DE L’ACÉTATE DE CUIVRE BT DU YERT-DE-GR1S
sont suivis de vomissements avec efforts douloureux; il éprouve une grande difficulté à respirer ; il est agité par des mouvements convulsifs très violents ; il se couche tout-à-coup, devient insensible; le râle se manifeste et il meurt. A l’ouverture du cadavre on ne trouve rien de remarquable dans l’appareil gastrique ; la contractilité des muscles parait éteinte ; les poumons n’offrent aucune altération , et le cœur est sans action.
Observation ire. — Le à septembre 1772, iNavier fut appelé pour visiter, dans une même maison, neuf malades empoisonnés par le vert-degris.
Une jeune fille de dix-huit ans avait mangé du gâteau fait avec du beurre fondu, que l’on avait écumé avec une écumoire de cuivre, sur laquelle le corps gras s’était refroidi. Elle éprouvait de violents maux de tête et de grands vomissements. On lui fit boire abondamment, vingtquatre heures après l'accident, de l’eau tenant en dissolution une petite quantité de substance salino-alcaline ; elle prit ensuite de 1 eau de casse émétisée , et les principaux accidents cessèrent promptement. Cette fille fut promptement guérie par l’usage des nourritures laiteuses.
Le père, la mère, trois jeunes enfants et un garçon de dix-huit ans , avaient maugé du même gâteau, ainsi que de la soupe et de la viande provenant du pot au feu écumé avec la même écumoire, qui probablement n’avait pas été nettoyée. Des douleurs d’entrailles, des vomissements violents et fréquents, suivis d’un grand accablement, un pouls petit et serré et des maux de tète considérables , tels furent les symptômes qui se manifestèrent. Ou leur administra une légère décoction de graine de lin et de guimauve uu peu alcaline et édulcorée avec du sirop diacode; quelques heures après, on leur donna une eau de casse très légère, mais fortement aiguisée; l’effet de ces médicaments fut de procurer d’abondantes évacuations par haut et par bas : au bout de sept à huit jours, la guérison fut achevée. Il en faut excepter la mère, qui, naturellement sujette à des vomissements, et douée d’un tempérament nerveux, fut plus fatiguée de l’action du poison, et tomba plusieurs fois eu syncope : on parvint cependant à la rétablir, en insistant long-temps sur le régime laiteux.
Les deux autres individus avalent mangé une fricassée de pigeons préparée avec le bouillon fait dans le pot au feu dont nous avons parlé. L un d’eux, âgé de trente à quarante ans, d’un tempérament fort, cul des vomissements considérables; l’autre, âgé de vingt-quatre ans, fort et robuste , ne ressentit les atteintes du poison qu’au bout de plusieurs heures; mais il fut tourmenté par des vomissements et des maux de tête violents; bientôt après, il se déclara une fièvre intense, et il fut jeté dans un assoupissement léthargique occasionné par la violence des vomissements et par un étal pléthorique. On lui fit deux saignées au bras et une au pied ; on lui administra des boissons adoucissantes légèrement alcalines et laxatives, et il fut rétabli dans l’espace de dix à douze jours.
Quant au premier de ces deux individus , il fut traité comme les malades dont nous avons parlé précédemment, et il fut guéri dans trois jours (1).
Observation 2'. — M. Morizot-Deslandes fut prié d’aller, le 9 juillet 1781, au secours des jacobins de la rue Saint-Jacques, que l’on disait empoisonnés. Les malades, au nombre de vingt-un, se plaignaient de douleurs violentes, de coliques; ils avaient 'de la fièvre. Chez tous, les premiers accidents avaient élé un grand mal de tête accompagné de faiblesse excessive dans les jambes et dans tout le corps, des douleurs sourdes sur le devant des cuisses, et, chez quelques uns, des crampes dans les mollets. Ceux qui avaient été attaqués les premiers avaient éprouvé en outre une vive douleur dans l’estomac, accompagnée de l’anxiété précordiale qui lui est propre, et de tremblement dans les membres.
Chez quelques uns, les symptômes ne s'étaient déclarés que le lendemain. M. Morizot apprit que les malades avaient mangé, le vendredi et le samedi à dîner, de la raie cuite dans une chaudière de cuivre ; que le cuisinier, après avoir retiré une partie de l’eau qui avait servi à faire cuire le poisson , avait versé dessus du vinaigre pour le raffermir, et que la raie avait séjourné ainsi quelque temps dans la chaudière hors du feu. M. Morizot vit deux indications à remplir : énerver le poison et le chasser hors du corps; il donna d’abord du lait coupé avec quatre parties d’eau, une eau gommeuse, des bouillons légers de viande, avec des lavements émollients ; après quatre ou cinq jours , il prescrivit les minoratifs doux, tels que la casse et la manne dans le petit-lait, et ensuite le séné ; tous les malades furent guéris en peu de temps.
Il ajoute qu’un étranger qui avait dîné au couvent, et auquel on avait donné l’émélique, fut très mal , et n’était pas encore rétabli au mois de septembre (2).
Observation 3e (3). — Le 3 juillet ) 778, Jeanroi fut appelé pour voir le nommé By et sa femme , fruitiers, qui avaient mangé à dîner et à souper du veau qu’on avait conservé dans un vase de terre sur lequel on avait placé un couvercle de cuivre. Comme il y avait beaucoup de viande, elle fut refoulée par le couvercle , et elle s’imprégna de vert-de-gris. Le nommé Duval et sa femme, demeurant dans la même maison, en avaient aussi mangé à leur dîner le même jour. Le premier qui éprouva des accidents fut le nommé Duval ; le jeudi , à deux heures du malin , il fut réveillé par des coliques d’estomac qui furent suivies de vomissements. Son épouse, quelques heures après, se plaignit de tiraillements et de coliques douloureuses : l’usage répété du lait et des lavements mucilagineux suflit pour leur guérison.
Le nommé By éprouva le même jour, sur les sept heures du matin, des douleurs vives à l’estomac, des nausées, des vomissements fréquents; il ressentait, à des époques peu éloignées, des coliques affreuses suivies de
(1) Navikr, ouvrage cité, t. i, p. J 01 elsuiv.
(2) Drouaiu), ouvrage cité, p. 3i.
(3) Mémoires de la Société royale de médecine, p. 215, année 1778.