DF. L’ACÉTATE DE ('.U VUE ET DU VERT- DE-QR'IS
crisnation dans tous les, membres et accompagnées de sueurs abondantes.
La femme By éprouvait les mêmes accidents , à l’exception des coliques, nui n’étaient ni aussi violentes ni aussi répétées; elle se plaignait beaucoup de la tète ; le pouls de l’un et de l’autre était petit, inégal et que quefois convulsif. On leur avait donné, ainsi qu’aux deux premiers, des lavements mucilagineux et du lait. Jeanroi s’opposa à ce qu’on leur continuât le lait ; et comme leur langue était très chargée , et qu’on ne pou- • vait espérer de soulagement qu’en débarrassant l’estomac, il ordonna qu’on leur administrât de l’eau émétisée à la dose de 30 centigrammes sur 750 grammes d’eau. Le mari en prit 10 centigrammes, et la femme 15:ce moyen procura des vomissements d’une bile verdâtre, avec des morceaux de lait caillé , et alors les malades éprouvèrent un soulagement marqué. La femme ne se plaignit plus que de légères douleurs â l’estomac , et le mari de coliques qui se sont soutenues pendant trois jours.
Après avoir, avec de l’émétique, rempli la première indication. Jeanroi lit donner au nommé By et à sa femme, pour boisson ordinaire , une forte décoction de racine de guimauve; de plus ils prenaient, de demiheure en demi- heure , deux cuillerées d’une potion faite avec 186 grammes d’huile d’amandes douces, 6/t grammes de sirop de guimauve, et^ 32 grammes de sirop diacode ; et de deux heures en deux heures des la-’ vements faits avec la graine de lin, auxquels on ajoutait de l’huile d’olive; le soir un bol de thériaque, et chaque quatre heures un bouillon gras! A l’aide de ces différents moyens, les malades furent bientôt hors de danger.
Observation h’. — N***, ouvrier bijoutier, âgé de quarante-quatre ans, plongé dans la misère la plus profonde, résolut de s’empoisonner, et avala, le 23 juin 1812 à minuit, environ 16 grammes de vert-de-gris délayé dans une petite quantité d’eau. Dans la journée du 22 et du 23 , IS*** avait pris pour toute nourriture une soupe à l’oseille. Un quart d’heure après avoir bu le poison, il eut des coliques atroces, des vomissements abondants et des déjections alvines copieuses : ces symptômes persistaient encore à cinq heures du matin , heure à laquelle il entra à l’Hôtel-Dieu. On lui administra de l’eau de gomme , du lait et des lavements émollients. Trois heures après son arrivée, il présenta l’état suivant : visage triste, abattu; yeux profondément cernés, langue humide, bouche pâteuse, anorexie, crachotements, renvois de vert-de-gris, soif très intense, pouls petit, régulier, donnant 80 pulsations par minute.
( Même traitement.) A deux heures et demie, nouveaux vomissements de matières verdâtres foncées. A quatre heures, il se manifesta un ictère. Pendant la nuit, coliques légères, continuation des vomissements, trois selles qui amenèrent un peu de soulagement et le sommeil. Le lendemain (deuxième jour de l’accident) , jaunisse très intense, expression de calme, langue grisâtre, bouche pâteuse avec un goût de vert-de-gris; cessation des vomissements et des rapports cuivreux; abdomen rétracté, très peu sensible à la pression ; pouls régulier, développé; chaleur de la peau naturelle, tète lourde , légère surdité. ( Eau de l'ichy avec du petit-lait ,
lieux lavements émollients.) Le malade eut dans la journée quatre selles de matières grisâtres. Le ‘26 (troisième jour de l’accident ), continuation des mêmes symptômes, malaise général, soif vive, urine trouble, d’un rouge foncé avec un sédiment jaunâtre. ( Même traitement.) Le 27 (quatrième jour), diminution marquée de tous les symptômes, retour de l’appétit, faiblesse générale. ( Continuation des mêmes moyens , bouillon vermicelle.) Le 16 juillet, l’ictère était dissipé, et le malade était en pleine convalescence (1).
Observation 5°. — Drouard dit dans l’ouvrage déjà cité, p. 391 ni y a environ dix années, lorsque je commençais à me livrer à l’étude de la médecine par celle de la pharmacie, je pris par ignorance à peu près U grammes d’un mélange de vert-de-gris, de miel et de vinaigre, improprement appelé onguent égyptiac. Je sortais de déjeuner assez copieusement. Un quart d’heure après j’eus des rapports cuivreux et un crachement continuel : ce qui fit reconnaître l’empoisonnement. On m’administra une potion huileuse et on me fit boire du lait : deux à trois heures après j’éprouvai un grand mal de tête, avec soif et des coliques assez violentes; mon ventre se tuméfia si rapidement, que je fus obligé de relâcher la ceinture de ma culotte; des évacuations copieuses se déclarèrent. Un médecin appelé conseilla des boissons mucilagineuses et des lavements émollients ; les selles continuèrent en petite quantité, avec ténesme et perte des forces : elles ne cessèrent que vers le huitième jour, où commença ma convalescence. Après cet accident, j’ai conservé pendant long-temps une telle aversion pour le cuivre, qu’il me suffisait pour avoir des nausées de sentir ce métal.
Observation 6°. — Ayant été requis pour aller \pir M. Dubroc, ancien échevin de Bayonne , je le trouvai dans son lit , avec un vomissement continuel, des crampes aux extrémités, des mouvements convulsifs et des douleurs de ventre cruelles; son épouse et ses deux servantes étaient également attaquées, si ce n’est que les accidents ne se montraient pas aussi compliqués dans ces dernières qu’ils l’étaient dans la personne de M. Dubroc.
Cela me fit juger que ce vomissement était occasionné par quelque chose d’extraordinaire : effectivement, après quelques questions, ils me répondirent qu’ils avaient mangé des œufs à l’oseille et au beurre, qui avaient été préparés dans un vaisseau de cuivre, que je vis, et qui était tapissé de vert-de-gris.
Ne doutant plus que ce devait être l’acide de l’oseille qui avait divisé une partie de cuivre, et que les accidents provenaient de ce métal qui irritait et corrodait les membranes de l'estomac, et me trouvant dénué dans ce moment critique de ressources, je me suis déterminé à donner à M. Dubroc un bon verre de vinaigre, et à madame, chez qui les accidents n’étaient pas si considérables , un demi-verre.
Un demi-heure après qu’ils eurent pris le vinaigre , les malades me
(I) Observation communiquée par le docteur Picquct de la Houssiette.