‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 13 sur 107 · DE L’IODE · texte numérisé non relu

DE L’IODE

niques dans cet endroit, on voyait que la membrane muqueuse était enflammée dans toute son épaisseur. La tunique musculeuse correspondant à cette partie était également phlogosée; l’intérieur de tous les intestins grêles était enduit d’une mucosité jaune, mêlée de sang, et très abondante. Les poumons, resserrés sur eux-mêmes, étaient crépitants. Le foie, la rate et la vessie, paraissaient être dans l’état naturel.

Cette expérience , répétée avec 5 grammes d’iode , a amené la mort d’un chien de moyenne taille à la lin du cinquième jour. Les symptômes et les lésions de tissu ont été à peu près les mêmes que dans l’expérience i".

Dans deux autres expériences, j’ai lié l’œsophage à des chiens, après avoir lait prendre à l'un 7 grammes et à l’autre 12 grammes d’iode ; le premier est mort au sixième jour, et l’autre au bout de trente et une heures. A l’ouverture des cadavres , j’ai trouvé des altérations semblables à celles que j’ai décrites dans l’expérience ri" seulement elles étaient beaucoup plus intenses chez l’animal qui avait vécu six jours.

Ces expériences répétées sur d’autres chiens ont fourni des résultats analogues.

Expériences. — Si l’on n’administre aux chiens que 3 ou k grammes d'iode sans lier l'oesophage, les animaux ne périssent pas en général ; ils font dos mouvements de déglutition, et iis vomissent, au bout de quelques minutes, des matières molles, teintes en jaune, dans lesquelles ou retrouve une partie de l’iode. Ces vomissements se renouvellent une ou plusieurs fois dans les premières minutes qui suivent l’introduction de la substance vénéneuse dans l’estomac. Une ou deux heures après, les animaux paraissent soullrir; ils ont le hoquet, et continuent à faire des mouvements de déglutition; ils restent couchés Sur le ventre. Quelques jours après, ils sont parfaitement rétablis , et dévorent les aliments qu’on leur donne.

Expériences. — Lorsqu’on fait avaler à des chiens de moyenne taille, à jeun, k grammes d’iode dissous dans GO grammes d’alcool à 3G degrés de l’aréomètre, et qu’on lie l’œsophage sans le percer, les animaux éprouvent aussitôt les symptômes de l’ivresse la plus prononcée, et meurent au bout d’une ou deux heures dans un état de grande prostration. A l’ouverture des cadavres, faite le lendemain , on trouve l’estomac d’un jaune bistre durci et comme tanné. Si l’on fait bouillir le foie, la rate, les reins, le cœur et les poumons , pendant deux heures environ , avec de l’eau distillée et 1 gramme de potasse, on obtient un liquide jaune, foncé ou brun, qui, étant filtré et traité par l’acide azotique, comme il sera dit plus bas, fournit de l’iode. On en recueille également de l’urine en suivant le même procédé.

Si, au lieu d’agir ainsi, on fait prendre aux chiens un mélange de 200 grammes d’eau et de 1 gramme d’iode dans ZiO grammes d’alcool ù 3G degrés mélangé d’autant d’eau, les animaux ne tardent pas à tomber dans un état d’ivresse qui fait des progrès rapides, et meurent dans l’abattement cinq ou six heures après. Si, immédiatement après la mort, ou

DES POISONS iniUTANTS.

ouvre les cadavres, ei que i'on traiie le foie, la rate, les reins, etc., comme je viens de le dire , on acquiert la certitude que ces viscères contiennent de l’iode.

Expériences. — Lorsqu’on fait une plaie sur le dos de chiens de moyenne taille, qu’on la saupoudre avec h ou 5 grammes d’iode, et qu’on réunit les lambeaux par deux points de suture , la peau jaunit tout-àcoup, et les animaux ne paraissent point incommodés. Le lendemain, ils mangent comme à l’ordinaire. Trois ou quatre jours après, la surface de la plaie offre une couche d’un blanc jaunâtre , assez épaisse , et moins sensible que les portions sous-jacentes, qui sont rouges et très enflammées. Au bout de six ou sept jours , les animaux se portent à merveille.

Orservation 1”. — Schmidt a administré pendant plusieurs jours de 5 à 15 centigrammes d’iode , et a remarqué les effets suivants : amaigrissement , abattement, appétit vorace, soif, lièvre, insomnie, fréquence du pouls, toux sèche , quelquefois cnllurc des jambes, excitation des organes génitaux, perles utérines chez quelques femmes.

Observation 2'. — Coindtt et Hufeland, indépendamment de ces accidents, ont vu les organes glanduleux, et particulièrement les seins, diminuer de volume , et la graisse fondre. J’ai fait la même remarque. Jhist cite un fait analogue. M. Devergie au contraire prétend que sous l’influence de 3 ou h centigrammes d’iode l’amaigrissement diminue, et qu’il a vu plusieurs scrofuleux dont les seins augmentaient d’une manière sensible; il ajoute cependant que, dans certaines circonstances, l’appétit était moindre , qu’il y avait du malaise et parfois de la fièvre.

Observation 3'. — Les vapeurs d’iode ont déterminé deux fois de violentes coliques chez M. Chevallier, et M. Lugol a remarqué que la vapeur qui s’exhalait des bains iodés pouvait produire l’ivresse avec congestion cérébrale.

Observation Zi'. — Désirant connaître les effets de l’iode sur rhomme, j’en ai avalé 10 centigrammes à l’étal solide, étant à jeun : une saveur horrible et quelques nausées sont les seuls accidents que j aie épiouvés de là part de celte substance vénéneuse. Le. lendemain matin, j’ai pris 20 centigrammes du même corps : j’ai ressenti su rde-champ une constriction et une chaleur à la gorge qui ont duré pendant un quart d’heure, et je n’ai point tardé à vomir des matières liquides jaunâtres, dans lesquelles on pouvait aisément reconnaître l’iode ingéré. Je n’ai pu découvrir aucun changement sensible dans la manière dont s exerçaient les fonctions , si ce n’est que j’ai éprouvé une légère oppression pendant le reste de la journée. Le surlendemain matin , j’ai avalé à jeun 30 centigrammes de cette substance vénéneuse : aussitôt après, chaleur, constriction à la gorge , nausées, éructations, salivation et épigastralgie; au bout de dix minutes , vomissements bilieux assez abondants, coliques légères qui ont duré pendant une heure , et qui ont cédé a deux lavements émollients. Le pouls, qui ne donnait avant l’expérience que soixantedix pulsations par minute, est devenu plus fréquent, et s est élevé à

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quatre-vingt-cinq ou quatre-vingt-dix pulsations : il était aussi plus développé. La respiration s’exercait assez librement : de temps en temps cependant il me semblait, dans le moment de l’inspiration, que j’avais 5 vaincre une grande résistance pour parvenir à amplifier la poitrine ; la chaleur de la peau me paraissait un peu plus forte qu’à l’ordinaire; l’urine , plus colorée , se comportait avec les réactifs chimiques comme celle que j’avais rendue avant l’introduction du poison. Une abondante boisson d’eau de gomme et des lavements émollients ont fait disparaître tous ces symptômes. Le lendemain , je n’éprouvais plus qu’une légère fatigue.

Observation 5°. — Dans un cas , l’iode occasionna des douleurs sous la région du foie, del 'amaigrissement , une fièvre quarte, de la diarrhée, une faiblesse extrême, une grande diminution du foie et une mort lente. (Journal de Ru*t, Magasin fur die gesamnite lieilkunde , xxn, 291.)

Observation 6e. — Gardncr dit avoir vu dans un cas mortel le foie notablement diminué de volume. D’après le meme auteur, un enfant de quatre ans mourut peu d’heures après avoir bu environ 1 gramme 30 centigrammes de teinture d’iode. ( Essay on the e/fecls of iodine , 182Zi, 20.)

Observation 7e. — 10 grammes de teinture d’iode ont déterminé une grande sécheresse depuis le pharynx jusqu’à l’épigastre, des douleurs atroces dans l’estomac et de vains efforts pour vomir. Au bout d’une heure, la face était animée, le pouls serré, petit et concentré; le malade éprouvait des mouvements convulsifs. Ces symptômes ont cédé en neuf heures à de l’eau tiède, prise de trois en trois minutes, qui a provoqué des vomissements, et aux opiacés. (J. de chim. médicale, iv, 216.)

Observation 8e. — La teinture d’iode occasionna une violente douleur de ventre, des vomissements, une diarrhée sanguinolente, la pâleur de la peau, un refroidissement général, des mouvements convulsifs des yeux , et de la fréquence du pouls. ( Jalm de Meningcn, Ilorn’s Azéhir fur mcdizinische Erfahrung, 1829, i, 3h0.)

Observation 9e. — Un malade , après avoir pris de fortes doses d’iode pendant un mois , éprouva une chaleur brûlante à la peau , des tremblements, des palpitations, des syncopes, un sentiment de brûlure le long de l’œsophage , et des selles fréquentes de. matières noires et bilieuses ; le pouls était très petit. La mort survint au bout de six semaines. (Zinc, J. complémentaire , xvm, 126. )

Symptômes et lésions de tissus produits par l’iode.

Les symptûmes’obscrvés dans les cas d’empoisonnement par l’iode peuvent être réduits aux suivants : vomissements, selles, douleurs plus ou moins vives dans un ou plusieurs points du canal digestif , soif en général ardente, bouche pâteuse, agitation, palpitation, trememenls, mouvements convulsifs, syncopes; quelquefois On remarque aussi des éructations violentes, des pertes utérines, etc.

L’usage prolongé de l’iode, même h la dose de 1 on 2 centigrammes par jour, développe quelquefois tout-à-coup, et sans que l’on s y attende, des évacuations fréquentes par haut et par bas, des douleui s épigastriques , des crampes ; le pouls est petit et fréquent , et l’amaigrissement fait des progrès rapides. Ces symptômes, d’une durée variable , reparaissent quelquefois , sinon tous , du moins quelques uns , au bout d’un certain temps.

Il est bon de noter cependant que l’on a vu souvent des individus prendre en peu de temps jusqu’à 5 4 ou 55 grammes de teinture d’iode ( 10 centigrammes ou 1 gramme par jour) sans en être incommodés ( Johnson Préfacé to his translation of Coindet on iodine , p. 9). M. Magendie dit en avoir avalé une fois 1 gramme 30 centigi animes

sans en avoir éprouvé d’effet nuisible.

les Usions cadavériques sont exactement résumées, en ce qui concerne les chiens, dans l’expérience première ( V. p. 64) ; aussi me dispenserai-je de les reproduire ici. Quant à l’homme, M. Zinc a constaté une fois que les intestins étaient boursouflés , fortement enflammés cà et là, et presque gangrenés; l’estomac, rouge à l'interieur était excorié dans l’étendue de 6 centimètres carrés ; sa membrane séreuse était détachée dans une étendue de G à 9 centimètres. Le foie était plus volumineux et d’une couleur lilas très clair.

11 résulte de tous -ces faits, 1" que l’iode solide, introduit dans l’estomac en petite quantité , agit comme un léger excitant et déterminé le vomissement ; 2» qu’à la dose de h grammes .1 fait constamment périr, en quatre ou cinq jours, les chiens dont on a lie œso nin„(. ct mi’ii produit lentement des ulcérations sur les points de la membrane muqueuse avec lesquels il a été en contact ; 3° qu’a la dose de 8 à 12 grammes, lorsqu’on n’a point lié 1 œsophage , il agit de même sur les animaux, qui tardent plusieurs heures a vomir, quand même une partie du poison aurait été expulsée par les selles; 4 qi i produit rarement la mort lorsqu’il a été administre a l état solide a Ta dose de h à 8 grammes, et que les animaux le rejettent peu de

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Zt des expérienœs qui nous sont propres et qui établissent sa présence dans les viscères, il a été trouvé dans l’urine, dans la sueur , dans la salive des hommes on des animaux, par MM.M œlder Cantu, Bennerscheidt et O’Shaugnessey; 7° que les effets funestes te a cm U1L d’iode sur les chiens dépendent surtout de l’action de 1 alcool qu elle 1 n - «.au’anrès avoir été absorbé, l'iode excite particulièrelyiUn.iq- « les organes de la géndraUon , O- qu U

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