‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 61 sur 107 · DU TAKTRATE DE POTASSE ET I)’ ANTIMOINE · texte numérisé non relu

DU TAKTRATE DE POTASSE ET I)’ ANTIMOINE

diminuer d’étendue, et alors il est en partie composé d’une zone mé- S5TÆ « fm. « d'oxyde Maoe , 3 - il — d'aueodu.re quelques gouttes d'eau régale dans le tube pour dissoudre a la lois et instantanément l’antimoine et l'oxyde; W’ le solulum, évaporé jusqu à siccité, laisse de l’acide anlimonieux jaune, très soluble dans une petite quantité d’acide chlorhydrique pur ; 5“ cette dissolution fournit sur-le-champ avec du gaz acide sulfhydrique un précipite jaune orangé de sulfure d’antimoine, bien différent du sulfure d arsenic, et avec l’eau distillée un précipité blanc , pourvu que la liqueur ne soit

pas trop acide. .

Le tartre stibié se dissout aisément dans 14 parties d eau froide. Émétique en dissolution concentrée. — Cette dissolution est incolore, transparente, d’une saveur styptique; elle rougit faiblement le tournesol , et précipite en blanc par un excès d’eau de chaux ; le taitratc de chaux et de protoxyde d’antimoine précipité se dissout dans l’acide azotique; l’acide sulfurique concentré précipite également en blanc cette dissolution; l’acide sulfhydrique en précipite du protosulfure d’antimoine hydraté jaune orangé, qui devient rouge brun foncé par l’addition d’une nouvelle quantité d’acide sulfhydrique ; ce précipité , loin de se dissoudre instantanément dans 1 ammoniaque avec décoloration de la liqueur, comme le fait le sulfure d’arsenic , se dissout il peine dans cet alcali, sans que la liqueur perde sa couleur jaune orangée. Enfin la dissolution concentrée d’émétique, mise dans l’appareil de Marsh , à la dose de quelques gouttes , fournit presque instantanément des taches ou un anneau d’antimoine métallique (voy. pages 389 et 486), ce qui dispense l’expert de réduire à l’état métallique l’antimoine contenu dans le sulfure jaune orangé dont je viens de donner les caractères.

Dissolution très a/J'aiblie d’émétique. — Si la liqueur est assez étendue pour que le papier de tournesol, 1 eau de chaux et 1 acide sulfurique ne déterminent aucune des réactions qui viennent d èli e indiquées, on la traitera par l’acide sulfhydrique, qui la coloreia en jaune orangé, et la troublera légèrement, surtout si Ion ajoute quelques gouttes d’acide chlorhydrique; 1 ammoniaque pouri a faite disparaître ce léger trouble avec décoloration de la liqueur , exactement comme cela aurait lieu avec une dissolution très étendue d acide arsénieux ; mais du jour au lendemain , le précipité jaune, occasionné par l’acide sulfhydrique avant l’addition de 1 ammoniaque , se sera déposé sous forme de flocons jaunes orangés qu’on ne pourra méconnaître pour du sulfure d’antimoine. Il suffira en effet de traiter ceux-ci pendant trois ou quatre minutes par une faible proportion d’acide azotique chaud , dans une petite capsule de porcelaine, de de-

^^r!UitdanSi;CaUb0Uillante et de J’introduire da»s un appareil de Ma sh, pour obtenir des taches antimoniales. J’ajouterai que

la dissolution très affaiblie d’émétique, mise elle -même dans cet ppared, foui mra egalement de ces taches. Enfin si, après avoir fait ces dneis essais, il reste encore de la liqueur, on la concentrera par evapoiation jusqu au sixième de son volume et même davantage si cela est necessaire , pour obtenir avec le tournesol , l’eau de chaux et 1 acide sulfurique, les réactions que j’ai dit appartenir à la dissol ution d emétique concentrée.

UqUiia ou n,édicam»-

teux ou a la mature des vomissements ou à celle que l'on trouve

dans le canal digestif. - Le vin , la bière , le thé , l’albumine , la gélatine, le lait et le bouillon, peuvent tenir en dissolution une certaine quantité d emetique; il en est de même de certaines infusions ou décoctions végétales et des liquides des vomissements. Les décoctions extractives de beaucoup de bois , d’écorces , de racines, etc. , décomposent au contraire le tartre stibié, de manière à rendre insoluble une portion de l’oxvde d’antimoine qui fait partie de ce sel ; de là , la nécessité d’examiner successivement les parties liquides et solides de ces mélangés. Il serait , dans la plupart des cas, inutile de chercher a constater dans les matières suspectes la présence du tartre stibié, car en admettant que l’on parvînt à déceler l’acide tarlrique , ce qui est loin d être facile, il faudrait ensuite prouver que cet acide faisait réellement partie de l’émétique et non pas de tartrates qui peuvent exister naturellement dans quelques uns de ces liquides, ou de ceux que l’on aurait pu ajouter, tels que les tartrates de potasse, de soude, etc,

L expert doit s’attacher surtout à démontrer qu’il existe dans les matières dont il s'agit un sel d'antimoine soluble, ou un composé d antimoine insoluble; l’on ne saurait exiger davantage, et cela suffit.

Si le liquide est transparent et nullement visqueux, on y fera passer un courant de gaz acide sulfhydrique, afin d’obtenir un précipité jaune orangé de sulfure d’antimoine , qui se déposera au bout d’un temps plus ou moins long. Ce précipité, lavé, desséché et traité par l’acide azotique, sera mis dans un appareil de Marsh, afin d’en extraire 1 antimoine sous forme de taches ou d’anneau.

Si le liquide, transparent ou non, est épais, visqueux et difficile à filtrer (lait, albumine, gélatine, bouillon, matière des vomissements , etc. ) , on le fera bouillir pendant une heure environ pour coagulei une certaine quantité de matière organique. On le laissera refroidir, et on le mélangera avec son volume au moins d’alcool concentré , marquant fiO degrés à l’aréomètre ; l’alcool coagulera une nouvelle quantité de matière organique, et retiendra de l’émétique en

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dissolution fl); on filtrera, et on gardera la matière coagulée par le feu et par l’alcool. Le liquide alcoolique sera soumis à un courant de Kaz acide sulfhydrique , qui précipitera instantanément ou au bout de quelques heures du sulfure d’antimoine jaune orange, dont on dévia

retirer le métal comme il a été dit à la page 487.

Quant à la matière coagulée par le feu et par l’alcool, aussi bien que pour celles qui auraient pu se trouver au fond des liquides dont ie parle , avant de les soumettre à aucune opération on les carbonisera par un mélange d’acide azotique et de chlorate de potasse (2). Pour cela on introduira dans une capsule de porcelaine , que l’on placera sur ie feu un poids d’acide concentré marquant 41 degrés a 1 aréomètre , égal a celui de la matière coagulée sur laquelle on opère, et qui devra°être aussi desséchée que possible; on mêlera avec cet acide un quinzième de chlorate de potasse et l’on ajoutera peu à peu et a des intervalles d’une minute environ , quelques fragments de la ma tière coagulée ; il se dégagera aussitôt des vapeurs blanches, puis du gaz bi-oxyde d’azote ; la liqueur entrera en ébullition et les divers fragments ne tarderont pas a se dissoudre. En agissant ainsi , il est rare qu’il se forme assez de mousse pour entraver l’opération ; tandis qu’il s’en produit souvent une énorme quantité quand on a mis à la fois toute la matière dans la capsule; dans ce cas, pour empêcher celle-ci de déborder et de se répandre au-dehors , on retire le vase du feu et on agile la matière jusqu’à ce que la mousse soit à peu près affaissée ; alors on continue à chauffer. Dès que la liqueur, qui d abord était d’un jaune clair, puis orangée , aura acquis une couleur rouge foncée et se sera épaissie , on peut s’attendre à la voir se carboniser sur une partie de la circonférence; mais on aurait toit de îetiiei la capsule du feu , par cela seul que la matière est noire dans quelques uns de ses points, par exemple , dans ceux qui ont été desséchés les premiers ; il ne faut enlever le vase du feu qu’au moment peu éloigné où la carbonisation sera accompagnée du dégagement d une fumée épaisse, quelquefois tellement intense que l’observateur aurait de la

(1) Lorsqu’on verse de l’alcool à VO degrés dans un solution fait avec \ grammes d’eau et b centigrammes d’émétique, tout le sel reste dans la liqueur, en sorte qu’on n’obtient point de précipité.

(2) J’ai fait connaître le premier le procédé de carbonisation par l’acide azotique (voy. le tome vmc des Mémoires (le V A cadémie de médecine, année 1840). Le 13 juin 1 842 , M. Millon, à l’occasion d’un travail sur cet acide lu à l’Institut, a annoncé que les matières organiques étaient plus promptement et plus complètement carbonisées, quand l’acide azotique était mélangé d’une petite quantité de chlorate de potasse. Ce fait est parfaitement exact comme le prouvent les expériences que je viens de tenter sur des foies d’animaux empoisonnés par le tartre stibié.

4yu DBS POISONS IRRITANTS.

peine a apercevoir le charbon qui se produit presque instantanément au milieu de la capsule, quoiqu’il offre pourtant un volume assez considérable. Après avoir laissé refroidir le vase, on enlève le charbon , on le pulvérise dans un mortier de verre ou de porcelaine très propre et on le fait bouillir pendant vingt ou vingt-cinq minutes avec de 1 acide chlorhydrique pur, étendu de son poids d’eau; on filtre et l’on introduit la liqueur dans un appareil de Marsh ; il ne larde pas à se dégager du gaz hydrogène antimonié qui fournit de l’antimoine métallique sous forme d’anneau ou de taches (voyez p. 486).

, En Procédant comme il vient d’être dit, si la chaleur du fourneau n est ni trop intense ni trop faible , la carbonisation a presque toujours lieu avec flamme et peu de fumée , et le charbon obtenu , sec et friable, fournit avec l’acide chlorhydrique un solulum transparent et jaunâtre qui ne mousse point dans l’appareil. Si , au contraire , la température était trop basse, il s’exhalerait une énorme quantité de fumée, if n y aurait point de flamme, et le charbon serait gras; alors le solulum chlorhydrique de ce charbon offrirait une couleur noirâtre et mousserait considérablement , dans l’appareil de Marsh , ce qu’il importe d’éviter.

Emétique se trouvant à la surface du canal digestif. — Après avoir enlevé les matières contenues dans ce canal, on fera bouillir celui-ci pendant uu quart d’heure environ avec de l’eau distillée, afin de dissoudre le tartre stibié qui pourrait exister à sa surface, â l’état solide ou liquide; le solulum filtré sera traité comme il vient d’être dit à 1 occasion de l’émétique mêlé h des liquides alimentaires , etc. (Voyez page 488.)

Emétique absorbé et contenu dans le résidu de l'ébullition du canal digestif , dans le foie , la rate et les reins. — Après avoir desséché ces viscères on les carbonise par l’acide azotique concentré , mat quant 41 degrés à 1 aréomètre, et le chlorate de potasse comme il a été dit à la page 489.

On peut encore recourir avantageusement à l’azotate de potasse et traiter ceç organes comme je l’ai prescrit en parlant de l’acide arsénieux (voy. p. 402). La masse obtenue après la décomposition complète de l’azotate et de l’azotite de potasse, sera traitée par 60 à 80 grammes d eau distillée, qui dissoudra facilement et complètement le sulfate acide d antimoine formé et une portion de sulfate de potasse; ce solutum, mis dans un appareil de Marsh, fournira aussitôt de l’antimoine métallique. La portion indissoule devrait également être introduite dans cet appareil , si , contre toute attente , le liquide n’avait point donné assez d’antimoine métallique pour caractériser celui-ci.

Si , par suite d’une inhumation prolongée , les viscères avaient déjà

DU TARTRAÎB de potasse et d’antimoine.

nassé au gras, il serait préférable de les décomposer par l’azotate de Totassê <me d’employer le mélange d’acide azotique et de chlorate de Lasse dont j’ai parlé, et si par hasard on avait employé ce de.niei procédé et que le charbon obtenu, au lieu d’être sec et friable, fut mou et comme bitumineux, il faudrait le mélanger avec 1 azotate de

notasse et l’incinérer (voyez p. A89).

Emétique contenu dans t’urine. -On évapore le liquide presque iuscu’a siccité et on carbonise le produit par le tiers de son poids environ d’acide azotique concentré; on fait bouillir pendant quinze ou Vingt minutes la cendre charbonneuse qui reste avec de 1 acide chloihydrique étendu de son poids d’eau. Le solutum filtré et mis dans un appareil de Marsh donne aussitôt de l'antimoine.

On voit que dans aucun des cas précités je n ai eu recoin s à 1 emploi de l’acide tartrique conseillé tour à tour par MM. 1 urner et Devei g e , dans le but de dissoudre le tartre stibié que des matières organiques auraient rendu insoluble ; c’est qu’il n’y a aucun avantage à compliquer ainsi les opérations. Qu’importe, en définitive, que la préparation antimoniale se trouve dans les parties solubles ou insolubles? Il faudra toujours finir par en séparer l’antimoine métallique, et quand on auia celui-ci on pourra le transformer facilement en sulfure d antimoine : or le procédé de carbonisation par l’acide azotique que je propose pour atteindre ce but , en agissant sur les matières solides est tellement simple qu’il devient inutile de recourir à un autre ; il n est pas d’ailleurs exact de dire , comme l’a établi M. Devergie, que ,a induction de l’antimoine dans l’appareil de Marsh , ne permette d établir aucune évaluation quantitative; rien n’est aisé comme de peser 1 anneau antimonial condensé dans le tube C x (voyez page 382) ou le sulfure d’antimoine provenant de l’action du gaz acide sulfhydriqu sur cet antimoine préalablement dissous dans 1 eau légale.

Je ne terminerai pas sans faire connaître les principales conclusions du Mémoire que j’ai lu sur ce sujet à l’Académie royale de médecine, le 10 mars 18ô0. On voit, disais-je, 1° qu’il est indispensable

de recourir à l’extraction de l’antimoine, de la portion d’émetique

qui aura été absorbée, lorsqu’on n’a pas trouvé le poison dans le canal digestif ou sur les autres parties sur lesquelles il avait été immédiatement appliqué , ou dans la matière des vomissements; car en se bornant à rechercher le tartre stibié dans l’estomac et les intestins , on court d’autant plus le risque de ne pas le découvrir, qu’il est très facilement vomi , tandis que l’on pourra obtenir le métal d’une partie au moins de la portion qui aura été absorbée.

2° Qu’un rapport médico-légal devra être déclaré incomplet et insuffisant , par le seul fait que , dans le cas indique , on aura omis

/l92 D^-S POISONS IRRITANTS.

de rechercher Je tartre stibié dans les tissus où il peut se trouver api es avoir été absorbé et notamment dans le foie.

3" Que si l’émétique est décomposé par le sang et par les organes dans lesquels il se rend , cette décomposition n’est pas complète , puisgu’en traitant ces organes par l’eau bouillante, on obtient un liquide très sensiblement antimonial; à Ia'vérité, il ne serait pas impossible que 1 acide tartnque seul fût décomposé et que le tartre stibié fût réduit a deo1 nypo-antimonite de potasse soluble dans l’eau bouillante.

li° Que l’on peut déceler ce poison eu traitant convenablement un des viscères de l’économie animale préalablement desséché, surtout lorsque ce viscère est un organe de sécrétion ; mais qu’il est préférable d agir a la fois sur plusieurs d’entre eux , afin de se procurer une plus

grande quantité d’antimoine métallique et de le reconnaître plus facilement.

5° Qu’il pourrait cependant arriver dans une expertise médico-légale , que l’on ne retirât aucune trace de ce métal en analysant les viscères seuls ou réunis , parce que l’émétique ne séjourne que pendant un certain temps dans ces viscères, et que déjà il aurait pu les abandonner pour se mêler aux liquides des sécrétions; alors on pourrait obtenir une proportion notable d’antimoine en agissant convenablement sur ces liquides et en particulier sur l’urine.

6° Que s il est vrai que l’acide arsénieux se comporte à cet égard comme l’émétique, c’est-à-dire qu’il s’échappe d’abord du sang, puis des viscères pour sc mêler aux liquides sécrétés , cet effet n’a pourtant pas lieu , ni à beaucoup près, aussi rapidement que pour le tartre stibié et que dès lors cela explique pourquoi on retrouve souvent dans le sang et surtout dans les viscères, une portion de l’arsenic absorbé , lois même quel urine en contient déjà , et plusieurs jours après l’introduction du poison dans l’économie animale.

7° Que 1 extraction de l’antimoine métallique des viscères ou de 1 urine des cadavres d’individus qui n’avaient pas été soumis à l’usage médicamenteux d une préparation stibiée , prouve d’une manière incontestable qu il y a eu empoisonnement , à moins que cette préparation ne soit arrivée dans les organes par suite d’une imbibition cadavérique , puisque ni les viscères , ni l’urine de ces individus traités de la même manière , ne fournissent aucune trace d’antimoine.

Emctique dans un cas d'exhumation juridique. — Le 29marsl826, on mit dans un bocal à large ouverture qu’on laissa exposé à l’air,

12 grammes de tartre stibié dissous dans deux litres d’eau , le quart d un foie humain et une portion d’un canal intestinal. Le 9 avril suivant, le mélange était déjà pourri; la liqueur filtrée se comportait avec de l’acide sulfhydrique , l’acide sulfurique , l’eau de chaux et

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la noix de galle, comme une dissolution d’émétique. Le 28 avril, l’acide sulfhydrique et les sulfures ne précipitaient plus la liqueur, preuve qu’elle ne contenait plus d’émétique , ou bien si elle en renfermait, que la matière animale qui avait été dissoute empêchait ces réactifs d’en démontrer la présence; l’acide sulfurique et la noix de galle y faisaient naître un précipité blanc grisâtre , produit évidemment par l’action de ces réactifs sur la matière animale tenue en dissolution. - ) .

En filtrant cette liqueur et en l’évaporant jusqu a siccite a une

douce chaleur, on obtenait un produit qui , étant agité pendant quelques minutes avec de l’eau distillée tiède , fournissait une dissolution qui contenait de l’émétique, puisqu'on pouvait précipiter du sulfure d’antimoine par l’acide sulfhydrique. Le 6 juin de la même année la liqueur ne renfermait plus d’émétique, car l’acide sulfhydrique n’agissait plus sur elle, lors même qu on 1 avait fait évaporer et qu’on avait traité le produit par l’eau ; mais alors les matières solides, desséchées et calcinées pendant un temps suffisant , fournissaient de l’antimoine métallique.

Le 18 juillet 1826, on a dissous dans 1 litre 1/2 d’eau 30 centigrammes de tartre slibié que l’on place dans un bocal où il y avait environ le tiers d’un canal intestinal. Le 2 août suivant, 1 acide sulfhydrique et les sulfures ne troublaient point la liqueur. Les matiètes solides d’une odeur infecte , desséchées et calcinées pendant un temps suffisant , donnaient de l’antimoine métallique.

Il résulte des faits qui précèdent : 1° que le tartre stibié , mêlé avec des matières animales, se décompose au bout de quelques jouis, de manière à ce que l’acide taririque soit détruit et 1 oxyde d antimoine précipité; 2° qu’il est alors impossible de démonliei sa pitsence en traitant la liqueur par les réactifs que Ion met ordinairement en usage pour reconnaître les sels antimoniaux ; mais que 1 on peut retirer de l’antimoine métallique des matières solides, même au bout de plusieurs mois ; 3“ que l’altération dont il s agit est plutôt le résultat de l’action de l’eau et de l'air sur le sel , que des matières animales; car l’expérience prouve qu’une dissolution de 12 grammes d'émétique dans 1 litre 1|2 d’eau distillée, exposée à 1 air, éprouve la même décomposition, et qu’il n’est pas plus possible d y démontier la présence du sel antimonial au bout de trente à quarante jours en été , que dans une pareille dissolution à laquelle on aurait ajouté de l’albumine et de la gélatine.

rd était 1 état de la science relativement à l'empoisonnement par l’antimoine, lorsque, le 13 juin 1842, MM. Flandin et Danger ont lu a 1 Academie des sciences un Mémoire dont voici les conclusions ;

« 1" Il est facile de déceler l’antimoine uni en faibles proportions » aux matières animales : nous sommes arrivés à le recueillir avec la » même précision que l’arsenic.

a 2° Le procédé qui nous a donné les meilleurs résultats est le suia vant : désorganiser les matières animales par l’acide sulfurique ; au a moment de la liquéfaction , ajouter de l’azotate de soude; terminer a la carbonisation et reprendre le charbon desséché par l’eau aiguisée a d’acide tarlrique. Le liquide est soumis aux investigations ultérieures a propres à caractériser l’antimoine.

a 3° Dans les cas d’empoisonnement par l’arsenic compliqué par la a présence de l’antimoine , l’appareil que nous avons proposé pour la a recherche de l’arsenic nous a paru simplifier et faciliter les opéraa tions propres à séparer les deux corps.

a 4° Contrairement à l’arsenic, l’antimoine est facilement éliminé a par les urines. Dans le cas d’empoisonnement par les préparations a antimoniales ,' c’est dans le fuie que l’on retrouve plus spécialement a l’antimoine. On ne le retrouve pas dans les poumons , non plus que a dans les systèmes nerveux, musculaire et osseux (1).

a 5° Le fait de la localisation des poisons est une donnée précieuse a pour résoudre certaines questions médico-légales, les questions a d’empoisonnements simulés, par exemple.

a 6° Ce fait nous paraît devoir ouvrir une voie nouvelle aux recheraches physiologiques et thérapeutiques, a {Comptes -rendus des séances de l’Institut, 13 juin 1842.)

A la lecture de ces conclusions je me suis demandé, d’une part, si c’était sérieusement que MM. Flandin et Danger présentaient h l’Académie des sciences, comme faits nouveaux, des idées que j’avais publiées depuis deux ans ; et , d’un autre côté , si la prétendue localisation des poisons , au lieu d’être une donnée précieuse , ne serait pas plutôt un pas rétrograde dont il importait de faire promptement justice. On pourra voir ce que je pense sur ces deux points en lisant la note que j’ai adressée , le 6 juillet 1842 , à la commission de l’Aca-

(1) Je ferai observer à cet égard que dans le corps de leur Mémoire, MM. Flandin cl Danger disent, au contraire, avoir trouvé l’antimoine, par exception, il est vrai, dans ces mêmes tissus. J’avais déjà fait voir que les poumons en fournissent quelquefois une très petite proportion. Il importe d’autant plus de signaler celle contradiction qu’elle suffit à elle seule pour réduire à néant la cinquième conclusion, celle qui est relative à la localisation des poisons.

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démie des sciences chargée de faire un rapport sur le Mémoire de mai Flmdin et Danger et dont voici la copie.

Note. J’avais déjà établi dans mon Mémoire sur le tartre subie, lu à l’Académie royale de médecine , le 10 mars 18é0 :

1» Qu’il est aisé de déceler l’antimoine uni en faibles proportions

aux matières animales... ( 3e conclusion , pag. U|>),

2“ Qu’on trouve plus spécialement l'antimoine dans le foi e, et que les poumons et le cœur en renferment à peine (yoy. expérience 3% nae. lùl, et la conclusion 6% pag. lül).

P j’étais tellement convaincu que c’est particulièrement dans le foie que l’on trouve les poisons qui ont été absorbés , que dans mes travaux ultérieurs sur les sels de plomb, de bismuth, d ’ étain, d argent d oi de zinc et de mercure, publiés dans les numéros de juin et de juillet 1 8/.2 du Journal Je chimie médicale, il ne m’est jamais arrive de les chercher dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans les muscles ; constamment je me suis borné à l’examen du foie , de la rate et de l’iinne , et parfois

des reins.

3° Oue s’il est vrai que l’acide arsénieux s échappe du sang , puis des viscères, pour se mêler aux liquides sécrétés, cet effet n a pourtant pas lieu, ni à beaucoup près , aussi rapidement que pour le tartre

stibié (10e conclusion, pag. Iù7).

Et je disais à cet égard : « Quoi qu’il en soit, il est curieux , sans » que cela puisse surprendre, de voir l’émétique et 1 acide aisénieux,

» après avoir été abandonnés par le sang et déposés dans les divers » tissus de l’économie animale , rester beaucoup plus long-temps et » en plus forte proportion dans les organes sécréteurs que dans les » autres , avant qu’ils aient été complètement éliminés de ces viscères » pour se mêler aux liquides sécrétés. Mais ce qui me paraît plus im- » portant comme fait physiologique , ainsi que je le démontrerai plus „ tard, c’est la différence notable que présentent ces deux poisons, et » que présenteront , je n’en doute pas , plusieurs autres , sous le îap- » port du temps pendant lequel chacun est gardé par nos oigunes. »

(Ibid., pag. Ié9.) . , . , ,

J’avais également prévu le cas où du tartre stibie aurait ete administré à une personne empoisonnée par l’acide arsénieux , et où il faudrait séparer l’antimoine de l’arsenic, sous forme de taches ou d anneau , d’un composé de ces deux métaux; et dès 1 année 18è0, j avais indiqué dans mes écrits et dans mes cours les moyens de procedei a cette analyse. (Almanach général de médecine, année 18Ù1, pag. 16, et Cours fait à la Faculté dans l’hiver de 18Zil à 18è2. Voy. aussi les pages 398 et l\ 80 de cet ouvrage.)

Si MM. Flandin et Danger s’étaient bornés à rappeler ces données,

/t J0 DES POISONS IRRITANTS,

je inc garderais bien de dérober quelques instants à la commission pour l’occuper d’une question de priorité; mais il n’en est pas ainsi : ces messieurs pensent pouvoir appliquer à la médecine légale le fait qu’ils désignent sous le nom de localisation des poisons, et ils citent notamment la question des empoisonnements simulés. Persuadé qu’il serait dangereux d’adopter cette proposition , je demande à la commission la permission de lui adresser quelques réflexions qui ne seront peut-être pas sans intérêt.

La localisation des poisons, telle que la conçoivent MM. Flandin et Danger, apporte à la théorie de l’absorption , si bien établie par les travaux de MM. Magendie, Fodera, etc., une modification notable; en effet, d’après ces physiologistes , l’absorption est un phénomène purement physique , et les poisons introduits dans l’estomac sont portés par le mouvement circulatoire dans tons les organes, sans qu’il y ait lieu d’admettre une action quelconque de la part de ces organes sur les poisons, tandis que MM. Flandin et Danger supposent que les substances vénéneuses agissent sur les éléments de ces mêmes organes , à raison de la constitution de ceux-ci et de la vitalité des sujets. Cette hypothèse a été évidemment imaginée pour expliquer ce fait , savoir que l’on retire beaucoup plus d’antimoine du foie que des autres tissus , dans lesquels on n’en trouve même pas du tout dans beaucoup de circonstances ; mais il est aisé de démontrer que ces phénomènes peuvent s’expliquer autrement et sans porter atteinte à la théorie généralement admise de l’absorption.

Le foie en effet reçoit le premier, à l’aide des vaisseaux qui forment la veine porte, la presque totalité de la substance toxique; ce viscère, d’ailleurs très vasculaire, est un organe de sécrétion , et dans lequel le sang circule lentement; cela étant, on conçoit déjà pourquoi on trouve une plus grande quantité de substance vénéneuse dans ce viscère que dans ceux que le sang traverse rapidement , tels que les poumons, et pourquoi elle y reste plus long-temps. J’ajouterai qu’en général le sang ne tarde pas à se dépouiller, par la voie des reins, des poisons qu’il avait charriés, et qu’il ne serait pas impossible qu’à l’instar de ces derniers organes , le foie fût aussi un centre d’élimination. Toujours est-il que , d’après celte manière de voir, ce ne serait pas en vertu d’une action, en quelque sorte élective, de la part des organes que se ferait le dépôt de la substance vénéneuse , mais bien par suite de la constitution anatomique de ces organes , dont les uns à la fois très vasculaires et d’élimination retiendraient plus long-temps les poisons que d’autres qui seraient dans des conditions contraires. Tel est le développement que je crois devoir donner aux idées déjà émises par moi , lorsque j’ai tant insisté sur l’énorme proportion d’an-

1>1 TARTKATE DE POTASSE ET D* ANTIMOINE. k'il

timoine, d’arsenic, etc., que l’on décèle dans le foie et dans les reins , comparativement à celle que l’on découvre dans les autres viscères, dans le tissu musculaire, etc.

Quoiqu’il en soit de ces hypothèses, ce qu’il importe d’établir, c’est le danger qu’il y aurait à les appliquer à la solution de la question des empoisonnements simulés. En soulevant, le premier, cette question , je disais que les substances vénéneuses introduites dans le canal digestif après la mort se transportent à la longue , par l’effet d’une imbibition cadavérique , dans les organes éloignés du point où elles avaient été placées, et j’indiquais les moyens de distinguer si leur application avait eu lieu pendant la vie ou après la mort. ( Mémoire sur l’empoisonnement par les sels de cuivre , p. 185.)

MM. Flandin et Danger partant de ce point que , lorsque l’empoisonnement a eu lieu , les poisons peuvent être décélés dans le foie et non dans les poumons , les muscles , etc. , tandis que si les poisons ont été injectés daus le canal digestif après la mort , on les découvre dans tons les organes an bout d’un certain temps, croient sans doute possible de trancher la question , et de décider qu’il y a simulation toutes les fois que l’on découvrira la substance vénéneuse dans un organe où , suivant eux , elle ne se trouve pas quand le poison a été pris pendant la vie. Si telle est l’application qu’ils entendent faire , il est aisé de la combattre par le seul fait de la possibilité, qui résulte de leurs expériences mêmes, de constater quelquefois et par exception la présence d'un poison dans tels organes qui n’en renferment pas habituellement, si le poison a été donné pendant la vie. Ainsi admettons que dans une espèce les poumons renferment une petite quantité d’antimoine ; dira-t-on que l’empoisonnement est simulé parce qu’on n’aurait pas retiré ce métal des poumons, s’il y avait réellement eu empoisonnement? On se tromperait étrangement dès qu’il résulte de mes expériences et de celles de MM. Flandin et Danger que dans certains cas d’intoxication par l’antimoine on a retiré de ces organes une quantité quelconque de ce métal.

L’expérience prouve d’ailleurs que les poisons, même dissous, n’arrivent dans beaucoup de nos tissus et notamment dans les poumons, par l’effet de l’imbibition , que long temps après la mort , ce qui réduirait considérablement le nombre des applications possibles , en supposant qu’elles fussent fondées.

Je ne terminerai pas cette note sans appeler l’attention de la commission sur l’élimination plus ou moins facile de l’arsenic et de l'antimoine parl’urine. On se tromperait si l’on croyait que l’antimoine est toujours assez promptement expulsé par cette voie pour que l’urine n’en contienne plus quelques heures après l’intoxication , car j’ai encore I. 32

pu constater au bout de six jours la présence de ce inétal dans l’urine de queltpies cluons que j’avais empoisonnés avec 10 centigrammes de tartre stibié appliqué sur la cuisse. (Expériences 141e et 142e du Mémoire sur le traitement de l’ empoisonnement , page 71.)

On se tromperait également , si l’on pensait que dans l’empoisonnement par l’acide arsénifeux l’urine tarde long-temps h charrier de l’arsenic, car l’expérience démontre que l’on y a quelquefois trouvé ce métal une heure -après l’intoxication. Ce n’est donc pas en ayant égard seulement au moulent où l’urine continence à fournir des traces d’arsenic ou d’antimoine que l’on pourra juger de la plus ou moins grande facilité d’élimination, mais bien en appréciant la quantité de métal expulsé avec l’urine dans un temps donné, ainsi que la durée de l’excrétion arsenicale ou antimoniale.

MM; Flandin et Danger attribuent surtout la différence dont je m’occupe à ce que, dans l’empoisonnement aigu déterminé par l’acide arsénieux, lès animaux n’urinent pas. C’est une erreur grave insérée dans leul- Mémoire sur l’arsenic, et contre laquelle je n’ai cessé de m’élever. Je joins ici les résultats de nombreuses recherches qui ne laisseront aucun doute à cet égard. ( Mémoire sur le traitement de l'enipoisonncment. ) J’adresse également à la commission un résumé des investigations récentes et encore inédites, auxquelles s’est livré M. Delafond, professeur à l’école d’Alfort, pour éclairer cette question, et qui prouve, entre autres faits, qu’un cheval qui avait pris 30 grammes cl’acide arsénieux , et qui vécut quarante-trois heures et demie, rendit 3 litres 45 centilitres d’urine arsenicale, quoiqu’on ne lui eût administré aucune boisson. Sans doute la sécrétion urinaire est ralentie et moins considérable dans les cas d’intoxication arsenicale; mais elle est loin d’être suspendue, comme l’ont dit MM. Flandin et Danger.

Paris, le 6 juillet 1842.

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