‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 76 sur 107 · DES VAPEURS MERCURIELLES · texte numérisé non relu

DES VAPEURS MERCURIELLES

après sans aucun autre accident , et il est mort d’une fracture au blas à trois endroits différents.

Sa femme eut à peu près les mêmes symptômes , mais beaucoup moins graves dans le commencement. Elle eut de particulier un ptyalisme continuel qui la dessécha, et la rendit comme un squelette. Dans la suite, cette malheureuse femme devint asthmatique; les accès de celte maladie, d’abord éloignés, se rapprochèrent de plus en plus; elle avait un râle continuel, ne crachait ni ne toussait sur la fin de cette maladie, qui fut la môme pendant dix-huit ans ; elle ne pouvait ni marcher, ni se pencher sans crainte d’ètre suffoquée. Fixée sur un fauteuil depuis plus d’un an , les symptômes de son asthme devenant de plus en plus graves, elle fut enfin délivrée de ses maux par une mort heureuse pour elle , et qui eut quelque chose d’affreux pour ceux qui en furent spectateurs (1).

Obs. 2e. Le Triomphe, vaisseau de llx, entra dans le port de Cadix au moisde février 1810. Un mois après, un vaisseau espagnol chargé de mercure vint échouer sous les batteries de la ville , alors au pouvoir des Français. Les chaloupes du Triomphe furent envoyées à son secours, et parvinrent à sauver environ 130 tonneaux de mercure qui furent transportés à bord du vaisseau , et placés dans la paneterie. Le mercure était , à ce qu’il paraît, contenu dans des vessies renfermées dans des barils, qui euxmêmes étaient placés dans des caisses. Sous l’influence de la chaleur, alors très grande, et de l’humidité, les vessies se pourrirent rapidement , et laissèrent échapper le métal ; il se répandit aussitôt dans tout le vaisseau, se mêlant au pain et aux autres provisions en plus ou moins grande quantité. Bientôt après un grand nombre d’hommes de l’équipage furent atteints d’un ptyalisme violent (2). Le chirurgien et le munitionnaire du vaisseau furent des premiers et des plus vivement atteints ; en effet , le mercure coulait constamment dans leurs chambres situées sur le faux pont , et séparées de la paneterie par une simple cloison de bois. Dans l’espace de trois semaines, à dater du moment où le mercure avait été transporté à bord , deux cents hommes furent affectés de salivation , d’ulcérations de la bouche et de la langue, accompagnées, dans beaucoup de cas , de paralysies partielles et de dérangements d’intestins. On fit voile pour Gibraltar, on purifia le navire par des lavages, on envoya les malades à terre; les provisions, les objets d’équipement et même le lest furent portés à terre. Malgré toutes ces précautions et les lavages réitérés, tous les hommes qui furent occupés à rechanger le fond de cale, et ceux qui travaillaient dans la chambre de l’intendant, éprou-

(1) Essai sur les maladies des artisans, traduit du latin de Ramazzini , par Fourcroy, p. 43.

(2) Le mercure se volatilise, même à la température ordinaire, et ce qui prouve que dans l’obseryation dont il s’agit, l’atmosphère était réellement chargée de mercure, c’est qu’une montre d’or, des pièces de monnaie d’or et d’argent, renfermées dans un tiroir, et même toutes celles des ferrures du vaisseau qui étaient polies et brillantes, étaient en plusieurs endroits couvertes de mercure.

aèrent le ptyalisme, et pendant le retour de Gibraltar à Cadix , les malades se succédèrent rapidement jusqu’au 13 juin , époque où le vaisseau fit voile pour l’Angleterre. Pendant la traversée, les hommes de l’équipage étaient tenus constamment sur le pont; le navire était aéré jour et nuit par les ventilateurs; le pont inférieur restait ouvert autant que possible , et on ne laissait personne coucher dans le faux pont. Personne n’éprouva de symptômes dans le pont inférieur, et le nombre des malades diminua sensiblement.

Les moutons, les cochons, les chèvres, les volailles, les chats, les souris, un chien et môme un serin qu’on avait à bord, succombèrent sous l’influence de la vapeur mercurielle.

Avant cet événement, l’équipage du vaisseau avait déjà beaucoup souffert. Un grand nombre d’hommes avaient été atteints d’ulcères ma^ lins, qui, à cette époque, se manifestèrent à la fois sur un grand nombre de bâtiments, tant en mer qu’en Angleterre. La plupart de ceux qui avaient eu de semblables ulcères, quoique complètement guéris depuis longtemps, en furent atteints de nouveau, sans s’être fait même la moindre écorchure à la peau, et en peu de temps ces plaies prirent un aspect gangréneux. Les vapeurs mercurielles furent encore très nuisibles à ceux qui avaient une disposition aux maladies de poitrine. Trois hommes qui n’avaient jamais été malades, ou qui étaient en bonne santé avant de respirer la vapeur mercurielle, moururent phthisiques en très peu de temps. Un quatrième, qui avait eu une pneumonie dont il avait été parfaitement guéri , et enfin un cinquième qui n’avait jamais eu de maladie de poitrine, furent laissés à Gibraltar dans un état de phthisie confirmée. Deux seulement moururent de ptyalisme, sur le grand nombre de ceux qui en avaient été atteints : ces deux hommes avaient d’abord perdu toutes leurs dents, et ensuite la gangrène s’était emparée des joues et de la langue. Une femme, retenue au lit par une fracture, perdit non seulement toutes ses dents , mais éprouva en outre des exfoliations assez considérables des os maxillaires supérieurs et inférieurs.

Le soufre administré à l’intérieur et appliqué à l’extérieur ne détermina aucune amélioration; les seuls moyens qui produisirent un soulagement marqué furent le transport hors du vaisseau, l’usage fréquent des sels neutres à petites doses et les gargarismes détersifs. (Archives générales de médecine, t. iv, p. 282. Observation de M. Burnett.)

Obs. 3e. On lit dans la 5' livraison des Ann les générales des sciences physiques qu’un orfèvre de Malines , occupé dans son atelier à la dorure au moyen de l’amalgame, a eu le malheur de respirer les vapeurs mercurielles, et est mort trois heures après dans les plus horribles souffrances.

Obs. Zi°. Deux des enfants de la femme Guénérat, Joséphine âgée de dix ans et Louise âgée de sept ans, dépérissent, et sont affectées de tremblement dans les membres; leur intelligence s’altère, parce que pendant dix mois elles habitent au troisième étage un appartement dont deux fenêtres donnent sur une cour où est établi un fourneau que l’on emploie journellement à la distillation du mercure. Bientôt après, une lésion pro-

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