TT
(1). Ce résultat négatif prouve surabondamment que l’eau, les acides acétique et azotique, et le papier à filtre, dont je me suis constamment servi dans toutes
mes recherches, étaient exempts de plomb.
Arrivé à l'hôpital, voici l’état qu’il présentait : décubitus dorsal; il se retourne pourtant presque continuellement et ne répond pas aux ques- {ions qu’on lui adresse, ou bien il ne répond que par des mots entrecoupés et sans suité; il faut le secouer fortement pour lui faire ouvrir les yeux, qu’il referme aussitôt ; sensibilité singulièrement émoussée ; liséré bleuâtre au collier des dents, qui sont presque loutes cariées. Point de vomissements; point de douleur quand on presse sur le basventre ; point de selles ; teinte jaune des sclérotiques ; de temps à autre, quelques mouvements convulsifs.
On a recours au traitement de la Charité (premier jour ); il rend immédiatement le lavement purgalif et rejette presque toute l'eau de casse à mesure qu'on la lui donne. Cet état persiste jusqu’au moment de sa mort, qui a eu lieu le 25, à dix heures du matin.
Nécropsie. Apparence normale de l'estomac et des intestins , leur cajibre ne paraît pas diminué. Le colon descendant et le rectum sont au contraire distendus par des gaz ; on n'aperçoit aucune altération dans l'intérieur du canal digestif. Les poumons sont assez congestionnés. Le . cœur rénferme quelques caillots noirâtres.
Analyse du foie. Get organe, traité successivement par l’eau distillée et par l’eau acétique bouillante (1 d’acide et 9 d’eau ), comme il a été dit en parlant de l'expérience 1'°, a fourni les mêmes résultats : c’està-dire que les deux décoctions aqueuse et acétique renfermaient du plomb; toutefois la première en contenait moins que la seconde.
ALest impossible de ne pas conclure de ces deux faits qu’il existe du plomb d'empoisonnement dans le foie des individus atteints de maladie saturnine, puisque ni l’eau ni l'acide acétique dilué n’enlèvent la moïndré/trace du plomb dit normal. Celle proposition acquerra encore plus de force , si cela est possible , des considérations suivantes :
4° M. Chevalier, qui, à plusieurs reprises , avait vainement cherché le plomb dans l'urine des individus atteints dela colique des peintres , a dit à l'Académie, le 13 avril, en avoir trouvé quelquefois dans des recherches plus récentes. De son côté, M: Ghalin, pharmacien de Beaujon , qui s’est livré souvent à des expériences de ce genre, m'a annoncé qu’il-a une seule fois décelé ce métal en agissant sur dix litres d'urine. M. Martin- Solon dit aussi en avoir extrait en traitant convenablement un litre environ d'urine provenant à la fois de plusieurs malades et recueillie Je lendemain du jour de l'entrée de chacun de ces malades à l'hôpital. Ces résultats positifs doivent l'emporter beaucoup, pour la solution de la question qui m'occupe, Sur CEUX qui n’ont point fourni de plomb , quelque nombreux qu’ils puissent ôtre : en effet, dans certains cas, on n’a point trouvé ce métal dans l'urine, parce qu'on n’opérait pas sur
une suffisante quantité de liquide; dans d’autres cas, tout porte à croire que l’on aura agi sur l'urine avant qu'elle charriät ce métal, ou bien après qu'elle n’en contenait plus.
2° Les excréments rendus par un bon nombre de malades en proie à la colique des peintres ont également donné du plomb à M. Chain (1).
B. Préparations de plomb introduites dans l’estomac.— Tiedemann et Gmelin , après avoir fait avaler de l’acétate de plomb à plusieurs chiens, ont retrouvé ce sel dans le sang des veines mésaraïques et spléniques.
M. Lassaigne annonca à l’Académie de médecine, dans la séance du 8 décembre 1840, que M. Ausset, chef des travaux chimiques de l’École d’Alfort, avait entrepris, dans le laboratoire de cet établissement, sous ses yeux et d'après ses conseils, une suite d'expériences desquelles il résulle : 1° que le sous-acélate de plomb liquide (extrait de saturne), administré à des chevaux à la dose de 1 à 2 kilogrammes , dans le but d'étudier l’action de ce sel plombique, a élé reconnu en grande quantité dans le sang veineux et dans l’urine des animaux vivan(s ; 2° que les organes sécréteurs, tels que le foie et les reins, en ont offert aussi une grande quantité à l’examen chimique qui en a été fait peu de temps après la mort de ces animaux ( Bulletin de l’Académie, année 1839 à 1840, p. 290).
M. Villeneuve, hui jours auparavant , avait communiqué le fait suivant à la même compagnie :
OgseRVATION. — Une jeune fille âgée de vingt ans avala, dans un moment de désespoir et à jeun , 30 à 40 gr. d’acétate de plomb ; bientôt défaillance, pàleur, syncope; plus tard vomissements, anxiété précordiale, ete. L'emploi du sulfate de soude est suivi de déjections alvines ; les accidents diminuent par degrés, la chaleur se rétablit, et la guérison ne tarde pas à avoir lieu.
L'urine rendue vingt-cinq heures après l'ingestion du poison m’ayant été remise par M. Villeneuve , je la carbonisai par l’acide azotique, après lavoir évaporée à siccité ; je traitai le charbon par les acides azotique et sulfhydrique, comme je dirai à Ja page 870, et je pus facilement me
convaincre que ce liquide contenait du plomb. (Bulletin de l'Académie, t. VI, p.283.)
On à déjà vu, par mes dernières recherches (expériences 11, 12 et 13, page 835), que l’on retire aisément du plomb du foie, de la rate et de l'urine des animaux empoisonnés par un sel plombique , à l’aide de pro-
cédés qui ne fournissent pas le plomb naturellement contenu dans le corps de l’homme.
(1) Voyez Annales d'hygiène, t. XXXVIL
Conclusions. Il résulte des faits qui précèdent :
1° Que les personnes qui manient habituellement des composés de plomb éprouvent presque toujours, au bout d’un temps variable, des affections graves, telles que la colique de plomb, l’arthralgie, la para- Iysie, l’anesthésie ou l’encéphalopathie saturnines; quelquefois aussi plusieurs de ces maladies se trouvent réunies chez un même individu.
2° Que les effets funestes de ces composés sont évidemment le résultat, non pas d’une inflammation dé quelques-uns de nos organes, mais bien de l'absorption de leurs émanations et de leur action sur le système nerveux, et probablement sur le grand sympathique, pour la colique ; sur le système nerveux et rachidien, pour l’arthralgie, la paralysie et l’anesthésie, et sur le cerveau, pour l’encéphalopathie.
3o Que les sels solubles de plomb injectés dans les veines sont vénéneux, mais qu’ils sont beaucoup moins actifs que plusieurs autres poisons minéraux, et qu'ils paraissent exercer une aclion spéciale sur les intestins + dont ils déterminent une inflammation lente ; peut-être agissent-ils aussi sur les poumons.
4° Qu'ils sont absorbés quand on les introduit dans le canal digestif,
et qu’ils produisent des effets fort différents suivant qu’ils ont été pris à des doses faibles ou fortes. Dans le premier cas, ils ne développent d'accidents que quelque temps après leur administration, et ces accidents sont ordinairement la colique des peintres, l’arthralgie, la paralysie, lPanesthésie ou l’encéphalopathie saturnine. $i, au contraire, la dose a été forte, ils donnent lieu presque immédiatement, après leur ingeslion , à des symplômes analogues à ceux que déterminent les poisons irritants (voy. p. 74), el la mort peut survenir au bout de quelques heures, alors même qu’on laisse aux animaux la faculté de vomir. Les chiens qui avalent de l’acétate de plomb solide, à la dose de 40 à 50 grammes, et qui en rejettent une partie par le vomissement, succombent à la fois à l’inflammation des tissus du canal digestif, et à une
affection du système nerveux qu’il est impossible de qualifier. $i cette forte dose d’acétate de plomb était dissoute dans l’eau, et que le sel restât assez de temps dans l'estomac pour que l’absorplion eût lieu, les effets meurtriers dépendraient plutôt de cette action sur le système nerveux, que de l’inflammation qu’il développerait. Quand les sels de plomb n’ont pas été pris à assez forte dose pour tuer en peu de temps, et qu’elle a été cependant suffisante pour déterminer des accidents immédiats, ils se bornent, en général, à exciter des vomissements, à augmenter les déjections alvines, el à occasionner des douleurs dans un ou plusieurs points de l'abdomen.
5 Qu'ils peuvent également être absorbés lorsqu'ils sont appliqués
sur la peau dépouillée de son épiderme, sur les membranes muqueuses de l'œil, du vagin, elc., et qu’ils développent alors le plus communément la colique, l’arthralgie, la paralysie, l’anesthésie ou l'encéphalopathie saturnines.
Élimination des sels de plomb.
Il résulte des expériences du D' I.-L. Orfila : 1° que les chiens auxquels on à administré 50 centigrammes d'acétate de plomb pendant quinze jours, s'ils meurent trois jours après avoir pris la dernière dose, ou si on les tue à cette époque, fournissent du plomb dans les liquides provenant du lavage de l’estomac; 2° que ceux qui ont avalé la même dose d’acétate pendant soixante-douze jours contiennent du plomb dans Pestomac, le foie, le cerveau, l'urine, etc., si on les tue trois jours après Ja pne nière prise du sel; 3° qu’on a pu découvrir le plomb dans le foie, l'estomac et le cerveau de chiens qui avaient avalé 50 centigrammes d’acétate pendant un mois, quoique les animaux eussen£ cessé de prendre le toxique depuis cent quatre jours.
Traitement de l’empeisonnement par les préparations de plomb.
À. Émanations saturnines.—Colique des peintres. On à proposé un trèsgrand nombre de méthodes curatives que je vais successivement faire connaitre : 1° limonade sulfhydrique : elle est sans valeur; 2° Zimonade sulfurique : c’est encore un moyen illusoire; 3° alun : il est sans effica= cité dans le plus grand nombre de cas ; 4° mercure et plomb: il yatlieu de renoncer à ces médicaments; 5° noix vomique : elle n’a point d'iñs fluence salutaire, ou n’en a qu’une très-légère, sur le cours dela co: lique saturnine ; 6° médication antiphlogistique : quoiqu’elle ait été utile dans certains cas, elle n’offre pas assez d'avantages pour qu'on ne doive pas lui en préférer une autre; toutefois elle est excessivement utile lorsque la colique se trouve compliquée d’inflammation. 7° Méthode calmante : elle a une influence évidemment salutaire, plus marquée que toutes les médications dont j'ai parlé; en effet, elle abrége assez souvent de quelques jours la maladie, et rend les rechutes, lat paralysie et l'encéphalopathie un peu moins focéties on admiuistre lopium ou le chlorhydrate de morphine. Le D" Ranque combinait la méthode narcotique avec la révulsives les médicaments calmants dont il fesait usage sont la (hériaque, le laurier-cerise, et la belladone. 89 Méthode révulsive : elle est en général employée sans succès; 9° méthode purga-
DES PRÉPARATIONS DE PLOMB. 859 tive + elle est préférable aux divers traitements qui précèdent ; elle limite la durée de l'affection, et la fait disparaitre rapidement, préserve.des rechutes, et met, jusqu’à un certain point, à l'abri des autres maladies saturnines ; on ne peut cependant pas dire qu’elle n’échoue jamais. Voici en quoi consiste le traitement dit de la Charité.
Le jour de l’arrivée du malade, on lui administre le lavement purgalif des peintres, composé de 125 grammes de feuilles de séné que Pon fait bouillir dans 500 grammes d’eau, et que l’on mêle ensuite avec 16 grammes de sulfate de soude et 125 grammes de vin émétique.
Dans la journée, on donne la boisson suivante : eau de casse simple (f), 1 kilogramme; sel d'Epsom, 32 grammes ; émétique, 15 centigr. Quelquefois on ajoute, si la maladie est forte: sirop de nerprun, 32 grammes, ou confection Hamech, 8 grammes. Le soir, on administre un lavement anodin fait avec 492 grammes d'huile de noix et 372 grammes de vin rouge. On donne à l’intérieur 6 grammes de thériaque, dans laquelle on incorpore, suivant le besoin, 75 milligrammes d’opium.
Le deuxième jour, au matin, on ordonne en deux fois, à une heure de distance, 30 centigrammes d’émétique dissous dans 250 grammes d’eau. Quand le malade a vomi, on lui fait prendre, le reste du jour, Ja tisane. sudorifique suivante : 32 grammes de gaïac, autant de squine et de salsepareille, que l'on a fait bouillir pendant une heure dans 1500 grammes d’eau commune, que lon réduit d’un tiers, et auxquels on a ajouté 32 grammes de sassafras et 16 grammes de réglisse que l'on a fait bouillir légèrement. Le soir, lavement anodin et la thériaque avec l'opium, comme le premier jour.
Le troisième jour, on fait prendre en quatre fois, dans la matinée, la tisane sudorifique laxative, qui se compose de { kilogramme de tisane sudorifique simple et de 32 grammes de séné. Dans la journée, la tisane sudorifique simple ; le soir, le lavement purgatif des peintres ; deux heures après , de lavement anodin et la {hériaque avec Popium.
Le quatrième jour, on administre un purgatif composé de 32 grammes d'infusion de séné (2), de 16 grammes de sel de: Glauber, de 3 grammes 90 centigrammes dé jalap en poudre, et de 16 grammes de sirop de nerprun. Lé soir, on prescrit le lavement d'huile et de vin ; et Ja thériaque ; dans la journée, on fait prendre pour boisson la décoction de gaïac composée. |
(1) L'eau de casse simple se prépare ainsi : Casse en bâton concassée, 62 gr. ; eau, 1 kilogre. : faites bouillir pendant un quart d'heure et passez. tt (2) Elle se fait avec 8 grammes de séné, et 250 grammes d’eau que lon réduit
d’un quart par Pébuillition.
Le cinquième jour, la He sudorifique laxative; le soir, à quatré heures, le lavement purgatif; à six, le lavement anodin ; et à huit, la. thériaque avec l’opium.
Le sixième jour, on donne le purgatif des peintres, la tisane ect ifique simple, le lavement anodin, la thériaque avec l'opium , comme le quatrième jour.
Si, malgré lemploi de ces moyens, les malades n’ont aucune évacuation, on a recours aux bols purgalifs des peintres, composés avec 40 grammes de diagrède, autant de résine de jalap, 1 gramme de gomme gulte, 6 grammes de confection Hamech, et une quantité suffisante dé sirop de nerprun, pour faire du tout douze bols que l’on administre à deux heures d'intervalle chaque.
Huile de croton tiglium. Cette huile, dit M. Tanquerel, dans l'ouvrall remarquable déjà tant de fois cité, n’est ces une médication spécifique de la colique saturnine. Si l’on parvenait à découvrir une substance vomi-purgative qui déterminerait également, sous un petit volumes une secousse aussi violente sur les organes abdominaux, on pourrait l’employer avec autant de succès; mais, cette substance n’existant point encore, je conseille à tout médecin qui traitera la colique saturnine de faire usage de ce puissant remède, en se conformant aux préceptes quis vont suivre. Le meilleur mode d'administration, c’est de donner huile à la dose d’une goutte-dans une cuillerée de tisane, à la première visite qu’on fait au malade. Si cette première prise ne produit pas de selles ni de vomissements, sept à huit minutes après il faut administrer une nouvelle goutte ou un lavement purgalif. Le lendemain et le surlendemain, on devra prescrire encore l’huile de croton de la même manière. Le quatrième jour, lorsque le malade est débarrassé de tous les sym-= ptômes de la colique, on peut lui faire administrer un second lavement purgalif, qu’on continue jusqu’au septième ou au huitième jour. Dans les cas rares où la colique n’a pas entièrement cessé le quatrième jour, il faut encore donner une goutte de croton, qu’on peut même répéter les jours suivants, si par hasard toutes les traces de la maladie n'avaient pas disparu. Lorsque le malade vomit l'huile de croton un quart d'heure ou une demi-heure après son introduction dans l'estomac, il faut alors la mélanger avec 32 grammes d'huile de ricin, ou l’administrer en lavement à une dose double de celle qui est donnée par la bouche, En même Lemps qu’on fait prendre l'huile de croton, il est bon que le malade fasse usage d’une grande quantité de tisane (orge miellée). (T.I, p. 401.)
Une diète sévère doit être observée pendant tout le cours du traitement de la colique des peintres; il faut attendre que la douleur ait complétement cessé pour commencer à donner des aliments.
ds.
Arthralgie saturnine. Les bains sulfureux constituent la médication Ja plus puissante contre celte affection ; ils n’ont pas besoin d’ètre aidés de l'administration des purgalifs, si la maladie n’est pas compliquée de colique saturnine; toutefois cette dernière médication, ayant une grande influence sur l’arthralgie, peut être employée simultanément avec les bains sulfureux, dans les cas même où les organes digestifs et urinaires ne sont pas atteints par les émanations saturnines.
Paralysie saturnine. L’électricité, les bains sulfureux, et les diverses préparations de noix vomique, sont les seuls remèdes dont Les observateurs consciencieux aient obtenu de véritables succès contre celte affection. Le traitement suivi avec le plus d’avantage est celui qui consiste à employer tantôt l'électro-puncture, concurremment avec les bains sulfureux, tantôt la strychnine ; dans ce dernier cas, il faut commencer d’abord par soumettre le malade à l'usage de la strychnine administrée à l’intérieur, puis par la méthode endermique, et enfin terminer par les bains sulfureux, qu’on fera prendre journellement pendant l’administration de la strychnine à l’intérieur.
Encéphalopathie saturnine. La méthode expectante, dont la diète et les boissons délayantes font la base, est celle qui doit être préférée (Tanquerel ).
Iodure de potassium. M. Melsens a publié, dans le tome XXVI de la 3e série des Annales de physique et de chimie, un mémoire qu'il a Iu à l'Institut Le 12 mars 1849, et qui a pour titre : Mémoire sur l’emploi de l'iodure de potassium pour combattre les affections saturnines et mercurielles. Ce travail renferme des faits que l’auteur croit susceptibles d’applications utiles à diverses branches de l’art de guérir. à
L'idée fondamentale du travail de M. Melsens est celle-ci. Les composés de plomb et de mercure qui occasionnent des maladies plombiques et mercurielles existent dans nos organes à l’état insoluble ; liodure de potassium peut les rendre solubles et les entrainer avec l’urine ; donc il y a utilité à administrer cet iodure. «Dès mes premières études , dit en effet l’auteur, je me suis pläcé au point de vue le plus simple; je n'ai jamais vu que deux choses bien distinctes : la maladie par la présence du poison dans l'animal ; la guérison par l'expulsion du poison hors du corps de l'animal.»
Je suis d'autant plus disposé à admettre cette proposition, que je l'ai formulée et publiée en 1841, deux ans avant que M. Melsens eût songé à s'occuper du sujet qu'il a traité ; il est à regretter qu'il ne l'ail pas con- : nue , car il n'aurait pas manqué de l’invoquer à l'appui de son dire. Voici, en effet, ce qu’on lit dans un mémoire publié par moi. dans les
Archives générales de médecine , numéro de septembre 1841. «Les animaux empoisonnés par des doses def tartre stibié solide appliqué sur le
tissu cellulaire sous-cutané, plus fortes que celles qui sont nécessaires pour détérminer la mort, guérissent tous, si on parvient à les faire uriner notablement à l’aide de boissons aqueuses et diurétiques: = Lu rine réndue par les chiens empoisonnés par l'acide arsénieux et par l’émélique contient constamment de l’arsenic où de l’antimoine, et és viscères retiennent d'autant moins de ces poisons que la sécrétion uripaire est plus abondante. — Dès que le médecin pourrait supposer qué la majeure partie de l'acide arsénieux contenu dans lé canal digestif aura élé heutralisée el expulsée par les vomissements et par les selles; il devrait recourir à l'emploi de liquides doux et diurétiques donnés en abondance, afin d’eœpulser par l'urine la portion du poison qui aurait été absorbée et portée dans tous les tissus. = Tout porte à croire, puisque déjà le fait est prouvé pour Pacide arsénieux et pour l’'émétiques que lès médecins tiréront de grands avantages de la médication aqueuse et diurétique employée en temps utile, dans les cas nombreux d’émpois sonnement où Les substances vénéneuses minérales où végétales auraient ELé absorbées, car alors on débarrassera l’économie animale, par à voie de Put, d'une grande partie où de la totalité des poisons absorbés.» (Pages 21 et 22.) | Dans la quatrième édition de mon Traité de toæicologie, publiée en 1843, à propos des moyens généraux propres à combattre les effets des poisons , on lit: « Comme il est avéré par mes éxpériences que la plupart des poisons, pour ne pas dire tous, sont absorbés, ét qu'après avoir séjourné pendant un temps plus où moins long dans n6ôs organes , ils sont expulsés par l’urine et peul-êlre aussi par la voie de quelques autres excrélions, il est évident qu'en favorisant la sécrétion de l'urine, à l'aide de diurétiques doux et aqueux, donnés à cerlaïnes périodes de l'empoisonnement , on débarrassera ces organes a moins d’une partie de la substance vénéneuse, et l'on hâtera le rétablissement» (t. 1°", p20). Ces citations, que je pourrais multiplier (voyez les articles Tai tement de l’empoisonnement par l'acide arsénieux et par l'émétique, dans cet ouvrage et darts la 4° édition), suffisent et au delà pour prouver que, dès l’année 1841 , j'avais publié l'idée fondamentale adoptée et imprimée en 1849 par M. Melsens, savoir, qué la guérison d’une maladie produite par un poison peut être obtenue par l'expulsion du toæique Hors dù corps de l'animal. S'il est avéré par des observations ultérieures que l’iodure de potassium, employé pour combattre les maladies chroniques délerminées par des composés plombiques et mercuriels, doit être préféré à toute autre médication, il importe de bien faire sentir, dès à présent, qu'il ne serait d'aucune utilité et qu'il pourrait même être fort dangereux dans l’intoxication aiguë occasionnée par des doses suffisantes d'un sel plombique ou mercuriel,
Ed |
Hi
Abordons maintenant l'examen des faits consignés dans le mémoire de M. Melsens. 1° Il paraît résulter de plusieurs expériences que l’iodure de potassium ne se rend pas indistincléement dans tous les organes de l'économie animale ; ainsi on trouve des composés iodés dans le foie, alors qu’ils font absolument défaut dans le liquide de la vésicule bihiaire ; le mucus qui baigne le canal intestinal , la sérosité de la plèvre, contiennent les mêmes composés, tandis que les matières renfermées dans lé canal intestinal lui-même n’en contiennent ordinairement jamais au delà des deux tiers de sa longueur totale.
2° Il suffit de quelques minutes pour que l’iodure de potassium introduit dans l’estomac passe dans l'urine, Dès le lendemain du jour où M. Melsens cessa de prendre de 4 à 5 gramimes de ce sel par jour, il lui fut impossible de déceler l'iode dans l'urine à l’aide de l’eau amidonnée, d’un acide et du chlore; ce résultat ne s'accorde guère avec celui qui avait été obtenu par Kramer (voyez p. 106 ).
3° La colique de plomb se manifeste surtout après les lavages à l’eau seconde (dissolution alcaline ).
4° Avec la médication par l’iodure de potassium, la guérison ne s'obtient jamais qu'à la condition d’un empoisonnement préaläble , empoisonnement que le médecin est complétement le maître de diriger d’après la force de résistance des malades. On commence par administrér { gramme d'iodure par jour ; on augmente de suite la dose, si le malâde supporte facilement le médicament, et on peut la porter jusqu’à 6 ou 8 grammes. M. Melsens rapporte quelques cas de guérison, après des trditements pendant lesquels on avait fait prendre soit 200 grammes d’iodure en trois mois, soit 180 grammes, etc.
5° Le sulfate de plomb est vénéneux (1).
6° En administrant un grand excès de sulfate de plomb, les phénomènés d'intoxication par ce sel ne se produisent pas, en raison de la quantité de poison administrée.
7° « L’acide sulfurique ou les sulfates ne peuvent servir d’antidote contre des empoisonnements chroniques par les sels ou les composés de plomb, le sulfate de plomb étant un poison lent, mais sûr, capable de tuer des chiens vigoureux en vingt ou trente jours.»
Je ferai observer à M. Melsens qu'aucun praticien instruit ne s’est jamais avisé de conseiller Pemploi d’un sulfate soluble dans l’empoison= nement chronique par lés composés de plomb; j'ai prôné les sulfates solubles dans l’empoisonnement aigu, et j'ai eu raison (voy. Sulfates, a ———————————————————————"——————”—— À
(1) On verra bientôt, à l’article Sulfutes, p. 866 et 883, que ce résultat esf
. conforme aui expériences que j'avais publiées bien avant M. Melsens,
à la page 866). Que si l’on a prescrit la limonade puléurique dans la colique de plomb, on a eu évidemment tort.
8° En administrant brusquement des doses un peu considérables d’iodure de potassium à un chien qui se trouve depuis quelque Lemps sous l'influence toxique du sulfate de plomb, on le tue ; tandis que les chiens | bien portants peuvent prendre les mêmes doses d'iodure sans inconvé-
nient. En administrant, au contraire, simultanément du sulfate de
plomb et de l’iodure de potassium, le chien ne souffre pas ; l’iodure de potassium peut donc être employé comme moyen préservatif.
9° Sous le titre Conditions exigées pour guérir une affection saturnine par l’iodure de potassium, M. Melsens se borne à tracer le portrait d’une petite chienne qui avait été soumise pendant plusieurs jours à l’action du sulfate de plomb , et qui avait considérablement maëgri. Les quatre membres étaient paralysés , la colonne vertébrale était courbée; c’est dans cet état qu’on lui fit prendre, avec succès, 65 grammes d’iodure de potassium en vingt-sept jours.
M. Melsens semble donc croire qu’il faut, pour réussir, que l'animal soit très-malade avant d’avoir recours au médicament.
Abordant ensuite le traitement de l’intoxication mercurielle , M. Melsens résume ainsi ses observations.
1° Tous les composés de mercure qui peuvent se réaliser dans Péconomie animale sont solubles dans l’iodure de: potassium ; le mercure mélallique lui-même s’y dissout ; la présence des matières organiques de l’économie n'empêche pas ces réactions.
2° Trois ouvriers doreurs et deux autres qui étaient élameurs au mercure, en proie à divers accidents mercuriels, ont été guéris par l’iodure de potassium. Un de ces élameurs, soumis à une intoxication lente par du mercure métallique, rendait, sous l'influence de l'administration de l’iodure de potassium, de l’iodure de mercure par l’urine. La guérison de cet individu, dit M. Melsens, prouve que lorsque le mercure n'est absorbé journellement que dans des proportions faibles, l'iodure de potassium jouit non-seulement de la propriété de guérir la maladie, mais qu'il agit comme moyen préservatif énergique ; à l’appui de celte dernière assertion, M. Melsens invoque encore deux expériences faites sur des chiens.
3” L’iodure de potassium rend plus active la médication ou l’intoxication par cerlains sels de mercure et peut occasionner des accidents graves.
4 L'action énergique de l’iodure de potassium sur un chien traité par du sublimé peut être telle, que même huit jours après avoir pris du
Sublimé, on peut le tuer en lui administrant une dose un peu considérable dodbre de potassium,
Résumé. Les observations de M. Melsens, intéressantes au point de vue théorique, sont de beaucoup insuffisantes pour que les résultats auxquels elles conduisent soient immédiatement inscrits comme des moyens utiles à l’art de guérir ; on peut en tenir compte et les contrôler par de nouvelles recherches. Malheureusement jusqu’à présent les praticiens les ont laissées à l'écart, préférant sans doute recourir aux médications généralement usitées et dont l’emploi n’offre aucun danger, que de tenter l’usage de l’iodure de potassium, qui, d’après M. Melsens Inimême, ne peut procurer des avantages que lorsqu'il à amené une perturbation quelquefois fort grave dans l’économie animale.
B. Préparations de plomb introduiles dans le canal digestif. — Si elles ont été administrées à petite dose, et qu’elles aient développé une ou quelques-unes des maladies dont je viens de m'occuper, on traitera celles-ci par les méthodes que j'ai conseillées. Si la dose de ces préparations est considérable, et qu’il se soit développé un empoisonnement aigu , il faudra avant tout, si l’on est appelé à temps, recourir aux antidotes. Navier indiquait les sulfures alcalins comme contre-poisons des sels de plomb.
Sulfures. — Expérience 1°, — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien ; on à introduit dans son estomac 8 gr. d’acétate de plomb dissous dans 32 gr. d’eau distillée, et mêlé avec 10 gr. de foie de soufre dissous dans 64 gr. d'eau ; on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture, afin d'empêcher le vomissement. L'animal n’a rien éprouvé de remarquable le premier jour. Le lendemain, il était abattu , mais ne paraissait point souffrir. Le troisième jour, l'abattement augmentait, et il est mort dans la nuit du quatrième jour. La membrane muqueuse de l’estomac était toute corrodée et en suppuration ; la tunique musculeuse était d’un rouge pâle dans certains endroits.
Expérience IT.— Après avoir détaché l’œsophage d’un chien, on y a | pratiqué un trou à l’aide duquel on a fait arriver dans son estomac 40 gr | d’acétate de plomb dissous dans 96 gr. d’eau; cinq minutes après, on a introduit dans ce même viscère 28 grammes de foie de soufre dissous dans 192 gr, d’eau, et on a lié l’œsophage au-dessous de l'ouverture. L'animal est mort au bout de trois heures, après avoir éprouvé des mouvements convulsifs très-violents. À l'ouverture du cadavre, on a trouvé l’estomae rempli d'aliments et du liquide ingéré, dans lequel on voyait une très- | grande quantité de sulfure de plomb noirâtre; ce viscère exhalait une odeur | d'œufs pourris très-fétide. La membrane muqueuse était noireie par une | couche de sulfure de plomb très-brillante, mais elle ne paraissait point
corrodée; il n’y avait rien de remarquable dans les intestins.
| Ces faits prouvent : 1° que le foie de soufre décompose l’acétate de | plomb dans l'estomac, et qu’il le transforme en sulfure de plomb inso- | Juble; 2° que, malgré cette décomposition , l'empoisonnement a lieu,
puisque, dans un cas, l’animal a éprouvé des mouvements convulsifs. ; et a succombé trois heures après avoir pris le poison, et que, dans l'autre, la désorganisation de l’estomac était très-prononcée. Cela dépend évidemment de l’action délétère du foie de soufre. (Voy p, 331.)
La facilité avec laquelle les sulfates de soude, de magnésie, etc., décomposent les sels de plomb, l’insolubilité du SE métallique Tél tant de cette décomposition , et la possibilité qu’il y a à faire prendre aux malades une assez grande quantité de ces sulfates sans qu’il en résulte des accidents graves : telles sont les considérations qui m'ont porté à essayer si les sulfates ne seraient pas des contre-poisons des préparations saturnines.
Sulfates. — Expérience 1e, — On a fait avaler à un chien faible et de moyenne taille 36 grammes de sulfate de plomb finement pulvérisé : l'as nimal n’a rien éprouvé, et le lendemain il a mangé comme à l'ordinaire
ExPÉRIENCE Il, — À dix heures, on a détaché et percé d’un trou l’œso* phage d’un chien de moyenne taille ; on a introduit dans son estomac 40 gr, d’acétate de plomb dissous dans 96 gr. d’eau distillée; huit minutes après, on à fait arriver dans le même viscère 48 gr. de sulfate de magnésie dissous dans 96 gr. d’eau, et on a lié l’œsophage au-dessous de l'ouverture, afin d’empécher le vomissement : au bout de dix minutes, l’animal a fait de violents efforts pour vomir, et il a eu une selle liquide ns laquelle on voyait des grumeaux blancs, comme terreux, qui ont donné à l'analyse du sulfate de plomb; ilest tombé dans l'abattement, et il est mort le lendemain, à quatre heures du matin, après avoir eu deux autres selles. L’estomae renfermait une grande quantité de sulfate de plomb; la membrane muqueuse de ce viscère, d’un rouge clair dans presque toute son étendue, offrait dans la portion correspondante au pylore plusieurs taches d’un rouge pourpres les deux autres tuniques de l’estomac n'étaient que légèrement injectées:
Exrérience IE, — Persuadé que, dans lexpérience précédente, la totalité du poison n’avait pas été neutralisée par le sulfate de magnésie, on Pa recommencée sur un animal de petite taille , que l’on a placé dans les mêmes circonstances , excepté qu'on lui a fait prendre seulement 10 gr. d’acétate de plomb dissous dans 48 grammes d’eau, et que six minutes après, on lui a donné 16 gr. de sulfate de magnésie dans 32 gr. d’eau. L'animal n’a rien éprouvé de sensible : au bout de huit jours, il était abattu, très-maigre, et peu vivant. Il a expiré le neuvième jour de l'opération. A l'ouverture du cadavre, on a trouvé l'estomac et les intestins dans l’état naturel (1).
Je dirai plus loin, en parlant du sulfate de plomb, que j'ai prouvé, dès l’année 1843, qu’il est légèrement soluble dans des liqueurs à peine
(1) Dix grammes d’acétate de plomb sans addition de sulfate de magnésie font constamment périr les chiens dont on a lié l’'æsophage, en deux ou trois jours, et les Lissus se trouvent plus ou moins enflammés,
acides, surtout par l'addition de faibles quantités de chlorure de sodium ; qu’ainsi dissous il est absorbé et qu’il détermine des accidents d'empoisonnement qui peuvent même être suivis de la mort. Est-il extraordinaire dès lors que M. Melsens ait tué des chiens au bout de vingt ou trente jours, en leur administrant à plusieurs reprises du sulfate de plomb ? Peu importe, l’action toxique de ce sulfate est trop faible et trop lente pour que les praticiens doivent renoncer à l'emploi d’un sulfate soluble dans les cas d'empoisonnement aigu par un sel de plomb soluble ; ne voit-on pas, en effet, que la décomposition d’un sel soluble de plomb par un sulfate également soluble est instantanée, et que le sulfate de plomb formé dans le canal digestif, infiniment moins {oxique que le sel vénéneux ingéré, sera promptement évacué par haut et par bas à l’aide des médicaments vomitifs et purgatifs que les médecins . prescrivent toujours en pareil cas ; aussi je n’hésile pas à conclure : 1° que le sulfate de magnésie (tout autre sulfate soluble est dans le même cas ) décompose dans l'estomac l’acétate de plomb qui peut y être contenu, et qu’il le transforme en sulfate de plomb insoluble ; 2° que les effets toxiques de cet acétate sont empêchés par une suffisante quantité de sulfate de magnésie, et qu’ils ont lieu, au contraire, lorsque ce sel nest pas assez abondant pour opérer la décomposition totale de la substance vénéneuse ; 3° que le sulfate de magnésie est un véritable contrepoison de l’acétate de plomb.
Il n’est point douteux que les autres préparations saturnines solubles ne soient également décomposées et transformées en sulfate insoluble par l'addition du sulfate de magnésie on de tout autre sulfate soluble.
Marche à suivre dans le traitement de l’intoxication saturnine aiguë. Dans le cas d’ingestion d’un sel de plomb soluble, le premier devoir du médecin est de faire prendre au malade d’abondantes boissons albu= mineuses et d’eau contenant quelques grammes de sulfate de magnésie, de soude ou de potasse par litre.
Après avoir ainsi employé les sulfates, on combattra linflammation des tissus du canal digestif suivant les cas , par les saignées générales et locales, Les tisanes adoucissantes, les lavements, les cataplasmes émollients, les bains tièdes, mucilagineux, etc. Le malade sera tenu à la diète , et l’on prescrira un régime doux pendant la convalescence.
Recherches médico-légales, Du plomb maturellemené contenu dans le corps de l'homme:
Le 16 octobre 1838, MM. Hervy et Devergie annoncèren( à l’Académie de médecine qu'ils avaient trouvé des sels de plomb dans le canal intess
tinal de deux individus soupconnés empoisonnés. En janvier 1839, M. Des vergie formula ainsi les conclusions d'un travail qu’il présenta à ce COrpS savant. 1° Il existe du plomb dans tous les organes de l’économie animale. 20 La proportion de ce mélal s'accroît avec l’âge ; extrêmement faible à l’époque de la naissance, elle est quatre ou cinq fois plus forte à trente ans ; mais la proportion du plomb ne dépasse cependant pas 40 millièmes. 30 Ce métal se trouve en proportions variables dans le tube digestif des individus adultes. 4° La cessation de l'alimentation, par suite d’une mas ladie prolongée, paraît avoir pour résultat une grande différence en moins dans le poids du métal obtenu, et ce fait tend à faire considérer la présence de ce métal dans l’économie animale comme due à la viande et aux végétaux usités à titre d'aliments. 5° La quantité de plomb est constamment plus faible que la quantité de cuivre; la seule exception trouvée jusqu'alors se rapporte aux organes de l’individu qui avait suc-" combé à l’encéphalopathie saturnine.
Bientôt après, des expériences tentées en Italie par Cattanei et Camille Platner, et en France par MM. Flandin et Danger, amenèrent ces auteurs à nier l’existence du plomb dans le corps de l’homme. Mais MM. Barse, Follin, Lanaux et moi, nous ne tardâmes pas à démontrer que ces expérimentateurs se trompaient en niant l'existence de ce plomb naturel, M. Chevallier annonça qu’il en était du plomb comme du cuivre, et que le premier de ces métaux ne se trouve pas dans certains cas. M. Chevallier appuyait son dire sur quelques expertises qui ne lui avaient point donné de plomb ; mais on Voit aisément, par les motifs qui ont été exposés à La page 769, que l’assertion énoncée par ce chimiste n’a aucune valeur, En janvier 1848, M. Deschamps d’Avallon, admettait la présence du plomb dans le corps de l’homme, et en mars de la même année, M. Millon prouvait qu’il en avait retiré du sang. Enfin MM. Chevallier et Cottereau , après avoir résumé les divers travaux entrepris sur ce sujet, conclurent qu’il y à encore beaucoup à faire pour élucider la question d'une manière complète (voy. p. 770).
Persuadé qu’il existe du plomb dans le corps de l’homme, je m'attachai, dès l’année 1838, à faire connaître les moyens de distinguer si du plomb obtenu dans une expertise médico-légale est du plomb d’empoisonnement ou du plomb naturellement contenu dans nos organes. Plus tard, en 1847, faisant applicalion de mon procédé, je parvins à prouver que, dans les maladies saturnines, nos organes renferment du plomb d'empoisonnement.
Acétate de plomb neutre solide. I est blanc, pulvérulent, ou cristallisé en parallélipipèdes aplatis ou en aiguilles, inodore, el doué d'une saveur sucrée, styptique, Mis sur des charbons ardents, il se boursoufle,
DES PRÉPARATIONS DE PLOMB. 869 se décompose, répand une fumée qui a l'odeur de vinaigre, et laisse de l’oxyde de plomb d’un jaune tirant plus ou moins sur le rouge ; quelquefois même on aperçoit du plomb métallique brillant: c’est lorsqu'on anime la combustion du charbon au moyen d’un soufflet, et que la température se trouve assez élevée pour que le charbon enlève l'oxygène à une portion d'oxyde ; chauffé dans un creuset avec du charbon, après avoir été desséché, il fournit du plomb métallique. $i lon verse de l'acide azotique concentré sur de l’acétate de plomb pulvérulent, il se forme de l’azotate de plomb, et l'acide acétique se dégage en répandant l'odeur de vinaigre. Il se dissout très-bien dans l’eau distillée ; l'eau de fontaine, et surtout l’eau de puits, dans lesquelles il'existe des sulfates et des carbonates solubles, commencent par le décomposer en partie, en donnant naissance à du sulfate et à du carbonate de plomb insolubles, puis dissolvent la portion d’acétate qui n’a pas éLé décomposée.
Acétate de plomb dissous dans l’eau. — Dissolution concentrée. Elle est
limpide, incolore, inodore, d’une saveur sucrée, styplique; elle verdit le sirop de violettes. La potasse , la soude , Pammoniaqne, lès eaux de chaux , de baryte et de strontiane, la décomposent , se combinent avec l'acide, et y font naître un précipité blanc de protoxyde de plomb hydraté, qui jaunit à mesure qu’on le dessèche ; il suffit de faire rougir un mélange de cet oxyde sec et de charbon pendant vingt minutes dans un creuset, pour obtenir du plomb métallique. $i l’on verse de l'acide sulfurique dans cette dissolution, il se dégage de l'acide acétique , et il se précipite sur-le-champ du sulfate de plomb blanc; les sulfates s0lubles la précipitent également en blanc, mais sans dégager d’acide acétique. L’acide sulfhydrique et les sulfures solubles la décomposent aussi el y font naître un précipité de sulfure de plomb noir. L'acide chromique et les chromates solubles précipitent cette dissolution en jauneserin : le précipité est du chromate de plomb. L’iodure de potassium la précipite également en jaune-serin (iodure de plomb). Si l’on verse du carbonate de soude dans de l’acétate de plomb dissous, on obtient surle-champ de l’acétate de soude, qui reste en dissolution, et du carhonate de plomb blanc insoluble, qui se précipite. L'acide carbonique ne la trouble point si elle est bien neutre. Le zinc précipite instantanément le plomb, d’abord sous forme d’une poudre noire, puis en lames très-brillantes.
Dissolution aqueuse d’acétate de plomb très-étendue. On démontrera Ja présence du plomb en y faisant passer un courant de gaz acide sul- fhydrique, qui en précipitera du sulfure de plomb noir; on reconnaltra celui-ci à l’aide de l'acide azotique très-étendu d’eau et bouillant, qui en séparera le soufre et donnera de l’azotate de plomb soluble, facile
caractériser, après avoir été filtré, puisqu'il se comporte avec les sul= fates et les carbonates solubles, l'iodure et le chromate de potassium, | les alcalis et le zinc, comme l’acétate (voy. p. 869). Quoique le gaz acide | sulfhydrique soit le réactif le plus sensible pour déceler les sels de plomb , il se pourrait à la rigueur que la dissolution d’acétate fût telle= ment diluée, que cet acide n’accusât pas la présence du plomb ; il faudrait alors évaporer la dissolution pour la concentrer jusqu’au point où elle serait précipitée par le gaz sulfhydrique. Sous-acétate de plomb (acétate de plomb basique). Il est cristallisé en lames opaques et blanches, ou bien il est en masses d’une forme confuse; le plus souvent cependant , il est liquide et constitue l'extrait de Saturne. Dans cel état , il est transparent, jaunâtre, d’une saveur trèsslyplique el sucrée, et il verdit fortement le sirop de violettes. Les réactifs, employés pour découvrir l’acétate de plomb neutre, agissent tous de la même manière sur celui-ci, à l’exception de l'acide carbonique, qui fait naître dans l'extrait de saturne un précipité blanc de carbonate de plomb, tandis qu’il ne trouble pas l’acétate parfaitement neutre; aussi peut-on rendre laileux et même précipiter abondamment l’acétate basique en y insufflant, à l’aide d’un tube de verre, de l'air qui sort des poumons , et qui contient une plus grande quantité d’acide carbonique que l'air inspiré. L'eau distillée ne trouble l’extrait de saturne qu’autant que celui-ci aurait été préparé avec du vinaigre de vin ; dans ce cas, le « vinaigre contient de l’acide tartrique et du tartrate de plomb ; c’est ce sel que l’eau distillée précipite. Si la dissolution d’acétate de plomb basique avait été affaiblie par de l’eau distillée, on agirait sur elle avec l'acide sulfhydrique, comme il a été dit en parlant de la dissolution étendue d’acétate neutre; l'acide carbonique en précipiterait aussi du carbonate de plomb blanc. | Acétates de plomb mélangés à des liquides alimentaires où médicamenteux , à la matière des vomissements, ou à cellé que l’on trouve dans le DE digestif. Le vin rouge, lalbumine, le bouillon, le lait, la bile, etc., précipitent plus ou moins ROME les acétates de plomb, surtout le sous-acétate ; il est même rare de pouvoir déceler l'un de ces sels dans la portion liquide de ces mélanges, surtout au bout d’un certain (emps, à moins que la dose d’acétate ajoutée n'ait été un peu notable; c’est presque toujours dans le dépôt qu’il faut chercher le composé plombique. La gélatine n’est point troublée par les acétates de plomb.
Expérienag I. —— J'ai ajouté 4 gr. d'acttate de plomb dissous à un mé: lange de 400 gr. de lait, d'autant de bouillon, de café , et de vin rouge ;il s'est aussitôt formé un précipité; j'ai fait bouillir la matière dans une grande capsule, pendant trois minutes; le coagulum obtenu , séparé du
DES PRÉVARATIONS DE PLOMB. 871 liquide, a été lavé jusqu’à ce que l’eau de lavage ne se colorât plus par un courant d'acide sulfhydrique gazeux, et il a été partagé en deux parties épales À et B. J'ai fait bouillir la portion À pendant une heure avec de Véau distillée ; le decoctum filtré , après avoir été évaporé à siccité, a été carbonisé par l'acide azotique, et le charbon a été soinis à l’action de l'acide acétique affaibli pendant vingt minutes; la liqueur acétique filtrée, traversée par un courant de gaz acide sulfhydrique, a donné un précipité peu abondant, de couleur brune, lequel, après avoir été lavé, desséché, et traité par l'acide azotique faible, a fourni du soufre et un peu d'azotate de plomb. La moitié B, traitée pendant une heure avec de l’eau fortement aiquisée d'acide acétique, a donné un solultum que j'ai filtré , et que l'acide sulfhydrique liquide précipitait abondamment en noir (sulfure de plomb mélangé de matière organique); j'ai évaporé cette liqueur jusqu'à siceité, et j'ai carbonisé le produit par l’acide azotique ; J'ai fait bouillir le charbon pendant vingt minutes avec de l'acide acétique affaibli, et j'ai obtenu une dissolution qui, étant filtrée et traversée par un courant de gaz acide sulfhydrique , a laissé déposer une proportion considérable de sulfure de plomb noir, que j'ai transformé en azotate de plomb et en soufre par l'acide azotique affaibli.
Expémence IL.— J'ai agi de même sur 1600 gr. de lait, de bouillon , de café et de vin, sans addition d'acétate de plomb , et je n’ai obtenu aucune trace de sulfure de plomb , ni avec la dissolution aqueuse du coagulum qui s'était formé par l’ébullition, ni avec sa dissolution acétique.
Expériences IL, IV, V (voy. les expériences 11, 12 et 13, à la pag. 835).
Procédé. On devra toujours supposer qu’une partie du sel plombique peut se trouver dans la portion liquide. Après avoir fait bouillir le mélange pendant quelques minutes, pour coaguler, en partie du moins, la matière organique, on filtrera, et l'on fera passer un courant de gaz acide sulfhydrique à travers la liqueur filtrée ; s’il se dépose du sulfure de plomb noir, on le lavera, on le ramassera, et on le chauffera dans une petite capsule de porcelaine, avec de l'acide azotique faible, comme il a été dit en parlant de la dissolution aqueuse étendue d’acélate de plomb (voy. p. 869). Si le gaz acide sulfhydrique ne précipite point la liqueur, parce que la proportion de plomb que celle ci contient est trop faible par rapport à la quantité de matière organique qu’elle renferme, on évaporera cette liqueur jusqu’à siccité, et on carbonisera le produit par l'acide azotique ; on fera ensuite bouillir le charbon pendant vingt ou vingt-cinq minutes avec de l’eau régale étendue de son volume d’eau, afin de dissoudre l’oxyde de plomb qui pourrait Sy trouver, ainsi que la petite proportion de sulfate de plomb qui aurait pu se former par suite de la transformation de l'acide sulfhydrique en acide sulfurique ; le so/utum , filtré et évaporé jusqu'à siccité, laissera un sel de plomb qu'il sera facile de reconnaitre.
a l'on Us
Les matières solides coagulées par l’action de l’eau bouillante seront desséchées et carbonisées par l'acide azotique dans une capsule de porcelaine; il suffira ensuite de faire bouillir le charbon, pendant quinze ou vingt minutes, avec de l’acide acétique pur étendu de deux ou trois fois son poids d’eau, pour obtenir de l’acétate de plomb, que l’on filtrera et que l’on fera évaporer jusqu’à siccité.
MM. Flandin et Danger ont voulu substituer l'acide sulfurique à l’acide azoltique, que j'avais proposé pour carboniser la matière. Les expériences de M. Lassaigne, et celles plus concluantes de M. I.-L. Orfila , mon neveu, ont péremptoirement prouvé que, cette fois encore, ces experts avaient commis une erreur grave; en effet, M. Lassaigne , en agissant comparativement, par les deux procédés, sur dés malières contenant. la méme proportion d'un composé plombique, a obtenu plus de plomb lorsqu'il a traité par l’acide azotique, que dans le cas où il s’est servi d'acide sulfurique (voy. Journ. de chim. méd. , t. X, année 1844).
1.-L. Orfila, dans ses intéressantes recherches sur les poisons (voyez thèse inaugurale soutenue à la Faculté de médecine de Paris en 1851), a mis dans tout leur jour les avantages de l'acide azotique sur lacide sulfurique, pour la carbonisation dont il s’agit, Comme on pourra en juger par les expériences suivantes :
1° Lorsqu'on mélange un demi-sramme d’acétate de plomb cristallisé avec quelques goultes de sang, et que l’on carbonise comparativement par l'acide sulfurique, par l'acide azotique, ou par l'acide azotique additionné d’un quinzième de chlorate de polasse, on obtient:
Acide sulfurique. : . . . ..... 0,23 Acide azotique.. . . . .… UE AS 0,28 Acide azotique et chlorate. . . .. 0,25
Les procédés indiqués par les auteurs ont été scrupuleusement suivis, et le plomb a été dosé à l’état de sulfure en faisant passer en excès un courant de gaz acide sulfhydrique dans les dissolutions plombiques.
2° Après avoir trituré 50 grammes de foie jusqu'à ce qu’il fût réduit en pulpe, et l’avoir mélangé avec un demi-gramme d’acétate de plomb neutre, on à carbonisé par les trois procédés ci-dessus indiqués, et l’on à obtenu :
Acide sulfurique. sh ge Apte 0,7 Acide, a200mme. ui GX 0,14 Acide azotique et chlorate. . . . . 0,5
Dans l'expérience faite avec le chlorate de potasse, Il y a eu déflagration et perte assez considérable de la matière. 5° En carbonisant , par les trois méthodes, 50 grammes de foie mé-
Jangé d’un demi-gramme de sulfure de plomb, on obtient dans deux expériences :
Acidersulfurique. .: . ... 0,9 0,8 Acide azotique. . . . . . . . . . . 0,30 0,32 Acide azotique et chlorale. . . . . 0,10 (1) 0,25
4° En carbonisant comparativement parties égales du foie (25 gram.) d’un chien tué par 30 grammes d’acétate de plomb, ou bien du liquide trouvé dans l'estomac après la mort, on trouve pour le foie :
Acide sulfurique. . . . . : . . . . 0,006 Acide azotique. . : . . - . . . . . 0,010 Acide azotique et chlorate. . . . 0,008
el pour les liquides de l'estomac fillrés:
Acide sulfurique. . . . . . . . . . 0,11 Acide azotique. . . . . ttes if 0,20 Acide azotique et chlorate. . . . 0,15
IL est évident, dit I.-L. Orfila, d’après ces résultats qui sont constants, que l'acide sulfurique, tant préconisé par MM. Flandin et Danger, est inférieur à l’acide azotique , proposé par mon oncle, et même à Pacide azotique additionné d’un quinzième de chlorate de potasse, comme l'a indiqué M. Millon ; toutefois, comme ce dernier mélange détermine souvent une déflagration , il est préférable de recourir à l'acide azotique.
Acétate de plomb se trouvant à la surface du canal digestif. J'ai lu à l’Académie royale de médecine un mémoire qui avait pour objet de faire connaître la manière dont les sels solubles de plomb se comportent lorsqu'ils sont introduits dans l'estomac (voy. Annales d'hygiène, 1839). IL résulte de ce travail que l’acétate et l’azotate de plomb, donnés aux chiens, laissent dans l'estomac des traînées de points blancs ou d’une substance blanche plus ou moins adhérente à la surface interne de lPestomac, quoique des vomissements aient eu lieu , et que plusieurs jours se
soient écoulés depuis l’administration des composés plombiques ; ces portions de substance blanche ne sont autre chose que de l’acétate de plomb décomposé ou combiné avec les lissus, el il est important de les recueillir pour agir directement sur elles. Voici au reste les conclusions que j'ai tirées de mes expériences :
1° Qu'il suffit de deux heures pour que l'acétate et l’azotate de plomb, donnés à petite dose, développent sur la membrane muqueuse de l’estomac des chiens vivants, et quelquefois même sur celle des intestins, une altération particulière, visible à œil nu, et qui consiste en une Dee D RUN ————
(4) Dans cette expérience faite avec le chlorate, il y a eu déflagration.
série de petits points d’un blanc mat, tantôt réunis dans le sens de 4 longueur el formant des espèces de traînées sur Les plis de la membrane, tantôt disséminés sur toute la surface du tissu. Ces points, évidemment composés de matière organique et d’une préparation de plomb, adhèrent intimement à la membrane muqueuse, dont on ne peut pas les séparer, même en grattant pendant longtemps avec un secalpel : ils fournissent instantanément, et à froid, par l’acide sulfhydrique, du sulfure noir de plomb ; ils Sont insolubles dans l’eau distillée froide ou bouil= lante, et décomposables, à la température ordinaire, par l'acide azotique faible, avec production d’azotate de plomb.
2° Que l’on remarque la même altération chez les chiens qui ont vécu quatre jours, et qui n'avaient été sous l'influence des mêmes sels de plomb , aux mêmes doses, que pendant deux heures; que toutefois les points blancs, évidemment moins nombreux, ne sont plus visibles qu’à la loupe : d’où il suit que, s’ils ont été en partie décomposés ou absorbés par un acte vital, il n’a pas suffi de quatre jours pour les faire dispa= rattre complétement; qu’en tout cas, l’acide sulfhydrique les noircit à l'instant même, et il ne faut pas plus d’une demi-heure d’ébullition avec de l’acide azotique à 30 degrés, étendu de son volume d’eau, pour former avec l'estomac et les intestins une quantité notable d’azotate de plomb.
3° Qu'en laissant vivre pendant dix-sept jours des chiens soumis 4 l’action de ces poisons, donnés aux mêmes doses, on ne découvre plus la moindre trace de points blancs, et que l'immersion du canal digestif dans un bain d'acide sulfhydrique ne développe plus de points noirs, même au bout de quatre heures; mais qu'alors encore, si l’on fait bouillir les tissus pendant une demi-heure avec de l’acide azotique à 30 degrés étendu de son volume d’eau, il se produit une assez grande quantité d’azotate de plomb pour qu’il soit permis de penser qu’on aurait pu retrouver une partie du plomb ingéré, même un mois après l’empoisonnement , en employant l'acide azotique.
4° Qu'il est dès lors incontestable que le composé blanc de plomb et de matière organique qui s'était d’abord formé disparait au bout d’un cerlain temps, probablement après avoir été décomposé; qu’en totübeas, une portion du plomb qu’il renfermait reste combinée avec les tissus de l'estomac pendant un temps plus ou moins long(voy. Élimination, p.858).
5° Que l’on peut, d’après les caractères que présente l’estomac des chiens soumis pendant deux heures seulement à action de 2 grammes d'acétate de plomb, et que l’on a laissés vivre, sinon déterminer ri= goureusement l’époque à laquelle l’empoisonnement a eu lieu, du moins indiquer approximalivement cette époque; en effet, suivant que la vie des animaux empoisonnés s’est plus ou -moins prolongée, on trouve
dans la première période de la maladie des trainées et des points blancs Visibles à l'œil nu ; dans la deuvième période, ces points ne sont visibles qu'à la loupe et noircissent par l'acide sulfhydrique; ils sont en outre moins nombreux ; enfin le caractère de la troisième période consiste dans la disparition des points blancs, dans l’absence de coloration noire par l’acide sulfhydrique, et dans la possibilité d'obtenir de l’azotale de plomb en faisant bouillir pendant une demi-heure l'estomac avec de l'acide azotique étendu de son volume d'eau.
Go Que si la dose d’acétate de plomb était plus forte ou plus faible que celle qui vient d’être indiquée (voy. 5°), et que l'animal eût été sous l'influence du sel plus ou moins de deux heures, on observerait égalemént les trois périodes dont j'ai parlé; mais alors leur durée ne serait pas la même que dans l'espèce qui fait l’objet de ce mémoire.
7° Que l’altération dont il s’agit se forme indépendamment de tout aclé vital, puisqu'elle s’est développée dans un estomac détaché du corps et déjà froid. . i
3 Qu'elle a été constatée par moi une fois au bout de dix-sept jours d'inhumation, et une autre fois trente-huit jours après l’exposition de l'estomac à l'air, et qu’elle était encore tellement visible dans les deux cas , qu’il n’est pas douteux qu'on ne puisse l'apercevoir plusieurs mois plus tard.
J1 ftut donc, lorsqu'on cherche lacétate de plomb qui peut exister à la surface du canal digestif, après avoir enlevé les matières contenues dans ce canal, laver celui-ci à plusieurs reprises avec de l’eau distillée froide, afin de dissoudre la portion d’acétate qui pourrail à la rigueur se trouver à la surface interne de ce canal}; la dissolution sera traitée comme je l'ai dit en parlant du mélange d’acétate de plomb el de matières alimentaires: puis on plongera loutes les portions du canal digestif où se trouvent des points blancs dans de l'acide azotique marquant 30 degrés, et étendu de trois fois son poids d'eau. Après une heure d'action à froid, le plomb contenu dans ces points sera dissous , et l’on aura de l’azotate de plomb, qu’il suffira de faire évaporer jusqu'à siCeilé et de-dissoudre dans l'eau pour le reconnaitre à l’aide deg réactifs; que si par hasard cel azolale était mélangé de beaucoup de matière organique, Ce qui n’est pas présumable, il faudrait le carboniser par l'acide azotique, et agir sur le charbon, comme je lai dit à la page 872, en parlant du dépôt organique (4).
DR DU Lu, Si M
(1) Je n’aurais jamais cru, si je ne l’avais entendu à Riom, à propos de la recherche médico-légale de l’acétate de plomb , que M. Rognelia pt aller jusqu'à
dite: « I faut de la simplicité dans Îes expertises; toutes Ces expériences chimiques sont compliquées et SOUVEnt inutiles ; ainsi, dans Vaffaire Pouchon, à quoi
Acétate de plomb absorbé et contenu dans les tissus du canal digestif, |
dans le foie, la rate et les reins. S'il y a eu empoisonnement, et que ces
organes retiennent encore un composé plombique, après avoir coupé ces viscères en petits morceaux, on les fera bouillir pendant une heure, dans une capsule de porcelaine, avec de l’eau distillée à peine acidulée par de l'acide acétique pur ; la dissolution contiendra une quantité suffisante de ce composé pour qu’on puisse en démontrer la présence, tandis que ces organes, à l’état normal, traités de la même manière, ne fourniront à l’eau acidulée aucune trace du plomb qu’ils renferment natu= rellement. On filtrera, et après avoir évaporé la liqueur filtrée jusqu'à siccité, on carbonisera le produit de l’évaporation par l'acide azo= tique. Le charbon obtenu sera traité à chaud par l'acide azotique af> faibli, et l’on obtiendra de l’azotate de plomb facile à reconnaitre (voy. p. 871) (1).
On compromettrait gravement le succès de l'opération, si l’on rm TS
bon d’y recourir, puisqu'à l'ouverture des cadavres on trouve des masses de plomb dans l’estomac, et l’empoisonnement est de suite reconnu ?» Or
n'existe jamais de plomb métallique dans l'estomac ; on découvre dans ce
viscère des points blancs, ou bien la membrane muqueuse est grisâtre par suite de la combinaison du sel de plomb avec le tissu organique, et il est impossible de mettre le plomb à nu sans décomposer ce tissu et sans avoir recours à ces expériences chimiques dont l'ignorance seule a pu contester l’utilité.
(1) C’est ici le lieu de se demander comment ilse fait que les sels de plomb et
de cuivre, donnés comme toxiques, puissent être en partie dissous par l’eau,
alors que, par suile de la putréfaction, ils ont dù être décomposés soit par lammoniaque, qui en‘aura précipité les oxydes, soit surtout par l’acide sulfhy= drique, qui les aura transformés en sulfures irsolubles dans Peau. La réponse est facile. On observe, dans les opérations de ce genre, que la liqueur, qui était alcaline et ammoniacale au moment où elle commence à bouillir, perd cet alcali à mesure qu’elle bout; après une demi-heure d’ébullition, elle est au contraire sensiblement acide, et le plus souvent elle exhale une odeur d’acide acétique; il est donc évident que c’est à l’acide qu’elle renferme alors qu’il faut attribuer la dissolution soit de loxyde, soit du sulfure de plomb ou de cuivre. D'un autre côté, la dissolution dans l’eau bouillante des composés plombique et cuivreux, lorsque les cadavres sont encore frais, s'explique tout naturellement par la propriété que possède ce liquide de dissoudre une petite proportion de ces composés, comme on peut s’en assurer directement en précipitant des sels solubles de plomb ou de cuivre par lalbumine et par d’autres matières animales ; peut-être aussi qu’alors les toxiques dont je parle n’ont pas encore été décomposés par la matière organique du foie, et qu’ils sont à l’état libre dans cet organe (*).
(*) J'ai voulu savoir ce qui se passe lorsqu'on fait bouillir une dissolution aqueuse de 2 grammes de Sulfhydrate d’ammoniaque dans 60 grammes d’eau distillée : cette dissolution était fortement alcaline ; à mesure que l'ébullition avait lieu, le sel se décomposait , il se dégageait de l'ammoniaque, et au bout d’un certain temps, la liqueur était acide et contenait de l'acide sulfurique, puisque l’azotate de baryte mélangé avec elle donnait un précipité blanc de sulfate de baryte, insoluble dans l’eau ct dans l’acide azptique pur et concentré,
DES PRÉPARATIONS DE PLOMB. 877 h'évilait pas les Ccueils que je vais signaler : 1° ne faut ni incinérer les organes coupés en morceaux, ni les carboniser par l'acide azolique ; car les cendres ou le charbon obtenus, traités par l'acide azotique affaibli, céderaient à celui-ci une portion ou la totalité du plomb qu'ils renferment naturellement, tandis qu’on n’a pas cela à craindre, si l’on ne carbonise, comme je l'ai préscrit, que le decocum aqueux et légèrement acidulé de ces mêmes organes. On sait qu'en 1838, la cour d'assises de Dijon mit en jugement le docteur Riltinghausen, accusé d’avoir empoisonné son ami, le D' Schneider, en lui administrant un composé de plomb et de cuivre; entre autres chefs d'accusation, le ministère publie faisait valoir l'expertise pratiquée à Dijon, de laquelle il résultait que les organes de Schneider contenaient du plomb et du cuivre. Consulté par Ritlinghausen, je démontrai, dans un mémoire dont je donnai lecture à l'Académie, qu’on était loin d’avoir prouvé que Schneider fût mort empoisonné (voy. Bulletin de l’Académie, octobre 1838), quoiqu’à cette époque Pattention des médecins légistes n’eût pas encore été appelée sur l'existence du plomb dans les organes de l'homme. Aujourd’hui, que les travaux de MM. Hervy et Devergie ont mis l'existence de ce métal hors de doute, dans le corps de l’homme non empoisonné, il est aisé de voir que les experts de Dijon, en traitant le canal digestif de Schneider par de l’eau régale bouillante, et en agissant sur la dissolution , n'avaient décelé que le plomb et le cuivre qui existent naturellement dans nos organes. À coup sûr, les résultats eussent été tout autres si, au lieu de soumettre le canal digestif à l’action d’un acide aussi puissant que l’eau régale, on les eût simplement fait bouillir dans de l’eau distillée aiguisée d’acide acétique. Je dirai plus loin, en exposant avec délail l'affaire Pouchon, que, faute d’avoir traité par ce dernier liquide les organes qui firent l’objet des recherches analytiques des experts, ceux-ci rendirent beaucoup plus difficile la solution du problème qui leur était demandée, et qu'ils m'empéchèrent d'affirmer que cet homme eût succombé à un empoisonnement par un composé plombique.
2° Il ne faut pas incinérer davantage le charbon provenant de la dissolution des organes dans de l’eau acidulée par l'acide acélique, parce que cette dissolution renferme une quantité notable de la matière organique du foie, de la rate, du canal digestif, elc., et qu’il existe nécessairement{ dans celle portion de matière organique une proportion quelconque du plomb naturellement contenu dans le corps de l'homme; ce plomb serait attaqué par l'acide azotique affaibli, si le charbon eût été incinéré, tandis que l'expérience prouve qu'il ne le serait pas si l’on s'était borné à traiter par cet acide le charbon obtenu en carbonisant,
878 DÉS POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | par l'acide azotique, la dissolution aqueuse à peine acidulée par l'acide acétique.
3° Il faut s'assurer, avant tout, que le papier à filtre dont on s'est servi dans les recherches analytiques ne contient pas de plomb. On tr ouve aujourd’hui dans le commerce des papiers joseph, même fort beaux, qui renferment une proportion de plomb souvent plus considérable que celle que l’on retire des organes des animaux empoisonnés par un sel plombique : aussi m'est-il souvent arrivé, avant d’avoir porté mon altention sur ce point, ef en me servant de ste papiers, d'obtenir du plomb, alors même que je trailais par l’eau bouillante seulement des organes d'animaux non empoisonnés; il suffisait même de faire filtrer rapidement, à travers ces papiers, de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique ou d'acide acétique, pour que la liqueur précipitât abondamment en noir par l'acide sulfhydrique. À combien d'erreurs graves ne S'Ex=4 poserait-on pas si l’on méconnaissait l'importance d’un pareil résultal! On devra donc employer de préférence du papier Berzelius, qui ne con: tient pas de plomb, ou bien, si l'on est obligé de faire usage d’un autre papier plombique , il faudra commencer par débarrasser celui-ci du plomb qu’il renferme, en le lavant à plusieurs reprises avec de l'eau faiblement aiguisée d'acide chlorhydrique ; on ne devrait pas cependant réitérer trop souvent ces lavages, de crainte d’amincir le papier au point où il se déchirerait si facilement qu’il ne serait plus propre à filtrer : il faudrait les cesser, dès que la dissolution chlorhydrique ne serait plus affectée par lacide sulfhydrique. Dans (ous les cas, et quel que soit le papier dont on voudra faire usage, il ne faudra jamais négliger de l'essayer par cet agent avant de l’employer.
Acétate de plomb dans l’urine. L'existence du plomb dans lPurine des chevaux empoisonnés par ce sel a élé mise hors de doute par M. Ausset, chef des travaux chimiques de l’École d’Alfort (Bulletin de l’Académie, 1. VI, p. 283). I.-L. Orfila, comme je l'ai dit à la page 858, en a trouvé dans l’urine des chiens, même lorsque ces animaux avaient cessé de“ prendre de l’acétate de plomb depuis plusieurs jours. De mon côté, j'ai fai voir que l’urine d’une jeune fille, qui avait avalé de 30 à 40 grammes du mème sel, contenait également du plomb. On constatera la présence de ce métal dans l'urine, en faisant évaporer celle-ci jusqu’à siccité el en carbonisant par l'acide azotique le produit de l’évaporation; on trai= {era le charbon, en partie incinéré , par l’eau distillée bouillante, pou” dissoudre les sels solubles dans ce liquide, puis on fera agir, à une douce chaleur, sur la portion insoluble dans l’eau , de l’acide azotique étendu de deux parties d’eau, afin de dissoudre le plomb; la dissolution con: tiendra de l’azotate de plomb, facile à reconnaitre,
Acétate de plomb dans le cas où l’on aurait aqministré un sulfate soluble comme contre-poison. Ici tout porterait à croire que le sel plombique aurait été transformé en sulfate de plomb insoluble, sinon en
otalité, du moins en grande partie ; il faudrait alors ramasser attentiyement la poudre blanche qui aurait pu se déposer au fond des matières yomies ou de celles que l’on trouverait dans l’estomac , ou bien sur le canal digestif lui-même, et après l'avoir lavée avec de l’eau distillée, la faire bouillir pendant une heure avec du bicarbonate de potasse pur dissous dans l’eau; on obtiendrait du carbonate de plomb insoluble que l’on décomposerait par l'acide acétique de manière à former de l’acétate de plomb soluble et facile à reconnaitre ; que si l’on n’apercevait pas de poudre blanche au fond des matières dont je parle, on devrait, après avoir carbonisé toutes les parties solides, traiter le charbon par du bicarbonate de potasse bouillant pendant une heure environ ; on décanterait la liqueur et l’on traiterait le charbon par l'acide blue affaibli,
pour décomposer le carbonate de plomb qu’il pourrait contenir et be tenir de l'azotate de plomb.
Acétate de plomb dans un cas d'exhumation juridique. — Exri- RIENCES. — Le 29 mars 1826, on a dissous 12 gr. d’acétate de plomb dans deux litres d’eau distillée , et on les a introduits dans un grand bocal où Pon ayait préalablement mis de Ja chair musculaire, un morceau de foie, et quelques portions d’un canal intestinal; le vase a été exposé à l’air, Le 9 avril suivant,, 1 n’y avait plus d’acétate de plomb en dissolution, car la liqueur filtrée ne se colorait pas par l'acide sulfhydrique; mais, en desséchant le précipité gris noïrâtre qui s'était formé, ainsi que la matière animale qu’il contenait, et en le calcinant assez fortement, on en retirait du plomb métallique.
Le 18 juillet 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, 30 centigr. d’acétate de plomb dissous dans un litre et demi d’eau distillée, et mêlé avec environ le tiers d’un canal intestinal. Quatre jours après, il n'existait plus un atome de sel en dissolution, et les matières solidés fournissaient une quantité sensible de plomb.
Il est done évident que ce ne serait pas dans la liqueur que l’on trouverail l’acétate de plomb , qui, après avoir été dissous, aurait été en contact avec les tissus du canal digestif, car il suffit de fort peu de temps pour que celte liqueur n’en conserve plus de traces.
Carhonate de plomb (céruse)
Le carbonate de plomb est pulvérulent ou en masses dures tr ês-pesantes, blanc, insipide el inodore. Ghauffé dans un creuset avec du charbon,
ANR
à Li "AGET. En 5 4
il se décompose et donne du plomb métallique. L’acide azotique faible le décompose; il se dégage du gaz acide carbonique avec effervescence,” el la dissolution renferme de l’azotate de protoxyde de plomb, facile à ré: connaitre à l’aide des réactifs dont j'ai fait mention à la page 869. Si le carbonate de plomb est mêlé à de la chaux pure ou carbonatée, la liqueur contient aussi de l’azotate de chaux ; on peut aisément reconnaître ce mélange en versant dans la dissolution azotique une assez grande quantité d'acide sulfhydrique pour précipiter tout le plomb à l’état de sulfure noir : alors le liquide qui surnage, composé d’azotate de chaux et d’acide azotique, donne, par l'addition du carbonate de potasse, un précipité blanc de carbonate de chaux, que l’on peut laver et calciner pour en avoir la. chaux pure.
Les boulangers se sont servis quelquefois de la céruse pour rendre le: pain plus lourd et plus blanc. On déterminera la présence de ce carbonate dans la farine , en agitant celle-ci dans l’eau froide, et en ramassant le précipité qui se rassemblera de suite au fond du vase, el dans lequel se trouvera tout Le carbonate de plomb avec un peu de farine ; la majeure partie de celle-ci sera restée en suspension dans la liqueur, et pourra êlre séparée par décantation. Le précipité, s’il est lavé deux ou trois fois à l’eau froide, ne renfermera presque plus de farine, surtout si on l’agite et qu'on décante promptement le liquide {enant en suspension les particules farineuses. Il ne s'agira plus alors que de reconnaitre: le carbonate de plomb par les moyens qui viennent d’être indiqués.
S'il fallait constater la présence du carbonate de plomb dans le pain, on carboniserait celui-ci par l'acide azotique (voy. p. 871), et on traiterait Le charbon par ce même acide à une douce chaleur, afin d'obtenir un azotate soluble et facile à caractériser, On tenterait les mêmes opérations sur le pain préparé avec du levain qui aurait séjourné pendant
longtemps dans des ustensiles de plomb.
EXPÉRIENCE. — On a fait avaler à un chien de moyenne taille 6 grammes de carbonate de plomb : ila vomi quatre fois dans l’espace de dix à douze mi- . nules. Le lendemain il a mangé comme à l'ordinaire et il était rétabli. |
Osservarion. — Un jeune homme âgé de vingt ans avala 20 gr. environ de blanc de Kremnitz (carbonate de plomb). Quelques heures après, il éprouva une sensation de brülure à l'épigastre et des vomissements violents qui persistèrent plusieurs heures. M. Schubert de Drambourg, appelé vingt-quatre heures après l’empoisonnement, trouva cet homme en proie à de violentes douleurs abdominales; la face était vultueuse, les yeux brillants faisaient saillie hors des orbites , la langue était sèche et rouge, la soif inextinguible. Le ventre ballonné était très-douloureusement affecté par une pression superficielle ; tandis qu’une pression forte soulageait singulièrement le malade, qui appuyait saus cesse son ventre sur une table.