‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 36 sur 107 · DE L’EAU DE JAVELLE · texte numérisé non relu

DE L’EAU DE JAVELLE

Eau de Javelle à base de soude , composée de chlore et de soude , et préparée en faisant arriver du chlore gazeux dans un litre d’eau tenant en dissolution 125 grammes de carbonate de soude. Liquide coloré en rose par un sel de manganèse, transparent, bleuissant le papier rouge de tournesol et le décolorant peu après , répandant l’odeur de chlore. Quand on l’évapore il dégage du chlore, et laisse un résidu rosé qui bleuit le papier rouge et ne le décolore plus , qui ne fuse pas sur les charbons ardents, et qui donne par l’acide sulfurique du chlore gazeux jaune verdâtre , et du gaz acide chlorhydrique.

Lorsqu’on élève tant soit peu la température de l’eau de Javelle préalablement mélangée avec un peu d’acide sulfurique, il se dégage du chlore , et si l’on reçoit celui-ci dans un ballon contenant un papier imprégné d’iodure de potassium et d’amidon , aussitôt ce papier est coloré en bleu.

L’azotate d’argentet l’acide phtorbydrique silicé y font naître, le premier un précipité de chlorure d’argent et l’autre un dépôt de phtorhydrate silicé de soude. Un papier imprégné d’iodure de potassium et d’amidon plongé dans le chlorure de soude est noirci à l’instant même, et il y a de l’iode mis à nu. Une lame d’argent se recouvre de suite d’une couche noire ( chlorure d’argent ) , que l’ammoniaque enlève en grande partie à la température de l’ébullition; si l’on verse de l’acide azotique dans la dissolution ammoniacale , il se dépose à l’instant même du chlorure d’argent blanc caillebotté', etc.

Eau de Javelle à base de potasse.— Si cette liqueur a été préparée comme la précédente , en faisant arriver du chlore gazeux dans un litre d’eau tenant en dissolution 125 grammes de carbonate dépotasse, elle se comportera de même avec les réactifs, si ce n’est qu’elle fournira avec le chlorure dcplatiue un précipité jaune serin, ijrenu, adhérent au verre , et avec l’acide phtorbydrique silicé, un précipité diaphane et comme gélatineux.

Eau de Javelle à base de potasse ou de soude étendue d’eau. — On ne peut précipiter ces liquides par le chlorure de platine et par l’acide phtorbydrique silicé , qu’après les avoir concentrés par l’évaporation ; le papier imprégné d’iodure de potassium et d’amidon, au lieu d’être noirci , est bleui.

On débile dans le commerce une eau de Javelle à base dépotasse, contenant beaucoup moins de chlore et de potasse que les précédentes, et ne présentant pas les mêmes caractères. Elle est liquide, à peine odorante , incolore, sans action sur les papiers rouge et bleu de tourne-

des poisons irritants.

sol. Quand on l’évapore , elle ne dégage point de chlore, et l’on peut l’amener jusqu’à siccilé sans qu’elle bleuisse le papier rouge. La lame d’argent plongée dans celte liqueur ne perd ni son brillant ni sa couleur, même au bout de plusieurs heures; toutefois l’acide sulfurique la jaunit et en dégage du chlore ; le papier imprégné d’iodure de potassium et d’amidon est bleui par elle ; le chlorure de platine et l’azotate d’argent la précipitent, le premier en jaune serin et l’autre en blanc.

Mélanges d'eau de Javelle, de lait, de bouillon, de eafé, de ta matirre des vomissements, etc. — Expérience rrc. — J’ai administré à un chien de moyenne taille 150 grammes d’eau de Javelle rose à base de soude mélangée avec autant de lait, de bouillon et de café; l’œsophage et là verge ont été liés; l’animal est mort six heures après et a été ouvert aussitôt. L'estomac contenait quelques aliments et une partie de la liqueur ingérée. Après avoir été filtrée, celle-ci était jaune, tirant un peu sur le rosé , et exhalait une légère odeur de chlore; elle bleuissait le papier rouge de tournesol. J'en ai traité une portion dans une cornue avec de l’acide sulfurique concentré à une très douce chaleur : il s’est aussitôt dégagé du chlore qui a bleui un papier Imprégné d’iodure de potassium et d’amidon , que j’avais placé dans le récipient. Une autre portion delà liqueur a été évaporée jusqu’à siccité; le produit bleuissait le papier rouge de tournesol; je l’ai agité pendant dix minutes avec de l’alcool froid marquant àh degrés; puis j’ai filtré et j’ai fait évaporer la liqueur jusqu’à ce que la matière fût charbonnée : le charbon était alcalin; je l’ai incinéré dans un creuset d’argent, et j'ai traité la cendre par l’eau bouillante; la liqueur filtrée était fortement alcaline, ne précipitait pas par le chlorure de platine et se troublait fortement par l’acide plitorhydrique silicé.

•Foie et rate. — Ces organes, extraits du cadavre immédiatement après la mort, ont été coupés en petits morceaux et laissés pendant p!tn sieurs heures dans l'eau distillée froide ; le liquide filtré a été distillé avec de- l’acide acétique, et la vapeur recueillie dans un récipient où j’avais mis un papier imprégné d’iodure de potassium et d’amidon, et quelques centigrammes de ce même iodure dissous dans l’eau. A peine la liqueur de la cornue était-elle chaude quo le papier et la liqueur étaient déjà bleuis. Voulant savoir si celte coloration dépendait d’une portion de chlore qui se serait dégagée ou de l’acide acétique, j’ai précipité la liqueur du ballon par l’azotate d’argent, et j’ai fait bouillir le précipité avec de l’acide azotique pur et concentré; il est resté du chlorure d’argent que j’ai fait dissoudre dans l’ammoniaque, après l’avoir bien lavé; en saturant l'ammoniaque par l’acide azotique, j’ai obtenu du chlorure d’argent parfaitement reconnaissable. Il était donc passé du chlore d ms le bal- L,n. La dissolution acétique qui restait dans la cornue a été évaporée presque jusqu’à siccité, refroidie et agitée avec de l’alcool concentré à hU degrés;. j'ai filtré, après un contact de quinze heures, pour séparer

DE l’eau de javelle.

„..ande Quantité de matière coagulée. La liqueur filtrée , évaporée et Z2nUe dans une capsule de porcelaine, a laissé un charbon qui était fortement alcalin. En incinérant ce charbon dans un creuset (large., , l'ai obu.„u des cendres que j’ai fait bouillir avec de 1 eau distillée , le iolulum bleuissait forlenicnt le papier rouge de tournesol, ne pneipitait pas par le chlorure de platine et donnait un précipité blanc avec de l’acide plhorhydrique siücé : donc il < onicnail de la fonde libre.

le oie et la rate d’un chien à l’état normal, traités de la meme manière', n’ont point fourni de chlore, et l’acide phtorhydrique silicé n a point précipité de soude.

Urine. — 3 grammes d’urine de ce chien traitée par 1 azotate d argent ont donné onze centigrammes de chlorure d’argent, c'est-à-dire au moins huit fuis autant qu’on en obtient de la même proportion d urine

à l’état normal. . ,

Expérience ii". — Dans une autre expérience faite dans les mêmes

conditions, j’ai traité le foie et la rate par l’eau froide; le solulimi évaporé jusqu’à siccité et refroidi . a été agité pendant un quart d’heure avec de l’alcool concentré marquant kk degrés, et la liqueur a été hlti ée et évaporée dans une capsule de porcelaine jusqu’à ce qu’elle filt carbon. sée; le charbon bhuissa t le papier rouge de tournesol ; incinéré dans un creuset d’argent, il a laissé un résidu alcalin qui , étant trai.é par I eau bou.llanie , a fourni un solulum fortement alcalin, ne précipitant pas par le chlorure de platine , et donnant avec l’acide phtorhydrique silicé un précipité blanc semblable à celui que l’on obtient avec la soude.

Je me suis assuré, en expérimentant de môme sur un foie et une rate d’un chien à l’état normal, que la liqueur aqueuse provenant des cendres, quoique alcaline, ne se troublait pas par l’acide phtorhydrique silicé.

Procédé. — On filtrera les matières suspectes et on les mettra en contact pendant plusieurs heures avec une lame d’argent pur, dans un * flacon bouché ; on retirera la lame , et si après l’avoir lavée avec de l’eau distillée, on voit qu’elle n’est pas colorée en brun, on l’exposera à la lumière solaire ; si elle se colore, ou s’assurera par l’ammoniaque et par l’acide azotique qu’e.le doit cette couleur à du chlorure d ar gent , la présence de ce sel sur la lame permettra d afïiimci qu il existait du chlore libre dans la liqueur filtrée. Si la lame ne s’est point colot’ée , on se gardera bien de conclure que les matières suspectes ne contenaient point d’eau de Javel e, car le défaut d action sur la lame pourrait tenir à ce qu’il n’existait dans le mélange qu’une très faible proportiou d’eau de Javelle, ou bien à ce que celle-ci renfermait originairement très peu de chlore, ou bien enfin à ce que le chlore qui en faisait partie s’est combiné avec la matière organique , de manière à ne plus pouvoir être décelé par l’argent. Alors on introduira dans une cornue environ la moitié de la liqueur suspecte avec une lame d argent et quelques grammes d’acide sulfurique concentré , et on chauffera jus-

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qu’à 1 ébullition; si la lame est noircie par du chlorure d’argent et que la vapeur qui distillera blettisse un papier blanc imprégné d’iodure de potassium et d’amidon préalablement placé dans le récipient , on sera certain qu’il y avait du chlore dans la liqueur; ce dernier caractère seul serait insuffisant pour prononcer, parce que certains acides qui auraient pu se volatiliser pendant la distillation, et notamment l’acide sulfurique, jouissent de la propriété de bleuir le papier imprégné d’amidon et d’iodure de potassium. Il n’en est pas ainsi de l’autre caractère ; en effet l’application d’une couche de chlorure d’argent sur la lame de métal, dans les cil-constances précitées, suppose nécessairement l’existence du chlore dans la liqueur.

On s’attachera ensuite à démontrer dans le mélange suspect la présence de la potasse ou de la soude qui pouvaient faire partie de l’eau de Javelle. Pour cela on agira sur la totalité de la liqueur, si, à l’aide de la lame d’argent seule et sans addition d’acide sulfurique, on est parvenu à reconnaître qu’elle contient du chlore; s’il n’en était pas ainsi, on n’opérerait que sur la moitié de la liqueur, sur celle qui n’aurait pas été décomposée par l’acide sulfurique. On évaporerait celle-ci jusqu’à siccité, pour la traiter ensuite par l’alcool à 44 degrés, et lui faire subir les opérations qui ont été décrites à l’occasion de l’cxp. 2', p. 239. La présence de la potasse ou de la soude à la fin de ces recherches permettrait d’établir l’existence d’un empoisonnement par l’eau de Javelle à base de potasse ou de soude, en apportant toutefois dans les conclusions la réserve que j’ai conseillé de mettre lorsque j’ai parlé de l’empoisonnement par la potasse et par la soude (voy. p. 231 et 234).

11 pourrait toutefois arriver que la quantité d’eau de Javelle renfermée dans les matières soumises à l’expertise fût tellement faible qu’il fût impossible de prouver que celles-ci continssent du chlore, et même de la potasse ou de la soude. En effet, lorsqu’il existe peu d’eau de Javelle, et que celle-ci ne renferme pas la quantité de chlore voulue , il se forme pendant l’évaporation des matières du chlorure de potassium et de l’hypochlorate de potasse, et il n’y a pas un excès d’alcali ; en sorte que l’alcool concentré ne dissout ni de la potasse ni de la soude quand on le fait agir sur le produit de l’évaporation. Alors l’embarras est extrême, et les experts se trouvent réduits à établir des conjectures d’après le commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu. On se méprendrait étrangement en croyant que dans ces cas on pourrait décider la question d’après l’abondance des précipités que feraient naître le chlorure de platine ou l’acide phlorhydrique silicé dans le traitement aqueux de la matière desséchée et épuisée par l’alcool : l’expérience prouve qu’une pareille marche entraînerait souvent les experts dans des erreurs funestes.

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