DE L'EAU IMPRÉGNÉE DE PLOMB
Les vomissements avaient cessé depuis plusieurs heures, et il n’y avait pas
de selles. M. Schubert fit prendre sur-le-champ et en une seule fois au
malade une potion composée de 24 gr. de sulfate de magnésie, de 250 gr.
d’eau commune, et de 1 gr. d’alcoolat d’opium; il lui administra ensuite
plusieurs autres doses du même sel dans une émulsion huileuse. Les acci-
dents se calmèrent aussitôt, et la guérison fut rapide. ( Gazette des hôpitaux, année 1845, p. 268.)
Eau imprégnée’de plomb.
* L'eau qui a été transmiselpar des aqueducs de plomb, ou qui est tombée sur des toits couverts de ce métal, peut tenir en dissolution une assez grande quantité de carbonate ou de protoxyde de plomb hydraté pour déterminer des accidents graves ; il en est de même de celle que l’on a gardée pendant longtemps dans des vases de plomb exposés à Pair, ou que l’on a puisée avec des seaux de ‘ce métal. Barruel et Mérat ont retiré 64 grammes de carbonate de plomb cristallisé de six voies d’eau laissée pendant deux mois dans une cuve pneumato-chimique doublée en plomb (Mérat, Traité de la colique métallique, 2° édit., p. 98).
L'eau plombique est transparente, incolore et inodore, comme l'eau ordinaire; sa saveur est quelquefois légèrement sucrée et styptique. Les sulfates , l'acide sulfhydrique, les chromates et les alcalis, agissent sur elle comme sur la dissolution d’acétate fde plomb (voy. p. 869). Les acides en dégagent de l'acide carbonique avec effervescence, lorsque le plomb y est à l’état de carbonate, ce qui arrive fréquemment.
Le professeur Christison a fait les observations suivantes (Journal des transactions, vol. XV, part. 11) : 1° lon ne doit pas faire usage de tuyaux de plomb pour conduire l’eau à une grande distance avant d’avoir analysé ce liquide ; 2° Les eaux les plus pures se chargent davantage des sels de plomb; 3° l’eau qui ternit le plomb brillant après un contact de plusieurs heures ne doit être conduite dans des tuyaux de plomb qu'avec certaines précautions , et au contraire il est probable, sans que ce soit prouvé, que, si le plomb conserve son brillant après vingt-quatre heures de contact , l’on peut se servir de tuyaux de plomb sans avoir à redouter d'accidents ; 4° l’eau qui contient moins de 8,000 parties de sels en dissolution ne peut traverser les tuyaux de’ plomb sans des soins particuliers ; 5° cette proportion des sels sera même suffisante pour prévenir l’altération du plomb, à moins que les carbonates et les sulfates n’en forment la plus grande partie; 6° une proportion de 4,000 parties et plus sera insuffisante si ces sels se composent de chlorures; 7° on doit ajouter que dans tous les cas, même si l’eau offrait toutes les garanties voulues , il serait toujours essentiel de faire l'analyse chimique après
quelques jours de contact avec les tuyaux ; 8° quand on juge que l'eau L, 56
est de nature à altérer les tuyaux de plomb, et quand elle se sature de ce métal, on n’a qu’à laisser les tuyaux remplis d’eau pendant trois ou quatre mois, ou y mêler une solution de phosphate de soude, 254 50.
Le sulfate de chaux (5500) agit de la même manière et donne lieu à la précipitation sur le métal d’une couche solide de carbonate de plomb, qui garantit les tuyaux des altérations ultérieures.
M. Scanlan à remarqué que l’eau distillée, condensée dans un tuyau de plomb, contient une quantité notable de carbonate de plomb, et noircit par l'hydrogène sulfuré. Cette observation a une grande importance pour les expériences médico-légales.
Postérieurement à ces recherches, M. Hordsford de Boston assure que l'altération du plomb par l’eau ne tarde pas à s’arrêter, et que l’eau ne se charge plus de ce métal, à moins toutefois qu’elle ne contienne des azotates, auquel cas elle peut en dissoudre une quantité notable ; d’où il suit que l’on pourrait, suivant lui, transporter sans inconvénient les eaux des rivières par des conduits de plomb, tandis que les eaux des lacs, des puits, qui peuvent renfermer des azotates, par suite de la décomposition des matières animales, ne pourraient pas sans inconyénient être conduites ainsi (Journ. de chim. méd., février 1850).
Vin et bière lithargirés.
Le vin rouge laissé pendant longtemps sur de la litharge (protoxyde de plomb) en dissout une quantité d'autant plus considérable qu’il contient plus d'acide acélique ; il acquiert une saveur sucrée astringente et finit par se décolorer ; on a souvent sophistiqué ainsi le vin pour lui enlever son acidité. Il arive aussi que le vin contient du plomb, et devient vénéneux lorsqu'il a séjourné dans des bouteilles rincées avec le plomb, et dans lesquelles des grains de ce métal sont restés attachés, Si la proportion de protoxyde dissous est faible, le vin peut conserver sa couleur rouge, quoiqu'il ait déjà acquis une saveur sucrée. On y reconnaïitra la présence du plomb en le faisant traverser par un courant de gaz acide sulfhydrique et en traitant le sulfure de plomb précipité et lavé comme je l'ai dit à la page 869. MM. Mérat el Barruel ont prouvé qu’une bouteille de vin peut dissoudre 1 gramme 30 centigrammes de litharge.
La bière qui a fermenté dans des vases de plomb peut renfermer un sel de ce métal; on constalera la présence de celui-ci comme s'il s'agissait du vin. ist rapporte qu'il est arrivé des accidents dans les raffineries de sucre de Manchester pour avoir bu de la bière ainsi altérée (On the poison of lead, p. 61).
On aurait tort de faire usage des réactifs tels que les alcalis, les sulfures, elc., pour déceler le plomb dans ces liquides, parce qu’ils mos
DU PHOSPHATE, DU SULFATE DE PLOMB, ETC, 883 difient par eux-mêmes la couleur de ces boissons, notamment celle du vin.
Des bonbons colorés par du chromate de plomb. & heat LE 2 AT ON D | SÉtiMTiA 3 ET FE AT 25 4 - An #4
On a quelquefois coloré des dragées avec ce sel; on conslafera sa présence en tenant entre les doigts les bonbons au SIL de l'eau distillée, et en frottant leur surface avec un pinceau très-doux ; le chromale de plomb déposé el lavé sera décomposé à une douce chaleur par du carbonate de potasse dissous ; il se formera du chromate de potasse soluble et du carbonate de plomb insoluble ; on reconnattra celui-ci en le dissolvant dans l’acide azotique , après l’avoir lavé et filtré ; l’azotate se comportera avec les réactifs comme l’acétate de plomb (voy. p. 869). Quant au chromate de potasse, il précipitera en jaune les sels de plomb, en rouge les sels d'argent, el en orangé les sels de protoxyde de mercure; l'acide chlorhydrique le transforme, à l’aide de la chaleur, en chlorure de chrome vert et en chlorure de potassium, et il se dégage du chlore.
Du phosphate, du borate, de l'oxalate, du tartrate, du tannute, du sulfate et du sulfite de plomb,
J'admettrai volontiers que ces divers sels, qui sont fous insolubles dans l’eau distillée, ne soient pas par cela même vénéneux, quand ils sont administrés à des individus dans l'estomac desquels il n’existerait aucun acide libre ni aucune trace de chlorure de sodium; mais, comme c’est là une hypothèse qui ne se réalisera jamais chez l’homme, et que j'ai prouvé en 1843 que les acides el le chlorure de sodium dissolvent plus ou moins facilement tous ces sels, et dès lors les rendent vénéneux, il importe de les étudier. Il résulte de mes expériences : 1° qué la plupart de ces sels, mais surtout le borate et le tannate, sont dissous lorsqu'on les mel en contact pendant quelque temps, el souvent pendant trois ou qualre minutes seulement, avec de l'eau aiguisée d'acide acétique ou chlorhydrique ; 2 que si quelques-uns d’entre eux ne sont pas abondamment dissous, ils le sont néanmoins dans une proportion assez sensible pour que l’on concoive qu’ils puissent donner lieu à des symptômes d’empoisonnement ; 3° que ceux qui ne sont dissous que lentement et en petite proportion par l'eau acidulée dont je parle deviennent beaucoup plus solubles dans celte eau additionnée de chlorure de sodium ; 4 enfin que ce dernier sel, employé seul , peut également dissoudre la plupart de ces sels.
Ces diverses dissolutions seront aisément reconnues pour des dissolutions plombiques, à l’aide du gaz acide sulfhydrique, de l'iodure de po-
tassium, et des autres réactifs déjà mentionnés à l’article Acétate de plomb (voy. p. 869). Sans doute, ces agents n’indiqueront pas si le sel plombique dissous est plutôt un phosphate qu'un borate, elc.; mais cette recherche n’est que d’un intérêt secondaire, le point essentiel est de constater qu'il existe dans la dissolution un sel plombique ; toutefois, si l’on voulait pousser l'analyse assez loin pour résoudre ce problème, il faudrait évaporer les dissolutions jusqu’à siccité et faire bouillir pendant une heure le produit desséché avec du bicarbonate de potasse pur dissous dans l’eau distillée; on obtiendrait du carbonate de plomb insoluble, et du phosphate, du borate, de l’oxalate, du tartrate, du tannale, du sulfate ou du sulfite de potasse, qu’il serait aisé de reconnaître aux caractères distinctifs de ces divers genres de sels (voy. mes Éléments de chimie ).
Oxydes de plomb.
Litharge (protoxyde de plomb fondu). Elle est en petites lames ou écailles brillantes, d’un jaune rougeâtre, sans saveur. Le massicot (protoxyde non fondu) est jaune, pulvérulent ; l’acide azotique dissout cel oxyde sous les deux états ; l’azotate est affecté par les réactifs comme l’acétate de plomb (voy. p.869). Le minium, oxyde contenant plus d’oxygène que les précédents, et dont la composilion varie suivant la manière dont il a été préparé, est solide, rouge, et décomposable par
acide azotique, même à froid, en azotate de protoxyde de plomb soluble, et en bioxyde de couleur puce insoluble; la dissolution filtrée se comporte avec les réactifs comme les sels de plomb. Ces divers oxydes, chauffés avec du charbon dans un creuset ou au chalumeau , laissent du plomb métallique.
EXPÉRIENCE, — On a donné à un petit chien 16 gr. de minium (plombate de protoxyde de plomb). Au bout de trois quarts d'heure, l'animal a vomi des matières rouges, et il ne paraissait éprouver aucune souffrance. Le
lendemain , il n’a pas voulu manger. Le troisième jour, on lui a fait prendre 24 gr. du même oxyde; une heure et demie après, il a vomi presque tout le poison ingéré. Le quatrième et le cinquième jour, il a refusé les aliments; il a bu une assez grande quantité d’eau, et il paraissait un peu abattu. Le sixième jour, il a commencé à manger. Le septième et le huitième jour, il avait un excellent appétit et prenait beaucoup de nourriture. Il s’est échappé le dixième jour, et il a été impossible de le saisir.
De l'iodure de plomb.
L'iodure de plomb est solide, d’un jaune doré, soluble dans 1235 parties d'eau froide, et dans 194 parties d’eau bouillante, cristallisable en paillettes hexagonales régulières. L'acide azotique concentré en sépare
DES ALIMENTS CUITS DANS DES VASES DE PLOME. 885 l'iode à froid et forme de l’azotate de plomb; il suffit en effet d'ajouter de l'eau pour dissoudre ce sel, qui se comporte avec les ‘réactifs comme les sels plombiques. Le chlore agité avec de l'iodure de plomb fournit instantanément de l'iode et du chlorure de plomb blanc, qui se précipitent, et du chlorure d’iode, qui communique à la liqueur une couleur jaune rougeâtre ; en chauffant ce mélange à la température de l'ébullition , l’iode se volatilise sous forme de belles vapeurs violettes ; le chlorure d’iode se dégage , et à mesure qu’il se volatilise , la liqueur se décolore ; enfin le chlorure de plomb se dissout, en sorte qu’on peut démontrer sa présence dans la dissolution incolore que l’on obtient après quelques minutes d'ébullition,.
Exrérrence. — M. Paton a fait avaler à un chat de moyenne grosseur 60 centigr. d'iodure de plomb; quatre heures après, l'animal n’avait éprouvé aucun accident ; alors on luien a administré 60 autres centigr. ; douze heures après, l'animal, qui n’avait point vomi , parut inquiet; constamment il refusa toute espèce de nourriture; il paraissait souffrir des reins ; il ne s’appuyait que peu sur les pattes de derrière; enfin souvent il était pris de coliques violentes qui le faisaient s'élever à des hauteurs considérables. En proie à des souffrances horribles, il est mort trois jours après la prise du poison, L’autopsie , faite douze heures après, n’a laissé apercevoir aucune trace d'irritation; les poumons présentaient une teinte rose pâle; l'estomac était vide d’aliments et contenait un ver lombric; une tache jaune et seulement extérieure se faisait remarquer au pylore; les intestins contenaient fort peu de matières. Les excréments renfermaient du plomb. (Journal de chimie médicale, année 1837, p. 41.)
M. Melsens a vu que 7 grammes et demi d’iodure de plomb , administrés, par doses de { gramme à la fois, à un chien fort, l'ont fait mourir en {7 jours. Ce sel est donc plus actif que le sulfate, d’après Pauteur.
Bes aliments cults dans des vases de plembh.
Les aliments qui contiennent des acides végétaux libres ou des préparations salines peuvent attaquer les vases de plomb, les oxyder ou favoriser leur oxydation , enfin en dissoudre une partie. Quelle que soit la nature de la dissolution de plomb mêlée aux aliments, elle leur communique une saveur plus où moins sucrée , et on peut en obtenir du plomb métallique en la carbonisant avec l'acide azotique (voy. p. 872). Il est évident que, si la partie liquide des aliments renferme du plomb en dissolution , les réactifs que j'ai conseillé de mettre en usage, à la page 869, le décéleront, lors mème qu’elle n’en contiendrail que des
atomes.
Bes sirops et des caux-de-vie clarifiés avec l'acétate de plomb.
Cadet de Gassicourt parle, dans un article des Variétés médicales, du danger qu'il y a à s'adresser aux épiciers pour des sirops de miel ou de raisin clarifiés, ainsi que pour les eaux-de-vie rendues incolores. Celle clarification s ’opérant à l’aide de l’acétate de plomb, il est de la plus haute importance de ne laisser aucune trace de ce sel dangereux dans la liqueur, et c’est une précaution que ne peuvent pas prendre ces préparaleurs , étrangers à la chimie : aussi Boudet à-t-il reconnu là présence d’une assez grande quantité de plomb dans ces boissons livrées aveuglément au commerce (Journal général de médecine, rédigé par M. Sédillot, t, XLIV,, p. 321).
L'acétate de plomb contenu dans ces boissons sera facilement reconnu
par les réactifs que j’ai indiqués en faisant l’histoire de ce sel (voy. p.869).
Des émanations saturnines.
Voyez p. 692.
Je vais examiner un grand nombre de questions médico-légales qui ont été agitées devant les cours d'assises du Puy et de Riom, dans l’affaire Pouchon, jugée en 1843; ce sera un: complément utile de ce que je viens de dire sur l’empoisonnement par les préparations de plomb.
19 Est-il vrai, comme l’a dit Dupasquier, professeur de chimie à Lyon, qu’il ait extrait du plomb et de l’étain de quatre échantillons de potasse à l’alcool qu’il avait examinés ? J’ai soulevé le premier’au Puy la question relative à l'existence possible d’une faible proportion de plomb dans la potasse qui avait été employée par MM. Barse, Reynaud et Porral, pour faire l’analyse des organes de Pouchon. Dupasquier, chargé par la défense de rédiger un mémoire contre l'expertise de ces messieurs, n'avait aucunement songé à mettre en avant un pareil argument; ce n’est qu’en appel, à Riom, et {rois mois après, que son atlention ayant été éveillée sur ce point par mes observations, il est. venu arliculer un fait qui, s’il était vrai, aurait une immense gravité nonseulement pour l'affaire Pouchon, mais encore pour les expertises du même genre qui pourraient être faites ultérieurement. Mais il n’en est rien; la présence du plomb dans la potasse à l'alcool constitue une exception assez rare, comme l’ont démontré tous ceux qui ont examiné la question de près depuis le procès Pouchon, et comme je l'avais dit dans ma déposition au Puy; il est vraisemblable qu’en analysant les quatre
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES. 887 échantillons de potasse à l'alcool, Dupasquier s’est trompé, et qu'il a pris pour du plomb et de l’étain l'argent, le fer et le cuivre qui peuvent exister dans cette potasse. Lorsqu'on sait comment on procède à là préparation de la potasse à l’alcool dans les grands laboratoires où l'on prépare cét alcali pour le débitér ensuite dans le commerce, on récohhäit facilement combien il doit être rare de trouver de la potasse plombiqué; en effet, on fait bouillir du carbonate de polasse avec de la chaux et de l’eau dans uné chaudière en tôle, on fillre, et l’on évaporé la dissolution aléaliné dans une bassine d’argent et rarement de cuivre ; on conçoit que là potasse ainsi préparée puisse contenir du fer, de l’argent el du cuivre, mais non du plomb. Mais, dira-t-on, l’évaporation de la liqueur alcaline a pu être faite dans une chaudière de cuivre élamé avec un élamage composé d’élain et de plomb; d'ailleurs le carbonate de polassé pouvait renférmer une cerlaine quantité de plomb; donc vous ne pouvez pas établir a priori que la polasse ne sera jamais plombique. Aussi j'admiels qu’à la rigueur cela peut étre, et c’est parce que je l’adméts , que j'ai soulevé la question dans ma déposition au Puy; mais je maintiens que l'existence du plomb dans ce réactif constitue une exception très-rare.
Quoi qu’il en soit, l'expert se tiendra sur ses gardes, et lorsqu'il emploiera de la potasse à l'alcool pour un cas d'empoisonnement , il devra l'essayer en saturant 200 grammes de cette potasse dissoute dans l’eau distillée pure par de l'acide acétique également pur, et en faisant passer dans la dissolution un courant de gaz acide sulfhydrique gazeux : il se déposera un précipité noir peu abondant. dont il faudra déterminer la nature, après l'avoir bien lavé, pour savoir si ce précipité est formé de sulfure de plomb, de cuivre ou d'argent, où d’un mélange de ces sulfures.
Au reste, dans l'affaire Pouchon, on ne put pas savoir si la polasse qui avait servi à l'expertise contenait ou non du plomb; c'est ce qui résulta de la lecture, en pleine audience, du rapport rédigé au Puy par MM. Barse , Reynaud, Porral, Dupasquier et moi. Et pourtant MM. Rognetla, Flandin et Danger, avec une mauvaise foi insigne, venaient de soutenir devant la cour que ce rapport fournissait la preuve de Pexistence du plomb dans la potasse ! 11
L'eau distillée peut-elle contenir du plomb ? Elle en renferme quelquefois des traces, en sorte qu'il est indispensable de l'essayer avant de la faire servir à la recherche médico-légale du plomb. En général , les eaux distillées qui contiennent du plomb sont celles qui ont été obtenues avec dé l’eau plombique, c’est-à-dire avec de l’eau tenant en dissolution du carbonate acide de plomb; car il est bien rare que de l’eau non plombique distillée dans des alambies étamés fournisse de l’eau distillée plombique. Quoi qu'il en soit, il importe de savoir que la proportion de plomb
contenue dans une eau distillée plombique est infinitésimale (1); on peut s'assurer de ce fait en soumettant à la distillation de l’eau tenant en dissolution une assez forte proportion de carbonate acide de plomb, et en opérant avec précaulion ; les %5/,, d’eau qui passeront dans le récipient se coloreront à peine en brun clair par l’acide sulfhydrique, tandis que les 5,5 restant dans la cornue donneront par ce réactif un abondant précipité de sulfure noir de plomb. Lorsqu'on voudra savoir si l'eau est plombique, on en prendra deux ou trois litres, on y fera passer un courant de gaz acide sulfhydrique lavé , et l'on attendra qu'il se soit déposé un précipité noir de sulfure de plomb ; si l’eau est à peine colorée par son contact avec le gaz, ce qui a ordinairement lieu , on devra quelquefois attendre deux ou trois jours pour que le précipité soit déposé ; dans certaines circonstances , il faudra même chauffer la liqueur et l'évaporer jusqu’au tiers ou au quart de son volume pour que le dépôt se forme.
3° Le plomb contenu dans les lavements que Pouchon avait pris dix=
huit mois avant la maladie qui l’a entraîné au tombeau a-t-il pu rester niché dans les pores des membranes de l'intestin, comme l’a annoncé M. Rognetta dans sa déposilion à Riom ? Quand on connait l’action que les sels de plomb exercent sur les Lissus organiques, on ne peut pas dire que le plomb reste niché dans les pores; mais, sans tenir compte de celle erreur par lrop grave, rappelons qu’alors même qu’au bout de dixhuit mois le composé du sel de plomb et du tissu eût encore existé dans les intestins de Pouchon, ce qui n’est aucunement prouvé, et ce qu’il ést difficile d'admettre, cela ne pourrait pas servir à expliquer la présence du plomb dans les matières vomies par Pouchon en 1843; car apparemment M. Rognetla ne suppose pas que cet homme ait rendu avec les vomissements une portion de ses intestins ! !
4° Une salade dans laquelle on aura mis de la céruse aura-t-elle une saveur plus forte que celle dans laquelle on aura introduit une égale quantité d'acétate de plomb ? Gelte question, posée à M. Rognetta par le procureur général , fut résolue affirmalivement par l'expert, qui s’écria avec un aplomb imperturbable : ce serait encore pire ! Cette réponse paraîtra incroyable , quand tout le monde sait, excepté M. Rognetta, que la céruse n’a point de saveur.
5° Les sels insolubles de plomb, tels que l’oxalate , le phosphate, le borate, le tannate et le sulfate, sont-ils vénéneux ? Dupasquier, après avoir tenté quelques expériences sur les chiens , de concert avec
CTI MUNIE UT EN ee SR RARE ONE ERA TPM à 2, ut
(1) Si l’eau distillée pure avait été conservée pendant longtemps dans des vases plombiques , elle pourrait contenir une plus grande quantité de plomb, surtout si elie avait eu le contact de l'air,
M. Rey, a conclu que ces sels peuvent être pris à haute dose el n'agissent pas autrement que le sable fin. Cette opinion ne soutient pas le plus léger examen, dans tous les cas où l'estomac de l'homme à qui l’on a administré l’un de ces sels contient un ou plusieurs acides ou bien du chlorure de sodium (voy. p. 883).
G° Les sels de plomb insolubles et inertes peuvent-ils, à l'instar des sels saturnins solubles, contracter avec les tissus du canal digestif une combinaison chimique ? Quoique celle question n'ait pas été soulevée aux débats, j'ai cru devoir m’en occuper ici, à raison de sou importance, et pour lui donner d'avance une solution, dans le cas où elle serait agitée ultérieurement devant les tribunaux. Je n’hésite pas à répondre par l’affirmative, après avoir tenté les expériences suivantes : 4. J'ai appliqué sur un point d'un iotestin rectum parfaitement lavé 1 gram. d’oxalate de plomb qui ne contenait aucune trace de sel de plomb soluble; trois jours après, la partie de l'intestin touchée par le sel et les portions qui l’entouraient offraient çà et là des points noirs, colorés ainsi par du sulfure de plomb qui s'était formé aux dépens de l’acide sulfhydrique dégagé pendant la putréfaction du tissu organique; on voyait, en outre, sur d’autres points de la même partie, l'intestin rendu opaque, d'un blanc mat, el plus épais que partout ailleurs : en coupant attentivement et en isolant les portions males, et en les lavant à grande eau pour détacher tout l’oxalate qui pouvait y adhérer, on les voyait conserver le même aspect. Si, dans cet élat, on les traitait par l’acide acétique faible, à une douce chaleur, on obtenait de l’acétate de plomb, que l’on pouvait transformer en sulfure noir à l’aide de l'acide sulfhydrique.
B. Dès que j'ai prouvé que le borate, le phosphate, le tartrate, l'oxalate, le tannate, et même le sulfate de plomb , se dissolvent sensiblement
dans de l’eau très-légèrement acidulée , tenant en dissolution une faible quantité de chlorure de sodium , et que plusieurs d’entre eux , comme le borate et le tannate, sont rapidement dissous par l’eau à peine aiguisée d’acide acétique (voy. p. 883), il est évident qu'il suffira de la présence de quelques traces d'acide et de chlorure de sodium dans le canal digestif, et d’un contact assez prolongé entre les issus de ce canal el le sel insoluble, pour que celui-ci se dissolve en partie, et agisse Sur la matière organique comme le ferait un sel de plomb soluble.
Je dois cependant faire observer que si le fait dont je parle est possible, il ne se réalise pourtant pas dans toutes Les circonstances : en effet, j'ai administré à un chien à jeun 30 grammes de sulfate de plomb parfaitement lavé ; à la fin du deuxième jour, le chien n'étant pas empoisonné et ne paraissant pas sensiblement malade, je Pai pendu, et j'ai lavé le canal digestif coupé en MOrCEaux ; jusqu’à ce que l’eau de 1a-
vage ne contint aucune matière étrangère : le issu, ayant été alors traité par l'acide acétique faible bouillant, a fourni une liqueur que j'ai filtrée et évaporée jusqu'à siccité; le produit carbonisé a laissé un charbon qui, ayant été traité par les agents appropriés, n’a donné aucune trace de plomb. Ge résultat négatif tient sans doute à ce que j'avais employé le sel de plomb insoluble le plus inattaquable par les sucs contenus dans le canal digestif, à ce que ceux-ci ne renfermaient pas, ou renfermaient à peine, du chlorure de sodium, et probablement aussi à ce que le sulfate qui avait été expulsé promptement par les selles (l’animal avait une légère diarrhée avant l’expérience) n’avait pas élé en contact avec les Lissus de ce canal pendant un temps suffisant. Que l’on se place dans des conditions opposées à celles-ci, que l’on suppose, par exemple, l’ingestion du borate ou du tannate de plomb chez un individu dans le canal digestif duquel il y aura une quantité sensible, quoique faible, d'acide et de chlorure de sodium , et que ces sels ne soient pas promptement expulsés par les selles , et je ne doute pas un instant qu’il ne se reproduise la combinaison chimique dont je parle.
7° Est-il vrai, comme l’a annoncé M. Flandin dans les débats sur l'affaire Pouchon, que les réactifs ne précipitent pas les dissolutions acides de plomb, ou, comme il l’a imprimé depuis, que l'acide sulfurique ne précipite pas ou ne précipite pas sûrement et complétement ces dissolutions ? Rien n’est plus faux. Que l'on dissolve cing centigrammes d’azotate de plomb dans quarante grammes d'acide azotique à un équivalent d’eau, c'est-à-dire dans l’acide le plus concentré qui existe, et comme la dissolution ne peut s’opérer qu'en ajoutant une certaine quantité d’eau, que l'on verse sur l'acide la proportion de ce liquide strictement nécessaire pour que le sel se dissolve, on aura une dissolution eæcessivement acide, puisqu'elle contiendra huit cents fois autant d’acide à un équivalent d’eau qu’il y a de sel de plomb dissous: eh bien ! l'acide sulfurique précipitera cette dissolution en blanc (sulfate de plomb); l’acide sulfhydrique , de son côté, s’il est employé en assez grande quan- Lité, précipitera instantanément en noir (sulfure de plomb) une dissolution dans laquelle il y aurait quatre cents fois autant d’acide azotiqué que de sel de plomb.
8° Est-il vrai que si le corps de l’homme non empoisonné contient du plomb et du cuivre, il n'y ait plus de toxicologie ? Telle est l’assertion , plus qu'étrange, émise par M. Flandin devant la cour d’assises de Riom. On se demande ce qu'a voulu dire ce médecin; serait-ce par hasard, comme il l’a déjà imprimé, que l’existence des poisons dans l’économié animale est incompatible avec l’état de santé ? Mais le cuivre et le plomb à l’état métallique, combinés avec nos tissus , ne seroni pas apparemment plus nuisibles que ne Le sont le phosphore, la soüde, et les acides
libres qui existent chez l’homme, et qui sont de vrais poisons. Aurait-il voulu dire qu’il serait impossible de distinguer dans une expertise si le plomb et le cuivre obtenus proviendraient d’un empoisonnement, ou bien s'ils appartiendraient à ce cuivre et à ce plomb dits normaux ? Dans ce cas, nous répondrions à M. Flandin qu’il peut se rassurer, car il ne serait pas difficile de se fixer sux l’origine de ce plomb et de ce cuivre. Mais j'irai plus loin; j’admettrai pour un instant, ce qui n’est pas , que l’on ne puisse pas parvenir à distinguer le plomb et le cuivre dits normaux de ceux qui auraient été extrails à la suite d’un empoisonnement présumé ; j'avoue que jefne vois pas comment cela annulerait la toxicologie, et quelle. portée cela pourrait avoir dans les empoison-
nements par l’arsenic, l’antimoine, les acides, les alcalis, les poisons
végélaux, etc.!!! J'ajouterai, pour mieux faire ressortir le ridicule d’une pareille annonce, que la toxicologie n’est pas encore effacée du rang des sciences, quoiqu'il soit parfaitement démontré qu’il existe du cuivre et du plomb'dans le corps de l’homme à l'état naturel.
9° Est-il vrai, comme l’a donné à entendre M. Flandin à Riom, que le plomb extrait du cadavre de Pouchon püt provenir du sous-acétate de plomb dont on s'était servi pour précipiter la matière organique, alors que l’on cherchait si les liquides suspects contenaient ou non des toxiques végétaux, el les experts du Puy avaient-ils commis une omission grave, en n'indiquant pas la quantité de matières suspectes sur lesquelles ils avaient agi, la proportion d'acélate de plomb employé, etc. ? On se demande si tout cela est sérieux; en effet, tous les chimistes el tous les médecins légistes savent que l’on emploie du sous-acélate de plomb jusqu’à ce que le liquide organique ne précipite plus, sans que jamais on ait songé à le peser, et que lon procède ensuite à la décomposition du sous-acétate excédant par un courant d'acide sulfhydrique, qui précipite tout le plomb à l’état de sulfure , en sorte qu’il ne reste plus la moindre trace de ce métal dans la liqueur : or c’est ce qui a été fait par MM. Reynaud, Porral et Barse. Où sont donc les conséquences graves ? |
10° Quelle foi doit-on ajouter aux observations présentées devant la cour d’assises de Riom par MM. Flandin et Danger, au sujet de l’emploi des vases en fonte, dans la recherche médico-légale des composés toxiques de plomb? Si les expériences qui ont motivé ces observations eussen£ été exactes, je serais disposé à leur accorder une certaine valeur; mais, comme elles ne le sont pas sur les points les plus essentiels, il faut regarder les observations de ces messieurs COMME non.avenues ; au reste les. détails dans lesquels je vais entrer ne laisseront aucun doute sur la vérité de cette assertion. Voici l’objection faite par MM. Flandin et Danger ; «Lorsqu'on laisse séjourner dans un vase de fonte soit de l’eau
contenant du plomb, soit toutes autres substances renfermant de l’acétate de plomb, ou toute autre combinaison de plomb en dissolution , l’expérience démontre que le métal , le plomb, cesse bientôt de faire partie des liquides contenus dans le vase de fonte : le métal s’est revivifié, et de plus, il s’est appliqué sur les parois du vase; il a même pénétré très-profondément partout, dans les pores et entre les fissures. Lorsqu'une chaudière a été ainsi pénétrée, un lavage, le décapage même, faits avec le sable et l'acide azotique, peuvent bien enlever le plomb appliqué à la surface ; mais ni le lavage ni le décapage au sable et à l'acide ne peuvent donner de garanties suffisantes pour qu’on puisse assurer qu’on ait atteint les molécules de plomb qui ont pénétré dans les pores el entre les fissures. Mais, objectera-t-on, si le décapage au sable et à l’acide n’atteint que la superficie , et nullément les portions de plomb qui ont pénétré plus avant, après un décapage bien fait, cette chaudière sera très-propre à faire des Carbonisations; car, si le décapage n'enlève plus rien, le plomb qui reste dans les pores.et les fissures de la chaudière ne pourra en sortir pendant l'acte de la carbonisation ,» pour venir comme par enchantement se mêler aux substances que l’on carbonise. Eh bien! c’est cependant ce qui a lieu. I y à plus, quand on carbonise, non-seulement le plomb mécaniquement retenu dans les pores de la fonte peut en sortir, mais le plomb que la fonte peut retenir à l’état d’alliage peut lui-même sortir pour venir se mêler aux matières que l’on carbonise,»
J’examinerai tout à l’heure la valeur de cette objection; mais, pour mieux en faire apprécier la portée, je dirai que, d’après ces messieurs, la potasse et l’eau employées par les experts du Puy contenaient du plomb, qu’en faisant bouillir les organes de Pouchon dans la chaudière avec celle potasse et cette eau, le plomb qu’elles renfermaient s'était déposé à la surface de la chaudière, et avait pénétré la fonte, qu’en récurant avec du sable et de l'acide azotique, on avait dissous le plomb qui était à la surface, et que, si on n’en avait pas trouvé dans la disselution azolique, c’est que celle-ci était par trop acide (j’ai déjà fait jnslice de cette erreur); et enfin, que lorsqu'on avait carbonisé dans la chaudière ainsi récurée, on avait fait sortir le plomb qui avait pénétré la fonte, de telle sorte que le métal trouvé en définitive dans le charbon n’était autre que celui qui avait élé fourni par la potasse et par l’eau. El comme ces messieurs prévoyaient bien qu’on leur objecterait que dans l’expérience faite à blanc, et en procédant de la même manière que pour les organes de Pouchon, on n’avait point retiré de plomb, ils avaient ajouté ce qui suit :
«On dira que dans une opération consécutive faite sur les organes d'un cadavre déterré exprès, opération qui sert de contre-épreuve à la
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES. 823 précédente, on n’a pas rencontré de plomb : cela est fort simple à expliquer. On avait , durant la première carbonisation , chauffé la chaudière jusqu’à 300° ou 400° ; on pouvait avoir fait sortir tout le plomb des pores de la fonte qui le recélaient. Il eût été possible néanmoins qu’on eût trouvé encore cette seconde fois du plomb.»
Quelque spécieuse que paraisse, au premier abord, l’objection de MM. Danger et Flandin, il sera facile de démontrer qu’elle ne soutient pas le plus léger examen, surtout dans l'espèce. J’admettrai d’abord avec eux, ce qui est un fait généralement connu, que la fonte aurait dû précipiter du plomb d’une dissolution plombique, et que ce plomb précipité devait se trouver en partie à la surface de la chaudière, et en partie dans les pores de celle-ci ; j'accorderai aussi qu’en carbonisant une matière organique dans cette chaudière à 300° ou 400°, on eût dû faire sortir le plomb qui s'était placé dans les pores de la chaudière ; mais il ne me sera pas difficile de prouver : 1° que la potasse et l’eau n’ont pas fourni à la chaudière le plomb trouvé en analysant les organes de Pouchon; 2 qu'en supposant qu’il en fût ainsi , le plomb contenu dans la disso- Jution n’aurait pas bientôt cessé de faire partie de cette dissolution, comme on l’a avancé ; 3 que dans cette même supposition, en récurant la chaudière avec du sable et de l'acide azotique, MM. Reynaud, Porral et Barse, auraient dû obtenir de l’azotate de plomb, et qu’ils n’en ont pas obtenu : et qu'à cet égard, l'explication donnée par MM. Flandin et Danger est inadmissible ; 4 que les résultats négatifs de l'expérience faite à blanc, loin d’être forts simples à expliquer, comme le prétendent MM. Flandin et Danger, sont ineæplicables par leur hypothèse, et qu’ils prouvent jusqu’à l'évidence qu'il existait du plomb dans les organes de Pouchon. |
A. La potasse et l’eau n'ont pas fourni à la chaudière le plomb trouvé dans les organes de Pouchon. J'ai déjà dit, pour ce qui concerne la potasse, combien il était rare que cel alcali obtenu par lalcool contint du plomb, parce qu’on le prépare dans des vases de tôle , de cuivre ou d'argent, qui ne lui fournissent point de plomb, et parce qu’en admettant qu’il en renfermäl , il ne pourrait en contenir que des atomes ; d’ailleurs il n’est pas établi que celui qui a été employé par M. Barse fût plombique. Mais, ce qui tranche la question d’une manière irrévocable, c’est que, dans l'expérience faite à blanc , M. Barse a calciné, avec la méme potasse , une quantité de charbon double de celle qui avait été fournie par les organes de Pouchon, et qu’il n'a pas trouve la moindre trace de ce mélal.
Ce n’est pas sérieusement que l'on avance que l’eau distillée à fourni le plomb, car rien ma pu faire soupeonner que l’eau dont s'était servi M. Barse fût plombique, et il serait absurde de vouloir faire provenir
la proportion considérable de plomb retiré en analysant les organes de
Pouchon de la quantité infinitésimale de plomb qui se trouve dans les | eaux distillées, lorsque par hasard celles-ci en contiennent ; d’ailleurs
j'ajouterai qu’en faisant l'expérience à blanc, M. Barse a employé la
méme eau distillée, et que pourtant il n’a pas obtenu de plomb.
B. En supposant que le plomb eût été fourni par la potasse el par l'eau, MM. Danger et Flandin prétendent que tout le métal contenu dans la dissolution eût bientôt cessé de faire partie de cette dissolution. Ici il y à exagération évidente ; car, en faisant bouillir pendant trois heures dans une chaudière de fonte 1 gramme d’acétate de plomb dissous dans un litre d’eau distillée, et en renouvelant l’eau à mesure qu'elle s’évapore, on voit, après avoir filtré la [queu que celle-ci se coloré par l'acide sulfhydrique. Si l’ébullition n’a duré qu'une heure, la dissolu- Lion retient encore une quantité notable de plomb.
GC. En récurant la chaudière avec du sable et de l’acide azotique, cet acide, s’il eût contenu du plomb, aurait été précipité par l'acide sulfurique employé par M. Barse. Je ne reviendrai pas sur ce sujet, que j'ai déjà traité (voy. p. 890); évidemment MM. Danger et Flandin se sont encore trompés sur ce point.
D. Les résultats négatifs de l'expérience faite à blanc, loin d’étre fort simples à expliquer, comme le prétendent MM. Flandin et Danger, sont inexplicables par leur hypothèse, et ils prouvent jusqu’à l'évidence qu’il existait du plomb dans les organes de Pouchon. Vous prétendez que le plomb retiré du charbon produit par la calcination des intestins de Pouchon provenait de la chaudière, qui en avait gardé dans ses pores, apr ès le récurage à l'acide azotique, et suivant vous ce plomb gardé par la chaudière avait été fourni primitivement à celle-ci par la potasse ou par l’eau et peut-êlre par ces deux substances. Admeltons pour un instant qu’il en soit ainsi : alors comment expliquerez-vous que le charbon produit par la calcination des intestins et des autres organes du cadavre de l'individu non empoisonné n’ail pas fourni de plomb, après avoir été calciné dans un creuset de Hesse avec la méme potasse et traité par la méme eau distillée. Vous voyez que je ne fais pas intervenir la chaudière de fonte , parce que je vous accorde qu'ayant servi une première fois pour carboniser les intestins de Pouchon, elle avait pu fournir tout le plomb qu’elle avait retenu dans ses pores ; mais je vous demande comment vous pouvez soutenir qu’en calcinant dans un creuset avec la méme potasse, el en traitant par la même eau distillée une quantité de charbon double de celle que l’on avail obtenue ayec les intestins de Pouchon, vous ne deviez pas recueillir le plomb qui, suivant vous, existait dans cetle polasse et dans cetle eau. Ce sont là des niaiseries qui ne supportent pas le plus léger examen,
nn e
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES. 895 Mais il y a mieux : l'expérience capitale sur laquelle ces messieurs se fondent est loin de donner toujours les résultats qu’ils annoncent ; en effet , je ne Les ai pas obtenus dans deux tentatives que j'ai faites. 1° J'ai tué un chien avec 30 grammes d’acélate de plomb dissous dans 150 grammes d’eau; Pestomac , après avoir été lavé à grande eau pendant
“deux jours, et jusqu'à ce que Les eaux de lavage ne se colorassent plus
par l'acide sulfhydrique, a été traité dans une chaudière de fonte neuve pendant une heure et demie par 20 grammes de potasse pure el un litre d’eau distillée à la température de l’ébullition : la liqueur filtrée, saturée par de l’acide acétique et soumise à l’action de l'acide sulfhydrique , a fourni une quantité notable de sulfure de plomb. On voyait à la surface de la chaudière, sur son fond, du plomb métallique ; j'ai récuré ce vase avec du sable et de l'acide azotique, et je me suis assuré que cet acide avait dissous le plomb métallique ; j'ai alors lavé la chaudière à grande eau et à plusieurs reprises : dans cet état, lorsqu'elle était très-propre, brillante, et comme neuve, j'ai procédé à la carbonisation de l'estomac d’un individu qui était mort d’une pneumonie, en poussant la chaleur jusqu’à ce que le fond de la capsule füt rouge-cerise. Le charbon obtenu à cette température était friable et bien sec; je l'ai traité d’abord par de l’eau mélangée avec le quart de son poids d'acide azotique à un équivalent d'eau; après un quart d'heure d’ébullition, j'ai vu que la dissolution ne contenait point de plomb; alors je l'ai fait bouillir avec de l'acide azotique moins affaibli, et voyant que j’oblenais le méme résultat, je l'ai soumise à l’action de l’eau régale bouillante, et je n’ai pas dissous un atome de plomb. Cependant il y avait au fond de la chaudière des plaques formées par une légère couche de plomb métallique: j'ai alors fait agir sur ce fond et à chaud de l'acide azotique pur et moyennement étendu, et j'ai obtenu une petite quantité d’azotate de plomb. Il est donc certain que, dans cette expérience, le plomb, qui avait en quelque sorte suinté des pores de la chaudière pendant la carbonisation , ne se retrouvait point dans le charbon provenant de la décomposilion de l'estomac par le feu.
20 J'ai fait bouillir pendant deux heures et demie, dans une chaudière de fonte neuve, 2 grammes d’acétate de plomb dissous dans un litre d’eau distillée : le liquide a été renouvelé à mesure qu'il s’'évaporait ; j'ai décanté et récuré fortement la chaudière avec du sable el de l'acide azotique, puis j'ai lavé à grande eau. Le vase étant très-propre, j'ai carbonisé à une chaleur rouge l'estomac, Le gros intestin, et une partie de l'intestin grêle d'un adulte qui n’était pas mort empoisonné ; j'ai laissé refroidir, et j'ai retiré le charbon, que j'ai successivement {railé dans une capsule de porcelaine par l'acide azotique étendu, par le même acide presque concentré, el par l’eau régale; les dissolutions ne contes
naient aucune trace de plomb; cependant le fond de la chaudière présentait cà el là des plaques plus où moins larges, qui offraient la couleur du plomb; j'ai fait bouillir dans cette chaudière de l'acide azotique moyennement élendu, et j'ai obtenu une pelile quantité d’azotate de. plomb. 3
ILest évident que dans ces deux expériences les choses sont loin de : s'étre passées comme l’ont annoncé MM. Danger et Flandin ; il semble même qu’il ne puisse pas en être autrement ; en effet, le plomb qui suinte, én quelque sorte, des pores de la chaudière, quand celle-ci ‘est rouge, ne contracte aucune combinaison avec le charbon, et ne s’oxyde pas au milieu de ce dernier corps. Laisse-t-on refroidir la chaudière . le plomb qui avait été fondu se solidifie, s'applique en partie sur la fonte formant une couche mince, de manière qu’en retirant le chetiun refroidi, on n’enlève pas la plus légère trace de plomb.
11° Dans un cas d’empoisonnement par des préparations de plomb, est-il indifférent de chercher à démontrer l'existence du plomb en carbonisant ensemble le foie et une portion du canal digestif, ou en carbonisant ces organes séparément ? Non; il est préférable d'agir séparément sur chacun de ces organes. Supposons, en effet, qu'après avoir carbonisé dans une méme opération le foie et le canal digestif, on ait recueilli du plomb, on dira avec raison que l’on ne peut pas établir d'une manière certaine que ce métal provient d’une portion du composé toxique qui, après avoir été absorbé, se trouverait dans le tissu du foie et du capal digestif, car ce plomb pourrait aussi bien provenir d’un sel insoluble et non vénéneux, qui, au moment de la carbonisation, aurait tapissé la surface interne du canal digestif. Au contraire, si l'opération a été faite séparément sur le canal digestif et sur le foie, et que l’on ait extrait du plomb de ce dernier viscère, on conelura , sans crainte de se tromper (si l’on ne prouve pas que le composé plombique a élé porté au foie après la mort, par suite d'une imbibilion cadavérique), que le toxique plombique avait été absorbé pendant la vie et avait pu occasionner la mort; tandis que dans l’autre cas on ne pourra pas affirmer qu’il en soit ainsi, attendu qu’on ne saura pas au juste si le plomb obtenu a été fourni LE le foie, plutôt que par un composé plombique insoluble et non vénéneux qui aurait élé introduit par mégarde dans l'estomac ou dans le gros intestin.
ë FIN DU PREMIER VOLUME. #
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