‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 73 sur 107 · DES AUTRES PRÉPARATIONS MERCURIEIXES · texte numérisé non relu

DES AUTRES PRÉPARATIONS MERCURIEIXES

Azotate de protoxyde de mercure. — Il est solide , blanc , d’une saveur âcre , styptique ; il se boursoufle lorsqu’on le met sur des charbons ardents , et se décompose en dégageant des vapeurs de gaz acide azoteux jaune orangé. L’eau le transforme en azotate très acide soluble et en sous-azotate. La dissolution précipite en noir par les alcalis , en orangé rougeâtre par l’acide chromique et par les chromâtes, en blanc par l’acide chlorhydrique, et en noir par l’acide sulfliydrique.

Sulfate acide de protoxyde de mercure. — Il est solide, blanc et légèrement soluble dans l’eau bouillante ; la dissolution agit sur les réactifs comme la précédente ; toutefois l’eau de baryte y fait naître un précipité olive clair composé de sulfate de baryte blanc et de protoxyde de mercure noir ; si on dissout ce dernier dans quelques gouttes d’acide azotique pur, le sulfate de baryte paraît avec la couleur blanche qui lui est propre.

Azotate acide de bi-oxyde de mercure. — Il est en aiguilles blanches ou jaunâtres, d’une saveur âcre; il fournit, lorsqu’on le met sur des charbons ardents , du gaz acide azoteux jaune orangé. L’eau distillée le transforme en azotate acide soluble et en sous-azotate insoluble. La dissolution se comporte avec les alcalis et avec l’acide suifhydrique comme le sublimé corrosif. (Voy. pag. 555. ) Le sousazotate, connu également sous le nom de turbitli nitreux, est solide, pulvérulent, jaune ou jaune verdâtre; mis sur les charbons ardents, il se décompose en bi-oxyde rouge et en gaz acide azoteux jaune orangé; chauffé jusqu’au rouge dans un tube de verre, il fournit du mercure métallique. L’acide sulfhydrique le noircit.

Obseuvation 1". — Un garçon boucher, dans l’intention de se suicider, fit dissoudre sept parties de mercure dans huit parties d’acide azotique, y ajouta un peu de vert-de-gris, et à neuf heures et un quart du soir prit une cuillerée à thé de celte dissolution. Quelque temps auparavant il avait bu environ un litre de bière. Bientôt après il se plaignit d’être très mal à son aise et fut pris de vomissements. Les douleurs qu’il éprouvait devinrent si violentes, qu’il se roulait par terre, demandant à grands cris un couteau pour mettre lin à ses souffrances. Un médecin qui fut appelé sur ces entrefaites trouva le malade se plaignant de beaucoup de douleur dans la bouche et dans le pharynx, et tourmenté de hoquets vio-

des autres préparations mercurielles. 591

froides^ ^SpeU ^ vent,'C

de'w o"c^pav^n^-qui^ Ï^n.^dc

r^^E.ïr.1. “Prtsi,i*s,u>“ r pt • “

Lit beaucoup plus calme , la face pile , bouffie , les yeux hagardi > , les lùvres livides; le pouls donnait 120 pulsations par minute, il élai petit, mais régulier. Le malade accusait une sensation de brûlure depuis la bouche et le ong de l’œsophage jusqu’à l’estomac et l’abdomen. Toutes ce parues étaient douloureuses au toucher, et la région épigastrique offrait une tension bien marquée. Les vomissements et les évacuations a vines continuaient et ne cessèrent qu’avec la vie; enfin la mort survint vers minuit environ trois heures après l’accident, sans aucun nouveau symptôme et sans qu’il y eût le moindre trouble dans les fonctions intel-

16 Le^davre fut examiné douze heures après la mort. La face était bouffie et bleuâtre , les lèvres livides et couvertes d’écume ; la chaleur du coips n’avait pas encore tout-à-fail disparu. Tout le canal alimentaire contcnai de la craie en poudre. La partie postérieure de la langue était dure et mde, et présentait une petite vésication ; il y en avait une autre sur épiglotte ; le larynx et la trachée étaient rouges et injectés ; le pharynx était d’une couleur rose foncée, et offrait çà et là de petites taches d un rouge pourpre et quelques croûtes dures, rudes, brunâtres et irrégu hères, delà grandeur d’une fève. Ces taches brunes étaient évidemment des escarres imparfaites. Dans la partie inférieure, ces lignes d irritation devenaient moins fréquentes; près de 8 centimètres de la partie moyenne de l’œsophage étaient sains ; mais au-dessous les mêmes lésions reparaissaient. L’estomac , à l'intérieur, ne présentait aucune trace de lésion; ses parois étaient épaissies, surtout du côté du pylore. 11 était presque vide et ne contenait que quelques décagrammes d’eau teinte de bile, et un peu de matière grumeuse d’une couleur brune. Toute la membrane muqueuse offrait une teinte rose foncée, et du côté de l’extrémité cardiaque on voyait quelques taches de plusieurs centimètres de diamètre, d’une couleur livide ou brune, et ayant tout-à-fait l’aspect d’escarres. Quelques unes de ces taches étaient dans le même état que celles du pharynx ; d’autres étaient ramollies cl réduites en une sorte de pulpe brunâtre qui, lorsqu’on l’enlevait, laissait voir au-dessous d’elle la membrane lisse et d’un rouge vif. Ces escarres étaient principalement situées au sommet des rides de la membrane muqueuse. Il n’y avait pas d'abrusion de la membrane, excepté dans les points où l’on enlevait les cscaries. Les mêmes altérations se retrouvaient dans le duodénum, seulement a un moindre degré. Le reste des intestins offrait a l’extérieur une teinte rouge terne qui provenait de la rougeur de leur membrane interne. La rougeur foncée et la lividité reparaissaient au commencement du cæcum, cl de ce point diminuaient d’intensité en descendant vers le rectum , qui était tout-à-fait sain. Les autres organes abdominaux , ainsi que les viscères

thoraciques, n’offraient absolument aucune lésion. La tôle n’a pas été ouverte. 1

On sait que l’azotate de mercure’, de môme que tous les sels solubles de ce métal , est un poison corrosif très violent. L’observation que nous venons de, rapporter, qui est , à notre connaissance du moins , le seul exemple d’empoisonnement par cette substance, ne laisse aucun doute sur sa manière d’agir. Les effets terribles d’une aussi faible dose (une cuillerée à thé) sont aussi très remarquables ; on a vu d’aussi grands ravages produits par une aussi petite quantité de sublimé corrosif. (Biosley, tlie Med. Gazette , décembre 1831.)

Observation 2e. — James Maxwell, Ügé de trente-cinq ans, avait été admis à l’hôpital pour un rétrécissement de l’urètre, et se trouvant complètement guéri, il se proposait de sortir le 30 mars 1835. Dans la soirée du 29, il pria un de ses voisins de lui faire des frictions sur la hanche et sui la cuisse du côté droit avec de l’huile camphrée. Ce voisin se trompa de bouteille et fit usage d’une solution d’azotale de mercure. Une vive douleur se fit sentir immédiatement, et une heure après il fut pris d’un violent frisson qui dura une demi-heure. A celte époque, il rendit avec facilité une grande quantité d’urine, présentant un aspect naturel. Pendant les cinq jours suivants, il n’urina pas une seule fois; le cathéter fut introduit plusieurs fois et ne fit sortir rien autre chose que deux ou trois petites cuillerées d’un liquide muqueux sans odeur urineuse. Quelques gouttes d urine vinrent dans la nuit du 5 avril, et la nuit suivante il en tendit une grande quantité. A partir de ce moment, cette évacuation reprit son cours normal. Le 5 avril il avait été saigné, et M. Child avait reconnu dans le sérum du sang la présence de l’urée. L’escarre qui s’était formée était superficielle , mais très étendue; elle laissa une plaie très douloureuse qui se cicatrisa très lentement. Le ptyalisme se manifesta le troisième jour et fut très abondant ; le rebord alvéolaire de la mâchoire inférieure se dénuda. Le malade but abondamment pendant la suppression de l’urine ; il conserva sa connaissance et resta calme sans aucune disposition au coma. Le pouls était plein et mou, donnant de 80 à 90 battements. Les forces revinrent très lentement; cependant il put quitter l’hôpital le 26 avril, et alla à la campagne où il s’est rétabli promptement.

Ce fait est intéressant sous plus d’un rapport : 1" On y voit un sel de mercure appliqué extérieurement produire la suppression de l’urine , suppression qui a lieu également après l’ingestion dans l’estomac du sublimé à dose vénéneuse. 2° La suppression d’urine n’était point accompagnée de coma; la guérison eut lieu après une suppression complète d’urine pendant cinq jours. ( Tlie Edinburgh mcd. and sur g. journal , juillet 1835, pag. 26.)

Sulfate acide de bi-oxyde de mercure. — U est solide, blanc, déliquescent, décomposable par l’eau distillée en sulfate très acide soluble, et en sous-sulfate (turbith minéral). La dissolution est âcre et

Page 1