BU PRÉCIPITÉ ROUGE ET BU PRÉCIPITÉ PER SE
(Bi-oxyde de Mercure).
Leur couleur est rouge ; chauffés dans un tube de verre , ils se décomposent et fournissent du mercure métallique volatil, adhérent aux parois du tube , et du gaz oxygène qui se dégage. Ils sont insolubles dans l’eau ; frottés sur une lame de cuivre décapée , ils la rendent blanche , brillante , argentine. L’acide chlorhydrique les dissout très bien à froid et donne du bichlorure de mercure que la potasse précipite en jaune et l’ammoniaque en blanc. Triturés avec une dissolution de potasse à l’alcool, ils ne fournissent jamais de sulfate de potasse , ce qui les distingue du turbith minéral dont je parlerai bientôt.
Ces deux préparations doivent être considérées comme des poisons violents, surtout le précipité rouge, qui contient presque toujours un peu d’acide azotique.
Observation lre. — Ploucquet rapporte qu’un homme qui était tourmenté d’un violent mal de tête avala par mégarde du précipité rouge renfermé dans une boîte; il éprouva bientôt des coliques atroces, des vomissements considérables, un tremblement de tous les membres et des sueurs froides (1).
(1) PLOucquE'r, Comment. Med. in processus criminelles, p. 1C5.
DU PRÉCIPITÉ ROfJGÊ. $81
Observation 2e. — Mademoiselle Sophie C. prit une assez forte dose de précipité rouge dans des confitures. Des douleurs d’estomac se tirent sentir avec violence ; elle les dissimula autant qu’elle put ; enfin les vomissements s’établirent, et elle rejeta une partie de ce qu’elle avait avalé. Les douleurs s’étendirent dans tout le bas-ventre et donnèrent lieu à de fortes coliques. Les personnes qui environnaient la malade soupçonnèrent qu’elle avait pu s’empoisonner, et se hâtèrent de lui faire prendre une grande quantité de lait chaud. Elle rejeta les premières gorgées et garda les dernières tasses. Le bas-ventre devint de plus en plus douloureux, et à mesure que les douleurs s’éloignaient de l’estomac , celles de ce dernier organe diminuaient; bientôt des évacuations alvines très abondantes se manifestèrent ; les membres inférieurs devinrent le siège de crampes très douloureuses; cet état dura au moins six heures. Ayant été appelé à cette époque , je trouvai cette malheureuse avec la figure grippée , le ventre dur, contracté, la peau froide, couverte de sueur, se plaignant d’éprouver dans l’abdomen des douleurs atroces. Je prescrivis 30 grammes de sirop de scarabé dans une potion qu’elle devait prendre par cuillerées ; un quart de lavement toutes les demi-heures avec la décoction de son, dans laquelle on ajouterait par chaque lavement cinq gouttes de laudanum. Les douleurs se calmèrent insensiblement; les selles devinrent moins fréquentes ; une sueur abondante s’élablit; la malade eut quelques heures de sommeil, et le matin je la trouvai dans l’état le plus satisfaisant. Cependant il restait encore une sensibilité extrême du bas-ventre et une disposition singulière à des contractions involontaires des membres analogues à des crampes. Je continuai les mêmes moyens , mais à des doses moins fortes et moins fréquemment données; je leur associai des bains entiers long-temps prolongés , et au bout de quelques jours la malade put reprendre ses occupations. (Observation communiquée à M. Devergie par M. X.)
Il paraît cependant , d’après le fait suivant , que cet oxyde mercuriel est beaucoup moins vénéneux lorsqu’il est appliqué à l’extérieur.
Expérience. — On appliqua sur la cuisse d’un chien de h 0 centimètres de haut 16 grammes de précipité rouge. L’animal n’éprouva d’autres symptômes qu’une faiblesse générale, et mourut au bout de quatrejours etdemi. À l’ouverture du cadavre, l’estomac était blafard et livide ; le duodénum était blanc; le rectum était le siège d’une altération remarquable; sa membrane interne était mollasse, boursouflée, lobulée à sa surface et semblable à un chou-fleur; son aspect était sale et. livide, comme celui des surfaces cancéreuses après la mort; la tunique musculeuse sousjacente était intacte et d’une couleur livide ; les vaisseaux sanguins qui se distribuent à la surface du cœur étaient injectés; au-dessous de la membrane interne des ventricules de cet organe, on apercevait des stries rouges, comme des meurtrissures du tissu charnu. Les poumons étaient un peu engorgés à leur base (Smith).
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Précipité rouge dans un cas d'exhumation juridique. — Si on enferme dans une boîte de sapin un gros intestin dans lequel on a mis 2 grammes de cet oxyde mêlé à de la viande et à du pain hachés et réduits en bouillie épaisse par de l’eau albumineuse ; si on enterre cette boîte à 6 ou 7 décimètres de profondeur, et qu’on procède à l’exhumation trois ou quatre mois après, on remarquera dans la matière que renferme l’intestin plusieurs points rouges formés par l’oxyde , mais on ne découvrira aucune trace de mercure métallique.
Si on fait avaler à un chien de moyenne taille , 'a jeun , 3 grammes de bi-oxyde de mercure , et qu’après la mort on l’enterre dans une bière de sapin à 6 ou 7 décimètres de profondeur , et qu’on ne procède à l’exhumation qu’au bout de trois ou quatre mois, on verra qu’il n’existe dans le canal digestif aucune trace de mercure métallique , tandis qu’on découvrira aisément c'a et là des portions d’oxyde rouge de ce métal , à moins toutefois que celui-ci n’eût été entièrement expulsé par les vomissements ou par les selles.
®U fEOTOXYBE BE MERCURE.
Il est formé de bi-oxyde de mercure et de mercure métallique très divisé; il est solide , noirâtre et insoluble dans l’eau. Chauffé dans un petit tube, il se réduit en oxygène et en mercure; comprimé entre deux feuilles de papier, il laisse apercevoir à la loupe des globules mercuriels ; l’acide chlorhydrique le transforme en bichlorure soluble et en protochlorure insoluble.
BU PROTIOSUAE BS MERCURE.
Il est solide , jaune et insoluble dans l’eau ; chauffé seul dans un petit tube de verre , il donne des vapeurs violettes d’iode ; chauffé avec de la potasse, il fournit du mercure métallique, et il reste au fond du tube de l’iodure de potassium facile à reconnaître (voy. p. 73). Jl agit sur l’économie animale comme le sublimé corrosif, mais avec beaucoup moins d’intensité.
BU M-ÏOBUEE BS MERCURE.
Il est solide , rouge ; chauffé , il jaunit et donne de l’iode ; comme le précédent , il se transforme en mercure et en iodure de potassium s’il est chauffé avec de la potasse solide dans un petit tube de verre effilé à la lampe, il exerce le même mode d’action que le précédent, mais il est plus énergique.
Dl I* ROT 0 G H LO R l1 K K DK MERCURE.
BU PR.OTOCHLORURE DE MERCURE (Calomel as).
Le protochlorure de mercure est solide , blanc , à moins qu’il n’ait été exposé au contact de la lumière , car alors il est jaune, et même violet; il est insipide et insoluble dans l’eau. Chauffé avec de la potasse dans un petit tube de verre effilé à la lampe , il fournit du mercure métallique , et laisse au fond du tube du chlorure de potassium soluble et facile à reconnaître à l’aide de l’azotate d’argent. A froid , la potasse et l’ammoniaque le changent en chlorure de potassium et en protoxyde gris noirâtre ; l’acide sulfhydrique le transforme en acide chlorhydrique et en sulfure noir.
Le protochlorure de mercure est souvent administré à la dose de 50 à 60 centigrammes sans agir autrement que comme purgatif. Il est des cas pourtant où son ingestion dans l’estomac a été suivie de salivation , d’une superpurgation , de l’inflammation du canal digestif, de vomissements, de tremblements dans les membres, de convulsions et de la mort. Hoffmann cite deux cas dans lesquels 75 centigrammes de protochlorure de mercure occasionnèrent la mort de deux enfants de douze à quinze ans. ( De medicamentis insecuris et infidù , in oper. omn. Yï, 31 A.) Dans une autre circonstance, 16 grammes de ce corps donnèrent lieu à des vomissements, à un sentiment de brûlure dans la gorge , à une vingtaine de selles par jour suivies de prostration , de torpeur, d’insensibilité des organes des sens et de la mort. (Ledelius Miscellanea curiosa , 1692, Éphem. d’Allemagne.)
On sait d’un autre côté que ce médicament a été souvent administré dans plusieurs affections graves, telles que la fièvre jaune, le choléra asiatique, à la dose d’un gramme et plus sans donner lieu à des accidents , et qu’il a même agi avantageusement comme sédatif.
En résumant tout ce qui a été dit à cet égard , je pense que le protochlorure de mercure a quelquefois développé des symptômes d’empoisonnement parce qu’il n’avait pas été bien lavé et qu’il contenait du sublimé corrosif, et que dans certaines circonstances, lorsqu’il a séjourné long-temps dans le canal digestif, il a pu être nuisible , parce qu’il s’est peu à peu transformé en partie en bichlorure de mercure (voy. à la page 607 les expériences de M. Mialhe). Toutefois il me parait certain qu’à la dose de quelques grammes le protochlorure de mercure le plus pur doit être rangé parmi les poisons, alors même qu’il ne reste pas assez de temps dans le canal digestif pour se changer en partie en bichlorure. L’emploi avantageux qui en a été fait à une dose même forte dans la fièvre jaune, le choléra , etc,, ne modifie en rien mon opinion à cet égard, tous les praticiens sachant que l’homme ,
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dans certains états pathologiques, supporte impunément des doses considérables de substances vénéneuses qui agiraient à la manière des poisons énergiques chez les mêmes individus bien portants.
Azotate de -protoxyde de mercure. — Il est solide, blanc, d’une saveur âcre, styptique ; il se boursoufle lorsqu’on le met sur des charbons ardents , et se décompose en dégageant des vapeurs de gaz acide azoteux jaune orangé. L’eau le transforme en azotate très acide soluble et en sous-azotate. La dissolution précipite en noir par les alcalis , en orangé rougeâtre par l’acide chromique et par les chromâtes , en blanc par l’acide chlorhydrique , et en noir par l’acide suifhydrique.
Sulfate acide de protoxyde de mercure. — Il est solide, blanc et légèrement soluble dans l’eau bouillante ; la dissolution agit sur les réactifs comme la précédente ; toutefois l’eau de baryte y fait naître un précipité olive clair composé de sulfate de baryte blanc et de protoxyde de mercure noir ; si on dissout ce dernier dans quelques gouttes d’acide azotique pur, le sulfate de baryte paraît avec la couleur blanche qui lui est propre.
Azotate acide de bi-oxyde de mercure. — Il est en aiguilles blanches ou jaunâtres , d’une saveur âcre; il fournit , lorsqu’on le met sur des charbons ardents, du gaz acide azoteux jaune orangé. L’eau distillée le transforme en azotate acide soluble et en sous-azotate insoluble. La dissolution se comporte avec les alcalis et avec l’acide suifhydrique comme le sublimé corrosif. (Voy. pag. 554. ) Le sousazotate, connu également sous le nom de turbith nitreux , est solide, pulvérulent, jaune ou jaune verdâtre; mis sur les charbons ardents, il se décompose en bi-oxyde rouge et en gaz acide azoteux jaune orangé; chauffé jusqu’au rouge dans un tube de verre, il fournit du mercure métallique. L’acide sulfhydrique le noircit.
Observation lre. — Un garçon boucher, dans l’intention de se suicider, fit dissoudre sept parties de mercure dans huit parties d’acide azotique, y ajouta un peu de vert-de-gris, et à neuf heures et un quart du soir prit une cuillerée à thé de celte dissolution. Quelque temps auparavant il avait bu environ un litre de bière. Bientôt après il se plaignit d’être très mal à son aise et fut pris de vomissements. Les douleurs qu’il éprouvait devinrent si violentes, qu’il se roulait par terre, demandant à grands cris un couteau pour mettre fin à ses souffrances. Un médecin qui fut appelé sur ces entrefaites trouva le malade se plaignant de beaucoup de douleur dans la bouche et dans le pharynx, et tourmenté de hoquets vb>
lents et continuels. La t'ace pâle exprimait l’anxiété ; les extrémités étaient froides, le pouls petit et quelquefois même imperceptible, et le ventre relâché. On vida aussitôt l’estomac à l’aide de la pompe stomacale , et on administra de la craie préparée. Lorsque le docteur Bigsley vit le malade pour la première fois, une heure environ après l’ingestion du poison , il était beaucoup plus calme, la face pâle, bouffie, les yeux hagards, les lèvres livides; le pouls donnait 120 pulsations par minute; il était petit, mais régulier. Le malade accusait une sensation de brûlure depuis la bouche et le long de l’œsophage jusqu’à l’estomac et l’abdomen. Toutes ces parties étaient douloureuses au' toucher, et la région épigastrique offrait une tension bien marquée. Les vomissements et les évacuations alvines continuaient et ne cessèrent qu’avec la vie; enfin la mort survint vers minuit, environ trois heures après l’accident, sans aucun nouveau symptôme et sans qu’il y eût le moindre trouble dans les fonctions intellectuelles.
Le cadavre fut examiné douze heures après la mort. La face était bouffie et bleuâtre , les lèvres livides et couvertes d’écume ; la chaleur du corps n’avait pas encore tout-à-fait disparu. Tout le canal alimentaire contenait de la craie en poudre. La partie postérieure de la langue était dure et rude, et présentait une petite vésication; il y en avait une autre sur l’épiglotte; le larynx et la trachée étaient rouges et injectés; le pharynx était d’une couleur rose foncée, et offrait çà et là de petites taches d’un rouge pourpre et quelques croûtes dures, rudes, brunâtres et irrégulières , de la grandeur d’une fève. Ces taches brunes étaient évidemment des escarres imparfaites. Dans la partie inférieure, ces lignes d’irritation devenaient moins fréquentes; près de 8 centimètres de la partie moyenne de l’œsophage étaient sains ; mais au-dessous les mêmes lésions reparaissaient. L’estomac , à l'intérieur, ne présentait aucune trace de lésion; ses parois étaient épaissies, surtout du côté du pylore. Il était presque vide et ne contenait que quelques décagrammes d’eau teinte de bile, et un peu de matière grumeuse d’une couleur brune. Toute la membrane muqueuse offrait une teinte rose foncée, et du côté de l’extrémité cardiaque on voyait quelques taches de plusieurs centimètres de diamètre, d’une couleur livide ou brune, et ayant tout- à-fait l’aspect d’escarres. Quelques unes de ces taches étaient dans le même état que celles du pharynx ; d’autres étaient ramollies et réduites en une sorte de pulpe brunâtre qui, lorsqu’on l’enlevait, laissait voir au-dessoiîs d’elle la membrane lisse et d’un rouge vif. Ces escarres étaient principalement situées au sommet des rides de la membrane muqueuse. Il n’y avait pas d’abrusion de la membrane, excepté dans les points où l’on enlevait les escarres. Les mêmes altérations se retrouvaient dans le duodénum, seulement à un moindre degré. Le reste des intestins offrait à l’extérieur une teinte rouge terne qui provenait de la rougeur de leur membrane interne. La rougeur foncée et la lividité reparaissaient au commencement du cæcum, et de ce point diminuaient d’intensité en descendant vers le rectum , qui était tout-à-fait sain. Les autres organes abdominaux, ainsi que les viscères
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thoraciques, n’offraient absolument aucune lésion. La tête n’a pas été ouverte.
On sait que l’azotate de mercure ", de même que tous les sels solubles de ce métal , est un poison corrosif très violent. L’observation que nous venons de rapporter, qui est, à notre connaissance du moins, le seul exemple d’empoisonnement par cette substance, ne laisse aucun doute sur sa manière d’agir. Les effets terribles d’une aussi faible dose (une cuillerée à thé) sont aussi très remarquables ; on a vu d’aussi grands ravages produits par une aussi petite quantité de sublimé corrosif. (Bigsley, the Med. Gazette , décembre 1831.)
Observation 2e. — James Maxwell, âgé de trente-cinq ans, avait été admis à l’hôpital pour un rétrécissement de l’urètre, et se trouvant complètement guéri, il se proposait de sortir le 30 mars 1835. Dans la soirée du 29, il pria un de ses voisins de lui faire des frictions sur la hanche et sur la cuisse du côté droit avec de l’huile camphrée. Ce voisin se trompa de bouteille et fit usage d’une solution d’azotate de mercure. Une vive douleur se fit sentir immédiatement, et une heure après il fut pris d’un violent frisson qui dura une demi-heure. A cette époque, il rendit avec facilité une grande quantité d’urine, présentant un aspect naturel. Pendant les cinq jouis suivants, il n’urina pas une seule fois; le cathéter fut introduit plusieurs fois et ne fit sortir rien autre chose que deux ou trois petites cuillerées d’un liquide muqueux sans odeur urineuse. Quelques gouttes d’urine vinrent dans la nuit du 5 avril , et la nuit suivante il en rendit une grande quantité. A partir de ce moment, cette évacuation reprit son cours normal. Le 5 avril il avait été saigné , et M. Child avait reconnu dans le sérum du sang la présence de l’urée. L’escarre qui s’était formée était superficielle , mais très étendue; elle laissa une plaie très douloureuse qui se cicatrisa très lentement. Le ptyalisme se manifesta le troisième jour et fut très abondant ; le rebord alvéolaire de la mâchoire inférieure se dénuda. Le malade but abondamment pendant la suppression de l’urine ; il conserva sa connaissance et resta calme sans aucune disposition au coma. Le pouls était plein et mou, donnant de 80 à 90 battements. Les forces revinrent très lentement; cependant il put quitter l’hôpital le 26 avril, et alla à la campagne où il s’est rétabli promptement.
Ce fait est intéressant sous plus d’un rapport : 1° On y voit un sel de mercure appliqué extérieurement produire la suppression de l’urine , suppression qui a lieu également après l’ingestion dans l’estomac du sublimé à dose vénéneuse. 2° La suppression d’urine n’était point accompagnée de coma; la guérison eut lieu après une suppression complète d’urine pendant cinq jours. (The Edinburgh med. and sur g. journal , juillet 1835 , pag. 26.)
Sulfate acide de bi-oxyde de mercure. — Il est solide, blanc, déliquescent, décomposable par l’eau distillée en sulfate très acide soluble, et en sous-sulfate (turbith minéral). La dissolution est âcre et