DE LA POTASSE ET DU CARBON ATE DE POTASSE
Expérience i"- — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien w de six mois, 25 centigrammes de pierre à cautère dissoute dans grammes d’eau distillée : l’animal a éprouvé sur-le-champ un léger
DE LA POSASSE. 211
tietrlLilëttlent des muscles du tronc , et il est mort au bout de deux fiiitiu • tes, sans avoir donné le moindre signe de douleur ni de convulsions. On l’a ouvert immédiatement après. Le coeur était volumineux ; les deux ventricules étaient pleins de gros caillots de sang noirâtre; Icspoumoiis étaient crépitants et ne paraissaient point altérés ; les muscles étaient palpitants. La même expérience, répétée sur un chien plus Tort, a fourni des résultats analogues.
Expérience 11e. — On a fait avaler à un chien de moyenne taille 1 gramme 7 décigrammes de pierre à cautère solide : l’animal a paru brillé pendant la déglutition de ce caustique ; au bout de cinq minutes, il a vomi des matières blanches mêlées de jaune et de vert, après avoir fait les plus violents efforts. Ces matières verdissaient fortement le sirop de violette, et précipitaient en jaune serin le chlorure de platine. Les vomissements se sont renouvelés trois minutes après ; l’animal poussait des cris plaintifs et il était en proie aux douleurs les plus atroces; sa bouche était pleine d’écume , sa respiration difficile. Environ un quart d’heure après l’ingestion du poison , il a vomi trois fois, dans l’espace de cinq minutes , des matières sanguinolentes peu abondantes , verdissant egalement le sirop de violette : il a continué à se plaindre pendant deux heures. Le lendemain , détail dans un très grand état d’abattemen). Le troisième jour, il exerçait ses fonctions avec beaucoup de langueur; il était presque mourant : il a expiré dans la nuit. La membrane muqueuse dé l’œsophage était généralement rouge , et offrait çà et là des portions noires. L’estomac était vide; sa tunique interne était très rouge dans toute son étendue ; il y avait auprès du pylore un trou circulaire d’environ huit lignes de diamètre, qui était entouré d'un reboid saillant , livide, dur, formé par une matière lardacée et par un peu de sang noir coagulé. La membrane muqueuse du duodénum et du jéjunum présentait également une couleur rouge très intense. Les poumons étaient sains.
Expérience iiic. — J’ai administré à un chien à jeun lx grammes de potasse à la chaux dissoute dans 13o grammes d’eau et j’ai lié l’œsophage. L’animal est mort six heures après et a été aussitôt ouvert. Le foie, la rate, les reins, détachés à l’instant même sans que le canal digestif fôt percé , ont été coupés en morceaux et placés dans une capsule de porcelaine avec de 1 eau distillée ; on a fait bouillir le liquide pendant une heure, puis on i’a filtré; la dissolution ne paraissait pas avoir d’action sur le papier rougi de tournesol ; on l’a fait évaporer jusqu’à siccilé ; dès qu’elle | a été passablement concentrée, elle à légèrement ramené au bleu le papier réactif. Le produit solide obtenu , agité pendant dix minutes environ avec de l’alcool froid marquant hh degrés, a été chauffé jusqu’à la température de l’ébullition pendant six ou sept minutes; on a filtré la liqueur bouillante et on l’a fait évaporer dans une capsule de porcelaine, jusqu’à ce qu elle fût carbonisée et qu’elle ne répandît aucune vapeur; le charbon touché par un papier rougi et légèrement mouillé rendait à celui-ci sa couleur bleue; on l’a détaché de la capsule pour l’introduire dans un 1 renset d argent, dans lequel il a été chauffé jusqu’à ce qu’il Alt réduit
en cendres; celles-ci, traitées par l’eau bouillante, ont fourni un solutum, qui étant filtré et concentré par l’évaporation bleuissait fortement le papier rougi et précipitait par le chlorure de platine et l’acide perchlorique comme le carbonate de potasse.
Le foie, la rate et les reins d’un chien h l 'état normal, traités par l’eau bouillante , par l’alcool , etc. , comme il vient d’être dit dans la troisième expérience , ont donné une cendre alcaline dans laquelle il a été impossible de déceler la moindre trace de potasse par le chlorure de platine et par l’acide perchlorique.
Expérience ivc. — On a fait avaler à un chien de moyenne taille' et à jeun 8 grammes de carbonate de potasse du commerce ; immédiatement après, l’animal a éprouvé des souffrances horribles; il s’est roulé par terre dans un état de grande agitation. Au bout de cinq minutes, il a vomi avec effort des matières blanchâtres, un peu épaisses, verdissant le sirop de violette, et faisant effervescence avec l’acide sulfurique; il poussait continuellement des cris plaintifs; sa respiration était difficile. Ces symptômes ont augmenté jusqu’au moment de la mort de l’animal , qui a eu lieu vingt-cinq minutes après l’ingestion du poison. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge très foncé dans toute son étendue; plusieurs des vaisseaux qui la parcourent étaient injectés; il n’y avait aucune altération sensible dans les intestins ni dans les poumons.
Expérience vc. — Nous devons à M. Bretonneau, médecin fort distingué de Tours, des observations curieuses sur les effets de la potasse, qu’il a bien voulu me communiquer. « A la dose de 2 grammes et au-delà, cet alcali, introduit dans l’estomac, a constamment déterminé sur les chiens des vomissements , le marasme et la mort. Une lésion grave ulcéreuse de l’œsophage et la destruction de sa tunique épidermoïde ayant paru la cause principale du vomissement, la substance alcaline a été déposée dans l’estomac, près de son orifice pylorique, au moyen d’un portecaustique qui a borné son action aux parois de ce viscère : dès lors 2 et même 8 grammes de potasse caustique ont pu être injectés successivement, et à de plus ou moins longs intervalles, sans causer la mort. Une affection idiopathique plus ou moins grave de l’estomac a été développée, et s’est manifestée par des vomissements spumeux, muqueux, savonneux, fauves, ensanglantés, et même de sang presque pur. Mais après deux jours de repos, pendant lesquels l’animal montrait peu d’avidité pour les aliments, sans qu’on vît se développer aucun trouble sympathique des fonctions de la vie animale et organique, il ne tardait pas à être rendu à ses dispositions habituelles. Les lésions qu’on découvrait après plusieurs semaines dans l’estomac de ceux de ces animaux qu’on faisait périr par strangulation , n’auraient pu être soupçonnées en voyant leur voracité , leur pétulance et leur gaieté. Chez plusieurs , la membrane muqueuse a été trouvée détruite dans la plus grande partie de son étendue ; dans quelques points, les tuniques musculaire et péritonéale avaient été intéressées, et formaient des cicatrices épaisses, rugueuses, enfon-
cées, qui étaient très apparentes même à la surface extérieure de l’es-
^l'cs résultats obtenus par l’injection de l’eau bouillante, portée dans l’estomac sans intéresser l’œsophage , ont été analogues à ceux de la potasse.
Expérience vie. —Deux fois j’ai introduit dansl’estomacde deux chiens robustes et de moyenne taille 2 grammes 5 décigrammes de potasse à la chaux solide coupée en douze petits fragments. Les animaux étaient à jeun, et chaque morceau d’alcali arrivait dans l’estomac sans avoir touché l’œsophage, puisqu’il était poussé par une tige métallique dans une large sonde de gomme élastique qui descendait jusqu’au pylore ; je m’assurais à la fin de l’opération que la sonde n’avait pas été percée. Dans une troisième expérience, j’injectai dans l’estomac d’un troisième chien à jeun la même quantité de potasse à la chaux dissoute dans 80 grammes d’eau ; je me servis pour cela d’une seringue et d’une large sonde, en sorte qu’ici , comme dans le premier- mode d’expérimentation , l’œsophage n’était point en contact avec l’alcali. Ces trois animaux ont vomi à plusieurs reprises, surtout dans la première heure qui a suivi l’empoisonne-
iment, des matières spumeuses, ensanglantées, et même du sang pur contenant beaucoup de potasse ; ils ont éprouvé tous les symptômes qne développe cet alcali, et sont morts, l’un au bout de vingt-quatre heures, l’autre trente heures après l’empoisonnement, et le dernier au bout de quarante-six heures. L’estomac était fortement enflammé, ecchymosé, ulcéré , escarrifié par places; la membrane muqueuse était détruite dans quelques points ; mais il n’y avait aucune trace de perforation. Les deux
! tiers supérieurs de l’œsophage n’étaient le siège d’aucune altération , tandis que dans son tiers inférieur, ce conduit oiïrait à peu près les mêmes lésions anatomiques que l’estomac.
La différence entre mes résultats et ceux qu’avait obtenus M. Bretonneau tient , sans aucun doute , à ce que ce médecin n’a pas introduit à la fois dans l’estomac la quantité d’alcali indiquée , et qu’il l’a au contraire injectée en plusieurs doses et à des intervalles plus ou moins longs. Si à chaque prise les animaux ont vomi et rejeté une portion notable du poison , comme cela paraît certain d’après l’indication donnée par M. Bretonneau , on conçoit qu’ils n'aient point péri. Quoi qu’il en soit , le fait annoncé par le savant médeçin de Tours n’en est pas moins remarquable, parce qu’il prouve que les animaux dont je parle peuvent manger avec voracité et vivre , alors même que leur estomac est le siège d’altérations excessivement intenses.
Observation 1". — Plenck rapporte qu’un malade, d’une forte constitution, avala 32 grammes de sel de tartre (carbonate de potasse) ; il fut pris aussitôt d’un violent vomissement qui dura pendant quarantehuit heures, et d’une inflammation de l’estomac à laquelle il ne succomba point. -
Observation 2e. — Une jeune blanchisseuse , nommée Théodore
21 h DES POISONS IRRITANTS.
Fourneaux , demeurant au Bourget , d’une très forte constitution , avala , sur les six heures du matin et par mégardc, environ une cuillerée de potasse d’ Amérique tamliéc en deliquium : immédiatement après l’accident , la malade éprouva la sensation d’une brûlure depuis la bouche jusqu’à l’estomac, avec un resserrement considérable dans les mêmes parties; l’épiderme des lèvres, de la langue, des joues, du palais, se détacha , et tomba en lambeaux; des nausées, des vomissements accompagnés de douleurs atroces dans l’estomac se montrèrent bientôt après. La malade était dans une anxiété continuelle ; l’abdomen était très sensible au toucher; des sueurs froides inondaient tout son corps; ses membres étaient agités de tremblements et de mouvements convulsifs. Les hoquets, la faiblesse, se succédaient rapidement. Quatre minutes après l’accident, on lui fit boire une grande quantité de lait et d’huile; elle en éprouva un peu de soulagement : cependant les hoquets et les vomissements persistèrent toute la journée , et furent remplacés par de violentes coliques et des déjections alvines très abondantes, dans lesquelles on voyait flotter des lambeaux membraneux noirâtres et des stries de saDg. La malade eut de 36 à 40 selles en vingt-quatre heures. Le surlendemain, les accidents persistèrent avec moins d’intensité : cependant la fièvre se déclara; des frissons généraux, un froid des plus vifs dans les extrémités , se montrèrent également ; les vomissements et les hoquets reparurent. La malade, amenée à Parts le 4 octobre 1817 ( six semaines après l’accident), était pâle, décolorée et dans le marasme le plus complet; ses yeux étaient caves et cernés; elle ne prenait que très difficilement des aliments liquides qui lui occasionnaient toujours des douleurs fort vives, et qui sortaient souvent par régurgitation ; les vomissements n’étaient pas continuels ; ils n'avaient lieu qu’après l’introduction des aliments et des boissons dans l’estomac. La malade dormait peu, et éprouvait continuellement dans tout le ventre, et spécialement dans l’épigastre, des douleurs brûlantes qui augmentaient par la pression ; Les selles étaient liquides, purulentes, et parfois sanguinolentes; les urines rares et très colorées; les membres étaient habituellement froids, et ce n’était qu’avec la plus grande peine qu’on parvenait à les réchauffer; l’épiderme de la langue et des autres parties de la bouche était régénéré , et la sensation des saveurs, qui avait été abolie pendant as ez long-temps, était rétablie. Le praticien auquel celte jeune malade fut amenée introduisit une sonde de gomme élastique dans le pharynx et jusque dans l'estomac ; mais son contact excita de si violentes douleurs et des vomissements si fatigants qu’on fut obligé de la retirer ; elle sortit couverte de pus et de sang , ce qui fit connaître l’état d’ulcération de l’œsophage. On prescrivit à la malade de boire de l’eau d’orge sucrée, du bouillon, cl de prendre en lavement du bouillon et du lait. Nous n’avons pas eu de ses nouvelles depuis celte époque. ( Observation communiquée par M, J. Cloque!. ) Observation 3e. — Deux jeunes personnes, âgées l'une de seize ans, l’autre de douze, se rendirent en juin sur les côtes pour prendre des bains de mer. Avant de commencer l'usage de ces bains, on leur ordonna de
mireer et au lieu de leur administrer les sels prescrits , on leur donna à chacune, par erreur, 16 grammes de carbonate de potasse. La plus jeune languit pendant quelque iemps, et succomba en septembre , quatre mois après ; la plus âgée en août , trois mois après. ( Bibliothèque medicale, mars 1818.) .
Observation Û*. — 30 centigrammes de carbonate de potasse , donnés a unenfantattcintdevomissemenlquiétail occasionné probablement par une gastrite, ort donné lieu h un empoisonnement qui a failli être mortel.
(Guvot, Journal gén. de mèd., 87, p. 313. ) observation 5e. — La fille Muret, ûgée de trois ans, croyant trouver de la bière au fond d’un vase qui était sous sa main, le porta immédiatement à sa bouche , et but une certaine quantité de carbonate de potasse qui était devenu liquide par déliquescence. Une heure après , les lèvres , la langue et la gorge étaient gonflées; la respiration était laborieuse, et accompagnée de râles très forts ; le pouls était petit et fréquent , la peau froide ; un vomitif lui fut aussitôt ordonné , et ensuite on lui fit prendre autant de suc de citron étendu d’eau qu’il fut possible; puis un vésicatoire fut appliqué sur l’épigastre. Il n’y eut point de vomissements. L enfant alla continuellement en s’affaiblissant; il eut des convulsions, et mourut au bout de vii.gt-quatre heures.
La membrane muqueuse des lèvres, de la langue et de la gorge , était gangrenée , et le tissu cellulaire de ces régions très ramolli. A l’ouverture du larynx, on trouva la glotte rétrécie par une injection vasculaire et une forte extravasation de sang dans le tissu sous-muqueux ; la trachée et les poumons paraissaient sains ; l’œsophage présenta dans toute sa longueur des taches couleur de chocolat que l’on retrouva également dans 1 estomac , et il semblait qu’il manquât la membrane muquense , qui tout autour faisait une saillie en bourrelet assez prononcée ; mais en examinant avec plus de soin , on reconnot que celte membrane n’était pas détruite : cette saillie était produite par une injection vasculaire. Tous les autres organes étaient à l’état normal. (Cox, Journal de chimie médicale, année 1836, page 27 h.)
Symptômes de l'empoisoimcment par tapotasse.
l'ue saveur âcre, urineuse et caustique , line chaleur vive à la gorge , des nausées , des vomissements, de matières, souvent sanguinolentes, alcalines, rétablissant la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide, et faisant pour l’ordinaire effervescence avec les acides , des déjections alvines abondantes , une épigaslralgie des plus vives, des culiques atroces, des convulsions, l'altération des facultés intellectuelles, etc, : tels sout les symptômes alarmants développés par celalcalL Si la potasse a été avalée, à une dose un peu forte. )a mort ne tarde pas à survenir.
Lésions de tissu produites par la potasse.
Je suis porté à croire, d’après un très grand nombre de faits, que cet alcali est de tous les poisons irritants celui qui perfore le plus souvent l’estomac ; il produit aussi l’inflammation des diverses membranes de ce viscère et de celles qui composent les intestins, et un ramollissement considérable des tissus.
Conclusions. — 1° La potasse pure, injectée dans les veines, détermine la mort en coagulant le sang ; 2" lorsqu’elle est introduite dans l’estomac , elle enflamme , corrode ou perfore le canal digestif , en sorte que l’animal succombe à une inflammation dont la terminaison a quelquefois lieu par gangrène ; 3° si elle est dissoute dans une assez grande quantité d’eau et ingérée, elle est absorbée et portée dans tous les organes , d’où elle peut être retirée , et où les experts devront la chercher s’ils n’ont pas constaté sa présence dans les matières vomies ou dans celles qui existaient dans le canal digestif.
Traitement de l’empoisonnement par la potasse.
Existe-t-il quelque contre-poison de la potasse ? Il résulte des expériences que j’ai tentées sur les chiens, que le vinaigre étendu d’eau est le médicament qui peut être administré avec le plus de succès. Tous les animaux auxquels on fait prendre de la potasse caustique, et que l’on abreuve immédiatement après d’eau vinaigrée, souffrent moins que ceux qui ne boivent que de l’eau. Si, après avoir introduit dans l’estomac d’un chien une certaine quantité de dissolution de potasse caustique , on lui fait avaler dans le même instant une forte dose de vinaigre concentré, et qu’on lie l’œsophage, après l’avoir percé, afin d’empêcher le vomissement , l’animal fait de légers efforts pour vomir, et ne. présente que très peu de symptômes d’empoisonnement. Après la mort, qui a lieu au bout de quatre ou cinq jours , on ne trouve point les tissus altérés, corrodés et perforés, à moins que la quantité de vinaigre ingérée n’ait été trop faible pour saturer toutes les parties alcalines.
Le fait suivant vient à l’appui de ce que j’avance. Barruel , ancien préparateur de chimie à l’Ecole de médecine de Paris, eut le malheur, il y a quelques années , d’introduire dans sa bouche une dissolution alcoolique de potasse pure, qu’il transvasait au moyen d’une pipette : aussitôt après il éprouva une ardeur et une douleur très vives dans les divers points de la membrane muqueuse qui tapisse la bouche ; il eut recours au vinaigre, qui ne tarda point h saturer tout l’alcali libre : par ce moyen les symptômes, loin d’acquérir un nouveau degré d’in-
tensité, diminuèrent sensiblement, en sorte que le corrosif ne détermina qu’une légère inflammation de la membrane muqueuse.
Le médecin appelé pour secourir des individus empoisonnés par la potasse caustique ou carbonatée, aura donc recours à l’eau très légèrement vinaigrée, prise en grande quantité, ce médicament jouissant du double avantage de neutraliser l’alcali libre et de favoriser le vomissement. Dès les premiers instants de l’accident , on se hâtera aussi de gorger les malades d’eau froide ou tiède , ou de tout autre boisson mucilagineuse et adoucissante. Lorsque les premiers accidents seront calmés , il faudra employer tous les moyens capables de prévenu- ou d’arrêter l’inflammation des organes contenus dans le bas-ventre et dans les parties supérieures du canal digestif.
Recherches médico-légales.
Potctsié à l’alcool pure.- — Elle est blanche, inodore, d une saveur excessivement caustique, très soluble dans l’eau et déliquescente. Sa dissolution aqueuse, moyennement concentrée ou très concentrée , verdit le sirop de violette et ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide ; l’acide carbonique ne la précipite point. Elle décompose l’azotate d’argent et en sépare l’oxyde de couleur olive clair, soluble en entier dans l’acide azotique pur. Le chlorure de platine y fait naître un précipité jaune serin, grenu, pulvérulent , qui occupe le fond du vase et qui adhère aux parois du verre, tandis que la soude n’est précipitée par ce réactif que lorsqu’elle est en dissolution concentrée , et alors le précipité est jaune rougeâtre et moins adhérent au verre que le précédent. L’acide perchlorique précipite la potasse en blanc, tandis qu’il ne trouble pas la dissolution aqueuse de soude moyennement concentrée.
Dissolution aqueuse de potasse pure affaiblie. — Elle verdit le sirop de violette et ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide ; l’acide carbonique et l’azotate d’argent agissent sur elle comme sur la dissolution concentrée , à moins toutefois , en ce qui concerne l’azotate d’argent, qu’elle ne soit par trop étendue. Le chlorure de platine et l’acide perchlorique ne la troublent pas , même au bout de plusieurs heures ; et comme il est indispensable de pouvoir constater ces deux propriétés pour conclure à l’existence de la potasse dans la liqueur, il faut évaporer celle-ci et l’amener au degré de concentration convenable pour que ces deux réactifs la précipitent. Ces caractères suffisent et au-delà pour s’assurer de la présence de la potasse , et il est inutile de recourir à l’acide carbazotique proposé par quelques auteurs. On ne conçoit pas non plus la nécessité de pousser
1 évaporation jusqu’à siccité et de calciner le produit dans un creuset d argent, comme le conseille M. Devergic , dans le but, dit-il , de volatiliser 1 ammoniaque ou scs composés, s'ils existaient. Evidemment si la potasse est pure, et il la suppose telle, elle ne renfermera aucun composé ammoniacal.
Potasse à la chaux ( pierre à cautère ). — Elle contient, outre la potasse pure, une certaine quantité de chaux, de sulfate de potasse, de chlorure de potassium , d’acide silicique, d’alumine, d’oxydes de fer et de manganèse. Elle diffère de la potasse à l’alcool : 1° parce qu’elle fournit avec l’azotate d’argent un précipité d’oxyde d'argent olive mêlé de chlorure d’argent blanc ; en effet , si l’on ajoute quelques gouttes d’acide azotique pur, l’oxyde est dissous et le chlorure reste sous forme de grumeaux blancs et lourds ; 2° parce que l’azotate de baryte y fait naître un précipité blanc de sulfate de baryte insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique froid ou bouillant ; 3° parce qu’elle donne avec l’oxalate d’ammoniaque un précipité blanc d’oxalate de chaux. J’ajouterai qu’il n’est pas rare de voir la potasse à la chaux colorée en brun , eu jaune ou en rougeâtre.
Potasses du commerce. — Elles renferment des quantités de carbonate de potasse (sous-carbonate) qui varient depuis AO jusqu’à 65 pour cent, et en outre les diverses matières indiquées à l’occasion de la pierre à cautère , à l’exception de la chaux. La potasse d’Allemagne ne contient guère que AO à A 5 pour cent de carbonate, tandis qu’on en trouve 65 dans la potasse perlasse d’Amérique , et 55 à 60 dans celle de’ Russie. Elles se comportent avec les réactifs comme la potasse à la chaux, si ce n’est qu’elles font effervescence avec les acides faibles, qui en dégagent l’acide carbonique à l’état de gaz, et qu’elles ne précipitent pas par l’oxalate d’ammoniaque.
Potasse à l’alcool mêlée au vin rouge. — Il suffit de quelques gouttes de cet alcali pour communiquer au vin rouge une teinte verte foncée. Il est donc impossible qu’un pareil mélange soit donné pour du vin ; mais il se pourrait qu’on fût obligé de rechercher de la potasse à l’alcool dans un liquide vomi ou trouvé dans le canal digestif, alors que le malade aurait pris du vin. Il importe donc d’examiner si les procédés proposés pour faire découvrir la potasse dans ces cas, ne devraient pas subir quelques modifications. Si l’on fait dissoudre 10 centigrammes de potasse à l’alcool dans 125 grammes de vin rouge préalablement neutralisé par 15 ceuligrammes du même alcali, et que l’on filtre la liqueur, ou voit que celle-ci est d’un vert bleuâtre, qu’elle bleuit le papier (le tournesol rougi, et que le chlorure de platine et. l’acide perchlorique rétablissent la couleur rouge, du vin sans occasion, ner de précipité ; ce n’est, qu’au bout de plusieurs heures
DÇ LA POTASSE. 219
que le dernier de ces réactifs trouble la liqueur et y fait naître un dépôt noirâtre.
Ces caractères, comme on le voit, sont insuffisants pour démontrer la présence de la potasse pure dans ce mélange. On y parvient en évaporant la liqueur jusqu’à siccité, et en agitant pendant quelques minutes le produit sec et refroidi dans de l’alcool concentré marquant l\h degrés à l’aréomètre ; on filtre ; après avoir évaporé le liquide alcoolique jusqu’à siccité, on continue à chauffer jusqu’à ce que le produit soit légèrement carbonisé : on traite par l’eau distillée bouillante; la liqueur filtrée, de coilleur jaune brunâtre, rétablit la couleur bleue du papier de tournesol rougi , et précipite en jaune serin et en blauc, comme la potasse, par le chlorure de platine et l'acide perchlorique. Si, au lieu de traiter par l’eau, on versait le chlorure de platiue dans la dissolution alcoolique , on courrait risque de se tromper, parce que l’alcool concentré seul donne avec ce chlorure un précipité jaune serin , qui pourrait faire croire au premier abord à l’existence de la potasse ; à la vérité , ce précipité n’est ni grenu ni adhérent au verre.
On pourra s’assurer par une expérience comparative, en traitant , comme il rient d’être dit, 250 grammes du même vin, sans addition de potasse a l’alcool , c’est-à-dire une quantité double de la précédente, que l’on n’obtient pas un atome de potasse dans la dernière liqueur aqueuse. Ce résultat négatif est parfaitement d’accord avec la théorie, puisque nous savons que le bitartrate de potasse contenu dans le vin et le sulfate de potasse qu’il pourrait renfermer ne sont pas solubles à froid dans l’alcool marquant hh degrés.
Mais, dira-t-on, en suivant ce procédé, la potasse transforme le bitartrate de potasse du vin en tartrate neutre soluble dans l’alcool à (i/i degrés , en sorte qu 'après l’incinération de la dissolution alcoolique on obtient non seulement la potasse qui rendait le vin alcalin., mais encore celle qui faisait partie du bitartrate et celle qui a été ajoutée pour transformer celui-ci en tartrate neutre. Qu’importe , puisqu’il ne s’agit pas de déterminer la quantité de potasse mêlée au vin, mais bien de reconnaître qu’il en a été ajouté ; et sous ce rapport, le procédé que je conseille est irréprochable.
Mélanges dépotasse pure et de liquides alimentaires, de la matière des vomissements nu de celle que l’on trouve dans le canal digestif. Potasse ayant attaqué les tissus de ce canal. — Ou sait que l'eau sucrée, le thé, le café, l’albumine, la gélatine, le bouillon, la bile et le sang ne sont pas troublés, par cet alcali , qui les rend au coulrajre plus fluides ; les tissus du canal digestif sont promptement ramollis et transformés en bouillie liquide.
Il importe, avant de décrire le procédé qui me paraît le plus propre h faire découvrir la potasse dans ces mélanges, d’indiquer un certain nombre d’expériences tentées dans le but d’apprécier sa valeur.
Expérience i". — J’ai mélangé parties égales de potasse à l’alcool , de tartrate neutre de potasse, de sulfate de potasse et de chlorure de potassium ; la masse totale pesait 60 centigrammes. Je l’ai fait dissoudre dans l’eau et je l’ai évaporé jusqu’à siccité. Le produit a été partagé en deux parties égales; l’une d’elles a été agitée pendant dix minutes avec de l’alcool froid marquant hk degrés; l’autre a été traitée pendant quelques minutes par le môme menstrue bouillant. Les deux dissolutions évaporées séparément jusqu’à siccité ont fourni des produits que j’ai dissous dans une petite quantité d’eau distillée bouillante ; les dissolutions ramenaient au bleu la couleur du papier de tournesol rougi, et contenaient de la potasse libre, ainsi qu’on pouvait s’en assurer par l’acide perchlorique et par le chlorure de platine. Elles ne se troublaient ni par les sels de baryte ni par les sels d'argent; donc elles ne renfermaient pas un atome de tartrate , ni de sulfate , ni de chlorure de potassium. Ces sels étaient restés en entier dans le résidu du traitement par l’alcool.
J’ai fait agir de l’acide acétique pur étendu de trois fois son poids d’eau et froid, sur un mélange de parties égales de tartrate, de sulfate et de chlorure de potassium préalablement dissous dans l’eau distillée et évaporés jusqu’à siccité; au bout d’une demi-heure de contact, j’ai filtré la liqueur acétique , et je me suis assuré par l’eau de chaux, le chlorure de baryum et l’azotate d’argent, qu’elle contenait du tartrate, du sulfate et du chlorure de potassium en dissolution.
Expérience 11e. — Après avoir saturé par de la potasse à l’alcool 100 grammes de lait , autant de bouillon , de bile humaine et de décoctum de café, j’ai ajouté cinq centigrammes du même alcali. La liqueur évaporée à siccité a donné un produit brunâtre que j’ai fait bouillir pendant deux ou trois minutes avec de l’alcool marquant kh degrés ; la dissolution alcoolique filtrée et évaporée jusqu’aux trois quarts était brune et rétablissait la couleur bleue du papier rougi. Filtrée de nouveau et mise en contact avec le chlorure de platine et l’acide perchlorique , elle a fourni des précipités de potasse tellement colorés et mêlés de matière organique, qu’il était impossible de décider s’il y avait ou non de la potasse libre dans la liqueur que l’on examinait.
Expérience iii0. — On a répété la même expérience , si ce n’est que l’on a traité par l’alcool à Ixk degrés froid. La liqueur alcoolique brune, évaporée jusqu’à siccité , a donné un produit que l’on a carbonisé et incinéré dans un creuset d’argent ; la cendre traitée par l’alcool froid marquant à h degrés a fourni un solutum qui, étant filtré et concentré par la chaleur, ramenait au bleu la couleur du papier rougi. On a évaporé jusqu’à siccité ; le produit dissous dans un peu d’eau a précipité en blanc par l’acide perchlorique, et en jaune serin par le chlorure de platine, Ce dernier dépôt était dur, grenu et adhérent au verre.
de la potasse. 221
i? YPifnrENCE iv'. — Les matières alimentaires épuisées par 1 alcool, comme il vient d’être dit , ont été mises en contact à froid pendant douze heur” avec de l’acide acétique pur, étend,, de trois parties d eau afin Saquer la portion de potasse qui aurait pu passer à l’état de carbonate ou de savon, et que l’alcool n’aurait point dissoute. J’ai ensuite fait bouillir le mélange pendant quatre ou cinq minutes, et j’ai filtre; le solutum, de couleur brune, évaporé à siccité, a été incinéré dans un creuset d ajgcn ■
La cendre , traitée pendant quelques minutes par de l’eau distillée bouillante m’a donné une dissolution contenant de la potasse ou du carbonate de potasse (celui-ci s’était formé par l’incinération ) et quelques autres sels En concentrant la liqueur filtrée , je me suis assuré qu’elle était alcaline • alors je l’ai fait bouillir pendant un quart d’heure avec quelques centigrammes d’dn lait de chaux pure fait avec de l’eau distillée , dans le but de ramener à l’état de potasse le carbonate de potasse qui pouvait se trouver dans la liqueur. J’ai filtré celle-ci , et je l’ai fait évaporer j usqu’a siccité ; le produit de l’évaporation , agité pendant douze à quinze minu tes avec de l’alcool à M degrés froid , m’a fourni une dissolution que j’ai filtrée et dont j’ai chassé l’alcool par l’évaporation ; il m’a suffi de verseï quelques gouttes d’eau sur le produit sec pour dissoudre la potasse pure: aussi la liqueur rétablissait- elle la couleur bleue du papier rougi, et donnait, avec le chlorure de platine et l’acide perchlorique , toutes les fois qu’elle était suffisamment concentrée, les précipités nets et parfaitement caractérisés que l’on obtient avec la potasse à l’alcool.
Cette expérience répétée avec la même quantité de matières alimentaires épuisées par l’alcool , mais sans addition de potasse pure, a laissé en dernier lieu un produit alcalin contenant de la soude et non de la potasse; en effet, la dissolution aqueuse du dernier résidu ramenait au bleu la couleur du papier rougi, mais ne se troublait ni par le chloiuie de platine ni par l’acide perchlorique.
Expérience vc. — J’ai souvent desséché unmélange d’un litre de bouillon , d’un demi-litre de lait , d’autant de café et de toute la bile contenue dans une vésicule ; le produit , sans addition de potasse , après avoir macéré pendant un quart d’heure dans de l’alcool froid maïquant l\lx degrés , a été agité dans la liqueur et porté à la température de 1 ébullition ; au bout de quelques minutes j’ai filtré, et j’ai aussitôt fait évaporer la dissolution alcoolique dans une capsule de porcelaine jusqu à ce qu elle fût carbonisée et qu’il ne se dégageât plus de fumée ; alors j ai détaché facilement le charbon à l’aide d’un couteau propre ; ce charbon , mis en contact avec un papier de tournesol rougi cl légèrement humecté , 11e le bleuissait pas ; je l’ai incinéré dans un creuset d’argent, et j’ai fait bouillir la cendre pendant quelques minutes avec de l’alcool concentré ; le solutum filtré 11’agissait pas sur le papier rougi ; je l’ai évaporé jusqu à siccité et j’ai traité le résidu par quelques gouttes d’eau distillée ; la dissolution ne bleuissait pas le papier rouge ; mise en contact avec du clilolure de platine , après avoir été concentrée , elle ne le troublait pas. La matière restant dans le creuset et non dissoute par l’alcool a été traitée pai
un peu d’eau distillée bouillante ; j’ai filtré et j’ai vu que la liqueur ramenait Intiment nu bleu le papier rougi ; mais elle ne précipitait ni par le chlorure de platine ni par l’acide percliloriquc.
La niasse alimentaire desséchée et déjà traitée par l’aieoôl a été laissée pendant douze heures dans de l’acide acétique pur étendu de trois à quatre pallies d eau distillée, puis j’ai lait bouillir pendant quelques minutes; la liqueur filtrée, de couleur rouge brun, a été évaporée dans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle ffit carbonisée et qu’il ne se dégageât plus de fumée; le charbon mis en contact avec un papier de tournesol rougi et légèrement humecté le bleuissait fortement ; je l’ai détaché et incinéré dans un creuset d’argent ; la cendre traitée par l’alcool concentré bouillant a fourni un solutum que j’ai filtré cl qui n’était pas alcalin au papier; le résidu obtenu par l’évaporation jusqu’à siccitéde cette dissolution, a été soumis à l'action de l’eau distillée bouillante ; la liqueur ne ramenait pas au bleu le papier rougi et ne précipitait ni par le chlorure de platine ni par l’acide perchlorique. La portion de la cendre non dissoute par l’alcool a été traitée par l’eau distillée bouillante et la liqueur filtrée ; celle-ci a fortement bleui le papier rougi et a précipité par le chlorure de platine et par l’acide perchlorique , comme le ferait une dissolution de carbonate dépotasse. Cette cendre contenait-elle, indépendamment de la potasse , une certaine quantité de soude ? Tout porte à le croire.
Expérience vi". — Après avoir saturé avec de la potasse pure un mélange alimentaire pesant un kilogramme et demi et composé de lait, de bouillon, de café, de bile et de 300 grammes de vin rouge, j’ai ajouté dix centigrammes de potasse à l’alcool. Ce mélange a été évaporé jusqu’à siccité et traité pendant deux ou trois minutes par l’alcool bouillant marquant bb degrés ; le résidu non dissous par l’alcool a été soumis à l’action de l’acide acétique affaibli ; les deux liqueurs évaporées, carbonisées et incinérées séparément, ont laissé des cendres qui, étant soumises à l’action de l’alcool concentré, comme il a été dit aux expériences troisième et cinquième , ont fourni de la potasse pure , tandis qu’un môme mélange, sans addition dépotasse, traité de la meme manière, n’en a point donné.
Expérience vu'. — Le mélange précité, saturé par de la potasse pure et additionné de 5 centigrammes de cet alcali , a été évaporé: le produit sec a été traité par l’alcool concentré bouillant ; on a filtré et fait évaporer la liqueur alcoolique jusqu’à siccité; le résidu a été dissous dans l’eau distillée, et le solutum a été soumis à l’action d’nn courant de chlore gazeux , comme l’a conseillé M. Dcvergie ; lorsque la liqueur a été décolorée, on la filtrée pour l’a séparer des llocons blancs nombreux qui s’étaient formés pendant l’action du chlore, puis on l’a concentrée par l’évaporation: elle rougissait fortement le papier de tournesol, an lieu de ramener au bleu celui qui élait rougi , et donnait avec le chlorure de platine un précipité jaune serin semblable à celui que font naître les sels à base de potasse.
DE LA POTASSE. m
M Devergie a considéré comme une difficulté inhérente h ce mode d-opération la présence naturelle des sels à base de potasse dans certains liquides végétaux et animaux; je ne saurais partager ces craintes , en ce qui concerne les sels qui font le plus ordinairement partie de ces liquides, parce qu’alors même qu’ils s’y trouveraient en proportion notable , ils ne seraient point dissous par l’alcool marquant lih degrés ; j’excepterai toutefois l’acétate de potasse, qui pourrait , à la rigueur, exister dans le liquide suspect et qui est soluble dans l’alcool. Je discuterai plus loin les inconvénients de la présenté de ce sel , me bornant à dire pour le moment que si je n’adopte pas l’emploi du chlore, c est qu il ne fournit la potasse qu’à l’état de sel , et qu’il est possible en suivant une autre voie de l’obtenir à l’état d’alcali caustique pur.
Expérience viii'. — J’ai souvent fait prendre 2 grammes 5 décigi amines ou 3 grammes de potasse à l’alcool dissoute dans 80 ou 100 grammes d’eau à des chiens à jeun et à d’autres qui avaient copieusement mangé une ou deux heures auparavant, et j ai lié 1 œsophage pour les empêcher de vomir. Ces animaux sont morts au bout de vingt ou de vingt-quatre heures. J’ai ramassé toutes les matières contenues dans l’estomac ; j’ai lavé celui-ci avec de l’eau distillée, et après avoir mélangé les eaux de lavage aux substances alimentaires déjà en partie digérées, je me suis assuré qu’un papier de tournesol rougi était promptement ramené au bleu dès qu’il était touché par la liqueur; j’ai fait chauffer le mélange pendant vingt minutes, puis j’ai filtré. Je désignerai la liqueur par la lettre A , et la portion solide par la lettre U. La liqueur A , évaporée jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine, puis traitée par l’alcool bouillant marquant M degrés, a donné une dissolution qui, étant filtrée bouillante, ramenait au bleu le papier de tournesol rougi par un acide; je l’ai évaporée jusqu’à ce qu’elle fût carbonisée, et qu’il ne se dégageât plus de fumée ; le. charbon, mis en contact avec un papier rougi, légèrement humecté, le bleuissait; une portion de potasse avait été évidemment dissoute à la faveur delà matière organique; j’ai incinéré ce charbon dans un creuset d’argent; la cendre, traitée par l’alcool concentré bouillant, a donné un liquide qui ne bleuissait pas le papier rougi, parce que pendant l’incinération la potasse avait passé à l’état de carbonate insoluble dans l’alcool ; le résidu non dissous par ce menstrue. était fortement alcalin; dissous dans l’eau, il a fourni un liquide bleuissant fortement le papier rougi, et donnant avec le chlorure de platine et i’acide perchloriquc des précipités abondants semblables à ceux qu’on obtient avec le carbonate de potasse; d’ailleurs ce résidu faisait effervescence avec les acides.
La portion de A non dissoute par l’alcool bouillant, laissée pendant une heure dans de l’acide acétique pur étendu de trois fois son poids d’eau, a été ensuite chauffée jusqu’à l’ébullition; la liqueur filtrée, de
couleur rouge brun, a été évaporée clans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle fût carbonisée, et qu’elle ne répandit plus de fumée; le charbon était très alcalin au papier; je l’ai facilement détaché avec la lame d’un couteau pour l’incinérer dans un creuset d’argent. La cendre, traitée par l’alcool concentré bouillant, a fourni un solutum qui ne bleuissait pas le papier rougi ; la cendre restant après l’action de l’alcool a été épuisée par l’eau distillée bouillante et la liqueur filtrée ; la dissolution ramenait fortement au bleu le papier rougi ; le chlorure de platine et l’acide perchlorique ont donné de très légers précipités, semblables à ceux que fournirait une faible dissolution de carbonate de potasse.
B, c’est-à-dire le résidu solide obtenu après avoir fait bouillir pendant vingt minutes les matières extraites de l’estomac, a été traité par l’alcool concentré bouillant; la liqueur filtrée était alcaline au papier; on l’a évaporée dans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle fût carbonisée , et qu’il ne se dégageât plus de fumée; le charbon bleuissait fortement le papier rougi ; je l’ai incinéré dans un creuset d’argent ; la cendre, traitée par l’alcool bouillant, a fourni un liquide qui ne ramenait pas au bleu le papier rougi, alors môme qu’il avait été concentré par l’évaporation ; en traitant, au contraire, par l’eau distillée bouillante le résidu cendré sur lequel l’alcool avait agi , on obtenait une dissolution qui , après avoir été concentrée, bleuissait fortement le papier , et donnait avec le chlorure de platine et l’acide perchlorique des précipités abondants , semblables à ceux que fournit le carbonate de potasse.
B épuisé par l’alcool, après avoir macéré pendant une heure dans de l’acide acétique pur, étendu de trois fois son poids d’eau , a été porté jusqu’à la température de l’ébullition ; la liqueur filtrée , de couleur brune , a été chauffée dans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle fût sèche et carbonisée; le charbon bleuissait fortement le papier rougi et humecté ; je l’ai incinéré dans un creuset d’argent ; la cendre , traitée par l’alcool bouillant, n’a rien fourni à ce menstrue, tandis que l’eau distillée bouillante a dissous tout le sel alcalin qu’elle renfermait : cette dissolution bleuissait fortement le papier rougi; concentrée et mise en contact avec le chlorure de platine et avec l’acide perchlorique , elle ne précipitait pas.
Expérience ixe. — J’ai répété toutes les expériences qui précèdent en substituant à la potasse pure la potasse à la chaux (pierre à cautère), et j’ai constamment obtenu les mêmes résultats.
Expérience x°. — Désirant connaître si l’alcool et l’acide acétique agiraient sur le carbonate dépotasse comme sur la potasse caustique , j’ai tenté une autre série d’expériences. J’ai mélangé 10 centigrammes de carbonate de potasse solide avec autant de tartrate neutre de potasse, de sulfate et de chlorure de potassium ; ce mélange ayant été dis-ous dans l’eau et évaporé jusqu’à siccité, j’ai versé sur le produit solide de l’acide acétique étendu d’eau, jusqu’à ce qu’il n’y eût plus d’effervescence; j’ai filtré, et j’ai évaporé la liqueur jusqu’à siccité; l’acétate de potasse obtenu a été dissous dans l’alcool froid à hk degrés ; au bout d’une demi-heure de
contact, j’ai filtré de nouveau, et j’ai fuit évaporer jusqu’à siccité : le produit a été chauffé dans un creuset d’argent pendant quelques minutes jusqu’à ce qu’il fût bien carbonisé ; j'ai traité ce charbon à plusieurs reprises par l’alcool concentré froid ; j'ai filtré «t évaporé jusqu’à siccité ; le résidu contenait de la potasse pure 1 1 caustique; le charbon, épuisé par l’alcool et soumis à l'action de l’eau froide, a donné un liquide alcalin et incolore dans lequel le chlorure de platine et l’acide perchloriquc faisaient naître des précipités semblables à ceux que l’on obtient avec le carbonate de potasse ; ce sel s’était évidemment produit pendant la carbonisation de l’acétate.
Expérience xic. — J’ai mélangé 20 centigrammes de carbonate de potasse solide avec 1 kilogramme de lait, de bouillon, de bile et de café, préalablement saturés par le même sel. Après avoir évaporé jusqu’à siccité, j’ai agité le produit solide pendant un quart d’heure avec de l’alcool à l\!\ degrés froid, puis j’ai fait bouillir pendant deux ou trois minutes ; la liqueur, filtrée et traitée comme il a été dit à l’expér. 3e, p. 220, m’a fourni de la i ôtasse caustique ; le carbonate de potasse avait donc élé en partie dissous. La portion non dissoute par l’alcool bouillant a été laissée en contact pendant douze heures avec de l’acide acétique étendu d’eau , qui a donné lieu à une légère effervescence; on a filtié ; la liqueur brune a été soumise aux < pérations indiquées à l’expér. 5*, p. 221, et a fourni un produit contenant une quantité notable de pot mse pure qui n’a point précip té par le chlorure de baryum, mais qui a donné par l’azotate d’argent un léger précipité blanc de chlorure d’argent.
Un mélange semblable au précédent, mais sans addition de carbonate de potasse, n'a point fourni de potasse à la suite du traitement alcoolique , et a donné par l’acide acétique un résidu alcalin de potasse et probablement de soude, analogue à celui que j’avais obtenu dans l’expérience 5° c à la suite du traitement acétique.
Il résulte des faits qui précèdent :
1° Que l’alcool très concentré bouillant dissout une portion notable de la potasse à l’alcool ou à la chaux qui pourrait se trouver dans un mélange organique solide , soit à l’état caustique , soit à l’état de savon, soit dans tout autre état de combinaison avec la matière végétoanimale, et qu’il ne dissout pas sensiblement les sels de potasse naturellement contenus dans ce mélange, ni ceux que l’on aurait acciden- 1 tellement introduits dans l'estomac comme médicaments , à l’exception i toutefois de l’acétate de potasse ;
2° Qu’il dissout également une certaine quantité de carbonate de potasse qui aurait été ajouté à ce mélange dans le dessein d’empoisonner, ou qui se serait formé, par suite de l’action de l’acide carbonique de l’air sur la potasse caustique ou de la décomposition des matières organiques par cet alcali. ( Voy. expérience 11e. ) Pourtant le carbonate de potasse est complètement insoluble dans l’alcool coni. 15
1)1'. S POISONS lIUU'i'ANTS.
centré ; d'où il faut conclure que la dissolution dont il s’agit n’a lieu qu’lt la faveur d’une portion de graisse ou de matière organique avec lesquelles ce sel s’est probablement combiné ;
3° Que les mélanges organiques solides auxquels on n’a pria ajouté de potasse ni de carbonate de potasse , alors même qu’ils sont abondants et qu’ils contiennent naturellement des sels potassiques , tels que du lactate, de l’acétate, du tartrate, du sulfate, du phosphate ou du chlorure de potassium, traités par l’alcool concentré bouillant, ne cèdent pas à ce menstrue des proportions assez sensibles de ces sels pour qu’on puisse en démontrer la présence dans la dissolution alcoolique par le chlorure de platine et par l’acide perchlorique , réactifs qui décèlent parfaitement des traces de potasse libre ou carbonatée dans le solutum alcoolique toutes les fois que cet alcali a été mélangé avec la masse alimentaire. Oue si les liqueurs alcooliques normales dont il s’agit, traitées comme il a été dit h l’expérience 5e (p. 221), finissent par donner un résidu légèrement alcalin, qui ramène, au bout d’un certain temps, au bleu le papier rougi par un acide, cela dépend sans doute de ce qu’elles contiennent un peu de soude, ou bien une proportion tellement minime de potasse qu’elle n’est pas sensible h l’action du chlorure de platine ni à cel e de l’acide perchlorique;
ù" Que si l’acide acétique pur étendu de trois parties d’eau, chauffé avec un mélange orgauique solide auquel on a ajouté de la potasse ou du carbonate de potasse, et qui a déjà été épuisé par l’alcool concentré bouillant, peut dissoudre, dans certains cas . une portion de potasse ou de carbonate que l’alcool n’aurait pas attaquée , il dissout également plusieurs sels potassiques naturellement contenus dans ce mélange organique; en sorte qu’il devient difficile, pour ne pas dire impossible, de décider, lorsque les opérations sont terminées, si l’alcali obtenu avait été ajouté, ou s’il provient de quelques uns des sels potassiques qui se trouvent dans les matières organiques à l’état normal, et qtie l’acide acétique aurait dissous ou décomposés (Voy. expérience 11', p. 225) ;
5° Qu’il y a lieu de rejeter l’emploi du chlore proposé par M. Devergie pour détruire la matière animale qui masquerait la potasse , parce que si l’on fait arriver ce gaz dans une dissolution alcoolique provenant d’un liquide organique, additionné de potasse, évaporé jusqu’à siccité et traité par l’alcool concentré, ou dans la matière solide épuisée par l’alcool, comme le propose i\I. Devergie, on n’obtient jamais la potasse à l’état caustique, mais bien à l’état de sel et au milieu d’une dissolution qui, loin d’être alcaline, est fortement acide, et que d’ailleurs, quand on traite par le chlore la matière solide , on dissout nécessairement, à la faveur de ce chlore et de l’acide chlorhy-
DK LA POTASSK. ‘
j arique qui s’est formé, une quantité notable de quelques uns des sels potassiques naturellement contenus dans la masse solide dont il s’agit ;
, dans ce dernier cas, l’objection faite à l’emploi de l’acide acétique se trouve tout entière. M. Devcrgie n’a pas accordé, il est vrai , une confiance illimitée à ce procédé, car il dit à la page 310 du tome troisième de sa Médecine légale : « Toutefois, on ne doit pas se dissimuler „ plusieurs difficultés inhérentes h cette analyse et aux conclusions „ qu’il faut en tirer : 1° Certains liquides végétaux et animaux ren- » ferment des sels à base de potasse; mais alors, ces sels étant » neutres , la liqueur ne donne pas de réaction alcaline ; 2° la po- » tasse ajoutée a pu passer à l’état de carbonate de potasse ; il est » alors impossible de dire -par l’analyse si la potasse a été mêlée au » liquide à l’état libre ou à l’état de carbonate. Quelques liquides » animaux sont naturellement alcalins ; mais comme ils doivent leur » alcalinité à la soude , ils ne précipiteraient pas par le chlorure de „ platine, hors le cas où ils contiendraient en outre du sulfate de po- » tasse , et alors il ne reste à l’expert, pour décider la question , que « la quantité et l’abondance des précipités qu’il obtient avec les réac- » tifs. » Les motifs allégués par mon confrère pour fane ressortir les difficultés inhérentes à l’analyse qu’il propose me paraissent devoir être examinés avec soin, afin de mettre la vérité dans tout son jour. M. Devergie redoute les sels à base de potasse que peuvent naturellement contenir certains liquides végétaux et animaux ; c’est à tort, car il a conseillé, comme je l’avais fait bien avant lui, de traiter ces liquides évaporés jusqu’à siccilé par l’alcool. Or, nous savons par l’expér. 5e (voy.p.221) que, si cet agent est concentré et qu’il marque fié degrés, il n’aura pas dissous une assez grande quantité de sels de potasse pour être précipité par le chlorure de platine et par l’acide perchlorique. Toutefois, pour éviter la confusion, il ajoute : mais ces sels étant neutres, la liqueur ne donne pas de réaction alcaline. Pour montrer à M. Devergie combien il se trompe, j’admettrai que l’on ait ajouté quelques atomes de soude à des liquides végétaux et animaux contenant des sels potassiques, comme il le suppose; j’admettrai aussi avec lui, quoique cela ne soit pas exact, que ces liquides évaporés à siccité et traités par l’alcool concentré d’abord , puis par le chlore, renferment une assez forte proportion de sels po- || tassiques pour précipiter parle chlorure de platine et par l’acide peri chlorique; évidemment la liqueur aura une réaction alcaline, et doni liera avec le sel de platine et l’acide perchlorique les précipités que fournit la potasse. Dans le système de l’auteur, on devra conclure à l’existence de la potasse libre, et pourtant il n’y aura dans la liqueur I suspecte qu’un peu de soude et de sels potassiques. M. Devergie dit
aussi , contre l’emploi du chlore , que la potasse a pu passer h l’état de carbonate, et qu’il devient alors impossible de décider par l’analyse si cette potasse a été mêlée au liquide à l’état libre ou à l’état de carbonate. Quelque exacte que soit celte observation , elle n’a que peu de portée, comme je le dirai plus bas en examinant s’il est réellement possible de déterminer, dans une analyse de ce genre, sous quel état la potasse a été ingérée. Pour ce qui concerne l’existence naturelle d’un alcali dans certains liquides animaux alléguée par M. Devergie, je n’adopterai pas qu’il y ait uue difficulté sérieuse quand ces liquides contiennent , outre la soude libre , du sulfate de potasse , ni qu’il faille dans ce cas décider la question d’après l'abondance des précipités que l’on obtient avec les réactifs. En médecine légale, il faut -éviter autant que possible de faire servir à la solution d’un problème d’empoisonnement l’abondance ou les traces d’un précipité, parce que ce qui paraîtra abondant à tel expert , pourra sembler peu de chose à un autre expert; il faut arriver à ce résultat incontestable; on retire d’une matière donnée une substance vénéneuse par un procédé déterminé qui n’en fournit pas lorsque la même matière n’a pas été mêlée avec cette substance ; donc le poison trouvé a été ajouté. D’ailleurs , je le répéterai : dans l’espèce , le sulfate de potasse ne saurait être un embarras, puisqu’il est insoluble dans l’alcool concentré , et qu’il s’agit de liquides évaporés jusqu’à siccité et traités par l’acool à hh degrés avant d’être soumis à l’action du chlore ;
6° Que la potasse dissoute dans l’eau et introduite dans l’estomac est absorbée et portée dans les divers organes où elle peut être retrouvée.
Procédé d’ analyse. — Nous pouvons maintenant nous occuper du procédé qu’il faut mettre en usage pour découvrir la potasse dans un cas d’empoisonnement par cette substance. On constatera d’abord si la matière suspecte rétablit la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide, et si elle répand une odeur ammoniacale ; ce caractère est des plus importants, car si la liqueur est fortement alcaline et qu’elle ne contienne ni de l’ammoniaque ni du carbonate d’ammoniaque libres, on pourra déjà présumer qu’elle a été mêlée de potasse, de soude, de baryte, de strontiane ou de chaux. On introduira la masse à la fois liquide et solide, ou les tissus du canal digestif, dans une cornue de verre, après les avoir étendus d’une certaine quantité d’eau distillée ; on adaptera à la cornue un récipient , dans lequel on aura mis préalablement un peu d’eau , et qui sera entouré de linges froids; on chauffera la cornue jusqu’à ce que le liquide qu’elle renferme soit réduit à peu près au tiers de son volume ; on essaiera si la matière ainsi concentrée continue à ramener au bleu le
papier rougi ; il se pourrait, en effet, qu’après la distillation cette matière ne fût plus alcaline , si son alcalinité dépendait d’une certaine quantité d’ammoniaque ou de carbonate d’ammoniaque, qui se sei raient volatilisés pour se rendre dans le récipient : on s’assurera si j ]e liquide distillé est alcalin , et en cas d’affirmative on le gardera pour déterminer s’il contient ou non de l’ammoniaque libre ou carbonatéc.
: Le tiers de la matière restant dans la cornue, et que je supposerai alcalin, sera évaporé jusqu’à siccité et à une douce chaleur dans i une capsule de porcelaine ; lorsqueje produit sera froid, on l’agitera : pendant huit ou dix minutes avec de l’alcool pur et concentré mar- . quant l\U degrés, et on fera bouillir pendant cinq à six minutes, en i ajoutant de l’alcool à mesure qu’il s’en évaporera ; on décantera et on r filtrera la liqueur bouillante, que l’on versera dans une autre capsule de porcelaine. La masse sera de nouveau traitée par de l’alcool bouil-
Ilant , afin de l’épuiser et de dissoudre tout ce que ce menstrué peut enlever ; les dissolutions alcooliques filtrées et réunies seront évaporées jusqu’à siccité dans la capsule. L’alcool , dans cette opération , dissout la potasse caustique libre , celle qui a été transformée en savon, une partie de celle qui s’est combinée avec des matières organiques autres que la graisse , et enfin une portion notable du carbonate de potasse que la masse pourrait contenir, soit parce que ce sel aurait été mélangé avec cette masse, soit parce que la potasse caustique aurait passé à l’état de carbonate par suite de son action sur l’acide carbonique de l’air, ou sur celui qui aurait pu se former pendant l’acte de l’évaporation. La solubilité du carbonate de potasse dans I l’alcool concentré, à la faveur de la matière organique, ne saurait )• être contestée. (Voy. l'expérience 11% jwge 225. ) Si l’on attendait ; pour filtrer les liqueurs alcooliques qu’elles fussent refroidies, ou bien qu’on les reçût dans un verre à expérience dans lequel on les laisserait i refroidir, il se déposerait constamment sur les parois de la capsule ou du verre une matière grasse comme savonneuse, contenant une pori tion de potasse , et il faudrait alors , pour ne pas perdre celle-ci , détacher avec soin cette matière grasse pour la réunir au liquide. Il vaut i donc mieux agir comme je l’ai indiqué ; il est également utile de ; chauffer l’entonnoir dans lequel les liquides doivent filtrer. La dissolution alcoolique évaporée jusqu’à siccité continuera à être chauffée : dans la capsule de porcelaine , jusqu’à ce qu’elle soit carbonisée et qu’il ne se dégage plus de fumée ; dans cet état, elle sera facile à détacher de la capsule à l’aide de la lame d’un couteau propre, ce qui n’aurait pas lieu si l’on n'avait pas poussé l’action de la chaleur jusqu’à la carbonisation. Le produit charbonneux sera incinéré dans un creuset d’argent fermé par son couvercle , afin d’éviter que des par-
m;s poisons îniuxAMs.
ct-lles de cendre ne s’introduisent dans le creuset; il suffira en général d’une demi-heure ci trois quarts d’heure d’une chaleur rouge pour opérer cette incinération. On évitera l’emploi do creusets de platine ou de terre, parce qu’ils pourraient être attaqués par la potasse. J.o creuset étant refroidi, on mettra la cendre en contact avec de l’alcool froid à hh degrés, on agitera avec une baguette de verre pendant quelques minutes, puis on portera la liqueur jusqu’à l’ébullition dans le creuset môme ; cette liqueur refroidie sera décantée , filtrée et évaporée jusqu’à siccité à une douce chaleur ; pendant l’évaporation on l’essaiera par le papier rougi. Assez ordinairement cette dissolution n’est pas alcaline, parce que la potasse a été transformée en carbonate par l’acte de l’incinération : aussi n’obtient-on pas alors de résidu sensible. 11 est toutefois des circonstances où la proportion de potasse dissoute par l’alcool est considérable par rapport à celle de la matière organique qui se trouve dans la dissolution alcoolique; alors une portion de potasse seulement est passée à l’étal de carbonate pendant l’incinération, et l’alcool dissout facilement la partie de cet alcali qui serait restée à l’état caustique. Admettons qu’il en soit ainsi et que l’on ait obtenu un résidu en faisant évaporer la dissolution alcoolique, on le fera dissoudre dans un peu d'eau distillée, on constatera l’alcalinité de la liqueur à l’aide du papier rouge, on concentrera la dissolution par la chaleur, et l’on s’assurera, en la versant par parties égales dans de petits tubes étroits , qu’elle fournit avec le chlorure de platine et l’acide perchlorique des précipités semblables à ceux que donne la potasse. Quoi qu’il arrive , la matière cendrée restant dans le creuset après le traitement alcoolique sera chauffée jusqu’à l’ébullition avec une petite quantité d’eau distillée, afin de dissoudre le carbonate de potasse formé par l’incinération ; la liqueur sera filtrée et évaporée jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment concentrée ; dans cet état elle ramènera promptement au bleu la couleur du papier rouge, et fournira, avec le chlorure de platine et l’acide perchlorique, des précipités abondants, comme le ferait une dissolution concentrée de carbonate de potasse. L'emploi de ces réactifs sera même accompagné d’une effervescence bien prononcée.
Je ne conseillerai pas de pousser plus loin les opérations, et de traiter, par exemple, par l’eau ou par l’acide acétique, la masse déjà épuisée par l’alcool, parce que, tout en reconnaissant que l'on pourrait dissoudre à l’aide de ces agents une certaine proportion de la potasse qui proviendrait d'un empoisonnement , il est certain que l’on dissoudrait aussi une assez grande quantité de sels potassiques naturellement contenus dans les liquides animaux et dans les matières alimentaires , en sorte que l’on serait exposé à commettre des
DK LA POTASSE.
erreurs graves en attribuant à de la potasse ingérée comme poison des réactions qui appartiendraient aux sels potassiques dont je parle ; mieux vaut cent fois ne pas chercher à séparer la totalité de la po-
tasse qui a empoisonné.
Conclusions. — Si une liqueur vomie ou trouvée dans le canal digestif est alcaline avant et après avoir été soumise à une ébullition prolongée, et qu’étant évaporée jusqu’à siccité et traitée par 1 alcool bouillant marquant b h degrés, comme il a été dit à la page 229, elle finisse par laisser dans -le creuset d’argent , avec lequel on a opère , une matière soluble.dans l’eau qui ramène au bleu le papier rougi , et qui ayant été filtrée ne se trouble pas par le gaz acide carbonique , et précipite par le chlorure de platine et par 1 acide perchlorique comme la potasse, on peut, sinon affirmer qu'il y a eu ingestion de potasse à l’alcool , de potasse à la chaux ou de carbonate de potasse dans l’estomac de l’individu que l’on soupçonne avoir été empoisonné, établir du moins de grandes probabilités en faveur du fait. Il importe de se tenir sur'la réserve à cet égard, parce qu’il ne serait pas a la rigueur impossible , quoique cela soit peu vraisemblable , que l’individu dont il s’agit eût pris une grande quantité de certaines substances alimentaires contenant naturellement une plus forte proportion de sels de potasse solubles dans 1 alcool que celles sui lesquelles j’ai opéré, et que la potasse obtenue en dernier ressort pro-
vînt de ces sels.
On affirmerait au contraire qu’il y a eu ingestion de potasse à l’alcool , de potasse à la chaux ou de carbonate de potasse, et par conséquent empoisonnement, si, après avoir trouvé l'alcali libre ou carbonaté par les moyens qui viennent d’être indiqués , on apprenait que l’individu a éprouvé, peu de temps après avoir mangé ou bu , des vomissements de matières sanguinolentes ou noires ne faisant pas effervescence sur le carreau et ramenant au bleu le papier de tournesol rougi , des douleurs vives dans l'abdomen , des selles, ainsi que plusieurs autres symptômes analogues à ceux que déterminent les
poisons caustiques.
On conclurait encore affirmativement , dans le cas où la présence de l’alcali ayant été constatée , comme il vient d’être dit , plusieurs des symptômes précités ne se seraient point manifestés , et qu’à l’ouverture du cadavre on trouverait les tissus du canal digestif , et de l’estomac en particulier, ramollis, enflammés, ecchymosés, ulcérés, escarrifiés ou perforés dans certains points.
2° Si une matière solide vomie ou trouvée dans le canal digestif ramène au bleu le papier rougi, qu’elle conserve son alcalinité après avoir bouilli dans l’alcool concentré , et que la dissolution alcoolique
traitée comme il a été prescrit à la page 229, se comporte avec l’acide carbonique, le chlorure de platine et l’acide perchlorique , comme la potasse , on tirera les mêmes conséquences que celles qui ont trait à la portion liquide dont il vient d’être parlé.
11 set ait difficile , pour ne pas dire impossible, de préciser dans beaucoup de cas de ce genre, si l’alcali ingéré et dissous par l’alcool était pur et caustique ou carbonaté , parce que le carbonate de potasse, qui est insoluble dans l’alcool quand il n’est pas mélangé de matière organique, peut se dissoudre dans ce menstrue à la faveur de quelques liquides alimentaires avec lesquels il aura été mêlé (voy. expérience 11', page 225) ; et que si, pour résoudre ce problème, on avait recours à un acide dans le dessein de constater s’il y a ou non effervescence , on pourrait encore être induit en erreur. En effet , la potasse caustique passe aisément à l’état de carbonate quand on la chauffe avec des matières organiques , en sorte qu’il pourrait y avoir effervescence', alors même que la potasse aurait été prise à l’état caustique. D’un autre côté, le défaut d’effervescence ne prouverait pas non plus que l'alcali eût été pris à l’état caustique , parce qu’il arrive souvent qu’au milieu de ces mélanges organiques une très faible proportion de carbonate de potasse est décomposée par les acides sans que l’on aperçoive distinctement la légère effervescence qui a lieu. Qu’importe , au reste , qu’il ne soit pas possible , dans beaucoup de cas de ce genre, d’arriver à donner la solution du problème qui m’occupe ? Le point essentiel est d’établir qu’il existe dans les matières suspectes de la potasse sous l’un ou l’autre des trois états que j’ai signalés.
3° Si les recherches faites sur les matières liquides ou solides vomies et sur celles qui pourraient exister dans le canal digestif étaient infructueuses, et qu’en traitant le foie, la rate et les reins par l’eau bouillante, par l’alcool, etc. (voy. expér. 3', p. 211), on obtînt de la potasse , on pourrait conclure que cet alcali avait été introduit dans l’économie animale par voie d’absorption. Ce document, réuni à ceux que fourniraient les symptômes et les lésions de tissus, permettrait d’affirmer qu’il y a eu empoisonnement par la potasse.
Il" On se gardera bien de dire qu’un individu n’a pas été empoisonné par la potasse ou par le carbonate de potasse , par cela seul qu’il aura été impossible, en suivant le procédé indiqué, d’extraire des matières vomies, ou de celles que l’on trouverait dans le canal digestif, de la potasse caustique ou du carbonate de potasse. En effet, il pourrait arriver qu’une dose de potasse capable de déterminer des accidents graves eût été introduite dans un estomac contenant une proportion considérable d’acide ou une quantité notable de substances