‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 28 sur 107 · DE L’EAU RÉGALE · texte numérisé non relu

DE L’EAU RÉGALE

L’eau régale est composée d’acide azoteux, de chlore, d’eau, d’acide azotique et d’acide chlorhydrique ; elle est le résultat d’un mélange de ces deux derniers acides. On la reconnaîtra aux propriétés physiques et chimiques suivantes. Elle est liquide, jaune-rougeâtre ou rouge, d’une odeur désagréable et d’une saveur excessivement caustique ; elle rougit fortement l’eau de tournesol. Elle agit sur l’azotate d’argent dissous comme l’acide chlorhydrique. Le cuivre , le zinc et le fer se comportent avec elle comme avec l’acide azotique ; le gaz nitreux (bi-oxyde d’azote) , provenant de la décomposition de l’acide azotique, reste d’abord dissous dans la liqueur, et lui communique une couleur verdâtre ; bientôt après la température s’élève , le gaz se dégage avec effervescence, et répand des vapeurs d’un jaune orangé. L’eau régale dissout avec rapidité l’or divisé.

L’action de l’eau régale sur l’économie animale est analogue à celle des acides azotique et chlorhydrique.

DE L’ACIDE PHOSÏHORIQUE

Action sur l’économie animale.

Expérience i". — Lorsqu’on injecte dans les veines quelques centigrammes d’acide phosphorique dissous dans une très petite quantité d’eau, le sang est coagulé, et l’animal meurt au bout d’une ou deux minutes : si l’acide est affaibli, il n’éprouve aucune incommodité. Introduit dans l’estomac , l’acide phosphorique détruit la vie au bout d’un temps variable, suivant sa concentration et la dose à laquelle on l’emploie.

Expérience ii*. — On a fait avaler à un petit chien âgé de deux ans 1 gramme GO centigrammes d’acide phosphorique dissous dans 2 grammes d’eau : au bout de deux minutes, l’animal a vomi une petite quantité de matières filantes et roussâtres : ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans les cinquante premières minutes qui ont suivi l’ingestion du poison. Deux heures après, il a paru éprouver des douleurs à la gorge , et il a fait beaucoup d’efforts infructueux pour vomir. Le lendemain matin, il était abattu, triste, et se tenait couché sur le ventre. On I. 12

l’a mis sur ses pattes pour le faire marcher ; mais il éprouvait des vertiges tels, qu’il lui était impossible de faire deux pas sans tomber, il est mort à midi ( vingt-trois heures après l'empoisonnement,'. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge foncé , principalement dans la portion qui avoisine le pylore ; l'intérieur du duodénum offrait la même altération. Les poumons étaient sains.

Expérience iii°. — 1 gramme 35 centigrammes de cet acide furent donnés à un lapin adulte. Pendant ime heure , l’animal parut un peu agité, et refusa de manger ; mais peu de temps après , il se rétablit complètement. Au bout de vingt-quatre heures, on lui administra h grammes de la même substance dissoute dans un peu d’eau ; presque aussitôt la respiration devint difficile, et, au bout de quinze à trente minutes, l’animal parut agité et dans un état d’anxiété, et cependant il semblait redouter de se remuer. Dix ou douze heures après, il y eut un vomissement d’un liquide sanguinolent , et l’animal mourut avec de faibles mouvements convulsifs. La membrane muqueuse de l’cslouiac était d’un rouge brun , du côté du cardia seulement. Cet organe ne contenait qu’une très petite quantité d’acide phosphorique ; cependant les matières qu’il renfermait avaient une action acide très prononcée , qui dépendait de la présence de l’acide*chlorhydrlque. Les organes de l’abdomen étaient sains, et ne contenaient aucune trace du poison. Les poumons et le cœur étaient gorgés de sang ; le cerveau était sain, ainsi que les reins, qui ne donnaient aucun signe d’acidité. Nulle part on ne put découvrir l’odeur du phosphore. L’urine était fortement imprégnée d’acide phosphorique, comme on s’en assura à l’aide de l’ammoniaque et du sulfate de magnésie. L’utérus était très rouge , et dans le vagin on trouva un liquide sanguinolent. (Horn’ Archiv fur Medizinische Erfahrung , septembre et octobre 1830. )

L’analogie qui existe entre le mode d’action de l’acide phosphorique et de ceux dont j’ai fait l’histoire, doit me dispenser de donner à cet article une plus grande étendue.

Symptômes , lésions de tissu et traitement.

Voyez page 83.

Acide phosphorique concentré. — Il ésl solide, inodore, incolore, et d’une saveur aigre; le plus ordinairement il se présente sous forme d’un liquide épais , presque visqueux , rougissant fortement le tournesol. Chauffé , il fond et donne un verre blanc et transparent. Si, après avoir été pulvérisé avec trois parties de charbon dans un mortier de porcelaine, on le chauffe fortement dans un creuset, il se décompose bientôt et fournit du phosphore qui ne tarde pas it s’en-

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