GÉNÉRALITÉS. Z
femme empoisonnée par l’acide azotique, et dont la mort n’arriva que vingt-quatre heures après avoir pris le poison. Les accidents qui la précédèrent dénotaient déjà la gangrène d’une portion du canal digestif. L’autopsie (il voir, dans le fond du grand cul-de-sac de l’estomac, trois ouvertures voisines les unes des autres, de la grandeur d’un écu de trois francs , à bords fort amincis , usés ou plutôt dissous : il était fort épais et très rétréci dans le reste de son étendue. L’orifice pylorique offrait plusieurs taches gangréneuses; le duodénum était frappé de gangrène à ses deux courbures et dans toute l’épaisseur de ses parois (1).
2“ La membrane muqueuse se détache facilement de la musculeuse, de manière que celle-ci et la séreuse restent parfaitement isolées. Hebenstreit et Mahon regardaient ce signe comme une des preuves infaillibles de l’empoisonnement. Le dernier de ces auteurs dit à ce sujet : «Je crois même, avec Hebenstreit, que le plus infaillible dessignes du poison est la séparation du velouté de l’estomac ; en effet , si l’on suppose un expert appelé pour examiner le cadavre d’un homme mort après un vomissement de sang , accompagné d’autres symptômes sus pects , il est clair que si ce vomissement vient de cause intérieure ou naturelle , on ne trouvera dans l’estomac d’autres vestiges de lésion que des vaisseaux dilatés ou rompus, des inflammations , des points gaugt éneux , etc. ; mais si l’on trouve l’intérieur de ce viscère comme écorché, qu on reconnaisse des fragments du velouté parmi les matièies contenues, il paraît assez naturel de conclure qu’une pareille séparation n a pu avoir lieu que par l’application de quelque substance corrosive ou brûlante sur la surface interne de l’estomac. Jl n’est guère possible de supposer que la seule putréfaction puisse opérer sur ce x elouté les mêmes effets qu’elle produit sur l’épiderme des cadavres : cai les rugosités ou les plis de cette membrane intérieure du ventricule ne permettent pas cette séparation subite ; et d’ailleurs, l’ouvertiiM tics fi équente de 1 estomac des cadavres ne m’a jamais présenté de séparation du velouté produite par la putréfaction, lors même que cette putréfaction était très avancée dans toutes ses parties. Ces observations, constatées par celles d’Hebenstreit, me paraissent autoriser des experts à considérer ce signe comme le plus positif, quoique d’ailleurs on puisse concevoir que, dans le reflux de certaines matières atrabilaires , ceux qui sont attaqués depuis long-temps de la maladie noire soient quelquefois dans le cas de présenter des effets analogues.
b! a‘ .<;aS ,l ôs rare avait lieu> 011 aurait à justifier l’existence de cette airabile , soit par les vestiges qu’on trouverait dans l’estomac , soit
(i) Dbserlation inaugurale intitulée nitrique, ohs. xiv, p. s;.
Essni sur l'empoisonnement par l’aride
mis POISONS IRRITANTS.
par les considérations prises du tempérament du sujet et de ses maladies antécédentes (1). »
3° Assez souvent les poumons sont le siège d’une altération marquée ; ils sont plus ou moins enflammés ; leur couleur est rouge ou violette ; leur tissu , serré, plus dense, moins crépitant que dans l’état ordinaire , contient une certaine quantité de sang ou de sérosité sanguinolente. Ces phénomènes peuvent tenir aux efforts répétés et infructueux de vomissement ; je pense cependant qu’ils soin, souvent le résultat ; d’une action spéciale de la substance vénéneuse sur les poumons.
k° Les ventricules et les oreillettes du cœur sont plus ou moins distendus par du sang différemment coloré, suivant l’époque à laquelle on ouvre les cadavres. Dans une multitude de circonstances, ce fluide se trouve coagulé une ou deux heures après la mort , et presque constamment il est dans cet état au bout de quinze ou dix-huit heures. Ce fait d’anatomie pathologique, dont je garantis l’exactitude, est loin de -confirmer l’opinion des auteurs qui ont avancé que , dans l'empoisonnement par les substances végétales , le sang restait fluide pendant long-temps. A la vérité , ils ont principalement voulu parler des substances narcotiques ; mais nous verrons , en faisant l’histoire de ces poisons, que leur assertion est tou t-à-fait dénuée de fondement.
Dans certaines circonstances , les ventricules du cœur, ou plutôt la membrane qui les revêt à l’intérieur, les colonnes charnues , les oreillettes ou les pelotons graisseux contenus dans ses cavités , sont plus ou moins enflammés, scarifiés ou ulcérés : le sublimé corrosif et 1 acide arsénieux déterminent assez souvent cette lésion.
5'’ Quelquefois la membrane interne de la vessie urinaire est injectée , enflammée , etc. On n’observe guère cette lésion que dans les cas d’empoisonnement par les cantharides.
6Ü Le cerveau et les méninges n’offrent point de lésion notable; cependant on remarque quelquefois un engorgement des vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de cet organe.
7° Quelquefois la puissance corrosive de ces poisons s étend sur la peau, qui se recouvre de taches noires, comme gangréneuses. iMoigagni parle d’une femme empoisonnée avec de 1 arsenic, qui oflrit après sa mort la face postérieure du corps entièrement noire de la tête aux pieds; les poumons étaient gangrenés, l’estomac cl le duodénum rongés (2). ,
Les caractères dont je viens défaire mention manquent quclqueiois
(1) Manon, Médecine légale, loin, u, p. 280.
(2) De Cawils et Seilibus Morbor., episl. lix, arl. ni, p. 24.