‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 31 sur 107 · DE E’ ACIDE TAH.TB.IQUE · texte numérisé non relu

DE E’ ACIDE TAH.TB.IQUE

L’acide tartrique cristallise en aiguilles fines, ou en prismes hexaèdres irréguliers , ou en lames carrées un peu rhomboïdales , à bords obliques; sa saveur est très acide et piquante ; il rougit fortement l’ infusion de tournesol. Exposé à l’action du calorique dans une petite fiole, i loin de se volatiliser comme l’acide oxal que , il se décompose à la manière des substances végétales , noircit , se boursoufle , exhale une

vapeur aigre , piquante , brûle avec une flamme bleue , et laisse une grande quanlitéde charbon spongieux. Il se dissout très facilement dans l’eau ; sa dissolution précipite l’eau de chaux et ne trouble point celle du sulfate calcaire ; le précipité , composé de tartrate de chaux , se dissout aisément dans l'acide azotique et dans un excès d’acide tartriquc , caractère qui ne permet point de confondre ce dernier acide avec l’acide oxalique. Uni à la potasse, la soude et l’ammoniaque , il se comporte comme l’acide oxalique, et forme des tartrates neutres solubles, ou des surtartrates moins solubles (tartrates acidulés), suivant la quantité d’acide employée.

Observation. — Iludson , âgé de trente-sept ans, avala étant ivre, en une seule fois, 125 grammes de crème de tartre; puis ne cessant pas de faire usage de ce sel , il continua pendant la journée ù en mettre des fragments dans sa bouche, alin , disait-il , de se rafraîchir l’estomac. 11 ' rentra le soir extrêmement laligué cl pouvant ci peine se traîner ; le surlendemain , vers midi, on apprit qu’il avait eu de nombreuses garderobes pendant la nuit , et qu’il avait éprouvé des vomissements répétés et presque continuels. Il se plaignit de douleurs dans la région ombilicale et d’une soif très vive. La langue était brune et sèche, et le pouls faible ; il avait de vives douleurs dans la région des reins; les cuisses et les jambes étaient paralysées; les matières des vomissements étaient d’un vert foncé, et les matières fécales avaient la couleur du marc de café. L’administration d'un opiat lui procura daboid un léger soulagement; mais les accidents reparurent, et le malade succomba le quatrième jour.

A l’ouverture du cadavre on reconnut que le corps n’olfrait ni taches ni ecchymoses. L’estomac, distendu par des gaz, contenait environ 100 grammes d’un liquide brun qui paraissait devoir cette couleur à la bile. Il existait près du pylore plusieurs taches rouges ; l’extrémité cardiaque était très enflammée; la membrane muqueuse offrait plusieurs taches d’un rouge très foncé , qu’on aurait pu croire produites par la rupture de quelque ramuscule sanguin. La tunique muqueuse du duodénum était rouge , mais moins que celle du cardia. La même coloration s’apercevait dans les petits intestins et dans lé colon. La membrane muqueuse du rectum présentait de nombreuses petites taches sur un fond blanc. Les intestins contenaient un mucus épais et brunâtre; mais on ne voyait pas de traces de matières fécales. ( Journal de chimie médicale, année 1838, pag. 72.)

L’acide citrique est composé d’oxygène, d’hydrogène et de carbone; il est solide , cristallisé ou pulvérulent , blanc , inodore , rougissant l’eau de tournesol, et doué d’une saveur très acide. Il est décomposé par le feu , comme l’acide tartrique. Il se dissout dans l’eau : la disso-

Dlî l’acide acétique. 19"

lution ne présente pas avec la potasse , la soude et l’ammoniaque, les mêmes caractères que les acides oxalique et tartrique : versée dans l’eau de chaux , elle ne produit aucun précipité ; mais si on fait bouillir le mélange, le citrate de chaux se dépose.

DE Xi’ ACIDE ACÉTIQUE.

Action sur l’économie animale.

Expérience i". — Lorsqu’on introduit dans l’estomac de chiens robustes, de moyenne taille et à jeun , 30 grammes environ d’acide acétique concentré (vinaigre de bois), et que, par la ligature de l’œsophage, on s’oppose au vomissement, ces animaux ne tardent pas a souffrir; des nausées et des efforts de vomissements sc manifestent. Bientôt après survient un abattement accompagné des symptômes que développent ordinairement les poisons irritants : les animaux meurent cinq , sept ou neuf heures après le commencement de l’expérience.

Ouverture des cadavres. — L’estomac renferme une certaine quantité d'un fluide de couleur bistre, quand il est appliqué, en couches minces sur la main, et qui parait noir lorsqu’il est vu en masse; la membrane muqueuse est couverte d’une couche semblable et conseive une coloration noirâtre même après avoir été raclée ; elle est peu amincie, adhérente à la membrane musculeuse. Le tissu cellulaire sous-muqueux est légèrement infiltré d’un liquide rougeâtre. La tunique musculeuse est un peu plus rouge qu’à l’état normal, tandis que la membrane séreuse ne diffère pas de l’état naturel. Le sang contenu dans les veines est coagulé et noir. On voit quelquefois vers le pylore un plus ou moins grand nombre de petites corrosions superficielles, n’intéressant que la membrane muqueuse qui n’est même pas détruite entièrement dans ces endroits. Plusieurs parties du canal intestinal sont le siège d’altérations analogues à celles dont j'ai parle a l’occasion de l’estomac.

Expérience 11e. — Si au lieu de vinaigre de bois on administre de l’acide acétique préparé avec l’acétate de cuivre ou du vinaigre radical , l'empoisonnement est encore plus grave. Lu jeune chien de moyenne taille avala environ 12 grammes de vinaigre radical concentré, dont une petite partie pénétra dans les voies aériennes. Bientôt après il survint de l'abattement, des nausées, des vomissements, de la toux; au bout d’une heure l’abattement était moindre, mais l’animal paraissait souffrir davantage, et il refusa les aliments. Le lendemain, la toux et les douleurs abdominales persistent ainsi que l'inappétence ; la respiration est difficile, l'abattement est plus considérable que la veille. On fait avaler 30 grammes du même acide, qui ne détermine pas de vomissements, mais qui augmente l’intensité des autres symptômes de l’empoisonnement et produit la mort au bout de cinq quarts d’heure.

Ouverture du cadavre. — Il existe une perforation ulcéreuse au

cardia; on remarque à la pelile courbure de l'estomac deux autres perforations, l'une ronde, d’environ 1 centimètre de diamètre, l'autre allongée, ayant à peu près 2 centimètres de longueur ; leurs bords sont mol asses et irréguliers ; la membrane muqueuse de ce viscère est presque enliôi ement détruite et réduite, dans beaucoup de points, ;'i un état gélatiniforme; la tunique musculeuse est enduite d'une couche brunâtre peu foncée, couleur de bistre clair, excepté vers le pylore, où la couleur est normale et l’enduit gluant et filant; du reste celle tunique est blanchâtre comme le sont les lèvres des personnes qui ont mangé des mets fortement vinaigrés. Cette décoloration est surtout remarquable clans la région pylorique ; la consistance de cette membrane cl de la tunique séreuse n’est pasdiminuée: cette dernière est blanche. Les vaisseaux sanguins de l'estomac ont acquis un volume considérable cl renferment du sang coagulé. Les intestins sont le siège d’allcrations analogues à celles qui. ont été observées dans L’expérience première.

Expérience iji". — Lorsqu'on fait avaler à des chiens de moyenne taille, à jeun, 130 grammes de vinaigre ordinaire, et qu’on empcclie le vomissement au moyen de la ligature de l’œsophage, on remarque des symptômes analogues à ceux qui ont déjà été décrits, et les animaux succombent au bout de dix , douze ou quinze heures.

A l’ouverture des cadavres, on voit que la membrane muqueuse de l’estomac est recouverte d’une couche ordinairement peu épaisse d’un fluide noirâtre, vu en masse, et couleur de bistre lorsqu’il est étendu sur la main; du reste cette membrane offre les altérations décrites dans l’expérience première; toutefois elle est moins brune dans sa portion pylorique que dans l'oesophagienne : la tunique musculeuse paraît à l’état normal , quoique recouverte d’une infiltration sangti noicntc. U y a dans les premières parties de l’intestin grcle un peu de sang noirâtre épanché. L’un des animaux soumis à cette expérience a présenté, non loin du cardia, dans la petite courbure , une tumeur de la grosseur d’une noix, formée par du sang infiltré dans le tissu cellulaire sous-muqueux; la portion de la face externe de l’estomac correspondant à cette tumeur offrait un enfoncement entouré d’un bourrelet mollasse.

Observation. — A. C. , Sgéc de dix-neuf ans, mourut le 8 mai, à quatre heures et demie du matin , dans une des rues du Petit Gentilly, près Paris; et il résulte des recherches anatomiques cl chimiques que la mort avait été déterminée par l’acidc arctique. Les renseignements recueillis par le juge d’instruction apprennent que le 7 mai, à onze heures du soir, on entendit une jeune personne qui était sur la voie publique qui se plaignait, et qui paraissait ivre ; cependant elle partit après avoir demandé quelle route elle devait suivre. Le 8, à trois heures et demie, elle fut trouvée couchée et souffrante contra le mur d’un marchand de vin du Petil-Gemilly. A quatre heures, on lui fit prendre du vin et du lait sucrés chauds; clic eut de fortes convulsions, et se plaignit de l’es-

DE l’acide acétique. 49°

tomnc; les accidents devinrent tellement graves qu’elle mourut peu de

“îKnurcdti cadavre fut faite par M\I. Lemiset Murat, chirurgiens de Bicêtre , qui dressèrent le rapport suivant :

Nous soussignés, docteurs en méde inc et en chirurgie, ccrt.ftons avoir trouvé sur le cadavre de A. C. les lésions suivantes .

Apparence extérieure. — Embonpoint médiocre. Pas de roideur cadavérique ; teinte verdâtre très légère de. la peau , aux aines et sur la ligne blanche de l’abdomen; léger météorisme du ventre; le cou, les épaules, la partie postérieure du tronc et les membres offrent une teinte violette , due à l'infiltration du sang dans le tissu de la peau.

Appareil digestif. — La paître moyenne de la face , le pourtour delà bouche et des ailes du nez sont couverts d'un liquide écumcnx, en partie desséché, légèrement brunâtre, qui n’a point altéré le tissu de la peau.

Un liquide semblable s’écoule de la bouche ; il exhale une légère odeur d’alcool : la quantité s'élève à 90 grammes environ.

Les mâchoires sont très fortement serrées l’une contre l’autre; les dents sont blanches et ne sont point altérées.

La membrane muqueuse de la face interne des joues et du palais est à l’état normal ; celle de la langue , surtout vers le milieu de la face supérieure, est coriace, revenue sur ellc-mcmc, brunâtre; ses glandes sont très apparentes; celle de l’œsophage offre les mêmes caractères, mais à un degré encore plus élevé : elle est d’un brun noirâtre. Elle n est tapissée, non plus que la membrane muqueuse buccale, par aucun liquide, par aucune fausse membrane.

L’estomac, considéré à l'extérieur, est distendu, saillant, et pat ait rempli par un liquide; il offre une couleur violette qui, vers le pylore, dégénère en une teinte presque noire : celte coloration, qui se retrouve dans toute l'étendue de la surface extérieure, est nuancée de plaques plus ou moins foncées. Les vaisseaux de l’estomac se dessinent sur ce fond, sous forme d’arborescences, d’une couleur plus intense.

L’estomac examiné à l’intérieur contient dans sa cavité un liquide d’un brun noirâtre et d'une odeur légèrement fétide qui fait cllervcsccnce sur la dalle. La quantité est de 2i0 grammes à pou près. Les parois de ce viscère sont en outre tapissées par une matière brune, extrêmement adhérente, assez semblable à de la suie humide, dont la couche est d autant plus épaisse, d'autant plus tenace, d’autant plus continue, qu'on s’approche davantage du pylore.

La membrane muqueuse de l'estomac n’offre de destruction nulle part. Près du cardia sa teinte est d’un blanc légèrement grisâtre, et en certains endroits roussâtre. A mesure qu’on descend vers le py’ore, cette couleur passe au brun et même au noir. Dans le petit cul-de-sac, toutes les tuniques de l’esti mae participent â cc’.tc coloration , qui est celle île la gangrène; cependant toutes ces membranes, y compris même la muqueuse, sont partout très résistantes. On voit au-dessous de celte dernière tunique, et près du pylore, ramper les vaisseaux de la membrane ccllu-

l'E POISONS IRRITANTS.

leuse, remplis d’un sang noir et coagule'. Les glandes muqueuses du petit cul-de-sac sont très nombreuses, très saillantes, et offrent une dureté insolite.

L estomac et le liquide qu il contenait sont placés et scellés chacun dans un vase séparé pour être soumis à un examen chimique. Le reste du tube digestif, qui ne présente à l’extérieur aucune lésion appréciable, n’est pas ou\ ert . il est placé avec les matières qu’il renferme dans un vase clos.

Le cœur et les poumons sont dans l’état naturel.

Nous n’avons pas cru nécessaire d’ouvrir la tête et d’examiner le cerveau.

Appareil génital. — L’utérus a à peu près le volume du poing du sujet. 11 s élève à peine au niveau du pubis ; il contient un fœtus qui paraît avoii deux mois et demi de conception. Le développement de cet organe, 1 aspect des membranes fœtales, les proportions de l’embryon, tout se rapporte à l’âge que nous venons d’assigner.

Les renseignements recueillis sur la femme qui fai! le sujet de ce rapport , et le caractère des lésions trouvées dans son estomac, nous portent à penser que la mort a clé le résultat d'un empoisonnement.

Nous laissons à 1 analyse chimique le soin de déterminer la nature de la substance vénéneuse. ( Signé : Lejiis, Murat.)

Conclusions. — Les faits qui précèdent nous permettent de conclure :

1° Que l’acide acétique concentré est un poison irritant, énergique, susceptible d’occasionner une mort prompte chez l’homme et chez les chiens, lorsqu’il est introduit dans l’estomac;

2° Qu’il détermine une exsudation sanguine, puis le ramollissement et l’inflammation des membranes du canal digestif, et quelquefois même leur perforation ;

3° Que, dans la plupart des cas, il produit une coloration noire, sinon générale , du moins partielle , de la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins : cette coloration, que l’on serait tenté de confondre au premier abord avec celle que développe l’acide sulfurique, est le résultat de l’action chimique exercée par l’acide acétique sur le sang ; en effet , par son mélange avec cet acide concentré , le sang refroidi et placé dans une capsule ne tarde pas à acquérir cette même teinte ;

h° Que le vinaigre ordinaire , à la dose de 120 grammes, détermine les mêmes accidents et la mort des chiens de moyenne taille dans 1 espace de douze à quinze heures , à moins qu’il n’ait été vomi peu de temps après son ingestion. Il agit probablement de même chez l’homme à une dose un peu plus forte ; et si l’on cite des individus qui ont pu avaler un verre de vinaigre sans périr, cela dépend sans doute de ce que, chez ces personnes., l’estomac étant rempli d’aliments , le vomissement n’a pas tardé à survenir ; peut-être aussi le

vinaigre ordinaire était-il étendu d’eau et pris en quantité insuffisante.

Traitement de l'empoisonnement.

Voyez page 87.

Recherches médico-légales.

Acide acétique pur -ci concentré.— Il est liquide, incolore, d’une odeur pénétrante caractéristique , d’une saveur acide très forte ; il rougit le tournesol avec énergie, et entre en ébullition à 120° c. Il peut être distillé en entier sans laisser de résidu charbonneux. Il peut aussi se présenter sous forme de lames ou de tables transparentes d’un grand éclat, si la température est au-dessous de 15" c. Si on le chauffe légèrement dans une petite capsule de porcelaine, et qu’on le mette en contact avec un corps en combustion , il brûle avec une flamme bleue pâle. Il fournit avec la potasse un sel blanc déliquescent , d’une saveur très piquante, qui, étant chauffé, se boursoufle, éprouve la fusion ignée, se décompose , et finit par se charbonner en répandant une fumée ayant l’odeur de gomme brûlée ; le charbon obtenu contient du carbonate de potasse. Il suffit de verser quelques gouttes d’acide sulfurique concentré sur de l’acétate de potasse solide pour le décomposer avec bruit et une légère effervescence, et dégager des vapeurs abondantes d’acide acétique, d’une odeur bien connue, que l’on ne peut confondre qu’avec celles qu’exhalent les formiates placés dans les mêmes conditions. L’acétate de potasse ne réduit pas l’azotate d’argent à une douce chaleur, tandis que le formiatc de la même base en sépare promptement de l’argent métallique à cette température, et qu’il produit même ce phénomène à froid au bout d’un certain temps. En mêlant deux dissolutions concentrées d’azotate d’argent et d’acétate de potasse, il se précipite de l’acétate d’argent eu lames nacrées, flexibles, blanches, qui, étant desséché et chauffé dans un verre à montre , noircit tout aussitôt , et laisse de l’argent métallique en répandant de très légères vapeurs cl sans détoner comme le fait l’oxalate d’argent.

Acide acétique pur étendu d’eau. — Il est constamment liquide , incolore, d’une odeur faible, mais caractéristique, d’une saveur aigrelette ; il rougit le tournesol ; si on le chauffe en vases clos , il se concentre de plus en plus. En le saturant par la potasse et en évaporant la liqueur jusqu’à siccité, on obtient de l’acétate de potasse, facile à reconnaître aux caractères précédemment indiqués.

Vinaigres. — Les diverses variétés connues dans le commerce sous les noms de vinaigre radical, vinaigre concentré, vinaigre de

bois ou acide pyroligneuv , vinaigre ordinaire distillé ou non , contiennent toutes de l’acide acétique et de l’eau, et se rapprochent pai conséquent, pour leurs propriétés, de l’acide acétique concentré ou étendu; le vinaigre ordinaire, souvent coloré, renferme en outre des matières organiques, des sels de différente nature et très souvent de l’ammoniaque. Quoi qu’il en soit , il sera toujours facile de constater dans ces vinaigres la présence de l’acide acétique, en ayant égard aux caractères dont j’ai fait mention plus haut.

Mélanges d’acide acétique ou de vinaigre cl de liquides alimentaires, ou de la matière des vomissements , ou de a iles que l’on trouve dans le canal digestif. Le vin , le cidre , la bière, le café et le bouillon ne sont pas altérés par cet acide ; la couleur du premier de ces liquides est seulement avivée. Le lait est instantanément coagulé; le sang et les tissus de l’estomac sont brunis ou noircis, et peuvent être réduits en bouillie si l’acide est très concentré.

Expérience T'. — J’ai introduit dans une cornue 10 centigrammes d’acide acétique concentre, préalablement mélangés avec 200 grammes de lait, de bouillon et de café, et j’ai porté le liquide à l'ébullition; le produit recueilli dans le récipient, examiné à diverses époques de l'opération, était incolore, transparent, et d’autant plus acide que l’on approchait davantage du moment où la matière de la cornue allait se dessécher; il offrait l’odeur de l’acide acétique, et en le raturant par la potasse on obtenait de l’acétate de cette base facilement reconnaissable.

Expérience h'. — J’ai fait un mélange de 10 centigrammes d’acide acétique concentré et de 180 grammes de lait, de bouillon et de café; j’ai précipité ce mélange par un excès de déroclum aqueux de tannin , et j’ai filtré lorsque le dépôt a été bien ramassé; la liqueur, chauffée jusqu’à l’ébullition dans une cornue, a été presque desséchée et a fourni dans le récipient un liquide incolore offrant l’odeur de l’acide acétique et donnant avec la potasse de l’acétate de cet e base.

Expérience iii*. — J’ai administré à un chien IG grammes d’acide acétique concentré dissous dans 280 grammes d’un mélange fait avec parties égales de lait , de bouillon et de café; l’oesophage et la verge ont été liés. L’animal a éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement par l’acide acétique affaibli et est mort cinq heures et demie après l’ingestion du poison. Il a éié ouvert immédiatement après : le foie , les reins et l’estomac ont été placés séparément dans trois capsules de porcelaine; un papier bleu de tournesol, mis en contact avec la portion centrale de la substance du foie que j’avais incisée, a été sensiblement rougi au bout de quelques secondes. L 'estomac renfermait environ 200 grammes d’un liquide noirâtre, bourbeux, acide, répandant une odeur de vinaigre. Ce viscère, dont la surface interne était fortement enllammée et parsemée de larges taches noirâtres , a été agité pendant deux heures avec de l’eau distillée froide ; alors je l’ai coupé en petits fragments et je l’ai fait bouillir

de l’acide aciîtiqee

rlos pendant une heure et demie avec 500 grammes d’eau dis- [ réuni au liquide trouvé dans l’estomac ceux qui provenaient

lemeni caracici , .

La portion B a été précipitée par un excès de dèco tum aqueux de

tannin; le précipité , fort abondant , a été séparé par le filtre et le h-

quide parfaitement transparent mis dans la cornue pour cire dt comme l’avait été la portion A. Le produit recueilli dans le récipient était incolore , limpide, acide, et d’une odeur à la fois vinaigrée cl légèrement cmpyrcumaiique. Saturé par de la potasse à l’alcool, il m a fourni un gramme dix centigrammes d’acétate sec; mais celui-ci était d un brun foncé et évidemment altéré par une matière organique : lorsqu on le traitait par l'acide sulfurique, on en dégageait de 1 acide acétique , reconnaissable à son odeur, quoique celle-ci ne fût pas aussi caractérisée que celle de l’acide acétique pur.

Le foie , coupé en petits morceaux, a été introduit dans une cornue avec un litre d’eau distillée et chauffé jusqu’à l’ébullition pendant deux heures; le liquide contenu dans le ballon ne rougissait pas le papier bleu ; je l’ai réuni au décoctum aqueux restant dans la cornue ; j’ai filtré et soumis la liqueur à une nouvelle distillation jusqu'à ce qu elle fût picsque desséchée ; le liquide recueilli dans le récipient était incolore, transparent, sans action sur le papier bleu et rouge de tournesol et ne tépandait point d’odeur d’acide acétique. Saturé par la potasse. , il ne donnait pas un atome d’acctate de potasse. Les reins coupés par petits morceaux et traités comme le foie sc sont comportés de même ; le liquide distillé ne contenait ni de l’acide acétique ni de l’acétate acide d ammoniaque.

La vessie renfermait 62 grammes d'urine jaune et assez limpide. J ai introduit ce liquide dans une cornue avec à grammes d acide sulfurique concentré et pur, et j’ai chauffé à un feu doux. Le produit de la distillation, limpide , incolore et acide , répandait l’odeur d’urine de chien, sans qu'il fût possible de reconnaître celle de l’acide acét;que ; je 1 ai saturé par la potasse et évaporé jusqu'à siccité. Le résidu distillé avec 1 gramme d’acide sulfurique concentré a fourni un liquide légèrement acide , d une odeur analogue à celle du précédent, mais moins forte , et au milieu de laquelle on démêlait déjà quelque chose de piquant. J’ai saturé de nouveau ce liquide par la potasse et j’ai fait évaporer jusqu'à siccité ; le pi o-

duitscc, très peu abondant, décomposé par l’acide sulfurique concentré

dans la capsule où il se trouvait, a répandu une très faible odeur d’urine de chien et une odeur plus vive, assez piquante , que je ne pourrais pas affirmer être celle de l’acide acétique.

Expérience ivc. — Dans le dessein de savoir quelle influence pourrait exercer la préscncedci’acc/afe d’ammoniaque sur la recherche del’acide acétique dans un cas présumé d’empoisonnement , j’ai distillé , au bainmarie, pendant trois heures, un mélange de 30 grammes d’eau et d’autant d’acétate d’ammoniaque liquide que je venais de préparer, et qui était aussi neutre que possible, puisqu’il n'altérait aucunement les couleiu s bleue et rouge du papier de tournesol. Les 10 grammes qui ont passé daboid bleuissaient fortement le papier rouge, renfermaient par conséquenule 1 ammoniaque, et ne paraissaient pas contenir d’acide, fl en était de même des 10 grammes qui avaient distillé en second lieu. Les 10 grammes qui étaient passés en troisième lieu bleuissaient le papier rouge et répandaient une odeur ammoniacale ; mais en les agitant avec de l’acide sulfmique concentré, il se dégageait une légère odeur d’acide acétique. J’ai alors continué la distillation à feu nu, à la température de l’ébullition, exactement comme cela avait eu lieu dans l’expérience 3e, et j’ai également fractionné les produits : les 10 premiers grammes qui ont passé bleuissaient le papier, exhalaient une odeur ammoniacale, et l’on en dégageait de I acide acétique par 1 acide sulfurique. A dater de ce moment, le liquide obtenu dans le récipient offrait à la fois une réaction alcaline et acide, car le papier bleu était rougi et le papier rouge bleui; toutefois l’odeur était encore ammoniacale, excepté vers la fin, où elle devenait liés sensiblement acétique. J’ai saturé par la potasse à l’alcooi, les 10 dernicis grammes obtenus, et j ai aussitôt développé une odeur ammoniacale qui ne se faisait pas sentir avant l’addition de la potasse; la liqueur ainsi saturée m’a fourni de l’acétate de potasse solide , lorsque je l’ai fait évaporer. On vojait dans le fond de la cornue, à la fin de la distillation, un résidu solide gris, léger, tandis que le col était tapissé de cristaux d’acétate acide d’ammoniaque parfaitement transparents.

Expérience vc. — J’ai répété cette expérience en substituant aux 30 grammes d’eau la même quantité d’un mélange de lait, de bouillon et de café , et en chauffant de suite à la température de l’ébullition, mais à un feu doux. Les résultats ont été les mêmes, si ce n’est qu’à aucune époque de la distillation je n’ai pu développer l’odeur acétique en traitant par l’acide sulfurique le produit condensé dans le ballon, et que je n’ai pas obtenu d’acétate acide d’ammoniaque cristallisé. Au reste, comme dans l’expérience précédente, les dernières portions du liquide distillé étaient acides, et en les saturant par la potasse, quoiqu'elles ne répandissent pas d’odeur acétique, elles fournissaient de l’acétate de celte base, qui par l’action de l’acide sulfurique donnait de l’acide acétique parfaitement reconnaissable à son odeur, etc.

Expérience vic. — J’ai laissé pendant un mois un canal digestif en contact avec un litre d’eau distillée; la liqueur, ecccessieemenl fétide , ayant été filtrée, a été partagée en deux parties égales A et B. La portion A bleuis-

DE l’Acide acétique. 205

sali à peine le papier rouge de tournesol; distillée seule à un feu doux, mais à la température de l’ébullition, -elle m’a fourni un produit que j’ai fractionné et recueilli dans quatre récipients distincts. Le premier bleuissait fortement le papier rouge, et n’altérait pasle papier bleu : l’acide sulfurique ne développait pas d’odeur acétique. Le deuxième était dans le même cas, quoique un peu moins alcalin. Le troisième, à peine alcalin, ne rougissait pas encore le papier bleu , et ne dégageait point d’odeur acétique par l’acide sulfurique. Enfin le quatrième était acide, et ne bleuissait pas le papier rouge, mais il ne répandait point d’odeur acétique, alors même qu’on le traitait par l’acide sulfurique ; je l’ai saturé par la potasse à l’alcool, et j’ai évaporé la liqueur jusqu’à siccilé. Le produit obtenu, de couleur noirâtre, mis en contact avec de l’acide sulfurique concentré froid , a dégagé des vapeurs blanches ayant l'odeur d’acide acétique.

J’ai mêlé la portion B avec 60 centigrammes d’acide acétique, et j’ai distillé à un feu doux , en fractionnant les produits comme dans les expériences précédentes. La première portion distillée exhalait une odeur fétide, ni acétique ni ammoniacale; elle rougissait assez fortement le papier bleu ; la potasse en dégageait de l'ammoniaque et fournissait de l’acétate de potasse , qui , étant desséché, donnait par l’acide sulfurique concentré des vapeurs d’acide acétique parfaitement reconnaissable à son odeur. Le

I liquide, distillé en second et en dernier lieu, offrait exactement les memes caractères.

Il résulte de ces expériences : 1° qu’il suffit de distiller à la température de 100” à 130° c. un liquide organique contenant de l’acide acétique libre, pour recueillir dans le récipient une partie notable de cet acide (expér. lri’, p. 202) ; 2° qu’on en obtient beaucoup plus si , avant la distillation, on a précipité par un excès de tannin toute la matière animale que cet agent est susceptible de séparer , mais que dans ce cas l’acide volatilisé est légèrement altéré par un produit organique qui masque en partie sou odeur, et communique aux sels résultant de son action sur les bases une couleur brune noirâtre ; en décomposant ces sels par l’acide sulfurique , il s’exhale une odeur mixte d’acide acétique et d’une autre matière, en sorte qu’il est assez difficile de bien caractériser par ce moyen l’acide acétique (expér. 2e et 3e, p. 202) ; 3° qu’en distillant des matières organiques contenant de l 'acétate d' ammoniaque , sans renfermer un atome d’acide acétique libre , on obtient d’abord des produits non acides , dans lesquels il existe au contraire de l’ammoniaque libre, tandis qu’on trouve dans les dernières portions distillées de Y acide acétique, rougissant le papier de tournesol , et formant avec la potasse un sel d’où l’on dégage par l’acide sulfurique de Y acide acétique avec tous ses caractères et parfaitement reconnaissable h son odeur (exp. 4e et 5e, p. 203); 4° qu’en laissant dans l’eau distillée, pendant un mois, le canal digestif d’un homme non empoisonné par l’acide acétique, et à l’état

normal, le liquide pourri contient de l’acétate d’ammoniaque, qui, étant chauffé , sc comporte comme il vient d’être dit , et fournit en dernier lieu, lorsqu’on le traite par la potasse et par l’acide sulfurique, de l’acide acétique avec l'odeur qui le caractérise (expér. 6e, p. *206); 5" que ce même liquide pourri, s’il est distille après avoir été préalablement mélangé avec une suffisante quantité d’acide acétique pour le rendre légèrement acide, donne pour premier produit de la distillation un liquide transparent, qui, au lieu d’être alcalin, rougit le papier de tournesol, et contient de Y acide acétique, quoiqu’il n’exhale pas l’odeur du vinaigre; en effet, il suffit de le traiter par la potasse et par l’acide sulfurique pour obtenir de l’acide acétique parfaitement reconnaissable.

Procédé. — La matière suspecte est acide cl rougit le papier bleu de tournesol . • — On introduit dans une cornue les matières vomies, ou celles qui ont été trouvées dans le canal digestif, ainsi que les eaux de lavage provenant de l’action de l’eau distillée froide sur la surface interne de l’estomac et des intestins. On adapte un récipient ; on place la cornue dans un bain-marie, et l’on chauffe jusqu’à l’ébullition, afin de coaguler une certaine quantité de matière animale et de rendre la filtration plus facile ; on filtre, en ajoutant au décoclum la portion du liquide qui a passé dans le récipient. On obtient par ce moyen une liqueur A et une masse solide B.

La liqueur A, ordinairement colorée, rougit le papier bîeu de tournesol, pour peu qu’elle renferme de l’acide acétique libre; on la distille dans une cornue préalablement disposée dans un bain d’huile (voy. p. 160) , ou de chlorure de calcium, de manière à ce que la température ne dépasse pas 120 à 130° c.. L’opération est continuée jusqu’à ce que la matière soit presque desséchée ; le récipient , qui doit recevoir le produit de la distillation, contient 25 ou 30 grammes d’eau distillée , et plonge dans un liquide froid. Le liquide distillé est incolore et transparent; s’il contient de l’acide acétique, il rougit le tournesol et exhale une odeur de vinaigre facile à reconnaître. On le sature par du carbonate de potasse pur, de manière à ce que le papier bleu ne soit plus rougi et que le papier rouge ne soit pas bleui ; on évapore la liqueur jusqu’à siccité au bain-marie, puis on décompose l’acétate obtenu en le chauffant dans une cornue tubulée avec son poids d’acide sulfurique concentré, en distillant et en recueillant le produit dans un ballon qui plonge dans l’eau froide. L’acide obtenu doit offrir toutes les propriétés de l'acide acétique concentré. ( Voy. p. 200.) Il peut être utile, dans certains cas, de connaître au juste la quantité de cet acide qui s’est condensée dans le ballon ; on y parvient aisément en partant de ce point, que 116,66 de carbonate de potasso

solide saturent 100 parties d’acide acétique pur, contenant un équivalent d’eau. Il suffira donc de savoir combien il a fallu de carbonate de potasse pour saturer l’acide très (faibli qui avait été recueilli dans ]a première distillation. Ainsi, admettons que cet acide ait exigé pour sa maturation h grammes 50 centigrammes de carbonate de potasse sec, on établira la proportion suivante :

I.c nombre 3 grammes 92 centigrammes sera la quantité d’acide acétique concentré à un équivalent d’eau contenu dans le liquide acétique affaibli du récipient.

La matière desséchée qui reste dans la cornue, après avoir recueilli l’acide acétique qui a distillé, peut être négligée sans inconvénient, si Pon a obtenu dans le ballon une suffisante quantité d’acide pour constater les propriétés qui le caractérisent. Dans le cas contraire, on devra chercher si elle ne renferme pas de l’acétate de magnésie , résultant de l'action de l’acide acétique ingéré, sur de la magnésie que l’on aurait administrée comme contre-poison. Pour cela, il faudrait, comme l’a conseillé M. H. , d’après M. le professeur Bérard, de Montpellier (Voy. Journal (le pharmacie du Midi, tome vin) , traiter cette matière par l’eau froide , filtrer et ajouter à la liqueur un excès de potasse à l’alcool dissoute ; la magnésie sera précipitée à l’état d’hydrate, et il se sera formé de l’acétate de potasse ; on filtrera de nouveau , on

! évaporera jusqu’à siccité, et on chauffera le produit dans un creuset ; dès que l’acétate de potasse sera fondu, on le retirera du creuset, et on le décomposera dans une cornue par l’acide sulfurique concentré, comme il a été dit.

B. Les matières solides restées sur le filtre seront placées dans une cornue avec un litre d’eau distillée, et soumises à l’ébullition pendant une heure environ, afin de dissoudre l’acide acétique qu’elles pourraient retenir. Le liquide filtré sera réuni à celui qui se trouvera dans le récipient, et distillé en prenant les précautions indiquées plus haut ; on agira sur le produit de la distillation et sur le résidu desséché de la cornue comme il a été dit. (Voy. A, p. 206.)

Canal digestif. — Après avoir ainsi examiné les matières vomies et celles qui ont été extraites du canal digestif, on coupera l’estomac et les intestins en petits fragments, et on les fera bouillir dans une cornue pendant deux heures avec de l’eau distillée : on aurait tort de négliger cette opération, car presque toujours en obtient, en la pratiquant, une proportion sensible d’acide acétique; on agira ensuite sur le décoclutn et sur le liquide distillé, comme je viens de le dire à l’occasion des matières solides. ( Voy. B. )

Lu matière suspecte, loin d être acide, est neutre ou alcaline — On conçoit qu’un empoisonnement par l’acide acétique puisse avoir eu lieu, et que pourtant les matières vomies ou autres ue rougissent pas le papier bleu, soit parce que l’acide aura été complètement saturé par de la magnésie préalablement administrée comme contre-poison, soit parce qu’il se sera développé de l’ammoniaque par suite de la putréfaction, ou bien, comme je l’ai vu dans certains cas, parce que la proportion d’acide restant dans l’estomac est très faible et combinée avec la matière organique. Dans ce cas, on étendra d’eau distillée toutes les matières suspectes, liquides et solides, ainsi que les tissus du canal digestif coupés par petits morceaux, et on maintiendra le tout pendant douze heures environ à la température de 30° c. , en ayant soin d’agiter de temps en temps ; par ce moyen, les acétates et le composé d’acide acétique et de matière organique seront dissous, tandis que la majeure partie de la matière animale restera indissoute. On filtrera la liqueur et on la distillera en prenant les précautions que j’ai déjà indiquées. Il se pourrait qu’en procédant ainsi on obtînt dans les premières portions distillées de l’acide acétique libre , provenant d’une partie de celui qui était uni à la matière organique ; j’en ai recueilli deux fois en expérimentant sur des liquides neutres qui ne contenaient point d'acétate d’ammoniaque. Supposons que cela n’ait lias lieu, et qu’au contraire les premières portions de liquide condensées dans le ballon soient alcalines et renferment de l’ammoniaque, qu’il en soit de même de celles qui passeraient après, il faudra condenser attentivement dans un autre récipient le dernier produit de la distillation ; si ce produit rougit le papier bleu de tournesol, alors même qu’il n’exhalerait point l’odeur d’acide acétique, on devra le saturer par la potasse à l’alcool, évaporer le sel jusqu’à siccité, et voir si, en le distillant avec de l’acide sulfurique concentré , on n’obtient pas de l’acide acétique parfaitement reconnaissable ; en cas d’affirmative , on sera porté à croire que le liquide non acide , neutre ou alcalin, sur lequel on opère, contient de Y acétate d'ammoniaque ; il serait même difficile d’expliquer ces faits sans admettre l'existence de ce sel dans la matière soumise à l’expérience.

Quel que soit le résultat de la distillation des matières dont je parle, on devra examiner le résidu presque desséché de la cornue; on le traitera par l’eau froide, comme il a été dit à la page 207, pour savoir s’il ne renferme pas de l’acétate de magnésie.

Conclusions. — l°Si la liqueur suspecte est aride, qu’elle fournisse par la distillation un liquide acide rougissant le papier de tournesol à quelque époque de l’opération qu’on l’examine; si cct acide offre les caractères de l’acide acétique, et qu’il soit en quantité notable, on

pourra fortement soupçonner qu’il y a eu empoisonnement par cet acide , parce que s’il est vrai que plusieurs substances végétales ou animales, ainsi que les liquides de l’estomac, contiennent naturellement de l’acide acétique , il est également certain qu’en général ces matières ne renferment qu’une petite proportion de cet acide. Ou affirmera qu’il y a eu intoxication, si, dans l’espèce, le commémoratif, les symptômes, la marche de la maladie et les lésions cadavériques annoncent qu’il y a eu ingestion d’un poison irritant énergique.

2° Si la liqueur suspecte est acide, qu’elle fournisse par la distillation un liquide acide rougissant le papier de tournesol , soit au commencement, soit au milieu , soit à la fin de l’opération , que cet acide offre les caractères de l’acide acétique , mais qu’il n’existe qu’en très petite proportion et à peu près en quantité égale à celle qui serait fournie par un mélange de diverses matières alimentaires naturelles distillées , dont le poids serait à peu près équivalent à celui des liquides suspects, on ne devra soupçonner un empoisonnement par l’acide acétique que dans le cas où le commémoratif, les symptômes, la marche de la maladie et les lésions cadavériques seraient de nature à faire croire qu’un poison irritant énergique a été pris ; dans l’espèce , les accidents pathologiques seront quelquefois tels , que l’expert pourra même être autorisé à déclarer que l’empoisonnement lui paraît probable.

3° Si la liqueur suspecte est acide, qu’elle fournisse par la distillation des premières portions un liquide à la fois acide et alcalin , c’est-à-dire rougissant le papier bleu de tournesol et bleuissant le papier rouge, tandis que le dernier produit de la distillation serait seulement acide , que cet acide offre les caractères de l’acide acétique , surtout après avoir été saturé par la potasse, évaporé jusqu’à siccité et décomposé par l’acide sulfurique, on tirera les mêmes conclusions que dans les deux cas précédents , suivant la proportion plus ou moins forte d’acide recueilli.

4° Si le liquide n’est pas acide , qu’il fournisse par la distillation un premier et un second produit alcalins évidemment ammoniacaux , et que les dernières portions seulement rougissent le papier bleu et donnent de l’acide acétique après avoir été saturées par la potasse à l’alcool et traitées par l’acide sulfurique , on soupçonnera fortement que le liquide suspect contient de l’acétate d’ammoniaque. Mais comme cet acétate peut devoir son origine à diverses causes, il sera nécessaire, avant de se prononcer, d’examiner si l’individu que 1 on croit être mort empoisonné n’avait pas pris de ce sel à assez forte dose dans une potion médicamenteuse ou autrement, si le ca- 1 davre ne serait pas putréfié, et si l’acétate ammoniacal ne se serait L 14

point formé pendant la décomposition putride. (Voy. Expérience 6-, p. 20/j.) Silo cadavre est pourri, et qu’il n’y ait pas eu ingestion d’acétate d’ammoniaque ou d’un autre acétate soluble, on pourra admettre que l'acétate ammoniacal est le résultat de l’action de l’ammoniaque provenant de la putréfaction sur de l’acide acétique ingéré pendant la vie comme poison ou comme aliment, ou bien sur celui qui s’est produit pendant la putréfaction, ou bien encore à la fois sur l’un et l’autre de ces acides. Comment démêler la vérité au milieu de ce chaos, et quel parti pourrait-on tirer dans ce cas épineux de l’évaluation de la quantité d’acide obtenu , alors que personne ne saurait indiquer, pas même approximativement , combien les corps fournissent d’acétate d’ammoniaque en se putréfiant? L’expert ne pourra guère, dans ces circonstances, invoquer l’appui de la chimie autrement que pour corroborer les soupçons plus ou moins fondés d’empoisonnement que peuvent faire naître dans son esprit le commémoratif, les symptômes, la marche de la maladie et les lésions cadavériques ; et encore il arrivera souvent , quant à ces dernières , qu’elles seront difficiles h apprécier, vu l'état avancé de putréfaction du cadavre.

5" Si le liquide n’est pas acide et qu’il ne fournisse de l’acide acétique à aucune époque de la distillation , il faudra bien se garder de conclure que l’Individu n’est pas mort empoisonné si les accidents pathologiques sont de nature à faire soupçonner une intoxication ; car il pourrait se faire que la totalité de l’acide acétique eût été rejetée par le vomissement et par les selles, ou que par suite de l’administration d’un contre-poison , tel que la magnésie , les carbonates de magnésie, de chaux, etc., il eût été transformé en acétates de magnésie, de chaux , etc. , solubles. S’il était prouvé par un examen attentif des résidus de la distillation, ou des matières solides non distillées et traitées par l’eau froide , que ces matières renferment des quantités notables d’acétates de magnésie, de chaux, etc., cet élément ne serait pas sans valeur pour établir des probabilités d’empoisonnement par 1 acide acétique, alors qu’il coïnciderait avec des symptômes et des lésions de tissu analogues h ceux que déterminent toujours les acides concentrés pris à une dose même faible.

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