DES VAPEURS MERCURIELLES ET BU MERCURE EXTREMEMENT DIVISÉ
Le mercure réduit à l’état de vapeur doit être regardé comme un poison. Fernel, Swédiaur, Fourcroy, etc., rapportent des observa-
DES POISONS I MUTANTS.
lions qui prouvent combien les ouvriers employés aux mines de mercure , les doreurs , les étameurs de glaces , les constructeurs de baromètres, etc. , sont sujets h des accidents graves. M. Mialbe explique l’action délétère de ces vapeurs par la facilité avec laquelle elles absorbent l’oxygène, puis se transforment en sublimé corrosif à la faveur des chlorures alcalins qu’elles trouvent dans l’économie animale. (Voy. pag. 605.)
Obs. lrc. Un homme dorait depuis le matin jusqu’au soir dans une chambre assez vaste , mais basse, où il couchait, lui, sa femme et ses enfants. Ayant pris assez peu de précautions contre les vapeurs mercurielles, il lui vint d’abord des chancres à la bouche en très grande quantité ; son haleine , à cette époque , était fétide ; il ne pouvait ni avaler ni parler sans des douleurs effroyables. De pareils accidents , guéris par la cessation de son ouvrage et les remèdes appropriés, reparurent trois ou quatre fois de suite, seuls et sans aucun autre symptôme ; mais bientôt à ce mal se joignit un tremblement universel très violent, qui attaqua d’abord ses mains , puis tout son corps ; il fut obligé de rester dans un fauteuil sans pouvoir faire un pas. Son état était digne de pitié. Agité de mouvements convulsifs perpétuels , il ne pouvait ni parler, ni porter ses mains à sa bouche sans se frapper lui-même ; on était obligé de le faire manger, et il n’avalait que par une déglutition convulsive qui cent fois manqua de le suffoquer. Dans cet état, il eut recours à un empirique qui prescrivit plusieurs remèdes secrets, et qui fit frotter ses jambes d’une pommade. L’effet qu’ils produisirent fut singulier : son tremblement cessa un peu , ses jambes et ses cuisses s’enflèrent prodigieusement ; il y vint des cloches en grande partie ; on les perça avec une aiguille; elles rendirent en abondance une eau trouble, séreuse, qu’on conserva dans des pots par ordre de l’empirique. Au bout d’un certain temps il s’y fit un dépôt , dans lequel on apercevait manifestement des globules de mercure. Au bout de cinq ou six mois d’un pareil traitement, poire malade se sentit beaucoup mieux : son tremblement étant très diminué et n’existant presque plus , il se crut guéri , et se négligea. L’exercice le fortifia; mais il lui restait une sensibilité singulière : le bruit d’un cheval ou d’une voiture quelconque le faisait tressaillir, au point qu’il aurait été bien des fois dans le cas d’être écrasé s’il n’eût pris la précaution de marcher contre le mur et contre les boutiques. Ayant recommencé son travail, malgré les précautions qu’il prit, son tremblement augmenta, et se fixa dans les mains. Une remarque singulière, c’est qu’ayant l’habitude de s’enivrer, dans cet état il tenait son verre sans le renverser, ce qui ne lui arrivait pas lorsqu’il n’avait pas bu; et il m’a dit avoir fait celte observation sur plusieurs de ses confrères qui étaient dans le même cas que lui. Le soin qu’il eut de ne travailler que très peu , d’écarter les vapeurs de mercure par un courant d’air, l’exemptèrent des maux cruels qu’il avait déjà soufferts ; il n’éprouva plus que le tremblement des mains et un bégaiement insupportable. Ce doreur a vécu trois ou quatre ans