DU VIN, DU VINAIGRE ET DES SAVONS CUIVREUX
Si l’on se rappelle avec quelle facilité l’acide acétique dissout le bioxyde de cuivre, on ne sera pas étonné que les vins acides qui séjournent dans des vases de cuivre incrustés de vert-de-gris tiennent en dissolution une certaine quantité de cette substance.
De tous les moyens propres à démontrer l’existence d’une préparation cuivreuse dans les liqueurs de cette espèce , on doit donner la préférence h celui qui consiste h précipiter la dissolution par l’acide suif hydrique , comme il a été (ht h la page 637.
Quelque compliquée que soit la composition des savons et des savonnules cuivreux , on pourra toujours en obtenir le cuivre métallique. Les détails dans lesquels je viens d’entrer en faisant l’histoire des diverses préparations cuivreuses, me dispensent de m’appesantir davantage sur cet objet , d’ailleurs peu important.
Question médico-légale concernant les sels cuivreux.
MM. Barruel et Chevallier ont été requis pour déterminer si du bouillon gras dans lequel on avait trouvé un sel de cuivre avait été empoisonné lorsqu’il était encore dans une marmite en fonte où il avait été préparé , ou bien si le sel de cuivre avait été ajouté au bouillon après que celui-ci aurait été retiré de la marmite. Les experts ont adopté cette dernière opinion , se fondant sur ce que la marmite en fonte ne contenait aucune trace de cuivre h sa surface, tandis que la même marmite s’était recouverte d’une couche brillante de cuivre
rouge lorsqu’on y avait laissé pendant huit heures U kilogrammes 500 grammes de bouillon gras refroidi, tenant 32 grammes de sulfate de cuivre en dissolution , et que le bouillon alors, au lieu de contenir du sulfate de cuivre, renfermait du sulfate de fer. ( Annales d’hygiène et de médecine légale, janvier 1830.)
On ne conçoit pas qu’à l’occasion de cette réponse, si conforme aux vrais principes de la science, M. Dovergic cherche à apporter des restrictions en établissant que si , au lieu de bouillon gras , il eût été question de bouillon aux herbes ou d’une liqueur acide . les choses se seraient passées autrement. Il est certain que dans ce dernier cas le cuivre eût été plus promptement précipité que dans l’espèce qui faisait l’objet de la consultation médico-légale si le sel cuivreux avait été ajouté à la liqueur pendant que celle-ci était encore dans la marmite , et les experts qui auraient vu le cuivre déposé sur le fer auraient répondu tout autrement qu’ils ne le firent.
nés sreifinas tle Mattib.
DU PLOMB
Le plomb est un métal solide , bleu , mou , flexible , facile à rayer par l’ongle , malléable et ductile. L’acide azotique le dissout à l’aide d’une douce chaleur, avec dégagement de gaz bi-oxyde d’azote , et donne un azotate soluble qui précipite en jaune par l’iodure de potassium, en noir par l’acide sulfhydrique, et en blanc par les sulfates solubles. (Voy. Acétate de plomb.)
Le plomb n’est point vénéneux tant qu’il est en masse ou en poudre grossière, et qu’il ne se transforme pas dans le canal digestif en oxyde ou en sel. On lit dans le Journal de médecine de Leroux, tom. xxm, pag. 318, qu’un chien en a pris impunément 120 grammes. Allié à l’étain pour étamer les ustensiles de cuisine, il n’est pas dangereux s’il est en très petite proportion et que l’étamage soit neuf; mais si la quantité de plomb est considérable, ou que l’étamage soit usé, alors même qu’il renferme peu de plomb , il peut donner lieu à la colique de plomb, etc., parce qu’une portion de ce métal est dissoute. Voici des expériences qui ne laissent aucun doute à cet égard. 1° J’ai exprimé le jus de deux citrons dans une casserole en cuivre que j’avais étamée avec parties égales de plomb et d’étain, et j’ai ajouté 800 grammes d’eau ; après trois jours de contact à froid , j’ai filtré et fait évaporer la liqueur jusqu’à siccilé : le produit carbonisé par l’acide azotique a laissé un charbon que j’ai maintenu pendant dix minutes à
DU PLOMB
une chaleur rouge clans la capsule où il avait été fait; les cendres provenant de cette opération contenaient de l’oxyde d’étain et un peu d’oxyde de plomb ; car traitées par l’acide azotique bouillant , elles m’ont fourni une dissolution contenant une petite proportion de plomb ; en effet , la liqueur précipitait en jaune par l’iodure de potassium , en brun par l’acide sulfhydrique , et en blanc par le sulfate de potasse; le bi-oxyde d’étain blanc n’avait pas été dissous; mais je me suis assuré de son existence en le dissolvant dans l’acide chlorhydrique. • 2° J’ai laissé pendant plusieurs jours 300 grammes d’eau et 100 grammes d’acide acétique dans une casserole étamée avec parties égales de plomb et d’étain; j’ai filtré et fait évaporer la liqueur jusqu’à siccité; le produit carbonisé par l’acide azotique a fourni un charbon que j’ai incinéré; la cendre, mise en contact avec l’acide azotique étendu et bouillant, m’a donné de l’azotate de plomb dans la liqueur, et il est resté du bi-oxyde d’étain.
Ces expériences ne s’accordent guère avec celles de Proust , dont il m’est impossible d’admettre les résultats. Voici ce qu’on lit à cet égard dans le tome LVtt des Annales de chimie, pag. 8à :
«-Les étamages chargés de plomb jusqu’à parties égales ne peuvent être dangereux, puisqu’il suffit au plomb d’être allié à l’étain pour qu’il ne puisse se dissoudre ni dans le jus de limon ni dans le vinaigre, les deux acides dont l’activité pourrait inspirer plus de méfiance. L’étain , plus oxydable que le plomb , se dissout exclusivement dans ces acides , et s’oppose à ce que le second soit attaqué. Le plomb ne pourrait s’approprier un atome d’oxygène sans que l’étain ne le lui enlevât à l’instant.
» Le plomb , lorsqu’il est allié d’étain à parties égales et au-delà , ne peut jamais prendre les devants sur le second, s’oxyder et se dissoudre avant lui. Ce même alliage pris intérieurement et à une dose bien plus forte que celle que pourrait avaler toute une famille, lors même que l’étamage ne durerait pas huit jours, n’est pas en état d’exposer, même légèrement , la santé : aussi n’y en a-t-il pas un seul exemple avéré. » (Proust.)
Si , au lieu de faire cuire des aliments acides dans des vases d’étain alliés au plomb , on se servait d’ustensiles préparés avec ce dernier métal seul , à plus forte raison y aurait-il oxydation et dissolution de quelques parties métalliques dont l’ingestion occasionnerait des accidents, comme je le dirai en faisant l’histoire de l’acétate et du carbonate de plomb.
Il serait encore dangereux d’avaler de l’eau qui aurait séjourné dans des vases de plomb , au contact de l’air, parce qu’alors le métal aurait passé à l’état d’oxyde hvdraté légèrement soluble dans l’eau ou à l’état I. à2
de carbonate, qui aurait fini aussi par se dissoudre en quantité sensible à la faveur de l’acide carbonique contenu dans l’air. Barruel et Mérat ont retiré 64 grammes de carbonate de plomb cristallise de six voies d’eau laissées pendant deux mois dans une cuve pneumalo-chimique doublée eu plomb. (Mérat , Traité de la colique métallique, 2e édition , pag. 98.) Nous savons que des familles entières ont été fortement incommodées pour avoir bu de l’eau qui était restée en contact avec des réservoirs de plomb , ou qui avait traversé des tuyaux de ce métal non encore tapissés du carbonate de chaux que beaucoup d’eaux potables déposent à leur surface interne, et qui les préserve d’une oxydation ultérieure.
Le plomb métallique très divisé est au contraire vénéneux ; on connaît généralement les mauvais effets des émanations saturnines.
Action des divers composés de plomb sur l’économie animale.
Il suffit de jeter un coup d’œil sur les observations médicales recueillies jusqu’à ce jour pour se convaincre du danger auquel sont exposés les individus qui emploient le plomb ou ses composés. Les peintres et barbouilleurs , les plombiers , les potiers de terre , les faïenciers , les lapidaires, les imprimeurs, les vitriers, les ciseleurs, les joailliers , les cartiers , les essayeurs , les verriers , les passetalonniers , les cordonniers , les doreurs , les chimistes , les fabricants de couleurs , les chapeliers, les épiciers, les mineurs, etc., sont souvent attaqués de maladies graves pour avoir seulement manié des préparations saturnines ou pour avoir été placés dans l’atmosphère de leurs émanations.
Nous verrons d’un autre côté qu’il peut y avoir aussi beaucoup de danger à avaler certains composés de plomb ou à les appliquer à l’extérieur.
Symptômes produits par les divers composés de plomb.
§ ICI Des émanations saturnines.
Les émanations saturnines sont absorbées et portent une atteinte plus ou moins délétère à l’économie animale. Pour le système nerveux de la vie intérieure, dit M. Tanquerel des Planches dans son excellent ouvrage sur les maladies saturnines, on n’observe que l’exaltation de l’action nerveuse; pour le système nerveux de la vie de relation, au contraire, les phénomènes de sensibilité et de mobilité peuvent être tantôt exaltés, tantôt abolis. Quand c’est sur les viscères contenus dans l'abdomen que le plomb a porté son influence pernicieuse , la colique se montre avec toutes ses variétés. Si c’est
DU PLOMB
l’appareil nerveux rachidien qui se trouve atteint , alors peuvent apparaître clans les organes de la vie de relation ces douleurs vives qui caractérisent Yarthralgie , ou cette perte soit du mouvement, soit du sentiment qui signalent la paralysie ou Y anesthésie saturnines. Si c’est l’encéphale qui est affecté , du délire , des convulsions ou du coma caractérisent Y encéphalopathie saturnine. Sur quatoize indi vidus atteints de maladies saturnines, douze à peu près sont affectés de colique , huit d’arthralgie , deux de paralysie , et un d’encéphalopathie. La colique est souvent compliquée d’arthralgie, et quelquefois de paralysie, et même d’encéphalopathie. C’est une chose fort remarquable que sur cent individus soumis à l’action des mêmes émanations saturnines, les uns soient pris de colique, les autres d’arthralgie, ceux-ci de paralysie , ceux-là d’encéphalopathie saturnines , maladies distinctes et indépendantes les unes des autres. Avant la manifestation des affections dont je parle , l’absorption des préparations de plomb peut donner lieu à un certain nombre de phénomènes qui révèlent déjà leur action sur la plupart des solides et des liquides de l’organisme : on les appelle prodromes de la maladie, ou bien on les désigne sous le nom d'intoxication saturnine primitive.
Ces prodromes sont : 1° la coloration bleuâtre, d’un gris ardoisé, de la portion des gencives la plus voisine des dents ; celles-ci sont d’un brun très foncé à leur base , tandis que leur sommet est d un brun plus clair tirant sur le jaune ou le vert ; ces nuances paraissent être dues à du sulfure de plomb ; 2° une saveur sucrée, styptique, astringente , ou à la fois fétide et styptique ; une haleine également fétide ; 3“ l’ictère saturnin ; la peau est d’un jaune sale ou terreux, ou , si l’ictère est moins prononcé, d’un jaune pâle légèrement cendré; la conjonctive, l’urine, les matières fécales offrent aussi une couleur jaune; Li° l’amaigrissement saturnin, qui est général, mais surtout à la face , laquelle offre alors des rides sensibles.
Colique des peintres ou colique saturnine. — Le symptôme le plus important, celui qui caractérise la maladie, c’est la douleur. Elle siège le plus habituellement à l’ombilic , moins souvent à l’épigastre ou à l’hypogastre ; le plus ordinairement c’est une sensation violente de tortillement , qui , loin d’augmenter en général à la pression , diminue le plus souvent lorsqu’on comprime l’abdomen. La constipation est, après la douleur, le phénomène le plus habituel ; les selles manquent en général pendant plusieurs jours ; cependant il y a quelquefois du dévoiement. On observe fréquemment la rétraction ou la dépression du ventre; quelquefois cependant il est plus gros, plus développé, plus saillant que de coutume, sans être ballonné; dans un bon nombre de cas, il n’est ni volumineux ni déprimé. Les nausées
apparaissent beaucoup plus souvent que les vomissements, qu’elles précèdent toujours; toutefois ceux-ci existent assez fréquemment. Les matières vomies sont d’un vert porracé , d’une consistance visqueuse, d’une odeur fétide, suî generis, d’une amertume extrême, érugineuse , que certains malades disent être analogue à celle du plomb , d’autres à celle du vert-de-gris, etc. Il y a le plus souvent des éructations de gaz d’une odeur et d’une saveur amères, fétides ; dans des cas fort rares , cette saveur est comme sucrée. Quand la colique est très intense, il y a souvent du hoquet. Au début de la maladie, la surface de la langue est nette; mais, au bout de quelques jours, un enduit blanchâtre , peu épais et fort adhérent , se montre presque constamment. L’haleine a une odeur toute caractéristique. Ordinairement la salive est alcaline, comme dans l’état de santé. De plus, communément la soif est assez vive. Il est excessivement rare que l’appétit soit conservé ; cependant quelques malades demandent à manger au milieu des plus atroces douleurs. Assez souvent l’envie d’uriner se fait sentir, et pourtant il n’y a point d’excrétion d’urine pendant le paroxysme, ou bien elle sort goutte à goutte; dans les cas où l’on observe un obstacle à l’excrétion de l’urine, et qu’elle est suivie de douleur, le liquide sécrété est plus rouge qu’à l’état normal. Les testicules, le cordon spermatique, la verge, l’utérus, le vagin et les reins peuvent être le siège de douleurs, de tiraillements, de dilacération ou de constriction. Il est rare que la respiration soit parfaitement tranquille pendant tout le cours d’une colique violente; le plus souvent elle s’accélère pendant la durée des douleurs du ventre ; dans quelques cas elle est entrecoupée , suffocante ; quelques malades éprouvent des palpitations , une petite toux nerveuse , fatigante , et même des symptômes analogues à ceux de l’angine de poitrine. Au moment des accès , la voix peut être comme étouffée. La jaunisse accompagne quelquefois la colique des peintres ; dans ce cas le sang est altéré par le plomb, en sorte que cet ictère ne peut pas être confondu avec celui que M. Tanqucrel a désigné sous le nom de saturnin. Le pouls est ralenti, ou tout au plus il offre son rhythme normal ; il est excessivement dur ; on l’a vu quelquefois irrégulier, rémittent pour ainsi dire. Le plus souvent la peau conserve sa chaleur normale. Les forces paraissent anéanties ou plutôt opprimées par la violence de la douleur. On observe très promptement uue diminution de la nutrition générale lorsque la colique dure pendant quelque temps. Il existe une altération profonde des traits de la face, laquelle annonce la plus vive souffrance et la plus grande anxiété. Ordinairement l’intelligence n’est pas troublée : seulement le malade, maîtrisé par la douleur, ne peut faire un usage aussi étendu que dans l’état normal de
DU l'LOMIU mn
scs facultés intellectuelles. Presque toujours , lorsque la colique est intense, il y a insomnie complète.
Arthralgie saturnine. — Les- phénomènes qui caractérisent 1 arthralgie saturnine sont, d’après M. Tanquerel des Planches, la douleur, la perversion de la contractilité et la lésion des fonctions correspondant aux organes affectés. La douleur forme à elle seule presque toute l’affection ; les membres , le tronc et la tête peuvent en être le siège ; le plus souvent ce sont les membres inférieurs qui sont affectés ; puis viennent les membres supérieurs, les lombes, les parois thoraciques, le dos et la tête; presque toujours cette douleur est dilacé- ,-ante , contusive, ou bien composée d’élancements excessivement douloureux qui se produisent brusques et rapides comme des secousses électriques ; elle ne subsiste point en général au même degré d’une manière continue ; ordinairement elle éprouve des exacerbations, surtout pendant la nuit; elle est souvent diminuée par la pression lente et graduée, surtout au moment des paroxysmes. Elle s’accompagne encore de quelques symptômes locaux ; ainsi les muscles sont affectés de spasmes, de contractions ou crampes, de rigidité, d’une sorte d’état tétanique, ou bien ils sont agités de tremblement ou d’un frémissement plus ou moins intense; ces muscles peuvent former des tumeurs inégales et très dures, et le membre se trouver déformé. Le mouvement communiqué ou spontané de la partie qui est le siège de l’arthralgie aggrave souvent la douleur. Assez souvent les malades fuient la chaleur de leur lit ; s’ils souffrent dans les pieds, ils descendent précipitamment pour les rafraîchir sur le parquet; il en est au contraire qui évitent le froid. Le pouls conserve habituellement sa souplesse et sa régularité normale. Il n’y a point de trouble dans la sécrétion urinaire, ce qui établit une différence entre les douleurs siégeant dans les masses musculaires et celles qui occupent la région des reins dans le cas de colique saturnine. Si les parois thoraciques sont douloureuses, les mouvements respiratoires peuvent être gênés. Les malades dont la face est sillonnée par des névralgies saturnines font des grimaces involontaires, et leurs traits sont grippés. La sécrétion du mucus nasal se supprime. Si le mal se porte sur le cou , on observe un torticolis. Il y a insomnie si les douleurs sont violentes. Du reste, toutes les autres fonctions sont en bon état dans le cas d’arthralgie simple.
Paralysie saturnine. — Si les émanations saturnines ont porté leur action stupéfiante sur un muscle soumis à l’empire de la volonté , il y a perte du mouvement de la partie atteinte. La paralysie peut être partielle ou générale dans un membre. Le plus ordinairement la paralysie des membres supérieurs existe avec celle des membres
inférieurs , de l’appareil vocal et du tronc. Excepté dans les cas de paralysie générale , ce sont toujours les muscles de la partie postérieure du membre qui sont uniquement privés de contractilité dans la paralysie des extrémités thoraciques, taudis que pour les extrémités abdominales ce sont les muscles de la partie antérieure du membre qui sont affectés. Les divers degrés de la paralysie saturnine consistent en un simple engourdissement, en un tremblement léger, ou en une perte complète du sentiment; la sensibilité peut persister dans les membres jusqu’à leur atrophie ; quelquefois cependant elle est affaiblie ou abolie ( anesthésie saturnine) ; mais le plus souvent elle est exaltée ( arthralgie saturnine). L’amaurose et la surdité compliquent rarement la paralysie du mouvement. Le pouls est en général faible, mou, facile à déprimer et très lent. La nutrition devient languissante dans les parties paralysées. Si la paralysie est bornée à un ou deux muscles seulement, leur atrophie tranche singulièrement avec les muscles des parties voisines, qui, n’étant pas malades, ont conservé tout leur relief. A l’état extrême d’émaciation succèdent des infiltrations partielles ou générales des membres , sur lesquels on ne tarde pas à voir de larges escarres ou plaques gangréneuses. Assez rarement les sécrétions des membranes muqueuses deviennent plus considérables, et rendent les malades sujets aux écoulements muqueux et à de copieuses expectorations; toutefois les parties paralysées sont assez souvent baignées, le matin, par des sueurs extrêmement abondantes et visqueuses. Lorsque les fonctions cérébrales sont troublées, ou lorsque des douleurs ont lieu dans le voisinage de l’épine, ce sont des phénomènes morbides dépendants de l’encéphalopathie et de l’arthralgie saturnines.
Anesthésie saturnine. — Si le plomb porte son action stupéfiante sur le principe de la sensibilité des organes de la vie de relation, sans que pour cela ils cessent d’entrer en action d’après des déterminations volontaires, il y a anesthésie saturnine, qui peut être bornée à la peau ou s’étendre aux parties sous-jacentes; d’autres fois ce sont les organes des sens, comme la vue, qui perdent la faculté de transmettre les impressions qu’ils éprouvent de la part des agents extérieurs. L’anesthésie apparaît moins fréquemment que la paralysie. Sur vingttrois cas d’anesthésie observés par M. Tanquerel, quatre fois la maladie occupait la profondeur des organes où elle siégeait ; sept fois la perte de la sensibilité se trouvait bornée à la peau ; enfin, douze fois l’œil avait perdu la faculté de percevoir les rayons visuels. Dans les onze cas d'anesthésie superficielle et profonde, trois fois il y eut paralysie du mouvement des muscles correspondants à l’anesthésie ; quatre fois l’abolition de la sensibilité et de la mobilité occupait des
DliS TRÉPANATIONS DE PLOMB. ^
points différents ; cnfln, quatre fois la perte de la sensibilité existait seule. Une seule fois l’amaurose et l’ancsthésic de la peau d un membre
coïncidaient chez le même individu,
Encéphalopathie saturnine.— Lorsque les composés de plomb ont porté leur action sur l’encéphale , il se manifeste des désordres fonctionnels, auxquels on donne le nom d’encéphalopathie saturnine.
11 peut y avoir tour à tour exaltation , abolition ou perversion des fonctions confiées au cerveau. Ainsi on observe tantôt un délire variable par sa physionomie ; tantôt la maladie cérébrale se révèle par des mouvements brusques, désordonnés, c’est-à-dire des convulsions; tantôt on voit un assoupissement, un affaissement général de toutes les facultés intellectuelles, scnsoriales et locomotrices, enfin un corna qui peut aller jusqu’au carus le plus profond. Un de ces accidents cérébraux peut se montrer seul pendant toute la durée de la maladie. Dans d’autres cas, ils se succèdent les uns aux autres, se gioupent de plusieurs manières, et par leurs transitions ou combinaisons variées représentent l’ensemble des divers troubles qui constituent l’encéphalopathie. M. Tanqucrel, à qui j’ai emprunté tous ces détails , établit les divisions suivantes : 1° forme délirante ; 2" forme comateuse ; 3° forme convulsive ; h° formes délirante , comateuse et convulsive réunies (1).
L’action délétère des émanations saturnines sur les animaux peut être prouvée par le fait suivant : les animaux qui habitent autour des chaudières dans lesquelles on fait évaporer des préparations de plomb deviennent mornes au bout de quelques jours, perdent 1 appétit cl rendent difficilement leurs excréments; cet état empire en peu de temps; leurs urines ne tardent pas à être sanguinolentes; quelquefois ils vomissent du sang , et leurs excréments en sont teints ; leur agonie est marquée par un tournoiement continuel dans lequel ils expirent , ayant le ventre aplati latéralement, et étant tout efflanqués. Un de ces animaux , après avoir séjourné quelque temps dans des magasins de minium, mourut dans des convulsions horribles; scs membres étaient fortement contractés ; les griffes sortaient d’entre les doigts ; il n’y avait de remarquable à l’intérieur qu’une contraction un peu marquée des intestins : tous les autres organes étaient sains.
^ I h Des préparations (le plomb injectées dam les veines , introduites dam t1 estomac ou appliquées à l’extérieur.
Expérience ir,!. — On a injecté dans la veine jugulaire d’ivn petit chien faible 65 centigrammes d’acétate de plomb dti commerce dissous dans
(I) Traité des maladies de plomb, 2 vol. Paris, lSût).
6 grammes d’eau distillée. A peine l’injection était-elle terminée, que 1 animal a fait trois ou quatre inspirations profondes , et a succombé sans donncr.lc moindre signe de douleur ni de convulsion. On l’a ouvert suri lc-champ. Le cœur battait avec force ; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d’un rouge vermeil; celui qui remplissait le ventricule droit était également fluide; les poumons, d’une belle couleur îose, étaient crépitants, et leur tissu ne paraissait point durci.
Expérience ii!. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille et robuste 25 centigrammes d’acétate de plomb dissous dans 8 gi animes d eau distillée. Le lendemain, l’animal paraissait n’avoir rien éprouvé. Le troisième jour, il était abattu, refusait de prendre des aliments, et conservait encore la faculté de marcher. Le quatrième jour, ses mouvements étaient tortueux et difficiles ; ses extrémités postérieures, plus faibles que les antérieures, oflïaienl de temps en temps quelques mouvements convulsifs très légers; il était excessivement faible, et il est moi t le cinquième jour à sept heures du matin. Les poumons étaient crépitants dans toute leur étendue, et ils ne paraissaient pas offrir la plus légère trace d’altération : l’estomac était sain.
Expérience iii°. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille 50 centigrammes d’acétate de plomb dissous dans 8 grammes d’eau distillée : l’animal a paru suffoqué ; sa respiration est devenue difficile, haletante et précipitée; il s’est écoulé de sa bouche une assez grande quantité de sérosité roussâtre, et il a succombé trente-cinq minutes après l’injection , sans avoir donné le moindre signe de vertiges, ni de paralysie, ni de convulsions. A l’ouverture du cadavre, faite immédiatement après la mort, on a trouvé les poumons livides par plaques, leur tissu plus serré que dans l’état naturel et fort peu crépitant. Le cœur se contractait à peine; il était vide : les autres organes n’offraient aucune altération.
Expérience ivc. — Le docteur Gaspard a injecté dans la veine jugulaire d’une chienne de taille moyenne 10 centigrammes d’acétate de plomb dissous dans 32 grammes d’eau distillée , qui ont paru causer de la douleur et des plaintes momentanées. Pendant les trois premiers jours , l’animal a oflert un état douteux de santé et de maladie, n’ayant ni conservé ni perdu entièrement son appétit, mais ayant un peu de malaise, de fièvre et surtout de soif. Dès le quatrième jour, maladie déclarée, fièvre réelle , pouls fréquent , appétit nul , soif très vive et souvent renouvelée , narines sèches , etc. Ces symptômes continuèrent ou môme augmentèrent les jours suivants, avec la faiblesse et l’amaigrissement; en outre, le sixième jour, urine rouge-noire semblable à du sang pourri ; plaintes fréquentes; mort le septième jour. Il n’y eut pendant ces sept jours qu’une seule évacuation de matières fécales. A l’ouverture du corps, on vit que les poumons étaient légèrement enflammés ou ccchymosés dans quelques endroits, par plaques ou petites taches t l’estomac était sain; mais les intestins grêles étaient très ajfcctés, surtout dans leur tissu musculeux, ccchymosés, engorgés, comme squirrheux, frappés d’une in-
flammatlon très particulière , et pour ainsi dire gangréneuse , offrant çà et là beaucoup de taches livides et de vessies pleines d’un sang très noir et liquide. Les membranes séreuse et muqueuse étaient à peu près saines ; mais l’intérieur du canal intestinal était plein de matières sales et muqueuses. Les gros intestins, assez sains, contenaient des matières fécales pultacées , sanguinolentes et très fétides. 11 y avait, au lieu d urine, dans la vessie, non affectée d’ailleurs, un liquide épais, brun verdâtre, bourbeux , semblable à de l’urine dans laquelle on aurait délayé de la fiente de vache.
Expérience v'. — On a injecté dans la veine jugulaire d’une assez grosse chienne 5 centigrammes d’acétate de plomb dissous dans /|8 grammes d’eau distillée , sans qu’elle ait témoigné beaucoup de douleur : seulement peu après elle a évacué de l’urine et des matières fécales. Dans le courant de la journée^ elle a présenté le même état maladif douteux que l’autre animal; mais le lendemain, la maladie était réelle avec soif vive, refus des aliments , narines sèches , abattement, fièvre légère. Alors on a introduit de nouveau dans la veine 32 grammes d’eau distillée tenant en dissolution 5 centigrammes d’acétate de plomb : cette seconde injection a été suivie d’une nouvelle évacuation fécale ; ensuite les autres symptômes ont continué aussi bien que les jours suivants , mais sans exacerbation subite et toujours d’une manière insidieuse. Il s’y est joint dès le troisième jour quelques cris de temps en temps. Le quatrième , excrétions alvines de matières pultacées, très fétides, mucoso-sanguines, noires comme dans une dysenterie scorbutique ou gangréneuse , avec ténesme fréquent; urine rare, mais naturelle; toujours quelques cris. Le cinquième jour, état encore pire ; mêmes excrétions alvines très fréquentes, formées sur la fin uniquement de sang noirâtre pur; maigreur très grande; démarche vacillante, faiblesse du train de derrière, toux fréquente, quelques vomissements, quelques cris ; enfin symptômes nerveux convulsifs et mort. Les poumons étaient parsemés de quelques taches livides, noirâtres, tenant de l’ecchymose, sans inflammation ; les intestins grêles offraient un très grand nombre de semblables taches dans leurs tissus musculeux et muqueux , mais ils étaient sains d’ailleurs; les gros intestins étaient un peu épaissis, sans inflammation décidée, mais tout enduits à l’intérieur de sang noir, muqueux, comme pourri, semblable à celui qui était rendu pendant la vie. Les autres organes étaient sains.
Expérience vi°. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un autre chien de taille moyenne Zi8 grammes d’eau distillée saturée d’acétate de plomb. Aussitôt après, le chien perdit tout appétit, éprouva des vomissements violents et réitérés quatre fois en moins d’une heure. Bientôt après, évacuation de matières fécales, suivie de ténesme dysentérique, d’excrétion de sang par l’anus, d’épreintes, de propulsion du rectum, etc. L’animal offrit aussi de la dyspnée, une respiration plaintive , de la fièvre ; sa poitrine et son ventre étaient douloureux à la pression ; il devint très gravement malade, couché adynamiqucmcnl sur le côté.
Quatre lieurcs après l’injection, il poussa tout-à-coup de grands cris de douleur à divers intervalles, rendit des selles liquides très fétides fut pris c e mouvements convulsifs des membres et du tronc, d’agitation extrême cle respiration singullueuse avec soubresauts, de vomissements d’efforts convulsifs, suivis bientôt de la mort. Les poumons étaient engorgés un peu enflammés, quoique flasques et s’affaissant , parsemés d’une multitude de plaques ou taches brunes-noirâtres , formées par du sang , et dépendant d’une phlegmasie particulière. La membrane muqueuse des intestins était d’un rouge lie de vin ; la vésicule biliaire, pleine de bile noire tiès épaisse, était enflammée et ecchymosée dans son cul-de-sac, avec épanchement de sang entre ses membranes. (Journal de physiologie expérimentale , année 1821.)
Expérience viic. On a fait avaler à un petit chien 6 grammes d’acétate de plomb solide. Au bout de cinq minutes, l’animal a vomi sans effort une assez grande quantité de matières blanches mêlées d’aliments; ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans l'espace de la première demi-heure qui a suivi l’ingestion du poison, et ce n’est qu’après avoir fait les efforts les plus violents qu’il est parvenu à rejeter, la dernière lois, quelques matières jaunes, filanlès, comme bilieuses. Le lendemain , il a mangé , et il ne paraissait point malade. Le jugeant rétabli , dix jours après la première tentative d’empoisonnement, on lui a fait prendre , à jeun , l/i grammes du même sel réduit en poudre fine. Bientôt après , il a vomi des matières blanches , filantes et écumeuses , et il a eu deux selles jaunâtres dans lesquelles il a rendu des excréments solides. Pendant les cinquante premières, minutes il n’a point cessé de faire les efforts les plus violents pour vomir; et ce n’est qu’avec la plus grande difficulté qu’il a rejeté trois fois un peu d’écume blanche et muqueuse : alors il a eu une nouvelle selle, et il est tombé dans l’abattement. Six heures après l’empoisonnement , il paraissait triste, peu sensible aux impressions extérieures, et il se tenait couché sur le ventre. lia succombé le lendemain à cinq heures du soir, vingt-huit heures après avoir pris le poison , sans avoir été agité de mouvements convulsifs ni poussé la plus légère plainte.
La membrane muqueuse de l’estomac était rouge par plaques , évidemment enflammée , et recouverte d’une petite quantité d’un liquide floconneux ; la tunique musculeuse sous-jacente offrait une couleur rouge claire. Les autres parties du canal digestif ne présentaient aucune altération remarquable ; le diamètre des gros intestins ne paraissait point rétréci ; les poumons étaient comme dans l’état naturel.
Expérience yiiic. — A une heure, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien ; on a introduit dans son estomac f|8 grammes d’acétate de plomb dissous dans 100 grammes d’eau distillée, et on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture afin d’empêcher le vomissement. Au bout de six minutes , l’animal a commencé â faire les plus violents efforts pour vomir, et il les a renouvelés souvent pendani la première demiheure qui a suivi le moment de l’opération. A une heure quarante
DliS PRÉPARATIONS DE PLOMB.
minutes il a eu une selle liquide dans laquelle il y avait une petite quantité d’excréments solides. A quatre heures, il était couché sui 1^ côté et avait un tremblement convulsif des muscles de 1 an“
droite ; de temps en temps , ses membres étaient apt s de éger mouvements; lorsqu’on le mettait sur ses pattes, et qu on te iia na- par le moyen d’une corde, il faisait quelques pas avec beaucoup de difficulté , bientôt après, ses extrémités postérieures fléchissaient ; 1 animal restai quelques secondes comme s’il eût été ivre de vin, puis tombait tout-àcoup sur la tûte comme une niasse inerte abandonnée a son propie poïc s , il continuait à faire des efforts infructueux de vomissement. A six heures, ces symptômes avaient acquis plus d’intensité; il était presque mourant. Il a expiré à dix heures et demie du soir. A l’ouverture de l’abdomen, on fut frappé par la belle couleur blanche de la portion du canal digestii contenue dans cette cavité, qui offrait cependant çà et là quelques stries rougeâtres. L’estomac renfermait une assez grande quantité de lluide . en le laissant écouler, on remarquait, dans l’intérieur de ce viscère, une couche en forme de membrane, d’une couleur grise claire semblable à celle de la cendre, qu’on pouvait aisément enlever en raclant ep rement avec un couteau : cette couche, de 2 millimètres environ d épaisseur, avait un aspect grumeleux, et offrait la même saveur que 1 acétate de plomb; elle répandait une odeur tenant un peu de celle du vinaigre des quatre voleurs. La membrane muqueuso présentait également dans toute son épaisseur, et sur tous les points de l’estomac, une couleur grise cendrée ; les deux autres tuniques de ce viscère ne paraissaient pas sensiblement altérées; on observait également, sur toute la surface interne des intestins, une couche grisâtre et grumeleuse, semblable à celle qui tapissait l’intérieur de l’estomac. Le diamètre des gros intestins n était point rétréci. Les poumons, crépitants dans quelques points , offraient des plaques d’un tissu rouge livide, plus compacte qu’il ne 1 est dans
l’état naturel. ,,
Expérience ixc. — On a fait avaler à un petit chien 32 grammes d acétate de plomb dissous dans 96 grammes d’eau distillée : il a vomi sur-le-champ une très grande quantité de matières liquides dans lesquelles il y avait beaucoup d’acétate de plomb et quelques aliments : ces vomissements se sont renouvelés six fois dans l’espace de quinze minutes. Le lendemain , l’animal était tourmenté d’une soif ardente; il a bu une grande quantité de liquide qu’il n’a point tardé à vomir; il ne paraissait point malade. A deux heures , il a mangé un peu de viande, qu’il a egalement rejetée quelques minutes après; ses mouvements étaient parfaitement libres. Le troisième jour, il a refusé les aliments; il continuait à être tourmenté d’une soif ardente, et il ne vomissait plus les boissons qu’il prenait. Le sixième jour, il commençait à prendre de la nourriture. Neuf jours après l’introduction du poison, l’animal , très agile, cherchait à s’échapper en faisant des cris affreux; on l’a muselé d’une manièie liés forte, et il a été étouffé. Les membranes de l’estomac et des intestins étaient saines , et n’oflïaient en aucune manière l’aspect dont j ai fait
mention en parlant des ouvertures des chiens qui fout le sujet des expériences précédentes. J x
Expérience x». — a onze heures on a fait avaler à un chien de moyenne i«u le, et a jeun , 48 grammes d’acétate de plomb solide et parfaitement pulvérisé : cinq minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir et H a rendu, a trois reprises différentes, une assez grande quantité’de matières blanchâtres : ces vomissements se sont renouvelés au bout d’une heure. A quatre heures, il était calme, et paraissait souffrir du basventre. Le lendemain , à neuf heures du matin, il a bu une très grande quantité d eau qu’il n’a point tardé à vomir, et il a refusé de prendre des aliments ; il avait le libre exercice de scs sens et de ses membres ; il n etait Pomt agité de mouvements convulsifs. 11 a expiré à six heures du soir, dans un très grand état d’abattement. L’ouverture du cadavre a été aile le lendemain à midi. En ouvrant l’estomac, on a vu que la membrane muqueuse était d’un rouge assez intense dans toute son étendue ; près du cardia on remarquait plusieurs taches d’une couleur noire et larges comme des pois; la portion qui avoisine le pylore offrait aussi quelques unes de ces taches, et était en outre parsemée d’une multitude de points d’un petit diamètre et d’un gris noirâtre ; la face de cette membrane qui est immédiatement appliquée sur la tunique musculeuse, cette dernière tunique et la membrane séreuse, étaient d’un rouge de feu : de sorte que 1 eslomac paraissait fort enflammé, même avant de l’ouvrir ; le canal intestinal ne présentait aucune altération ; les poumons étaient parfaitement sains.
Expérience xi . J’ai administré à un chien 16 grammes d’acélate de plomb dissous dans 200 grammes d’eau. L’œsopbage et la verge ont été liés. Huit heures après, l’animal a été tué et ouvert sur-le-champ. La vessie contenait 40 grammes d'urine que j’ai carbonisée par l’acide sulfuiique; le charbon, chauffé au rouge pendant une heure dans une capsule de porcelaine , a été traité par l’acide chlorhydrique bouillant ; le gaz acide sulfhydrique n’a décelé aucune trace de plomb dans la dissolution filtrée.
Le foie et la raie, séparés immédiatement après la mort , ont été coupés en petits morceaux et chauffés pendant une heure avec de l’eau aiguisée d acide acétique ; la liqueur a été filtrée , et évaporée jusqu’à siccité; le produit a été carbonisé par l’acide sulfurique; j’ai fait bouillir ce charbon avec de l’eau régale ; j’ai filtré , et fait évaporer la dissolution ; le produit sec a été dissous dans l’eau, cl j’ai fait traverser cette dissolution filtrée par un courant de gaz acide sulfhydrique ; il s’est déposé aussitôt du sulfure de plomb noir, dont j’ai constaté les caractères.
Le foie et la raie d’un chien à l’état normal , traités de la même manière, n’ont donné aucitne trace de plomb.
I j estomac, après avoir été parfaitement lavé , a été carbonisé par l’acide sulfurique, et le charbon soumis aux diverses opérations qui viennent d’être décrites; j’ai obtenu beaucoup de sulfure de plomb.
Expérience xiic. — J’ai fait prendre à un chien 30 grammes d’acé-
late de plomb dissous dans 180 grammes d’eau. L’œsophage et la verge ont été liés. L’animal a été ouvert immédiatement après la mort. La vessie contenait 55 grammes d'urine que j’ai évaporée à siccilé et carbonisée par l’acide sulfurique ; le charbon a été chauffé avec de 1 acide azo tique ; j’ai filtré la dissolution , et je l’ai évaporée jusqu’à siccitt En dis solvant le produit dans l’eau et en faisant passer du gaz acide sulfhydrique à travers la liqueur, j’ai obtenu une faible proportion de sulfure noir, suffisante cependant pour qu’on pût le reconnaître en le dissolvant dans l’acide azotique, en évaporant à siccilé la liqueur azotique filtrée et en touchant le produit salin avec l’iodure de potassium , l’acide sulfhydrique , etc. ....
Les reins, traités par l’eau bouillante , aiguisée d’acide acétique, puis
carbonisés comme il a été dit à l’expérience 11e à l’occasion du foie, uni fourni une quantité très appréciable de sulfure de plomb noir.
Le foie , la rate et l 'estomac, soumis aux opérations indiquées à l’expérience 11% ont également donné du plomb qui ne pouvait provenir que de l’empoisonnement.
Expérience xiii% — Lorsqu’on introduit dans l’estomac des chiens 20 à 30 grammes d’acétate de plomb dissous dans 180 ou 200 grammes d’eau, et qu’on lie l’œsophage et la verge, les animaux meurent au bout de quinze, vingt ou trente heures. Si on les ouvre immédiatement après la mort , et qu’on sépare le foie , la rate et les reins , on pourra s’assurer que ces organes contiennent du plomb qui provient de l’empoisonnement, et qui par conséquent n’est pas celui qui existe naturellement dans les tissus animaux. Voici comment j’ai procédé pour acquérir la preuve du fait que j’avance.
Le foie cl la raie , après avoir été coupés en petits morceaux, ont été traités par l’eau bouillante pendant une heure dans une capsule de porcelaine. Le décoclum a été filtré , et évaporé jusqu’à siccilé. Le produit a été carbonisé par l’acide azotique et le chlorate de potasse (voy. p. 489), et le charbon sec et finement pulvérisé a été traité à chaud par de l’acide azotique pur, étendu de son volume d’eau. La dissolution filtrée a été évaporée jusqu’à siccilé, et le résidu a été dissous dans l’eau distillée; en faisant passer un courant de gaz acide sulfhydrique à travers la liqueur filtrée, j’ai obtenu un précipité de sulfure de plomb noir, qui, après avoir été parfaitement lavé et chauffé avec de l’acide azotique faible, a fourni du soufre et de l’azotate de plomb. En effet, j’ài filtré cette liqueur, je l’ai rapprochée, et je me suis assuré qu’elle précipitait en noir par l’acide sulfhydrique, en jaune par l’iodure de potassium,' et en blanc par le sulfate de soude. Le foie et la raie, qui avaient ainsi bouilli dans l’eau distillée, ont été chauffés à la température de l’ébullition avec un mélange de 30 parties d’eau et d’une partie d’acide acétique concentré. Le solutum , filtré et traversé par un courant de gaz acide sulfhydrique, n’a pas laissé déposer du sulfure de plomb; la liqueur, évaporée jusqu’à siccilé, a donné un produit que j’ai carbonisé par l’acide azotique et le chlorate de potasse; le charbon , sec et friable , traité
pendant quelques minutes à cliaud avec de l’acide azotique étendu d’eau, a fourni un solutum qui a donné du sulfure de plomb noir par un courant de gaz sulfhydrique. D’où il suit que dans cette expérience l’eau bouillante n’avait pas suffi pour enlever au foie et à la rate tout le composé plombique qui avait été absorbé et gardé par ces viscères.
Les reins, soumis à l’action de l’eau distillée bouillante aiguisée d’acide acétique , ont donné un décoctum qui , étant soumis aux opérations précédemment indiquées, a également fourni du sulfure de plomb.
Urine. — En faisant évaporer jusqu’à siccité 50 à 60 grammes de l’urine trouvée dans la vessie des animaux ainsi empoisonnés, et en carbonisant le produit par l’acide azotique , il ne s’agit pour démontrer la présence du plomb dans ce liquide que de soumettre, comme je l’ai dit, le charbon obtenu à l’action successive des acides azotique et sulfhydrique.
Estomac. — Si, après avoir lavé ce viscère avec de l’eau distillée jusqu’à ce que les lavages ne se colorent plus par l’acide sulfhydrique , on le carbonise de la même manière, et que l’on procède comme je viens de l’indiquer, on obtient des quantités considérables de sulfure de plomb.
Expérience xive. — Le foie , la rate , les reins , l’urine et l’estomac des chiens à l’état normal ne donnent aucune trace de plomb, lorsqu’on les traite comme il a été dit à l’expérience 13e (voy. p. 669).
Observation lre. — James, dans le Dictionnaire de médecine , t. n, p. 837, dit, à l’article Bellon (1), qu’il a été obligé de traiter deux fois des malades atteints de la colique de plomb pour avoir pris du sucre de saturne (acétate de plomb) dans l’intention d’arrêter des flueurs blanches.
Observation^'. — Tissot rapporte que l’acétate de plomb , administré dans la phthisie pulmonaire , a occasionné trois fois la colique métallique dont il s’agit ici.
Observation 3°. — Bourdelin , professeur de chimie au Jardin du Loi , avait reconnu que la majeure partie des coliques auxquelles étaien.t en proie les habitants du faubourg Saint-Germain étaient des coliques saturnines développées par du vin dans lequel on avait fait dissoudre de la litharge.
Observation ùc. — Vantrooslwyk, dans son ouvrage sur l’électricité médicale, dit que les eaux qui contenaient du plomb en dissolution causaient la même maladie à Harlem. Une famille fut, au rapport de Van- Swiéten, attaquée de paralysie pour avoir pendant long-temps fait usage d’une eau contenue dans un grand vaisseau de plomb. Une autre famille éprouva la même maladie pour avoir bu de l’eau d’un puits chargée de sélénite , et qui avait attaqué le plomb dont était composé le vase qui servait à la puiser. Le père de celte famille était depuis long-temps attaqué de paralysie; la mère était morte des suites d’une longue et douloureuse colique accompagnée d’ictère ; de vingt cl un enfants, huit étaient morts en bas Age, et les autres étaient malades chaque fois qu’ils venaient ha-
(l) Nom sous lequel la colique de plomb est connue en Angleterre.
biter la maison paternelle. On a également des exemples d’accidents malheureux occasionnés par l’eau transmise par des aqueducs de plomb, ou par l’eau de pluie tombée sur des toits couverts de plomb et reçue ensuite
^Observation V. — Bax, tambour du Zi6c bataillon, était passionné pour la boisson; il trouva dans la chambre d’un de ses camarades une fiole remplie d’extrait de Saturne (sous-acétate de plomb), et 1 avala, trompé sans doute par la saveur douceâtre de cette substance; il périt le 26 avril 1816, vers six heures et demie du soir. Dès le 23 du môme mois, il était extrêmement pâle, et il avait commencé à se plaindre de constipation, d’anorexie, d’une grande lassitude des extrémités et d’un abattement général. Ces symptômes augmentèrent le 2/i ; le 25 au matin , il se manifesta des coliques qui ne firent que redoubler avec un sentiment d’étranglement ; la rentrée du ventre se fit en dedans ; il y eut des nau • sées, des convulsions terribles avec une sueur froide visqueuse, aphonie, trismus. (Le 25, fomentations chaudes avec lajusquiame et les / leurs de camomille; boissons abondantes; mais le malade en avale à peine , à cause du resserrement des mâchoires. ) Ouverture du cadavre. — Le corps était d’un jaune pâle , le ventre fort dur et dans un état de grande constriction. L’estomac était fortement phlogosé ; ses vaisseaux étaient dans un état de plénitude considérable ; la membrane muqueuse était macérée de place en place, surtout vers le pylore. Une partie de l’œsophage vers le cardia , le duodénum , les portions ascendantes et transverses du colon , le pancréas, une portion du mésentère , de l’intestin jéjunum , la face conoïde du foie et de la rate étaient également dans un état d’inflammalion remarquable. La vésicule du fiel était considérablement remplie de bile. (Observation rapportée par le docteur Kerkhoili. Voy. Gazette de Santé du 25 décembre 1820.)
Observation 6e. — M. Chomel a observé à la Charité une fille qui fut prise de colique de plomb très violente pour avoir avalé une cuillciée à bouche d’acétate de plomb. Dans un autre cas , un homme atteint d’une hémoptysie rebelle prit 1 gramme 20 centigrammes de ce sel pendant quelques semaines et fut atteint d’une colique de plomb fort intense. [Dictionnaire de médecine en 25 volumes , tom. vin.)
Observation 7'. —Thuillier, âgé de vingt et un ans, éprouva la colique, Varlhr algie et la paralysie saturnine pour avoir pris de l’acétate de plomb. Voici les détails de ce fait intéressant rapporté par M. Tanquercl. Thuillier entra à l’hôpital de la Charité le 16 juin 183Zt , pour se faire traiter d’une hypertrophie du cœur. Après aVoir exercé son étatdc peintic depuis l’âge de douze ans, il l’abandonna trois ans plus tard, à la suite d’une colique de plomb avec tremblement des membres qui dura trois mois. 11 embrassa alors la carrière des armes; ses goûts de voyage lui firent préférer la marine. A dix-neuf ans, obligé par sa mauvaise santé de quitter le service , il reprit son état de peintre. Quelque temps apiès,
(1) Wall, in Medical treulise ; Plknck, Toxicoloijia , p. 250, ann. 1781.
LtoT.ZT T 1“l «UC foi, fut assez
, L“ "\des chagl'lns V1°lcnls vinrent troubler tous les instants de ,'ie dc hmllier’ (IUI dt‘jà était naturellement porté à la tristesse et à la mélancolie; et bientôt survinrent quelques palpitations qui , par leur augmentation progressive, le forcèrent d’entrer à Pliôpital.
Le 17 juin, l’examen du malade fit reconnaître l’étal suivant : neu d embonpoint, face pâle et légèrement jaunâtre ; l’expression de la figure annonce que Thuillier est sous le poids d’idées morales tristes.
, , La,rfgion Précordiale est légèrement agitée par des battements sensi-
““ * \VUe T f ,0UCher ; dle rend 1111 son à la percussion dans une étendue de 8 centimètres verticalement et 9 centimètres transversalement. A l’aide de- l’auscultation, on reconnaît que les battements du cœur sont forts , et que les bruits, qui s’entendent dans presque toute la partie intérieure de la poitrine, ont assez d’éclat et n'offrent aucune modification dans leur timbre. Tous ces phénomènes sont beaucoup plus marqués à gauche, et surtout entre les cinquième et septième côtes, vers la pointe du cœur. Le malade accuse assez souvent des palpitations* de la dyspnee , une espèce d’étouffement qui revient de temps en temps avec tant de force, qu’il est alors menacé dc suffocation. Il affirme encore cpi il sent ces palpitations s’étendre le long du cou jusqu’au sommet de la tète, et que quelquefois il est tourmenté par des éblouissements et des vertiges, surtout quand il monte un escalier ou fait un exercice plus fatigant,qu’à l’ordinaire. Le pouls et dur, large, plein et régulier; on compte 65 pulsations par minute; absence d’œdème et de toute autre espèce d’hydropisic.
L’auscultation et la percussion ne nous font découvrir aucune affection des poumons ; il n’y a ni toux ni crachats ; 22 inspirations par minute.
La langue, assez humide, se trouve blanchâtre dans son milieu et rosée sui les côtés; les gencives, dans leur portion la plus voisine des dents, présentent^ une légère teinte gris bleu, comme ardoisée; les dents sont brunâtres à leur base et jaunâtres à leur sommet ; l’appétit est bon ; le malade va généralement une fois par jour à la garde-robe, et toutes’ les sécrétions se font comme dans, l’état de santé.
Les autres fonctions n’ont subi aucune altération.
M. Blache , médecin par intérim du service, prescrivit d’abord une saignée de ti ois palettes , qui modéra un peu les symptômes de l’hypertrophie du cœur, et surtout les palpitations. Quelques jours après, on appliqua à plusieurs reprises des sangsues dont le nombre variait de douze a quinze. Plus tard, deux nouvelles saignées générales furent pratiquées, et une douzaine dc ventouses scarifiées furent posées sur la région précordiale; enfin la digitale fut administrée.
Ce traitement n’amenant pas une amélioration assez marquée, M. Horteloup , qui venait de remplacer M. Blache dans le service, ordonna 15 centigrammes d’acétato de plomb en pilules, le 8 août 1834. Le médicament ne produisant pas d’effet sensible ; le médecin éleva la dose successivement, et avec toute la prudence possible, jusqu’à 1 gramme
DKS PRÉPARATIONS UE PLOMB. t>73<
30 centigrammes. Depuis le 18 ao;lt, celte dernière dose fut prescrite tous les Jours jusqu’au 22 du meme mois. Alors le malade commença à s’apercevoir qu’il n’était point allé h la garde robe depuis deux jours; quelques vomissements et des coliques survinrent, en même temps que les membres inférieurs se trouvèrent atteints de douleurs conlusives. On supprima de suite l’acétate de plomb; néanmoins, les jours suivants, tous ces symptômes augmentèrent d’intensité , et le malade se trouvait le 24 août dans la position que voici :
Rétraction assez marquée des parois abdominales ; coliques exacerbantes dans tout le ventre, mais principalement vers l’ombilic, qui ne sont ni augmentées ni diminuées par la pression; au moment des exacerbations, le malade s’agite dans son lit, et les traits du visage expriment une assez vive souffrance. Constipation. Nausées accompagnées de rares vomissements de quelques cuillerées de matière verdâtre ; langue humide, blanchâtre dans son milieu et rosée sur les côtés. Urine rare et fortement colorée. Douleurs contusives, rémittentes, uniquement dans les membres inférieurs, principalement â la plante des pieds et autour des genoux; quelques crampes dans les mollets. Teinte légèrement jaunâtre de la face. L’impulsion du cœur se trouve sensiblement plus faible, et les bruits , devenus moins éclatants , s’entendent dans un espace plus limité qu’au moment de l’entrée â l’hôpital. Le malade ne nous accuse plus ses palpitations , sa dyspnée ni ses étouffements; enlin il affirme qu’il est singulièrement soulagé du côté du cœur. Le pouls, assez faible, ne donne que 50 â 55 pulsations. Les aulics oiganes, intci — rogés avec soin , ne nous offrent aucune modification appréciable.
Cette série de symptômes fait reconnaître facilement une colique saturnine qui avait été produite par l’acétate de plomb. On commence de suite le traitement de la Charité ; six jours suffisent pour faire disparaître complètement l’affection saturnine.
A peine la colique fut -elle guérie, que les palpitations , la dyspnée revinrent peu à peu. M. Ilorteloup prescrivit alors une saignée générale qui produisit momentanément un amendement marqué des symptômes de l’hypertrophie du cœur. Vers le 8 septembre , les palpitations, la dyspnée et l’étouffement prirent , sans cause connue , un nouveau degré d’énergie; plusieurs ventouses scarifiées ne combattirent pas avec beaucoup de succès cette surexcitation. Alors on revint à l’administration de l’acétate de plomb, qui fut donné en pilules, d’abord à la dose de 20 centigrammes. On éleva successivement et pat gradation la dose du médicament jusqu’à 1 gramme 30 centigr.; aucun accident ne survenant, on fit un dernier effort contre l’hypertrophie, en donnant 1 gramme 60 centigrammes d’acétate par jour pendant quelque temps (1;. Le 26 septembre, quelques douleurs fugaces se firent sentir dans les membres inférieurs ; quelques coliques survinrent également avec de la con-
(1) On augmentait la dose du médicament, à cause de srn peu d’eilet physiologique ut thérapeutique, t.
6 Ih DES POISONS IRRITANTS.
stipation, et le malade était dans l’état suivant , le 28 Septembre 183Zi (1).
Douleurs extrêmement fortes dans la région ombilicale, qui s’irradient dans lé reste du ventre; et que la compression lente et graduée diminue un peu. Ces douleurs deviennent par instants tellement violentes, que le malade, presque furieux, pousse des cris aigus, s’agite et se roule dans son lit, se comprime le ventre avec les deux mains fermées, demande avec énergie qu’on le fasse aller promptement à la garde-robe , etc. Les parois abdominales ont éprouvé une rétraction sensible; des vomissements de bile Verdâtre, précédés de nausées, surviennent assez fréquemment; quelques gaz s’échappent de temps en temps par la bouche ; l’iialeiiie est fétide, sui gencris, saturnine; l’appétit a disparu , et la soif est modérée ; là langue humide , blanchâtre dans son milieu , se trouve rosée sur les côtés. La face, qdi présente iule teinte jaunâtre prononcée, exprime la souffrance et l’anxiété ; ces deux derniers caractères se dessinent avec force, au moment de l’arrivée de violentes coliques, par des contractions énergiques et comme convulsives de tous les traits dit visage. Les membres inférieurs, et principalement lès genoux et les cuisses, sont exclusivement affectés de douleurs vives et exacerbantes ; quelques crampes se font parfois sentir dans les mollets ; la plante des pieds est le siège de picotements et de fourmillements assez douloureux. Les membres Supérieurs Conservent leur sensibilité normale. Le pouls, assez faible, ne donne que 50 à 52 pdlsations ; la peau a conservé sa chaleur naturelle; les syhiptômes de l’hypertrophie dii cœur ont perdu sensiblement de leur énergie : le malade n’y fait plus attention; les urines, rares et rouges, soht facilement excrétées; les autres fonctions de l’économie animale ne nous offrent aucun trouble.
Ort prescrivit 2 gouttes d’huile de cfoton tiglium, un lavement de séné et la tisane d’orge hiièllée. Le malade éprouva quelqùes vomissements, une demi-heure après l’ingestion de l’huile crolon ; mais il n’y eut point de garde-robes.
Les accidents do côté du ventre persistant, et même acquérant encore plus d’énergiè, ôn donna les jours suivants Zi, 6, 8, et enfin 10 gouttes d’huile de crolon. A cette dernière dose seulement, il y eut Zi garderobes dans lès vingt-quatre heures. Le médicament était pris en présence du pharmacien et des infirmiers; Obus l’avons vu nous-même prendre une fois ; ainsi l’erreur était impossible. Dans la salle voisine, qui fait partie du service de M. llhyer, 2 gouttes de croton données le même jour 5 un cërusièr affecté de colique saturnine procurèrent 6 garde-robes. Notohs eiicorê que l’huile administrée à ces deux malades sortait du même flacon de la pharmacie. Du reste , le purgatif continué pendant trois jours à cette dose ne produisit pas d’accidents. 6 gouttes furent ensuite seulement prescrites.
La colique, sous l’influertce dè ce traitement, diminuait sensiblement, lorsque le malade se plaignit, le 10 octobre, à la visite, d’engourdissements et de picotements dans les épaules, et plus particulièrement vers
(1) On avait supprimé, depuis deux jours, l’acétâte de pldmb.
DES PRÉPARATIONS bÉ PLOMB. 675
le muscle deltoïde ; un léger tremblement affectait toute 1 étendue des membres supérieurs; le mouvement d’élévation du bras de chaque côté était difficile et incomplet. Les symptômes de la colique, quoique beaucoup diminués, subsistaient encore. Alors, on eut recours à la limonade sulfurique, qui, continuée peridarit trois jours, n’amena aucune amélioration. Le traitement de la Charité ne lit pas non plus (lis^àruître la colique, et ne put empêcher la paralysie d'envahir la totalité des membres supérieurs. Le 18 octobre 183A , le malade présentait l’état suivant :
Malgré tons les efforts de sa volonté, Thuillier ne peut élever les bras, qui restent appliqués contre la poitrine. L’imniobiliié des fibres musculaires du deltoïde est remarquable lorsqu’il exécute (jriélqucs mouvements de l’épaule encore conservés. On n’aperçoit pas le plus léger frémissement dans tous les miïscles des membres supérieurs, quelque effort que fasse le malade. Les articulations du coude, tlu poignet et des doigts sont dans une légère flexion ; l’avant-bras et la fnairi consehenl leur position intermédiaire à la pronation et à la supination. Enfin, les extrémités supérieures obéissent passivement et avec facilité à tous les mouvements tjti’on lèur comfh unique (1).
Les parties paralysées ont acquis dans (e sens de la flexion une grande exaltation de sensibilité; là douleur est dilàcëïante, continue, augmeritéè par la pression et le mouvenïent , plus forte la nuit que le jour. Les souffrances sont parfois tellement atroces, que le malade pousse des cris aigus, et qu’elles le réduisent alors au désespoir le plus cruel. Le tact est parfaitement conservé; les poignets et les doigts sont affectés d’un sentiment de pesanteur très marqué. Enfin , ce malheureux accuse un froid glacial dans scs membres malades : aussi recommanfie-t-il avec instance qu’on les entretienne chauds.
Ortest surpris delà rapidité avec laquelle les parties paralysées maigrissent; les téguments sont flasques, et le relief des muscles a déjà disparu.
La voix, qui a perdu beaucoup de son timbre, habituellement assez éclatant, est maintenant très faible; l’articulation des mots se trouve gênée , quelquefois même incomplète.
Les membres inférieurs jouissent de toute l’intégrité de leurs mouvements ; des douleurs contusivcs se font sentir dans les genoux , surtout à leur partie interne, aux cuisses et à la plante des pieds. Ces douleurs, qui parfois s’exaspèrent, ne deviennent pas plus forfès par la pression et le mouvement, et ne sont point accompagnées de gonflement niderougeurde ces parties. Quelques crampes sillonnent de temps cri temps les mollets*
Les parois abdominales sont toujours rétractées; des coliques sourdes, assez souvent exacerbantes , se font sentir dans tout le ventre , èt principalement vers la région ombilicale; elles n’augïrientent ni ne diminuent à la pression de la main. Cependant le malade, au moment d’uric colique assez forte, se couche quelquefois sur le Ventre pour en modérer l’àciiî/ë : il y a aussi de la constipation qu’on ne peut vaincre qM’imparfaitemcnt ;
(l) La paralysie comrriença par envahir les muscles extenseurs, puis les Ùéchisseuts.
In langue est toujours dans le mOmc-élat; anorexie et pat fols quelques nausées.
Çà et là, on aperçoit quelques grosses pustules d’ectliyma, sur toute la surface du corps; la peau offre, en général, une teinte jaune, plus prononcée à la face, dont les traits sont fortement affaissés.
L’impulsion du cœur a repris de la force, et les palpitations reparaissent assez souvent ; la dyspnée est également revenue en partie. Le pouls faible cl déprimé ne donne que 50 pulsations, cl n’est point , par conséquent , en rapport avec l’énergie assez marquée des battements du cœur.
Conservation intacte de l’intelligence ; les autres fonctions de l’économie animale ne semblent point modifiées d’une manière notable.
Pour combattre toutes ces affections diverses, on emploie tour à tour, et simultanément, le traitement de la Charité , puis l’huile de cioton tiglium, la limonade sulfurique, les bains sulfureux, la strychnine, la thériaque, l’opium à la dose de 8 décigrammes par jour, etc. Tout est inutile. La paralysie et l’exaltation de la sensibilité, ainsi que la colique, ne font aucun progrès vers la guérison jusqu’au lZt novembre, jour où le malade succombe, en proie aux douleurs les plus atroces, qui ne lui laissaient plus que fort rarement quelques moments de repos le jour et la nuit ; au point que, quelques instants avant sa mort, ce malheureux jeune homme, dans son désespoir, se disait heureux de pouvoir abandonner la vie, où il souffrait tant.
Nccropsie , pratiquée le 15 novembre 1834. — Peu de roideur cadavérique.
Crâne. — La dure-mère et l’arachnoïde n’olfrenl rien qui soit digne de remarque. La dernière de ces membranes se trouve lubrifiée par une assez grande quantité de sérosité, à peu près comme dans l'état normal. On observe quelques granulations sur la pie-mère de la convexité du lobe antérieur droit; du reste, celle méninge ne nous laisse voir ni injection anormale, ni infiltration, etc., absolument rien. La masse encéphalique est assez ferme et d’un blanc grisâtre à l’extérieur ; coupéeavec beaucoup de soin par tranches minces, elle ne nous présente aucune altération. Les ventricules latéraux contiennent environ une cuillerée de sérosité transparente.
Colonne vertébrale. — La cavité arachnoïdienne de la moelle renferme à peu près 2 cuillerées de sérosité transparente. Quelques veines de la pie-mère paraissent sensiblement dilatées. La moelle, examinée avec toute l’attention possible, ne nous offre pas la plus légère altération dans sa consistance, sa couleur et son volume ; les racines des nerfs vertébraux ont conservé toutes leurs qualités physiques normales.
Tous les nerfs des plexus brachial et sciatique, les pneumogastriques et hypoglosses , ainsi que les divisions principales du grand sympathique , sont disséqués avec le plus grand soin, sans qu’on puisse trouver la plus légère modification morbide de ces parties appréciable aux sens.
Les muscles du bras, de l’avanl-bras, de la main et des doigts, sont piles et grêles ; il y a un assez grand contraste entre ces muscles et ceux
des autres réglons du corps , par exemple des membres inférieurs ; il n’y a point de différence marquée entre les extenseurs et les fléchisseurs ; les muscles du larynx ne nous paraissent pas sensiblement atrophiés.
La membrane muqueuse de l'estomac présente une légère arborisation vers le grand cul-de-sac, sans ramollissement ni épaississement ; 1 intestin grêle ne nous laisse voir rien de notable, si ce n’est çà et là quelques traînées d’injection ; le cæcum offre en quelques points une injection
assez marquée sans autre altération.
Le colon ne nous semble pas manifestement rétréci; la membrane muqueuse conserve ses caractères physiologiques ; ou ne trouve rien de particulier dans le rectum et l’œsophage.
• Le foie , d’un assez petit volume , est un peu pâle ; il contient peu de sang dans son intérieur.
Il y a une bonne cuillerée de sérosité citrine dans le péricarde; on ne découvre aucune trace d'inflammation de sa membrane séreuse ; le cœur surpasse le volume du poing du sujet ; la cavité du ventricule gauche est évidemment dilatée; ses parois, vers la base, ont environ 2 centimètres à 2 cendiiièlres 2 millimètres d’épaisseur ; les valvules et les orifices n’ont subi aucune altération; le ventricule droit et les deux oreillettes ne semblent pas sensiblement hypertrophiés. Les gros vaisseaux et surtout les artères en général vides de sang , n’ont éprouvé aucune modification dans leur texture.
Les poumons , crépitants dans leurs deux tiers supérieurs, sont un peu gorgés de sérosité et de sang noir à leur base.
La rate , les reins, la vessie et les uretères, ne nous offrent rien de notable. ,
Observation 8*. — Rebeçca Adams, âgée de vingt et un ans, faible et
délicate, avala pour 20 cen limes d’acétate de plomb neutre. Aussitôt après elle fut saisie de vomissements, de douleurs à l’estomac et aux intestins; elle sentit ses jambes s’engourdir, et crut mourir. Son épuisement était extrême; le visage était pâle ; on voyait un cercle noir autour des yeux ; les lèvres étaient livides et crispées, la peau chaude et humide, le pouls faible cl filiforme ; lu malade avait le hoquet. On injecta , au moyen de la pompe gastrique, un litre environ A’ in fus. rosœ coinp. (roses rouges, 13 grammes; eau bouillante , 2 litres; acide sulfuiiquc étendu, 12 grammes; sucre, (i5 grammes), dans le but de décomposer le sel et de former un sulfate de plomb insoluble ; on tira tout le liquide contenu dans l’estomac; on fil des fomentations chaudes aux jambes et aux pieds, et on administra plusieurs doses de camphre et d éther. Ces moyens la firent passer de suite de la mort a la vie. Une heure apiès on lui fit prendre 32 grammes d'huile de ricin , qui opéra abondamment. Le lendemain matin, la malade avait une forte lièvre et une douleur intense au creux de l’estomac. (Mixture saline , sangsues, vésicatoire à la région du cœur.) La guérison ne tarda pas à survenir. (Boyrenson , voy. Journal de chimie médicale, année 1839, pag. 291.)
Observation 9'. — Lue fort belle femme, qui était devenue très pâle
67$ des poisons irritants.
par suite d'une leucprrhée dont elle était afTectije depuis deux ans , commença à se farder la lace, Je cou et les bras avec un lard rouge et un fard blanc dans la composition desquejs entraient des préparations saturnines et de | oxyde de bisinqth. Au bout de six mois se manifestèrent des douleurs a l’estomac, de |a (jyspepsje, des coliques, des consfipations et une jégère rojdeur de toute? jes arf jculalions. Ifjps fard, des coljnues et dp? céphalalgies fréquentes obligèrent ja malade à garder lç jj| presque constamment. A ces maux se joignirent, pendant j’usage des’ pains de Spa, tfçs contractions dan§ jes membre?, peu de lenips’ après une lièvre violente se déclara, acepnipagnée de délire et de convulsions. Ces nouveaux accidents ayant été combatfus avec succès , on envoya la malade à Aix-la-Chapelle , où J|. Krifner la vit dans j’élat suivant : cheveux presque tous tombés; face pâle, ridée; œil droit frappé d'amaurose; bouche tirée à droite ; partjc drojte (Je la langue paralysée ; tête djrigée oblirjuemept vers le côté drojj et continuçjlemenf vaciijante ; ?çins presque effacés ; corps amaigri au çjernjer degré ; jajnjjes tirées y ers ie bas-venfre , imjpoJ)||es et douloureuses ; mains ankylosées et parajysées ; région ombilicale de l’abdomen réfractée jusqu’à ja colonne verfébrale , tendue et très douloureuse. HJ. Krjmer reconnut l’empoisonnement par le plomb , opinion dans laquejle je confirma encore l’examen du fard. J1 prescrivit j’usage de la source de l’Empereur, et trojs fois par jour huit gouttes de laudanum et des lavements résolutifs. Aucun changement ne s’élant fait voir au Jjout de frois mois, la majade çntreprit un voyage à b’aples pour y laire usage des bains de la Sojfatara ; mais après avoir pris quelques bajns, elle loni|)a en cjémence, devint çonipiétenient aveugle ef paralytique, et mourut bientôt après. ( Krjmer , Archives génér. de méd., fom. xxtx, pag. I) pt>.)
Observation 10e. — Ifne jeune demoiselle d'une santé florissante , niais un peu brune, se frotta (a face pf je cou avec du blanc de Krenis assez long-temps pour qu’un drap noir passé sur ces parties ne fût plus blanchi. JJne sœur cadette de cette demoiselle était ;i cette époque affectée d’une éruption pustuleuse contre laquelle elle employait une solution concentrée de sulfure eje potassium. L’aînée portant aussi quelques petits boutons au front , voulut également les faire passer au moyen de la solution dont se servait sa sœur; en conséquence, elle en fit usage un soir pour se laver, et en imprégna une compresse qu’elle laissa sur le front pendant la nuit, yiais quelle fut sa terreur lorsque le matin en sç regardant dans )a glace elle se vit noire connue une négresse à la face et au cou ! L’oxule de plomb noirci par le sulfure de potassium avant pénétré la peau trop profondénient , ne put pas être enlevé par l’eau. Qn aurait pu y remédier par des lotions avec l’acide azotique où chlorhydrique étendus; mais la denioisejle était trop honteuse pour recevoir qui que ce soit; elle se renferma chez elle pendant près de six semaines, au bout desqueljes l’épiderme noirci se détacha. (Il)i(f.)
Observation 11''. — Une dame âgée de quarante-neuf ans était affectée depuis quatorze années , et sans qu’on en connût la cause, d’une maladie
fi7Q
des préparations de plomb.
très compliquée qui avait commencé pgp des coliqqé?, ^ % constipation, ,
ïcS SL . «MB*** 4» I” * «WJ* ;
g;gg ,1c le céphalalgie cl de I» Imnélaclion du bcl-jc» rc P »
, sc manifestèrent périodiquement des syncopes , des tremblements , rkns W dc Speession , des vertiges e, llh^iSpie 1 * •** «f ta malade resta constamme.il allcclée de constipation çt d'gite MW douloureuse dan» la rcgjon des qua.ee première, .cr.èftrcs cervj es sensation qui empêcfiajt les mouvements de rotation 4.4 è°u > S1 UdU compagnie d’une espèce de crépitation , comme si ces parties ne fussent
r»Xm„.«nl humides, ta, peau «al, »«|.— 1 «(* du parchemin. La roideur du cou obligeait la malade de tenir la èfe penchée d’un côté. Pendant le cours de la maladie, cpn fut quelquefois var é par des céphalalgies et des vomissements, on observa aussi une du. e t notable qui s’étendait du creux de l’estomac jusqu à la région iliaque droite, et qui, vers sa partie supérieure, était très douloureuse. Après avoir passé dans cet état un grand nombre d’années la ipalade , à la suite d’affections vives de l’àme, fut prise subitement d accès de suffocation périodiques accompagnés de palpitions violentes; les forces diminuèrent; des ulcérations superficielles se manifestèrent dans la gorge , dans le conduit auditif externe et près <>es ongles de plusieurs doigts , e la mort arriva précédée de délire et de difficulté de respirer. -Cest seulement alors qu’on apprit que la malade s’éLait fardée pendant de longues années avec un onguent contenu dans de petits pots sur lesquels était écrit : Gerçais Chardin, à la Cloche cf argent , a Parts , onguent qui fut trouvé contenir en grande proportion un sel de plomb. A l ouverture du cadavre, on trouva les vaisseaux sanguins du cerveau gorgés de sang ; beaucoup de sérosité dans les ventricules, entre les circonvolu lions à la base du crâfie, et dans une espèce de poche formée par les méninges en avant de l’hémisphère antérieur ; les muscles de la poitrine très amaigris ; plusieurs hydatides au sommet du poumon droit ; de l’eau dans la cavité (les plèvres ; le péricarde et le cœur enflammés, d’un rouge vif - le cœur moins consistant, comme gangrené en quelques aidions, et en d’autres recouvert d’une exsudation blanchâtre. Le foie était fortement augmenté de volume, et s’étendait depuis la cavité pectorale à droite jusqu’à la quatrième vraie cote, à gauche jusqu’à la cinquième ,
et remplissait presque toute la cavité abdominale. Par suite d’une déviation de ja colonne lombaire à droite et en avant , la partie inférieure du foie était poussée en avant, et par conséquent la partie supérieure de cet organe comprimait l’estomac, qui ressemblait a un gros intestin çj. était fortement enflammé à l’extérieur. Le pancréas était plus (lui qu a 1 oulinairc les intestins grèics rétrécis et enflammés , jes veines de } abdomen gorgées de sang. Dans la cavité péritonéa)e on trouva 2 kilogrammes de sérosité; il y avait peu 'de sang dans le cadavre. L’ouverture du canal rachidien ne fut pas accordée’. (ÏIounbaum, Mcdiciniches Conversations liait, 1831 , n" l/i.)
Obsekyation 12e. — ÏV1. yerdelhan , ancien médecin de la Chaule, a
6sn HES poisons îriutants.
la femme d’un plombier être prise de fories coliques et de douleurs à a ..KUnce pour avoir fait usage d’une chaufferette allumée de charbon mêlé de scories de plomb.
Observation 13*. -M. Tanquerel a eu l'occasion d’observer un cas ‘ e col!que et ^ohralgie saturnines chez une femme à qui on avait fait des injections d’eau de Goulard trois fois par jour, pendant quatre jours consécutifs , dans le but d’arrêter une hémorrhagie utérine; une demibouteille de solution d’acétate de plomb fut mise dans cet intervalle en contact avec le vagin. (Tom. t , pag. 63.)
Observation 1/i°. — Le même auteur a vu un homme chez lequel la colique et l’arthralgie saturnines se sont déclarées pour avoir fait usage de plusieurs collyres où entraient des préparations saturnines, dans le but de se guérir d’une double blépharophthalmie chronique. Dans le premier c e ces collyres, 2 grammes d’acétate de plomb avaient Aé dissous dans , grammes de liquide; le médicament fut entièrement employé dans 1 espace de cinq jours ; un second collyre, composé de la même manière fut encore dépensé en six jours; enfin, le douzième jour, des accidents toxiques se déclarèrent d’abord dans le ventre, puis du côté des membres inférieurs ; on cessa dès lors l’emploi du collyre. La colique et 1 arlhralgie saturnines furent combattues avec succès à l’aide de l’huile dv croton Hglmm et de bains sulfureux; l’empoisonnement avaitdisparu le septième jour de l’emploi de cette médication. {Ibid.)
Observation 15". — S’il n’est pas probable que les préparations saturnines appliquées sur la peau recouverte de son épiderme puissent déveopper une maladie saturnine, il est du moins certain qu’elle peut se manifester lorsque cette membrane se trouve accidentellement dépouillée de sa couche la plus extérieure. Percival a vu une colique de plomb oc- 1 asionnée par l’application d’eau de Goulard sur un membre brûlé avec di I eau bouillante; il entrait dans ce topique 32 grammes d’acétate de plomb et 6/i grammes d’eau. Le même auteur a observé plusieurs autres ras de colique occasionnés par des topiques où entraient des préparations de plomb ; mais dans tous ces cas, les médicaments étaient appliqués suides exutoires. Baker relate un cas de colique de plomb qui est survenu apres 1 application d un onguent, composé de calomélas et de préparations saturnines, sur la peau des cuisses, dépouillée de son épiderme à la suite d’une maladie qui avait tous les caractères d’un pemphigus. M. Durhesne îaconte qu’un garçon brasseur , brûlé sur une grande surface par de l’eau bouillante, et pansé avec du cérat de Goulard, éprouva bientôt les symptômes de la colique des peintres. Le cérat simple, appliqué seul, fit cesser les accidents. M. Taufflieb de Barr a rapporté l’histoire d’une colique de plomb déterminée par l’usage de bandelettes de diachylon gommé , appliquées dans le but de combattre un vaste ulcère qui s’étendait à presque toute la jambe. Le malade avait consommé dans l’espace de onze semaines lZj mètres carrés de sparadrap avant d’avoir éprouvé les atteintes de la colique saturnine. Chaque mètre carré contenait exactement 19 grammes d’oxyde de plomb; de manière que la quantité to-
taie d’oxyde employé avant l’invasion de la colique saturnine correspondait à 2G6 grammes ; mais lu moitié seulement du sparadrap employé avait été réellement en contact avec la surface dénudée , 1 autre moitié ayant dépassé les bords de l’ulcère. Après la guérison de cette première colique, le malade appliqua de nouveau le sparadrap pendant environ quinze jours. Au bout de ce temps, une seconde attaque de colique survint, mais cette fois elle fut accompagnée de paralysie saturnine. (Ibid.)
Lésions de tissu développées par les préparations saturnines.
A. Émanations saturnines. — Dans la colique des peintres on n’a pas encore pu découvrir une lésion organique constante qui puisse être regardée comme son caractère anatomique. Les exemples rapportés par Henkel, Zeller, Bordeu, Desbois de Dochefort, Broussais, Fodéré , Palais, etc., de plegmasies du tube digestif constatées citez des individus qui avaient succombé à la colique des peintres , sont loin de prouver que l’inflammation de l’estomac et des intestins soit la cause ou l’effet de cette maladie; car en analysant les observations recueillies par ces auteurs on voit que les lésions anatomiques ont été assez imparfaitement décrites pour qu’il soit impossible de les considérer comme de véritables inflammations, ou bien que les sujets atteints de colique étaient en outre en proie à une inflammation gastro-intestinale qui compliquait la maladie. Si nous résumons quarante-neuf nécropsies de colique saturnine non compliquée , dit M. Tanquerel, nous voyons que dans vingt cas on n’a trouvé dans le tube digestif aucune altération, ou seulement quelques traces de congestion , telle qu’on en observe chez la plupart des sujets dont on fait l’autopsie, et chez lesquels pendant la vie on n a constaté aucune lésion fonctionnelle des voies digestives. Dans cinq cas, il y avait des ramollissements partiels, sans autre altération dans les parties les plus déclives du canal digestif, tels qu’on les remarque chez une foule de sujets. Six fois le tube digestif a été trouvé épaissi , partiellement et dans toute son étendue : c’est encore une lésion anatomique que l’on voit fréquemment dans d’autres maladies. On a observé sept fois un développement considérable des glandes de Brunner, et trois fois celui des glandes de Peyer ; mais nous savons que cette lésion n’est pas caractéristique de la colique des peintres. Seize fois on a noté un tassement ou un retrait du paquet intestinal que l’on ne voit jamais, à ce degré au moins, à la suite d’autres affections ; ce caractère man quait dans les trente-trois autres cas. Dans quatre autopsies, la membrane muqueuse intestinale était tapissée par une couche de mucus épais! , comme coagulé, qui rendait adhérentes les matières fécales du
682 des PQJSQJNS IBBITAN.TS.
gios intestin. Enfin, une seule fois on a vu les ganglions du grand sympathique considérablement développés. Les reins et la vessie ont été toujours trouvés à l’état normal. Les phénomènes pathologiques de la colique de plomb ne sont donc pas le résultat d’altérations anatomiques appréciables à nos sens; et quand on constate la présence de quelques lésions matérielles, celles-ci ne sont que des effets des accidents éprouvés pendant la vie. — Arlhraïgié saturnine. Malgré les investigations les plus minutieuses, chez les individus qui avaient succombé pendant qu’ils étaient atteints de cette maladie, M. Tanquerel n a troiivé aucune lésion appréciable dans les organes malades ni dans le centre nerveux rachujien. —Paralysie saturnine. Ici il y a encore absence complète d’alterations anatomiques, d'après M. Tanquerel, car on ne peut pas considérer comme telle la grande quantité de liquide que l’on a souvent trouvée dans les membranes de Taxe cérébro-spinal. Cette sérosité, épanchée pendant la vie, aurait donné lieu aux symptômes de compression du cerveau et de la moelle épinière : or, ces symptômes ne se sont présentés dans aucun cas; tout porte donc à croire que l’épanchement était un effet cadavérique déterminé au moment de la mort par je trouble violent et presque général des fonctions de l’économie animale. — Encéphalopathie. En résumant les soixante-douze cas de cette maladie ou les cadavres ont éLé examinés , on voit que vingt et une fois ou a trouvé un aplatissement, un tassement des circonvojutions cérébrales, avec augmentation ou diminution de cohésion de la pulpe cérébrale , augmentation ou diminution du volume de l’encéphale; que dans dix-neuf cas on a constaté une coloration jaune de la substance cérébrale; que dans les trentedeux autres cas l’autopsie n’a révélé aucun fait notable du système nerveux ; on voyait seulement quelquefois une légère infiltration séreuse , une injection sanguine des méninges, une diminution de consistance surtout de la substance blanche cérébrale , sans changement (je couleur, ou bien enfin une décoloration de la matière cérébrale.
11 est aisé de voir que les altérations dont il s’agit sont produites par les symptômes de l’encéphalopathie et qu’elles sont insuffisantes pour rendre raison des phénomènes observés pendant la vie. ( Tanquerel , ouvrage cité, j
B. Préparations de plomb introduites dans l’estomac. — L’acétate de plomb, introduit dans P estomac îi la dose de quelques grammes, détermine l’inflammation d’une ou de plusieurs parties de ce viscère : tantôt la membrane muqueuse est simplement phlogosée à sa face libre; tantôt l’inflammation s’étend jusqu’à la face' au moyen de laquelle elle adhère à la tunique musculeuse : dans ce cas elle est souvent d’un rouge très foncé, et les autres membranes de l’estomac
DES PÇÉPAUfflOISS DE PLOMB. 683
participent plus ou moins à l'inflammation. Oïl remarque quelquefois dans l’intérieur de cet organe, ({es points ou des taches noires, de vojume et de grandeur variables , qui dépendent presque toujours de l'extravasation d’une certaine quantité de saflg. ypipqux, ou te l’ injection des vaisseaux sangujns par je pièipp flunje. jinlm, nous avons vu , dans restonjac ({es aniinaux çjui avaient pris une (orte dose (le dissolution d’acétate de plomb et qui n’avaiept point vomi , un enduit membrane^ assez épajs , 4’une cquleur centrée , se détachant facilement çn grumeaux, ({ont l’ongips parajs.saq dup a la combinaison d’une partfe ç{ç l’acétate de ploptb avec les fluides muqueux , bilieux et autres contenus dans ce viscère. La iiiepi|)|ane muqueuse §qus-jacen|e à ppt enduit était d’un gris fppcé dans top le son épaisseur, et 'semb|ait avoir exerçé fa même ac{ipn sur 1 accise (je p)omb- Le même phépopièpe avait lieu dans tout le trajet (}u capa intestinal. On confit aiséuient que {es autres préparations de p{oii}|a pro'c{uiropt des ^férafjpfl? ^Ipgues lorsqu’elles seront ava{ees en assez grande quantité pour occasionner la morf.
Examen chimique des organes et des fluides de l’économie animale.
Emanations saturnines. Colique des peintres. Wilson et Dubois se sont trompés en disant que l’on apercevait dans le canal intestinal des traces de poussière saturnine; il en est de même de Spangenberg , qui prétendait avoir observé des globules de matières fécales recouvertes de litharge. Jlérat et Barrucl n’ont point trouvé de plomb dans l’urine ni dans les excréments d’un individu qui avait succombé à cette maladie. Le sang extrait de la veine cave, du cœur droit et de la veine porte d’un homme mort à la suite de colique de plomb et d'encéphalopathie saturnine , n’a fourni aucune trace de plomb à jj; 'chevallier. Il en a été de même de l’urine et de la salive (Je plusieurs majaqes analysées par iM. Guibourl. M. Devergie dit avoii retiré plus de plomb de plusieurs viscères d’indiyidus morts de la colique des peintres , que des mêmes viscères pris chez des personnes qui avaient succombé à d’auLres maladies. Avant d admetti e ce 1 ésuitat , il faudrait que des expériences beaucoup plus nombreuses que celles qui ont été tentées jusqu’à ce jour, nous eussent fait connaître quelle est la plus forte proportion de plomb que l’on peut obtenir des divers organes de l’économie animale à l’état normal ; jusque la je dirai que l’assertjon de mon confrère peut être exacte , mais qu elle n’est pas prouvée. Je ferai la même réserve pour ce qui concerne la quantité notable de plomb que JL Devergie dit avoir obtenue des muscles du mollet d’un individu qui avait succombé à une arlhrahjie saturnine.
Dans deux cas d'encéphalopathie saturnine, MM. Guibourt et Devergte sont parvenus à découvrir du plomb en quantité notable dans le cerveau , quoique les procédés suivis par ces deux expérimentateurs ne fussent pas les mêmes ; mais nous savons que le cerveau à [état normal contient du plomb; il ne faut donc pas considérer comme démontré un fait qui ne repose que sur un aussi petit nombre cl expériences.
B. Préparations de plomb introduites dans l’estomac. — Tiedemaun etGmelin, après avoir fait avaler de l’acétate de plomb à plusieurs chiens, ont retrouvé ce sel dans le sang des veines mésaraïques et spléniques.
M. Lassaigne annonça h l’Académie de médecine , dans la séance du 8 décembre 1840 , que M. Ausset, chef des travaux chimiques de
école d Alfort , avait entrepris dans le laboratoire de cet établissement , sous ses yeux et d’après ses conseils , une suite d’expériences desquelles il résulte 1° que le sous-acétate de plomb liquide (extrait de Saturne; administré à des chevaux à la dose de 1 à 2 kilogrammes, dans le but d étudier 1 action de ce sel plombique , a été reconnu en giande quantité dans le sang veineux et dans l’urine des animaux vivants; 2° que les organes sécréteurs tels que le foie et les reins, en ont offert aussi une grande quantité à l’examen chimique qui en a été fait peu de temps après la mort de ces animaux. ( Bulletin de l’Académie , année 1839 à 1840 , p. 290.)
Villeneuve, huit jours auparavant, avait communiqué le fait suivant à la même compagnie :
Observation. — Une jeune fille âgée de vingt ans avala dans un moment de désespoir et à jeun, 30 à 40 grammes d’acétale de plomb ; bientôt défaillance, pâleur, syncope; plus tard vomissements , anxiété précordiale , etc. L’emploi du sulfate de soude est suivi de déjections alviues ; les accidents diminuent par degrés ; la chaleur se rétablit , et la guérison ne tarde pas ù avoir lieu.
L’urine rendue vingt-cinq heures après l’ingestion du poison m’ayant été remise par M. Villeneuve , je la carbonisai par l’acide azotique , après 1 avoir évaporée à siccité : je traitai le charbon par les acides azotique et sulfhydrique , comme je l’ai dit à la page GG9 , et je pus facilement me convaincre que ce liquide contenait du plomb. [Bulletin de l’Académie, tom. vi, pag. 283.)
On a déjà vu par mes dernières recherches (Expériences 11% 12' et 13e, page 609) que l’on retire aisément du plomb du foie, de la rate et de l’urine des animaux empoisonnés par un sel plombique, à l’aide de procédés qui ne fournissent pas 1" plomb naturellement contenu dans le corps de l'homme.
Conclusions.— H résulte îles faits qui précèdent :
1" Que les personnes qui manient habituellement des composés de plomb éprouvent presque toujours, au bout d’un temps variable , des affections graves, telles que la colique de plomb, l’arthi algie , la paralysie l'anesthésie ou l’encéphalopathie saturnines ; quelquefois aussi plusieurs de ces maladies se trouvent réunies chez un même individu ;
2» Que les effets funestes de ces composés sont évidemment le résultat, non pas d’une inflammation de quelques uns de nos organes, mais bien de l’absorption de leurs émanations et de leur action sur le système nerveux et probablement sur le grand sympathique pour la colique, sur le système nerveux rachidien pourl’arthralgie, la paralysie et l’anesthésie , et sur le cerveau pour l’encéphalopathie ;
3° Que les sels solubles de plomb injectés dans les veines sont vénéneux, mais qu’ils sont beaucoup moins actifs que plusieurs autres poisons’ minéraux, et qu’ils paraissent exercer une action spéciale sur les intestins dont ils déterminent une inflammation lente ; peutêtre agissent-ils aussi sur les poumons;
Qu’iis sont absorbés quand on les introduit dans le canal digestif et qu’ils produisent des effets fort différents suivant qu’ils ont été pris à des doses faibles ou fortes. Dans le premier cas ils ne développent d’accidents que quelque temps après leur administration, et ces accidents sont ordinairement la colique des peintres, 1 arthralgie, la paralysie, l’anesthésie ou l’encéphalopathie saturnine. Si , au contraire, la dose a été forte, ils donnent lieu presque immédiatement après leur ingestion à des symptômes analogues à ceux que déterminent les poisons irritants (voy. p. 46 ) , et la mort peut survenir au bout de quelques heures , alors même qu’on laisse aux animaux la faculté de vomir. Les animaux qui avalent de l’acétate de plomb solide , à la dose de ÔO h 50 grammes, et qui en rejettent une partie par le vomissement, succombent à la fois à l’inflammation des tissus du canal digestif et à une affection du système nerveux qu’il est impossible de qualifier. Si cette forte dose d’acétate de plomb était dissoute dans l’eau , et que le sel restât assez de temps dans l’estomac pour que l’absorption eût lieu , les effets meurtriers dépendraient plutôt de cette action sur le système nerveux que de l’inflammation qu’il développerait. Quand les sels de plomb n’ont pas été pris h assez forte dose pour tuer en peu de temps , et qu’elle a été cependant suffisante pour déterminer des accidents immédiats, ils se bornent, en général, à exciter des vomissements, h augmenter les déjections alvin'es, et a occasionner des douleurs dans un ou plusieurs points de l’abdomen ;
5° Qu'ils peuvent également être absorbés lorsqu'ils sont appliqués sur la peau dépouillée de son épiderme, sur les membranes muqueuses
686 i>ES PÔISOtfS IRRITANTS,
de l’œil , du vagin , etc., et qu’ils développent alors le plus comrnuiiémerit la colique, l’artHralgie, la paralysie, l’anesthésie ou l’encéph'alopathié saturnine.
haitêment de 1 empoisonnement par les préparations de plomb.
A. h'manntions sdturnines. Colique dès peintres. — On ti proposé un très grand nombre de méthodes curatives que je vais successivement faire corintutfe i 1“ Monade sulfhydrique : elle est Sans valeur; 2° timôilddë sulfurique : fc’èst encore Un moyen illusoire ; 3“ dluri : il est sans efficacité dans le pliis grand iiombre de cask° mercure et plomb : il y a Heu de féiioncèr h cès 'médicaments- 5° noix vomique .- elle n’a point d'influence salaire ou n’éfi â qu’une très légère sur le coürsde la colique sàlurhine ; Médication bhtipMoijièlique .- quoiqu’elle ait été utile dans cei tains càs, elle d’offre pas assez d’avantages pour qu’on ne doive jias lui en préférer une autre; toutefois, elle est excessiverhcnt Utile lorsqiie là cUliquesé trouve compliquée d’inflatUmatidn ; ?® Méthode catm'dnte .-elle a une influence évidemment sàlutàirë, plus riià'f-qùëe <jue toutes les médicalièns doiit j à'i parlé; en effet, elle abrège assez souvent de quelques jours la maladie èt rend les rechutes, la paralysie et l’encéphalopathie un peii moihs fréquentes ; on administre Vopttiih ou le chlorhydrate de morphine. Le docteur Rauque combine la' méthode narcotique àvèc la révulsive ; les médicaments calmants dont il fait usage sont la thériaque ; le laurier-cerise et la belladone ; 8° méthode révulsive: elle est en général employée sans succès ; 9° méthode pûrgative : elle eSt préférable dux divers traitements qui précèdent; elle limite la durée dè l’affection et la fait disparaître rapidement, préserve des rechutes, et met, jusqu’à un certain poffit, à l’abri des atitres maladies saturnines ; on ne peut cependant pas dire qu’elle n’ëfchoue jamais. Voici en quoi èonsiste le traitement dit de la Chaïilé.
Le jour de l’at-rivée du malade, on lui administré le laveniettt purgatif des peintres, cUmposé de 125 grammes de feuilles de séné que 1 ort fait bouillir dans 500 grammes d’eau ; ét que l'on mêle ensuite avec 16 grammes de sulfate dè soude et 125 gràrtiines de viti émétique.
Dans la journée , ôn donne la boisson süivahte ; eau dè casse simple (1), 1 kilogr. ; sél d’Epsom, 32 grammes; émétique, 15 cent. Quelquefois on ajoute, si la maladie èst forte: siro'p de nerprun,
(1) L’eau <lc caésc Simple se préparé ainsi : casse en bâton concassée, G2 grammes; eau, I kilogramme : fàttes bouillir pendant itn quart d’heure èt passez.
32 grammes, ou confection Ilamecli , 8 grammes. Le soit , oh administre un lavement anodin fait avec 192 grammes d’huile de noix, et 372 grammes de vin rouge. t)n doiiiie a l’intcrieür 6 grammes de thériaque , dans laquelle on incorpore ; suivant le besoin, 75 milligratiimes d’opium.
Le deuxième jour, au malin , on ordonne en deux fois , b Une heure dé distance, 30 centigrammes d’émétique dissoüsdaiis 250 gratiinies d’eau. Quand le malade a vomi, on lui fait piendie, le teste du jour, la tisane sudorifique suivante : 32 grammes de gaïae, autarUdè squine et de salsepareille que l’on a fait bouillir penddnt uhe heure dans 1,500 grammes d’eaii commune, que l’on réduit d’Iih tiers et auxquels on a ajouté 32 grammes de sassafras et 16 grammes de réglisse que l’on a fait bouillir légèrement. Lé soir, le lavëriieht anodin et la thériaque avec l’opium , comme le premier jodr.
Le troisième jour, on fait prendre en quatre fois, dans lii hiatidée, la tisane sudorifique laxative , qui se compose de 1 kilogrdhlme de tisdne sudorifique simple et de 32 grammes de séné. DariS la journée , la tisane sudorifique simple; le soir, le lavement purgatif des peintres; deux heures après, le lavement anodin et la thériaque avet I’opitiih.
Le quntHcme jour, on administre un purgatif composé de 32 grammes d’infusion de séné (1) , de 16 grammes dé sel dè Glauber, de 3 grammes 90 centigrammes de jalap en poudre et de 16 grammes de sirop de nerprun. Le soir, on prescrit le lavement d’huile et de vin et la thériaque ; dans la journée , on fait prendre poiir boisson la décoction de gaïae composée.
Le cinquième jour, la tisane sudorifique laxative; le soir, b quatre heures ; le lavement purgatif; b Six , le lavement anodin ; et b huit la thériaque avec l'opium.
Le sixième jour, on donne le purgatif des peintres, la tisaiïe sudorifique simple , le lavement anodin, la thériaque avec l’opium, colilme le quatrième jour.
Si, malgré l’emploi de ces moyens, les malades n’ont aucune évacuation, on a recours aux bols purgatifs des peintres, composés aVec li 0 grammes de diagrède, autant de résine de jalap, 1 gramme de gomme-gutte, 6 grammes de confection llbmech et une quantité suffisante de sirop de nerprun , pour faire du tout douze bols que l’on administre b deux heures d’intervalle chaque.
Huile de crolon tiglium. — Celte huile, dit M. Tanquerel dans l’ouvrage remarquable déjà tant de fois cité, ti’cst point une ïnédica-
(i) Elle Sè fait avec 8 grhmmcs de séné, et 25(1 grammes d’caii que Fou réduit d’un qualt par l’ébulli tiofa.
Uon spécifique de la coliquesaturnine. Sil’on parvenait à découvrir une substance vomi-purgative qui déterminerait également sous un petit volume une secousse aussi violente sur les organes abdominaux , on pourrait 1 employer avec autant de succès; mais cette substance n’existant point encore, je conseille h tout médecin qui traitera la colique saturnine de faire usage de ce puissant remède , en se conformant aux préceptes qui vont suivre. Le meilleur mode d’administration , c’est de donner l’huile à la dose d’une goutte dans une cuillerée dé tisane , à la première visite qu’on fait au malade. Si celte première prise ne produit pas de selles ni de vomissement, sept à huit minutes api es il faut administrer une nouvelle goutte ou un lavement purgatif. Le lendemain et le surlendemain on devra prescrire encore l’huile de cioton de la même manière. Le quatrième jour, lorsque le malade est débarrassé de tous les symptômes de la colique , on peut lui faire administrer un second lavement purgatif, qu’on continue jusqu’au septième ou au huitième jour. Dans les cas rares où la colique n'a pas entièrement cessé le quatrième jour, il faut encore donner une goutte de croton , qu on peut même répéter les jours suivants, si par hasard toutes les tiaces de la maladie n’avaient pas disparu. Lorsque le malade vomit 1 huile de croton un quart d’heure ou une demi-heure après son introduction dans l’estomac, il faut alors la mélanger avec 32 grammes d’huile de ricin ou l’administrer en lavement à une dose double de celle qui est donnée par la bouche. En même temps qu’on fait prendre l’huile de croton, il est bon que le malade fasse usage d’une grande quantité de tisane (orge miellée). (Tom. Ier, p. ùül.)
Une diète sévère doit être observée pendant tout le cours du traitement de la colicjue des peintres; il faut attendre que la douleur ait complètement cessé pour commencer à donner des aliments.
Arthralgie saturnine. — Les bains sulfureux constituent la médication la plus puissante contre cette affection ; ils n’ont pas besoin d’être aidés de l’administration des purgatifs , si la maladie n’est pas compliquée de colique saturnine ; toutefois, cette dernière médication ayant une grande influence sur l’arthralgie, peut être employée simultanément avec les bains sulfureux , dans les cas mêmes où les organes digestifs et urinaires ne sont, pas atteints par les émanations saturnines.
Paralysie saturnine. — L’électricité, les bains sulfureux et les diverses préparations de noix vomique , sont les seuls remèdes dont les observateurs consciencieux aient obtenu de véritables succès contre cette affection. Le traitement suivi avec le plus d’avantage est celui qui consiste à employer tantôt l’électro-puncture concurremment avec les bains sulfureux , tantôt la strychnine ; dans ce dernier cas, il faut commencer d’abord par soumettre le malade à l’usage de la strychnine
DF.5 PRÉPARATIONS 1)E PLOMB. ™ y
administrée à l’intérieur, puis par la méthode endermique, et enfin terminer par les bains sulfureux , qu’on fera prendre journellement pendant l’administration de la strychnine à l’intérieur.
Encéphalopathie saturnine. — La méthode expectante, dont la diète et les boissons délayantes font la base, est celle qui doit ètie pié-
férée. (Tanquerel. ) * .
B. Préparations de plomb introduites dans le canal digestif. Si elles ont été administrées à petite dose, et qu’elles aient développé une ou quelques unes des maladies dont je viens de m’occuper, on traitera celles-ci par les méthodes que j’ai conseillées. Si la dose de ces préparations est considérable et qu’il se soit développé un empoisonnement aigu , il faudra avant tout , si l’on est appelé b temps , recourir aux antidotes. Navier indiquait les sulfures alcalins comme contrepoisons des sels de plomb.
Sulfures. — Expérience ire. - On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien ; on a introduit dans son estomac 8 grammes d’acétate de plomb dissous dans 32 grammes d'eau distillée et mêlé avec 10 grammes de foie de soufre dissous dans 6A grammes d’eau : on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture afin d’empêcher le vomissement. L’animal n’a rien éprouvé de remarquable le premier jour. Le lendemain il était abattu , mais ne paraissait point souffrir. Le troisième jour l’abattement augmentait, et il est mort dans la nuit du quatrième jour. La membrane muqueuse de l’estomac était toute corrodée et en suppuration; la tunique musculeuse était d’un rouge pâle dans certains endroits.
Expérience ii'. — Après avoir détaché l’œsophage d'un chien , on y a pratiqué un trou à l’aide duquel on a fait arriver dans son estomac AO grammes d’acétate de plomb dissous dans 96 grammes d eau ; cinq minutes après, on a introduit dans ce même viscère 28 grammes de foie de soufre dissous dans 192 grammes d’eau, et on a lié l’œsophage audessous de l’ouverture. L’animal est mort au bout de trois heures , après avoir éprouvé des mouvements convulsifs très violents. A l’ouverture du cadavre, on a trouvé l’estomac rempli d’aliments et du liquide ingéré, dans lequel on voyait une très grande quantité de sulfure de plomb noirâtre ; ce viscère exhalait une odeur d’œufs pourris très fétide. La membrane muqueuse était noircie par une couche de sulfure de plomb très brillante ; mais elle ne paraissait point corrodée : il n’y avait rien de remarquable dans les intestins.
Ces faits prouvent, 1° que le foie de soufre décompose 1 acétate de plomb dans l’estomac , et qu’il le transforme en sulfure de plomb insoluble; 2° que , malgré cette décomposition , l’empoisonnement a lieu , puisque, dans un cas, l’animal a éprouvé des mouvements convulsifs et a succombé trois heures après avoir pris le poison , et que , dans l’autre, la désorganisation de l’estomac était très prononcée. Cela dé-
pend évidemment de l’action délétère du foie de soufre. (Voyez t. Ier, p. 266.)
La facilité avec laquelle les sulfates de soude , de magnésie, etc. , décomposent les sels de plomb , l’insolubilité du sulfate métallique résultant de cette décomposition , et la possibilité qu’il y a à faire prendre aux malades une assez grande quantité de ces sulfates sans qu’il en résulte des accidents graves : telles sont les considérations qui m’ont porté à essayer si les sulfates ne seraient pas des contre-poisons des préparations saturnines.
Sulfates. — Expérience irc. — On a fait avaler à un chien faible eide moyenne taille 36 grammes de sulfate de plomb finement pulvérisé : l’animal n’a rien éprouvé, et le lendemain il a mangé comme à l’ordinaire.
Expérience ii1'. — A dix heures, oii a détaché et percé d’un trou l'œsophage d’un chien de moyenne taille ; on a introduit dans son estomac 40 grammes d’acétate de plomb dissous dans 96 grammes d’eau distillée ; huit minutes après, on a fait arriver dans le même viscère 48 grammes de sulfate de magnésie dissous dans 96 grammes d’eau , et on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture, afin d’empêcher le vomissement : au bout de dix minutes, l’animal a fait de violents efforts pour vomir, et il a eu une selle liquide dans laquelle on voyait des grumeaux blancs, comme terreux, qui ont donné à l’analyse du sulfate de plomb ; il est tombé dans l’abattement , et il est mort le lendemain à quatre heures du malin, après avoir eu deux autres selles. L’estomac renfermait une grande quantité de sulfate de plomb ; la membrane muqueuse de ce viscère , d’un rouge clair dans presque toute son étendue , offrait dans la portion correspondant au pylore plusieurs taches d’un rouge pourpre; les deux autres tuniques de l’estomac n’étaient que légèrement injectées.
Expérience iiic. — Persuadé que , dans l’expérience précédente , la totalité du poison n’avait pas été neutralisée par le sulfate de magnésie, on l’a recommencée sur un animal de petite taille, que l’on a placé dans les mêmes circonstances, excepté qu’on lui a fait prendre seulement 10 grammes d’acétate de plomb dissous dans 48 grammes d’eau , et que six minutes après on lui a donné 16 grammes de sulfate de magnésie dans 32 grammes d’eau. L’animal n’a rien éprouvé de sensible : au bout de huit jours il était abattu, très maigre et peu vivant. Il a expiré le neuvième jour de l’opération. A l’ouverture du cadavre, on a trouvé l’estomac et les intestins dans l’état naturel (1).
Il résulte de ces faits , 1° que le sulfate de plomb peut être avalé impunément à haute dose ; 2° que le sulfate de magnésie décompose dans l’estomac l’acétate de plomb qui peut y être contenu , et qu’il le
(I) Dix grammes d’acétate de plomb sans addition de sulfate de magnésie font constamment périr les chiens dont on a lié l'œsophage, en deux ou trois jours, et les tissus se trouvent plus ou moins enflammés.
DES PRÉPARATIONS DR PLOMB, transforme en sulfate de plomb insoluble ; 3° que les effets irritants de ce poison sont empêchés par une suffisante quantité de sulfate de magnésie, et qu’ils ont lieu, au contraire, lorsque ce sel n’est pas assez abondant pour opérer la décomposition totale de la substance vénéneuse; 4° que le sulfate de magnésie est un véritable contre-poison de l’acétate de plomb.
• Il n’est point douteux que les autres préparations saturnines solubles ne soient également décomposées et transformées en sulfate insoluble par l’addition du sulfate de magnésie ou de tout autre tulfale soluble.
On voit donc que , dans le cas d’ingestion d’un sel de plomb soluble, le premier devoir du médecin est de faire prendre au malade d’abondantes boissons d’eau contenant quelques grammes de sulfate de magnésie , de soude ou de potasse par litre.
Après avoir ainsi employé les sulfates, on combattiait 1 inflammation des tissus du canal digestif suivant les cas , par les saignées générales et locales, les tisanes adoucissantes, les lavements, les cataplasmes émollients, les bains lièdes, mucilagineux, etc. Le malade serait tenu à la diète, et l’on prescrirait un régime doux pendant la convalescence.
Recherches médico-légales.
Acétate de plomb. — Les acétates de plomb neutre ou avec excès d’oxyde, à l’état solide, sont décomposés par les acides sulfurique ou azotique concentrés, avec dégagement d’acide acétique reconnaissable à son odeur. Chauffés dans un creuset avec du charbon, après avoir été desséchés , ils fournissent du plomb métallique. L’ acétate neutre (sel ou sucre de Saturne) cristallise en parai lél i pipôdes aplatis ou en aiguilles; il est blanc, d’une saveur sucrée, slypiique et soluble dans l’eau distillée; chauffé sur une pelle rougie au feu, il se décompose en dégageant, entre autres produits, des vapeurs d’acide acétique et en laissant un mélange d’oxyde jaune et d’oxyde rouge de plomb.
Dissolution aqueuse concentrée. — L’acide sulfurique en dégage de l’acide acétique. Elle précipite en blanc par la potasse et la soude qui redissolvent l’oxyde précipité si elles sont employées en excès, par les carbonates et les sulfates solubles , et par 1 acide sulfurique; l’acide carbonique ne la trouble point si elle est bien neutre ; l’acide sulfhydrique y occasionne un précipité de sulfure de plomb noir ; l’iodure de potassium et le chromate de potasse la précipitent en jaune serin (iodure ou chromate de plomb) ; le zinc en sépare le plomb, d’abord sous forme d'une couche noire, puis on
aperçoit des lames très billantes. Les eaux de rivière, de fontaine et de puits la piecipitent en blanc, à raison des sulfates et des carbonates solubles qu’elles renferment.
Dissolution aqueuse très étendue faite avec l'eau distillée
Parmi les réactifs dont je viens de iparler , le plus sensible est sans contredit l’acide suif hydrique ; on devra donc l’employer de préférence et laisser déposer le sulfure de plomb ; celui-ci , après avoir été lavé, sera décomposé à une douce chaleur par 1 gramme environ d’acide azotique concentré que l’on étendra de 5 à 6 grammes d’eau ; il se précipitera du soufre , et l’on obtiendra de l’azotate de plomb soluble, qui étant filtré et rapproché par l’évaporation se comportera avec les réactifs comme la dissolution concentrée d’acétate. Si la quantité d’acétate était trop faible pour pouvoir être promptement décelée par l’acide sulfhydrique , il faudrait évaporer la dissolution jusqu’à ce qu’elle fût réduite à 2 ou 3 grammes avant de recourir aux réactifs; ce serait même le seul moyen de prouver qu’elle renferme de l’acide acétique, en faisant alors usage de l’acide sulfurique ou de l’acide azotique concentrés.
Sous-acétate de plomb concentré (extrait de Saturne). — Il estli quidc, jaunâtre, d’une saveur sucrée stvptique, et se comporte comme le précédent avec les agents qui peuvent le faire reconnaître , si ce n’est avec l’acide carbonique qui y fait naître un abondant précipité blanc de carbonate de plomb , tandis qu’il reste dans la liqueur de l’acétate neutre. Si la dissolution avait été affaiblie par de l’eau distillée, on agirait sur elle comme sur la dissolution étendue d’acétate neutre.
Acétates de plomb mélangés à des liquides alimentaires ou médicamenteux, à la matière des vomissements ou à celte que l’on trouve dans le canal digestif. Levin rouge, l’albumine, le bouillon, le lait, la bile , etc. , précipitent plus ou moins abondamment les acétates de plomb , surtout le sous-acétate ; il est même rare de pouvoir déceler l’un de ces sels dans la portion liquide de ces mélanges, surtout au bout d’un certain temps, 5 moins que la dose d’acétate ajoutée n’ait été un peu notable ; c’est presque toujours dans le dépôt qu’il faut chercher le composé plombique. La gélatine n’est point troublée par les acétates de plomb.
Expérience ire. — J’ai ajouté k grammes d’acétate de plomb dissous à un mélange de ôOO grammes de lait, d’autant de bouillon , de café et de vin rouge; il s’est aussitôt formé un précipité; j’ai fait bouillir la matière dans une grande capsule pendant trois minutes; le coagulum obtenu, séparé du liquide, a été lavé jusqu’à ce que l’eau de lavage ne se colorât plus par un courant d’acide sulfhydrique gazeux , et il a été partagé en deux parties égales A et B. J’ai fait bouillir la portion A pendant
une heure avec de IV au distillée ; le décoctum filtré, après a voir été évaporé à siccité, a été carbonisé par l’acide azotique, et le charbon a * l’action de l’acide acétique affaibli pendant vingt minutes , la liqueur acé ! ‘TXréL wva'séc p.v un courant ,1c gaz acid. suiri„dr„u«, a donné un précipité peu abondant, de couleur brune, lequel, après avoir été lavé, desséché et traité par l’acide azotique faible. , a fourni du soufre et un peu d 'azotate de plomb. La moitié B, traitée pendant une heure avec de Peau fortement aiguisée d'acide acétique, a donné un soluturn que j ai filtré et que l’acide sulfhydrique liquide précipitait abondamment en noir (sulfure de plomb mélangé de matière organique) ; j’ai évaporé cette liqueur jusqu’à siccité, et j’ai carbonisé le produit par. 1 acide azotique ; j’ai fait bouillir le charbon pendant vihgt minutes avec de 1 acide acétique affaibli , et j'ai obtenu une dissolution quittant filtrée et traversée par un courant de gaz acide sulfhydrique, a laissé déposer une proportion considérable de sulfure de plomb noir que j’ai transformé en azotate de plomb et en soufre par l’acide azotique affaibli.
Expérience n'. —J’ài agi de même sur 1G00 grammes de lait, de bouillon , de café et de vin , sans addition d'acétate de plomb, et je n ai obtenu aucune trace de sulfure de plomb, ni avec la dissolution aqueuse du coagulum qui s’était formé par l’ébullition , ni avec sa dissolution
^Expériences ut', iv' v'. (Voy. les expériences 11% 12' et 13% à la pag. 669. )
Procédé. — - On devra toujours supposer qu’une partie du sel plombique peut se trouver dans la portion liquide. Après avoir fait bouillir le mélange pendant quelques minutes , pour coaguler, en partie du moins, la matière organique, on filtrera, et l’on fera passer un courant de gaz acide sulfhydrique à travers la liqueur filtrée; s’il se depose du sulfure de plomb noir, on le lavera , on le ramassera et on le chauffera dans une petite capsule de porcelaine avec de l’acide azotique faible comme il a été dit en parlant de la dissolution aqueuse étendue d’acétate de plomb (voy. p. 692). Si le gaz acide sulfhydrique ne précipite point la liqueur, parce que la proportion de plomb que celleci contient est trop faible par rapport à la quantité de matière organique qu’elle renferme, on évaporera cette liqueur jusqu’à siccité , et on carbonisera le produit par l’acide azotique mêlé de 1|15 de chlorate de potasse (voy. pag. /|89) ; on fera ensuite bouillir le charbon pendant vingt ou vingt-cinq minutes avec de l’eau régale étendue de son volume d’eau , afin de dissoudre l’oxyde de plomb qui pourrait s’v trouver, ainsi que la petite proportion de sulfate de plomb (pii aurait pu se former par suite de la transformation de l’acide sulfhydrique en acide sulfurique ; le solution filtré et évaporé jusqu’à siccité, laissera un sel de plomb qu’il sera facile de reconnaît! e.
69 li
Les matières solides coagulées par l'action de l’eau bouillante seront desséchées et carbonisées par l’acide azotique et le chlorate de potasse dans une capsule de porcelaine; il suffira ensuite de faire bouillir le charbon , pendant quinze ou vingt minutes, avec de l’acide acétique Pur <^ndu de deux ou trois lois son poids d’eau pour obtenir de l’acetate de plomb que l’on filtrera et que l’on fera évaporer jusqu’à
SlCCltCÎ.
Acétate de plomb se trouvant à la surface du canal digestif.
.1 ai lu à 1 Académie royale de médecine un mémoire qui avait pour objet de faire connaître la manière dont les sels solubles de plomb se comportent lorsqu’ils sont introduits dans l’estomac (voy. Annales d hygiène, 1839). Il résulte de ce travail que l’acétate et l’azotate de plomb donnés aux chiens laissent dans l’estomac des traînées de points blancs ou d’une substance blanche plus ou moins adhérente à la surface interne de l’estomac , quoique des vomissements aient eu lieu et que plusieurs jours se soient écoulés depuis l’administration des composés plombiques ; ces portions de substance blanche ne sont autre chose que de l’acétate de plomb décomposé ou combiné avec les tissus , et il est important de les recueillir pour agir directement sur elles. Voici au reste les conclusions que j’ai tirées de mes expériences :
1° Qu’il suffit de deux heures pour que l’acétate et l’azotate de plomb , donnés à petite dose , développent sur la membrane muqueuse de 1 estomac des chiens vivants , et quelquefois même sur celle des intestins, une altération particulière , visible à l’œil nu, et qui consiste en une série de petits points d’un blanc mat, tantôt réunis dans le sens de la longueur et formant des espèces de traînées sur les plis de la membrane, tantôt disséminés sur toute la surface du tissu. Ces points, évidemment composés de matière organique et d’une préparation de plomb , adhèrent intimement à la membrane muqueuse dont on ne peut pas les séparer, même en grattant pendant longtemps avec un scalpel : ils fournissent instantanément et à froid, par l’acide sulfhydrique , du sulfure noir de plomb; ils sont insolubles dans l’eau distillée froide ou bouillante et décomposables à la température ordinaire par l’acide azotique faible, avec production d’azotate de plomb.
2” Que l’on remarque la même altération chez les chiens qui ont vécu quatre jours et qui n’avaient été sous l’influence des mêmes sels de plomb, aux mêmes doses, que pendant deux heures; que toutefois les points blancs , évidemment moins nombreux , ne sont plus visibles qu’a la loupe; d’où il suit que, s’ils ont été en partie décomposés ou absorbés par un acte vital , il n’a pas suffi de quatre jours pour les
des préparations de plomb.
faire -*■*-•*
les noircit » l'instant meme , et ,1 ne au pas plus * ^ ^ ^
“t“ÔS tÏÏam vivrependant dix-sep. jours des chiens soumis a
SHSSSSSfSS
S .ICeau bout de quatre heures; mais qu’alors encore , si 1 on fail bouillir les tissus pendant une demi-heure avec de 1 acide azotique ? SO Cés étendu de son volume d’eau, il se produit une asse grande quantité d’azotate de plomb pour qu’il soit permis de penser qu 01!° aurait pu retrouver une partie du plomb ingère, meme un mois après l’empoisonnement , en employant 1 acide azotique A° ou’ il est dès lors incontestable que le composé blanc de plo et de matière1 organique qui s’était d’abord formé disparaît au bout d’un certain temps, probablement après avoir ete décomposé, qu tmcas, une porïion du plomb qu'il renfermait reste combmee avec les tissus de l’estomac pendant un temps plus ou moins long-
5» Oue l’on peut , d’après les caractères que présente 1 estomac des chiens soumis pendant deux heures seulement a 1 action de - gra mes d'acétate de plomb et que l'on a laissés vivre, s, no» detenmne, rigoureusement l'époque à laquelle l'empotsounemen a eu heu moins indiquer approximativement cette époque. Lu effet suivant que la vie des animaux empoisonnés s’est plus ou moins prolongée on trouve dans la première période de la maladie des trjmées et de points blancs visibles à l’œil nu ; dans la deuxième période ces ponte ne sont visibles qu’à la loupe et noircissent par 1 acide sulfhydiique , ils sont en outre moins nombreux ; enfin le caractère de la période consiste dans la disparition des points blancs, dans abs®"“ de coloration noire par l’acide sulfhydrique et dans la possibilité d obtenir de l’azotate de plomb en faisant bouillir pendant une demiheure l’estomac avec de l’acide azotique étendu de son volume d eau.
6" Que si la dose d’acétate de plomb était plus forte ou plus faible que celle qui vient d’être indiquée (voy. 5») , et que 1 animal eût etc sous l’influence du sel plus ou moins de deux heures, on observe. ait également les trois périodes dont j’ai parlé ; mais alors leui dm ée ne serait pas la même que dans l’espèce qui fait l’objet de ce memon .
7- Que l’altération dont il s’agit se forme indépendamment de tout acte vital, puisqu’elle s’est développée dans un estomac détaché du corps et déjà froid.
8“ Qu’elle a été constatée par moi une fois au bout dix-sept jours d inhumât, on et une autre fois trente-huit jours après l’exposition de estomac à 1 air, et qu elle était encore tellement visible dans les deux cas, qu’il n’est pas douteux qu’on ne puisse l’apercevoir plusieurs mois plus tard. 1
Il faut donc, lorsqu’on cherche l’acétate de plomb qui peut exister a la surface du canal digestif, après avoir enlevé les matières contenues dans ce canal, laver celui-ci à plusieurs reprises avec de l’eau distillée froide , afin de dissoudre la portion d’acétate qui pourrait a la rigueur se trouver à la surface interne de ce canal ; la dissolution sera traitée comme je l’ai dit en parlant du mélange d’acétate de plomb et de matières alimentaires; puis on plongera toutes les portions du canal digestif où se trouvent des points blancs dans de l’acide azotique marquant 30 degrés et étendu de trois fois son poids d’eau. Après une heure d’action à froid , le plomb contenu dans ces points sera dissous , et l’on aura de l’azotate de plomb qu’il suffira de faire évaporer jusqu’à siccité et de dissoudre dans l’eau pour le reconnaître a l’aide des réactifs ; que si par hasard cet azotate était mélangé de beaucoup de matière organique , ce qui n’est pas présumable , il faudrait le carboniser par l’acide azotique et le chlorate de potasse , et agir sur le charbon , comme je l’ai dit à la page 69à , en parlant du dépôt organique.
Acétate de plomb absorbe et contenu dans le sang, dans les tissus du canal digestif, dans le foie, la rate et les reins. — On fera bouillir ces parties pendant une heure dans une capsule de porcelaine avec de l’eau distillée aiguisée d’acide acétique; ce liquide dissoudra une quantité du composé plombique provenant de l’empoisonnement, suffisante pour qu’on puisse aisément la reconnaître, et n'agira aucunement sur le plomb qui existe naturellement dans ces organes. La liqueur filtrée sera évaporée jusqu’à siccité, et le produit sera carbonisé par l’acide azotique et le chlorate de potasse ; le charbon non incinéré, traité comme il a été dit à la page 693, fournira de l’ azotate de plomb. Si au lieu d’agir ainsi on incinérait ces organes ou qu’on les carbonisât directement par l’acide azotique seul ou mélangé de chlorate de potasse concentré , la cendre et le charbon obtenus contiendraient du plomb normal ; en sorte que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves. L’expertise médico-légale faite à Dijon en 1838, à 1 occasion de Fa (faire Schneider et Riltinghausen, sur laquelle j ai été consulté (voy. mon Mémoire lu à l’Académie royale de médecine, en octobre 1838), ne laisse aucun doute à cet égard. Les experts avaient soumis le canal digestif du cadavre de Schneider à l’action de l’eau régale bouillante , et avaient dissous une portion du
DES PRÉPARATIONS DE PLOMB, cuivre et du plomb qui existe naturellement dans les tissus de ce
Il faut encore éviter d’incinérer le charbon provenant de la liqueui obtenue en traitant les organes par l’eau distillée aiguisée d’acide acétique , car l’expérience m’a démontré qu’en agissant ainsi on trouvait dans les cendres une certaine quantité de plomb normal ; et cela doit être, car celte liqueur acétique renferme une proportion notable de matière organique qu’elle a dissoute : or cette matière contient du plomb qui n’est pas dissous par l’acide azotique faible tant que le charbon n’a pas été incinéré , et qui se dissout au contraire si l’on a poussé l’opération jusqu’à l’incinération.
S’il s’agissait de constater la présence du plomb dans Y urine, on ferait évaporer celle-ci jusqu’à siccité , et on carboniserait le produit par l’acide azotique ; la cendre en partie charbonneuse serait traitée d’abord par l’eau distillée pour dissoudre les sels solubles , puis on ferait agir sur le résidu , à une douce chaleur, de 1 acide azotique étendu °de deux parties d’eau ; le solutum contiendrait de l’azotate de plomb que l’on évaporerait jusqu’à siccité et qui serait facile à reconnaître.
Je ne saurais assez insister, en terminant tout ce qui se rapporte aux recherches médico-légales concernant les sels de plomb , sur la nécessité de s’assurer, avant d’entreprendre les expériences , gîte le papier à filtre dont on devra faire usage ne contient pas un composé plombique ; on trouve en eiïet dans le commerce des papiers joseph, en apparence fort beaux , qui renferment une proportion de plomb souvent plus considérable que celle que l’on retire des organes des animaux empoisonnés par un sel plombique : aussi m est-il souvent arrivé, avant d’avoir porté mon attention sur ce point et en me servant de pareils papiers, d’obtenir du plomb, alors même que je traitais par l’eau bouillante seulement des organes d’animaux non empoisonnés; il suffisait même de faire filtrer rapidement à travers ces papiers de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique ou d’acide acétique pour que la liqueur précipitât abondamment en noir par l’acide sulfhydrique. A combien d’erreurs graves ne s’exposerait-on pas si l’on méconnaissait l’importance d’un pareil résultat ! On devra donc employer de préférence du papier Bcrzélius, qui ne contient pas de plomb , ou bien , si l’on est obligé de faire usage d’un autre papier plombique, il faudra commencer par débarrasser celui-ci du plomb qu’il renferme en le lavant à plusieurs reprises avec de l’eau faiblement aiguisée d’acide chlorhydrique ; on ne devrait pas cependant réitérer trop souvent ces lavages, de crainte d’amincir le papier au point où il se déchirerait si facilement qu’il ne serait plus propre à filtrer; il faudrait les
DES POISONS IRRITANTS, cesser dès que la dissolution chlorhydrique ne serait plus affectée par l’acide sulfhydrique. Dans tous les cas , et quel que soit le papier dont on voudra faire usage , il ne faudra jamais négliger de l’essayer par cet agent avant de l’employer.
Acétate de plomb dans le cas où l’on aurait administré un sulfate soluble comme contre-poison. — Ici tout porterait à croire que le sel plombique aurait été transformé en sulfate de plomb insoluble , sinon en totalité, du moins en grande partie; il faudrait alors ramasser attentivement la poudre blanche qui aurait pu se déposer au fond des matières vomies ou de celles que l’on trouverait dans l’estomac, ou bien sur le canal digestif lui-môme, et après l’avoir lavée avec de l’eau distillée , la faire bouillir pendant une heure avec du bicarbonate de potasse pur dissous dans l’eau ; on obtiendrait du carbonate de plomb insoluble que l’on décomposerait par l’acide acétique de manière h former de l’acétate de plomb soluble et facile à reconnaître ; que si l’on n’apercevait pas de poudre blanche au fond des matières dont je parle, on devrait, après avoir carbonisé toutes les parties solides, traiter le charbon par du bicarbonate de potasse bouillant pendant une heure environ ; on décanterait la liqueur et l’on traiterait le charbon par l 'acide azotique affaibli , pour décomposer le carbonate de plomb qu’il pourrait contenir et obtenir de l’azotate de plomb.
Aectate de plomb dans un cas d’exhumation juridique. — Expériences. — Le 29 mars 182G , on a dissous 12 grammes d’acétate de plomb dans deux litres d’eau distillée, et on les a introduits dans un grand bocal où l’on avait préalablement mis de la chair musculaire , un morceau de foie et quelques portions d’un canal intestinal ; le vase a été exposé à l’air. Le 9 avril suivant , il n’y avait plus d’acétate de plomb en dissolution , car la liqueur filtrée ne se colorait pas par l’acide sulfhydrique ; mais en desséchant le précipité gris noirâtre qui s’était formé , ainsi que la matière animale qu’il contenait, et en le calcinant assez fortement, on en retirait du plomb métallique.
Le 18 juillet 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, 30 centigrammes d’acétate de plomb dissous dans un litre et demi d’eau distillée , et mêlé avec environ le tiers d’un canal intestinal. Quatre jours après, il n’existait plus un atome de sel en dissolution, et les matières solides fournissaient une quantité sensible de plomb. Il est donc évident que ce ne serait pas dans la liqueur que l’on trouverait l’acétate de plomb, qui, après avoir été dissous, aurait été en contact avec les tissus du canal digestif, car il suffit de fort peu de temps pour qùe cette liqueur n’en conserve plus de traces.
Carbonate de Plomb (Cérusc ).
Le carbonate de plomb est pulvérulent ou en masses dures très pesantes, blanc, insipide et inodore. Chauffé dans un creuset avec du charbon, il se décompose et donne du plomb métallique. L’acide azotique faible le décompose; il se dégage du gaz acide carbonique avec effervescence, et la dissolution renferme du prolo- azotate de plomb facile h reconnaître à l’aide des réactifs dont j’ai fait mention à la page 691. Si le carbonate de plomb est mêlé à de la chaux pure ou carbonatée, la liqueur contient aussi de l’azotate de chaux; on peut aisément reconnaître ce mélange en versant dans la dissolution azotique une assez grande quantité d’acide sulfhydrique pour précipiter tout le plomb à l’état de sulfure noir : alors le liquide qui surnage , composé d’azotate de chaux et d’acide azotique , donne , par l’addition du carbonate de potasse , un précipité blanc de carbonate de chaux, que l’on peut laver et calciner pour en avoir la chaux pure.
Les boulangers se sont servis quelquefois de la céruse pour rendre le pain plus lourd et plus blanc. On déterminera la présence de ce carbonate dans la farine, en agitant celle-ci dans l’eau froide et en ramassant le précipité qui se rassemblera de suite au fond du vase, et dans lequel se trouvera tout le carbonate de plomb avec un peu de farine ; la majeure partie de celle-ci sera restée en suspension dans la liqueur, et pourra être séparée par décantation. Le précipité, s’il est lavé deux ou trois, fois h l’eau froide, ne renfermera presque plus de farine, surtout si on l’agite et qu’on décante promptement le liquide tenant en suspension les particules farineuses. Il ne s’agira plus alors que de reconnaître le carbonate de plomb par les moyens qui viennent d’être indiqués.
S’il fallait constater la présence du carbonate de plomb dans le pain, on carboniserait celui-ci par l’acide azotique cl le chlorate de potasse (voyez page è 89) et on traiterait le charbon par ce même acide h une douce chaleur, afin d’obtenir un azotate soluble et facile h caractériser. On tenterait les mêmes opérations sur le pain préparé avec du levain qui aurait séjourné pendant long-temps dans des ustensiles de plomb.
Expérience. — On a fait avaler h un chien de moyenne taille 6 grammes de carbonate de plomb : il a vomi quatre fois dans l’espace de dix à douze minutes. Le lendemain il a mangé comme à l’ordinaire et il était rétabli.
Eau imprégnée de Plomb.
Elle tient en dissolution, à la faveur d’un excès d’acide carbonique, du carbonate de plomb; elle peut quelquefois ne contenir qu’un peu de protoxyde de plomb hydraté. On devra employer pour la reconnaître les réactifs des sels de plomb. ( Voy. pag. 691.)
Vin et Bière litliargirés.
Le vin rouge laissé pendant long-temps sur de la litharge (protoxyde de plomb) en dissout une quantité d’autant plus considérable qu’il contient plus d’acide acétique ; il acquiert une saveur sucrée astringente et finit par se décolorer. On a souvent sophistiqué ainsi le vin pour lui enlever son acidité. Si la proportion de protoxyde dissous est faible, le vin peut conserver sa couleur rouge, quoiqu’il ait déjà acquis une saveur sucrée. On reconnaîtra la présence du plomb en le faisant traverser par un courant de gaz acide sulfhydrique et en traitant le sulfure de plomb précipité et lavé comme je l’ai dit à la page 692. MM. Mérat et Barruel ont prouvé qu’une bouteille de vin peut dissoudre 1 gramme 30 centigrammes de litharge.
La bière qui a fermenté dans des vases de plomb peut renfermer un sel de ce métal ; on constatera la présence de celui-ci comme s’il s’agissait du vin. Percival rapporte qu’il est arrivé des accidents dans la raffinerie de sucre de Manchester pour avoir bu de la bière ainsi altérée. (On lhe poison of lead, pag. 61.)
On aurait tort de faire usage des réactifs tels que les alcalis, les sulfures, etc., pour déceler le plomb dans ces liquides, parce qu’ils modifient par eux mêmes la couleur de ces boissons, notamment celle du vin.
Chromale de Plomb.
On a quelquefois coloré les dragées avec ce sel ; on constatera sa présence en tenant entre les doigts les bonbons au milieu de l’eau distillée , et en frottant leur surface avec un pinceau très doux. Le chromate de plomb déposé et lavé sera décomposé à une douce chaleur par du carbonate de potasse dissous ; il se formera du chromate de potasse soluble et du carbonate de plomb insoluble; on reconnaîtra celui-ci en le dissolvant dans l’acide azotique , après l’avoir lavé et filtré ; l’azotate se comportera avec les réactifs comme l’acétate de plomb. (Voy. pag. 691.) Quant au chromate de potasse, il précipitera en jaune les sels de plomb, en rouge les sels d’argent, et en
DE l.’lODUUV. HE PLOMB. 701
orangé les protosels de mercure. L’acide chlorhydrique le transforme à l’aide de la chaleur, en chlorure de chrome vert et en chlorure de potassium , et il se dégage du chlore.
Oxydes de Plomb.
Litharge (protoxyde de plomb fondu). Elle est en petites lames ou écailles brillantes d’un jaune rougeâtre, sans saveur. Le massicot (protoxyde non fondu) est jaune, pulvérulent. L’acide azotique djssout cet oxyde sous les deux états ; l’azotate est affecté par les réactifs comme l’acétate de plomb. (Voy. pag. 691.) Le minium, oxyde contenant plus d’oxygène que les précédents, et dont la composition varie suivant la manière dont il a été préparé , est solide , rouge et décoinposable par l’acide azotique, même à froid, en proto-azotate de plomb soluble et en bi-oxyde de couleur puce insoluble ; la dissolution filtrée se comporte avec les réactifs comme les sels de plomb. Ces divers oxydes, chauffés avec du charbon dans un creuset ou au chalumeau, laissent du plomb métallique.
Expérience. - On a donné à un petit chien 16 grammes de minium (deutoxyde rouge de plomb). Au bout de trois quarts d heure, l’animal a vomi des matières rouges, et il ne paraissait éprouver aucune souffrance. Le lendemain, il n’a pas voulu manger. Le troisièmejour, on lui a fait prendre 24 grammes du même oxyde; une heure et demie après, il a vomi presque tout le poison ingéré. Le quatrième et le cinquième jour, il a refusé les aliments ; il a bu une assez grande quantité d eau , et il paraissait un peu abattu. Le sixième jour, il a commencé à manger. Le septième et le huitième jour, il avait un excellent appétit et prenait beaucoup de nourriture. Il s’est échappé le dixième jour, et il a été impossible de le saisir.