‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 37 sur 107 · DE LA CHAUX VIVE · texte numérisé non relu

DE LA CHAUX VIVE

Action sur l’économie animale.

Expérience. - On a fait avaler à un petit clnen 6 grammes de chaux vive réduite en poudre. Au bout de dix minutes , l’animal a vomi une assez grande quantité de matières alimentaires ; sa bouche était remplie d’écume, et il paraissait souffrir un peu. Le lendemain, il semblait rétabli, et il a mangé avec appétit. Les deux jours suivants (3 etZi ),

11 continuait à se bien porter. Le cinquième jour, on lui a fait prendre

12 grammes de chaux vive pulvérisée : il a vomi deux minutes après, et il est tombé dans rabattement ; il s’est plaint de temps en temps, et il est mort trois jours après, sans avoir eu ni vertiges, ni mouvements convulsifs, ni paralysie. La bouche, l’arrière-bouche et l’œsophage étaient un peu enflammés; la membrane muqueuse de l’estomac oflrait, dans toute son étendue , une couleur rouge assez foncée ; elle était évidemment phlogosée ; les tuniques qu’elle recouvre ne paraissaient point altérées ; le pylore, le duodénum et les autres parties du canal digestif étaient dans l’état naturel. Les poumons, d’une belle couleur rose, contenaient de l’air, et n’offraient aucune trace d’engorgement ni d’hépatisation.

Symptômes de l’empoisonnement et lésions de tissu produits par la chaux.

Symptômes. — Les nausées, les vomissements, l’épigastralgie , les coliques , les déjections alviues , et tous les symptômes qui caractérisent ou qui compliquent les inflammations de l’estomac et des intestins , peuvent être la suite de l’ingestion imprudente de cet alcali caustique.

Lésions de tissus. — Lorsqu’on examine les tissus après la mort occasionnée par la chaux, on ne remarque qu’une phlogose plus ou moins intense de ceux qui ont été en contact avec elle.

Conclusions. — 1° La chaux introduite dans l’estomac n’est pas un poison très énergique ; 2° elle détermine la mort en produisant l’inflammation des tissus sur lesquels elle a été appliquée.

Traitement de l’empoisonnement par la chaux.

Il est le même que pour la potasse et la soude. (Voy. p. 216.)

Recherches médico-légales.

La chaux est solide, blanche ou d’un blanc grisâtre, d’une saveur caustique et légèrement soluble dans l’eau.

LL oint aqueuse concentrée ou étendue. — Elle ramène au i. 16

bleu le papier rougi cl précipité en blanc par les acides carbonique et oxalique; le carbonate se dissout facilement dans un excès d’acide carbonique, tandis que l’oxalate est insoluble dans un excès d’acide oxalique et soluble dans l’acide azotique ; l’acide sulfurique pur ne précipite point l’eau de chaux.

Chaux mêlée à des liquides organiques , à la matière des vomissements et à celle qui se trouve dans le canal digestif. — L’albumine, la gélatine, le bouillon et le lait n’occasionnent aucun changement dans l’eau de chaux. Le vin rouge est précipité en violet , le thé en rouge d’ocre et la bile de l’homme en brun.

Expérience i". — J’ai mélangé un demi-litre de bouillon , autant de lait et de café et dO grammes de bile ; j’ai saturé le liquide par l’eau de chaux , puis j’ai ajouté dix centigrammes de ce môme alcali hydraté ; après avoir constaté l’alcalinité de la liqueur, à l’aide du papier de tournesol rougi, j’ai desséché la masse dans une capsule de porcelaine , et j’ai traité le produit pendant vingt à vingt-cinq minutes par l’eau distillée bouillante qui a dissous la chaux libre ainsi que de la matière organique. J’ai filtré et évaporé la dissolution , d’un brun rougeâtre . jusqu’à ce qu’elle fût carbonisée et qu’elle ne répandît plus de fumée ; alors j’ai détaché le charbon de la capsule de porcelaine, à l’aide de la lame d’un couteau, et je l’ai incinéré dans un creuset de platine que j’ai maintenu à une chaleur rouge , pendant une heure environ , afin de transformer en chaux vive le carbonate de chaux qui s’était formé ; en traitant la cendre par l’eau bouillante, j’ai obtenu un solutum , qui après avoir été filtré se comportait comme l’eau de chaux avec le papier rougi, et avec les acides carbonique, oxalique et sulfurique pur. Si l’on ne chauffait pas assez fortement la cendre dans le creuset , la chaux serait à l’état de carbonate insoluble dans l’eau, et il faudrait, pour la découvrir, traiter cette cendre par de l’acide azotique faible, et constater la présence d’un sel de chaux dans l’azotate filtré.

La masse desséchée dans la capsule de porcelaine et déjà traitée par l’eau bouillante, a été chauffée pendant quelques minutes avec de l'acide azotique pur étendu de cinq à six fois son poids d’eau , dans le but d’enlever une portion de chaux qui aurait pu -être transformée en carbonate ou en oxalate de chaux à la faveur des acides ou des sels contenus dans le mélange alimentaire; on a filtré la liqueur azotique dans laquelle pouvait se trouver un sel de chaux et de la matière organique ; en évaporant celle-ci, en la carbonisant dans une capsule de porcelaine, et en incinérant le charbon dans un creuset de platine, j’ai encore obtenu de la chaux vive.

Expérience ii'. — Il était nécessaire de savoir si en agissant de la même manière sur une quantité assez considérable de matières organiques à Y étal normal, on obtiendrait aussi de la chaux vive. J’ai évaporé jusqu’à siccilé dans une capsule de porcelaine un litre de bouillon , un demi-litre

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de luit , aillant de café et de vin ronge et environ /|0 grammes de hile. Le résidu a été traité pendant un quart d'heure par l'eau distillée bouillante; la liqueur filtrée, évaporée, carbonisée et incinérée dans un creuset de platine, a laissé une cendre assez fortement alcaline dans laquelle il y avait au moins autant de chaux vive que dans celle qui provenait du mélange alimentaire additionné de 10 centigrammes de chaux. La présence de cet alcali tenait certainement aux sels de chaux solubles dans l’eau bouillante qui se trouvaient dans ce mélange et notamment au tarlrate de chaux qui fait partie de la crème de tartre contenue dans le vin rouge. J’ai ensuite traité par l’acide azotique étendu d’eau la masse alimentaire normale que j’avais fait bouillir pendant un quart d’heure dans de l’eau distillée ; la liqueur, filtrée, a été évaporée jusqu’à siccité; le produit carbonisé et incinéré dans un creuset de platine, a laissé une cendre alcaline, qui contenait une quantité notable de carbonate de chaux, puisqu’en faisant agir sur elle de l’acide acétique, la liqueur filtrée précipitait abondamment de l’oxalate de chaux par l’oxalate d’ammoniaque.

Expérience iii*. — Convaincu par les résultats des essais qui précèdent qu’il fallait nécessairement recourir à une autre méthode pour déceler la chaux libre qui pourrait se trouver dans une liqueur, j’ai fait un mélange d’un litre de bouillon, de demi-litre de lait, d’autant de café et de vin rouge ; j’ai saturé ce mélange par de l’eau de chaux, puis j’ai ajouté 12 grammes d’eau saturée de chaux , contenant par conséquent 2 centigrammes de chaux environ ; j’ai chauffé, après avoir délayé dans la liqueur un blanc d’œuf dissous dans l’eau ; l’additiou de l’albumine avait pour objet de pouvoir obtenir par la filtration une liqueur limpide; j’ai fait bouillir pendant quelques secondes, et quand le mélange a été refroidi, je l'ai mis sur un filtre ; la liqueur était d’un jaune rougeâtre, parfaitement limpide et sensiblement alcaline ; je l’ai fait traverser par quelques bulles de gaz acide carbonique qui ne Va point précipitée; voyant alors que la liqueur était légèrement acide, je l’ai chauffée pour volatiliser le gaz acide carbonique en excès , espérant qu’elle se troublerait ; la dissolution est restée transparente et acide. J’ai ajouté de l'oxalate d’ammoniaque; à l’instant même j’ai obtenu un précipité d'oxalate de chaux, qui étant lavé, desséché et calciné dans un creuset de platine , a fourni de la chaux vive.

La même expérience répétée,. vans addition de chaux, a exactement offert les mêmes résultats , si ce n’est que la quantité d’oxalate de chaux obtenue était un peu plus faillie.

Expérience ivc. — J’ai mélangé un litre de bouillon , un demi-litre de lait , autant de café et de vin rouge, avec 1 gramme de chaux vive au lieu de 2 centigrammes. Tout portait à croire que si l’acide carbonique n’avait point précipité la chaux dans l’expérience troisième, cela tenait à ce que les 2 centigrammes d’alcali étaient étendus d’une trop grande quantité d eau ; il était d’ailleurs évident qu’il fail lit renoncer à l’emploi de l’oxalate d’ammoniaque , puisque les liquide* alimentaires que j'employais

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fournissaient de Toxalate de cliatix par ce réactif, alors même que l'on n’avait point ajouté de chaux. Le mélange a été évaporé jusqu’à siccité, elle produit traité par 60 grammes d’eau dist illée froide ; après avoir agité pendant un quart d’heure, j’ai filtré la liqueur, qui a passé claire et qui était fortement alcaline; je l’ai fait traverser par un courant de gaz acide carbonique lavé; elle s'est troublée aussitôt, et le précipité disparaissait à mesure que l’eau se saturait de gaz carbonique ; j'ai fait bouillir la dissolution pendant quelques minutes pour dégager l’excès de gaz et j’ai laissé ramasser le précipité; celui-ci bien lavé, desséché et calciné au rouge dans un creuset de platine , m’a fourni de la chaux vive et du carbonate de chaux ; toutefois la proportion de chaux obtenue ne représentait pas , ni à beaucoup près, le gramme de cet alcali qui avait été ajouté au mélange alimentaire.

Il suit de ce qui précède :

1" Que lorsqu’il s’agira de déceler la chaux vive dans un casd’ein poisonneinent , on devra , après avoir constaté l’alcalinité de la matière suspecte, évaporer celle-ci jusqu’à siccité si elle n’est pas à l’état solide, traiter le produit par l’eau distillée froide, filtrer et faire passer un excès de gaz acide carbonique dans la liqueur ; on fera ensuite bouillir pendant quelques minutes pour déterminer la précipitation du carbonate de chaux ; celui-ci lavé , desséché et calciné dans un creuset de platine, laissera de la chaux ou du carbonate de chaux. Il n’existe en effet aucun liquide alimentaire ni aucun produit de vomissement qui fournisse un précipité de carbonate de chaux , lorsqu’on le traite par l’acide carbonique, à moins qu’il n’ait été mélangé de chaux;

2° Que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves, si l’on suivait l’un ou l’autre des procédés indiqués dans les expériences lrc et 3e (voy. p. 21x2 et 2à3) ;

3o Que le gaz acide carbonique 11e précipite pas la totalité de la chaux vive introduite dans l’estomac, parce qu’une portion de cet alcali s’est transformée en sel , eu se combinant avec les acides libres contenus dans les liquides alimentaires ou dans le canal digestif, et probablement aussi parce qu’une autre portion est retenue par la matière organique avec laquelle elle forme un composé comme savonneux ;

lx" Qu’il serait dès lors imprudent de déclarer qu’un individu n aurait pas été empoisonné par de la chaux, par cela seul qu’on n’en décèlerait pas la moindre trace à l’aide de l’acide carbonique, l’empoisonnement ayant pu avoir lieu par une petite proportion de cet alcali donné avant ou après l’ingestion dans l’estomac de liquides acides, tels que le vin, etc.; dans ce cas, la chaux se serait transformée en un sel calcaire insoluble ou soluble que l’acide carbonique ne

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nourrait point décomposer. En pareille occurrence l’expert devrait avoir surtout égard au commémorât tf, aux symptômes, aux altu tions cadavériques , etc.

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