DE L’ACIDE CIII.OIÙIVDIUOUE
charbon , tandis que je prescris d’arrêter l’opération bien avant qufe cette décomposition ait en lieu , et même avant que la matière de la cornue soit complètement desséchée.
Acide chlorhydrique dans un cas d’exhumation juridique. — Si l'exhumation a lieu peu de jours après la mort, tout porte h croire que l’acide Chlorhydrique n’aura pas encore été entièrement saturé par l’ammoniaque qui se développe pendant la putréfaction , en sorte qu’on pourra en obtenir « l’état de liberté en procédant comnic je l’ai dit à la page 172. Si, au contraire, il s’est déjà écoülé un tenijis considérable depuis la mort, et que tout l’acide ait été transformé en chlorhydrate d’ammoniaque , on ne recueillera pas un atome d’acide libre dans le récipient en suivant la méthode que j’ai indiquée. Il faut en convenir, ce cas est excessivement épineux, et le médecin ne salirait agir avec assez de circonspection. Si, à l’aide de l’évaporation et de la cristallisation, il retire du chlorhydrate d’ammoniaque des liquidés trouvés dans le canal digestif, et de ce canal lui-même soumis h une ébullition prolongée avec de l’eatx distillée , on objectera qhe ce chlorhydrate a pu se développer pendant la putréfaction. Si, au moyen de l’azotate d’argent, il constate dans ces matières la présence d’une quantité assez considérable d’un ou de plusieurs chlorures , on fera observer que ces chlorures existaient naturellement dans les liquides de l’estomac et dans ce viscère lüi-même ; qu’il est impossible d’assigner d’avance et au juste la proportion de chlorures que contiennent habituellement ces matières et l’estomac lui-même ; eilfm , que le malade pouvait avoir pris peu de temps avant sa mort des aliments liquides ou solides fortement salés. S’il chauffe les matières suspectes eii vases clos , qu’il incinère le charbon pour déterminer combien les cendres fournissent de chlorÜCeS , et que d’uii autre côté il cherche à apprécier la proportion de chlorure contenue dans le liquide qui aura été recueilli dans le ballon , comme le veut M. Devergie, on objectera encore que toutes les matières animales à l'état normal décomposées ainsi , même lorsqu’elles ne sont pas pourries , donnent un produit liquide coiilenaht un ou plusieurs chlorures, et qu’à plus forte raison cela a lieu quand la putréfaction a fait des progrès rapides, et qu’il a dù se volatiliser une quantité plus ou moins notable de chlorhydrate d’ammoniaque; et l’on soutiendra, pour ce qui concerne les chlorures trouvés dans les cendres, qu’ils existaient naturellement dans les liquides de l’estomac et dans le canal digestif lui-même. Et qu’on ne vienne pas dire qu’il sera possible de décider la question en ayant égard à la proportion de chlorure d’argent obtenue , parce que cette proportion sera plus forte s’il y a eu empoisonnement que dans le cas contraire. Quand oh a expé-
DES POISONS IMITANTS.
rimenté, et que 1 ou sait combien est faible la quantité (l’acide chlorhydrique qui peut rester dans le canal digestif après la mort , môme lorsqu’on opère peu d’heures après le décès, on sent le eide de pareilles assertions. J’ai souvent empoisonné des chiens avec 16, 20 ou 2h grammes d acide chlorhydrique concentré ou étendu d’eau; les animaux ont eu des vomissements fréquents et des selles réitérées; les matières expulsées renfermaient beaucoup d’acide chlorhydrique. Aussi , lorsqu après la mort je cherchais à extraire l’acide chlorhydrique qui pouvait rester dans le canal digestif à Y étal libre ou combiné avec les tissus, n’obtenais-je dans le récipient que quelques centigrammes de cet acide. On conçoit qu’il doive en être ainsi pour tous les poisons dissous dans l’eau, qui sont facilement rejetés par les vomissements et par les selles.
Ces faits établissent suffisamment l’immense difficulté, je dirai presque l’impossibilité de faire servir les données fournies par la chimie h la solution du problème dont je m’occupe. L’expert ne pourra tout au plus puiser dans les documents fournis par l’analyse chimique que des renseignements vagues, et dès lors insuffisants pour motiver autre chose que de légers soupçons; c’est au commémoratif, a la pathologie et à l’anatomie pathologique à répandre, dans ces cas, la lumière qui permettra aux experts d’exprimer des doutes ou des probabilités sur l’existence d’un empoisonnement.
Acide chlorhydrique après l’ administration de contre-poisons alcalins. — Si, pour neutraliser les effets funestes de cet acide, on avait fait prendre au malade de la magnésie , du carbonate de cette base, du carbonate de chaux, etc. , l’acide aurait pu être complètement saturé , et l’expert ne découvrirait plus un atome d’acide libre en procédant comme je l’ai dit à la page 171 ; d’où il suit qu’il faudrait bien se garder de conclure dans ce cas que l’empoisonnement n’a pas eu lieu, par cela seul qu’on n’obtiendrait pas dans le ballon de l’acide chlorhydrique libre. Si, comme cela arrive souvent, au contraire, la totalité de l’acide n’avait pas été saturée, le liquide distillé en renfermerait une faible proportion. Dans le cas de saturation complète, il y aurait à rechercher quel serait le contre-poison administré, et à constater dans les matières suspectes la présence d’un chlorure de magnésium, de calcium, de potassium ou de sodium. L’existence de ces deux derniers, à moins qu’ils ne fussent excessivement abondants, n’avancerait guère la question , parce qu’ils peuvent se trouver naturellement dans les aliments ou dans les liquides du canal digestif ; il n’en serait pas de même des chlorures de magnésium et de calcium, qui n’existent jamais dans ces matières qu’en proportions excessivement minimes , ou qui n’y existent pas du tout, La solution de ce
DE l’acide chlorhydrique* 177
problème, comme on le voit, peut présenter de grandes difficultés, et exiger de la part des experts autant de réserve au moins que celui qui a pour objet la recherche de l’acide chlorhydrique dans un cas d’exhumation juridique faite long-temps après la mort. (Vov. page 175. )