DES ACIDES EN GÉNÉRAI
Les acides concentrés peuvent même déterminer la mort sans parvenir à l’estomac : certains malades ont succombé asphyxiés par suite de cautérisations de la bouche et du pharynx, qui avaient amené des angines avec une énorme tuméfaction des amygdales.
Sites acides sont moins concentrés , les symptômes pourront être moins intenses et ne pas se manifester tous , ni à beaucoup près. On conçoit qu’il doit y avoir à cet égard de très grandes différences, et que l’on aurait tort de vouloir conclure que l'empoisonnement n'a pas eu lieu par un acide, parce que l’on n’aurait pas observé tel ou tel autre symptôme. Il est évident aussi que si le caustique a été introduit dans le rectum , au lieu d’avoir été pris par la bouche , quelques uns des symptômes indiqués auront éprouvé des modifications , et que d’autres pourront même manquer.
Acides concentrés appliqués à l’extérieur. — Il suffit de savoir que ces acides agissent en brûlant pour se faire une idée des symptômes qu’ils déterminent : tantôt ce sera une brûlure superficielle très étendue , qui pourra faire, périr les malades en peu de jours ; tantôt il y aura cautérisation profonde , gangrène , etc. , et la mort n’arrivera que long-temps après l’empoisonnement. (Voy. les Traités de chirurgie. )
Acides concentrés injectés dans les veines. — Il suffit d’injecter quelques gouttes d’un acide concentré dans les veines pour déterminer une grande agitation dans les membres , qui deviennent roides ; les animaux poussent des cris plaintifs, et meurent presque immédiatement après l’injection.
Lésions des tissus. — Lorsque desacides plus ou moins concentrés soin introduits dans le canal digestif, ils enflamment toutes les parties qu’ils touchent. L’inflammation est en général légère là où le poison n’a fait que glisser; elle est plus intense dans les endroits où l’acide a séjourné pendant quelque temps. Ainsi, les diverses portions de la bouche, du pharynx et de l’œsophage, sont ordinairement le siège d une rougeur plus ou moins marquée ; on voit des taches blanches , jaunâtres ou brunâtres aux lèvres , au pourtour de la bouche ; on remarque aussi quelquefois des croûtes noirâtres , épaisses , au-dessous desquelles se forme un ulcère ; la langue , le pharynx , la luette , les piliers du voile du palais et les amygdales, d'un blanc grisâtre par places, peuvent être le siège d’escarres plus ou moins étendues. L’estomac et le canal intestinal présentent le plus souvent des traces d’un violent désordre : tantôt la membrane muqueuse est d’un rouge vif , d un rouge cerise ou d’un rouge brun, et les tuniques musculeuse et séreuse participent à l’inflammation, quoiqu'il un degré moindre; tantôt il y a en outre des ecchymoses formées par du sang extravasé
dans les aréoles (lu tissu lumineux sous-cutané. Assez souvent on trouve de véritables escarres , des ulcères qui peuvent intéresser toutes les membranes ; alors il y a des adhérences , une ou plusieurs perforations, et par suite des épanchements de liquides acides dans la cavité du péritoine ; les bords des ouvertures sont noirâtres ou jaunâtres. Dans certains cas, les tuniques muqueuse et musculeuse seules sont atteintes dans quelques parties, et alors la membrane péritonéale qui a échappé à l’action de l’acide est diaphane. La tunique interne des intestins grêles est assez souvent tapissée de la matière jaune de la bile , mise à nu par l’acide ingéré. Dans certaines circonstances , les tissus sont épaissis ; dans d’autres, ils sont ramollis et comme dissous, en sorte qu’ils se détachent avec la plus grande facilité. I! est des cas où l’on trouve l’estomac et le rectum très enflammés , tandis que la masse des intestins grêles est presque dans l’état naturel ; celte particularité , qui a également lieu pour un très grand nombre de substances vénéneuses , paraît dépendre de la rapidité avec laquelle une partie du poison traverse les intestins grêles, et du long séjour qu’elle fait dans l’estomac et dans le rectum.
Si, au lieu d’introduire l’acide concentré dans le canal digestif, on Y applique à l'extérieur, il détermine les mêmes lésions de tissu que la brûlure.
Quand l’acide concentré a été injecté dans les veines , on trouve le sang coagulé dans les cavités du cœur, dans les gros vaisseaux , dans les poumons , etc.