DU CYANURE DU MERCURE
tous les points où elle était ainsi soulevée , on observait une infiltration abondante de sérosité dans le tissu cellulaire sous-muqueux.
Le pancréas était très volumineux, très dur, sec; il se déchirait facilement, et criait sous le scalpel; le tissu du foie, qui était d’ailleurs très gros, n’offrait aucune altération ; la vésicule biliaire , d'une capacité ordinaire , contenait un liquide vert-noirâtre , filant et poisseux ; la rate était petite , sans aucune altération appréciable.
Appareil urinaire. — La capsule surrénale et le rein droit étaient d’un tiers pins volumineux que dans l’état ordinaire; le tissu du rein était pâle et décoloré; le rein gauche était un peu moins volumineux et un peu moins pâle et décoloré que celui du côté droit ; la vessie urinaire, petite, était contractée sur elle-même, et contenait très peu d’urine blanche et laiteuse ; le pénis était dans une demi-érection , et conservait , ainsi que le scrotum , la teinte noire violacée qu’on observait pendant la vie. Les cavités du crâne et du rachis ne furent pas ouvertes.
M. Gaventou a analysé le sang et les matières fécales : la matière colorante avait une couleur sombre de cinnabre cristallisé qui n’est pas naturelle à celle du sang, ce qui donnait à ce chimiste distingué l’espérance de retrouver quelques parcelles de mercure; mais, malgré des essais et des recherches multipliés, il n’a pu déceler la plus .légère trace de ce métal soit dans le sang , soit dans les excréments. (Observation communiquée par le docteur Kapeler.)
Il résulte, suivant M. Oîlivier, des faits qui précèdent, 1° que le cyanure de mercure est absorbé, et que cette absorption est plus rapide sur le tissu cellulaire que sur les membranes muqueuses : Tiedemann et Gmelin ont trouvé ce poison dans le sang des animaux qui en avaient avalé (voy. pag. 7 ) ; 2° que son action immédiate sur la partie avec laquelle on le met en contact est à peu près nulle dans les premiers instants, de sorte qu’on ne peut le considérer comme essentiellement irritant : cependant il produit quelquefois des phénomènes évidemment inflammatoires, mais dont l’intensité n’est pas assez grande pour qu’on puisse leur attribuer les symptômes généraux qui se manifestent, et qui sont bientôt suivis de la mort : dans l’observation rapportée plus haut, l’estomac offrait des traces non équivoques d’une inflammation violente , et l’on sait que l’individu avait vécu plusieurs jours; 3° que les symptômes semblent démontrer, lorsque, la mort a lieu très promptement, que ce poison agit spécialement sur le système nerveux cérébro-spinal, ainsi que l’annoncent les convulsions générales et le trouble très grand des fonctions circulatoires et respiratoires; en outre, tout porte à penser qu’il affaiblit directement la force contractile et l’irritabilité des muscles, car ils ont déjà cessé d’etre irritables au moment où l’animal vient d’expirer : cet effet est d’ailleurs en rapport avec l’affaissement général qu’on observe après
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chaque convulsion ; les efforts de vomissement qui ont eu lieu constamment, même après l’injection du cyanure dans le tissu cellulaire, prouvent que l’estomac est influencé , soit directement , soit sympathiquement ; 4° que lorsque la mort est rapide , elle paraît résulter du ralentissement gradué , et enlin de la cessation complète des mouvements du cœur et de la respiration , qui sont si intimement liés les uns aux autres; mais lorsque la vie se continue quelque temps après l’ingestion du poison dans l’estomac , il semble que la mort est la suite du développement d’une inflammation très intense de la membrane muqueuse gastro-intestinale.
Traitement de l’empoisonnement par le cyanure de mercure.
On se hâtera de faire vomir le malade en donnant de l’eau tiède , ou en titillant la luette et l’arrière-gorge, et si les accidents persistent, on aura recours aux moyens antiphlogistiques les plus énergiques. Il est inutile d’administrer au malade de l’eau albumineuse, parce qu’elle ne se combine pas avec le cyanure de mercure , comme cela a eu lieu pour le sublimé corrosif.