U CUIVRE
Quoique le cuivre métallique pur ne soit point vénéneux , je crois devoir en dire quelques mots, parce qu’il importe de le bien connaître avant de tracer l’histoire de l’empoisonnement par les sels et les oxydes cuivreux. Thomas Bartholin, Amatus Lusitanus, Lamotte , Hévin , etc. , rapportent des observations d’individus qui ont avalé des pièces de cuivre sans avoir éprouvé la moindre incommodité : ces corps étrangers ont été rendus par le vomissement ou par les selles , au bout d’un temps variable. Antoine Dubois parlait d’un jeune enfant qui avait introduit dans son estomac une boucle de cuivre : il ne souffrait point ; seulement ses excréments étaient verdâtres et semblables, par la couleur, au baume tranquille : l’analyse prouva qu’il n’y avait aucun atome du métal dont on soupçonnait la présence; la boucle, recouverte d’un léger oxyde brun, fut rendue cinq à six semaines après avoir été avalée (1).
Ces faits suffisent pour prouver l’innocuité du cuivre métallique en masses ; mais en est-il de même lorsqu’il est extrêmement divisé ? Il résulte des expériences faites par Drouard qu’il n’y a aucun danger à prendre ce métal pur, quel que soit l’état de division dans lequel il se trouve. Ce médecin en a donné jusqu’à 32 grammes, à l’état de poussière très fine , à une douzaine de chiens de différents âges et de diverses grosseurs, et aucun d’eux n’en a été incommodé : le lendemain les molécules métalliques ternies étaient expulsées avec leurs excréments.
Désirant ensuite connaître jusqu’à quel point l’huile et les corps gras, qui dissolvent si facilement l’oxyde de cuivre, agissaient sur ce métal dans l’estomac , Drouard fit les expériences suivantes :
Expérience ire. — Seize grammes de limaille de cuivre , mêlée à l’instant même avec 250 grammes de graisse, furent donnés à un gros chien qui n’en ressentit aucun mauvais effet.
Expérience ii*. — La même dose de limaille fut administrée à un chien de forte taille; on injecta dans son estomac 130 grammes d’huile, et on l’ouvrit cinq heures après ; le métal avait conservé son brillant métallique, et il était en partie dans son estomac, en partiç dans le canal intestinal : la limaille de cuivre , l’huile et les sucs gastriques contenus
(1) Expériences et Observations sur V empoisonnement par l'oxyde de cuivre (vert-de-gris); Dissertation soutenue à l’École de Médecine de Paris, en 1802, par Claude-René Drouard , p. 8.