‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 65 sur 85 · DU CUIVRE · texte numérisé non relu

DU CUIVRE

dans l’estomac furent mis dans un vase; toutes les portions métalliques se précipitèrent au fond ; l'huile qui surnageait se colora en vert , et les sucs gastriques, garantis du contact de l’air par l’huile, ne donnèrent, au bout d’un mois, aucune marque de putréfaction, et n’avaient dissous aucune partie de cuivre.

Drouard conclut de ces expériences que l’huile ne dissout point le cuivre dans les organes digestifs. Il en est de même du vinaigre que l’on fait agir dans l’estomac sur ce métal très pur.

Portai rapporte une observation qui ne semble pas, au premier abord, s’accorder avec les expériences que je viens de citer.

Observation. — Des étudiants en médecine s’étaient imaginé de traiter une hydropisie ascite avec de la limaille de cuivre incorporée dans de la mie de pain. Ils en administrèrent d’abord 3 centigrammes qui ne firent point d’effet sensible ; ils augmentèrent la dose par degrés , et allèrent jusqu’à 20 centigrammes par jour. Les urines devinrent très abondantes, l’enflure était sensiblement diminuée, et tout annonçait une convalescence prochaine , lorsque le malade se plaignit de ténesme ; des vomissements survinrent; il éprouva des coliques atroces; son pouls était petit, concentré, lorsque je fus appelé; je lui fis boire beaucoup de lait; je prescrivis la saignée, et le maintins plusieurs heures dans un bain à diverses reprises. Les symptômes se calmèrent ; et par le moyen du lait d’ânesse , qui fut pris pendant long-temps , le malade recouvra sa santé et son embonpoint (1).

Ce fait ne suffit pas pour détruire ce que j’ai établi relativement à l’innocuité du cuivre métallique; il est probable que la limaille de cuivre , enveloppée dans de la mie de pain , avait été préparée quelque temps avant son administration , et s’était oxydée.

On a soutenu pendant long-temps que le lait , chauffé ou laissé dans des vases de cuivre non oxydés , dissolvait une portion de ce métal et agissait comme poison. Eller, physicien de Berlin, a prouvé que cette assertion n’était pas exacte. Il a fait successivement bouillir, dans un chaudron bien décapé , du lait , du thé , du café , de la bière et de l’eau de pluie ; au bout de deux heures d’ébullition , il lui a été impossible de découvrir dans ces liquides la moindre trace de cuivre. Drouard a vu également que l’eau distillée , laissée pendant un mois sur de la limaille de ce métal dans un bocal de verre , n’en dissolvait pas un atome.

Les phénomènes varient si on substitue à l’eau pure celle qui contient une certaine quantité de chlorure de sodium. Eller a démontré

(1) Observations sur les effets ries vapeurs méphitiques chez l'homme, par Porta) , 6e édit., p. 437.

DES POISONS IRRITANTS

îa présence d’une très petite quantité de cuivre dans de l’eau qui contenait 1/20 de son poids de ce sel, et qu’on avait fait bouillir dans un chaudron de cuivre jaune (1). La quantité de cuivre dissoute a été plus grande lorsqu’on a fait bouillir la dissolution saline dans un chaudron de cuivre rouge bien décapé ; en effet , par l’évaporation de cette dissolution on a obtenu une poussière qui a donné 1 gramme 30 centigrammes d’acétate de cuivre quand on l’a fait dissoudre dans le vinaigre. Il est aisé de sentir combien ces résultats peuvent éclairer le médecin dans certains cas d’empoisonnement par des aliments assaisonnés , qu’on a fait chauffer dans du cuivre rouge.

Eller dit encore que si, au lieu de faire bouillir dans des chaudrons de cuivre une simple dissolution de chlorure de sodium , on la mêle auparavant avec du bœuf, du lard et du poisson , le liquide ne renferme pas un atome de cuivre , parce que ces substances jouissent de la propriété de s’emparer de l’oxyde de cuivre à mesure qu’il se produit , et de former avec lui un composé insoluble. Il est probable , ajoute-t-il, que plusieurs autres aliments annulent l’effet de la dissolution du sel commun , ce qui doit par conséquent rendre extrêmement rares les empoisonnements par les aliments cuits dans des vases de cuivre non oxydés. J’ai répété cette expérience en mettant dans l’eau 130 grammes de sel commun, et j’ai obtenu des résultats tout autres : le bouillon fdtré contenait du cuivre facile à reconnaître par une lame de fer bien décapée ; toutefois , le bœuf parfaitement lavé pendant plusieurs jours et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne se troublassent plus par l’acide suif hydrique , renfermait un composé cuivreux ; car en le faisant bouillir avec de l’eau aiguisée d’acide acétique, j’obtenais une dissolution qui, étant filtrée, évaporée et carbonisée par l’acide azotique , me fournissait du cuivre. Évidemment cette assertion d’Eller n’est exacte qu’autant que l’on agit avec une petite quantité de sel commun et une forte proportion de substances alimentaires animales.

Les émanations de cuivre auxquelles sont continuellement exposés les limeurs , les fondeurs et les autres ouvriers qui manient habituellement ce métal , produisent une espèce de colique qui diffère surtout de la colique des peintres par le dévoiement qui l’accompagne et par un mouvement fébrile plus prononcé (voyez Plomb). On a plusieurs fois traité cette maladie avec succès par la méthode dite de la Charité , comme pour la colique des peintres , quoiqu’elle paraisse, plus que celle-ci, consister en une inflammation du canal digestif.

(1) Dans cette expérience, le physicien de Berlin s’est servi de 2 kilog. 500 grammes d’eau et de 130 grammes de sel.

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