‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 64 sur 107 · DU KERMÈS MINERAI. ET DU SOUFRE DORÉ D’ANTIMOINE · texte numérisé non relu

DU KERMÈS MINERAI. ET DU SOUFRE DORÉ D’ANTIMOINE

Le kermès, connu aussi sous les noms d'oxyde d antimoine hydro-su! [uré brun, d'oxy- sulfure d’antimoine hydraté , est un mélange de protoxyde et de sulfure d’antimoine. Sa couleur rouge brune est d’autant plus foncée, toutes choses égales d’ailleurs, qu’i a été mieux préservé du contact de la lumière. Lorsqu’on l’introduit dans un appareil de Marsh, même en proportion excessive nient minime, il se décompose et donne de l’antimoine métallique. Il est inso-

(t) Friderici Hoffmanni Upera omnia, tom. I, 1761, pan. il, cap. il, de Ftnenis, p. 107. Oenevœ.

(2) Idem, part h, cap. v, p. 21Î.

lubie dans l’eau. Si on le fait bouillir avec une assez grande quantité de dissolution de potasse caustique , il se décompose sur-le-champ , perd sa couleur, et se transforme en protoxyde blanc d’antimoine insoluble, et en un liquide qui n’est autre chose que du polysulfure de potassium, tenant un peu d’oxyde d’antimoine en dissolution : on peut s’assurer que ce liquide renferme du protoxyde d’antimoine en le mêlant avec quelques gouttes d’acide azotique ; sur-le-champ cet acide s’unit à la potasse, et on voit paraître un précipité d’un jaune plus ou moins rougeâtre, composé de sulfure d’antimoine.

Le soufre doré d’antimoine, composé comme le kermès, si ce n’est qu’il contient plus de soufre, offre une couleur jaune rongedlre, et se comporte comme lui avec les agents précités.

Ces deux médicaments , surtout le dernier, sont nuisibles lorsqu’ils sont administrés inconsidérément. On a vu le soufre doré produire des vomissements abondants , des selles copieuses et l’inflammation d’une portion du canal digestif.

2>U PROTO-CHLORURE D’AIVJTIRÏOIRIE (Beurre d’Antimoine).

Il est sous forme d’une masse épaisse graisseuse, incolore, qui jaunit à l’air, demi-transparente et d’une causticité extrême ; il attire l’humidité de l’air, et donne un liquide dense, oléagineux, très caustique aussi, qui n’a rien laissé précipiter. Mis dans l’eau, il est décomposé et transformé en oxychlorure d’antimoine blanc insoluble; une portion de ce précipité reste dissous dans l’acide chlorhydrique qui s’est formé par suite de la décomposition de l’eau ; le liquide surnageant l’oxychlorure précipité , fournit avec l’acide sulfhydrique du sulfure d’antimoine orangé. Enfin , il suffit d’introduire dans un appareil de Marsh une petite quantité de protochlorure d’antimoine (beurre), pour obtenir au bout de quelques instants de l’antimoine métallique sous forme de taches ou d’anneau.

Le beurre d’antimoine agit sur l’économie animale à la manière des caustiques les plus puissants.

DE L’OXYCHLORURE D'ANTIMOINE,

Il est blanc, insoluble dans l’eau, et soluble dans l’acide chlorhydrique; l’acide sulfhydrique donne avec lui, qu’il soitdissous ou solide, du sulfure d’antimoine orangé; il fournit bientôt de l’antimoine sous forme de taches ou d’anneau, quand on l’introduit dans un appareil de Marsh.

Olaiis Borrichius rapporte qu’un marchand de Copenhague , qui souffrait depuis long-temps des douleurs de goutte et d’une grande

DU VIN ANTIMONIÉ.

faiblesse dans les genoux, se mit entre les mains d un chirurgien de vaisseau, qui lui persuada qu’il ne guérirait jamais de ses infirmités sans la salivation. Il prit donc , de l’avis de ce chirurgien , quelques doses un peu fortes de mercure de vie (oxychlorure d’antimoine) qui le purgèrent violemment par haut et par bas, et qui lui causèrent ensuite une salivation si considérable , qu’il tomba enfin dans un état d é puisement et de faiblesse qu’on ne saurait imaginer. Appelé vers la fin de juillet, il le trouva froid comme de la glace, quoiqu’il y eût un grand feu dans sa chambre; son pouls était imperceptible; il respirait avec une extrême difficulté ; il jouissait cependant de toutes ses facultés intellectuelles. Il mourut dans la nuit (1).

DU VIN ANTTMONIÉ.

Le vin antimonié porte aussi le nom de vin émétique : sa composition varie suivant la manière dont il a été préparé : ordinairement on l’obtient en faisant digérer pendant dix à douze jours 130 grammes de verre d’antimoine, dans 1 kilogramme de vin de iMalaga ou de tout autre vin blanc. Les acides tartrique, malique et acétique contenus dans le vin dissolvent une certaine quantité d’oxyde d antimoine, auquel ce médicament doit ses principales propriétés.

Ce vin antimonié est d’une couleur jaune, d’autant plus foncee qu il est plus concentré , au point qu’il paraît rouge lorsqu il est dans un grand état de concentration ; sa saveur est douceâtre et légèrement styptique. Il est transparent : cependant, lorsqu’il n’a pas été filtré, il est trouble, et il jouit alors de propriétés médicales beaucoup plus énergiques. Il rougit fortement la teinture de tournesol. Si on le met dans une cornue de verre h laquelle on adapte un ballon , et qu’on chauffe graduellement celte cornue , on obtient dans le récipient de l’alcool, et il reste un liquide épais, composé des différents principes fixes du vin et des sels antimoniaux. Ce liquide , mis dans un apparejl de Marsh aussi bien que le vin antimonié lui-même , donne de l’antimoine métallique. Le vin antimonié ne précipite point par l’eau. Si l’on fait passer du gaz acide sulfhydrique dans une grande quantité de vin émétique , on obtient un précipité rouge foncé ( sulfure d’antimoine). L’acide sulfurique le précipite sur-le-champ; le dépôt est d’une couleur jaune foncée , tirant légèrement sur le gris. L’infusion alcoolique de noix de galle se comporte avec cette liqueur comme avec la dissolution de tartre émétique; elle la précipite en blanc sale.

Ces caractères suffisent pour distinguer le viu antimonié de toutes

1,1) Adn ntedien iihtluMtyhicii Hnfnitihsia , a»ll. 1077, vol. v, ol>s. (.11, p. lil.

les autres préparations médicinales. Il arrive quelquefois que le vin émétique soumis a I analyse se comporte un peu différemment avec les réactifs dont je viens de faire mention : cet effet dépend de la nature du vin qui entre dans sa composition , de la quantité d’oxyde d’antimoine qu’il tient en dissolution , et de la manière dont il a été prépare. Dans ce cas, on doit avoir recours à deux des caractères que j’ai fait connaître, et qui sont toujours constants: 1“ la possibilité d’obtenir de l’alcool par la distillation de ce médicament; 2° la séparation de 1 antimoine métallique du résidu de celte distillation, à l’aide de l’appareil de Marsh.

Si le vin émétique a été préparé en faisant dissoudre du lartrato de potasse anlhnonié dans du vin blanc, ses propriétés différeront un peu de celles dont je viens de parler; mais il sera toujours aisé de le reconnaître , en ayant égard à tout ce qui précède et aux caractères du tartre stibié. (Yoy. page 487. )

Le vin antiinonié jouit des propriétés délétères les plus énergiques : aussi ne l'cmploie-t-on en médecine que sous forme de lavement, depuis 8 jusqu’à 130 grammes. Je vais rapporter deux observations d’empoisonnement par ce liquide mêlé avec une certaine quantité de verre d’antimoine.

Observation 1". — On lit dansManget, qu’une femme laissa digérer pendant une heure , quelques décigrammes de verre d’antimoine dans du vin blanc , et qu’elle avala le lendemain malin le liquide et la portion de verre qui n’avait p is été dismute : le poison ne produisit d’abord aucun accidem ; mais il détermina ensuite des vomissements abondants et si violents, que, ne pouvant plus se soutenir, elle tomba par terre. Son mari la trouva dans cette situation, avec les membres froids et roides comme si elle était morte; il employa différents moyens excitants pour la faire revenir, et enfin il parvint à lui rendre la respiration en jetant de l'eau froide sur sa figure. Quand elle eut recouvré l’usage de ses sens, elle ne cessa cependant pas de vomir et d’être agitée par des mouvements convulsifs, jusqu’à ce qu’une boisson abondante de bouillon cûismmonté l’action violente de ce poison ; mais elle resta long-temps faible. Lorsqu’elle commençait à reprendre des forces, elle fut atteinte d’une douleur très vive au pied droit; le lendemain , la gangrène s’en empara : on en lit l'a nputalion à environ li centimètres du genou. Elle était presque guérie des suites de l'amputation , lorsqu’il se manifesta , dix -sept jours après l’empoisonnement, un catarrhe suffocant qui la fit périr peu après (1).

(t) Manget, Riblioth. medic., tom. IV, lib. xvm, p. 449. Genevce, 1 G-39.

Sans prétendre expliquer l’affection gangréneuse du pied droit, que l'on pourrait peut-être atliibuer au froid glacial des extrémités, je crois que l’affection thoracique a pu être le résultat de l’irritation occasionnée sur le*

des vapeurs antimoniales. a03

\ l’ouverture, on trouva que les poumons adhéraient fortement a la

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Lient i emplies dans toute leur étendue d'un mucus ecunnux. Les ca- Vi-és de la poitrine cnnlcnaiept beaucoup d’eau flans rjnjroil ou ies poy mo„s étaient libres. Le cœur renfermait des concrétions polypeuses. L'estomac était distendu. Le foie, d’une couleur jaune, unpeitbigarr , adhérait ou diaphragme dans quelques endroits. La rate était plus x

OBSEn\q\Tio' 2%-Fabricc de Hilden dit qu’une femme qui se plaignait de douleurs à l’estomac, prit en deux fois, par ordre du médecin . une potion qui n’était autre chose que du vin dans lequel on avait mis , < a verre d'antimoine. La première dose occasionna des vomtssemet s abondants et répétés, qui furent encore plus considérables lorsqu e le avala la seconde portion. La malade devint sourde de 1 oreille dioile (1).

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