Suivant le professeur Taddei , une dissolution de ce sel mêlée avec quatre fois son poids de gluten ne renferme plus de mercure au bout de peu de temps.
Le sang , les membranes muqueuses et séreuses, les tissus musculaire et fibreux, le cerveau, le foie, la rate, etc. , exercent une action analogue sur le sublimé, c’est-à-dire que les dissolutions de ce sel mises en contact avec ces matières organiques , abandonnent une portion plus ou moins considérable de bichlorure de mercure, et l’on peut retirer du mercure de ces matières animales en les traitant convenablement.
Que se passe-t-il dans ces diverses réactions ; le sublimé corrosif I. 36
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se combine-t-il avec les substances végétales et animales dont j’ai parlé, ou bien est-il ramené à l'état de proto chlorure qui tantôt se précipite seul , tantôt se combine avec la matière organique avec laquelle il forme un composé insoluble ? ■ — Berthollet , Taddei, Boulay , etc. , ont admis qu’il se déposait du protochlorure de mercure lorsque le sublimé dissous était mis en contact avec de la fibrine , du gluten et des extraits végétaux. J’ai cru pendant long-temps que le précipité que forme l’albumine avec ce sel était composé de protochlorure de mercure et de matière organique. Mon opinion, partagée par beaucoup de chimistes, a été combattue par d’autres qui n’avaient pourtant fait valoir aucune preuve concluante en faveur de leurs assertions. Tel était l’état de la science , lorsque M. Lassaigne , dans un travail riche de faits, établit que le précipité dont il s’agit est véritablement formé d’albumine et de sublimé corrosif , et qu’à l’état sec il contient environ 5 pour 100 de ce dernier corps. Quant aux composés que forme le sublimé avec les tissus animaux , M. Lassaigne ne s’en est pas occupé ; en sorte que si l’on a admis qu’il en était de même de ces composés que du précipité albumineux mercuriel, c’est uniquement par analogie. Je ferai voir bientôt qu’il m’a été impossible en agissant sur l’estomac parfaitement lavé d’un animal empoisonné par le sublimé corrosif, d’en retirer du bichlorure de mercure par le procédé de M. Lassaigne , quoique ce viscère contînt un composé mercuriel dont il était aisé de démontrer la présence par l’une des méthodes que je décrirai par la suite. Ces divers faits seront mis hors de doute par les expériences suivantes :
Expérience Ce. — ■ On délaie trois ou quatre blancs d’œufs dans 250 grammes d’eau ; on filtre, et l’on ajoute à la liqueur filtrée 1 gramme de sublimé corrosif dissous dans de l’eau distillée ; on lave le précipité pendant plusieurs jours, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne soient plus colorées par un courant de gaz acide sulfhydrique. On agite à froid pendant un quart d’heure le précipité , encore gélatineux et très humide, avec une dissolution aqueuse saturée de chlorure de sodium, que l’on ajoute par parties, et qui dissout le précipité. Cette dissolution ne serait pas complète si le précipité , au lieu d’être gélatineux , avait été laissé sur le filtre jusqu’à ce’qu’il fût à peu près sec. Pendant la dissolution , la liqueur mousse en raison de l’albumine qu’elle renferme. On la filtre et on l’agite pendant huit à dix minutes , assez fortement , dans un tube de verre , avec son volume d’éther sulfurique ; il se forme deux couches : la supérieure contient la majeure partie de l’éther, une certaine quantité de bichlorure de mercure , du chlorure de sodium, et d’abondants flocons d’albumine qui nagent dans toute son étendue. On sépare ces deux couches l’une de l’autre, à l’aide d’un entonnoir et du doigt; on filtre la couche supérieure, afin de la débarrasser des flocons albumineux , et l’on
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évapore à une douce chaleur la liqueur limpide et incolore filtrée. Le produit, fort peu abondant, contient du chlorure de sodium et du sublimé corrosif. On peut en effet reconnaître celui-ci, avec la potasse, l’acide sulfliydrique , la lame de cuivre , etc.
Expérience 11e. — J’ai voulu savoir si en traitant de même l’estomac d’un animal qui était mort empoisonné par le sublimé corrosif j’obtiendrais du biclilorure de mercure. Ce viscère avait été lavé avec de l’eau distillée pendant plusieurs jours, et ne cédait plus rien à ce liquide. Le chlorure de sodium n’a pas enlevé la moindre trace de sublimé; pourtant lestomac contenait un composé mercuriel, puisque j’ai pu en retirer du mercure. C’est M. Lassaigne lui-même qui a eu l’obligeance de faiie l’opération.
Expérience me. — J’ai empoisonné un chien avec 6 décigrammes de sublimé corrosif dissous dans 300 grammes d’eau distillée. L’œsophage et la verge ont été liés. Dix heures après l’animal n’étant pas mort, je l’ai tué et je l’ai ouvert à l’instant même. La vessie contenait lx 5 grammes cV urine un peu trouble ; je l’ai mêlée avec quelques gouttes d’acide chlorhydrique, et je l’ai fait évaporer jusqu’à ce que le liquide fût réduit au tiers de son volume, puis je l’ai fait traverser par un courant de chlore gazeux, bien lavé : il s’est formé des flocons blanchâtres, assez abondants. J’ai filtré et fait évaporer le liquide à une douce chaleur. A mesure que l’évaporation avait lieu, ce liquide se colorait en brun; au moment où il était déjà d’un brun très foncé , je l’ai fait traverser de nouveau par un courant de chlore , ce qui a déterminé la formation de nouveaux flocons blanchâtres. J’ai filtré de nouveau et fait évaporer la dissolution jusqu’à siccité , à une douce chaleur : le produit a été délayé dans de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique et mis en contact avec une petite pile d’or et d’étain. Au bout de quarante-huit heures, la lame d’or était couverte çà et là d’un enduit blanc et terne; je l’ai lavée avec de l’eau distillée, et il a suffi de la laisser pendant quelques minutes dans de l’acide chlorhydrique concentré pour faire disparaître cet enduit, qui n’était par conséquent pas formé par du mercure.
Le foie et la rate , séparés immédiatement après la mort et coupés par petits morceaux, ont été dissous à une douce chaleur dans l’acide chlorhydrique concentré. Au bout de vingt minutes la dissolution était à peu près opérée , et la liqueur offrait une couleur bistre foncé. Dès qu’elle a été refroidie, je l’ai fait traverser pendant deux heures par un courant de chlore gazeux bien lavé : la matière s’est troublée et est devepue d’un vert noirâtre. Le lendemain, il s’était déposé un précipité assez abondant de même couleur. J’ai ajouté de l’eau distillée, et j’ai filtré : la liqueur, parfaitement transparente, était d’un brun rougeâtre; j’y ai fait passer un second courant de chlore gazeux pendant une heure et demie ; alors il s’est déposé des flocons blancs très abondants. La liqueur, excessivement trouble, a été filtrée de nouveau ; elle était d’un jaune foncé. On l’a concentrée à l’aide d’une douce chaleur ; mais bientôt après, voyant qu’elle se colorait en rouge, puis en brun, j’ai pensé qu’il était nécessaire de la
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traiter de nouveau par le chlore gazeux. Dès qu’elle a été réduite au quart de son volume, je l’ai soumise pendant une heure et demie à l’action de ce gaz, qui a encore déterminé la formation d’un assez grand nombre de flocons d’un blanc jaunâtre ; j’ai ültré et obtenu un liquide d’un jaune assez clair, que j’ai rapproché par l’évaporation à une douce chaleur ; mais il n’a pas tardé à se colorer en rouge brun , ce qui m’a déterminé à la soumettre pour la quatrième fois, et pendant une heure et demie, à l’action du chlore gazeux, qui l’a encore troublée; j’ai filtré et concentré le liquide, à l’aide d’un douce chaleur, jusqu’à ce qu’il fût réduit à 12 grammes environ : il était alors d’un brun noirâtre et légèrement acide. Je l’ai étendu d’eau et je l’ai mis en contact avec une petite pile d’or et d’étain. Trois jours après, j’ai retiré ce petit appareil, et après l’avoir bien lavé et essuyé, j’ai vu que, surtout dans les intervalles qui séparaient les portions d’étain, il était taché en gris bleuâtre. J’ai chauffé le tout dans un tube de verre effilé, et disposé de manière à ce que le mercure qui pourrait se volatiliser vînt blanchir une lame d’or que j’avais préalablement introduite dans l’appareil. L’or de la pile a repris sa couleur jaune , mais je nai obtenu aucune trace de globules mercuriels, et la lame d’or n’a pas été blanchie.
Expérience ive. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun 2 grammes de sublimé corrosif dissous dans 210 gratnmes d’eau distillée. L’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort au bout de dix heures , et a été aussitôt ouvert. La vessie était vide. V estomac contenait des aliments solides et liquides , de couleur grisâtre; j’en ai acidulé une partie par l’acide chlorhydrique, et j’y ai plongé une lame de cuivre parfaitement décapée. Au bout de quelques minutes, ce métal était recouvert d’une couche de mercure métallique , qui apparaissait blanc et brillant dès que l’on frottait la lame avec du papier joseph , après l’avoir lavée avec de l’eau et l’avoir bien essuyée. L’autre portion du mélange alimentaire, grisâtre et un peu épais, a été filtrée : le liquide ne se colorait ni ne se troublait par la potasse ni par l’acide sulfhydrique. L ‘‘estomac de cet animal , lavé pendant plusieurs jours avec de l’eau distillée froide, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne fussent aucunement affectées par le gaz sulfhydrique , a été coupé en petits morceaux et traité à une douce chaleur dans une capsule de porcelaine par un mélange de trois parties d’acide chlorhydrique et d’une partie d’acide azotique concentrés. Quelques minutes après, le viscère était dissous; il s’était formé de la mousse blanche et il se dégageait du gaz bi-oxyde d’azote. Au bout d’une heure et demie il ne restait guère que 120 grammes d’un liquide jaunâtre, au milieu duquel nageaient des flocons blanchâtres, semblables à ceux qui, dans la première expérience, avaient été produits par le chlore. Dès que celte liqueur a été refroidie, on l’a fait traverser pendant deux heures par un courant de chlore gazeux bien lavé ; celui-ci a à peine précipité quelques nouveaux flocons. On a laissé réagir le chlore excédant jusqu’au lendemain , et on a filtré : la liqueur était limpide , et d’un jaune excessivement clair; on l’a évaporée au bain-marie, presque jusqu’à siccité,
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et on y a ajouté ÛO grammes d’eau distillée ; le mélange était jaune , un peu trouble , et très légèrement acide. On en a mis une faible portion en contact avec une lame de cuivre, qui n’a pas tardé à être ternie par du mercure métallique, que l’on a obtenu sous forme de globules , en chauffant la lame de cuivre dans un tube effilé à la lampe. L’autre portion, filtrée, a été évaporée de nouveau au bain-marie, pour la concentrer jusqu’à réduction au tiers de son volume. Dans cet état, et après avoir été refroidie, elle a été agitée avec de l’éther sulfurique froid. Dès que les deux couches ont été formées, on a évaporé la couche éthérée, rm exposant la capsule au soleil ; mais il a été impossible d’obtenir un résidu solide , par suite de la présence dans le liquide d’une grande quantité de matière grasse que l’éther avait dissoute. On a versé dans le liquide graisseux ainsi évaporé une quantité suffisante de dissolution de potasse à l’alcool pour saturer l’excès d’acide et saponifier la matière grasse, et on l’a laissé agir pendant quatre jours; au bout de ce temps, il s’était: déposé un peu de graisse jaune : on a filtré , et l’on a obtenu un liquide jaune et limpide, que l’on a fait évaporer à une douce chaleur ; quand ce liquide a été réduit au sixième de son volume, il était jaune, huileux et presque transparent ; la potasse et l’ammoniaque le précipitaient en brun café; l’acide suif hydrique liquide ne le colorait pas , et en précipitait à la longue une très petite quantité de matière jaune, tirant sur le rouge, qu’il était impossible de considérer comme étant du sulfure de mercure; cependant une lame de cuivre y décelait promptement la présence d’un composé mercuriel. Quelle pouvait être la nature de ce composé?
Le foie , séparé immédiatement apfès la mort et coupé en petits morceaux, a été traité à une douce chaleur, dans une capsule de porcelaine, par un mélange de trois parties d’acide chlorhydrique et d’une partie d’acide azotique concentrés ; il s’est formé de la mousse et il s’est dégagé du gaz bi-oxyde d’azote. Le viscère a été promptement dissous , et au bout d’une heure et demie il ne restait qu’une liqueur jaunâtre, troublée par des flocons blancs. Alors on a fait passer un courant de chlore gazeux , parfaitement lavé, à travers cette matière refroidie, ce qui a déterminé la formation de nouveaux flocons blancs , peu abondants et comme graisseux. Au bout de deux heures on a cessé de faire passer du chlore , et on a laissé réagir jusqu’au lendemain l’excès de celui qui se trouvait dans la dissolution; on a filtré : la liqueur était parfaitement limpide et d’un jaune doré; on l’a évaporée presque jusqu’à siccité au bain-marie ; dans cet état elle conservait sa couleur jaune ,* quoique la nuance fût plus foncée ; on l’a étendue d’eau , et on y a plongé plusieurs lames de cuivre après l’avoir légèrement acidulée. Au bout de douze heures ce métal était couvert d’une couche grisâtre qui paraissait mercurielle ; on a lavé ces lames dans de l’eau ammoniacale pour les débarrasser du sel cuivreux et d’une matière grasse dont elles étaient enduites; on les a essuyées après les avoir lavées avec de l’eau, puis on les a frottées avec du papier Joseph . Elles ont paru blanchir et sont devenues plus brillantes; alors on les a chauffées dans un tube effilé à la lampe, et l’on a obtenu de l’huile eut-
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pyreumatiquê , du carbonate d’ammoniaque et plusieurs petits globules de mercure que l’on a rassemblés sur une feuille de papier. La liqueur au milieu de laquelle ces lames avaient séjourné pendant douze heures a été agitée pendant quelques minutes avec de l’éther sulfurique, et elle s’est comportée comme celle qui provenait de l’estomac ; après avoir été saturée par la potasse à l’alcool , elle est devenue d’un rouge brun , tandis qu’auparavant elle était d’un jaune foncé, et elle s’est troublée. Quatre jours après il ne s’était encore rien déposé ; on voyait seulement au milieu dè la liqueur un précipité hydrophane qui n’avait aucune tendance à gagner le fond; on a dû renoncer à rechercher s’il existait dans ce mélange un sel de protoxyde ou de bi-oxyde de mercure.
Expérience ve. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien h grammes de sublimé corrosif dissous dans 150 grammes d’eau ; l’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort au bout de huit heures , et a été ouvert aussitôt. La vessie contenait à peine 2 grammes cV urine que j’ai acidulée avec de l’acide chlorhydrique ; une lame de cuivre laissée pendant deux jours dans cette liqueur s’est à peine ternie, en sorte qu’il me serait impossible de dire si elle contenait ou non un composé mercuriel.
Le foie , séparé immédiatement après la mort, a été coupé en petits morceaux et introduit dans un matras avec le sixième de son poids d’acid esiüfurique concentré et pur ; à ce ballon était adapté un tube qui venait se rendre dans une éprouvette contenant de l’eau distillée. On a chauffé graduellement le matras jusqu’à ce que le liquide entrât en ébullition , et on Ta maintenu à cette température ; vers la fin de l’opération , il s’est dégagé des vapeurs abondantes d’acide sulfureux , et il n’est resté dans le ballon qu’un charbon sec et friable ; l’eau de l’éprouvette s’étant échauffée pendant l’expérience par suite de l’arrivée des gaz résultant de la décomposition de Tacicle sulfurique et de la matière organique , a été changée à plusieurs reprises. On a versé dans le ballon les divers liquides recueillis dans les éprouvettes; on a saturé l’excès cTacide par de la potasse à l’alcool, et on a chauffé le tout pendant une heure à la température de 80°, avec un mélange de parties égales d’acide azotique et d’acide chlorhydrique ; on a filtré et fait évaporer la liqueur jusqu’à siccité à une douce chaleur afin de chasser l’excès d’acide ; le produit a été dissous dans l’eau distillée, et la liqueur jaunâtre et limpide , après avoir été acidulée, a été laissée pendant plusieurs heures avec une lame de cuivre parfaitement décapée qui n’a pas été affectée. Tout portait à croire que l’eau régale employée n’avait pas dissous le composé mercuriel que pouvait contenir le charbon, soit parce qu’elle avait été par trop affaiblie par les liquides recueillis dans les éprouvettes, soit parce qu’elle n’avait pas été suffisamment chauffée. Pour lever toute incertitude à cet égard, j’ai fait bouillir le charbon avec de l’eau régale pendant vingt minutes, puis j’ai continué à chauffer jusqu’à ce que la majeure partie de l’acide fût évaporée, et que le charbon fût à peine humide ; alors j’ai traité le charbon par l’eau distillée bouillante, et j’ai filtré; une portion de la liqueur filtrée n'a pas tardé à ternir plusieurs lames de cuivre bien décapé . Dès
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que l’ammoniaque ou l’acide chlorhydrique ont touché les couches ternies, ces couches sont devenues blanches : il a suffi de chauffer ces lames blanchies dans un tube de verre effilé pour obtenir une quantité très notable de globales mercuriels. L’autre portion de la liqueur, jaunâtre et parfaitement limpide , a été agitée avec de l’éther sulfurique , qui à l’instant même a déterminé la formation de deux couches ; la couche supérieure, éthérée , séparée à l’aide d’un entonnoir et évaporée à une douce chaleur, a laissé un résidu d’un blanc jaunâtre qui était du bichlorure de mercure; en effet, il précipitait en jaune par la potasse, en rouge par l’iodure de potassium , en noir par l’acide sulfhydrique et en blanc par l’azotate d’argent.
Vesiomac de cet animal était recouvert intérieurement d’une couche grise , comme cela a souvent lieu dans les empoisonnements par le sublimé. Je l’ai lavé jusqu’à ce que les eaux de lavage 11e se colorassent plus par le gaz acide sulfhydrique, puis je l’ai carbonisé dans une cornue par le sixième de son poids d’acide sulfurique, comme je l’ai dit en parlant du foie. J’avais eu la précaution d’adapter à la cornue un ballon qui communiquait avec une éprouvette contenant de l’eau distillée ; ces deux vases plongeaient dans de l’eau très froide.
Examen du charbon. — Je l’ai fait bouillir avec de l’eau régale , et je l’ai traité comme je l’avais fait en expérimentant sur le charbon donné par le foie ; la quantité de mercure recueilli sur les lames de cuivre a été des plus considérables, quoique je n’eusse employé que la dixième partie de la dissolution; on voyait même cà et là sur les lames une matière blanche opaque qui se comportait avec les réactifs comme le su blimê corrosif ; les neuf autres dixièmes de la dissolution, agités avec de l’éther, ont fourni beaucoup de bichlorure de mercure.
Examen des liquides distillés dans le ballon et dans V éprouvette. — Je les ai réunis et je les ai chauffés pendant un quart d’heure environ avec de l’eau régale, afin de transformer l’acide sulfureux en acide sulfurique et de détruire la majeure partie de la matière organique , puis j’ai fait passer un courant de chlore gazeux bien lavé à travers la liqueur ; il s’est à peine déposé quelques parcelles de matière jaune comme graisseuse; j’ai filtré et fait évaporer la liqueur au bain-marie; quand le liquide a été réduit à peu près au sixième de son volume, je me suis aperçu qu’il cristallisait par le refroidissement; et , en effet, le lendemain il y avait au fond de la capsule i gramme 2 centigrammes de sublimé corrosif cristallisé facile à reconnaître par l’iodure de potassium, l’ammoniaque, la potasse, l’acide sulfhydrique, etc.; l’eau-mère tenait encore en dissolution une certaine quantité de bichlorure de mercure.
Expérience vic. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun U grammes de sublimé corrosif dissous dans 120 grammes d’eau, et j’ai lié l’œsophage et la verge. Deux heures après , j’ai tué l’animal, et je lui ai ouvert aussitôt V aorte; j’ai obtenu par ce moyen 230 grammes de sang, que j’ai soumis à l’action de 39 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, dans une cornue à laquelle j’avais adapté un récipient vide
UëS POISONS IRRITANTS.
qui plongeait dans de l’eau froide , et d’où partait un tube qui venait se rendre dans une éprouvette contenant de l’eau distillée, et qui était entourée elle-même d’eau fraîche; la cornue ayant été graduellement chauffée, l’opération a été conduite comme je l’ai dit à l’expérience 5e à l’occasion du traitement de l’estomac ( voy. page 567) , et je n’ai obtenu aucune trace de mercure. La vessie contenait 8 grammes d'urine; j’ai fait passer un courant de chlore gazeux à travers ce liquide ; j’ai filtré , et j’ai rapproché la liqueur au bain-marie, tant pour la concentrer que pour chasser l’excès de chlore : la lame de cuivre n’a pas éprouvé le moindre changement dans ce liquide.
Expérience vne. — J’ai répété la même expérience en ouvrant l’aorte vingt minutes après l’empoisonnement ; le sang examiné, comme le précédent , n’a fourni aucune trace de mercure.
Expérience viii6. — Cinq minutes après avoir empoisonné un chien avec 8 grammes de sublimé corrosif dissous dans 180 grammes d’eau, je l’ai saigné , et j’ai traité 288 grammes de sang par l’acide sulfurique , comme il a été dit à l’expérience 6e. Une heure après , j’ai encore extrait de la veine jugulaire 90 grammes de sang, et j’ai tué l’animal; ces deux quantités de sang soumises séparément à l’action de l’acide sulfurique concentré, comme il a été dit à l’expérience 6e, m’ont donné en dernier résultat deux liquides que j’ai laissés pendant long-temps eu contact avec plusieurs lames de cuivre ; celles-ci ont été légèrement ternies , comme si elles eussent été plongées dans un liquide contenant à peine un sel mercuriel ; en les frottant elles acquéraient une couleur blanche argentine ; toutefois lorsque je les ai soumises à l’action du feu dans deux tubes de verre effilés, j’ai obtenu une vapeur blanche excessivement légère, au milieu de laquelle il m’a été impossible d’apercevoir des globules mercuriels bien caractérisés. Le foie de cet animal carbonisé aussi par l’acide sulfurique et traité par le même procédé que le sang ma donné , au contraire , un très grand nombre de petits globules de mercure.
Expérience ixe. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun 5 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 200 grammes d’eau ; l’œsophage et la verge ont été liés , et l’animal a été tué trente heures après l’empoisonnement. La vessie contenait 160 grammes d'urine que j’ai filtrée et soumise à l’action d’un courant de chlore gazeux ; j’ai ensuite laissé réagir pendant vingt-quatre heures l’excès de chlore sur la matière organique; alors la liqueur a été filtrée de nouveau et évaporée au bain-marie presque jusqu’à siccité; je l’ai étendue d’eau distillée, et j’y ai plongé plusieurs petites lames de cuivre parfaitement décapées ; le lendemain, toutes ces lames étaient ternies et comme recouvertes d’une couche mercurielle très mince; je les ai lavées dans l’eau distillée, et après les avoir essuyées entre deux feuilles de papier joseph , je les ai coupées en petites lanières pour les soumettre à l’action de la chaleur dans un tube de verre effilé à la lampe, et fermé par un bout. Bientôt après il s’est condensé dans la partie étroite du tube un assez bon nombre de petits globules mercuriels parfaitement caractérisés.
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Urine des individus soumis à un traitement mercuriel. — J’ai été curieux de savoir si, connue l’a annoncé M. Gantu, cette urine contient un composé mercuriel. Voici comment avait procédé le chimiste de Turin. Après s’être assuré que la portion liquide de 30 kilogrammes d’urine provenant de malades soumis à l’usage de frictions mercurielles, ne fournissait pas à l’analyse le plus léger atome de mercure , il a cherché ce métal clans le dépôt qui s’était formé spontanément, et qui était ramassé au fond du liquide. 11 a mélangé ce dépôt avec parties égales de carbonate de potasse et de charbon; il en a fait une pâte à l’aide d’une certaine quantité d’eau , et il Ta chauffée dans une cornue à laquelle il avait adapté un récipient contenant de l’eau ; le col de la cornue plongeait dans ce dernier liquide. Après la décomposition de la matière par le feu, il a été aisé de voir que le liquide empyreumatique recueilli dans le récipient ne renfermait aucune trace d’un sel mercuriel ; il n’en était pas de même , suivant l’auteur, d’un dépôt brun qui s’était condensé dans le ballon , et qui en occupait le fond ; en effet, si Ton desséchait ce dépôt et qu’on le comprimât sur une carte, on voyait un nombre infini de globules mercuriels. Le col de la cornue en était également tapissé.
( Specimen medico-chemicum de mercurii prœsentiâ in urinis syphiliticorum mercurialem curationem patientium. Mémoires de l’Académie de Turin, t. xxixe, année 1823.) Voici les expériences que j’ai tentées à ce sujet.
Expérience xe. — J’ai laissé déposer pendant huit jours du mois de mai 18Û2 16 kilogrammes d’urine provenant de malades soumis à l’action du sublimé corrosif pris à l’intérieur comme anlisyphilitique ; le dépôt grisâtre, lavé et desséché, du poids de 135 grammes, a été traité comme l’avait fait M. Cantu, dans une cornue que j’ai chauffée jusqu’au point de la fondre. Il m’a été impossible d’apercevoir aucun globule mercuriel dans le col de cette cornue ni dans le ballon ; on voyait bien une multitude de petites bulles d’air et de globules huileux offrant l’aspect des globules mercuriels; mais par un examen attentif on pouvait se convaincre qu’il n’y avait là aucune trace de mercure. Le liquide empyreumatique contenu dans le ballon a donné au bout de deux jours un léger dépôt brun que j’ai séparé, desséché et écrasé sur une carte, et au milieu duquel il m’a été impossible de déceler aucun globule mercuriel ; j’ai alors traitéce dépôt par l’acide azotique concentré , j’ai évaporé la liqueur presque jusqu’à siccité, puis je l’ai étendue d’eau ; une lame de cuivre bien décapée, laissée dans cette dissolution pendant vingt-quatre heures, n’a point été ternie.
Expérience xie. — L’urine qui avait fourni le dépôt grisâtre sur lequel j’avais opéré (16 kilogrammes) a été filtrée et évaporée à une douce chaleur jusqu’à ce qu’elle fût réduite à 2 kilogrammes; dans cet état elle était d’un brun foncé ; je l’ai décantée, et je l’ai fait traverser pendant plusieurs heures par un courant de chlore gazeux. Le liquide résultant de ce traitement, d’un jaune rougeâtre, contenait un grand excès de chlore ; il a été abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures afin
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que la réaction de cet agent fût plus complète. Dans ce moment je l’ai filtré et évaporé au bain-marie presque jusqu’à siccité; j’ai ajouté de l’eau distillée au résidu, et j’ai plongé plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées dans la liqueur préalablement acidulée ; il ne s’est déposé aucune trace de mercure sur ces lames.
Expérience xir. — J’ai traité par l’eau régale à une douce chaleur 135 grammes du dépôt grisâtre fourni par 16 kilogrammes de la même urine qui m’avait servi à faire les expériences précédentes , et qui avait également été abandonnée à elle-même pendant huit jours. Après trois quarts d’heure d’une légère ébullition, le dépôt était entièrement dissous, et la matière organique en grande partie décomposée ; j’ai fait traverser la liqueur par un courant de chlore gazeux parfaitement lavé , et j’ai obtenu des flocons blancs assez abondants; le lendemain , après avoir laissé réagir l’excès de chlore pendant vingt-quatre heures, j’ai filtré. La liqueur, d’un jaune clair, a été évaporée au bain-marie presque jusqu’à consistance sirupeuse; alors je l’ai étendue d’eau, et j’y ai plongé plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées qui n’ont pas tardé à se recouvrir d’une couche grise évidemment mercurielle ; après avoir lavé ces lames dans de l’eau ammoniacale, je les ai séchées entre plusieurs feuilles de papier Joseph ; puis je les ai coupées en petits fragments que j’ai chauffés jusqu’au rouge dans un petit tube de verre effilé à la lampe ; à l’instant même j’ai obtenu une multitude de petits globules mercuriels que j’ai réunis à l’aide de la pointe d’une épingle en plusieurs globules assez volumineux.
Conclusions. — Il résulte des expériences qui précèdent et de beaucoup d’autres analogues qu’il est inutile de décrire en détail : 1° que si les travaux de M. Lassaigne prouvent que le précipité fourni par l’albumine et le sublimé corrosif contient , après avoir été desséché, environ cinq pour cent de bichlorure de mercure , il n’en est pas moins vrai qu’il est impossible d’appliquer à la médecine légale le procédé que ce chimiste a fait connaître , lorsqu’il s’agira de déceler dans les tissus du canal digestif, dans nos viscères ou dans certaines substances alimentaires, la présence d’un composé mercuriel insoluble dans l’eau , soit que ce composé contienne du bichlorure de mercure à l’état de combinaison , soit que le mercure s’y trouve à l’état de protochlorure. En effet, le chlorure de sodium proposé par ce chimiste distingué n’enlève pas ce composé mercuriel aux masses charnues, dans lesquelles il existe ordinairement en très petite proportion. ( Voy. expérience 2% p. 563. )
2° Que le procédé de M. Devergie, qui consiste à dissoudre l’organe ou toute autre matière solide dans de l’acide chlorhydrique concentré, puis à faire traverser la dissolution par un courant de chlore gazeux, doit également être abandonné, parce qu’il est quelquefois insuffisant
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pour cléccler le mercure qui existe dans une matière suspecte , et qu’alors même que l’on parvient à le découvrir on n’en obtient pas, ni à beaucoup près , autant que l’on peut en extraire par d’autres moyens. Le chlore gazeux , en effet , ne détruit pas assez complètement la matière organique , même quand on en a fait passer plusieurs courants pendant plusieurs heures , ce qui est long et fastidieux ; quoi qu’on fasse, il reste toujours une matière grasse jaunâtre qui est, en partie du moins, le résultat de l’action de cet agent sur les substances organiques. Cette matière huileuse est tellement abondante dans le traitement du foie et de quelques autres viscères, que les liquides en dernier ressort sont obtenus fortement colorés par elle en rouge ou en brun rougeâtre, et qu’elle s’oppose à la précipitation du mercure, soit sur une lame de cuivre ou sur la petite pile d’or, soit à l’aide des réactifs; il arrive même dans les cas dont je parle que le cuivre ou la pile se recouvrent d’une couche terne, d’un gris bleuâtre, que l’on serait tenté d’abord de prendre pour du mercure , et qui pourtant n’en contient pas un atome. ( Yoy. expérience 3e, p. 563. )
3° Qu’il est au contraire facile d’extraire du mercure métallique des matières suspectes , quelles qu’elles soient, en les traitant d’abord par l’eau régale à une douce chaleur pendant une ou deux heures, et en faisant passer un seul courant de chlore à travers la dissolution obtenue, qui est ordinairement jaunâtre et déjà troublée par des flocons d’un blanc tirant sur le jaune ; il ne s’agit, après avoir laissé pendant plusieurs heures cette liqueur en contact avec l’excès de chlore que le courant y avait amené , que de la filtrer et de l’évaporer au bain-marie jusqu’à siccité pour chasser la majeure partie de l’acide, puis de l’étendre d’eau distillée. Une lame de cuivre plongée dans cette liqueur se recouvre bientôt de mercure métallique, que l’on peut recueillir sous forme de globules en chauffant la lame dans un tube effilé à la lampe. Je dirai toutefois qu’il ne m'a jamais été possible , en suivant ce procédé, d’extraire de cette liqueur mercurielle, à l’aide de l’éther, ni du sublimé corrosif ni un autre sel mercuriel susceptible d’être caractérisé, ce qui tient à la présence de cette matière grasse jaune dont j’ai parlé , et qui , pour être beaucoup moins abondante que dans le cas où l’on a traité d’après la méthode de M. Dcvergic , ne se trouve pas moins encore en assez grande quantité pour s’opposer à la séparation du sublimé corrosif par l’éther.
ù° Qu’il est beaucoup plus avantageux , pour établir l’existence du sublimé dans une matière suspecte, de carboniser celle-ci en vases clos à l’aide de l’acide sulfurique concentré ; le charbon et surtout les liquides volatilisés fourniront du mercure et du sublimé corrosif en proportion notable , dès qu’ils seront soumis aux opérations que je
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vais décrire en parlant du procédé qui doit être préféré. ( Yov. expérience 5e, p. 566. )
5° Que tout en admettant que le sublimé corrosif est facilement transformé par plusieurs matières alimentaires ou par nos tissus en un composé insoluble, il n’en est pas moins nécessaire, dans toute expertise médico-légale relative à ce sujet , d’opérer d’abord sur les portions liquides filtrées , parce qu’il arrivera souvent qu’elles contiendront encore une certaine quantité de sublimé en dissolution facile à reconnaître à l’aide d’une lame de cuivre, mais surtout en carbonisant la liqueur évaporée jusqu’à siccité par l’acide sulfurique concentré ( voy. la 5e expérience ). Dans ces sortes de cas, on ne devra jamais mettre la liqueur filtrée en contact avec des réactifs , tels que la potasse, l’iodure de potassium, l’acide sulfhydrique, etc., parce que souvent ils ne la troublent pas, et que presque toujours ils fournissent des précipités tout autrement colorés que ceux que doit donner la dissolution de sublimé corrosif.
6° Que l’absorption du sublimé corrosif ne peut plus faire l’objet d’un doute, puisque j’ai retiré du mercure métallique du foie et de V urine des chiens empoisonnés par ce sel, ainsi que de X urine des malades atteints de syphilis, à qui l’on faisait prendre depuis quelques jours de petites doses de bichlorure de mercure en dissolution;
Que sans nier que M. Cantu ait obtenu, en 1823, du mercure métallique de l’urine des syphilitiques soumis à l’usage des frictions mercurielles, je ferai remarquer que Rhades, Meissner , Schwergger et M. Devergie, qui ont répété les expériences du chimiste de Turin, n’ont pas retiré un atome de ce métal , quoiqu’ils se fussent placés dans les mêmes conditions que lui ; que je n’ai pas été plus heureux que ces expérimentateurs en agissant exactement comme l’a conseillé M. Cantu , sur l’urine de malades qui avaient pris du sublimé à V intérieur ; qu’à la vérité je n’ai opéré que sur le précipité fourni par 16 kilogrammes d’urine , tandis que ce chimiste a fait ses recherches sur le dépôt provenant de 30 kilogrammes de ce liquide. En tout cas, le procédé suivi par M. Cantu est loin d’être le plus propre à extraire les atomes de mercure métallique que renferme une matière organique, comme cela résulte des expériences 10e et 12e (voy. p. 569) ;
Que je suis convaincu qu’en employant l’une des deux méthodes auxquelles je donne la préférence, on découvrira aisément le mercure dans le lait des nourrices et dans la salive des individus soumis à un traitement mercuriel, et que si l’on a échoué jusqu’à ce jour, c’est que les expérimentateurs n’ont pas agi sur une assez forte proportion de ces liquides, et qu’ils n’ont pas suivi un procédé convenable.
7° Que l’absorption du sublimé corrosif étant un fait acquis à la
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science, il devient désormais indispensable, dans les expertises médicolégales relatives à l’empoisonnement par les préparations mercurielles, de soumettre aux opérations qui vont être décrites, le foie, la rate, les reins et l’urine , toutes les fois que l’on n’aura pas retiré du mercure ou du sublimé corrosif des matières expulsées par haut ou par bas, de celles qui ont été trouvées dans le canal digestif ou des tissus de ce canal.
8° Qu’il ne suffit pas pour affirmer qu’un individu est mort empoisonné par du sublimé corrosif, d’avoir obtenu du mercure métallique ou du bichlorure de mercure des matières précitées , parce que ce poison est journellement administré à des malades atteints de syphilis , que l’on emploie aussi d’autres composés mercuriels qui , d’après M. Mialhe, semblent se transformer en sublimé aussitôt qu’ils sont en contact avec des chlorures alcalins et avec l’air, et que dans tous ces cas l’expert pourrait constater, soit dans le canal digestif, soit dans le foie, soit dans l’urine, la présence du mercure métallique ou du sublimé, en proportion , à la vérité , excessivement minime.
9° Qu’il importe dès lors, avant de conclure, de s’enquérir attentivement de la position antérieure de l’individu , afin de savoir s’il n’aurait pas été soumis à une médication mercurielle à une époque plus ou moins éloignée; quel a été le mode d’invasion de la maladie, quels, en ont été les symptômes, la marche, la durée, et quelles altérations cadavériques ont été constatées après la mort. Dans la plupart des cas d’empoisonnement par le sublimé corrosif, les accidents seront tellement graves et subits qu’il sera impossible d’expliquer la présence du mercure ou du sublimé corrosif décelé dans les matières suspectes autrement que par un empoisonnement ; dans la plupart des cas aussi, la proportion de mercure ou du sublimé trouvée sera telle, qu’il sera facile de voir que le composé mercuriel n’a pas été administré comme médicament. En effet, le sublimé se combinant rapidement avec les tissus organiques, n’est pas aussi complètement vomi que d’autres poisons solubles, ce qui fait qu’on en trouve en général une quantité assez notable, soit dans les organes digestifs, soit dans la partie solide des matières alimentaires vomies, ou de celles qui existent dans l’estomac ou dans les intestins.
Procédé. — On fait bouillir pendant deux ou trois minutes, dans une capsule de porcelaine , les matières vomies et celles qui ont été trouvées dans le canal digestif, afin de coaguler et de séparer une portion de matière animale ; on filtre , et après avoir acidulé la liqueur avec quelques gouttes d’acide chlorhydrique , on y plonge une ou plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées. Si ces lames sont ternies au bout de quelques instants, d’une ou de plusieurs heures,
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qu’elles soient grises ou blanches, on les laisse pendant quelques minutes dans une dissolution d’ammoniaque faible qui dissout l’oxyde ou le chlorure de cuivre qui ont pu se former ; on les lave avec de l’eau distillée, on les essuie en les pressant entre deux feuilles de papier Joseph , puis on les coupe en très petits morceaux et on les introduit dans un tube de verre effdé à la lampe. Que l’on obtienne ou non du mercure métallique dans la partie la plus rétrécie du tube, on évapore jusqu’à siccité au bain-marie la liqueur dans laquelle ont séjourné ces lames ; le produit sec est alors pesé et introduit dans une cornue de verre tubulée avec le sixième de son poids d’acide sulfurique concentré et pur ; à cette cornue est adapté un récipient qui plonge dans l’eau froide et qui communique, à l’aide d’un tube recourbé , avec une éprouvette à moitié remplie d’eau distillée , et qui est également entourée d’eau fraîche. On élève successivement la température de la cornue, et bientôt la matière qu’elle contient noircit et entre en ébullition ; on pousse l’opération , à une chaleur modérée , jusqu’à ce que cette matière soit réduite en un charbon à peu près sec, et par conséquent jusqu’après le moment où il s’est dégagé des vapeurs abondantes d’acide sulfureux. On opère séparément sur le charbon et sur les liquides distillés. On fait bouillir le charbon avec 50 à 60 grammes d’eau régale, composée de deux parties d’acide chlorhydrique et d’une partie d’acide azotique concentrés ; on cesse de phauffer lorsque la majeure partie de l’eau régale est évaporée et que le charbon est à peine humide ; alors on traite celui-ci par l’eau distillée bouillante et on fdtre ; une petite partie de la liqueur filtrée , en général incolore ou jaunâtre, est mise en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées, qui ne tardent pas à se recouvrir d’une couche grise et blanchâtre si cette liqueur contient du mercure ; on agit sur les lames comme il vient d’être dit plus haut afin d’obtenir du mercure métallique. On agite le restant de la liqueur, c’est-à-dire la majeure partie , avec de l’éther sulfurique pur, dans un tube ou dans un petit flacon, et l’on ne tarde pas à voir deux couches se former ; on sépare la couche supérieure éthérée à l’aide d’un entonnoir et du doigt, et en faisant évaporer l’éther à la température ordinaire ou à une très douce chaleur, il reste du sublimé corrosif solide facile à reconnaître. Les liquides distillés contiennent ordinairement une quantité considérable de sublimé corrosif par rapport à celle qui se trouvait dans la matière suspecte ; ils renferment aussi une matière organique, de l’acide sulfureux, etc. On les réunit et on les fait bouillir pendant quinze ou vingt minutes avec de l’eau régale; puis on fait traverser la dissolution par un courant de chlore gazeux pendant une heure environ ; on filtre la liqueur pour la séparer de
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quelques flocons blancs graisseux et albumineux qui ont pu se former, et on la fait évaporer au bain-marie. Si la proportion clu sublimé est un peu notable , il se forme vers la fin une pellicule qui annonce que le sel va cristalliser ; cela étant , on laisse refroidir lentement la matière, afin d’obtenir des cristaux dont il est aisé de reconnaître la nature, et l’on peut encore constater la présence du sublimé dans l’eaumère. Si la quantité de sublimé est trop faible pour que la liqueur cristallise, on continue à la faire évaporer au bain-marie presque jusqu’à siccité, afin de chasser l’excès d’acide, et lorsque le produit est refroidi , on en prend environ le tiers , que l’on étend d’eau et que l’on met en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre , et l’on agit sur les deux autres tiers par l’éther, comme je l’ai dit tout-à-l’heure à l’occasion du charbon.
Si toutes ces recherches ont été infructueuses, on opère sur la portion solide des matières vomies et de celles qui avaient été trouvées dans le canal digestif, et qui étaient restées sur le filtre (voy. page 573) ; on la carbonise par le sixième de son poids d’acide sulfurique concentré et pur en vases clos , en suivant la marche qui vient d’être tracée.
Admettons que l’on n’ait pas retiré du mercure ; on carbonise alors l’estomac et les intestins par un sixième d’acide sulfurique pur et concentré ; le plus souvent, on se borne à prendre certaines portions de ces viscères , celles qui offrent une couleur grisâtre ou qui- sont très enflammées, et qui ont été évidemment plus attaquées que les autres. Il ne faudrait cependant pas renoncer à traiter les autres portions, si les premières ne fournissaient pas le métal que Ton cherche. Il est préférable d’opérer ainsi de suite avec les tissus du canal digestif, que défaire bouillir ce canal dans de l’eau distillée, pendant une heure ou deux, et de carboniser le decoctum évaporé jusqu’à siccité, parce que, en agissant de la sorte, on courrait risque de volatiliser une partie du sublimé que la matière pourrait contenir, et qu’il n’y a d’ailleurs aucun avantage à avoir une dissolution aqueuse, les réactifs ordinaires du sublimé n’étant d’aucun secours pour y déceler ce corps.
On agira de même sur le sang, le foie, la raie et les reins , si, malgré tant de recherches , on n’est pas parvenu à constater la présence d’un composé mercuriel. Pour peu que ces viscères contiennent du sublimé, on obtiendra du mercure en les carbonisant par l’acide sulfurique.
Quant à Vitrine , il suffira de la filtrer et d’y faire passer un courant de chlore gazeux bien lavé ; on laissera réagir l’excès de chlore pendant vingt-quatre heures, puis on filtrera ; la dissolution limpide sera évaporée au bain-marie, presque jusqu’à siccité; le produit, étendu
DES POISONS IRRITANTS
d’eau et légèrement acidulé par l’acide chlorhydrique, sera mis en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre.
Si l’urine , avant d’être filtrée , avait laissé déposer un sédiment quelconque, on ne devrait pas négliger de chercher le composé mercuriel dans ce dépôt, dans lequel il se trouve le plus ordinairement à l’état de sel insoluble. On traitera ce dépôt par l’eau régale bouillante, et le solutum sera soumis à l’action du chlore gazeux, comme il a été dit à la douzième expérience (voy. p. 570).
Sublimé corrosif dans un cas d’exhumation juridique. — 1° Le 8 mars 1825, on a mis dans un grand bocal à large ouverture contenant 2 litres d’eau, 12 grammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau bouillante ; on a ajouté de la viande , de la matière cérébrale et des - portions d’intestins. Le 19 mars, le mélange n’exhalait aucune odeur fétide; les matières animales étaient dures et comme tannées; la liqueur filtrée brunissait à peine par l’acide sulfhydrique ; la potasse et l’ammoniaque la rendaient tout au plus opaline ; mais la petite pile se recouvrait d’une couche de mercure métallique aussitôt qu’on la plongeait dans cette liqueur et qu’on ajoutait quelques gouttes d’acide chlorhydrique. La viande, la matière cérébrale et l’intestin, lavés et bien desséchés, fournissaient du mercure métallique lorsqu’on les calcinait avec de la potasse dans une cornue ou dans un petit tube de verre. Il en était de même le 18 juin 1827.
Dès le 18 avril 1825, on avait pris la moitié de la liqueur dont il s’agit, et dans laquelle il y avait déjà si peu de sublimé, et on l’avait mise en contact avec d’autres matières organiques (foie , rate, intestins). Le 28 du même mois, le mélange exhalait une odeur des plus fétides, et la liqueur ne se colorait plus par l’acide sulfhydrique; la petite pile n’était pas blanchie non plus au bout d’une heure.
2° Le 18 juillet 1826 , on mit dans. un bocal à large ouverture un litre d’eau , une portion d’un canal intestinal et 30 grammes de sublimé corrosif. Le 2 août suivant, le mélange exhalait une odeur très fétide ; la liqueur ne se colorait pas avec l’acide sulfhydrique ni avec les sulfures ; la petite pile n’était blanchie qu’au bout de plusieurs heures. Les intestins , bien lavés, desséchés et calcinés avec de la potasse, fournissaient du mercure métallique.
3° Si l’on enterre dans une bière de sapin blanc, à la profondeur d’un mètre , des chiens morts empoisonnés par 2 ou 3 grammes de sublimé solide , sans que l’œsophage ait été lié , et qu’on les exhume quelque temps après , on verra qu'il n’existe point de mercure métallique dans le canal digestif; mais dans un certain nombre de cas les tissus de ce canal, desséchés et calcinés avec de la potasse, donneront du mercure ; si, au contraire, les animaux avaient promptement et considérablement vomi avant de mourir, on pourrait bien ne pas découvrir dans ces tissus la moindre trace d’un composé mercuriel.
Û° Si l’on enferme dans un gros intestin 1 ou 2 grammes de bichlorure
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de mercure dissous dans 16 ou 20 grammes d’eau et mêlé à de la viande hachée, à du pain émietté et à de l’eau albumineuse, et que l’on place cet intestin dans une boîte de. sapin que l’on enterre à 6 ou 7 décimètres de profondeur, on remarquera trois ou quatre mois après que la matière renfermée dans l’intestin n’offre aucune trace de mercure métallique , quoiqu’au premier abord on soit disposé à prendre pour ce métal une foule de globules graisseux , brillants, qui font partie de la masse ; pourtant on pourra démontrer dans le mélange la présence d’un composé mercuriel, en le dépêchant et en le calcinant dans une cornue avec de la potasse; en effet, on en retirera du mercure métallique.
11 résulte de ces expériences, 1° qu’il suffit de quelques jours d’inhumation pour qu’il ne soit plus possible de constater la présence du sublimé corrosif dans la liqueur, autrement que par une lame de cuivre ou par la petite pile ; 2° que cet effet est d’autant plus prompt qu’il y a une plus grande quantité de matière animale mélangée avec le sublimé ; 3° que dans tous les cas on peut , en traitant par l’eau régale ou en carbonisant par l’acide sulfurique (voy. pag. 565 et 575) les matières animales qui ont été en contact avec le sublimé , en extraire du mercure métallique , même plusieurs aimées après l’inhumation : or, la présence de ce métal , si elle ne prouve pas qu’il y avait du bichlorure de mercure dans les matières enterrées , ne laisse aucun doute sur l’existence d’une préparation mercurielle dans ces matières.
Sublimé corrosif introduit dans le rectum après la mort. — Expérience iic. — Un gros chien caniche a été pendu à huit heures trois quarts du matin; cinq minutes après, on a introduit dans le rectum 5 grammes de sublimé corrosif sous forme de poudre et de petits fragments. On a fait l’ouverture du cadavre le lendemain, à deux heures de l’après-midi. Les gros intestins ne contenaient point de matières fécales ; mais le rectum offrait une altération remarquable depuis l’anus jusqu’à quatre travers de doigt au-dessus; il était extérieurement d’une belle couleur blanche ; la tunique séreuse était opaque , épaisse , dure , et semblable, jusqu’à un certain point, à une aponévrose; les vaisseaux du méso-rectum étaient légèrement injectés en rouge noirâtre ; la membrane musculeuse était blanche comme de la neige. On voyait sur la tunique muqueuse correspondante à la portion lésée la majeure partie du sublimé corrosif employé ; cette tunique était rugueuse , comme granuleuse , un peu durcie , et présentait plusieurs plis d’un rose clair , imitant , par leur disposition , des ramifications veineuses; ces plis étaient séparés par des portions d’une couleur blanche d’albâtre : en étendant sur la main cette membrane interne , on pouvait faire disparaître les rugosités et la rendre lisse. Immédiatement au-dessus de ces quatre travers de doigt, les intestins offraient leur couleur naturelle , et les membranes étaient minces et molles au toucher; en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation par- 1, 37
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faitement tranchée entre les parties sur lesquelles le sublimé avait été appliqué et celles qui n avaient pas été en contact avec lui. On mit dans l’eau les portions d’intestin attaquées par le sublimé , et vingt jours après il ne s’était manifesté aucun signe de putréfaction. On les soumit à l’analyse chimique après les avoir épuisées par l’eau bouillante, et on en retira du mercure métallique.
Expérience 11e. — A neuf heures du matin , on introduisit dans l’intestin rectum d’un chien bien portant 2 grammes 60 centigrammes de sublimé corrosif sous forme de poudre et de fragments. Au bout de trois minutes, l’animal se plaignit, et rejeta quelques matières fécales teintes de sang. Un quart d’heure après il poussa des cris aigus et parut agité. Le lendemain on recommença l’expérience , et on introduisit la même dose de poison : l’animal succomba au bout de dix heures. On en fit l’ouverture le jour suivant. Les intestins étaient enflammés dans l’étendue de cinquante centimètres , en commençant par l’anus : loin d’offrir la couleur blanche et l’épaisseur dont j’ai parlé, la membrane séreuse était rouge, très injectée et mince; on ne retrouvait plus de sublimé corrosif dans l’intérieur des intestins ( il avait été probablement rejeté par les selles); la membrane muqueuse paraissait d’un gris noirâtre dans les deux travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus de l’anus; cependant , en la détachant et en la plaçant entre l’œil et la lumière, on voyait qu’elle était cl’un rouge excessivement foncé. La portion qui était immédiatement placée au-dessus, et qui s’étendait jusqu’à la hauteur de 22 à 24 centimètres, était aussi d’un rouge très intense et se détachait facilement par le frottement ; la rougeur diminuait ensuite d’intensité et n’était plus sensible à la hauteur de 60 à 64 centimètres; mais celte diminution s’opérait d’une manière graduée , et n’offrait point, comme dans l’expérience précédente, une ligne cle démarcation tranchée entre les parties saines et les parties lésées. La membrane musculeuse était d’un rouge vif dans toute l’étendue des portions affectées. Il est aisé de voir que , dans cette expérience , l’altération organique ne s’était point bornée là où le poison avait été appliqué, mais qu’elle s’était étendue beaucoup plus loin.
Expérience iiic. — Un gros chien caniche a été pendu à midi. Trois quarts d’heure après, on a introduit dans le rectum 96 grammes d’une dissolution concentrée de sublimé corrosif. On en a fait l’ouverture le lendemain à deux heures de l’après-midi. Presque tous les gros intestins avaient été en contact avec la dissolution ; leurs membranes étaient blanches et épaisses ; la tunique muqueuse présentait plusieurs bandes en zigzag, d’une belle nuance rose, qui contrastait avec la couleur blanche des autres portions. Immédiatement au-dessus de la partie avec laquelle le poison avait été en contact , l’intestin était dans l’état naturel, en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation parfaitement tranchée , phénomène qui n’existe jamais lorsque cette substance vénéneuse a été introduite pendant la vie.
Expérience ïv** — Un petit chien a été pendu à midi. Une heure et