‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 70 sur 107 · DU PRÉCIPITÉ ROUGE · texte numérisé non relu

DU PRÉCIPITÉ ROUGE

Observation Ü*. — Mademoiselle Sophie C. prit une assez forte dose de nrécipité rouge dans des confitures. Des douleurs d'estomac se firent sentir avec violence ; elle les dissimula autant qu’elle put; enfin les vomissements s’établirent , et elle rejeta une partie de ce qu elle avait avalé Les douleurs s’étendirent dans tout le bas-ventre et donnèrent lieu îi de fortes coliques. Les personnes qui environnaient la malade soupçonnèrent au’elle avait pu s’empoisonner, et se hâtèrent de lui faire prendre une grande quantité de lait chaud. Elle rejeta les premières gorgées et garda les dernières lasses. Le bas-ventre devint de plus en plus douloureux, et à mesure que les douleurs s’éloignaient de l’estomac , celles de ce dernier organe diminuaient; bientôt des évacuations alvines très abondantes se manifestèrent ; les membres inférieurs devinrent le siège de crampes très douloureuses; cet état dura au moins six heures. Ayant été appelé à cette époque, je trouvai cette malheureuse avec la figure grippée, le ventre dur, contracté , la peau froide , couverte de sueur, se plaignant d’éprouver dans l’abdomen des douleurs atroces. Je prescrivis 80 grammes de sirop de scarabé dans une potion qu’elle devait prendre par cuillerées ; un quart de lavement toutes les demi-heures avec la décoction de son, dans laquelle on ajouterait par chaque lavement cinq gouttes de laudanum. Les douleurs se calmèrent insensiblement; les selles devinrent moins fréquentes ; une sueur abondante s’établit; la malade eut quelques heures de sommeil, et le matin je la trouvai dans l’état le plus satisfaisant. Cependant il restait encore une sensibilité extrême du bas-ventre et une disposition singulière à des contractions involontaires des membres analogues à des crampes. Je continuai les mêmes moyens, mais à des doses moins fortes et moins fréquemment données; je leur associai des bains entiers long-temps prolongés , et au bout de quelques jours la malade put reprendre ses occupations. (Observation communiquée à M. Devergic par M. X.)

Il paraît cependant , d’après Je fait suivant , que cet oxyde mercuriel est beaucoup moins vénéneux lorsqu’il est appliqué à 1 extérieur.

Expérience. — On appliqua sur la cuisse d’un chien de fiO centimètres de haut 16 grammesde précipité rouge. L’animal n’éprouva d autres symptômes qu’une faiblesse générale, et mourut au bout de quatre jours et demi. A l’ouverture du cadavre, l’estomac était blafard et livide ; le duodénum était blanc; le rectum était le siège d’une altération remarquable; sa membrane interne était mollasse , boursouflée , lobulée à sa surface et semblable à un chou-fleur; son aspect était sale et livide, comme celui des surfaces cancéreuses après la mort; la tunique musculeuse sousjacente était intacte et d’une couleur livide ; les vaisseaux sanguins qui se distribuent à la surface du cœur étaient injectés; au-dessous de la membrane interne des ventricules de cet organe, on apercevait des stries rouges, comme des meurtrissures du tissu charnu. Les poumons étaient un peu engorgés à leur base (Smith).

000 nr.s toisons irritants.

Pi écipité rouge dam un cas d’exhumation juridique. — Si on enferme dans une boîte de sapin un gros intestin dans lequel on a mis 2 grammes de cet oxyde mêlé à de la viande et à du pain hachés eL

1 eduits en bouillie épaisse par de l’eau albumineuse ; si ou enterre celle boite à 6 ou 7 décimètres de profondeur, et qu’on procède à

I exhumation trois ou quatre mois après, on remarquera dans la matière que renferme l’intestin plusieurs points rouges formés par

oxyde , mais on ne découvrira aucune trace de mercure métallique. Si on lait avaler à un chien de moyenne taille , à jeun , 3 grammes de bi-oxyde de mercure , et qu’après la mort on l’enterre dans une bière de sapin à 6 ou 7 décimètres de profondeur, et qu’on ne procède à 1 exhumation qu’au bout de trois ou quatre mois, on verra qu il n’existe dans le canal digestif aucune trace de mercure métallique, tandis qu’on découvrira aisément çà et là des portions d’oxyde rouge de ce métal , à moins toutefois que celui-ci n’eût été entièrement expulsé par les vomissements ou par les selles.

Dû PROTOXYDE DE MERCURE.

11 est formé de bi-oxyde de mercure et de mercure métallique très divisé; il est solide , noirâtre et insoluble dans l’eau. Chauffé dans un petit tube, il se réduit en oxygène et en mercure; comprimé entre deux feuilles de papier, il laisse apercevoir à la loupe des globules mercuriels; 1 acide chlorhydrique le transforme en bichlorure soluble et en protochlorure insoluble.

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