‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 10 sur 107 · CLASSE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

CLASSE PREMIÈRE

Les poisons irritants sont ainsi appelés parce que , pour l’ordinaire , ils irritent , enflamment ou corrodent les tissus avec lesquels ils sont en contact. L’énergie avec laquelle ils produisent tous ces effets varie singulièrement , suivant qu’ils sont administrés à l’intérieur ou appliqués a l’extérieur, à l’état liquide ou solide , suivant la dose à laquelle on les emploie, etc. : ainsi plusieurs d’entre eux enflamment fortement les tissus du canal digestif et développent des symptômes nerveux peu marqués, lorsqu’ils ont été introduits dans l’estomac à la dose de quelques centigrammes, tandis qu’ils détruisent presque instantanément la vie, en agissant avec beaucoup d’énergie sur le cerveau ou sur la colonne vertébrale , s’ils ont été donnés à plus forte dose. En général , leur action est vive et redoutable. La plupart des acides , les alcalis , les sels métalliques , une foule de substances végétales , les cantharides , les moules et certains poissons , font partie de cette classe importante.

Symptômes produits par les poisons irritants.

Les symptômes produits par les substances irritantes introduites dans le, canal digestif dépendent presque tous des lésions de ce canal , du système nerveux et des organes de la circulation. Ces symptômes sont : une ardeur et une constriction à la bouche, à la langue, à l’œsophage, à l’estomac et aux intestins; des douleurs atroces dans toute l’étendue du canal digestif, principalement dans l’estomac et dans l’œsophage ; le hoquet , des nausées fréquentes , des vomissements dou-

loureux , opiniâtres, quelquefois sanguinolents et qui font craindre la suffocation; des déjections sanguinolentes avec ousans ténesme ; pouls petit, serré, fréquent, souvent imperceptible; respiration gênée , accélérée; froid glacial; quelquefois cependant chaleur intense, soif inextinguible; dysuric, strangurie et ischurie; sueur froide; décom jiosition subite des traits du visage, perte de la \ue, rire sardonique; convulsions et contorsions horribles , dépravation des facultés intellectuelles. Assez généralement l’intensité de l’inflammation est telle, que les individus sont plongés dans un grand état d’abattement ; ils présentent à peu près les mêmes phénomènes que les malades atteints de la fièvre dite adynamique ; incapables défaire le moindre effort ni de se soutenir, ils ne donnent que de légers signes de vie. Alors la langue est rouge sur les bords, sèche, plus ou moins gercée et brune à la surface supérieure , et on observe la plupart des symptômes décrits par le savant mleurdcs Phleymasies chroniques. Les taches pourpres et l’éruption miliaire , que plusieurs médecins ont regardées comme un symptôme de cet empoisonnement , manquent souvent, et sont loin de pouvoir être données comme un de ses caractères essentiels.

On aurait tort de croire que l’on observera l 'ensemble de ces symptômes chez tous les individus qui auront avalé un poison irritant ; loin de là, il arrive souvent que plusieurs de ces symptômes manquent dans tel cas donné , tandis qu’ils se montreront peut-être dans une autre espèce. 11 faut donc considérer la description qui précède comme offrant le résumé de ce qui a été vu dans les nombreux empoisonnements par les irritants , et non pas comme exprimant ce que l’on remarque dans chaque cas en particulier.

Les symptômes développés par les poisons de cette classe qui ont été appliqués sur la peau ulcérée ou sur le tissu cellulaire , varient suivant que le poison a été absorbé ou qu’il a simplement agi comme caustique : dans ce dernier cas , on observe tous les phénomènes qui sont le résultat d’une brûlure et d’une action sympathique sur le système nerveux ; la mort est ordinairement précédée d’un abattement fort considérable. Si , au contraire , le poison a été absorbé , indépendamment des phénomènes locaux , on remarque des symptômes qui annoncent une affection de l’estomac, du canal intestinal ou de la vessie , du cœur, des poumons , du cerveau , ou de quelques autres parties du système nerveux , suivant que l’un ou l’autre de ces organes a été affecté.

Lorsque les poisons dont il s’agit ont été injectés dans les veines , il est rare qu’ils développent les mêmes symptômes que ceux qui suivent leur ingestion dans l’estomac ou leur application extérieure; il en est cependant quelques uns qui sont dans ce cas. La plupart d’entre eux

donnent lieu h des phénomènes qui annoncent une action immédiate sur les poumons, sur le coeur ou sur le système nerveux.

Lésions (le tissu produites par les poisons irritants.

Parmi les moyens dont le médecin se sert avec le plus de succès pour constater l’existence de l’empoisonnement par les substances irritantes, les lésions de tissu doivent, occuper un rang distingué. En général, tous les individus qui ont succombé à ce genre de maladie offrent dans leurs tissus des altérations plus ou moins profondes , qui varient suivant la nature du poison ingéré et le temps pendant lequel il a agi. Les poisons irritants qui font l’objet de ces généralités laissent fréquemment des traces de leur séjour sur nos organes , et il importe de les connaître parfaitement.

1<> Les diverses parties de la bouche , l’œsophage , l’estomac et le canal intestinal sont enflammés ; tantôt la membrane muqueuse seule offre , dans toute son étendue , une couleur de feu ; tantôt cette couleur est d’un rouge cerise ou d’un rouge noir : alors il n’est point rare de voir les tuniques musculeuse et séreuse participer à cette inflammation , et l’on découvre une quantité plus ou moins considérable de taches noires semblables h des escarres, ou de zones longitudinales d’un rouge foncé, qui dépendent de l’extravasation du sang noir entre les tuniques ou dans le chorion de la membrane muqueuse. Quelquefois on trouve de petits ulcères ou des escarres dans diverses parties du canal digestif; la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins, qui peut être épaissie, est quelquefois ramollie et réduite en bouillie. Le plus souvent l’inflammation se borne à l’arrière-bouche , à l’estomac et aux gros intestins : phénomène qui paraît tenir à ce que le poison a été plus long-temps en contact avec ces parties qu’avec les autres.

Je pourrais citer à l’appui de ces assertions les résultats d ouvertures de plusieurs cadavres d’animaux que j’ai empoisonnés avec différentes substances de cette nature. Je me bornerai a rapporter les détails de deux cas observés par Hoffmann et par Tarira. Le premier de ces auteurs dit (1) qu’un homme de vingt-six ans fut empoisonné par un bouillon contenant de l’acide arsénieux : il mourut trente heures après. On trouva l’estomac enflammé vers son orificegauche; la membrane muqueuse rongée, détruite; les intestins en partie gangrenés, et en partie roulés et tordus. Tarira trace 1 histoire d une

(l) l'r iilcr ici Hoffmamii Opéra awiiia phytico-metlica , tom. ni. sert, u, cap. vin, obscrvatio 3, t>ag. m.

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