DES AUTRES PRÉPARATIONS ANTIMONIALES
L’antimoine diaphonique lavé et non lavé, la matière perlee de Kerkringius, le foie d’antimoine, le safran de mars ou crocus mtul- I or uni, etc., sont autant de préparations vénéneuses, contenant toutes une plus ou moins grande quantité d’un composé d’oxygene et d au* timoine uni à d’autres matières.
On peut extraire l’antimoine métallique de ces diverses préparations en les introduisant dans un appareil de Marsh. La présence de ce métal su dit seule pour prononcer dans un cas d’empuisonnement. Je ne m’étendrai pas davantage sur l’histoire de ces préparations dont la plupart sont bannies aujourd’hui de la matière médicale, et qui sont rarement, pour ne pas dire jamais, l’objet des recherches médico-légales.
DES VAPEURS ANTIMONIALES.
Les individus exposés il l’action des vapeurs antimoniales éprom ont une grande difficulté de respirer, un serrement à la poitrine accompagné d’une toux plus ou moins sèche, et qui n’est souvent que le prélude d’une hémoptysie; ils sont sujets à des coliques et au dévoiement. L’ourcroy parle de cinquante personnes che? lesquelles tous ces symptômes se développèrent dix ou douze heures après avoir respiré les vapeurs du sulfure d’antimoine qu’on avait fait détoner avec
poumons par la préparation antimoniale : Un moins celle opinion me parait extrêmement probable d’après les faits nombreux rapportés par JU. Magendie, dans son premier Mémoire sur l'émétique.
(I) Fabricii Hilduni , ouvrage cité, cent, v, obs. xn, p. 233. Liigduni, 1641.
j0‘l I>ES POISONS IRRITANTS.
du nitre. AI. Lohmerer a vu quatre individus qui étaient fréquemment exposés à des émanations antimoniales dans un établissement où 1 on pi épar ait en grand du tartre stibié, du beurre et du verre antimonié, où l’on fondait de la poudre d’Algaroth, et où il se dégageait surtout des vapeurs d’acide antimonieux , d’acide antimonique et de chlorure d’antimoine. Il a observé les symptômes suivants : douleurs de tête , difficulté de respirer, point de côté et douleur pongitive dans le dos, râle muqueux et sifflement dans la poitrine, expectoration difficile de quelques grumeaux tenaces, insomnie , sueurs abondantes et abattement général, anorexie, diarrhée, dysurie avec écoulement de mucosités causant un sentiment de brûlure dans l’urètre, flaccidité de la verge, dégoût du coït, et même impuissance complète , pustules sur différentes parties du corps, mais principalement sur les cuisses et sui le scrotum, douleurs dans les testicules, atrophie de ces organes ainsi que du pénis. ( Journal de Chimie médicale, année 18Ô0, page 629.)
Il n’est pas douteux que l’action prolongée de ces vapeurs ne puisse amener la mort ; mais il n’est pas encore démontré que les accidents dont il vient d être fait mention, ne soient dus, en partie du moins, aux vapeurs arsenicales que fournissent la plupart des antimoines du commerce , lorsqu ils sont chauffés ou traités par quelques agents énergiques.
AI. Lohmerer conseille les antiphlogistiques, le lait, et plus tard 1 opium, le tannin, et surtout le quinquina à l’intérieur et en lotion.
sx l'XMxmx.
Les nombreux rapports qui existent entre les symptômes et les lésions de tissu développés par le tartre stibié et i’émétine , m’engagent à placer ici l’histoire de cette substance alcaline découverte par AL Pelletier dans le cephœlis ipecacuanha , dans le psycothria einetica , et dans le viola emetica.
L’émétine pure est composée d'oxygène , d’hydrogène , de carbone et d’azote. Elle est pulvérulente , d’un blanc quelquefois jaunâtre , légèrement amère et très peu soluble dans l’eau, quoiqu’elle se dissolve plus facilement que la morphine et la strychnine. Elle est très fusible et se liquéfie vers le 50e degré du thermomètre centigrade. Alise sur les charbons ardents, elle se tuméfie, se décompose et laisse un charbon très léger et spongieux. Exposée à l’air, elle s’y colore légèrement sans éprouver d’autre altération. Elle se dissout très bien dans l’alcool , et la dissolution ramène au bleu le papier de tournesol
de l’émétine. ^05
rougi par un acide. Elle est peu soluble clans l’éther. Tous les acides minéraux la dissolvent , et forment des sels dont la noix de galle précipité des flocons abondants d’un blanc sale.
La substance décrite sous le nom d 'émétine, eu 181/, P« MM. Pelletier et Magendie, est composée d’émétine, d’un acide et d’ime matière colorante. Administrée à la dose de 5 , 10 ou centi grammes, elle détermine des vomissements plus ou moins violents. Introduite dans l’estomac des chiens depuis 30 jusqu’à 50 centigrammes , elle commence par occasionner des vomissements qui se prolongent plus ou moins, et auxquels succède un état d’assoupissement; au bout de douze ou quinze heures, les animaux succombent , et 1 on découvre, comme avec l’émétique, une violente inflammation du tissu propre du poumon et de la membrane muqueuse du canal digestif, depuis le cardia jusqu’à l’anus. On observe des effets pareils lorsque l’émétine dissoute dans une petite quantité d’eau est injectée dans a voine jugulaire , dans la plèvre , dans l’anus ou dans le tissu des muscles. M. Magendie pense que l 'cmétine pure est trois fois plus active que celle dont je parle.
Le meilleur moyen de s’opposer aux effets vénéneux de ces substances consiste à faire prendre une légère décoction de noix de galle, qui a la propriété de la décomposer. ( Recherches chimiques et physiologiques sur l’ipécacuanha , par MM. Magendie et Pelletier, Journal de Pharmacie, n° h, 1817.)
La violette ( viola odorata de L. renferme dans toutes ses parties, et notamment dans la racine, d’après un travail de M. Boullay, un principe alcalin comparable par ses propriétés à l’émétine, dont il diffère seulement par une moindre solubilité et une plus grande âcreté, et qui a reçu le nom de violine ou à’ émétine indigène. Introduite dans l’estomac ou appliquée sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens à la dose de 30 à 50 centigrammes , la violine occasionne la mort dans l’espace de vingt-quatre à quarante-huit heures.
nés Préparations Mercurielles.
DU SUBLIMÉ CORBOSIF.
Action sur l’économie animale.
Expérience irc. - Brodie a injecté dans l’estomac d’un lapin, au moyen d’une sonde de gomme élastique, 30 centigrammes de sublimé corrosif di-sous dans 2 U grammes d’e.m distillée : trois minutes après 1 injection, 1 animal, sans avoir éprouvé la moindre souffrance, est devenu insensible ; il a eu quelques mouvements convulsifs, et il est mort quatre minutes et demie après que l’injection a été faite. On a remarqué après la mort un tremblement des muscles vulonlaires, qui a duré pendant quelque temps. A l’ouverture du thorax, on a trouvé le cœur sans aucune action, et le sang contenu dans le côté gauche de ce viscère d’une couleur écarlate. L’estomac, très distendu, renfermait dans sa portion cardiaque la nourriture de l’animal délayée dans le fluide injecté ; la portion pylorique contenait quelques matières dures et solides; il y avait au centre de ce viscère une forte contraction musculaire qui avait empêché le passage du liquide vénéneux de la portion cardiaque à la portion pylorique. La membrane muqueuse de celte dernière partie était dans son état naturel ; mais celle qui appartient à la portion cardiaque était d’une couleur grise brunâtre , et se déchirait facilement ; sa texture était complètement détruite dans quelques endroits, au point de ressembler a une pulpe.
Expérience iic. — On a injecté dans l’estomac d’un gros chat 1 gramme 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 2Zi grammes d’eau distillée : cinq minutes après, l’animal a eu deux vomissements; il a été inquiet, souffrant, immobile; ses pupilles étaient dilatées. Vingt-cinq minutes après le moment de l’injection du poison, il a éprouvé des mouvements convulsifs des muscles volontaires, et il est mort. A l’ouverture du thorax, faite immédiatement après la mort, on a observé que le cœur ne se contractait que très faiblement. L’estomac était parfaitement vide; la membrane muqueuse offrait dans toute son étendue une couleur grise brune; elle avait perdu sa texture, et, comme dans l’expérience précédente, elle se déchirait, et se séparait avec la plus grande facilité de la membrane musculaire ; celle qui fait partie du premier quart du duodénum otlrait une pareille altération , mais moins prononcée.
Expérience iii°. — L’injection d’une égale quantité de sublimé corrosif a été faite dans l’estomac d’un lapin et d’un chat morts : l’altération de la membrane muqueuse a été la même, à peu de chose près, que celle que je viens d'indiquer.
Expérience iv'. — On introduisit dans l’estomac d’un lapin dont les nerfs de la huitième paire avaient élé coupés, une dissolution de sublimé
DU SUBLIMÉ CORROSIF
cor osif : les effets du poison furent les mômes que si les nerfs n’eussent
P"ÏÏï£'v'. - On coupa sur un lapin les nerfs de la huitième paire ntl ion et la moelle épinière au milieu du dos ; on mjec'.a dans lui) mei, ,,ne dissolution de sublimé corrosif : l’action du cœur cessa dans
111 Expérience VIe. - Une. petite quantité de sublimé corrosif fut injectée dans la partie postérieure de l’abdomen d’une grenouille : cinq minutes Zls , .riur ne se contractait plus, mais la sensibilité é.att pas dindon'e; l’animal était encore un peu sen ible au bout d une berne. L ■ effets du poison furent les mêmes que ceux qu’aurait produits 1 excision
d "expérience vu*. - On enleva la moitié postérieure de la moelle épinière de manière à empêcher la communication entre les nerfs des extienîités postérieures ave" le reste du système nerveux ; alors on njec.a une dissolution de sublimé corrosif entre la peau et les muscles de la cm.sse et de la jambe. Le cœur cessa de battre sept minutes après 1 injection du
SU Expérience viiic. - On injecta dans l’abdomen d’un lapin qui était sous l'influence du woorara (voy. tom. il) , et dont la circulation éui soutenue par la respiration artificielle , une dissolution de sublime cm rosif. Le cœur cessa d’agir peu de temps après l’injection, comme si le woorara n’eût pas été administré : cependant nous verrons que le propie de ce p ison est de détruire la sensibilité du système nerveux.
Expérience ixc. — Ou recommença l’expérience, avec celte différence que I on coupa au cou la moelle épinière, et que I on détruisit la substance du cerveau au moyen d'un instrument , avant de fa re 1 injection du sublimé dans l’abdomen , lorsque l’animal était déjà sous 1 influence du w .orara : le cœur cessa de se contracter comme à l’ordinaire (1).
Expérience xc. - Après avoir fait un certain nombre d’expériences, M. Eavorl s'exprime ainsi (2) ; « En supposant qu’une partie de sublimé ait passé dans les voies de la circulation, et en calculant l’effet qu il doit produire sur les liquides avec lesquels il se mêle, par l’action qu’il exerce sur les Solides qui lui sont soumis, on verra combien devrait être prompte la mort qui suivrait une pareille inoculation ; en ell’ct, il est facile de démontrer par dus observations journalières et par des expériences faites sur les animaux vivants, que la plus petite partie d’un liquide âcre, caustique, ou même légèrement acide, introduite dans les vaisseaux d un animal , détermine la mort uvoc une promptitude ex réme; mais il faut bien noter que , dans ce cas , les accidents qui la précèdent et Panieuc.it ne sont pas du tout ceux que produit le sublimé appliqué à 1 extérieur. Plusieurs animaux que l'on a soumis à ces expériences n’uni jamais sur-
(I) Fitrllter experiments and observations on llie action of poisons on the animal System., by C. Brodie, Pltilosophical Transactions, 1SI2.
(;') Dissertation inaugurale, p. 19, 22 thermidor an x.
308 ücs POISONS IRRITANTS.
Vécu plus de quelques minutes à l’injection du liquide. Chez quelques uns
w 81 P''°mp,e ’ quC ron n’n P° aucun des symptômes qui
1 ont précédée. Presque tous ont passé de la vie ù la mort d’une manière ■si peu sensikle , que l’on a eu beaucoup de peine à s’apercevoir de ce changement d’état. Immédiatement après l’opération , Limai tomba” dans un état de torpeur, les yeux se fermaient, la respiration devenait raie les mouvements du cœur imperceptibles, et il expirait sans avoir donné le plus léger signe de douleur.
r ”Si J’°n raPProche ce genre de mort de celui qui résulte de l’applictumn à 1 extérieur du sublimé corrosif; si l’on compare les accidents qui, dans ces deux cas, la précèdent et l’amènent, on ne pourra qu’être frappé du peu d analogie qu’ils ont entre eux. Dans le premier, la sensibi île paiait éteinte; l’animal meurt sans donner aucun signe de douleur. Dans le second, la sensibilité est portée à son plus haut degré, et l’animal périt livré aux douleurs les plus atroces. D’un côté l’on voit des spasmes, des convulsions , des sueurs froides , du délire, et cette longue série d accidents qui caractérisent la lésion du genre nerveux; le coma la torpeur, l’insensibilité, caractérisent le second état, et on peut dire que, si dans l’un et l’autre le système nerveux est lésé, il l’est du moins dans tous les deux d’une manière absolument opposée. »
Expérience xie. — M. Campbell , qui n’a fait qu’un très petit nombre cxpei lences sur cet empoisonnement , conclut que les chats qui ont été 1 objet de ses essais sont merts à la suite d’une vive corrosion déterminée
par le sublimé, qui, du reste, agit sur les intestins et sur les glandes salivaires (1).
Expérience xh*. — Lorsqu’on applique sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien depuis 20 centigrammes jusqu’à 1 gramme de sublimé corrosif, même enveloppé dans un linge lin, la tristesse, l’inappétence, quelquefois des vomissements, des déjections souvent sanguinolentes, la faiblesse, la paralysie générale , sont les seuls symptômes qui précèdent la mort, laquelle a constamment lieu sans symptômes convulsifs. En ouvrant le cadavre, on remarque que l’estomac oihe tantôt une inflammation évidente de la membrane muqueuse, avec exhalation sanguine à sa surface interne, tantôt des taches noires, tantôt enfin des ulcérations. Le rectum est le siège de deux altérations bien distinctes : tantôt c’est un amincissement remarquable de^es parois , qui ont contracté une lividité plus ou moins forte , par le contact d’un liquide i oux , noirâtre , très fétide qu'il contient souvent ; tantôt , et dans le plus grand nombre des cas, cet intestin est contracté sur lui-même, et les plis que (orme alors la membrane muqueuse sont rouges ou noirâtres, soit dans leur totalité, soit seulement dans un point de leur étendue, et c’est le plus souvent à la partie supérieure. On observe également celte altération des gros intestins lorsque le poison a été appliqué sur le cou ou in-
(I) 'lentamen medicum inaugurale de venenis mincralibus , par Campbell. Edimbourg , 1813.
DU SUBLIMÉ CORROSIF
jecté dans les veines. Le duodénum a offert quelquefois auprès du pylore quelques taches noires semblables à celles qui existaient dans I estomac. Les autres intestins grêles ont paru peu altérés. Dans une de ces expériences, le cœur présentait des taches noires dans son tissu charnu, immédiatement au-dessous de la membrane interne des ventricules. Les poumons sont souvent le siège d’une altération sensible; quelquefois ils sont gorgés d’un sang noir qui ne les empêche pas cependant d’être crépitants; le plus souvent ce sont des taches noires ou des infiltrations sanguines existant sur le bord antérieur de ces organes, et dont le centre fait quelquefois une saillie comme tuberculeuse au-dessous de la plèvre.
On a remarqué les mêmes lésions organiques lorsqu’on a injecté dans la veine jugulaire 5, 10 ou 12 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans l'eau (Smitii).
Expérience sut'. — A onze heures du matin , j’appliquai sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d un chien lobuste et de moyenne taille, 15 centigrammes de sublimé corrosif à l’état solide; à six heures du soir, l’animal paraissait un peu abattu. Le lendemain, à onze heures , le pouls était très accéléré, la langue humide et de couleur naturelle ; du reste , il n’y avait aucun signe de paralysie ni de vertige. A cinq heures , la respiration était difficile ; l’animal était couché sur le côté sans pousser la moindre plainte : on le trouva mort le jour suivant.
Ouverture du cadavre. — Le membre opéré était infiltré et assez enflammé ; la partie sur laquelle le poison avait été appliqué était grisâtre. La membrane muqueuse de l’estomac, de couleur naturelle, offrait, près du pylore, six ou sept taches noires comme du charbon, produites par du sang veineux extravasé dans l’épaisseur de la membrane ; les intestins grêles ne présentaient aucune altération ; l’intérieur du rectum était un peu rouge. Les poumons, crépitants, d’une couleur brune, contenaient une assez grande quantité de sang, et nageaient sur l’eatt. La valvule mitrale du ventricule gauche du cœur était d'un rouge cerise dans toute son étendue; du reste, cet organe paraissait dans l’état naturel.
Expérience xiv'. — A onze heures du matin , j’appliquai sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien très fort 30 centigrammes de sublimé corrosif solide. A une heure, l’animal vomit. Le lendemain, il eut une soif ardente; du reste, il ne présentait aucun symptôme remarquable. Le jour suivant, il refusait les aliments, cherchait à avaler de l’eau qu’il ne tardait pas à vomir ; il eut de légers vertiges sans donner le moindre signe de convulsion ni de paralysie; il ne poussait aucun cri plaintif , et mourut à quatre heures de l’après-midi.
Ouverture du cadavre. — Le membre opéré était très infiltré et fortement enflammé; on ne découvrait plus un atome de sublimé corrosif ; la plaie était grisâtre. L’estomac contenait une assez grande quantité de mucus jaunâtre ; sa membrane muqueuse offrait <;à et là quelques points d’un rouge-cerise; elle était légèrement ulcérée près du pylore. Les intestins grêles paraissaient dans l’état naturel. Le rectum était très en-
flammé. La valvule tiiruspidc ou auriculaire drolie du cœur était parsemée de taches noires, de la grosseur de la tête d'une épingle, formées par du sang exliavasé, et qu il suffisait de frotter légèrement pour convertir en ulcère; du reste > le cœur n’était le siège d aucune autre altération. Les poumons étaient crépitants, un peu infiltrés, cl nageaient sur l’eau.
Expérience xv'. - a onze heures du malin , j’appliquai 30 centigrammes d.- sublimé corrosif solide sur le tissu cellulaire de la partie inférieure et latérale du cou d’un chien de moyenne taille; l’animal mo irut au bout de trente-six heures.
Ouverture du codai re. — La plaie et les parties environnantes étaient dans le même état que dans l’expérience précédente. La memb ane moqueuse de l’estomac était très enflammée; la portion cardiaque était d’un rouge-cerise; la partie qui avoisine le pylore offrait une couleur noirâtre , comme si elle eût été scarifiée ; les autres portions du canal digestif étaient un peu rouges, il fut impossible de constater quel était l’état du cœur et des poumons.
Expérience xvic. — Le 13 septembre à onze heures du matin, j'ap pliquai sur le tissu cellulaire du dos d’un chien petit et faible 3ü centigrammes de sublimé corrosif solide. Le 15, l’animal n’éprouvait d'autre symptôme remarquable que de l’inappétence et une soif ardente; il vomit l’eau peu de temps après en avoir avalé. Le IG, le 17 et le 18, même état, aicé.éiation marquée dos battements du cœur : il mourut dans la nuit du 18 au 19.
Ouverture du cadavre. - Le cânal digestif ne paraissait être le siège d’aucune altération. La membrane qui tapisse l’intérieur des deux ventricules du cœur était rouge et enflammée; on voyait plusieurs taches de la même couleur sur quelques unes des colonnes charnues de cet organe ; les paquets graisseux contenus dans les Ventricules et dans les oreillettes étaient enflammés. Les poumons étaient gorgés et tachetés de points noirs.
Expérience xvii . Le docteur Gaspard injecta dans les veines d’une chienne de taille médiocic environ 7 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans l’eau, et il survint une espèce de dyssenterie accompagnéede vomissements et d excrétion gélatineuse, sanieuse , sanguinolente; en outre, salivation considérable de temps en temps, et ce qui est surtout remarquable, des symptômes d’inflammation pulmonaire, et la mort trois jours après. Le rectum était très enflammé, le foie noirâtre, la vésicule pleine de bile noire, épahse et très visqueuse, les poumons parsemés d’une foule de petits abcès séparés les uns des autres par le tissu du poumon , à peu près sain.
Expérience xvme. - 5 centigrammes du même poison injecté dans la v ei ne jugulait e d un grand chien ont bientôt causé la sali \ a lion, la dyspnée et les symptômes inflammatoires pulmonaires précédions. Les jours suivants, ces derniers ont été plus graves, avec vomissements, déjections liquides, fièvre, mouvements convulsifs. L’animal est mort le quatrième jour. Les poumons étaient parsemés de tumeurs noirâtres.® grosses
DU SUBLIMÉ CORBOSIF. 3il
comme des pois ou des noisettes, les unes enflammées, d'autres supputes, quelques unes grttigrénées; le foie était noir et i amolli ; la Vésicule
élait nleine de hile noire , épaisse et visqueuse.
Expérience xixe. — On a introduit dans la veine jugulaire d une chienne 25 centigrammes de sublimé dissous dans Zi5 grammes d’eau distillée : l’animal a témoigné de la douleur vers la lin de 1 expérience ; il a éprouvé de la dyspnée et un grand malaise, et a évacué de I urine; il a péri au bout de quelques secondes. Les poumons étaient déjà un peu
tachés, ecchymosés et gorgés de sang.
Expérience xxe. —On a injecté 7 centigrammes 5 milligrammes de sublimé dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille, qui a éprouvé de la dyspnée et de la douleur i\ la poitrine, des vomissements bilieux et quelques convulsions ; il a poussé des cris perçants et il est mort au bout de cinq minutes'. Les poumons étaient Un peu engorgés, parsemés d’une foule de points livides et voisins de l’élat d’inflammation.
Expérience xxte. - (i centigrammes de sublimé dissous dans 16 grammes d’eau distillée ont été injectés dans la Veine jugulaire d’une chienne. Quinze minutes après , elle a été nfll'clée de fris ons, de malaisé, de déjections alvines, puis de vomissements, de dyspnée, de douleur a la poitrine, de salivation, etc. ; enfin les symptômes péripneutuoniques et dyssenlériques augmentèrent; il y eut ténesme, selles muqueuses et sanguinolentes, et la mort survint cinq heures et demie après I injection. Les poumons étaient en grande partie enflammés, gorgés de sang, et se précipitaient au fond de l’eau. La membrane muqueuse intestinale était rouge, pblogoséc, enduite de mucosités sales, sanguinolentes et snnieusc’s. (Journal d- physiologie expérimentale , tom. t, 1821.)
Expérience xxiic. — Le 23 septembre, je fis avaler à un chien robuste , de moyenne taille, 7 centigrammes 5 milligrammes de sublimé corrosif dosons dans Û5 grammes d’eau. L’animal commença a vonvr au bout de quatre minutes ; le lendemain il refusa les aliments et parut un peu abattu ; le 25, on lui administrai centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau : il vomit à plusieurs reprises au bout de quatre minutes et tomba dans rabattement ; il refusa les aliments et mourut dans la nuit du 30. Ouverture du cadavre. État de maigreur remarquable. L’estomac et les intestins grêles contenaient une très grande quantité de bile jaunAtrc et filante; du reste leurs tuniques ne paraissaient pas altérées! L’intérieur du rectum offrait plusieurs rides d’un rouge foncé. Le cœur était flasque ; les paquets graisseux contenus dans les cavités de cet orgme étaient d'un rmige foncé. Les poumons semblaient plus compactes et plus ratatinés que dans l’état naturel. Le cerveau, le foie et les reins n’étaient le siège d'aucune altération sensible.
Expérience xxiii'. — Il est aisé de s’assurer que le sublimé corrosif introduit dans l’estomac des chiens à la dose de 1 ou de plusieurs grammes en dissolution dans l’eau distillée peut être rctiouvé dans le foie. (/îccherches médico-légales , page 5Gi et suivantes, expériences Zic et 5e. )
Observation 1". — M. B., négociant de Liège , âgé de trente ans , d’un tempérament bilieux, d’une constitution robuste, et n’ayant jamais éprouvé aucune indisposition, vint à Paris terminer quelques affaires avec M. D., chez lequel il logeait. Le 6 août 1813 , il fut pris, sans cause apparente, d’un dévoiement léger qui dura trois jours, et qui fut heureusement combattu par l’ipécacuanlia. Le 13 du même mois il paraissait parfaitement rétabli. La température étant ce jour-là très élevée, et M. B. ayant soif, prit en rentrant chez lui, vers les trois heures de l’aprèsmidi , une certaine quantité d’un liquide spiritueux et limpide renfermé dans un flacon sans étiquette (1). La saveur horrible de cette boisson causa à M. B. un tel dégoût et une crainte si grande du danger imminent dans lequel il pouvait se trouver, qu’il cessa tout-à-coup de boire , rejeta tout ce qui était contenu dans sa bouche , et brisa en plusieurs mi ice iux le flacon dans lequel il y avait encore un peu de liquide. Malheuresement M. B. en avait avalé une partie. Un resserrement à la gorge et des douleurs atroces dans la région épigastrique furent les premiers symptômes qui se manifestèrent. Je fus appelé sur-le-champ, et j’arrivai auprès de lui à quatre heures cinquante minutes : on me dit qu’il avait vomi beaucoup de matières verdâtres, amères, nullement sanguinolentes, et qu’il avait eu trois selles. Voici quel était son état :
Décubitus sur le dos, face rouge, gonflée et animée; les yeux étaient étincelants et d’une grande mobilité , la pupille resserrée, la conjonctive légèrement injectée, les lèvres sèches, gercées et de couleur naturelle, la langue peu humectée et enduite d’une couche jaune; des douleurs atioces se faisaient sentir dans toute l’étendue du canal digestif , principalement au pharynx ; l'abdomen était tuméfié, douloureux , surtout par la pression. Les vomissements avaient cessé depuis quelques instants, mais les déjections alvines continuaient; elles étaient peu abondantes et d’un caractère entièrement bilieux ; le pouls, régulier, petit et serré, donnait 112 pulsations par minute; la chaleur de la peau était intense et mordicante, surtout au front , la respiration gênée , l’urine rare , rendue avec difficulté et rouge. Intégrité parfaite des sens externes, réponses tardives et pénibles, tendance à l’assoupissement; de temps en temps mouvements convulsifs des muscles de la face, des bras et des jambes; crampes continuelles dans tous les membres. (Trois litres d’eau albumineuse froide donnée par verres à peu de distance l’un de l'autre; vingt sangsues à la région épigastrique , qui furent posées à cinq heures précises ; deux lavements émollients frais.)
A cinq heures et demie, mieux-être marqué; le malade avait pris toute la quantité de boisson qu’on lui avait prescrite; il avait beaucoup vomi et il avait eu quatre selles. ( Deux litres de décoction de graine de lin donnée par verres, diète, impossibilité de faire des fomentations
(l) Je me suis asshré que ce liquide contenait du sublimé corrosif dissous dans l’alcool , reste d’une composition que M. D. , son ami, avait employée quelques jours auparavant pour se traiter d’une maladie vénérienne. M. B. ne connaissait pas la nature de ce corps.
DU SUBLIMÉ CORROSIF. ' ÔI3
« canne de la sensibilité de l’abdomen.) A six heures, nouveaux vomissements, cessation des crampes et des évacuations , pouls ne donnant que 100 pulsations et offrant le môme caractère ; persévérance des autres symptômes, désir de s’entretenir de tout ce qui lui était arrivé. A neuf heures, sommeil très imparfait. A minuit, sentiment de cuisson vers l’extrémité inférieure du rectum, selles abondantes et sanguinolentes, douleurs vives dans l’S iliaque du colon, pouls toujours petit et serré, 115 pulsations. ( Dix sangsues sur le trajet de la portion descendante du colon , trois litres d’eau saturée de gomme, deux lavements émollients avec addition de 2 grammes de laudanum.) Nouveaux vomissements, quatre selles beaucoup moins sanguinolentes, cessation presque subite de la douleur, mieux-être bien marqué, envie de dormir. Le 1Z», à huit heures du matin (deuxième jour de la maladie), abdomen peu tuméfié et moins douloureux, langue humectée, nulle envie de vomir ni d’aller à la selle , anus légèrement douloureux , pouls un peu développé et ne donnant que 96 pulsations, peau moins chaude, face moins rouge, membres un peu roides, nul mouvement convulsif, intégrité parfaite des sens et des facultés intellectuelles. ( Potion antispasmodique faite avec 60 grammes d'eau distillée de /leurs d'oranger, 60 grammes d’eau de menthe, trente gouttes de liqueur minérale anodine, et ho grammes de sirop d’écorce d’orange. Quatre litres de décoction de graine de lin , « prendre dans la journée, trois lavements émollients et narcotiques à deux heures d’intervalle.) Nouveaux vomissemeuts, nouvelles évacuations alvines non sanguinolentes; ce qui soulage beaucoup le malade. Le soir, exacerbation, 106 pulsations par minute, chaleur plus forte à la peau, sans augmentation des douleurs. ( Eau de gomme, julep huileux, lavement émollient, et narcotique.) Le 15, au matin (troisième jour de la maladie), le malade se sent beaucoup mieux; il a dormi une partie de la nuit; il ne désespère plus; il se plaît à parler du danger dans lequel il s’est trouvé ; il demande à manger ; la langue est humide , les douleurs diminuées, la faiblesse grande ; le pouls est presque dans l’état naturel. (Eau d'orge , deux bouillons , potion antispasmodique, fomentations émollientes.) Le soir, même état. Le 16, au matin ( quatrième jour de la maladie ), le malade a assez bien dormi, et il ne se plaint que de douleurs légères et non continues dans la région épigastrique : l’appetit est bon. ( Eau d’orge, bouillon.) Le 17 et le 18, même état. Le 19, les douleurs étant presque dissipées, on lui a permis de prendre deux potages. Le 21 et le 22 , il est entré en convalescence. Le 30, il était très bien portant, et il est parti pour son pays.
Pour peu qu’on fasse attention au début de celte maladie, on verra combien il était aisé de la confondre dans les premiers instants avec le choléra-morbus ; en effet, le tempérament de l’individu, l’affection bilieuse dont il avait été atteint quelques jours auparavant, les vomissements bilieux et les selles non sanguinolentes, les convulsions et les crampes dans les membres lorsque la température de l’air était très élevée, tout cela pouvait faire croire à l’existence de cette maladie: cepen-
tlaat le commémoratif , l’analyse chimique des liquides vomis et l'aveu du malade, prouvent jusqu’à l’évidence qu’il y aeu empoisonnement. La maladie dont M. B. a été atteint est une véritable phlegmasie de la membrane muqueuse intestinale et du péritoine, compliquée d’une affection bilieuse, dont le développement tient à la présence du corrosif, et surtout à la disposition dans laquelle se trouvait M. B.
Il est de la plus haute importance que le médecin ne perde jamais de vue l’analogie qu’il y a entre les symptômes produits par certains poisons et ceux qui constituent plusieurs maladies spontanées. L’ignorance de cette partie de la médecine entraînerait l’homme de l’art dans des erreurs très graves.
Observation. 2' (1) — « Un homme assez robuste , d’un tempérament sanguin, âgé de quarante ans environ, prit, vers les dix heures du soir, on ignore pour quelle raison , un reste de sublimé corrosif qu’il avait chez lui pour faire crever les rats. La dose n’était pas petite. Ii avait dissous ce poison dans de la bière. Dès l’instant qu’il l’eut avalé, la bouche, l’œsophage et l’estomac se ressentirent de son effet caustique. L’inflammation de la bouche , une chaleur âcre et brûlante à la région de l’estomac , des douleurs déchirantes succédèrent bientôt à la première impression du sublimé corrosif, et se communiquèrent promptement à tout le canal intestinal , avec des douleurs aussi cruelles que celles de l’estomac. Biénlôt le visage se gonfla beaucoup et devint d’un rouge cramoisi. Les yeux étaient étincelants , la respiration des plus gênées. Il y avait des anxiétés précordiales, des inquiétudes et des jactations continuelles. Le pouls fut fébrile et petit. On donna d’abord 30 centigrammes d’émétique dans un verre d’eau : s’il n’en résulta que peu de vomissements, les douleurs en augmentèrent beaucoup. Dans cette perplexité, on fit avaler au malade h grammes de thériaque, qui n’apporta aucun calme. Le poison faisait des progrès rapides , et on ne tarda plus à demander M. Dumonceau , qui , vu les circonstances , se pressa de prescrire U grammes de sel d’absinthe dans un verre d’eau , pour décomposer les deux sels métalliques, spécialement le sublimé corrosif. Il y joignit des incrassants et des involvants. Je fus appelé en consultation , et ne pus qu’applaudir aux remèdes que M. Dumonceau, mon confrère, venait d’administrer, et nous jugeâmes à propos de les continuer. Les douleurs atroces reprenaient cependant par intervalles avec vigueur, et semblaient annoncer une corrosion de la membrane interne de l’estomac et des entrailles. Elle eut effectivement lieu. Le malade rendit desselles sanguinolentes; il trouva néanmoins, dans l’usage du sel d’absinthe, dissous à la dose de 8 grammes dans 6 grammes de décoction incrassante de Fuller ( après en avoir pris U grammes en deux fois à peu d’instants d’intervalle) , il trouva , dis-je, un soulagement bien marqué. Quoique les douleurs revinssent encore de temps en temps avec violence , elles se calmèrent cependant peu à peu, de sorte que le lendemain au matin le calme avait succédé à l’orage.
(I) Uumonckau et Pi.ajiciion , Journal de MMee'me, tom. xmx, p. 3G.
DU Sl’BLIMii CORROSIF.
Tous les symptômes effrayants étaient dissipés; mais il restait une sensation douloureuse de tout le canal alimentaire, et un sentiment général de faiblesse du corps, qui avait été si rudement secoué. »
Observation 3e. — Un enfant de deux ans et demi étant entré secrètement dans la boutique d’un orfèvre , y avala ZiO centigrammes environ de sublimé corrosif. Il ne tarda pas à éprouver de violentes tranchées , le ventre se gonfla , il se déclara une salivation fort abondante. Le médecin Sigismonde Konig administra un sirop émétique dans lequel il fit entrer du suc de coing, ce qui détermina des vomissements très abondants ; il fit boire ensuite au malade une grande quantité de lait de chèvre mêlé à une décoction mucilagineuse de psyllion. Le gonflement du ventre disparut , les tranchées se dissipèrent , et cet enfant dormit dans la nuit qui suivit immédiatement cet accident. Soixante-quatorze jours après, le malade étant menacé de phthisie, le même médecin crut devoir le mettre de nouveau à l’usage du lait de chèvre coupé avec une décoction de fleurs de mauve et de semences de coing. Il dit qu’il était en assez bon état lorsqu’il a communiqué son observation (1).
Observation he. — Le 25 février 1825, à neuf heures du matin, M. Thénard faisait à l’École polytechnique une leçon sur les azotates et en particulier sur l’azotate de mercure ; il avait à côté de lui et dans deux verres semblables de l’eau sucrée et une dissolution concentrée de sublimé corrosif : il avale par mégarde une gorgée de ce dernier liquide , et éprouve aussitôt une saveur horrible; il demande de l’eau albumineuse, et en attendant prend à plusieurs reprises de l’eau tiède ; on se procure des blancs d’œufs , on les délaie dans de l’eau et on les administre cinq minutes après l’empoisonnement. Jusqu’alors il n’y avait point eu de vomissement, quoique le gosier et la luette eussent été titillés. Peu de temps après que l’eau albumineuse a été avalée , les vomissements ont lieu , et la matière rendue présente les caractères du sublimé corrosif combiné avec l’albumine : eu effet, le liquide est blanc , floconneux et semblable à l’eau albumineuse dans laquelle on a versé du bichlorure de mercure dissous. Dupuylren arrive lorsque déjà il y a eu quatre à cinq vomissements et que l’eau albumineuse a été prise plusieurs fois. M. Thénard se sent tellement soulagé , qu’il annonce à Dupuytren qu il est guéri. On fait prendre de l’huile de ricin et quelques lavements purgatifs. A neuf heures et demie du soir, M. Thénard, qui avait vomi jusqu’alors vingt à vingt-cinq fois, se trouvait à merveille; il n’y a jamais eu de douleur à l’épigastre ni dans le canal intestinal. Une selle très abondante avait eu lieu dix minutes après l’empoisonnement et bien, avant l’administration des purgatifs. ( Journal de chimie médicale , mars 1825.)
Observation 5e.— Un cuisinier condamné à mort pour avoir volé deux plats d aigent à son maître, convint avec Charles IX qu’il prendrait un
(I) Jucobi Mancjcti Bibliolh.med., tom. îv, pars n, p. 155 , hist. 3 ex. comntumeatione excell. D. D. Sigismundi Konig., Physici bernensis. Genevæ, 1739.
certain poison, el immédiatement après du bézahar, antidote beaucoup vanté au roi, et dont le monarque désirait connaître l’efficacité. Le malheureux devait être mis en liberté s’il échappait à l’action du poison. Voici comment Ambroise Paré rend compte de cet événement extraordinaire : « Et tost après un apothicaire servant luy donna certain poison en potion, et subit de la dite pierre de bezahar. Ayant ces deux bonnes drogues en l’estomach , il se print à vomir, et bientost aller à la selle auecques grandes épreintes, disant qu’il auoit le feu au corps, demandant de l’eau à boire , ce qui ne luy fut refusé. Vne heure après , estant adverty que le dit cuisinier auoit prins cette bonne drogue, ie priay le seigneur de la Trousse me vouloir permettre l’aller uoir, ce qu’il m’accorda, accompagné de trois de ses archers, et trouuay le pauure cuisinier à qvatre pieds , cheminant comme une beste , la langue hors de la bouche , les yeux et toute la face flamboyante, désirant toujours vomir, auec grandes sueurs froides , et iettoit le sang par les oreilles, nez, bouche, par le siège el par la verge. le luy feis boire enuiron demy-sextier d’huile, pensant luy aider et sauuer la vie ; mais elle ne luy serait de rien , parce qu’elle fut baillée trop tard, et mourut misérablement, criant qu’il luy eust mieux vallu estre mort à la potence. Il vescut sept heures ou environ ; et estant décédé, ie feis- ouuer turc de son corps en la présence du dit seigneur de la Trousse et quatre de ses archers, où ie trouuai le fond de son estomac noir, aride et sec, comme si un cautère y eust passé , qui me donna cognoissance qu’il auoit avallé du sublimé , et par les accidens qu’il auoit eus pendant sa uie (1). »
Observation 6°. — Une fille de petite stature, d’une constitution robuste, avala à onze heures du soir, le 23 janvier 1818, après avoir soupé avec du pain, du fromage et du jambon, Zt grammes de sublimé corrosif dissous dans de la bière ; quelques minutes après, les gémissements qu’elle jetait appelèrent auprès d’elle les personnes de la maison où elle servait, et on la trouva à genoux, se plaignant d’un sentiment de brûlure qui partait du creux de l’estomac et s’étendait à la gorge et à la bouche : cette douleur fut bientôt suivie de vomissements; elle rendit son souper, mêlé de mucus visqueux. On lui donna 2 grammes de sulfate de zinc et des blancs d’œufs battus dans de l’eau tiède et dans de l’eau de gruau. On répéta le vomitif mie heure après. Après qu’elle eut bu le blanc d’œuf, la matière du vomissement devint floconneuse , semblable à du lait caillé. A trois heures du matin les vomissements étaient bilieux et mêlés de sang; il y eut trois selles brunâtres extrêmement fétides; le pouls était petit , serré et battait 100 fois par minute ; la douleur était, diminuée ; il y avait de l’assoupissement dont la malade était retirée par le retour de la douleur; la face exprimait l’anxiété. A neuf heures du matin on prescrivit un julep huileux et laxatif, des fomentations émollientes sur l’épigastre, eau de gruau, blancs d’œufs : la malade
(1) OEuvres de Paré, onzième édition, liv. xxi, des Patins, cliap. xnv, p. 507.
bu SUBLIMÉ CORROSIF. 21 ^
naraissait mieux. Le soie la douleur d’estomac était moins vive , mais la troi-ce était très douloureuse et très enflammée, gargarisme émollient, Unment toutes les deux heures .) Le 23 , à trois heures du soir point de selles • la malade n’a point uriné depuis hier matin ; point de tension ni de sensibilité à l’abdomen. On sonde la malade avec difficulté , a cause de l’inflammation et du gonflement de l’urètre et de la vessie ; quelques luttes d’urine s’échappent. ( Laxatifs salins diurétiques, lavements.) Le 2 fi évacuations alvincs ; la sonde ne fait point couler l’urine ; estomac moins douloureux ; inflammation de la gorge, benlimcnt de constnction, gencives douloureuses , dents légèrement vacillantes, légère augmentation de la salive. (Boissons mucüagineuses.) Le 25 , la malade est assise auprès du feu ; elle se trouve mieux ; mais il est évident qu’elle s’affaiblit et décline; selles fréquentes, très fétides; dents très lâches, ptyalisme abondant, haleine extrêmement fétide; peu de douleur à la pression de l’abdomen. Le cathéter, introduit dans la vessie, ne fait point couler l’urine , et on l’en retire d’une couleur bleue foncée qui ne disparaît qu a force de frotter cet instrument avec de la craie. Dès ce moment la malade s’épuisa de plus en plus, et elle expira sans douleur quatre-vingt-dix heures après l’ingestion du poison. L’ouverture du cadavre ayant été faite trois jours après la mort, on ne put reconnaître les désordres qui existaient, l-’étidité extrême; abdomen ballonné, d’une couleur très foncée ; bouche remplie de mucosités visqueuses; la face est restée dans des contorsions hideuses. (Observation d’Adjutor dans le Journal de Fothergill, mars 1819.)
Ce fait est loin de pouvoir être présenté comme un modèle de traitement, et si nous l’avons transcrit, c’est pour avoir l’occasion de faire ressortir les vices de la méthode curative employée et pour combattre certaines réflexions de BI. Adjutor. On a de la peine a concevoir qu’on n’ait pratiqué aucune saignée, et qu’on ait fait usage d’émétiques irritants et de laxatifs salins lorsqu il était certain que la malade était en proie 'a une gastro-entérite , à une angine, etc. Il est également difficile d’expliquer l’impossibilité où l’on a été de reconnaître les désordres cadavériques trois jours après la mort, pendant le mois de janvier, c’est-à-dire à une époque où les cadavres tardent beaucoup à se décomposer.
Observation 7e. — Je fus appelé le vendredi G mai 1825, à huit heures du soir, par M. M*** pour donner des soins à sa femme, qui venait d’èlrc affectée font à coup d’une maladie aiguë. N’ayant pu m’y transporter qu’à onze heures, je la trouvai dans l’étal suivant : elle était étendue dans son lit, les membres abandonnés à eux-mêmes, la peau froide, couverte de sueur, la face pâle, décolorée, les yeux ternes, abattus, entourés d’une auréole bleuâtre , exprimant la souffrancCct l’horreur de la position où se trouve une personne qui sent qu’elle n’existe plus que pour mourir ;
les lèvres et la langue étaient blanchâtres, contractées, la soif vive; la déglutition était tellement difficile et douloureuse que les moindres gorgées de liquide, par l’irritation qu’elles déterminaient, amenaient des contractions de l’œsophage et de l’estomac, suivies de vomissements de matières blanchâtres, muqueuses, filantes, et de matières bilieuses vertes lorsque les efforts de vomissement étaient prolongés. La pression du cou était suivie de douleur ; un sentiment de chaleur et de cuisson existait dans tout le trajet de l’œsophage ; la peau de l’abdomen était froide dans tous les points ; la région épigastrique seule dénotait de la douleur à la moindre pression. La malade y accusait la chaleur la plus vive et des douleurs insupportables. Des évacuations alvines avaient eu lieu , et des envies d’aller à la selle se répétaient fréquemment ; elles étaient tellement ptessantes que la malade demandait avec précipitation qu’on la fît descendre de son lit pour l’asseoir sur le vase de nuit; elle a toujours eu le même courage jusqu’à ses derniers moments ; quant au pouls, il était faible, filiforme, à peine sensible ; la respiration s’exécutait d’une manière très lente.
Sur le plancher de la chambre et le long du lit de la malade étaient des matières muqueuses blanches qui paraissaient provenir de vomissements nombreux. Dans d’autres points duplancher existaient des matières analogues, mais plus blanches et plus grumeleuses; leur aspect était tel qu on pouvait y soupçonner la présence du lait. Sous une table, et dans un coin de la chambre, on voyait un endroit humide parsemé d’une poussière blanche qui n’avait pas été dissoute dans le liquide, et qui, d après l’aveu de la malade , était le reste d’une substance vénéneuse qu elle avait avalée. Cette poudre avait la saveur et l’aspect du sublimé corrosif. Chacune de ces matières fut recueillie isolément à l’aide de linges très propres.
M. M** ‘ m’apprit que depuis la perte d’un héritage sur lequel il comptait, sa femme était restée triste et rêveuse; qu’étant en outre affectée d’une amaurose complète de l’œil droit, et voyant que la vue de l’œil gauche diminuait sensiblement, elle avait manifesté à plusieurs reprises son dégoût pour la vie ; ce qui avait engagé M. M*** à garder constamment surluila clef d’une armoire où il déposait son argent, et où étaient renfermés trois paquets de sublimé corrosif dclù grammes chacun, reste d’un traitement antisyphilitique par les bains mercuriels que je lui avais fait subir; que le vendredi 6 mai, à six heures du soir, étant occupé à travailler au rez-de-chaussée , il avait entendu beaucoup de bruit dans sa chambre , et que s’y étant transporté , il avait trouvé sa femme étendue sur le carreau , vomissant fréquemment et exprimant des souffrances horribles; que, soupçonnant qu’elle s’était empoisonnée, il en avait acquis la certitude en vérifiant le nombre des paquets de sublimé qui lui restaient; qu’il s’était empressé d’envoyer chercher du lait, et lui en avait fait prendre un litre environ. (Prescription : eau albumineuse , quarante sangsues à l'épigastre, quinze le long des par lies latérales du cou , un large cataplasme sur le ventre.)
nu SUBLIMÉ CORROSIF. ’19
A huit heures du matin, la malade me parla plus facilement qu’à ma première visite ; le pouls était plus développé , il y avait plus de chaleur a a peau; la douleur de l’abdomen s’était étendue à la région ombilicale , la respiration était un peu plus accélérée. ( Vingt-cinq sangsues sm ' l abdomen, lavement opiacé, fomentation, eau gommée ) A midi , abattement plus grand , froid des extrémités ; pouls petit , faible et rare ; paiole licile ; la malade peut à peine me dire qu’elle sent la moitié inférieure de son corps morte; la sensibilité était en effet éteinte dans toute 1 étendue des membres inférieurs ; on pressait fortement la peau sans que la malad
en reçût aucune impression; les mouvements volontaires s exécutaient
encore. J’appris que peu de temps avant mon arrivée , la malade avait eu une syncope dans laquelle on avait cru qu’elle allait expirer. A cinq heui es de l’après-midi, elle cessa de vivre. La-garde qui lui donnait des soins m’assura qu’elle avait conservé sa connaissance jusqu’à ses derniers moments, et qu’elle avait expiré dans une syncope. Je n’ai jamais remarqué de trace de délire dans tous les instants où. je l’ai, vue.
Autopsie cadavérique faite dix-sept heures après la mort. — Cadavre très gras, très fort; roideur cadavérique très prononcée; chaleur éteinte à l’extérieur ; membres supérieurs dans la demi-flexion ; membres inférieurs dans l’extension ; aucune trace d’ecchymose à la peau , ni dans le tissu cellulaire , ni dans les- muscles. Vaisseaux de la dure-mère remplis de sang ; arachnoïde injectée , principalement du côté gauche ; 125 grammes environ de sérosité sanguinolente dans les ventricules c u cerveau et le rachis ; substance cérébrale légèrement injectée , plus consistante que dans l’état naturel. Langue épaisse, contractée; ses papilles et ses cryptes muqueux très développés ; ces derniers avaient presque le volume d’un petit pois; cavité du larynx grisâtre et injectée ; face inférieure de l’épiglotte offraift une plaque d’apparence gangréneuse. Trachée-artère rosée; bronches et toutes leurs divisions présentant une teinte violacée. Poumons crépitants , leur tissu rougeâtre ; cœnr plus volumineux que de coutume ; cavités droite et gauche dilatées ; parois épaissies; surface interne sans aucune trace de rougeur. Pharynx rougeâtre, ses piliers fortement injectés en arrière; une ecchymose à la partie postérieure de la luette. OEsophage presque dans son état naturel , excepté dans son tiers inférieur, où commence une injection qui se prononce de plus en plus à mesure que l’on approche de l’estomac. Ce dernier organe est enfoncé sous les côtes , contracté sur lui-même , épaissi ; sa surface externe est d’un rouge brique ; on voit au-dessous de sa tunique séreuse une fouie de petites ecchymoses qui lui donnent un aspect marbré; les veines qui le parcourent sont distendues par de l’air ; sa surface interne est d’un rouge noirâtre dans toute son étendue, et principalement sur les plis qu’elle forme par sa contraction ; la membrane muqueuse se laisse déchirer très facilement ; le liquide qui est renfermé dans cet organe est verdâtre ; on trouve entre les plicatures de la tunique muqueuse un assez grand nombre de petits grains blancs, analogues pour l’aspect à du sublimé ou à du calomélas. Le duodénum ollrc des traces
DES POISONS 1 MUTANTS.
c inflammation , i mais beaucoup moins prononcées; il est rempli par de la
i e i es verte. L épiploon gastro-hépatique et gastro-colique présentent des ecchymoses multiplies le long des deux courbures de l'estomac ; les auties intestins n oflrent rien de remarquable, si ce n’est le rectum , oui
(/Uclques, lraccs d’injection. Le foie, la rate et les reins sont dans clat sain. L ovaire droit offre une ecchymose dans le point par lequel il correspondait au péritoine ; cette ecchymose était de la largeur d un pouce. L’analyse chimique, faite par Barruel, de la poudre ramassée dans le coin de la chambre de la malade, et de celle qui était contenue dans les paquets dont il a été parlé plus haut, prouva que cette substance était du sublimé corrosif. Ni les matières vomies, ni le liquide contenu dans 1 estomac ne renfermaient aucune trace de bichlorure de mercure : cependant on en retirait du mercure métallique par divers procédés , ce qui prouve que le sublimé corrosif avalé (12 grammes au moins) s'était entièrement combiné avec le lait , l’albumine , etc. (Extrait d’un rapport fait 5 M. le procureur du roi , le 9 mai 1825 , par M. Devergie.)
Observation 8e. — Une jeune femme succomba à la gangrène du pharynx , six jours après avoir mis dans sa bouche 8 grammes de sublimé solide qu’elle n’eut pas le courage d’avaler. ( Joiinstone , Essay of minéral poisons , page 52.)
Observation 9e. Un homme de quarante-sept ans but par erreur une demi-cuillerée. de sublimé dissous dans un petit verre d’eau-de-vie. En l’avalant, il éprouva une sensation très pénible de brûlure dans la goige, et lut pris immédiatement de roideur de la mâchoire, de vomissements, de vives douleurs dans le ventre, suivies de selles sanglantes et accompagnées de crampes. Le même soir, il survint de la salivation et de 1 inilammalion de la bouche : de temps à autre les douleurs abdominales devenaient extrêmes. •
Le malade ne fit rien pendant neuf jours ; au bout de ce temps il entra a 1 hôpital. Il se plaignait plutôt de faiblesse que de vives douleurs , si ce n’est dans la bouche. Les gencives étaient gonflées et saignantes. La salivation était considérable, l’haleine d’une fétidité mercurielle. Pas de douleurs dans le ventre ; il est indolore 5 la pression. Pas de symptômes du côté des voies urinaires. Pouls à 96, un peu faible ; la figure annonce l’abattement.
Malgré un traitement actif, les forces du malade continuèrent à décliner. 11 rendit plusieurs fois par la bouche des quantités considérables de sang , mais sans aucun effort de vomissement qui pût faire penser qu’il dût provenir de l’estomac. Le malade mourut le quatorzième jour.
Autopsie, La membrane muqueuse buccale est enflammée et ulcérée dans quelques points. 11 existe une petite ulcération sur l’une des amygdales. Le pharynx et l’œsophage offrent quelques plaques irrégulières, d’une couleur brune, et mamelonnées. L’estomac contenait 190 grammes de sang coagulé; à sa face postérieure, et immédiatement au-dessous de l’orifice cardiaque, la membrane muqueuse gastrique était ramollie, verdâtre , et formait une escarre dont l’extrémité était flottante. Dans le
bÜ SUBLIMÉ CORROSIF. 521
t-este de son étendue, la tunique muqueuse de l’estomac était d’une teinte rouge uniforme. Le duodénum paraissait sain ; la membrane muqueuse de l’intestin grêle était uniformément rouge. A partir du cæcum, on voyait des plaques ecchymotiques, qui formaient des tumeurs d’apparence hcmorrhoïdale , et qui devenaient plus nombreuses à mesure qu’on sc rapprochait de l’anus.
Il existait beaucoup de sérosité dans les ventricules du cerveau et dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien.
Rien dans la poitrine.
L’appareil génito-urinaire était parfaitement sain. (A. ÏAood , Echnlurgh medical and surgical Journal, vol. li, page 11 Z|.)
Observation 10e. — Le 27 février , un homme de cinquante ans but 2 grammes de sublimé corrosif dissous dans un demi-litre d’eau. Immédiatement après il fut pris d’elTortsde vomissements, d’un sentiment très pénible de constriction à la gorge, avec une sensation de brûlure et difficulté d’avaler. On lui administra de l’huile et 1 gramme de sulfate de zinc. Deux heures après l’accident, les vomissements continuaient, et faisaient rejeter au malade des mucosités mêlées de sang. Une selle composée de matières semblables avait eu lieu. Pouls 120, faible; langue blanche et humide; hoquet très pénible. Vers le soir, les efforts de vomissement et la gêne de la déglutition diminuèrent.
Le lendemain , évacuations abondantes de matières bilieuses pat la bouche et par le rectum ; pouls faible , au-dessus de 100 ; soif dévorante ; hoquet. Depuis le moment de l’empoisonnement, le malade n’a pas uriné. Pas de sensibilité du ventre , si ce n’est à l’épigastre où la pression est un peu douloureuse.
Les mêmes symptômes continuent les jours suivants jusqu’au h mars, où l’on remarque de plus une très grande fétidité de l’haleine. Mais la membrane muqueuse buccale n’est nullement enflammée, et il n y a pas de salivation. Il y a de l’engourdissement des bras et surtout des jambes.
Le malade mourut le 5. L’autopsie ne put pas être laite. (A. Blacklock, Edinburgli medical and surgical Journal , vol. xxxvi , page 92.)
Observation 11e. — Un jeune homme de quinze ans, immédiatement après avoir bu une liqueur qu’il ne connaissait pas, fut pris de vomissements et d’efforts pénibles, au milieu desquels il rendait des mucosités visqueuses mêlées de sang. Il avait une soif très vive, un goût désagréable dans la bouche, et un sentiment de brûlure et de constriction a la gorge. Les tentatives de déglutition sont suivies de contractions spasmodiques de l’œsophage et des muscles profonds du cou. La sensation de brûlure s’étend le long de l’œsophage jusqu’à l’estomac et à l’intestin. Le ventre est contracté cl très douloureux à la pression. La langue, les gencives et la membrane muqueuse buccale sont ridées, et semblent avoir été touchées par une substance corrosive. Pouls faible, rapide et irrégulier. Figure pâle et contractée. La peau est couverte d’une sueur visqueuse.
DJÏS POISONS IRRITANTS.
Les symptômes cl les circonstances concomitantes firent penser au docteur Iteid que 1 empoisonnement était dù à une solution concentrée de sublimé corrosif. Il administra quelques décigrammes d’oxyde de zinc dans du lait, puis du blanc d’œuf dès qu’il put s’en procurer.
Le 7 mai, il y avait eu des vomissements continuels de matières bilieuses contenant des caillots de sang , et des selles de môme nature. On observait les symptômes d’une inflammation très intense du canal digestif. Les traits étaient abattus et livides; la peau couverte d’une sueur froide. Pouls fréquent et 5 peine perceptible. Le soir, il survint de l’assoupissement. Cet état de collapsus dura jusqu’au 9 dans la soirée qu’il survint de 1 éiéthisme mercuriel. La salivation était modérée. Le malade parut tomber dans un état typhoïde , et succomba le 12 mai , cinq jours et dix heures après l’empoisonnement. Pendant tout ce temps, le malade n uiina pas. L’examen du liquide dont le malade avait bu une petite portion (un peu moins d’un verre à liqueur) montra que c’était une solution alcoolique concentrée de bi-chlorure de mercure. Le sel mercuriel y entrait pour 1/8“.
A 1 autopsie on trouva une vive inflammation avec ulcération de la bouche , de l’œsophage et de l’estomac. La membrane muqueuse intestinale était généralement ramollie, et présentait des ecchymoses nombieuses. La vessie était très contractée. Les autres organes étaient sains.
( London médico-chirurgical Review , avril 18â0, p. 615.)
Observation 12°. — Le 15 janvier, à six heures du soir, un jeune médecin avala 6 grammes de sublimé corrosif dissous dans de l’eau. A peine l’acte consommé, il s’en repentit, et but aussitôt du lait et de 1 huile. Vingt minutes après , il présentait les symptômes suivants : peau décolorée, froide, couverte de sueur; yeux rouges, brillants; lèvres livides et gonflées; langue blanche; goût âcre et métallique; douleur brûlante dans le pharynx, l’œsophage et à l’épigastre ; soif intense; nausées et efforts pénibles de vomissements au milieu desquels le malade rend des masses de mucus blanchâtre et gluant ; selles nombreuses et accompagnées de beaucoup de ténesme; urine rendue sans effort; pouls petit, concentré, fréquent; respiration profonde; voix dure et rauque. On prescrivit au malade de boire de l’eau albumineuse qui détermina des vomissements très fréquents de mucus d’abord, puis de matières sanguinolentes. Il y eut du sommeil pendant la nuit. Le lendemain 16, les douleurs persistant au pharynx et à l’épigastre , on fit une application de douze sangsues au cou et de vingt sur le ventre. Les douleurs diminuèrent, les vomissements devinrent plus rares, et l’état du malade s’améliora jusqu’au 20. Ce jour, après avoir pris quelques cuillerées à café de vin vieux, il y eut exacerbation de tous les symptômes, et en outre du hoquet. Le 21 , ce dernier symptôme continue ; il y a des vomissements et des évacuations alvines de sang liquide et coagulé.
La mort eut lieu dans la nuit du 27 au 28 janvier, douze jours après l’empoisonnement.
Autopsie trente-six heures après la mort. — L’apparence extérieure
Dü SUBLIMÉ COltROSIF.
du cadavre n’indique rien d’anormal. La membrane muqueuse des lèvres et de la bouche offrait çâ et là de petites excoriations. Le pharynx et l’œsophage étaient vivemeut enflammés , et présentaient des traces de l’action corrosive du poison. A la partie inférieure de l’œsophage existait un abcès. L’estomac était généralement d’une couleur violacée qui, dans son grand cul-de-sac et le long de la grande courbure , devenait noirâtre. La membrane muqueuse gastrique était emphysémateuse , escarrifiée dans quelques points, ulcérée dans d’autres. Près du pylore, existait une escarre qui comprenait toute l’épaisseur des parois. Le duodénum était vivement enflammé ; l’intestin grêle violacé et très injecté. Dans le gros intestin existaient des points gangréneux. La vessie était vide et contractée. Tous les autres organes étaient sains. (Westrumb, Rust’s nxagazin fur die gesammte Heilkunde , vol. xlii, p. Z1Z18.)
Observation 13'. — Un homme de vingt-huit ans, fort et bien portant, avala 16 grammes de sublimé. (On ne put savoir si le poison était en poudre, ou en solution, si c’était un empoisonnement volontaire ou accidentel.) Aussitôt il essaya de rejeter le poison, et appela du secours. Vingt minutes après l’événement , le médecin vit le malade. La bouche était déjà très tuméfiée, et laissait écouler un liquide filant, semblable à du blanc d’œuf. Il y avait des efforts de vomissement et des vomissements de mucus glaireux. La respiration était gênée , les extrémités froides, le pouls petit et fréquent avec des intermittences. Le malade ne se plaignait que de la bouche; il n’avait de douleur ni à l’estomac, ni ailleurs. Pendant l’administration dn blanc d’œuf les accidents augmentèrent. La respiration devint de plus en plus anxieuse ; il y eut perte de la parole qui n’était plus qu’un bruit rauque. La dyspnée devint si menaçante, et s’accompagna de phénomènes d’asphyxie si effrayants, que le médecin pratiqua la trachéotomie. Cette opération rendit la respiration plus facile, et le gonflement de la bouche allant toujours en augmentant , et ayant pris un volume énorme , on fit sur ces parties des incisions profondes. Une saignée fut pratiquée ; des sangsues furent appliquées , mais tout cela sans succès. La nuit fut très agitée , il survint une diarrhée très abondante et avec évacuation de matières sanglantes. De continuelles lotions de lait et d’eau amenèrent seules quelque adoucissement à la douleur de la bouche , qui était toujours ce dont le malade se plaignait le plus. Le visage et les extrémités étaient froids ; le pouls à peine sensible. Le deuxième jour, on fit encore une application de sangsues , mais sans plus de succès. La faiblesse alla en augmentant, ainsi que la dyspnée, et le malade succomba à quatre heures du matin, trente-huit heures environ après l’empoisonnement.
La membrane muqueuse de la bouche était transformée en une bouillie blanchâtre et diflluentc ; elle manquait même complètement dans quelques points. La partie interne des joues, le pharynx et le larynx étaient bleuâtres, très gonflés et ramollis, et paraissaient revêtus d’une couche blanche. L’œsophage offrait le même aspect. La trachée, au contraire, semblait légèrement enflammée et remplie dans sa moitié supérieure
d’une mousse sanguine. La membrane muqueuse de l’estomac était enflammée et même gangrenée dans quelques points. L’intestin grêle était remarquable par la rougeur de toutes scs membranes et par la présence d’une couche membraniforme d’un rouge foncé , due à une exsudation sanguine. Il n’existait point de perforation. (Lowenhardt, Medizinische Zeitung von Preussen , 1839 , numéro 7.)
Observation 14e.— Une femme de trente-deux ans, mère de deux enfants, était affectée d’une maladie syphilitique pour laquelle on la traitait par la méthode de Dzondi (30 centigrammes de sublimé pour 120 pilules et un gargarisme contenant 25 centigrammes de sublimé et 1 gramme de laudanum). Le médecin fut appelé en toute bâte près de la malade. Il la trouva pâle et les traits bouleversés. La face et les mains étaient froides, la langue blanche et sèche, le ventre distendu et douloureux , la soif intense. Il y avait des vomissements et des selles répétés; le pouls était fréquent et presque tremblant. La malade dit avoir pris dans un temps très court deux doses des médicaments indiqués (piiules et gargarismes), équivalant à 1 gramme 20 centigrammes de sublimé.
Le médecin prescrivit des sangsues , de l’albumine , etc., mais sans résultat. La malade succomba le lendemain au milieu d’inexprimables douleurs.
L’autopsie ne fut pas faite (Lowenhardt, Medizinische Zeitung von Preussen, 1839, numéro 7.)
Observation 15e. — Un négociant de Nantes vint à Paris pour se faire traiter d’une tumeur à la partie moyenne et postérieure de la jambe gauche, du volume de deux poings, adhérente aux muscles, et dont le caractère était carcinomateux.
Un particulier promit la guérison de ce mal par l’application d’un caustique : le remède fut appliqué, il lit une escarre. Déjà le malade se disait soulagé; il sentait sa jambe plus légère, et croyait la remuer avec plus de facilité qu’auparavant. L’empirique emporta une partie de l’escarre au premier pansement , avee des chairs fongueuses qui s’étaient élevées en forme de champignons sur le pourtour de la partie cautérisée, et il saupoudra toute la surface découverte avec du sublimé corrosif. La végétation si prompte des chairs me fit mal augurer de l’état des choses, et mes idées, contraires à l’opinion des autres, ne furent malheureusement que trop justifiées dès le lendemain matin; car le domestique qui vint au lit de son maître, pour lui faire prendre un bouiHou, le trouva mort (Pibrac.)
Observation 16e. — Une jeune demoiselle, âgée de huit ans, avait deux loupes , l’une à la nuque et l’autre à la partie supérieure de l’occipital. On en fit l’ouverture par l’application de l’esprit de nitre. Après l’évacuation de l’humeur qu’elles contenaient, et qui ressemblait à du suif, on se servit du sublimé corrosif pour consumer le fond du kyste. On en réitéra l’usage, et la jeune malade éprouva un sort plus cruel encore que le sujet de l’observation précédente : elle mourut le cinquième jour dans les mouvements convulsifs les plus terribles (Pibrac.)
nu SUBLIMÉ CORBOSlr.
heures elles étaient intolérables. Il se manifesta à la fois une
ln nAmiccpmpnt mil fllt DOl'lC
de quatre heures cl
plongeai mes mains à plusieurs reprises dans une dissolution très concentrée de sublimé corrosif pour en retirer des pièces d’anatomie ; j oubliai de laver mes mains et je me livrai à d’autres occupations Je me couchai sur les onze heures , n’éprouvant aucune incommodité. Vers une heure du matin , je fus réveillé par des douleurs très vives que je ressentais à l’épigastre; ces douleurs s’accrurent très rapidement et devin rent déchirantes. La flexion du tronc les soulageait un peu. Elles se faisaient sentir spécialement dans la région de l’estomac et semblaient de la s’étendre à tout le diaphragme ; le ventre était un peu déprimé et la pression douloureuse dans la région épigastrique. J’éprouvais un sentiment de constriction dans toute la poitrine. Ma respiration était costale, gênée, inégale; mon pouls petit, concentré, irrégulier; ma bouche sèche , et j’éprouvais une soif assez vive ; une sueur abondante me couvrait le fi ont, les tempes, la poitrine et les mains, et je ressentais dans ces parties un froid très incommode. Il y avait à peu près une demi heure que j étais dans cet état , lorsque plusieurs éructations se déclarèrent. Des nausées survinrent; mais je fis d’inutiles efforts pour vomir : alors seulement je soupçonnai le sublimé d’être la cause de tous ces accidents. Je portai mes doigts à ma bouche, et je m’aperçus à leur âcreté que j’avais oublié de me laver les mains, ce que je m’empressai de faire sur-le-champ, je bus en grande abondance de l’eau sucrée, et je parvins à vomir sur les deux heures, c’est-à-dire une heure après mon réveil. Les vomissements furent d’abord très violents et se succédèrent avec beaucoup de rapidité. La matière des vomissements était glaireuse, épaisse, et avait une saveur métallique extrêmement âcre, qui me causait une constriction pénible à la gorge. La région épigastrique était très sensible au toucher, et la moindre pression m’occasionnait les plus vives douleurs. Les vomissements s’arrêtèrent vers les quatre heures et demie du malin. Je ressentis alors quelques coliques dans la région ombilicale, et j’eus trois selles très fluides et accompagnées de ténesme ; je m’endormis sur les cinq heures du matin et je me réveillai sur les huit heures avec la bouche sèche et la peau couverte de sueur; mais je n’éprouvais plus le sentiment de froid
(1) Mémoires de l’Académie de Chiritryie, tom. iv, p. I5i et suivantes.
au front , à l’estomac et aux mains : les envies de vomir avaient dismn. • mais la région épigastrique était restée très douloureuse. Je ne pris dans a journée que six bouillons et trois crèmes de riz; le lendemain je pus vaquer à mes occupations : cependant je conservai encore pendan huit jours un sentiment de gène dans la région épigastrique. (J Uo
Ouservation 19°. - Plenck parle d’une dame qui périt misérablement pour avoir appliqué sur son corps un emplâtre où entrait I Smé corrosif Les symptômes qui précédèrent la mort furent de grandes doukurs , des convulsions , l’enflure de la gorge et la salivation
Observation 20°. - La tête d’une petite iille, qu’on avait graissée avec une pommade dans laquelle il y avait du sublimé corrosif pou,' tuer les poux, devint tel ement enflée, qu’on craignait pour sa vie Elle k se!
courue par une lotion faite avec la lessive des cendres ; les cheveux lui tombèrent , et elle guérit (1). evtux lui
Observation 21°. -Un empirique appliqua du sublimé corrosif sur une petite dureté qu une dame avait à la cuisse ; le poison produisit une escaire très épaisse , des douleurs violentes et une tumeur inflammatoire du volume du poing, outre des angoisses, des faiblesses et des convulsions effrayantes. Ces symptômes furent suivis d’une salivation immo-
^neZejom-sC°(?)P 10U ^ ^ aCddenlS emporta la Iualade «
Observation 22°. - M ***, tourmenté par des morpions, fit usage poui s en debarrasser d’une pommade faite avec du calomel et du cérat oïdinaire Ce moyen lui réussit parfaitement bien; mais au boni de quelque temps, ses hôtes incommodes reparurent plus nombreux qu auparavant. Force lui fut de recourir de nouveau aï moyen qui lai avait déjà îéussi ; mais au heu de calomel , on lui remit par erreur du sublimé corrosif. Il mêla 25 centigrammes de ce sel réduit en poudre très me avec un peu de beurre salé , et fit avec ce mélange des frictions sur toute la partie inférieure de l’abdomen , sur la verge , le gland excepté , sur le scrotum et sur le périnée. Au bout de deux heures environ, il ressentit dans toutes ces parties de violentes douleurs; la peau s’enflamma îcs lentement , et il se forma dans plusieurs points de petites vésicules remplies de sérosité ; des applications d’eau froide et de farine apaisèrent les douleurs, et le lendemain il ne restait plus qu’un sentiment de fourmillement. L’épiderme de toutes les parties enflammées se détacha en larges plaques, et il n’éprouva pas d’autre accident ; mais sept jours apres avoir fait les frictions, en frottant un anneau d’or qu’il portait à t un des doigts avec un doigt de l’autre main, il fut tout étonné de le von aucliir, et, en continuant le frottement, l’anneau devint bientôt
17SÙ Pl,ENCK’ Toxico!o9ia Mtfcurius sublimants corrosivus, p. 2G3. Piétina, 1738^ DliG*'l£lil mc(iica> lie Dytenteria biliosd. coniagiosd, p. 250, aimé#
DU SUBLIMÉ CORROSIF
tout blanc comme s’il eût été argenté. 11 lit part de ce fait à un médecin de scs amis qui répéta l’expérience avec trois pièces d’or, qui en peu de temps furent couvertes d’une couche de mercure. Le lendemain matin , la même chose eut lieu en frottant un petit lorgnon et plusieurs objets d’or sur la face interne du bras; on examina la bouche avec beaucoup d’attention , et on 11e put y découvrir la moindre trace de ptyalisme, de rougeur ou d’engorgement ; la santé était excellente ; M* * ne s était pas exposé au froid , et son régime avait été des plus simples et des plus modérés. Des faits de ce genre sont assez nombreux. On a observé des phénomènes semblables chez des personnes qui avaient fait usage de mercure à l’intérieur et à l’extérieur; mais ce qui parait incompréhensible, c’est la petite quantité de sel mercuriel qu’il a fallu pour amener ce résultat. (The London medical and physical journal , mai 1831. )
Observation 23e. — Un ouvrier, âgé de vingt-quatre ans, fut pris, à la suite d’une affection vénérienne mal soignée , de douleurs à la gorge ; la déglutition devint gênée ; la voix rauque , faible , finit par s’éteindre tout-à-fait. Le voile du palais et la luette étaient ulcérés, et les amygdales gonflées. On lui fit respirer des fumigations de bi-chlorure de mercure à l’aide de l’appareil de M. Richard. Après les premières fumigations , il ressentit quelques picotements au larynx et un sentiment de sécheresse à la gorge. Il les continua néanmoins. Ce fut quarante-huit heures après la première fumigation que survinrent la dyspnée et tous les accidents qui signalèrent l’existence de l’oedème de la glotte. (Voy. Archives générales de médecine, tome 27, page 5Û5.)
Symptômes de l'empoisonnement par le sublimé eorrosif.
Les symptômes produits par une forte dose de sublimé corrosif peuvent être réduits aux suivants : saveur âcre , styptique , métallique , insupportable ; sentiment de resserrement et de chaleur brûlante à la gorge qui ne tarde pas h être le siège d’une inflammation vive qui peut être suivie de 4a mort, .alors même que le sublimé n’est pas.arrivé jusqu’il l’estomac (voy. obs. 8e, p. 520); anxiété, douleurs déchirantes dans la bouche , le pharynx, l’œsophage, et surtout dans l’estomac et les intestins ; nausées , vomissements de matières filantes diversement colorées, mais souvent mêlées de stries de sang ou d’une assez grande quantité de ce fluide; diarrhée , quelquefois dysenterie : ces évacuations par haut et par bas sont en général plus fréquentes que dans les autres empoisonnements par les préparations métalliques. A cette première période en succède une autre pendant laquelle les mêmes symptômes persistent ; tandis que les malades sont plongés dans un grand abattement ; les battements du cœur sont profonds et lents, et tendent de plus en plus à s’affaiblir ; le pouls est petit, filiforme, serré et fréquent ; la respiration est singulièrement ralentie , la peau est froide
el couverte de sueur , et les membres dans un grand état de relâchement. Bientôt apiès 1 abattement devient extrême; il survient des syncopes, une insensibilité générale, qui commence presque toujours par les pieds, et qui est telle que l’on peut pincer la peau des membres sans que les malades s’en aperçoivent ; quelquefois il se manifeste des convulsions; le corps continue à être couvert d’une sueur glaciale, et la mort ne tarde pas à arriver. Dans la plupart des cas, la sécrétion urinaire est diminuée et quelquefois même supprimée pendant plusieurs jours et jusqu’au moment de la mort. Il est des cas cependant , suivant la dose de sublimé ingéré et l’état de dilution dans lequel il a été pris , où les malades urinent , surtout lorsqu’on leur administre d’abondantes boissons aqueuses. On a vu également une érection douloureuse du pénis. En général , les facultés intellectuelles conservent leur intégrité jusqu’au dernier moment.
L’usage imprudent et continué d’une petite dose de sublimé corrosif pris à l’intérieur ou appliqué à l’extérieur ( 2 ou 3 centigrammes, par exemple) produit des coliques, des vomissements; les glandes salivaires s’enflamment et deviennent très douloureuses ; la salive, sécrétée en plus grande quantité , est âcre , corrosive et d’une odeur infecte ; la langue et les gencives se tuméfient et offrent des ulcères rongeants très douloureux ; les dents commencent à noircir, à vaciller ; elles tombent, et leur chute est souvent suivie de celle des os palatins ou maxillaires; l’haleine est fétide; la face et toute la tête deviennent enflées, ce qui rend la déglutition et la respiration difficiles; la voix s’éteint ou devient semblable à un mugissement. La cardialgie, la dyspepsie, la diarrhée, la dysenterie, diverses inflammations, la dyspnée, l’hémoptysie, la toux, une bronchite chronique, la phthisie pulmonaire , des douleurs très violentes dans les muscles , dans les tendons ou dans les articulations , des tremblements des membres , la paralysie, le tétanos, la fièvre lente, le marasme et la mort, peuvent être la suite du mauvais emploi de ce corps. Je suis loin de prétendre que ces symptômes se manifestent tous chez un même individu , car on peut n’en observer qu’un certain nombre à des époques différentes de l’empoisonnement.
Lésions de tissu produites par le sublimé corrosif.
Le sublimé corrosif détermine une inflammation plus ou moins intense des parties qu’il a touchées; lorsqu’il a été introduit dans l’estomac, on découvre une rougeur plus ou moins foncée de la luette, des piliers du voile du palais, de l’épiglotte; les cartilages du larynx , la trachée, et jusqu’aux dernières ramifications des bronches, sont
Dl' SUBLIMÉ CORROSIF. a2ü
injectés ou enflammés; ordinairement l’œsophage est blanchâtre, quelquefois cependant il est profondément altéré par quelques particules de sublimé solide qui l’ont touché pendant un certain temps ; l’estomac plus ou moins contracté est fortement enflammé dans son intérieur , d’un rouge brique , avec des ecchymoses çà et là , notamment sur les replis de la membrane muqueuse et avec des érosions plus ou moins multipliées ; tous les vaisseaux sontfortement injectés et paraissent noirs. Il arrive quelquefois que , dans cet empoisonnement , les tissus sur lesquels le sublimé corrosif a été appliqué sont d’une couleur grise blanchâtre, même du vivant, de l’individu ; en général, les intestins sont peu altérés , si ce n’est le rectum , qui est ordinairement enflammé. On voit des ecchymoses nombreuses , noirâtres , dans les épiploons. Le cœur peut également être le siège d’une lésion remarquable; ses cavités offrent une ou plusieurs taches rougeâtres ou noirâtres (voy. expérience 16% p. 510). Le cerveau a quelquefois été trouvé gorgé de sang.
Les diverses altérations de tissu qui résultent de l’action des poisons sont-elles assez bien connues, ou présentent-elles des caractères assez tranchés pour qu’on puisse reconnaître à leur inspection la substance vénéneuse qui les a produites ?
Sallin , dans son Mémoire sur la recherche des traces d’empoisonnement sur le corps de Lamotte fils, soixante-sept jours après avoir été déposé dans la terre , se prononce pour l'affirmative , et dit que cet individu a été empoisonné par le sublimé corrosif. Il compare les lésions qu’auraient dû produire l’arsenic, les renoncules, la mandragore, l’opium, la belladone, la ciguë, les acides minéraux, etc., avec celles qu’offre le cadavre qui fait le sujet de ses investigations; et ne pouvant attribuer ces lésions à aucun des poisons énumérés, il arrive ainsi , par voie d’exclusion , à conclure que c’est le sublimé corrosif qui a été employé. « Ce sel , dit-il , ne produit jamais la perforation » du tube digestif, et il ne porte jamais son action sur la bouche ni sur » l’œsophage; il détruit, brûle et détache la membrane muqueuse de » l’estomac sans altérer la musculaire; il étend ses traces jusqu’auprès » du cæcum, et il n’existe aucune éruption à la peau (1). »
(1) Nous n’avons observé à l’extérieur du cadavre de Lamotte, dit Sallin, ni plaies, ni fractures , ni contusions , seulement un commencement de putréfaction de l’épiderme, du corps papillaire et muqueux de la face, du cou, cl du haut de la poitrine et des épaules. Après avoir fait l’ouverture , nous avons trouvé l’estomac excessivement distendu; à l’extérieur, ses membranes enflammées légèrement et par place, mais décidément vers le pylore et le duodénum ; les intestins grêles très distendus, les gros intestins dans leur état naturel.
» Apres avoir enlevé l’estomac, nous ayons trouvé la rate gorgée de sang, et
DES POISONS 1 MUTANTS.
L’nsserlion do Salliu n’est pas admissible. Des expériences faites sur les animaux cl une foule d’observations d’empoisonnement recueillies avec soin prouvent d’une manière incontestable : 1° que l’inflammation générale du canal digestif peut être produite par tous les poisons irritants ; 2° qu’il existe un bon nombre de substances vénéneuses de cette classe qui ne déterminent jamais la perforation de ce canal; 3U que la membrane muqueuse de l’estomac peut être détachée par plusieurs de ces poisons ; h° que le sublimé corrosif n’est pas le seul poison corrosif qui n’excite aucune éruption à la peau ; 5° enfin que les plaques gangréneuses des téguments peuvent également appartenir h tous les poisons qui agissent avec une très grande activité.
Conclusions. — 1° Le bichlorure de mercure est un des poisons irritants les plus énergiques du règne inorganique.
2° Il détermine la mort en très peu de temps, soit qu’on l’injecte dans les veines» soit qu’on l’introduise dans l’estomac, ou qu’on l’applique sur le tissu cellulaire du cou ou de la partie interne de la cuisse. Il est moins actif lorsqu’on le met en contact avec le tissu cellulaire du dos.
3° D’après le docteur Gaspard , il paraît agir spécialement sur les poumons, lorsqu’il est injecté dans les veines, tout en exerçant également une action sur les glandes salivaires et sur la membrane rau-
près du double do son volume ordinaire; le foie aussi très volumineux, gorgé de sang, son parenchyme ayant sa couleur et sa consistance naturelles; les membranes seulement qui recouvrent la partie convexe et la portion du diapragme qui les revêt, gangrenées et sans adhérence ; les poumons gorgés de sang, la base du lobe Inférieur du poumon droit enflammée, adhérente et gangrenée par parties; le cœur flétri, ridé et vide de sang; l’œsophage légèrement phlogosô à la face interne de sa partie inférieure.
• L’estomac ouvert nous y avons trouvé quelques cuillerées d’une matière brune-rougeâtre, de la consistance d’une bouillie très claire; sa membrane veloutée noire par ondes, brûlée, détruite et dissoute, s’enlevant avec le doigt comme une mucosité qui aurait été appliquée sur sa membrane nerveuse, qui , à raison de sa blancheur, nous parut saine pour la plus grande partie ; les membranes du petit cul-de-sac étaient fort enflammées et tachetées de gangrène, et le pylore rétréci.
B Nous ouvrîmes le duodénum et environ deux pieds du jéjunum; nous remarquâmes leur membrane veloutée moins dissoute et détruite que celle de l’estomac, et enduite de cette même substance brune-rougeâtre contenue dans le ventricule, mais plus gluante et tenace. De distance en distance nous fîmes des sections aux intestins jéjunum et ilèum ; nous y avons observé les mêmes phénomènes, mais avec moins d’intensité, et ce, en raison de leur éloignement de l’estomac. Le gros intestin , depuis le cæcum, était plein et enduit de matières fécales, glaireuses cl jaunâtres. Le mésentère, les reins,* la Capsule deGlisson, ont été trouvés à peu près dans leur étal naturel. » [Recueil périodique de la Société de Médecine, tom. vu , p. 33 et suiv.; ou ancien Journal de Médecine, tom. Lin , p. 15.
DU SUBLIMÉ CORROSIF
queuse des intestins. {Journal de Physiologie expérimentale , t. i", 1821.) M. Smith avait pensé, au contraire, qu'il déterminait la mort en agissant sur le cœur sans qu’il y eût aucune lésion primitive du système nerveux et du cerveau. {Dissertation sur l'action et l’usage des caustiques. Paris, 1815. )
h° Appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané ou introduit dans le canal digestif, il est absorbé, transporté dans le torrent de la circulation, et il exerce son action délétère sur le cœur et sur le canal digestif (1). La lésion du premier de ces organes -paraît prouvée par l’inflammation dont il est souvent le siège et par le trouble de la circulation pendant la vie. (Voyez les expériences rapportées aux pages 507 et 509.) L’action de ce poison sur le canal digestif, et en particulier sur la portion de la membrane muqueuse voisine du pylore et sur le rectum, est mise hors de doute par l'inflammation qu’il y détermine (2).
( t ) Je ne partage en aucune manière l’opinion de Dehorne , qui pense que l’application extérieure du sublimé corrosif n’est pas aussi dangereuse qu’on l’a annoncé. Il dit même que les observations consignées dans le Mémoire de Pibrac.et que j’ai citées, ne prouvent rien contre l’innocuité de ce corps; que les rails rapportés par cet auteur sont relatifs à des tumeurs cancéreuses qui ne doivent être excitées par aucune substance stimulante ou caustique; que ce n’est point le remède qu’il faut inculper en ce cas, mais celui qui 1 a appliqué aussi témérairement. ( Exposition raisonnée des différentes méthodes d'administrer le mercure, par Dehorne, p. 12G, année 1775.) Je répondrai à ces remarques : 1 0 que la demoiselle qui fait le sujet de l’observation lG"(p. 524) n étail affectée d’aucune tumeur cancéreuse; elle n’avait que deux loupes, l’une à la nuque, l’autre à la partie supérieure de l’occiput; 2° que les chiens auxquels - on fait une plaie un peu large, que l’on saupoudre avec du sublimé corrosif, meurent, après avoir éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement par le sublimé, notamment l’insensibilité générale dont j’ai parlé.
(2) Absorption du sublimé corrosif. Personne, que je sache, n’avait encore démontré que le sublimé corrosif fût absorbé. Christison n’a pas trouvé de mercure dans le sang ni dans les solides de deux lapins qu’il avait empoisonnés avec du sublimé corrosif. Zeller disait en avoir retiré du sang et de la bile; mais Klaproth et Bergmann cherchèrent en vain du mercure dans une portion du même sang et de la même bile qui leur avait été envoyée par Zeller. Buchner prétendait avoir trouvé du mercure dans la salive, dans l’urine et dans la bile d’animaux qu’il avait tués avec du sublimé. Schubart disait en avoir extrait du sang ; mais Rhodes, Meissner et Scltwergger ont repris ensemble les recherches de ces auteurs, et ne sont pas parvenus à déceler la moindre trace de ce métal. Rhodius Breger, Falvasor, Guidot, Fercclloni, Burgliard, Didier, Haschhlter, etc., prétendaient avoir extrait du mercure de l’urine des syphilitiques. Fallope affirme que chez des malades atteints de salivation, le mercure vient se fixer à la surface de l’or que l’on place dans leur bouche ; d’un autre côté , 51. Colson assure qu’ayant laissé en contact du sang provenant de trois individus dont deux avaient pris du sublimé corrosif à l'intérieur, cl dont l’autre avait fait usage de frictions mercurielles, avec des lames de cuivre , ces lames s’étaient recouvertes de plaques blanches qu’i/ dit être
DKS POISONS IRRITANTS.
M. Brodie a conclu de ses expériences , 1" que le sublimé, dissous tt inli oduit dans 1 estomac, corrode la portion de membrane sur la-
foimées par du mercure. Mais ces assertions ne s'accordent aucunement avec les faits observés depuis par M. Dcvergie. « Une femme de vingt-six ans, dit ce médecin, entre le 23 mars 182G à l'hôpital des Vénériens; le 9 août suivant on la saigne. Deux cent six pilules d’onguent mercuriel , contenant chacune 5 centigrammes de mercure métallique, avaient été prises depuis l’entrée de la malade. Le sang est reçu sur une lige de laiton de G millimètres de diamètre; la même tige reste vingt-quatre heures dans le sang, et après ce temps écoulé, je ne trouve pas d’apparence mercurielle.
” Le même jour, la nommée R., âgée de vingt et un ans, ayant pris soixante-dix pilules analogues aux précédentes, fut saignée pour des symptômes de congestion sanguine au cerveau. L’expérience, répétée comme dans le cas précédent, donne les mêmes résultats.
» Une pièce d’or décapée est laissée pendant vingt-quatre heures dans le sang de ces deux malades : elle ne change pas de couleur.
» Une pièce d’or plongée pendant vingt-quatre heures dans le sang d’un troisième malade qui avait pris cent dix pilules d’onguent mercuriel, ne nous a rourni aucune Lace de mercure. De pareils essais ont été plusieurs fois répétés depuis, et toujours sans succès.
» Un malade étant affecté d’une salivation mercurielle abondante avec tuméfaction des gencives et des joues, je lui fais garder dans la bouche une pièce de vingt francs depuis sept heures du matin jusqu’à sept heures du soir; les infirmiers surveillent le malade. A cette époque la pièce de monnaie fut placée jusqu’au lendemain matin dans la salive rendue pendant la journée : elle n’avait pas changé de couleur. Ainsi se trouve détruit le reproche adressé à Cullerier oncle, alors qu’il niait la coloration en blanc de l’or par la salive des syphilitiques.
» Le sang que nous avons exploré par le cuivre 'après l’avoir traité par le chlore), dans les exemples que nous venons’de rappeler, ne contenait pas un atome de mercure ; il en était de même de la salive et de dix fifres d’urine du j matin recueillie dans une salle d’hommes en traitement par les frictions mercurielles.» ( Mèd . légale, t. III, p. 387.)
On verra ce que je dirai du travail de M. Cantu, à la page 672.
Quelle foi ajouterons-nous à tant d’assertions vaguement énoncées par Gallas, Fallope, Ferncl , Pécronius, qui disent avoir trouvé le mercure dans les os; par Zwinger , Schenkius, Bonnet, etc., qui prétendent avoir vu ce métal dans l’arachnoïde et dans les ventricules du cerveau ; par Fontanus, Khodius, Moulin, Uonorius, Fieiissens, Mead, etc., qui assurent en avoir trouvé tantôt dans les capsules synoviales, tantôt dans la cavité des plèvres, dans les humeurs de l’œil ou dans le tissu cellulaire du périnée? Le professeur Pickel de Wùrtzbourg, au rapport de M. Ilaiudorff, aurait retiré du mercure métallique en distillant le cerveau d’un individu qui avait pris pendant long-temps une préparation mercurielle. M. Duméril, après avoir ouvert ou fait ouvrir sous ses yeux environ deux mille cadavres, a observé huit ou dix fois des globules mercuriels dans diverses parties du corps. Ces divers faits ne pourraient servir à établir l’absorption des préparations mercurielles, qu’autant qu’il serait bien démontré I" que les cadavres qui ont été l’objet des observations Sauraient pas été injectés avec du mercure, dans le but d’étudier ou de préparer les vaisseaux lymphatiques; 2° que lors de leur inhumation ils n’onl pas été
DU SURLlMÉ CORROSIF. 533
quelle il séjourne ; 2° que le cerveau et le cœur sont affectés consécutivement, ce qui explique les convulsions , l’insensibilité, l’état du pouls , et la cessation subite des mouvements du dernier de ces vis-
soumis à l’action de quelque préparation mercurielle employée dans le dessein de les conserver: or des documents précis manquent à cet égard, en sorte que sans nier que ces faits soient de nature à fournir la preuve de l’absorption des composés mercuriels, je pense qu’il y a lieu de se tenir sur scs gardes, et de ne pas accepter légèrement toutes les conséquences que l'on a voulu tirer de la présence du mercure dans les diverses parties mentionnées.
Suivant moi , les exemples d’exhalation du mercure par la peau, dans certains cas où des individus faisaient usage de préparations mercurielles ou bien tenaient une partie de leur corps plongée dans un bain de mercure, ne prouvent pas davantage, d'une manière irrévocable, l’absorption des composés mercuriels, parce qu’il s’en faut de beaucoup qu’ils soient tous authentiques; que plusieurs d’entre eux sont évidemment fabuleux; que ceux qui ont été décrits par des observateurs éclairés et dignes de foi n’ont pas pu être constamment reproduits, et enfin parce que de nos jours on est à peu près certain de ne pouvoir pas les constater quand on répète les expériences. Citons quelques uns des exemples mis en avant: 1° Waller Pope parle d’un homme qui depuis plus de six mois n’avait pas travaillé aux mines de mercure, et qui blanchissait à l’instant même une pièce de cuivre lorsqu’il la frottait entre les doigts. Cet homme, dont le corps aurait été imprégné de mercure, n’éprouvait pourtant, ce qui est inconcevable, qu’une paralysie incomplète, un affaiblissement dans les mouvements, une sorte d’atonie du système nerveux.
2° M. Colson rapporte ( Voyez .Archives générales cle médecine, septembre 1826 ) que M. Duméril ayant plongé une des mains de trois individus pendant quelques instants dans un bain de mercure, vit blanchir, chez l’un d’eux seulement, U boite d’une montre en or qui était tenue dans l’autre main. I.’amalgamc se forma si rapidement, dit M. Colson, qu’il n’est guère possible de concevoir que le mercure ait d’abord été absorbé et ensuite exhalé par la peau.
3° Schclarius raconte, ce qui est vraiment incroyable, qu’un ducat placé dans la bouche d’un homme qui avait le gros orteil dans du mercure, ne tardait pas à blanchir. ( Ephemerid. A'at. Curios. , an. 1 6S4 ; dec. 2 , obs. 1 89 ).
4° On lit dans les Maladies des Artisans, de Ramazzini, ouvrage traduit par Fourcroy, pag.42, un fait rapporté par ce dernier dans lequel il s’agit d’un doreur sur métaux dont les jambes et les cuisses étaient le siège de phlyclèncs qui s’ouvrirent et donnèrent beaucoup de sérosité que l’on recueillit dans des vases au fond desquels il existait une Infinité de globules mercuriels. On n’indique lias quelle était la proportion de sérosité recueillie , ni quel était le volume et le nombre des phlyclèncs ; celle omission est d’autant plus fAcheusc qu’on ne conçoit pas facilement la possibilité de se procurer par ce moyen une quantité un tant soit peu notable de sérosité.
.8° On a souvent annoncé que les bijoux en or de certaines personnes qui subissaient un traitement mercuriel étaient blanchis. Or, ce fait est en opposition avec ce que l’on voit tous les jours, alors même que l’on examine dans les grands hôpitaux des centaines de femmes dont les bijoux conservent leur couleur jaune, pendant l’action prolongée de la médication mercurielle à laquelle elles sont soumises.
53/l DE3 POISONS IRRITANTS.
cèrcs; 3° que les poumons ne sont aucunement intéressés, puisque le sang du côté gauche du cœur conserve sa couleur écarlate; /i° que l’action sur le cœur a lieu sans l’intermède du système nerveux.
Le physiologiste anglais n’hésiste pas à considérer les lésions du cerveau et du cœur comme la cause immédiate de la mort , puisque l’inflammation de l’estomac ne peut pas la produire d’une manière aussi subite; il lui paraît impossible, mais à tort, d’après l’état dans lequel sc trouve la membrane muqueuse gastrique , d’admettre que le poison soit absorbé et porté dans le torrent de la circulation.
Traitement de l’empoisonnement parle sublimé corrosif.
Existe-t-il un contre-poison du sublimé corrosif?
Navier, dans son ouvrage sur les contre-poisons (1) , se prononce pour l’affirmative , et il indique plusieurs substances qu’il regarde comme les contre-poisons de ce corps: par exemple, les alcalis salins et terreux, les sulfures de potassium et de calcium , les teintures martiales alcalines, et les eaux de Spa. J’ai entrepris une série d’expériences dans le dessein de constater l’utilité de tous ces réactifs considérés comme contre-poisons, et j’ai obtenu des résultats qui détruisent l’assertion de Navier. Cette différence tient à la manière dont chacun de nous a envisagé cet objet. Le médecin de Châlons lire ses conclusions de faits purement chimiques ; les miennes découlent d’une multitude d’expériences faites sur les animaux vivants.
Alcalis salins et terreux. — Expérience irc. — Vingt centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau distillée ont été précipités par un excès de potasse carbonatée du commerce.
L’oxyde jaune déposé a été parfaitement lavé et débarrassé du chlorure de potassium; on l’a administré dans une petite quantité d’eau à un chien de moyenne taille. Deux minutes après, vomissements de matière épaisse, jaunâtre, dans laquelle on apercevait une portion de l’oxyde; nul air de souffrance. Dix minutes après, abattement extrême, immobilité; nouveaux vomissements d’une matière blanche, écumeuse, môlée de salive concrète et rendue avec effort ; continuation de ces vomissements pendant une heure , insensibilité générale. Dix-huit heures après, mort précédée d’un tremblement des muscles volontaires.
L’estomac ne contenait qu’une partie de l’oxyde administré, et une très petite quantité de liquide. La membrane muqueuse était enflammée dans toute son étendue, sans présenter des points gangréneux; les intestins et les autres organes étaient sains.
(t) Contre-poisons de l’arsenic, du sublimé corrosif, etc., tom. 1, p. 188, ann.
DU SUBLIMÉ CORROSIF. 535
Expérience ii*. - On a donné à un autre chien une égale quantité de sublimé mêlé avec de la potasse, et les résultats ont été les mêmes.
Expérience m'. - La soude et la chaux se sont comportées comme le sel de tartre. 11 faut donc conclure que les alcalis ne sauraient être es contre-poisons du sublimé, puisque l’oxyde jaune de mercure, à petite dose , agit comme poison , lors même que les animaux en ont
une partie.
Navier, lui-même, ne semblait pas attacher beaucoup d’importance h ces réactifs , car il dit en parlant de l’oxyde de mercure : « Or, ce .» précipité n’est pas entièrement exempt de corrosion. Ainsi le moyen » de corriger l’action vénéneuse du sublimé par les alcalis salins étant ,, insuffisant, il est prudent d’en employer de plus efficaces, s il est
» possible (1). » „ . ...
Sulfures alcalins.— Le sublimé corrosif, dit Navier, sera cnliuc-
ment décomposé par ces sulfures, et transformé en sulfure noir de mercure insoluble.
Expérience iv". - On a donné un gramme 20 centigrammes de sulfure de mercure noir, sec et réduit en poudre fine, à un chien de tail c moyenne : il est mort vingt heures après, sans avoir éprouvé d autres symptômes que des douleurs vives dans l’abdomen et des mouvements convulsifs. Ces symptômes ne se sont manifestés que seize heures apres avoir pris le poison. L’estomac contenait quelques aliments et un peu de sulfure de mercure ; la membrane muqueuse qui fait partie de ce viscère était généralement enflammée.
Expérience v". — Soixante-quinze centigrammes de sublimé corrosif ont été décomposés par du foie de soufre. Le sulfure noir résultant a été parfaitement lavé et administré dans 30 grammes d’eau à un petit chien. Cinq minutes après, agitation, grandes souffrances, mouvements convulsifs. Au bout d’une heure, l’animal n’avait point vomi ; il était calme et n’avait plus de mouvements convulsifs; il est mort deux heures après l’ingestion du poison. Estomac presque vide ; membrane interne tapissée de sulfure noir, fortement enflammée et d’une couleur brunâtre ; mucosités dans les bronches. Cette expérience a été répétée avec 20 centigrammes de sublimé dissous et 2 grammes de sulfure de potassium : les résultats ont été les mêmes. .
Expérience vi*. — Quinze centigrammes de sublimé dissous dans 30 grammes d’eau ont été donnés à un petit chien. Immédiatement après on lui a fait prendre 1 gramme GO centigrammes de sulfure de potassium dissous dans trois verres d’eau : l’animal n’a pas tardé à éprouver les plus vives souffrances ; il a vomi des matières épaisses , d’une couleur noirâtre. Il est mort dix heures après. L’intérieur de l’estomac était fortement enflammé ; la portion de la membrane muqueuse voisine du cardia
(t) Ouvrage cité, t. i", p. 192.
aob des poisons irritants.
et du pylore 'était gangrenée, l’œsophagc peu enflammé, les intestins sains.
Ces expériences ont été faites sur d’autres chiens, en substituant du sulfure de calcium au sulfure de potassium, et les résultats ont été les mômes. Donc ces réactifs ne peuvent pas être des contre-poisons du sublimé.
Teinture martiale alcaline (1). — Expérience vii'. — J’en ai donné 8 grammes étendus dans 90 grammes d’eau à un chien qui venait de prendre 20 centigrammes de sublimé corrosif dissous. L’animal est mort six heures après.
U résulte de ces expériences que les réactifs conseillés par Xavier ne sont d’aucune utilité dans le cas d’empoisonnement par le sublimé corrosif liquide. Us doivent être nécessairement plus inutiles encore si ce poison a été pris à 1 état solide, car la force de cohésion oppose un grand obstacle à l’action chimique qui doit avoir lieu entre le poison et le contre-poison.
Acide suif hydrique. — Expérience vin*. — L’acide sulfhydrique gazeux ou liquide décompose le sublimé corrosif à la manière des sulfures : aussi tous les animaux auxquels je l’ai administré ont péri au bout d’un temps plus ou moins long. On doit donc le rejeter, quoique recommandé par des savants distingués.
Sucre. — Marcelin Duval rapporte qu’après avoir donné h un chien un morceau de lard qui recélait 1 gramme 30 centigrammes de sublimé corrosif, cet animal éprouva des accidents qu’il parvint à apaiser en lui administrant une grande quantité d’eau sucrée (2). J’ai voulu déterminer si cet effet était dû au sucre ou bien au véhicule avec lequel il était uni.
Expérience ix'. — Cinquante centigrammes de sublimé dissous dans 60 grammes d’eau distillée ont été donnés à un chien de moyenne taille. On lui a fait manger sur-le-champ 90 grammes de sucre blanc pulvérisé ; deux minutes après il a vomi une très grande quantité de matières alimentaires; il a éprouvé des douleurs très vives; il s’est beaucoup agité, et il a expiré au bout de deux heures. L’estomac était enflammé.
Expérience x'. — On a donné à un lapin 30 grammes de sucre pulvérisé ; immédiatement après on lui a fait prendre 10 centigrammes de sublimé dissous dans 30 grammes d’eau ; on lui a de nouveau donné 30 grammes de sucre : il est mort au bout de quatorze minutes. Ces faits prouvent évidemment que le sucre n’agit pas comme, contre-poison du sublimé, et que les bons effets qu’on obtient de l’eau sucrée dépendent
(1) Cette teinture se prépare avec du borax, de l’eau, de la crème de tartre et du sulfate de fer. Navieb, p. 10G.
(2) Ouvrage cité, p. 38.
DU SUBLIMÉ connosiF. 531
de l’énorme quantité de liquide qu’elle contient. C’est ce qui sera mis hors de doute par l’expérience suivante.
Expérience xi'. — On a fait boire à un chien environ ‘250 grammes d’eau; deux minutes après on lui a administré 50 centigrammes de sublimédissous dans 180 grammes de ce même liquide. L’animal a beaucoup vomi. On a continué à lui donner de l’eau lors môme qu’il ne vomissait plus : au bout de vingt-quatre heures il était parfaitement rétabli.
Quinquina. — M. Chansarel a annoncé qu’il avait fait prendre 50 centigrammes de sublimé corrosif h un chien, et que l’animal avait été guéri par une infusion de quinquina calissava. L’auteur a conclu de ce fait que le quinquina était le contre-poison du sublimé (1).
Expérience xti'. — L’œsophage d’un chien de moyenne taille a été détaché des parties environnantes et percé d’une petite ouverture par laquelle on a injecté dans son estomac 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau. Une minute après on a introduit dans ce viscère 210 grammes d’une infusion chargée de quinquina calissaya, et on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture pour empêcher le vomissement. L’animal n’a pas tardé à faire de grands efforts pour vomir; il s’est couché, et il est resté dans une immobilité complète; une heure après il a eu une selle presque liquide, et il est mort au bout de cinq heures.
L’inflammation de la membrane muqueuse de l’estomac était des plus intenses vers la portion cardiaque et dans tout le fond de ce viscère ; elle était d’un rouge noir, extrêmement durcie et fortement adhérente au plan musculaire; celle qui revêt la portion pylorique était très rouge, mais beaucoup moins enflammée.
Il y avait dans ce viscère une portion du liquide injecté et une très grande quantité de mucosités gluantes.
Expérience xiii'. — La même dose de sublimé a été injectée par le même procédé dans l’estomac d’un autre chien très fort ; immédiatement après on lui a administré 2A0 grammes d’infusion très chargée de quinquina gris. L’animal est mort au bout de cinq heures, et on a trouvé, à peu de chose près, les mêmes altérations que celles dont je viens de parler.
Ces expériences prouvent que l’infusion (le quinquina n’est d’aucune utilité comme contre-poison du sublimé.
Mercure — On trouve dans une ancienne épigramme d’Ausonius qu’une femme donna h son mari du mercure métallique dans le dessein d’accroître l’énergie d’un certain poison qu’elle venait de lui faire
(1) CüANs.uu-x, Observations sur diverses substances vénéneuses, p. 47. Bordeaux, lô07.
avaler. Loin de produire cet effet, le mercure rétablit entièrement la santé de l’individu empoisonné.
Le célèbre Goethe demande au professeur Doebereincr d’Iéna quel était le poison qui avait été pris. Ce savant pense que c’était le sublimé corrosif, puisque, de tous les poisons connus, c’est le seul dont l’action puisse être affaiblie par le mercure.
Il m’a semblé utile de tenter quelques expériences pour éclaircir ce fait.
Expérience xiv°. — Quatre grammes de mercure métallique ont été donnés à un lapin ; immédiatement après on lui a fait prendre 15 centigrammes de sublimé dissous dans 60 grammes d’eau : il a éprouvé un tremblement général , et il est mort treize minutes après.
Expérience xv'. — On a fait avaler 50 centigrammes de sublimé liquide à un chien très fort; une minute après on lui a administré Zi grammes de mercure métallique et on l’a muselé. Il a beaucoup souffert , et il est mort au bout d’un quart d’heure. L’estomac n’offrait aucune trace d’inflammation; il contenait environ 60 grammes de liquide, très peu de matière solide, et du mercure métallique terni par une légère couche de protochlorure de mercure. Le liquide contenait une partie du sublimé non décomposé.
On voit par cette expérience , 1° qu’une portion de sublimé corrosif a été décomposée par le mercure métallique qui l’a transformé en prolochlorure ; 2° qu’une autre portion n’a pas été décomposée et a exercé son action vénéneuse ; 3" qu’il est impossible que la totalité du poison puisse être décomposée , parce que le métal très lourd occupe le fond de l’estomac et ne se trouve pas en contact avec le liquide, et parce qu’il cesse d’exercer son action dès qu’il est enveloppé par la première couche de protochlorure ; 5° enfin que le mercure ne doit pas être considéré comme le contre-poison du sublimé.
Limaille de fer et poudre d'or. — On lit dans le n° de mars 1852 , du Journal de Pharmacie , que le docteur Buckler, à la suite d’expériences sur les animaux, a proposé comme contre-poison du sublimé corrosif , la limaille de fer et la poudre d’or, qui revivifient le mercure à l’état métallique et le précipitent à l’état d’amalgame. Pour que la réaction se fasse bien , les deux métaux doivent être enveloppés par un liquide; pour cela, il faut que ceux-ci soient assez divisés pour rester pendant quelque temps en suspension dans les lluides de l’estomac. On peut se procurer facilement de l’or en poudre fine , mais il est plus difficile d’avoir de la poudre de fer impalpable. Le docteur Buckler propose de réduire de l’acier en limaille au moyen d’une lime très fine, et pour obvier h ce qui lui manque de finesse, il conseille de le tenir en suspension avec un peu de mucilage. Mais celui-ci
DU SUBLIMÉ CORROSIF. 589
épaissit les liquides, ce qui est déjà un inconvénient, et en outre, si le fer ne reste pas mêlé à l’or , il agit pour former du calomel nui se réduit plus difficilement que le sublimé. Le docteui Bucklci Lait mélanger l’or et le fer à parties égales. Il conseille d admiinslrei 2 grammes 20 centigrammes de chacun de ces métaux; si le m les rejette, il en faut de suite administrer une autre dose pareille. M. Barry conseille de faire le mélange des deux métaux d avance (en le conservant dans un peu d’eau de chaux pour préserver le fer de l’oxydation); on l’acidule légèrement et on l’administre. Suivant lui les particules de fer doivent être dans un état de division tel qu elles puissent rester en suspension pendant une ou deux minutes dans le
1 V. John Barry rapporte que, pour constater la valeur du procédé, il fit dissoudre 50 centigrammes de sublimé corrosif dans 200 grammes d’eau tiède. Après avoir ajouté six gouttes d’acide sulfurique dilué à la mixture d’or et de fer, il le mélangea au poison et jeta e tout sur un filtre. Les premières gouttes qui passèrent , et cela une minute après que le mélange avait été fait , ne contenaient plus du tout de mercure.
Expérience xvi*. — Les essais que j’ai tentés sont loin de justifici 1 assertion du docteur Bucklcr. Les chiens auxquels j’ai administré d’abord k grammes du mélange d’or et d’acier réduit en poudre impalpable et suspendus dans 60 grammes d’eau légèrement acidulée , et qui ont pris immédiatement après 50 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau distillée , sont tous morts au bout de quinze , dix-huit ou vingt heures, après avoir fait de violents efforts pour vomir et avon horriblement souffert. L’œsophage de tous ces animaux avait été lié. A l'ouverture des cadavres on trouvait çà et là sur la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins des particules d’or et de fer séparées les unes des autres ; l'inflammation du premier de ces viscères était des plus graves; non seulement il était d’un rouge cerise dans toute son étendue, mais on voyait encore à l’intérieur de nombreuses ecchymoses et une extravasation sanguine abondante.
Ces faits suffisent et au-delà pour qu’on n accorde aucune confiance au contre-poison proposé par le docteur Bucklcr.
Expérience xvii”. — Bouillon. — Le bouillon ne décompose pas le sublimé corrosif avec assez d’énergie pour qu’on puisse le considéiei comme contre-poison : cependant les chiens auxquels] ai donné 50 à 60 centigrammes de sublimé, et qui ont pris 150 à 180 grammes de bouillon, ont vécu plus long-temps que ceux qui avalaient le poison seul.
Albumine. — La facilité avec laquelle l’albumine se combine avec
le sublimé corrosif, la nature du précipité qui résulte de cette décomposition (page 562) , précipité qui me paraissaitdevoir être peu nuisible enfin, le désir de trouver un contre-poison parmi les substances d’un emploi fréquent et à la portée de tout le monde, sont autant de considérations qui m’ont porté à examiner si le blanc d’œuf ne serait nas l’antidote de ce corps. 1 '
Expérience xviii'. — Trois grammes 3 décigrammes du précipité obtenu au moyen de l’albumine dans une dissolution de sublimé corrosif ont été donnés en poudre à un chien de taille moyenne : il n’a éprouvé aucune souffrance. La même quantité de ce précipité parfaitement lavé et en gelée a été donnée à un lapin : il n’en est résulté aucune incommodité apparente. Une autre chien faible, et qui avait déjà avalé quelques jours auparavant une petite dose de sublimé, a pris 3 grammes 3 décigrammes de ce même précipité à l’état de gelée ; il a vomi deux fois des matières blanchâtres sans éprouver la moindre souffrance, et il a été parfaitement rétabli.
Expérience xix'. Cinq grammes de ce précipité en gelée , parfaitement lavé, ont été écrasés dans une dissolution d’albumine (6 blancs d œuf délayés dans 500 grammes d’eau) ; au bout de trente-six heures, et après avoir agité plusieurs fois, on s’est assuré par les réactifs que le précipité était en partie dissous dans l’aibumine ; l’autre portion était suspendue dans le liquide. On a introduit le mélange dans l’estomac d’un chien robuste et de moyenne taille qui n’avait rien avalé depuis vingtquatre heures, et on a lié l’œsophage. Au bout de dix minutes, l’animal a fait des efforts pour vomir; il a éprouvé des douleurs abdominales , et n’a pas tardé à rendre par l’anus des matières fécales mêlées d’une partie du mélange employé : ces symptômes se sont renouvelés plusieurs fois dans les quatre heures qui ont suivi l’empoisonnement, et ils n’ont cessé que pour faire place à un abattement, léger d’abord, qui a duré pendant vingt-huit heures, c’est-à-dire jusqu’au moment de la mort.
Ouverture du cadavre. — L’estomac, très contracté sur lui-même, contenait 30 grammes environ d’un liquide brunâtre, résultant sans doute de celui qui y avait été ingéré, et qui se trouvait coloré par la bile : ce même liquide, mêlé à des mucosités de la même couleur, remplissait une partie des intestins grêles. La membrane muqueuse de l’estomac présentait ça et là, dans le grand cul-de-sal , des taches ponctuées d’un violet assez foncé, qui étaient rapprochées dans quelques endroits; on voyait la même altération dans le gros intestin. Les poumons étaient sains et crépitants. La membrane interne qui revêt les colonnes charnues du ventricule gauche du cœur était soulevée dans une grande étendue par de petits amas de sang qui formaient au-dessous d’elle des ecchymoses d’un rouge violet; en incisant les parois de cet organe dans les points correspondants, on voyait que les épanchements sanguins avaient également lieu entre les fibres charnues les plus superficielles. 11 est évident que dans cette expérience Je mélange n’a agi comme poison que
DU SUBLIMÉ CORROSIF. Wl
nar la porlion qui (liait dissoute dans l’albumine , car nous venons de voir (expérience 18' p. 5Ù0) que la partie qui n’était que suspendue n’exerce aucune action : toujours est-il que les effets de la portion active ont été beaucoup moins intenses que ceux d’une même dose de sublime corrosif puisque celle-ci aurait tué l’animal dans l’espace d’une ou de deux’lieures, et qu’elle aurait produit des désordres beaucoup plus graves dans le canal digestif.
Je dirai à cette occasion que l’on a singulièrement exagéré les inconvénients qui peuvent résulter de la dissolution du précipité albuminoso-mercurie.l dans l’albumine; il semblerait à entendre certaines personnes que ce précipité se dissout dans l’albumine , aussi facilement que le sucre dans l’eau. Il n’en est rien : que l’on agite pendant quelque temps une petite proportion de ce précipité dans beaucoup d’albumine et l’on s’assurera qu’il faut une grande quantité de cette matière animale pour dissoudre une petite proportion de précipité.
Expérience xxc. — On a délayé six blancs d’oeufs dans 120 grammes d’eau; le liquide résultant a été fdlré et mêlé avec 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau : aussitôt l’action du sublimé sur le blanc d’oeuf a eu lieu, et l’on s’est assuré que tout le poison avait été combiné avec l’albumine contenue dans les six blancs d’œuf. On a injecté le mélange dans l’estomac d’un chien de moyenne taille , et on a empêché le vomissement au moyen delà ligature de l’œsophage; l’animal a fait de grands efforts pour vomir, et il a paru incommodé ; une heure après , il a eu une selle presque liquide. Au bout de vingtquatre heures , il était abattu , triste ; il avait une soif ardente , et le pouls donnait 120 pulsations par minute. On lui a détaché la ligature de l’œsopliage , qui était beaucoup trop serrée ; il a bu une très grande quantité d’eau. Le lendemain , il était à peu près dans le même état , et il est mort trois jours après l’injection.
L’estomac et le canal intestinal étaient parfaitement sains ; ils ne présentaient aucune trace d’inflammation ; l’œsophage était fortement enflammé, presque gangrené dans l’étendue de 2 centimètres, près de l’endroit où la ligature avait été faite ; il était presque coupé là où le fil avait été appliqué.
Expérience xxi'. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien très faible ; on a introduit dans son estomac 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans Zi5 grammes d’eau distillée ; immédiatement après , on lui a fait prendre 8 blancs cl’œufs délayés dans un litre d’eau : il est mort au commencement du quatrième jour sans avoir poussé le moindre cri plaintif. Quelques heures avant d’expirer, il était abattu , se tenait couché sur le ventre , et paraissait souffrir un peu. L’estomac n’offrait aucune trace d’inflammation; la membrane interne présentait seulement quelques plaques roses, couleur naturelle à la membrane muqueuse de l’estomac de ces animaux , et que l’on remarque
UES POISONS JIUUTANTS.
chez ceux qui n’ont pas avalé de substance vénéneuse. Les intestins n’étaient le siège d’aucune altération. La plaie de l’oesophage était fétide noire et connue gangrenée.
Expérience xxii0.— On a introduit dans l’estomac d’un petit chien, à l’aide d’une sonde de gomme élastique , 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau; au bout de huit minutes, il avait eu trois vomissements de matières épaisses, violacées et peu abondantes. On lui a injecté 8 blancs d’œufs délayés dans 60 grammes d’eau ; il en a vomi une partie sur-le-champ ; quelques instants après, il a vomi de nouveau, et les matières rejetées étaient blanches, troubles, et ressemblaient entièrement au précipité d’albumine et de sublimé corrosif. Cinq jours après, l’animal , qui avait peu souffert, était très bien portant.
Expérience xxiiic. — A onze heures dix minutes, on fit avaler à un petit chien très faible 45 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau distillée : l’animal souffrit beaucoup, et tomba dans un abattement tel , que tous les élèves qui étaient présents à cette opération crurent qu’il était mort. Un quart d’heure après, revenu à lui-mème, il vomit pour la première fois des matières blanchâtres peu abondantes. On lui administra sur-le-champ de l’eau dans laquelle on avait délayé de l’albumine : il la vomit au bout de cinq minutes. A onze heures quarante minutes, on lui fit prendre de nouveau de l’eau albumineuse qui ne fut point rejetée; on en donna encore quatorze minutes après, et il ne la rendit point. On peut évaluer la quantité de boisson qu’il avala à 436 grammes d’eau contenant l’albumine de 7 à 8 blancs d’œufs. Le soir, il paraissait fatigué et un peu abattu. Le lendemain, il mangea avec appétit, et il se portait à merveille vingt jours après l’expérience.
Plusieurs teutatives que j’ai faites sur d’autres animaux placés dans les mêmes circonstances que celui dont je viens de parler, n’ont pas été aussi heureuses; il arrive souvent qu’ils meurent quand on leur donne l’albumine plusieurs minutes après leur avoir fait avaler le sublimé : presque toujours cela tient à l’impossibilité dans laquelle on est de la leur faire prendre aussitôt qu’ils commencent à ressentir les douleurs du caustique ; et lors même qu’on est parvenu , à l’aide de sondes , à en introduire dans leur estomac une certaine quantité , ils s’efforcent à la rejeter avant qu’elle ait eu le temps de se combiner avec le poison. Mais, je le répète , on ne saurait tirer de conclusion rigoureuse ni en faveur ni contre les réactifs chimiques proposés comme contre-poisons, qu’autantque l’œsophage des animaux a été lié: aussi regarderai-je les expériences 22e et 23e comme étant de peu de valeur.
Expérience xxivc. — Soixante centigrammes de sublimé dissous dans 60 grammes d’eau ont été donnés à un chien de taille moyenne; immédiatement après, on lui a injecté 3 blancs d’œufs délayés dans 00 grain-
DU SUBLIMÉ CORROSIF
mes d’eau el on lui a lié l'oesophage pour empêcher le vomissement. L’animal a fait de grands efforts pour vomir; douze heures apres, il est mort avec tous les signes de l’empoisonnement par le sublimé. La membrane muqueuse de son estomac était fortement enflammée surtout vers la portion cardiaque; elle était noirâtre et très dure ; celle qui revêt le duodénum et le pylore était injectée d’une manière extrêmement sen-
Expérience xxvc. — Soixante centigrammes de sublimé corrosif dissous dans l’eau ont été mêlés avec 2 blancs d’œufs délayés dans 120 grammes d’eau1 on a donné le mélange à un chien très fort qu’on a muselé ; des souffrances horribles, des vomissements de matières blanches , épaisses , des selles abondantes et une agitation extrême ont précédé la mort qui est survenue deux heures après.
A l’ouverture on a trouvé l’estomac contenant très peu de matières h- . quides fortement enflammé dans son intérieur et sans aucune trace de gangrène ; la membrane muqueuse intestinale était parfaitement saine.
Expérience xxvie. -Deux lapins, auxquels on a donné 10 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau et mêlés avec un blanc d’œuf délayé , sont morts quatre minutes après avoir pris le breuvage.
11 résulte de ces expériences et de beaucoup d’autres analogues,
1° (tue le précipité d’albumine et de sublimé corrosif peut être pris sans danger h forte dose; 2° qu’il est vénéneux lorsqu’il est dissous dans l’albumine, mais qu’il l’est beaucoup moins que le sublimé corrosif; 3° que lorsqu’on administre du sublimé corrosif mêlé avec une quantité de blanc d’œuf plus considérable que celle qu’il faudrait pour obtenir le précipité , les animaux périssent , si on a empêché le vomissement, ce qui dépend de la dissolution du précipité d’albumine et de sublimé dans l’excès d’albumine : toutefois, l’action de ce mélange est beaucoup moins énergique que celle du sublimé , puisque les animaux tardent beaucoup plus à périr, et qu’après la mort on trouve h peine ou on ne découvre point des traces d’inflammation dans le canal digestif (voy. expér. 20e, p. 541) ; 4° que les chiens qui ont avalé 60 ou 75 centigrammes de sublimé, et auxquels on a laissé la faculté de vomir, périssent rarement lorsqu’on leur fait prendre abondamment du blanc d’œuf délayé dans l’eau, ce qui dépend de la propriété qu’a l’albumine de se combiner avec le sublimé qu’elle trouve dans l’estomac, et de favoriser le vomissement ; en effet, le poison est rejeté à mesure qu’il se combine, et l’on a par conséquent peu à redouter l’action de la portion du précipité qui pourrait être dissous par l’excès d’albumine; 5° que tous les animaux qui ne prennent pas une assez grande quantité de blanc d’œuf meurent au bout de tro s ou quatre heures, lors même qu’ils u ont avalé que GO ccutigi amines
de sublimé, ce qui est d’accord avec ce que j’ai établi ailleurs, savoir que le sublimé corrosif, mêlé avec une quantité moyenne d’albumine donne un liquide dans lequel il y a encore du sublimé, et qui doit par conséquent agir comme poison; 6" enfin , que de toutes les substances proposées jusqu’à ce jour comme antidote du sublimé corrosif, l’albumine, employée en quantité convenable, est la plus utile, quoiqu’elle ne neutralise pas complètement les propriétés vénéneuses de ce poison, parce qu’elle peut être prise impunément, qu’elle forme avec le poison un corps nullement délétère lorsqu’il n’est pas dissous, enfin parce qu’elle est à la portée de tout le monde , et que son application peut être faite immédiatement après l’ingestion du poison.
Jaunes d’œufs (voy. page 561). — J’ai mêlé 30 grammes de sublimé corrosif dissous dans 220 grammes d’eau distillée avec 12 jaunes d’œufs; après avoir bien agité le mélange, j’ai laissé reposer le précipité; la liqueur a été décantée trois jours après, et le précipité a été lavé pendant huit jours , jusqu à ce que 1 eau de lavage ne se colorât plus par un courant de gaz acide sulfhydrique ; le précipité mis sur un fdtre et presque sec pesait /|5 grammes; je présume qu’en le desséchant davantage, il aurait pu perdre encore 5 grammes. J’admettrai donc qu’il ne pesait en réalité que 40 grammes ; tout porte à croire qu’il existe dans ce précipité sec une proportion de composé mercuriel plus forte que celle qui se trouve dans le précipité aliiuminoso-mercuriel , et que dès lors les 40 giammes devaient contenii au moins 2 grammes dune préparation mercurielle quelconque, puisque M. Lassaigne a trouvé 5 ou 6 pour 100 de sublimé corrosif dans le précipité albuminoso-mercuriel sec. J’ai administré à un chien de moyenne taille, assez robuste et à jeun, les 40 grammes du précipité jaune mal desséché dont je parle, et j’ai lié l’œsophage sans le percer. L’animal a eu plusieurs selles dans les six premières heures qui ont suivi l’empoisonnement, et il a rendu quelques fragments du précipité qu’il avait avalé; il a fait des eirorts pour vomir, et il a paru souffrir. Huit heures après l’empoisonnement, j ai délié 1 œsophage; peu de temps après, l’animal a vomi des matières muqueuses blanches et des fragments du précipité jaune; il a encore eu une selle de même nature. Le lendemain, il était abattu et sous l’influence évidente d’un toxique mercuriel; il refusait les aliments et les boissons. 11 est mort trente-huit heures après l’empoisonnement. A l’ouverture de cadavre, le canal digestif ne présentait pas de traces sensibles d’inflammation.
Ce fait, insuffisant sans doute pour inotiver une conclusion rigoureuse, est cependant de nature à engager les médecins à administrer des jaunes d’œufs délayés dans de l’eau, en même temps que l’on
1)U SUBLIMÉ CORROSIF. 565
donne l’albuiuine; il n’y a aucun inconvénient à agir ainsi, et il n’est pas impossible qu’on retire quelques avantages de son emploi.
Gluten. — Guidé par les expériences que j’avais faites sur l'albumine , M. Taddei a proposé de remplacer cette substance par le gluten. (Voyez Recherches chimiques et médicales sur un nouvel antidote contre le sublime corrosif, par J. Taddei. Paris, 1822.) On fait une pâte liquide en triturant dans un mortier cinq ou six parties de gluten frais avec dix parties de dissolution de savon de potasse (savon mou), et à défaut de celui-ci , de savon dur; quand on n’aperçoit plus de gluten , on expose l’éinulsion h la chaleur de l’étuve sur des assiettes : dès qu’elle est sèche, on la détache , on la réduit en poudre et on l’enferme dans des carafes de verre. Lorsqu’on veut s’en servir, on la jette dans une tasse contenant de l’eau à la température ordinaire ; on la remue avec une cuiller et on en fait avaler.
Voici les faits qui , d’après M. Taddei , établissent la supériorité du gluten sur l’albumine: 1° il en faut beaucoup moins pour décomposer la même quantité de sublimé corrosif; 2° l’albumine exige un certain temps pour être délayée dans l’eau , et dans le traitement d’un empoisonnement il faut agir promptement; 3° le blanc d’œuf ne peut exercer qu’une action faible sur le bi-oxvde de mercure , sur les sous-sulfates, et le sous-azotate de mercure, produits insolubles, tandis que le gluten pulvérisé, agissant à la fois physiquement et chimiquement, enveloppe ces poisons, se combine avec eux, et les dénature; h" la plus petite quantité de dissolution de sublimé est précipitée en llocons par l’émulsion glutiueuse ; tandis qu’avec l’albumine, on n’obtient qu’un liquide laiteux qui ne précipite qu’au bout de quelques heures , et même alors l’albumine retient une partie du précipité en dissolution.
Je suis loin de vouloir contester le mérite de l’émulsion glutineuse proposée par M. Taddei; je reconnais qu’elle doit être d’une grande utilité dans l’empoisonnement par le sublimé corrosif : toutefois, je pense que l’albumine lui sera souvent préférée , parce qu’elle est à la portée de tout le monde, et que son emploi facile est suivi de succès toutes les fois qu’on l’administre à temps.
Charbon. — M. Bertrand, médecin au Pont-de-Château , a publié en 1813 des expériences qui l’ont porté à croire que le charbon de bois pourrait arrêter l’action délétère du sublimé corrosif.
Voici comment l’auteur s’exprime lui-même.
Expérience xxvii*. — Le 2 février 1811, à dix heures du matin, je donnai à un chien «âgé de six mois, qui avait l’estomac vide, 30 centigrammes de sublimé corrosif et 60 de poudre de charbon de bois mêlés ensemble dans une portion de boyau de volaille lié 5 ses deux extré-
mités. Cet animal n’en fut nullement incommodé. Le soir, il mangea la soupe avec appétit ainsi que les jours suivants.
Expérience xxviii'.— Le 24 du même mois , à dix heures dix minutes du matin , le même chien prit encore 30 centigrammes de sublimé dans du beurre. Un quart d’heure après, il éprouva des efforts très violents qui amenèrent bientôt des vomissements glaireux répétés et de plus en plus sanguinolents. Il était dans un état d’agitation vraiment douloureux, tenait sa tête toujours baissée, l’appuyait même quelquefois sur le sol comme pour la soutenir, et avait un resserrement tétanique des mâchoires. A une heure moins vingt minutes, je lui fis avaler de l’eau de charbon tiède et miellée, en la dirigeant avec l’une et l’autre commissure des lèvres dont je formais une espèce d’entonnoir. Les efforts de vomissements et les vomissements sanguinolents devinrent un peu moins violents et moins répétés. A une heure quarante minutes , je donnai une autre prise de decoctum de poudre de charbon qui , cette fois , fut rendu plus épais, parce que l’animal, dont les mâchoires n’étaient plus serrées, pouvait l’avaler plus facilement dans cet état, et dès lors les vomissements cessèrent entièrement. A deux heures et demie, le chien paraissait encore triste , mais tranquille ; il refusa de manger de la viande , et empêcha les autres chiens de s’en approcher par des attaques vigoureuses. A cinq heures, il eut quelques épreintes, et commença 5 prendre un peu de nourriture. Dès le lendemain, toutes les fonctions s’exécutaient comme dans l’état naturel.
Expérience xxix°. — Le 6 février 1813, à huit heures du matin, je pris à jeun 20 centigrammes de sublimé corrosif dans une tasse d’un fort 'decoctum de poudre de charbon de bois, sucré et aromatisé avec l’eau de fleurs d’oranger. A huit heures vingt minutes, je ressentis une petite douleur comme oppressive à la région précordiale , avec un peu de chaleur à l’estomac; j’éprouvai pendant une heure une très légère sensation de soif que je ne cherchai point à satisfaire. A dix heures, ne ressentant pas la moindre douleur, je déjeunai avec appétit, et je n’en fus nullement incommodé (1).
Je me suis empressé de répéter les expériences que M. Bertrand a faites sur les chiens , en les multipliant et en les variant autant que je l’ai jugé nécessaire, et j’ai obtenu des résultats qui me permettent d’affirmer que ni le charbon ni Veau de charbon ne sont des contrepoisons du sublimé corrosif.
Avant d’exposer les faits au moyen desquels je combats l’assertion de M. Bertrand, il est utile de rappeler, 1° que j’ai établi d’après une multitude d’expériences , que les recherches faites sur les contre-poisons ne sauraient avoir de valeur qu’autant qu’on a lié l’œsophage aux animaux auxquels on a fait avaler le poison ; 2°qu’on ne doit considérer
(i) Journal gCuêral de Médecine, décembre 1813; et Annales de Clinique de Montpellier, novembre de la même année.
I)Ü SL'M.IMK connosip. 5'|7
comme contre-poisons des substances irritantes que les matières qui agissent assez efficacement sur elles pour les empêcher d’enflammer ou de détruire les tissus avec lesquels on lesmet en contact. (Voy. p. 18.) Or, le charbon donné h forte dose ne s’oppose en aucune manière aux effets corrosifs du sublimé lorsqu’on empêche le vomissement; il en est de même dans presque tous les cas où l’œsophage n’a point été lié.
Expérience xxx°. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien ; on a introduit dans son estomac, à l’aide d’un cornet de papier, 20 centigrammes de sublimé corrosif parfaitement trituré et mêlé dans un mortier d’agate avec 6 grammes de charbon que l’on avait passé au tamis; on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture afin d’empêcher le vomissement. Le lendemain , l’animal n’avait point eu de déjections alvines; il avait fait quelques efforts pour vomir ; il était abattu , et poussait des cris plaintifs de temps en temps. L’abattement augmenta de plus en plus, et il mourut à la fin du troisième jour de l’opération. La membrane muqueuse de l’estomac était peu rouge; mais elle offrait, auprès du pylore, six petits ulcères de forme circulaire et à bords noirs : la tunique musculeuse correspondant aux endroits ulcérés était rouge.
Expérience xxxic. — Un animal de même taille, dont l’œsophage était lié, et auquel on avait fait prendre le composé provenant de l’action de 11 grammes de sublimé corrosif sur de l’albumine, vécut cinq jours et demi , et Je canal digestif n’offrit aucune altération après la mort.
Expérience xxxir. — A dix heures et demie, on a détaché et percé d'un trou l’œsophage d’un petit chien; on a introduit dans son estomac 30 grammes de charbon passé au tamis et enveloppé dans deux cornets de papier. Immédiatement après , on a fait arriver dans le même viscère AO centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 90 grammes d’eau et mêlés avec Zi grammes de charbon tamisé : on a lié l’œsophage. Quelques instants après, l’animal s’est considérablement agité; il a éprouvé des souffrances cruelles; il a poussé des cris excessivement plaintifs ; il s’est roulé par terre, et il a expiré à deux heures et demie. L’estomac contenait environ 125 grammes d’un liquide au fond duquel il y avait une très grande quantité de charbon ; la membrane muqueuse de ce viscère , d’un rouge vermeil dans toute son étendue, était évidemment enûammée. En analysant le liquide, on s’assura qu’il renfermait encore du sublimé. Cette expérience prouve évidemment que le charbon , à une très forte dose, ne décompose point ce poison dans l’estomac.
Expérience xxxiiic. — A midi trente-cinq minutes, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille ; on a introduit dans son estomac 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans è5 grammes d’eati distillée; immédiatement après, on a fait arriver dans ce même viscère un litre d’eau que l’on avait fait bouillir pendant une demi-heure sur GO grammes de charbon , que l’on avait filtrée, et dans laquelle on avait suspendu 6 grammes de la même substance : on a lié
u iis puisons irritants.
à'iS
l'oesophage. Six minutes après, l’animal s’est couché sur le ventre, a commencé à se plaindre , et a fait, à plusieurs reprises, des efforts infructueux de vomissement. A une heure quatorze minutes, il souffrait horriblement, offrait un tremblement général, cl continuait à avoir les plus grandes envies de vomir. Vingt minutes après, il a eu une selle composée de matières liquides mêlées d’une petite quantité d’excréments solides; il faisait des hurlements affreux, et s’efforçait de nouveau à vomir. A six heures du soir il était très abattu. Il est mort dans la nuit. L’œsophage ne présentait aucune altération; la membrane muqueuse de l’estomac, couleur de lie de vin, offrait plusieurs tacbes noires ayant l’apparence d’escarres, et qui étaient formées par du sang noir décomposé et épanché entre cette tunique et la membrane musculeuse. A l’extérieur, ce viscère était d’un rouge clair. Les intestins étaient un peu enflammés.
Expérience xxxiv1'. — A une heure vingt-cinq minutes, on a fait avaler à un petit chien robuste 25 centigrammes de sublimé corrosif parfaitement mêlé avec 2 grammes 20 [centigrammes de charbon finement pulvérisé. Cinq minutes après, l’animal a vomi une petite quantité de matières épaisses, d’un bleu noirâtre : ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans l’espace des vingt premières minutes qui ont suivi immédiatement l’ingestion du poison. A deux heures, il paraissait souffrir, et respirait avec difficulté; il a eu de nouveau un vomissement bilieux après avoir fait les plus violents efforts. A sept heures du soir, il était couché sur le ventre et dans un grand état d’insensibilité. On a voulu le faire tenir sur ses pattes; mais les extrémités postérieures étaient tellement faibles , qu’elles ont fléchi tout-à-coup, et il est tombé de suite sur le côté. Il a expiré dans la nuit. La portion de la membrane muqueuse qui avoisine le cardia offrait deux cercles de la grandeur d'un écu de 3 francs, noirs, durs, comme tannés, que le scalpel détachait avec peine; dans le reste de son étendue, elle était d’un rouge vif : les intestins paraissaient être dans l’état naturel.
Expérience xxxve. — A une heure trente-cinq minutes, on a donné à un chien très fort 60 centigrammes de sublimé corrosif trituré avec 5 grammes 5 décigrammes de charbon ; au bout de six minutes l’animal a vomi sans efforts des matières alimentaires noircies par le charbon ; ces vomissements s’étaient renouvelés quatre fois à une heure quarantesix minutes ; il était couché sur le ventre et paraissait souffrir un peu. Le lendemain matin il a refusé les aliments et les boissons ; il poussait des cris plaintifs et il a vomi du sang. A dater de ce moment il est tombé dans un abattement remarquable, et il est mort le jour suivant à huit heures du soir, cinquante-cinq heures après l’empoisonnement. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge excessivement foncé dans toute son étendue; elle offrait çà et là des taches noires formées par du sang veineux extravasé sur la tunique musculaire. L’intérieur des intestins grêles était d’un ronge écarlate.
Expérience xxxvi0. — A une heure vingt et une minutes, on a fait avaler à un chien très fort, quoique de moyenne taille , 50 centigrammes
DU SUBLIMÉ CORROSIF. 549
de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau distillée ; cinq minutes après, il a vomi des matières molles, peu abondantes. A une heure trente'etune minutes on lui. a administré de l'eau contenant beaucoup de charbon en suspension, qu’il n’a point lardé 4 vomir. A une heure quarante minutes, on lui a fait prendre une nouvelle dose d’eau et de charbou finement pulvérisé : trois minutes après, il a eu des vomissements abony dants. Enfin, à une heure cinquante minutes, on l’a forcé de nouveau à avaler du charbon suspendu dans de l’eau , qu’il a rejeté au bout de deux minutes. Il n’avait cessé de souffrir depuis le moment de l'ingestion du poison ; il avait poussé des cris plaintifs et s’était roulé plusieurs fois par terre. On peut évaluer la quantité de charbon ingéré à 15 grammes, et l’eau dans laquelle il était suspendu à 360 grammes. A sept heures du soir il a vomi du sang, et il éprouvait des souffrances cruelles. Le lendemain matin il a refusé les aliments et les boissons, et il est mort à six heures du soir. L’estomac était racorni; l’inflammation de la membrane muqueuse était portée au dernier degré; celte tunique était noire et excessivement dure. Les intestins, rouges dans leur intérieur, étaient évidemment enflammés.
Expérience xxxvii'. — A une heure vingt-cinq minutes, on a fait prendre à un chien de moyenne taille 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau et mêlé avec 4 grammes de charbon : au bout de deux minutes il a vomi une grande quantité de matières noires ; il s’est roulé par terre dans un étal de grande agitation , et il a vomi des matières blanches , écumeuses, peu abondantes. A une heure quarante minutes on lui a fait avaler 4 grammes de charbon suspendu dans 16 grammes d’eau , et il ne l’a point rendu ; on lui en a donné autant dix minutes après sans qu’il l’ait vomi. A sept heures du soir il poussait des cris plaintifs et il était couché sur le ventre. Le lendemain il a mangé un peu de pain et il continuait à se plaindre. Le troisième jour il était assez agile; il a mangé et il s’est échappé.- Ce chien a-t-il péri? Je crois que non , d’après l’étal dans lequel il se trouvait le jour de sa fuite. Mais peuton conclure que , dans cette expérience , le charbon ait empêché les effets meurtriers du sublimé corrosif? Non certes : n’est-il pas probable que l’animal a dû son rétablissement à l’expulsion prompte du poison, qui s’était d’ailleurs en partie combiné avec les matières alimentaires qui étaient contenues en assez grande quantité dans l’estomac?
Je vais maintenant indiquer la marche que le médecin doit suivre dans le traitement de l’empoisonnement par le sublimé corrosif.
Dès les premières apparences des symptômes qui le caractérisent , on fera prendre au malade quelques verres de blanc et de jaune d’œufs, délayés dans l’eau ou d’émulsion glutineuse (voy. expér. 20'ctsuiv.) (1) :
(I) On évitera de donner un grand excès d’albumine qui, si elle n’était pas vomie, pourrait dissoudre une petite partie du précipité à mesure qu’il se forme; on sait que ce précipité, ainsi dissous, est vénéneux. (Voy. expér. 10”, p. 510.)
ÜJU 1>1ÎS POISONS IMITANTS.
a défaut du ces substances on donnera de la décoction de graine de Jin de racine de guimauve, de feuilles de mauve, ou de l’eau de riz, de beau sucrée, des bouillons gélatineux , et même de l’eau commune à la température de 25 à 30° : par ce moyen l’action du sublimé se trouvera affaiblie, et l’estomac rempli de liquide. La plénitude de ce viscère déterminera le vomissement, et par conséquent l’expulsion d’une certaine quantité du poison. On continuera à faire boire abondamment tant que le vomissement aura lieu, et jusqu’à ce que les accidents soient considérablement diminués. Si l’individu est tellement oiganisé qu il ne puisse pas vomir, on aura recours au moyen proposé par Boerhaave. (Voyez page 16.)
L observation suivante prouve combien il est avantageux , dans l’empoisonnement qui m’occupe, de gorger les malades de liquides.
Il y a en vii on cinquante ans que le pharmacien chargé de préparer la dissolution de sublimé corrosif dont on fait usage 5 l’hospice des Vénériens, par mégarde employa une plus grande quantité de sublimé qu’il n en fallait pour obtenir la boisson convenable. Deux cents malades soumis au traitement anlivénérien prirent une portion de ce liquide et furent empoisonnés. Des douleurs déchirantes à l’estomac et dans tout l’abdo» men, des vomissements copieux et un resserrement à la gorge furent les symptômes qui annoncèrent les premières atteintes du poison. Cullerier, chirurgien en chef de cet hospice , instruit de cet événement , eut surle-champ recours aux boissons mucilagineuses; il ordonna du lait, de la décoction de graine de lin et de l’eau tiède; il fit prendre à chaque malade environ 7 à 8 litres de liquide dans l’espace de six à sept heures, et au bout de ce temps les accidents étaient presque dissipés : dix ou douze malades seulement ressentirent des douleurs à l’estomac pendant douze ou quinze jours, mais aucun ne mourut. La douleur était d'autant plus vive que l’estomac était plus vide, et elle était presque nulle immédiatement après l’ingestion du liquide. Cullerier ignore quelle dose de sublimé corrosif fut donnée à ces malades; mais il pense que le minimum fut de 10 à 15 centigrammes (1).
(I) L’observation suivante de Sydenham a pour objet un empoisonnement de sublimé guéri par l’eau.
« Duobus abhinc mensibus quidam in vicinia me rogabal ut servttm inviserem ,
» qui liaiiit modicum mercuni sublimati corrosivi quanlilalem degluliverat. Hora ” ferè elapsa crut, à qud venenmn hauserat , ciirn ad eum accédé rem, jamque os et o labia valde imumescebani. P^ehemenler œgrotabat , ardente ventriculi dvlore ,
» caloreque tantum non confectus. Ego 1res aigue tepidæ congios ( environ »9 litres de Paris) repelilis hauslibus sumind qud poltti celeritate et diligenlid r, ebibendos imperavi, atque ut loties nova ingererelur copia, quolies venir ica lus d jam ingestam per vomilum ejecerat : volai eliam tu eluerentur inteslina aqttd » tepidd sine ullo additamento copiosè per sedem injectd , ubi p'rimùm ventris u termina admonerent venenmn jam per inferioru exilant qitœrcrc. Paruit miser,
nr sublimé corrosif. 001
Les boissons abondantes albumineuses et inucllagineuses doivent être préférées aux divers émétiques pour provoquer ou favoriser le vomissement, lorsqu’on a été empoisonné par le sublimé corrosif; en effet, ces boissons jouissent du triple avantage de pouvoir être administrées avec promptitude, d’expulser le poison après s’être combiné avec lui et de modérer l’irritation qu’il aurait déjà produite (1).
En employant ces boissons il faut surtout se rappeler que leur efficacité dépend principalement de leur quantité , et que , par conséquent , il faut les administrer lors même que le malade ne se sent aucune envie de boire.
Les huiles et les substances grasses ne sont en général d aucune utilité, et doivent être abandonnées, parce qu’elles peuvent s’opposer à l’action des vrais dissolvants.
Le traitement de cet empoisonnement devra être plus actif si les organes du bas-ventre sont phlogosés. Ainsi il n’est pas rare de voir une gastrite , une entérite et même une péritonite , se développa h la suite de cet accident : ce cas , en général fâcheux , exige de la part du médecin une très grande attention. Si l’inflammation n est qu à sa première période , il faut avoir recours aux saignées générales et locales, à l’application, par exemple, de 10, 12, 15, 20 sangsues sui les régions douloureuses. Si l’individu est fort et vigoureux , il ne faut pas craindre de faire une ou deux saignées au bras, afin de piévenir, autant que possible, les inflammations violentes produites pai ce poison. L’emploi des lavements émollients et narcotiques offre dans ce cas des avantages incontestables : on peut les préparer avec la dé-
»jam ïilec uvidits, el plurcs etiam aquee libras quium prccsci'ipserim , absorpsitt » Amici, qui cegro Ulpoie in casu insolilo, assiderent, ub eo didicerunt, quaspn- » mum evomuil nquas gustu perquàm acres fuisse , sale scilicet venenato pleniitt » esaluraias ; singulis auteur vicibus rejeelas aliquam semper acredinis pattern » amittere , donec tandem uihii prorsus sapèrent. Qucc mox urgebanl tormina , » sold aqud injectd ad modum enemalis leniebantur. Hoc lumen nullo rerwn ap- » paratu, benedicente rumine, inCrà paucas horas convaluit œger, ni si quod labia » non stalim detumescerent , ore etiam à veneni parliculis , qucc aquam quam evo- » muerai penitiüs infeceranl, adhuc exulceralo. Quoi symplomala (lice là è lacté » solo ad qualriduum adliibitd mox evanuere. Aquam oleo (quod Itic nnàcum » opéré ignari soient perdere) atque aliis omnibus liquoribus ideo prœtuli , quod » cùm ed mugis esuriret, exindè mugis idonea mihi videretur devorandis salinis » hu} us veneni parliculis, quam alites quilibet liquorr, qui tel crassior esset , tel » parliculis alieni corporis jamdiù prccgnanlior. « (SïDBNHAM , Opéra medica , epils. I, p. 200. )
(1) fc'omitoria lamen non sint fortiora ac maligna, sed leniora, el cùm periculum sit in mord, nec semper operosa médicamenta componere liceal, qucc ad ma nam surit vomitnriu exhibere donec atia parentur, nccessarium est ex aqud tepidd. ( SiitssERT, Opéra, l. m, cap. vu, p. 616, f.ugd., (670.)
coction de racine de guimauve, de graine de lin , et avec du laudanum.
Il est essentiel de ne pas négliger de faire des fomentations émollientes sur toutes les régions de l’abdomen : on ne doit s’en abstenir que dans le cas où la douleur rend insupportable le poids de ces médicaments. Les demi-bains tièdes et même les bains entiers doivent être mis en usage; le malade peut y rester plusieurs heures, pourvu que a température de l’eau soit toujours à peu près la même. Enfin il faut prescrire une diète absolue et des boissons adoucissantes.
Si l’inflammation est déjà parvenue à un certain degré , ou si elle a parcouru ses périodes, il faut renoncer aux saignées , car on aurait à craindre la gangrène ; le traitement, dans cette circonstance, doit être le même que celui des gastro-entérites.
Lorsque les accidents seront dissipés, que le malade entrera en convalescence, on le nourrira d’aliments amilacés et de boissons adoucissantes, tels que le lait , les crèmes de rfz, de gruau d’avoine, d’orge, la fécule de pommes de terre, les gelées, les panades légères et les bouillons préparés avec des viandes de jeunes animaux.
Si le poison a été pris par un individu déjà malade, il est évident qu il faudra , dans le traitement, avoir égard à la complication et varier les moyens suivant la nature de l’affection préexistante.
Recherches médico-légales.
Sublimé corrosif solide ( bichlorure de mercure ). — S’il a été obtenu par sublimation et que l’opération ait été conduite lentement, il est sous forme de prismes tétraédriques réguliers, comprimés et déliés. Si la sublimation n’a pas été ménagée, il est en masses blanches, compactes, demi-transparentes sur leurs bords, hémisphériques et concaves; la paroi externe de ces masses est polie et luisante; l’interne est inégale, hérissée de petits cristaux brillants, tellement comprimés, qu’on ne peut en distinguer les faces. Lorsque le sublimé corrosif a été cristallisé en faisant évaporer l’eau dans laquelle il avait été d’abord dissous , il offre des faisceaux aiguillés très distincts qui , suivant Fourcrov, sont des parallélipipèdes obliques ; les auteurs les ont comparés à des barbes de plumes et à des lames de couteaux et de poignards. Quelquefois aussi il cristallise en cubes ou en prismes hexaèdres très réguliers , ou en prismes quadrangulaires , à pans alternativement étroits et larges, terminés par des sommets cunéiformes, et présentant deux plans inclinés. Il a une saveur extrêmement âcre et caustique; il occasionne une sensation de stypticité métallique très forte, très désagréable, et un resserrement à la gorge, qui per-
DU SUBLIMÉ CORItOSir. 553
sistent quelque temps ; son poids spécifique est très considérable : Muschembroeck le faisait monter jusqu’à 8,000; mais, par de nouvelles recherches , ou s’est assuré qu’il est de 5,1308 (1).
Si on fait fondre ensemble dans un petit tube de verre de la potasse à l’alcool et du sublimé corrosif, mélangés auparavant dans un mortier de verre , on obtient presque aussitôt du mercure métallique volatilisé en globules adhérents aux parois internes du tube ; il se dégage du gaz oxygène et il reste au fond du tube du chlorure de potassium.
Le sublimé corrosif se dissout dans environ onze fois son poids d’eau froide. D’après plusieurs expériences faites par Henry, 100 grammes d’eau distillée à la température ordinaire (de 12 à 16°) peuvent dissoudre 8 grammes 7/10 de sublimé corrosif. L eau bouillante en dissout beaucoup plus, puisque deux parties suffisent pour en tenir une en dissolution : ce solulum ainsi chargé cristallise par refroidissement, et fournit des cristaux qu’on a comparés à tort à des pointes d’épées ou de poignards. (Voyez page 552.) Si le sublimé corrosif contient du protochlorure de mercure, la dissolution n’est jamais complète, puisque ce corps est insoluble dans l’eau. La dissolution de bichlorure est transparente, incolore, inodore, d’une saveur styptique, métallique, désagréable; elle rougit le papier et l’infusum de tournesol, et verdit le sirop de violettes.
Dissolution aqueuse concentrée. — Cette dissolution, distillée dans une cornue à laquelle on adapte une allonge et un récipient, donne un liquide qui vient se condenser, et dans lequel on peut démontrer la présence d’une portion du . sublimé corrosif volatilisé avec l’eau. Ce fait m’a porté à recommander de ne jamais procéder à l’évaporation d’une dissolution de sublimé corrosif à l’air libre. M. Devergie, en niant qu’il en fût ainsi , a commis une erreur grave, comme le prouvent les expériences suivantes : 1° Qu’à l’aide d’un entonnoir qui plonge jusqu’au fond d’une cornue de verre tubulée on introduise dans ce vase 60 grammes de dissolution concentrée de sublimé corrosif ; qu’on adapte un récipient ; que l’on chauffe la cornue au bainmarie et de manière à ce que la température ne dépasse pas 80" centigrades; que l’on suspende l’opération lorsque la moitié du liquide, environ aura passé dans le récipient, l’on pourra s’assurer que le produit de la distillation contient une quantité notable de sublimé. 2“ Que l’on substitue à la dissolution concentrée une dissolution faite avèc 5 centigrammes de sublimé corrosif et 60 grammes d’eau, et que l’on opère de même : le premier tiers du liquide distillé renfermera à peine
(I) A System o( chemistry by J. Murray, seconde édition, vol. m, Çuicksilyer or mercury.
du sublimé ou n’en renfermera pas du tout ; tandis que le second tiers en contiendra sensiblement, connue on pourra s’en assurer, soit par l’acide suif hydrique , soit à l’aide d’une lame de cuivre.
La potasse caustique à l’alcool , versée en petite quantité dans une dissolution saturée de sublimé, en précipite du sous-chlorure de mercure d’un jaune rougeâtre. Si, au contraire, on emploie un excès de potasse , le précipité qui se forme est du bi-oxyde de mercure , d’un beau jaune : cet oxyde , lavé et mis sur un filtre jusqu’à ce qu’il soit sec, prend une couleur verte à sa surface, tandis qu’il est jaune dans 1 intéiieui. Si on le chauffe dans un tube de verre, il se dessèche de plus en plus et devient rouge ; en élevant graduellement la température , il se décompose en oxygène et en mercure métallique qui se volatilise et adhère aux parois du tube. Si cet oxyde est pur, il ne doit y avoir aucun résidu.
L’eau de chaux en petite quantité précipite la dissolution du sublimé corrosif en jaune un peu foncé; si on augmente la quantité d alcali, le précipité devient rouge et il est formé de bi-oxyde de mercure retenant un peu de sous-chlorure; enfin, par l’addition d’une nouvelle quantité d’eau de chaux , il se transforme en bi-oxyde d’un très beau jaune. Chauffé , il donne de l’oxygène et du mercure métallique.
L’ammoniaque précipite le sublimé corrosif en blanc ; le précipité est un sel double insoluble; il ne devient pas ardoisé comme l’avaient annoncé la plupart des auteurs de médecine légale, et il conserve même sa belle couleur blanche lorsqu’il a été lavé et desséché à la température ordinaire; chauffé, il jaunit, et passe ensuite au rouge, en donnant du gaz ammoniac, du gaz azote, du protochlorure de mercure (mercure doux) et du mercure métallique.
L’acide suif hydrique et les sulfures précipitent en noir la dissolution de sublimé corrosif ; cependant, si on mettait très peu d’acide ou de sulfure , on obtiendrait un précipité mêlé de gris et de blanc , qui ne deviendrait noir que par l’addition d’une plus grande quantité du réactif. Ce précipité noir, composé de soufre et de mercure , peut , suivant les circonstances, offrir une couleur plus ou moins rougeâtre , et il pourrait même être très rouge , ce qui dépend des proportions diflérenles dans lesquelles le soufre et le mercure sont susceptibles de s’unir. Tous ces sulfures , desséchés et cbaulfés dans un petit tube avec de la limaille de fer, donnent, dans un espace de temps très court, du mercure qui se volatilise et adhère aux parois du verre, et du sulfure de fer qui reste au fond.
L’azotate d’argent est précipité par la dissolution du sublimé corrosif, et le précipité est formé de chlorure d’argent blanc, caillebotté,
DU SURLIMÉ CORROSIF. 555
très lourd, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique même bouillant, soluble dans l’ammoniaque, et noircissant à l’air.
Le cyanure jaune de potassium et de fer donne un précipité blanc qui tourne au jaune au bout de quelque temps et passe ensuite au bleu de Prusse clair : tous ces changements de couleur sont opérés pour l’ordinaire dans l’espace de trente-six heures et dépendent du chlorure de fer contenu dans le sublimé.
Si on met du mercure métallique dans la dissolution de sublimé, surle-champ le mercure se ternit et la liqueur se trouble; au bout de cinq ou six minutes on voit un précipité grisâtre placé au-dessus de là portion de mercure métallique non attaquée : ce précipité , lavé , desséché et débarrassé de l’excès du métal, n’est que du prolochlorurc de mercure et la dissolution ne contient plus de sublimé.
Si on plonge une lame de cuivre parfaitement décapée dans la dissolution concentrée de sublimé corrosif, cl qu’on la laisse pendant une heure ou deux, on remarque qu’il se dépose au fond du vase une poudre d’un blanc légèrement grisâtre ; la lame de cuivre se recouvre d’un enduit terne qu’on peut facilement enlever avec le doigt, et qui est formé par la même substance; enfin, la liqueur, auparavant incolore, devient verte. Cette poudre blanchâtre , qu’on a dit être du mercure très divisé, est un mélange de protochlorure de mercure (mercure doux), d’un amalgame de mercure de cuivre , et d’un peu de mercure.
Si ou prend la lame de cuivre qui a servi à décomposer la dissolution du sublimé corrosif, et dont on a détaché avec le doigt 1 enduit terne , on remarque que la couleur de cette lame est presque noire : cependant, par le frottement fait avec un morceau de papier, elle devient blanche , brillante , argentine , phénomène qui dépend de la couche de mercure métallique dont elle est revêtue : si , dans cet état , on l’expose â l’action- de la chaleur, le mercure se volatilise , et on la voit prendre la couleur propre au cuivre.
Si , au lieu d’agir ainsi , on porte une goutte de sublimé corrosif dissous sur une lame de cuivre parfaitement décapée, on produit une tache brune qui , par le frottement fait avec l’extrémité du doigt ou un morceau de papier, devient blauche, brillante, argentine. Enfin si , au lieu de frotter cette tache brune , on la laisse sécher sans agitation, on la voit devenir d’un très beau vert, couleur qui est duc au chlorure de cuivre qui s’est formé.
Dissolution aqueuse de sublimé corrosif très étendue d’eau. — On recouvre en spirale d’une petite feuille d’étain roulée, une lame d’or ou de cuivre de manière toutefois à ce que l’or ou le cuivre ne soient pas entièrement cachés par l’étain;, ces lames doit eut être flexibles et
330 des poisons irritants.
parfaitement polies; on ajoute une ou deux gouttes d’acide chlorhydrique , et on voit au bout de quelques minutes, d’une demi-heure ou quelquefois seulement de plusieurs heures, le mercure du sublimé se porter sur l’or ou sur le cuivre et les blanchir; il suffit ensuite d’enlever la lame d étain , d’essuyer l’or ou le cuivre entre deux feuilles de papier joseph, de rouler ceux-ci et de les chauffer dans un tube fermé dont on effile l’autre extrémité à la lampe, pour obtenir le mercure et faire reprendre leur couleur aux portions de l’or ou du cuivre qui avaient été blanchies. Mais il importe de savoir que ce petit appareil, imaginé par James Smithson, ne peut servir à déceler des atomes d’une préparation mercurielle, qu autant qu'on relire du mercure métallique en chauffant la lame d’or ou de cuivre, et qu’il ne suffit pas, comme l’avait dit Smithson, de voir ces lames blanchir, puis reprendre leur couleur par 1 action du feu. En effet , ce petit appareil blanchit lorsqu’on le plonge dans des liqueurs non mercurielles, légèrement acides, ou qui contiennent seulement une petite quantité de sel commun ; c est alors 1 étain qui s applique sur les lames d’or ou de cuivre et les blanchit, tandis que dans l’autre cas c’était le mercure. Ainsi blanchies par l’étain , les lames d’or ou de cuivre reprennent leur couleur par le feu, parce que l’étain qui était à la surface pénètre dans l’intérieur des lames ; mais elles ne fournissent point de mercure lorsqu’on les chauffe dans le petit tube dont j’ai parlé. (Voy. monMém. dans le Journal de Chimie méd. , t. Ve. ) A l’aide de ce petit appareil on peut recueillir des globules mercuriels d’une lame d’or ou de cuivre blanchie par une liqueui contenant à peine du sublimé. Toutefois , pour réussir dans ces soi tes de cas, il faut après avoir chauffé le fond du tube où se trouve la lame d’or ou de cuivre, et lorsque le mercure sera entièrement volatilisé, appliquer le feu plus loin dans une autre partie du tube, là où la vapeur mercurielle s’était condensée , afin de faire passer celle-ci dans la partie la plus capillaire du tube. On conçoit , en effet , qu’il doit être plus aisé d apercevoir un très petit nombre de petits globules mercuriels daus un tube excessivement étroit que dans un tube large. On peut avant de chauffer la la lame d’or la mettre en contact avec de l’acide chlorhydrique pur et concentré. Si cette lame est blanchie par l’étain, ce métal sera promptement dissous par l’acide chlorhydrique et l’or reprendra la couleur jaune, tandis que le mercure ne sera pas attaqué et restera blanc sur la lame d’or; quelquefois ce ne sera qu’au bout d une demi-heure ou d’une heure que l’étain aura été complètement dissous. Celte expérience, dont M. Devergie propose le rejet à tort, peut être facilement tentée , elle rend l’existence du mercure probable et elle n’empêche pas l’application de l’action de la chaleur sur la lame , qui peut seule mettre la vérité dans tout son jour.
DU SIJBUMÜ CORROSIF.
J’ai voulu savoir jusqu’à quel point cette petite pile pouvait être plus sensible qu’une lame de cuivre parfaitement décapée et qui ne serait pas surtout grasse; à cet effet j’ai dissous 1 centigramme de sublimé dans 600 grammes d’eau distillée et autant dans 800 grammes, c’est-à-dire dans 60,000 et dans 80,000 fois son poids d’eau ; ces liqueurs ont été légèrement acidulées. En agissant comparativement j’ai vu que la lame de cuivre laissée pendant vingt-quatre heures dans la dissolution la moins étendue était assez fortement recouverte de mercure dans toute son étendue , et qu’elle reprenait sa couleur rouge dès qu’on la chauffait; après vingt-quatre heures de contact aussi, l’or de la petite pile placée entre les feuilles d’étain seulement était fortement blanchi par le mercure , qui par cela même qu’il s’était concentré sur une surface moindre que celle de la lame de cuivre , paraissait beaucoup plus évident. La liqueur contenant une pai tic de sublimé sur 80,000 parties d’eau , avait donné des résultats analogues, quoique moins saillants. D’où il suit que la lame de cuivre est d une sensibilité excessive, et comme elle n’offre pas quelques uns des inconvénients de la petite pile , on doit la substituer à celle-ci pour décelei des atomes d’un sel mercuriel dissous dans des quantités énormes d’eau. Je dirai à cette occasion qu’en se déposant sur du cuivre, le mercure donne une tache grise qui a besoin d’être frottée pour devenir blanche, brillante, argentine; tandis que la tache serait blanche, comme l’a \.i U. Mialhe, si le sel mercuriel était mélangé avec un chlorure soluble. La couleur grise dépend d’une certaine quantité d’oxyde ou de chlorure de cuivre qui altère la couche mercurielle; il suffit de mettre cette lame en contact avec une ou deux gouttes d’ammoniaque ou d’acide chlorhydrique pour donner au mercure sa couleur blanche. Je ferai encore observer, d’après .AL Mialhe , que tous les sels neutres mercuriels tachent la lame de cuivre en gris.
Quelle que soit la sensibilité de la pile ou de la lame de cuivre , l’expérience démontre qu’elles agissent avec d’autant plus de succès que les dissolutions sont moins étendues ; aussi y a-t-il avantage à concentrer ces dissolutions par la chaleur en vases clos, avant de les plonger dans les liquides supposés mercuriels.
En admettant, comme le prétend Al. Devergie, que le protochlorure d’étain soit encore plus sensible que la petite pile pour déceler le sublimé dans une dissolution très étendue , il ne faudra jamais lui préférer ce réactif; que signifie, en effet, un léger précipité gris, qui peut se former dans mille autres circonstances, en présence du caractère si probant que fournissent la pile ou la lame de cuivre?
Si la dissolution de sublimé n’est pas trop étendue, on pourra, après avoir agi sur la liqueur avec la petite pile ou avec, la lame de
DES POISONS IRRITANTS, cuivre, extraire le bi-cliiorure de mercure, et prouver que le métal obtenu ne provient pas d’un azotate, d’un sulfate de mercure, etc.' mais bien du sublimé. On introduira la dissolution dans un flacon • on versera par-dessus 8 à 12 grammes d’éther sulfurique; on bouchera le flacon, et on agitera lentement pendant dix à douze minutes de manière cependant à ce que l’éther soit en contact avec toutes les parties du liquide. L’éther enlèvera à l’eau vue portion, quelquefois considérable, du sublimé, et le liquide se partagera en deux couches lorsqu’on cessera d’agiter ; la couche supérieure sera formée par l’éther tenant le sublimé corrosif en dissolution. On versera le tout dans un entonnoir dont l’ouverture du bec sera fermée avec le doigt indicateur; après quelques instants, lorsqu’on apercevra dans le corps de l’entonnoir les deux couches dont j’ai parlé, on laissera écouler la couche inférieure ou aqueuse, ce qu’il sera facile d’obtenir en écartant du bec de l’entonnoir une partie du doigt indicateur qui en bouche l’ouverture. A peine cette couche se sera-t-elle écoulée que l’on fermera de nouveau l’ouverture pour empêcher la sonie de la couche éthérée; alors on recevra celle-ci dans une petite capsule ou dans tout autre vase qui présentera beaucoup de surface ; l’éther se vaporisera et le sublimé restera à l’état solide ; on le fera dissoudre dans une petite quantité d’eau distillée, et l’on obtiendra une dissolution aqueuse concentrée facile à reconnaître. Si l’agitation des deux liquides était vive et prolongée, et que l’éther employé ne fût pas en assez grande quantité, l’expérience serait manquée, parce que l’éther serait entièrement dissous par l’eau , et l’on n’obtiendrait point les deux couches dont j’ai parlé et sur lesquelles repose tout le succès de l’opération.
J’avais vu qu’à l’aide de ce procédé ou pouvait facilement extraire du sublimé corrosif de 5 centigrammes de ce corps dissous dans 3^56 parties d’eau distillée. M. Lassaigne a constaté depuis : 1° que 0,500 grammes de sublimé dissous dans 10 grammes d’eau , traité par un égal volume d éther sulfurique, enlevait à l’eau les sept dixièmes de sublimé ; 2° cju une liqueur aux quatre millièmes de sublimé ne cédait à l’éther que les trois dixièmes de son poids de sublimé.
Que penser, après de pareils faits , de l’opinion de 51. Devergie , qui veut que 1 on rejette l’éther pour reconnaître les dissolutions de sublimé étendues d’eau , parce que ce moyen est trop peu sensible ?
Il ne me sera pas difficile de montrer que cette manière de voir est insoutenable. Il est de précepte en médecine légale qu’il faut autant que possible découvrir le corps du délit ; or, rien n’est si simple que de retirer par l’éther une partie du sublimé en nature de certaines dissolutions aqueuses ou de quelques liquides alimentaires colorés.
DU SUBLIMÉ CORROSIF
M. Devergie dira-t-il qu’il n’est pas nécessaire d’extraire le sublimé pour affirmer que l’empoisonnement a eu lieu par ce corps, et qu il suffit de prouver que la liqueur contient du chlore par l’azotate d’argent et du mercure par la lame de cuivre ? Ce serait méconnaître les principes les plus élémentaires de la science; en effet, que l’on fasse dissoudre 5 centigrammes d’azotate de bi-oxyde de mercure et autant de chlorure de sodium dans 60 grammes d’eau distillée, l’azotate d’argent donnera un précipité de chlorure d’argent, et la lame de cuivre décèlera le mercure contenu dans l’azotate acide de bioxyde. Conclura-t-on qu’il y a du sublimé en dissolution ? Ce serait une erreur grave. On voit donc combien il pourra être utile de recourir h l’éther pour déterminer si une matière suspecte renferme du sublimé dans les cas nombreux où une préparation mercurielle aura été dissoute dans de l’eau impure ou dans des liquides colorés contenant des chlorures solubles. Je devais croire que ces îéfiexions si péremptoires, insérées dans le tome mc de ma Médecine légale ( édition de 1836 ), seraient au moins discutées par M. Devergie en 18Ù0, lorsqu’il a publié sa deuxième édition de Médecine légale. Il n’en est pas ainsi; ce médecin ne réfute rien,. et persiste dans son erreur.
En résumé , la petite pile et la lame de cuivre sont plus sensibles que l’éther pour établir qu’il existe du mercure dans une dissolution ; mais elles ne peuvent servir ni à faire connaître dans quel état se trouve le métal , ni h extraire le composé mercuriel. L’éther, au contraire, permet de retirer le sublimé corrosif en nature et d en constater tous les caractères. Il devra donc être préféré à la petite pile ou à la lame de cuivre, toutes les fois que les dissolutions seront étendues à un degré tel qu’il puisse leur enlever une portion quelconque de sublimé.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que si les liqueurs contiennent fort peu de bi-chlorure de mercure, on devra, avant de les traiter par 1 éther, les rapprocher en les distillant en vases clos et au bain-marie , pour agir ensuite sur le liquide restant dans la cornue , et qui aura été réduit à la moitié ou au tiers de son volume ; on devra également opérer sur le liquide qui aura passé dans le récipient.
Dissolution alcoolique concentrée. — Elle se comporte avec les réactifs comme la dissolution aqueuse concentrée (voy. page 553 ) ; mais elle exhale une odeur d’alcool.
Dissolution alcoolique étendue.— Elle peut être tellement affaiblie que l’odeur de l’alcool soit inappréciable ; mais on constatera la présence d’un composé mercuriel au moyen de la lame de cuivre. Si elle n’est pas trop étendue, on emploiera l’éther, qui jouit également de la propriété d’enlever le sublimé h la dissolution alcoolique. La liqueur de
r’ou mes poisons irritants.
Van Su>ieten que l'on prépare le plus ordinairement aujourd'hui en dissolvant 5 centigrammes de sublimé dans 60 grammes d'eau sera également reconnue comme je viens de le dire, il en serait de même si elle avait été faite avec l’alcool; dans ce cas seulement, on aurait un caractère de plus, l’odeur alcoolique du liquide.
Dissolution élhérée.— Il suffit d’exposer cette liqueur à l’air pour que l’éther s’évapore ; le sublimé reste à l’état solide.
Sublimé corrosif mélangé à des liquides alimentaires , à la matière des vomissements ou à celle que l'on trouve dans le canal digestif , ou bien combiné avec quelques uns de 7ios tissus. — Les eaux distillées de certaines plantes, les extraits, les huiles, les sirops, les mellilum , les gommes, etc. , précipitent la dissolution du sublimé corrosif au bout d’un temps variable. Le thé en dépose instantanément des flocons d’un jaune grisâtre. L’eau très chargée de sucre ne commence à se troubler qu’au bout de quelques jours, et l’alcool après trois ou quatre mois; les précipités obtenus fournissent tous du mercure métallique quand , après les avoir desséchés, on les chauffe avec de la potasse. Si l’on dissout dans 200 grammes de vin rouge 60 centigrammes de sublimé , il n’y a aucun trouble.; quand on ajoute au vin une plus grande quantité de sublimé, il se forme un dépôt violacé. Le lait n’est point précipité par une petite quantité de dissolution concentrée de sublimé ; il se forme au contraire un coagulum blanc très lourd, soluble dans un excès de lait, si la proportion de sublimé est considérable. Le bouillon ordinaire filtré se trouble légèrement sans donner de précipité lorsqu’on y verse une petite quantité de sublimé corrosif dissous; si le sublimé est employé en plus forte proportion , il se dépose sur-le-champ des llocons blancs très lourds. Quand on mêle à froid deux dissolutions concentrées de gélatine et de sublimé , il se précipite une matière blanche , collante et comme gélatineuse , qui se dissout dès qu’on chauffe la liqueur. L’osmazome est précipité en jaune rougeâtre par le sublimé. Le sucre de lait et la matière résineuse de la bile ne sont point troublés. Le picromel fournit à la longue un précipité blanchâtre , collant et peu abondant. La fibrine et la chair musculaire donnent presque instantanément naissance à un précipité blanc, et la matière animale devient friable. La bile fournit en général un précipité jaune rougeâtre assez abondant.
Les divers précipités obtenus comme il vient d’être dit, donnenttous du mercure métallique , quand après les avoir désséchés on les chauffe tantôt seuls, tantôt avec de la potasse. Les liqueurs qui les surnagent retiennent le plus ordinairement des proportions variables de sublimé ; mais les réactifs propres à déceler ce sel sont loin
DU SUBLIMÉ COIUIOSIF. 561
d’agir tous comme ils le feraient dans une dissolution aqueuse pure; le plus souvent , au contraire , ils donnent lieu à des précipités de couleur tout-à-fait différente de celle que l’on obtient avec le sublimé sans mélange; d’où il suit que l’on ne doit pas recourir à ce mode d’expérimentation , quand on veut déterminer s’il existe ou non du sublimé dans une de ces liqueurs végétales ou animales.
L’albumine. — Si on verse beaucoup de sublimé corrosif dans de l’albumine (blanc d’œuf filtré), il se forme un précipité blanc floconneux qui se ramasse sur-le-champ , et qui après avoir été bien lavé se dissout lentement et en petite quantité dans l’albumine. Si on n’emploie qu’une très petite quantité de sublimé, la liqueur se trouble, devient laiteuse et ne précipite qu’au bout de quelques heures ; si on filtre, on obtient le précipité blanc dont j’ai parlé et un liquide limpide composé d’albumine tenant en dissolution une portion de ce même précipité. Lorsqu’on emploie moins d’albumine que dans ce dernier cas , le liquide filtré en renferme en même temps qu’il contient une portion du précipité blanc et une certaine quantité de sublimé corrosif. L’existence simultanée de l’albumine et du bichlorure de mercure dans ce liquide , signalée d’abord par moi , a été vérifiée plusieurs années après par M. Lassaigne dans l’estomac d’un cheval empoisonné par le sublimé.
Le jaune d’œu/enlêve mieux encoreque l’albumine le sublimé corrosif à la dissolution aqueuse.Oue l’on verse comparativement dans.7Ü grammes d’eau tenant 5 centigrammes de bichlorure de mercure en dissolution un blanc ou un jaune d’œuf; que l’on agite pendant un quart d’heure avec une baguette ces deux liqueurs , qu’on les filtre , la liqueur contenant de l’albumine renfermera plus de sublimé libre que celle qui aura été mélangée avec le jaune d’œuf, comme on pourra s’en assurer par l’acide sulfhydrique ou par la lame de cuivre : je suis d’accord sur ce point avec M. Devergie.
Le gluten agit avec beaucoup d’énergie sur le sublimé. Suivant le professeur Taddei, une dissolution de ce sel mêlée avec quatre fois son poids de gluten ne renferme plus de mercure au bout de peu de temps.
Le sang , les membranes muqueuses et séreuses, les tissus musculaire et fibreux, le cerveau , le foie, la rate, etc. , exercent une action analogue sur le sublimé, c’est-à-dire que les dissolutions de ce sel mises en contact avec ces matières organiques, abandonnent une portion plus ou moins considérable de bichlorure de mercure, et l’on peut retirer du mercure de ces matières animales en les traitant convenablement
Que se passe-t-il dans ces diverses réactions; le sublimé corrosif I. 36
sc combine-t-il avec les substances végétales et animales dont j’ai parlé, ou bien est-il ramené à l'état de protochlorure qui tantôt se précipite seul , tantôt se combine avec la matière organique avec laquelle il forme un composé insoluble ? — Berthollet , Taddei , Boulay , etc. , ont admis qu’il sc déposait du protochlorure de mercure lorsque le sublimé dissous était mis en contact avec de la fibrine , du gluten et des extraits végétaux. J’ai cru pendant long-temps que le précipité que forme l’albumine avec ce sel était composé de protochlorure de mercure et de matière organique. Mon opinion, partagée par beaucoup de chimistes, a été combattue par d’autres qui n’avaient pourtant fait valoir aucune preuve concluante en faveur de leurs assertions. Tel était l’état de la science , lorsque M. Lassaigne , dans un travail riche de faits, établit que le précipité dont il s’agit est véritablement formé d’albumine et de sublimé corrosif , et qu’à l’état sec il contient environ 5 pour 100 de ce dernier corps. Quant aux composés que forme le sublimé avec les tissus animaux , M. Lassaigne ne s’en est pas occupé ; en sorte que si l’on a admis qu’il en était de même de ces composés que du précipité albumineux mercuriel , c’est uniquement par analogie. Je ferai voir bientôt qu’il m’a été impossible en agissant sur l’estomac parfaitement lavé d’un animal empoisonné par le sublimé corrosif, d’en retirer du bichlorure de mercure par le procédé de M.- Lassaigne , quoique ce viscère contînt un composé mercuriel dont il était aisé de démontrer la présence par l’une des méthodes que je décrirai par la suite. Ces divers faits seront mis hors de doute par les expériences suivantes :
Expérience irc. — On délaie trois ou quatre blancs d’œufs dans 250 grammes d’eau ; on filtre, et l’on ajoute à la liqueur filtrée 1 gramme de sublimé corrosif dissous dans de l’eau distillée ; on lave le précipité pendant plusieurs jours, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne soient plus colorées par un courant de gaz acide sulfhydrique. On agite à froid pendant un quart d’heure le précipité , encore gélatineux et très humide, avec une dissolution aqueuse saturée de chlorure de sodium , que l’on ajoute par parties , et qui dissout le précipité. Celte dissolution ne serait pas complète si le précipité, au lieu d’clre gélatineux, avait été laissé sur le filtre jusqu’à ce'qu’ilfftt à peu près sec. Pendant la dissolution, la liqueur mousse en raison de l’albumine qu’elle renferme. On la filtre et on l’agile pendant huit à dix minutes , assez fortement , dans un tube de verre , avec son volume d’éther sulfurique ; il se forme deux couches : la supérieure contient la majeure partie de l’éther, une certaine quantité de bichlorure de mercure , du chlorure de sodium, et d’abondants flocons d’albumine qui nagent dans toute son étendue. On sépare ces deux couches l’une de l’autre , à l’aide d’un entonnoir et du doigt ; on filtre la couche supérieure, afin de la débarrasser des flocons albumineux , et l’on
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évapore à une douce chaleur la liqueur limpide et incolore iiltrée. Le produit, fort peu abondant, contient du chlorure de sodium et du sublimé corrosif. On peut en ellet reconnaître celui-ci, avec la potasse, l’acide sulfhydrique, la lame de cuivre, etc.
Expérience uc. — J’ai voulu savoir si en traitant de môme l’estomac d’un animal qui était mort empoisonné par le sublimé corrosif j’obtiendrais du bichlorure de mercure. Ce viscère avait été lavé avec de l’eau distillée pendant plusieurs jours, et ne cédait plus rien à ce liquide. Le chlorure de sodium n'a pas enlevé la moindre trace de sublimé; pourtant l'estomac contenait un composé mercuriel, puisque j’ai pu en retirer du mercure. C’est M, Lassaigne iui-même qui a eu l’obligeance de faite l’opération.
Expérience mc. — J’ai empoisonné un chien avec 6 décigrammes de sublimé corrosif dissous dans 300 grammes d’eau distillée. L’œsophage et la verge ont été liés. Dix heures après l’animal n’étant pas mort, je l’ai tué et je l’ai ouvert à l’instant môme. La vessie contenait l\ 5 grammes d'urine un peu trouble ; je l’ai mêlée avec quelques gouttes d’acide chlorhydrique, et je l’ai fait évaporer jusqu’à ce que le liquide fût réduit au tiers de son volume , puis je l’ai fait traverser par un courant de chlore gazeux, bien lavé : il s’est formé des flocons blanchâtres, assez abondants. J’ai filtré et fait évaporer le liquide à une douce chaleur. A mesure que l'évaporation avait lieu, ce liquide se colorait en brun; au moment où il était déjà d’un brun très foncé , je l’ai fait traverser de nouveau par un courant de chlore, ce qui a déterminé la formation de nouveaux flocons blanchâtres. J’ai filtré de nouveau et fait évaporer la dissolution jusqu’à siccité, à une douce chaleur : le produit a été délayé dans de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique et mis en contact avec une petite pile d’or et d’étain. Au bout de quarante-huit heures, la lame d’or était couverte çà et là d’un enduit blanc [et terne ; je l’ai lavée avec de l’eau distillée, et il a suffi de la laisser pendant quelques minutes dans de l’acide chlorhydrique concentré pour faire disparaître cet enduit, qui n’était par conséquent pas formé par du mercure.
Le foie et la raie, séparés immédiatement après la mort et coupés par petits morceaux, ont été dissous à une douce chaleur dans l’acide chlorhydrique concentré. Au bout de vingt minutes la dissolution était à peu près opérée, et la liqueur offrait une couleur bistre foncé. Dès qu’elle a été refroidie, je l’ai fait traverser pendant deux heures par un courant de chlore gazeux bien lavé : la matière s’est troublée et est devenue d’un vert noirâtre. Le lendemain , il s’était déposé un précipité assez abondant de même couleur. J’ai ajouté de l’eau distillée, et j’ai filtré : la liqueur, parfaitement transparente, était d’un brun rougeâtre; j’y ai fait passer un second courant de chlore gazeux pendant une heure et demie ; alors il s’est déposé des flocons blancs très abondants. La liqueur, excessivement (rouble , a été filtrée de nouveau; elle était d’un jaune foncé. On l’a concentrée à l’aide d’une douce chaleur ; mais bientôt après, voyant qu’elle se colorait en rouge, puis en brun, j’ai pensé qu’il était nécessaire de la
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traiter de nouveau par le chlore gazeux. Dès qu’elle a été réduite au quart de son volume, je l’ai soumise pendant une heure et demie à l’action de ce gaz, qui a encore déterminé la formation d’un assez grand nombre de flocons d’un blanc jaunâtre; j’ai filtré et obtenu un liquide d’un jaune assez clair, que j’ai rapproché par l’évaporation à une douce chaleur ; mais il n’a pas tardé à se colorer en rouge brun , ce qui m’a déterminé à la soumettre pour la quatrième fois, et pendant une heure et demie, à l’action du chlore gazeux, qui l’a encore troublée; j’ai filtré et concentré le liquide, à l’aide d’un douce chaleur, jusqu’à ce qu’il fût réduit à 12 grammes environ : il était alors d’un brun noirâtre et légèrement acide. Je l’ai étendu d’eau et je l’ai mis en contact avec une petite pile d’or et d’étain. Trois jours après, j'ai retiré ce petit appareil, et après l’avoir bien lavé et essuyé, j’ai vu que, surtout dans les intervalles qui séparaient les portions d’étain, il était taché en gris bleuâtre. J’ai chauffé le tout dans un tube de verre effilé, et disposé de manière à ce que le mercure qui pourrait se volatiliser vînt blanchir une lame d’or que j’avais préalablement introduite dans l’appareil. L’or de la pile a repris sa couleur jaune, mais je n’ai obtenu aucune trace de globules mercuriels, et la lame d’or n’a pas été blanchie.
Expérience ivc. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun 2 grammes de sublimé corrosif dissous dans 210 grammes d’eau distillée. L’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort au bout de dix heures , et a été aussitôt ouvert. La vessie était vide. LYs/omcrecontenait des aliments solides et liquides, de couleur grisâtre ; j’en ai acidulé une partie par l’acide chlorhydrique, et j’y ai plongé une lame de cuivre parfaitement décapée. Au bout de quelques minutes, ce métal était recouvert d’une couche de mercure métallique , qui apparaissait blanc et brillant dès que l’on frottait la lame avec du papier joseph , après l’avoir lavée avec de l’eau et l’avoir bien essuyée. L’autre portion du mélange alimentaire, grisâtre et un peu épais, a été filtrée : le liquide ne se colorait ni ne se troublait par la potasse ni par l’acide sulfliydrique. L'estomac de cet animal , lavé pendant plusieurs jours avec de l’eau distillée froide, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne fussent aucunement affectées par le gaz sulfliydrique, a été coupé en petits morceaux et traité dune douce chaleur dans une capsule de porcelaine par un mélange de trois parties d’acide chlorhydrique et d’une partie d’acide azotique concentrés. Quelques minutes après, le viscère était dissous; il s’était formé delà mousse blanche et il se dégageait du gaz bi-oxyde d’azote. Au bout d’une heure et demie il ne restait guère que 120 grammes d’un liquide jaunâtre, au milieu duquel nageaient des flocons blanchâtres, semblables à ceux qui, dans la première expérience, avaient été produits par le chlore. Dès que cette liqueur a été refroidie, on l’a fait traverser pendant deux heures par un courant de chlore gazeux bien lavé ; celui-ci a à peine précipité quelques nouveaux flocons. On a laissé réagir le chlore excédant jusqu’au lendemain , cl on a filtré : la liqueur était limpide, et d’un jaune excessivement clair; on l’a évaporée au bain-marie, presque jusqu’à siccité,
DU SUBLIMÉ CORROSIP.
et on v a ajouté lx 0 grammes d’eau distillée ; le mélange était jaune , un neu trouble, et très légèrement acide. On en a mis une faible portion en contact avec une lame de cuivre , qui n’a pas tardé à être terme par du mercure métallique, que l’on a obtenu sous forme de globules , en chauffant la lame de cuivre dans un tube effilé à la lampe. L autre pot Don, filtrée, a été évaporée de nouveau au bain-marie, pour la concentrer jusqu’à réduction au tiers de son volume. Dans cet état, et apres avoir été refroidie, elle a été agitée avec de l’éther sulfurique froid. Dès que les deux couches ont été formées, on a évaporé la couche élhérée , en exposant la capsule au soleil ; mais il a été impossible d’obtenir un résidu solide, par suite delà présence dans le liquide d’une grande quantité de matière grasse que l’éther avait dissoute. On a versé dans le liquide graisseux ainsi évaporé une quantité suffisante de dissolution de potasse à l’alcool pour saturer l’excès d’acide et saponifier la matière grasse, et on l’a laissé agir pendant quatre jours ; au bout de ce temps , il s’était déposé un peu de graisse jaune : on a filtré, et l’on a obtenu un liquide jaune et limpide, que l’on a fait évaporer à une douce chaleur ; quand ce liquide a été réduit au sixième de son volume , il était jaune , huileux et presque transparent ; la potasse et l’ammoniaque le précipitaient en brun café; l’acide suif hydrique liquide ne. le colorait pas , et en précipitait à la longue une très petite quantité de matière jaune, tirant sur le rouge, qu’il était impossible de considérer comme étant du sulfure de mercure ; cependant une lame de cuivre y décelait promptement la présence d un composé mercuriel. Quelle pouvait être la nature de ce composé ;
Le foie, séparé immédiatement après la mort et coupé en pclits motceaux, a été traité à une douce chaleur, dans une capsule de porcelaine, par un mélange de trois parties d’acide chlorhydrique et d une pat lie d acide azotique concentrés ; il s’est formé de la mousse et il s est dégagé du gaz bi-oxyde d’azote. Le viscère a été promptement dissous, et au bout, d’une heure et demie il ne restait qu’une liqueur jaunâtre, troublée par des flocons blancs. Alors on a lait passer un courant de chlore gazeux.
parfaitement lavé, à travers cette matière refroidie, ce qui a déteiminé. la formation de nouveaux flocons blancs , peu abondants et comme graisseux. Au bout de deux heures on a cessé de faire passer du chlore , et on a laissé réagir jusqu’au lendemain l’excès de celui qui se trouvait dans la dissolution; on a filtré : la liqueur était parfaitement limpide et d un jaune doré; on l’a évaporée presque jusqu’à siccité au bain-fnat ie, dans cet état elle conservait sa couleur jaune, quoique la nuance fût plus foncée ; on l’a étendue d’eau , et on y a plongé plusieurs lames de cuivre après l’avoir légèrement acidulée. Au bout de douze heures ce métal était couvert d’une couche grisâtre qui paraissait mercurielle; on a lavé ces lames dans de l’eau ammoniacale pour les débarrasser du sel cuivreux et d’une matière grasse dont elles étaient enduites ; on les a essuyées après les avoir lavées avec de l’eau, puis on les a frottées avec du papier joseph. tilles ont paru blanchir et sont devenues plus brillantes; alors on les a chauffées dtfns un tube effilé à la lampe, et l’on a obtenu de 1 huile cm-
Jl)f) DliS POISONS IRRITANTS.
pyreumatiquc , du carbonate d'ammoniaque, cl plusieurs petits globules de mercure que l’on a rassemblés sur une feuille de papier. La liqueur au milieu de laquelle ces lames avaient séjourné pendant douze heures a été agitée pendant quelques minutes avec de l’éther sulfurique, et elle s’est comportée comme celle qui provenait de l’estomac; après avoir été saturée par la potasse à l’alcool , elle est devenue d’un rouge brun , taudis qu’auparavant elle était d’un jaune foncé, et elle s’est troublée. Quatre jours après il ne s’était encore rien déposé ; on voyait seulement au milieu de la liqueur un précipité hydrophane qui n’avait aucune tendance à gagner le fond; on a dû renoncer à rechercher s’il existait dans ce mélange un sel de protoxyde ou de bi-oxyde de mercure.
Expérience v". J ai introduit dans l’estomac d’un chien k grammes de sublimé corrosif dissous dans 150 grammes d’eau ; l’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort au bout de huit heures, et a été ouveit aussitôt. La vessie contenait à peine 2 grammes d'urine que j’ai acidulée avec de l’acide chlorhydrique ; une lame de cuivre laissée pendant deux jours dans cette liqueur s’est à peine ternie, en sorte qu’il me serait impossible de dire si elle contenait ou non un composé mercuriel.
Le foie , séparé immédiatement après la mort, a été coupé en petits morceaux et introduit dans un matras avec le sixième de son poids d’acid esulfurique concentré et pur; à ce ballon était adapté un tube qui venait se rendre dans une éprouvette contenant de l’eau distillée. On a chauffé graduellement le matras jusqu’à ce que le liquide entrât en ébullition , et on l’a maintenu à cette température ; vers la fin de l’opération , il s’est dégagé des vapeurs abondantes d’acide sulfureux , et il n’est resté dans le ballon qu’un charbon sec et friable ; l’eau de l’éprouvette s’étant échauffée pendant l’expérience par suite de l’arrivée des gaz résultant de la décomposition de l’acide sulfurique et de la matière organique, a été changée à plusieurs reprises. On a versé dans le ballon les divers liquides recueillis dans les éprouvettes; on a saturé l’excès d’acide par de la potasse à l’alcool, et on a chauffé le tout pendant une heure à la température de 80°, avec un mélange de parties égales d’acide azotique et d’acide chlorhydrique ; on a filtré et fait évaporer la liqueur jusqu’à siccilé à une douce chaleur afin de chasser l’excès d’acide; le produit a été dissous dans l’eau distillée, et la liqueur jaunâtre et limpide , après avoir été acidulée, a été laissée pendant plusieurs heures avec une lame de cuivre parfaitement décapée qui n’a pas été affectée. Tout portait à croire que’ l’eau régale employée n’avait pas dissous le composé mercuriel que pouvait contenir le charbon, soit parce qu’elle avait été par trop affaiblie par les liquides recueillis dans les éprouvettes, soit parce qu’elle n’avait pas été suffisamment chauffée. Pour lever toute incertitude à cet égard, j’ai fait bouillir le charbon avec de l’eau régale pendant vingt minutes, puis j’ai continué à chauffer jusqu’à ce que la majeure partie de l’acide fût évaporée, et que le charbon fût à peine humide ; alors j’ai traité le charbon par l’eau distillée bouillante, et j’ai filtré; une portion de la liqueur filtrée n’a pas tardé à ternir plusieurs lames de cuivre bien décapé. Dès
DU SUIïUÜU CORROSIF*
nue l’ammoniaque ou l’acide chlorhydrique ont touche les couches tenues, ?cs couches sont devenues blanches : il a suffi de chauffer ces lames blanchies dans un tube de verre effilé pour obtenir une quantité très notable de (] lobules mercuriels. L’autre portion de la liqueur, jaunâtie et parfaitement limpide , a été agitée avec de l’éther sulfurique , qui a m ant mffine a déterminé la formation de deux couches ; la couche supéneu e , éthérée , séparée à l’aide d’un entonnoir et évaporée à une douce chaleur a laissé un résidu d’un blanc jaunâtre qui élan du bichlorurede mercure ; en effet, il précipitait en jaune parla potasse, en rouge par Piodure de potassium , en noir par l’acide sulrtiydriquc et en blanc par
l’azotate d’argent.
L'estomac de cet animal était recouvert intérieurement d une couche grise , comme cela a souvent lieu dans les empoisonnements par le sublimé. Je l’ai lavé jusqu’à ce que les eaux' de lavage ne se colorassent plus par le gaz acide suif hydrique, puis je l’ai carbonisé dans une cornue par le sixième de son poids d’acide sulfurique, comme je 1 ai dit en pai laut du foie. J’avais eu la précaution d’adapter à la cornue un ballon qui communiquait avec une éprouvette contenant de l’eau distillée; ces deux vases plongeaient dans de l’eau très froide.
Examen du charbon. — Je l’ai fait bouillir avec de l’eau régale , et je l’ai traité comme je l’avais fait en expérimentant sur le charbon donné par le foie ; la quantité de mercure recueilli sur les lames de cuivre a été des plus considérables, quoique je n'eusse employé que la dixième partie de la dissolution; on voyait même çà et là sur les lames une matière blanche opaque qui se comportait avec les réactifs comme le sublimé corrosif ; les neuf autres dixièmes de la dissolution, agités avec de
l’éther, ont fourni beaucoup de biclilorure de mercure.
Examen des liquides dist illés dans le ballon et dans l éprouvette.
Je les ai réunis et je les ai chauflés pendant un quart d heuic environ avec de l’eau régale, afin de transformer l’acide sulfureux eu acide sulfurique et de détruire la majeure partie de la matière organique, puis j’ai fait passer un courant de chlore gazeux bien lavé à travers la liqueur ; il s’est à peine déposé quelques parcelles de matière jaune comme graisseuse; j’ai filtré et fait évaporer la liqueur au bain-marie; quand le liquide a été réduit à peu près au sixième de sou volume , je me suis aperçu qu’il cristallisait par le refroidissement; et , en effet, le lendemain il y avait au fond de la capsule 1 gramme 2 centigrammes de sublime corrosif cristallisé facile à reconnaître par Piodure de potassium , 1 ammoniaque, la potasse, l’acide sulfhydrique , etc.; l’eau-mère tenait encore en dissolution une certaine quantité de biclilorure de mercure.
Expérience vi°. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun
h grammes de sublimé corrosif dissous dans 120 grammes d’eau, et j’ai lié l’œsopliage et la verge. Deux heures après , j’ai tué l’animal , et je lui ai ouvert aussitôt l’aorfe; j’ai obtenu par ce moyen 230 grammes de sang, que j’ai soumis à l’action de 39 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, dans une cornue à laquelle j’avais adapté un récipient vide
qui plongeait dans de l’eau froide , et d’où parlait un tube qui venait se rendre dans une éprouvette contenant de l’eau distillée, cl qui était cn-
"r "T’r ^ /raîc^e ; la cornue ayant été graduellement chauffée , 1 opéiation a été conduite comme je l’ai dit à l’expérience 5e à l’occasion du traitement de l’estomac ( voy. page 567) , et je n’ai obtenu aucune trace de mercure. La vessie contenait 8 grammes' d'urine- j’ai lait passer un courant de chlore gazeux à travers ce liquide - j’ai filtré et j’ai rapproché la liqueur au bain-marie, tant pour la concentrer nue pour chasser l'excès de chlore : la lame de cuivre n’a pas éprouvé le moindre changement dans ce liquide.
Expérience vne. — J’ai répété la même expérience en ouvrant l’aorte a in g t minutes après l’empoisonnement ; le sang examiné, comme le précèdent , n’a fourni aucune trace de mercure.
Expérience vme. — Cinq minutes après avoir empoisonné un chien avec 8 grammes de sublimé corrosif dissous dans 180 grammes d’eau je l’ai saigné , et j’ai traité 288 grammes de sang par l’acide sulfurique ’ comme il a été dit à l’expérience 6'. Une heure après , j’ai encore extrait de la veine jugulaire 90 grammes de sang, et j’ai tué l’animal; ces deux quantités de sang soumises séparément à l’action de l’acide sulfurique concentré, comme il a été dit à l’expérience 6e, m’ont donné en dernier résultat deux liquides que j’ai laissés pendant long-temps en contact avec plusieurs lames de cuivre; celles-ci ont été légèrement termes , comme si elles eussent été plongées dans un liquide contenant à peine un sel mercuriel; en les frottant elles acquéraient une couleur blanche argentine ; toutefois lorsque je les ai soumises à l’action du feu dans deux tubes de verie effilés, j ai obtenu une vapeur blanche excessivement légère, au milieu de laquelle il m’a été impossible d’apercevoir des globules mercuriels bien caractérisés. Le foie de cet animal carbonisé aussi par l’acide sulfurique et traité par le même procédé que le sang m'a donné , au contraire, un très grand nombre de petits globules de mercure.
Expérience ixc. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun 5 cenligi animes de sublimé corrosif dissous dans 200 grammes d’eau ; l’œsophage et la verge ont été liés, et l’animal a été tué trente, heures après 1 empoisonnement. La vessie contenait 16ft. grammes d'urine que j ai filtrée et soumise a l’action d’un courant de chlore gazeux ; j’ai ensuite laissé réagir pendant vingt-quatre heures l’excès de chlore sur la matière organique; alors la liqueur a été filtrée de nouveau et évaporée au bain-marie presque jusqu’à siccité; je l’ai étendue d’eau distillée, et j’y ai plongé plusieurs petites lames de cuivre parfaitement décapées; le lendemain , toutes ces lames étaient ternies et comme recouvertes d’une couche mercurielle très mince; je les ai lavées dans l’eau distillée , et après les avoir essuyées entre deux feuilles de papier joseph , je les ai coupées en petites lanières pour les soumettre à l’action de la chaleur dans un tube de verre effilé à la lampe, et fermé par un bout. Bientôt après il s’est condensé dans la partie étroite du tube un assez bon nombre de petits globules mercuriels parfaitement caractérisés.
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Urine des individus soumis à un traitement mercuriel. — - J’ai été curieux de savoir si, comme l’a annoncé Al. Cantu, cette urine contient un composé mercuriel. Voici comment avait procédé le chimiste de Turin. Après s’ètre assuré que la portion liquide de 30 kilogrammes d’urine provenant de malades soumis à l’usage de frictions mercurielles, ne fournissait pas à l’analyse le plus léger atome de mercure , il a cherché ce métal dans le dépôt qui s’était formé spontanément, et qui était ramassé au fond du liquide. 11 a mélangé ce dépôt avec parties égales de carbonate de potasse et de charbon; il en a fait une pâte à l’aide d’une certaine quantité d’eau , et il l’a chauffée dans une cornue à laquelle il avait adapté un récipient contenant de l’eau ; le col de la cornue plongeait dans ce dernier liquide. Après la décomposition de la matière par le feu, il a été aisé de voir que le liquide empyreumatique recueilli dans le récipient ne renfermait aucune trace d’un sel mercuriel ; il n’en était pas de même, suivant l’auteur, d’un dépôt brun qui s’était condensé dans le ballon , et qui en occupait le fond ; en effet, si Ton desséchait ce dépôt et qu’on le comprimât sur une carte, on voyait un nombre infini de globules mercuriels. Le col de la cornue en était également tapissé.
( Specimen medico-chemicum de mercurii prœsentià in urinis syphiliticorum mercurialem curationem palientium. Mémoires de l’Académie de Turin , t. xxixc, année 1823.) Voici les expériences que j’ai tentées à ce sujet.
Expérience x1'. — J’ai laissé déposer pendant huit jours du mois de mai 18Zi2 16 kilogrammes d’urine provenant de malades soumis à l’action du sublimé corrosif pris à l’intérieur comme anlisyphilitique ; le dépôt grisâtre, lavé et desséché, du poids de 135 grammes, a été traité comme l’avait fait M. Cantu, dans une cornue que j’ai chauffée jusqu’au point de la fondre. Il m’a été impossible d’apercevoir aucun globule mercuriel dans le col de cette cornue ni dans le ballon ; on voyait bien une multitude de petites bulles d’air et de globules huileux offrant l’aspect des globules mercuriels; mais par un examen attentif on pouvait se convaincre qu’il n’y avait là aucune trace de mercure. Le liquide empyreumatique contenu dans le ballon a donné au bout de deux jours un léger dépôt brun que j’ai séparé, desséché et écrasé sur une carte, et au milieu duquel il m’a été impossible de déceler aucun globule mercuriel ; j’ai alors traité ce dépôt par l’acide azotique concentré , j’ai évaporé la liqueur presque jusqu’à siccité, puis je l’ai étendue d’eau ; une lame de cuivre bien décapée, laissée dans cette dissolution pendant vingt-quatre heures, n’a point été ternie.
Expérience xr. — L’urine qui avait fourni le dépôt grisâtre sur lequel j’avais opéré (16 kilogrammes) a élé filtrée et évaporée à une douce chaleur jusqu’à ce qu’elle fût réduite à 2 kilogrammes; dans cet état elle était d’un brun foncé; je l’ai décantée, et je l’ai fait traverser pendant plusieurs heures par un courant de chlore gazeux. Le liquide résultant de ce traitement, d’un jaune rougeâtre, contenait un grand excès de chlore; il a été abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures afin
que la réaction cle cet agent fût plus complète. Dans ce moment je l’ai filtré et évaporé au bain-marie presque jusqu’à siccité; j’ai ajouté cle l’eau distillée au résidu , et j’ai plongé plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées dans la liqueur préalablement acidulée ; il 11e s’est déposé aucune trace de mercure sur ces lames.
Expérience xii'. — J’ai traité par l’eau régale à une douce chaleur 135 grammes du dépôt grisâtre fourni par 16 kilogrammes de la même urine qui m’avait servi à faire les expériences précédentes , et qui avait également été abandonnée à elle-même pendant huit jours. Après trois quarts d’heure d’une légère ébullition, le dépôt était entièrement dissous, et la matière organique en grande partie décomposée ; j’ai fait traverser la liqueur par un courant de chlore gazeux parfaitement lavé , et j’ai obtenu des flocons blancs assez abondants ; le lendemain , après avoir laissé réagir l’excès de chlore pendant vingt-quatre heures, j’ai filtré. La liqueur, d’un jaune clair, a été évaporée au bain-marie presque jusqu’à consistance sirupeuse; alors je l’ai étendue d’eau, et j’y ai plongé plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées qui 11’ont pas tardé à se recouvrir d’une couche grise évidemment mercurielle ; après avoir lavé ces lames dans de l’eau ammoniacale, je les ai séchées entre plusieurs feuilles de papier josepli ; puis je les ai coupées en petits fragments que j’ai chauffés jusqu’au rouge dans un petit tube de verre effilé à la lampe ; à l’instant même j’ai obtenu une multitude de petits globules mercuriels que j’ai réunis à l’aide de la pointe d’une épingle en plusieurs globules assez volumineux.
Conclusions. — Il résulte des expériences qui précèdent et de beaucoup d’autres analogues qu’il est inutile de décrire en détail : 1" que si les travaux de M. Lassaigne prouvent que le précipité fourni par l’albumine et le sublimé corrosif contient, après avoir été desséché, environ cinq pour cent de bichlorurc de mercure, il n’eu est pas moins vrai qu’il est impossible d’appliquer à la médecine légale le procédé que ce chimiste a fait connaître , lorsqu’il s’agira de déceler dans les tissus du canal digestif, dans nos viscères ou dans certaines substances alimentaires, la présence d’un composé mercuriel insoluble dans Veau, soit que ce composé contienne du bichlorure de mercure à l’état de combinaison , soit que le mercure s’y trouve à l’état de protochlorure. En effet , le chlorure de sodium proposé par ce chimiste distingué n’enlève pas ce composé mercuriel aux masses charnues, dans lesquelles il existe ordinairement en très petite proportion. ( Voy. expérience 2% p. 563. )
2° Que le procédé deM. Dcvergie, qui consiste à dissoudre l'organe ou toute autre matière solide dans de l’acide chlorhydrique concentré, puis à faire traverser la dissolution par un courant de chlore gazeux, doit également être abandonné, parce qu’il est quelquefois insuffisant
DU SUBLIMÉ CORROSIF
pour dcceler le mercure qui existe dans une matière suspecte, et qu’alors même que l’on parvient à le découvrir on n’en obtient pas, ni à beaucoup près , autant que l’on peut en extraire par d’autres moyens. Le chlore gazeux , en effet , ne détruit pas assez complètement la matière organique , même quand on en a fait passer plusieurs courants pendant plusieurs heures , ce qui est long et fastidieux ; quoi qu’on fasse, il reste toujours une matière grasse jaunâtre qui est, eu partie du moins, le résultat de l’action de cet agent sur les substances organiques. Cette matière huileuse est tellement abondante dans le traitement du foie et de quelques autres viscères, que les liquides eu dernier ressort sont obtenus fortement colorés par elle en rouge ou en brun rougeâtre, et qu’elle s’oppose à la précipitation du mercure, soit sur une lame de cuivre ou sur la petite pile d’or, soit à 1 aide des réactifs; il arrive même dans les cas dont je parle que le cuivre ou la pile se recouvrent d’une couche terne, d’un gris bleuâtre, que Ion serait tenté d’abord de prendre pour du mercure, et qui pourtant n’en contient pas un atome. ( Yoy. expérience 3% p. 563. )
3° Qu’il est au contraire facile d’extraire du mercure métallique des matières suspectes , quelles qu’elles soient, en les traitant d’abord par l’eau régale à une douce chaleur pendant une ou deux heures, et en faisant passer un seul courant de chlore à travers la dissolution obtenue, qui est ordinairement jaunâtre et déjà troublée par des flocons d’un blanc tirant sur le jaune ; il ne s’agit, après avoir laissé pendant plusieurs heures cette liqueur en contact avec l’excès de chlore que le courant y avait amené , que de la filtrer et de l’évaporer au bain-marie jusqu’à siccité pour chasser la majeure partie de l’acide, puis de l’étendre d’eau distillée. Une lame de cuivre plongée dans cette liqueur se recouvre bientôt de mercure métallique, que l’on peut recueillir sous forme de globules en chauffant la lame dans un tube effilé à la lampe. Je dirai toutefois qu’il ne m'a jamais été possible, en suivant ce procédé, d’extraire de cette liqueur mercurielle, à l’aide de l’éther, ni du sublimé corrosif ni un autre sel mercuriel susceptible d’être caractérisé, ce qui lient à la présence de cette matière grasse jaune dont j’ai parlé, et qui , pour être beaucoup moins abondante que dans le cas où l’on a traité d’après la méthode de M. Devergie , ne se trouve pas moins encore en assez grande quantité pour s’opposer à la séparation du sublimé corrosif par l’éther.
4° Qu’il est beaucoup plus avantageux , pour établir l’existence du sublimé dans une matière suspecte, de carboniser celle-ci en vases clos à l’aide de l’acide sulfurique concentré ; le charbon et surtout les liquides volatilisés fourniront du mercure et du sublimé corrosif en proportion notable , dès qu’ils seront soumis aux opérations que je
DKS POISONS IRRITANTS.
vais décrire en parlant du procédé qui doit être préféré. ( Vov. expérience 5e, p. 566. )
5° Que tout en admettant que le sublimé corrosif est facilement transformé par plusieurs matières alimentaires ou par nos tissus en un composé insoluble, il n’en est pas moins nécessaire, dans toute expertise médico-légale relative à ce sujet , d’opérer d’abord sur les portions liquides filtrées , parce qu’il arrivera souvent qu’elles contiendront encore une certaine quantité de sublimé en dissolution facile à reconnaître à l’aide d’une lame de cuivre, mais surtout en carbonisant la liqueur évaporée jusqu’à siccité par l’acide sulfurique concentré ( voy. la 5° expérience ). Dans ces sortes de cas, on ne devra jamais mettre la liqueur filtrée en contact avec des réactifs, tels que la potasse, l’iodure de potassium, l’acide sulfhydrique , etc., parce que souvent ils ne la troublent pas, et que presque toujours ils fournissent des précipités tout autrement colorés que ceux que doit donner la dissolution de sublimé corrosif.
6° Que l’absorption du sublimé corrosif ne peut plus faire l’objet d’un doute, puisque j’ai retiré du mercure métallique du foie et de Y urine des chiens empoisonnés par ce sel , ainsi que de Yurine des malades atteints de syphilis, à qui l’on faisait prendre depuis quelques jours de petites doses de biclilorure de mercure en dissolution;
Que sans nier que M. Cantu ait obtenu, en 1823, du mercure métallique de l’urine des syphilitiques soumis à l’usage des frictions mercurielles, je ferai remarquer que Rhades, M eissner, Schwergger et HI. Devergie, qui ont répété les expériences du chimiste de Turin, n’ont pas retiré un atome de ce métal, quoiqu’ils se fussent placés dans les mêmes conditions que lui ; que je n’ai pas été plus heureux que ces expérimentateurs en agissant exactement comme l’a conseillé M. Cantu, sur l’urine de malades qui avaient pris du sublimé à l’mtérieur ; qu’à la vérité je n’ai opéré que sur le précipité fourni par 16 kilogrammes d’urine , tandis que ce chimiste a fait ses recherches sur le dépôt provenant de 30 kilogrammes de ce liquide. En tout cas, le procédé suivi par M. Cantu est loin d’être le plus propre à extraire les atomes de mercure métallique que renferme une matière organique, comme cela résulte des expériences 10e et 12e (voy. p. 569) ;
Que je suis convaincu qu’en employant l’une des deux méthodes auxquelles je donne la préférence, on découvrira aisément le mercure dans le lait des nourrices et dans la salive des individus soumis à un traitement mercuriel, et que si l’on a échoué jusqu’à ce jour, c’est que les expérimentateurs n’ont pas agi sur une assez forte proportion de ces liquides, et qu’ils n’ont pas suivi un procédé convenable.
7° Que l’absorption du sublimé corrosif étant un fait acquis à la
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science il devient désormais indispensable, dans les expertises médicolégales relatives 'a l’empoisonnement par les préparations mercurielles, de soumettre aux opérations qui vont être décrites, le foie la rate, les reins et l’urine , toutes les fois que l’on n’aura pas retire du mercure ou du sublimé corrosif des matières expulsées par haut ou par lias, de celles qui ont été trouvées dans le canal digestif ou des tissus de ce
Qu’il ne suffit pas pour affirmer qu’un individu est mort empoisonné par du sublimé corrosif, d’avoir obtenu du mercure métallique ou du bichlorure de mercure des matières précitées, parce que ce poison est journellement administré h des malades atteints de syphilis, que l’on emploie aussi d’autres composés mercuriels qui, d’après M. Mialhe, semblent se transformer en sublimé aussitôt qu’ils sont en contact avec des chlorures alcalins et avec 1 air, et que dans tous ces cas l’expert pourrait constater, soit dans le canal digestil , soit dans le foie, soit dans l’urine, la présence du mercure métallique ou du sublimé, en proportion , à la vérité, excessivement minime.
9° Qu’il importe dès lors, avant de conclure, de s enqueiii attentivement de la position antérieure de l’individu , afin de savoir s il n’aurait pas été soumis l\ une médication mercurielle à une époque plus ou moins éloignée; quel a été le mode d’invasion de la maladie, quels en ont été les symptômes, la marche, la durée, et quelles altérations cadavériques ont été constatées après la mort. Dans la plupai l des cas d’empoisonnement par le sublimé corrosif, les accidents seront tellement graves et subits qu’il sera impossible d explique! la pi ésence du mercure ou du sublimé corrosif décelé dans les matières suspectes autrement que par un empoisonnement ; dans la plupart des cas aussi, la proportion de mercure ou du sublimé trouvée seia telle, qu’il sera facile de voir que le composé mercuriel n’a pas été administré comme médicament. En effet, le sublimé se combinant rapidement avec les tissus organiques, n’est pas aussi complètement vomi que d’autres poisons solubles, ce qui fait qu’on en trouve en général une quantité assez notable, soit dans les organes digestifs, soit dans la partie solide des matières alimentaires vomies, ou de celles qui existent dans l’estomac ou dans les intestins.
Procédé. — On fait bouillir pendant deux ou trois minutes, dans une capsule de porcelaine , les matières vomies et celles qui ont été trouvées dans le canal digestif, afin de coaguler et de séparer une portion de matière animale ; on filtre , et après avoir acidulé la liqueur avec quelques gouttes d’acide chlorhydrique , on y plonge une ou plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées. Si ces lames sont ternies au bout de quelques instants , d’une ou de plusieurs heures,
qu’elles soient grises ou blanches, on les laisse pendant quelques minutes dans une dissolution d’ammoniaque faible qui dissout l’oxyde ou le chloruie de cuivre qui ont pu se former; on les lave avec de l’eau distillée, on les essuie en les pressant entre deux feuilles de papier joseph , puis on les coupe en très petits morceaux et on les inti oduit dans un tube de verre effile a la lampe. Que l’on obtienne ou non du mercure métallique dans la partie la plus rétrécie du tube, on évapore jusqu’à siccité au bain-marie la liqueur dans laquelle ont'séjourné ces lames ; le produit sec est alors pesé et introduit dans une cornue de verre tubulée avec le sixième de son poids d’acide sulfurique concentré et pur ; à cette cornue est adapté un récipient qui plonge dans l’eau froide et qui communique, à l’aide d’un tube recourbé, avec une éprouvette à moitié remplie d’eau distillée, et qui est également entourée d’eau fraîche. On élève successivement la température de la cornue , et bientôt la matière qu’elle contient noircit et entre en ébullition; on pousse l’opération, à une chaleur modérée, jusqu à ce que cette matière soit réduite en un charbon à peu près sec, et par conséquent jusqu’après le moment où il s’est dégagé des vapeurs abondantes d’acide sulfureux. On opère séparément sur le charbon et sur les liquides distillés. On fait bouillir le charbon avec 50 à 60 grammes d’eau régale, composée de deux parties d’acide chlorhydrique et d’une partie d’acide azotique concentrés ; on cesse de chauffer lorsque la majeure partie de l’eau régale est évaporée et que le charbon est à peine humide; alors on traite celui-ci par l’eau distillée bouillante et on filtre ; une petite partie de la liqueur filtrée , en général incolore ou jaunâtre, est mise en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées, qui ne tardent pas à se recouvrir d’une couche grise et blanchâtre si cette liqueur contient du mercure; on agit sur les lames comme il vient d’être dit plus haut afin d’obtenir du mercure métallique. On agite le restant de la liqueur, c’est-à-dire la majeure partie , avec de l’éther sulfurique pur, dans un tube ou dans un petit flacon, et l’on ne tarde pas à voir deux couches se former ; on sépare la couche supérieure éthérée à l’aide d’un entonnoir et du doigt, et en faisant évaporer l’éther à la température ordinaire ou à une très douce chaleur, il reste du sublimé corrosif solide facile à reconnaître. Les liquides distillés contiennent ordinairement une quantité considérable de sublimé corrosif par rapport à celle qui se trouvait dans la matière suspecte ; ils renferment aussi une matière organique, de l’acide sulfureux, etc. On les réunit et on les fait bouillir pendant quinze ou vingt minutes avec de l’eau régale; puis on fait traverser la dissolution par un courant de chlore gazeux pendant une heure environ ; on filtre la liqueur pour la séparer de
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mielqucs flocons blancs graisseux et albumineux qui ont pu se former, et on la fait évaporer au bain-marie. Si la proportion du sublimé est un peu notable , il se forme vers la fin une pellicule qui annonce que le soi va cristalliser ; cela étant, on laisse refroidir lentement la matière, afin d’obtenir des cristaux dont il est aisé de reconnaître la nature,’et l’on peut encore constater la présence du sublimé dans l’eaumérè. Si la quantité de sublimé est trop faible pour que la liqueur cristallise, on continue 'a la faire évaporer au bain-marie presque jusqu’à siccité, afin de chasser l’excès d’acide, et lorsque le produit est refroidi , on en prend environ le tiers , que l’on étend d’eau et que l’on met en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre , et l’on agit sur les deux autres tiers par l’éther, comme je l’ai dit tout-à-l’heure à l’occasion du charbon.
Si toutes ces recherches ont été infructueuses, on opère sur la portion solide des matières vomies et de celles qui avaient été trouvées dans le canal digestif, et qui étaient restées sur le filtre (voy. page 573) ; on la carbonise par le sixième de son poids d’acide sulfurique concentré et pur en vases clos , en suivant la marche qui vient d’être tracée. ^
Admettons que l’on n’ait pas retiré du mercure ; on carbonise alors l’estomac et les intestins par un sixième d’acide sulfurique pur et concentré ; le plus souvent , on se borne à prendre certaines portions de ces viscères , celles qui offrent une couleur grisâtre ou qui sont très enflammées, et qui ont été évidemment plus attaquées que les autres.
Il ne faudrait cependant pas renoncer à traiter les autres portions, si les premières ne fournissaient pas le métal que l’on cherche. Il est préférable d’opérer ainsi de suite avec les tissus du canal digestif, que défaire bouillir ce canal dans de l’eau distillée, pendant une heure ou deux, et de carboniser le décoction évaporé jusqu’à siccité, parce que, en agissant de la sorte, on courrait risque de volatiliser une partie du sublimé que la matière pourrait contenir, et qu’il n’y a d’ailleurs aucun avantage à avoir une dissolution aqueuse, les réactifs ordinaires du sublimé n’étant d’aucun secours pour y déceler ce corps.
On agira de même sur le sang, le foie, la raie et les reins, si, malgré tant de recherches , on n’est pas parvenu à constater la présence d’un composé mercuriel. Pour peu que ces viscères contiennent du sublimé, on obtiendra du mercure en les carbonisant par l’acide sulfurique.
Quant à l'urine, il suffira de la filtrer et d’y faire passer un courant de chlore gazeux bien lavé ; on laissera réagir l’excès de chlore pendant vingt-quatre heures, puis on filtrera ; la dissolution limpide sera évaporée au bain-marie, presque jusqu’à siccité; le produit, étendu
d’eau et légèrement acidulé, par l’acide chlorhydrique, sera mis ert contact avec une ou plusieurs lames de cuivre.
Si l’urine, avant d’être filtrée, avait laissé déposer un sédiment quelconque, on ne devrait pas négliger de chercher le composé mercuriel dans ce dépôt, dans lequel il se trouve le plus ordinairement à 1 état de sel insoluble. On traitera ce dépôt par l’eau régale bouillante et le solutum sera soumis à l’action du chlore gazeux, comme il a été dit à la douzième expérience (voy. p. 570).
Sublimé corrosif dans un cas d’exhumation juridique - V Le 8 mars 1825, on a mis dans un grand bocal à large ouverture contenant 2 litres d eau, 12 grammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d eau bouillante ; on a ajouté de la viande , de la matière cérébrale et des portions d’intestins. Le 19 mars, le mélange n’exhalait aucune odeur létide; les matières animales étaient dures et comme tannées; la liqueur filtrée brunissait à peine par l’acide sulfhydrique ; la potasse et l’ammoniaque la rendaient tout au plus opaline ; mais la petite pile se recouvrait d une couche de mercure métallique aussitôt qu’on la plongeait dans cette liqueur et qu’on ajoutait quelques gouttes d’acide chlorhydrique. La viande, la matière cérébrale et l’intestin, lavés et bien desséchés, fournissaient du mercure métallique lorsqu’on les calcinait avec delà potasse dans une cornue ou dans un petit tube de verre. Il en était de même le 18 juin 1827.
Dès le 18 avril 1825, oii avait pris la moitiédela liqueur dont il s’agit et dans laquelle il y avait déjà si peu de sublimé, et on l’avait mise en contact avec d’autres matières organiques (foie , rate, intestins). Le 28 du même mois, le mélange exhalait une odeur des plus fétides, et la liqueur ne se colorait plus par l’acide sulfhydrique; la petite pile n’était pas blanchie non plus au bout d’une heure.
5 ^ 18 juillet 1826 , on mit dans un bocal à large ouverture un litre
d eau , une portion d’un canal intestinal et 30 grammes de sublimé corrosif. Le 2 août suivant , le mélange exhalait une odeur très fétide; la liqueur ne se colorait pas avec l’acide sulfhydrique ni avec les sulfures ; la petite pile n était blanchie qu’au bout de plusieurs heures. Les intestins, bien lavés, desséchés et calcinés avec de la potasse, fournissaient du mercure métallique.
3 Si I on enterre dans une bière de sapin blanc, à la profondeur d’un mètre, des chiens morts empoisonnés par 2 ou 3 grammes de sublimé solide, sans que l’œsopbage ait été lié, et qu’on les exhume quelque temps après , on verra qu’il n’existe point de mercure métallique dans le canal digestif; mais dans un certain nombre de cas les tissus de ce canal, desséchés et calcinés avec de la potasse, donneront du mercure ; si, au contraire, les animaux avaient promptement et considérablement vomi avant de mourir, on pourrait bien ne pas découvrir dans ces tissus la moindre trace d’un composé mercuriel.
h" Si l’on enferme dans un gros intestin 1 ou 2 grammes de bichlorure
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de mercure dissous dans 16 ou 20 grammes d’eau et mêlé .5 de la viande hachée, à du pain émietté et à de l’eau albumineuse, et que l’on place cet intestin dans une boîte de sapin que l’on enterre à 6 ou 7 décimètres de profondeur, on remarquera trois ou quatre mois après que la matière renfermée dans l’intestin n’offre aucune trace de mercure métallique, quoiqu’au premier abord on soit disposé ;\ prendre pour ce métal une foule de globules graisseux, brillants, qui font partie de la masse; pourtant on pourra démontrer dans le mélange la présence d’un composé mercuriel, en le desséchant et en le calcinant dans une cornue avec de la potasse; en effet, on en retirera du mercure métallique.
11 résulte de ces expériences , 1° qu’il suffit de quelques jours d’inhumation pour qu’il ne soit plus possible de constater la présence du sublimé corrosif dans la liqueur, autrement que par une lame de cuivre ou par la petite pile ; 2° que cet effet est d’autant plus prompt qu’il y a une plus grande quantité de matière animale mélangée avec le sublimé ; 3° que dans tous les cas on peut , en traitant par l’eau régale ou en carbonisant par l’acide-sulfurique (voy. pag. 564 et 574) les matières animales qui ont été en contact avec le sublimé , en extraire du mercure métallique , même plusieurs années après l’inhumation : or, la présence de ce métal , si elle ne prouve pas qu’il y avait du bichlorure de mercure dans les matières enterrées, ne laisse aucun doute sur l’existence d’une préparation mercurielle dans ces matières.
Sublimé corrosif introduit dans le rectum après la mort. — Expérience i". — Un gros chien caniche a élé pendu à huit heures trois quarts du matin; cinq minutes après, on a introduit dans le rectum 4 grammes de sublimé corrosif sous forme de poudre et de petits fragments. On a fait l’ouverture du cadavre le lendemain, à deux heures de l’après-midi. Les gros intestins ne contenaient point de matières fécales ; mais le rectum dirait une altération remarquable depuis l’anus jusqu’à quatre travers de doigt au-dessus; il était extérieurement d’une belle couleur blanche; la tunique séreuse était opaque , épaisse, dure, et semblable, jusqu’à un certain point, à une aponévrose; les vaisseaux du méso-rectum étaient légèrement injectés en rouge noirâtre ; la membrane, musculeuse était blanche comme de la neige. On voyait sur la tunique, muqueuse correspondante à la portion lésée la majeure partie du sublimé corrosif employé ; cette tunique était rugueuse, comme granuleuse, un peu durcie , et présentait plusieurs plis d’un rose clair, imitant , par leur disposition , des ramifications veineuses; ces plis étaient séparés par des portions d’une couleur blanche d’alhàtre : en étendant sur la main cette membrane interne , on pouvait faire disparaître les rugosités et la rendre lisse. Immédiatement au-dessus de ces quatre travers de doigt, les intestins offraient leur couleur naturelle , et les membranes étaient minces et molles au toucher ; en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation par-
faitement tranchée entre les parties sur lesquelles le sublimé avait été appliqué et celles qui n’avaient pas été en contact avec lui. On mil dans l’eau les portions d’inleslin attaquées par le sublimé, et vingt jours après il ne s’était manifesté aucun signe de putréfaction. On les soumit à l’analyse chimique après les avoir épuisées par l’eau bouillante, et on en retira du mercure métallique.
Expérience iic. — A neuf heures du malin , on introduisit dans l’intestin rectum d’un chien bien portant 2 grammes 60 centigrammes de sublimé corrosif sous forme de poudre et de fragments. Au bout de trois minutes, l’animal se plaignit, et rejeta quelques matières fécales teintes de sang. Un quart d’heure après il poussa des cris aigus et parut agité. Le lendemain on recommença l’expérience, et on introduisit la même dose de poison : l’animal succomba au bout de dix heures. On en fit l’ouverture le jour suivant. Les intestins étaient enflammés dans l’étendue de cinquante centimètres , en commençant par l’anus : loin d’offrir la couleur blanche et l’épaisseur dont j’ai parlé, la membrane séreuse était rouge , très injectée et mince ; on ne retrouvait plus de sublimé corrosif dans l'intérieur des intestins ( il avait été probablement rejeté par les selles); la membrane muqueuse paraissait d’un gris noirâtre dans les deux travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus de l’anus; cependant , en la détachant et en la plaçant entre l’œil et la lumière, on voyait qu’elle était d’un rouge excessivement foncé. La portion qui était immédiatement placée au-dessus, et qui s’étendait jusqu’à la hauteur de 22 à 25 centimètres , était aussi d’un rouge très intense et se détachait facilement par le frottement; la rougeur diminuait ensuite d’intensité et n’était plus sensible à la hauteur de 60 à 65 centimètres ; mais cette diminution s’opérait d’une manière graduée , et n’offrait point, comme dans l’expérience précédente, une ligne de démarcation tranchée entre les parties saines et les parties lésées. La membrane musculeuse était d’un rouge vif dans toute l’étendue des portions affectées. Il est aisé de voir que, dans cette expérience, l’altération organique ne s’était point bornée là où le poison avait été appliqué, mais qu’elle s’était étendue beaucoup plus loin.
Expérience me. — Un gros chien caniche a été pendu à midi. Trois quarts d’heure après , on a introduit dans le rectum 96 grammes d’une dissolution concentrée de sublimé corrosif. On en a fait l’ouverture le lendemain à deux heures de l’après-midi. Presque tous les gros intestins avaient été en contact avec la dissolution ; leurs membranes étaient blanches et épaisses; la tunique muqueuse présentait plusieurs bandes en zigzag, d’une belle nuance rose, qui contraslait avec la couleur blanche des autres portions. Immédiatement au-dessus de la partie avec laquelle le poison avait été en contact, l’intestin était dans l’état naturel, en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation parfaitement tranchée, phénomène qui n’existe jamais lorsque celle substance vénéneuse a été introduite pendant la vie.
Expérience iv\ — Un petit chien a été pendu à midi. Une heure et