‹ Traité de toxicologieChapitre 35 sur 103 · DU CHLORE · texte numérisé non relu

DU CHLORE

une toux plus ou moins vive, et quelquefois, comme l’a remarqué Foureroy, une phlegmasie de la membrane muqueuse des bronches. » (Recherches de physiologie et de chimie, p. 144, ann. 1811.)

Le D' Williams Wallace, dans un mémoire sur le traitement des maladies du foie par le chlore, a étudié l’action de ce gaz sur l’homme, et . a obtenu les résultats suivants (voy. Arch. gén. de méd., 1. V, p. 118, ann. 1824 ): |

La peau exposée, dans un appareil convenable, à l’action du chlore suffisamment mêlé à de l'air et à de la vapeur d’eau, sous une température de 110° F. (43° c.), éprouve, au bout de dix à douze minutes, dans diverses parties de son étendue , des sensations analogues à celles que produiraient des piqûres ou des morsures de très-petits insectes ; ces sensations vont en augmentant de nombre, mais non de force, et enfin elles font naïtre le désir de frapper avec la paume de la main les parties ainsi tourmentées ; celte sensation de démangeaison n’est plus incommode quand on est sorti du bain, mais elle est généralement suivie d’un sentiment de prurit ou d’ardeur qui cesse cependant avant que le malade soit habillé. L'auteur assure que la peau conserve d'autant plus longtemps cette sensation qu’on a été soumis à un plus grand nombre de fumigations. Un autre effet immédiat du chlore ést la sueur, qui commence généralement en même temps que le prurit, et qui quelquefois est très-copieuse ; il croit que cette transpiration est plus abondante que celle qui serait provoquée par le même degré de chaleur, seule ou unie à la vapeur d’eau ; il suait lui-même plus abondamment que de coutume la nuit qui suivait le bain de chlore; c’est à celle propriété qu’il attribue la plus grande partie des effets avantageux du remède. Enfin l'effet le plus évident de ce bain est une éruption de: lrès-pelites pustules sur toutes les parties du corps, mais plus particulièrement au dos, aux lombes , à la poitrine, sur Pabdomen et sur les bras ; l’apparition de cette éruption est toujours d'un bon augure ; rarement l’auteur a vu ces pustules suppurer. Pendant l’application locale du chlore gazeux, la peau prend une couleur rouge , et si l’applicalion continue, il en résulte une forte douleur qui, ainsi que la rougeur, Va toujours en augmentant; la peau se soulève et se gonfle, et prend un aspect analogue à celui des téguments de la face atteinte d’érysipèle, puis elle devient le siége d’un malaise , tel qu’il existerait si les parties avaient été contuses. Ces sensations durent quelques jours, comme si la peau était profondément affectée. Enfin survient le prurit, précurseur de la desquamation de l’épiderme. 1] résulte de tout cela que les effets immédiats de l'application du chlore gazeux sont une exallaion de la sensibilité de Ja peau, accompagnée de sensations particulières, de sécrétions augmentées, de congestions sanguines uans les

capillaires , finalement d’une augmentation de température, ce qui autorise à conclure que les fonctions et les propriétés vilales de la peau sont excitées d’une manière {r ès-aclive , excitalion qui persiste Lo à temps après l’opér ation. *

Le D' Wallace croit que le chlore exerce sur les siernibiais muqueuses une action analogue à celle qu’il produit sur la peau: La personne soumise à l'influence de ce remède montre une altération dansMla quantité et la qualité des sécrétions opérées par ces membranes, mais plus particulièrement dans celles des organes biliaires, salivaires , urinaires et génitaux, elc.

L'auteur ne sait s’il doit attribuer seulement à la biie ou au chlore l'augmentation d'activité qui se manifeste dans la circulation et dans la respiration ; il ignore également quelle est Paction Er de ce 2 sur le cerveau et sur le système nerveux.

Le D' Christison rapporte qu’un fabricant de subltieé chimiques de Belfort lui a dit que les ouvriers exposés à l’ aclion du chlore gazeux sont obligés de prendre du carbonate de chaux pour neutraliser les produits acides qui se développent dans leurs estomacs, qu'ils ne deviennent jamais gras , quoique la durée de leur vie ne soit pas abrégée ( Treatist on poisons, p. 697, 2° édit.). D'un autre côté, nous avons vu souvent ;% l’époque où l’on employait fréquemment des fumigations de chlore conti la phthisie, un accroissement notable dans les forces digestives, la con: stipation, la décoloration des matières fécales, etc.

Expérience IL. — À neuf heures du matin on introduit dans l'estomac dur petit chien robuste 50 grammes de dissolution de chlore moyennement co centrée, et on a lié l’œsophage. Dix minutes après, l'animal a commencé à faire des efforts violents pour vomir. À midi, il était très-abattu, et st plaignait considérablement. Il est mort dans la nuit. La membrane mu: queuse de l’estomac était d’un rouge noir dans toute son étendue; les at tres organes paraissaient sains.

Expérience IV. — On à répété la même expérience avec 64 grammes d la dissolution précédente que l’on a préalablement. affaiblie avec 120 gran mes d’eau. L’animal est mort dans l'abattement quatre jours après l'ingestion de la HE vénéneuse. La FH muqueuse de l su

Ges faits prouvent que le chlore liquide agit d'une manière analogu à celle des acides minéraux dont je parlerai bientôt.

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Traitement de lempoisonnement par le chlore.

Si les accidents ont été produits par du chlore gazeux , on s’attachera surtout à combattre, par des lotions émollientes, des gargarismes adoucissants , la saïgnée, les sangsues, etc., l’angine pharyngienne ou trachéale , la bronchite, la pneumonie, qui se seraient manifestées, et on évitera soigneusement l'emploi de Pammoniaque proposé par Kartner, à cause de son action irritante, et surtout parce que ce médicament est sans efficacité contre un poison gazeux qui ne reste que fort peu de temps dans les voies respiratoires. Si le chlore a été avalé à l’état liquide, on pourra administrer avec succès de l’eau albumineuse tiède , qui jouit de la propriété de former avec le chlore un composé blanc grumeleux, insoluble dans l’eau, et de provoquer les vomissements. On traitera ensuite la phlegmasie gastrique par les moyens qui vont être indiqués en parlant des acides,

Chlore gazeux. Il est jaune verdâtre, d’une saveur désagréable , d'une odeur sui generis , irritante, suffocante , qu’il n’est guère possible de sentir sans tousser et éternuer ; il décolore le tournesol, le sulfate d’indigo et presque toutes les couleurs végétales ; son poids spécifique est de 2,4260. Le phosphore, l’arsenic , l’antimoine, etc., projetés dans des flacons pleins de chlore gazeux, brûlent avec flamme. L'eau à 8° dissout 3,04 de son volume de ce gaz, et il en résulte du chlore liquide. |

Chloré liquide concentré. Il a la couleur, la saveur et l’odeur du précédent, el il exerce la même action sur le tournesol , l’indigo et les autres couleurs végétales. La lumière le décolore et le décompose ; il laisse dégager du chlore gazeux lorsqu'on le chauffe ; il fait naître dans l'azotate d'argent un précipité blanc de chlorure d'argent, caillebotté , insoluble dans l’eau et dans Pacide azotique froid ou bouillant, soluble dans l'ammoniaque. Une lame d’argent plongée dans ce liquide noircit sur-le-champ, parce qu’elle se recouvre d’une couche de chlorure d’argent que la lumière colore instantanément : en faisant bouillir la partie noïircie dans de l’ammoniaque liquide, celle-ci dissout le chlorure en (otalité ou en grande partie, en sorte que l'argent reprend sa couleur blanche brillante, et si l’on verse de l'acide azotique concentré dans la dissolution ammoniacale, on obtient un précipité de chlorure d'argent blanc, caillebotté, etc.

Chlore hate étendu. La couleur. l’odeur et la teur, sont les

mêmes, quoique moins prononcées ; il décolore aussi avec moins de force les couleurs végétales, mais il précipite l’azotate d'argent comme le précédent, et, à moins d’être très-affaibli, il noircit également l’argent pur au bout d’un certain temps.

Chlore mélé à des liquides végétaux et animaux, à la matière des vomissements, elc. On ne peut guère supposer que du chlore soit administré dans du vin , parce qu’il le décolore ; mais on peut admettre qu'il ait été donné à des individus dans l’estomac desquels il existait déjà du vin, du café et d’autres aliments. En général, lorsque ceux-ci sont de nature végétale, pour peu que la quantité de chlore qui reste soit appréciable, on la découvrira facilement à l’aide des caractères indiqués ; si, au contraire, le chlore se trouve mêlé à des liquides orga niques animaux, il se combine promplement avec eux, les décome pose en se transformant en acide chlorhydrique, et à moins qu’il n’existe en très-grande quanlité, il n’est pas aisé de le déceler. J'ai souvent distillé à feu nu, avec ou sans acide sulfurique, des mélanges de 100 grammes environ de lait et de café et de 3 ou 4 grammes de chlore liquide, et je n'ai jamais pu bleuir un papier imprégné d’iodure de potassium el d'amidon que j'avais placé dans le récipient; je réussis* sais, au contraire, lorsque la quantité de chore employé était quatre ou cinq fois aussi considérable ; dans ce dernier cas aussi, la lame d’argent plongée dans la liqueur chlorée noircissail, tandis qu’elle ne subissait aucun changement quand la proportion de chlore était très-faible. On voit donc que toutes les fois qu’il sera possible de découvrir ce corps dans une liqueur organique , il faudra s’en rapporter aux trois caractères suivants : 1° odeur chlorée ; 2° action sur la lame d'argent ; 3° coloration en bleu du papier imprégné d’amidon et d’iodure de polassium, par la vapeur qui s’exhale en chauffant le liquide suspect lan- LôL seul, tantôt additionné de quelques gouttes d’acide sulfurique.

Des Acides en général.

Parmi les acides, il en est un grand nombre dent la puissance {oxique a lé parfaitement constatée ; beaucoup d’autres n’ont pas été étudiés sous ce point de vue, et l’on peut croire d’avance que plusieurs d’entre eux ne Sont pas vénéneux, ou ne le sont qu’à un faible degré. Les prés miers sont les acides cyanhydrique, sulfhydrique, carbonique gazeux, arsénieux et arsénique , oxalique , acélique , azotique et hypo-azotique, chlorhydrique, citrique , phosphorique, fluorhydrique, sulfurique, sulfureux, tartrique, et l’eau régale. Les trois premiers ne sont pas

caustiques , et agissent d’une manière spéciale; les acides arsénienx , arsénique et oxalique, offrent dans leur mode d’action quelques particularités qui ne permettent pas de les confondre avec ceux que nous allons comprendre dans ces généralités, et qui sont les onze autres.

Action générale de ces onze acides sur Péconomie animale.

SymprTômEs. — Acides concentrés ou moyennement étendus introduits dans l'estomac. À peine ces acides ont-ils été avalés, que l’on observe plusieurs des symptômes suivants : chaleur brûlante à la bouche, dans l'æœsophage et l'estomac ; douleurs vives ; dégagement de gaz, rapports abondants, nausées et hoquet ; douleurs croissantes à la gorge et dans la région épigastrique ; bientôt vomissements répétés el excessifs de matières liquides et solides, parfois sanguinolentes, rougissant le tournesol , et qui produisent une sorte d’effervescence ou de bouillonnement sur le sol ; saveur et quelquefois odeur particulières des matières vomies, très-sensibles pour le malade et pour lobservateur ; persistance de cette saveur et de cette odeur dans les intervalles des vomissements , et même lorsqu'ils ont cessé où qu’ils n’ont pas eu lieu par une cause quelconque ; tuméfaction du ventre, tension assez grande el sensibilité exquise au moindre contact ; sentiment de froid à l’extérieur du corps, horripilations de temps à autre, membres quelquefois glacés, el plus particulièrement les membres abdominaux ; pouls petit, enfoncé, quelquefois précipité, et dans certains cas, tremblotant ; anxiélés horribles, agitation continuelle, contorsions en tous sens, mouvements convulsifs des lèvres, de la face, des membres , angoisses inexprimables ; poids des couvertures insupportable, insomnies prolongées ; région épigastrique gonflée et dure au toucher, soif extrême , sentiment douloureux toutes les fois que le malade prend la plus petite quantité de boisson , douleur souvent déchirante, sentiment de corrosion, quelquefois simples tranchées ; dans certains cas,douleurs sourdes et très-légères, peu ou presque point d’agitation ; calme trompeur par l'effet de la contrainte morale, ou le haut degré de la désorganisation intérieure, et apparence illusoire d'amélioration.

Déglutition difficile, ténesme, constipation opiniâtre, envie d’uriner sans pouvoir y satisfaire ; physionomie singulièrement altérée lorsque les douleurs sont excessives , portant l'empreinte et de la souffrance la plus vive et de l'affection morale la plus profonde ; les facultés intellectuelles conservent le plus souvent leur intégrité; pâleur, faiblesse, haleine extrêmement fétide ; dans quelques cas, visage plombé, sueurs froides , gluantes , onclueuses et grasses , ramassées en grosses goutles ; souvent espèce d’embarras , d’oblitération à la gorge; il n’est pas rare

de voir l’intérieur de la bouche et des lèvres brûlé, épaissi et-rempli de plaques blanches ou noires, qui, en se détachant, irritent le.malade et provoquent une toux fatigante ; alors la voix est altérée ; impatience de placer les bras hors du lit, quelquefois de se lever. Il y a parfois une éruption douloureuse à la peau.

Au bout de trois ou quatre jours , détachement partiel ou exfoliation totale de la membrane muqueuse ; lambeaux flottants dans l’intérieur du pharynx, gênant la respiration et la déglutition, altérant le son de la voix. Le pouls devient faible , abattu , irrégulier, inégal , parfois inter* mittent , le plus souvent misérable, constamment précipité. ”

Les douleurs dans le ventre sont un signe que le poison est descendü: dans les intestins, ou s’est épanché dans la cavité abdominale par des crevasses faites à quelques portions du canal alimentaire. Lorsqu'on avale peu d'acide, la douleur est en général très-vive; et quand.on en prend beaucoup, elle est moins intense : dans le premier cas , le.caus= tique parait agir en largeur; il ne cautérise que l’épaisseur de la mem-= brane muqueuse ; les réseaux nerveux ne sont altérés qu’en partiesils sont violemment irrités : dans le second cas, au contraire, {out est frappé de mort; les nerfs sont détruits et désorganisés. Il suit de ces considérations que l’absence des douleurs est d’un mauvais présage ; ce calme lrompeur succède à la cautérisation et précède le développement de la phlegmasie des organes cautérisés. |

Les vomissements sont très-répétés lorsque les douleurs sont vives ; car alors l'estomac, irrité , cherche à se débarrasser des matières qu'il contient, et entre dans un mouvement spasmodique continuel. Si ce viscère est percé de trous, que le malade ne $e plaigne d’aucune douleur, il n’y a point de vomissement ; les liquides et les solides passent à travers l'estomac percé et privé de ses propriétés vitales , Et S’'épanchent dans le ventre.

Le sentiment de froid est un phénomène commun à beaucoup d’empoisonnements , mais {rès-marqué dans l'espèce dont il s’agit ici. Il per= siste fort longtemps, et accompagne pour l'ordinaire chacune des ter minaisons. ,

Celle maladie peut se terminer : 1° par une mort prompte, qui a lieu au bout de quelques heures, on qui n’arrive que quelque temps après l'empoisonnement : dans ce dernier cas , le malade dépérit insensiblement; il vomit à diverses reprises des lambeaux membraneux scariliés , qui ont quelquefois la forme de l'estomac et de l’œsophage entier : ces lambeaux exhalent une odeur fétide insupportable ; les digestions sont éminemment pénibles, et la constipation se pro‘onge pendant des mois entiers ; 2° par une phleymasie chronique : les malades éprouvent de temps en temps des douleurs et des chaleurs insupportables ; c'est

en parlant de ces individus que Zacchias a dit: Venena nisi occidant , relinquunt semper aliquam noæam, et morbos diuturnos ; 3° par la guérison complète. |

Les acides concentrés peuvent même déterminer la mort sans parvenir à l'estomac: certains malades ont succombé asphyxiés par suite de cautérisations de la bouche et du pharynx, qui avaient amené des angines avec une énorme tuméfaction des amygdales.

Si les acides sont moins concentrés, les symptômes pourront être moins intenses et ne pas se manifester tous, ni à beaucoup près. On conçoit qu’il doit y avoir à cel égard de très-grandes différences, et que l'on aurait tort de vouloir conelure que l'empoisonnement n’a pas eu lieu par un acide, parce que lon n'aurait pas observé tel ou tel autre symptôme. Il est évident aussi que, si le caustique a été introduit dans le rectum, au lieu d’avoir été pris par la bouche, quelques-uns des symptômes indiqués auront éprouvé des modifications, el que d’autres pourront même manquer.

Acides concentrés appliqués à l'extérieur. Il suffit de savoir que ces

acides agissent en brûlant pour se faire une idée des symptômes qu’ils déterminent : tantôt ce sera une brülure superficielle très-étendue, qui pourra faire périr les malades en peu de jours ; tantôt il y aura caulérisation profonde, gangrène , etc. , et la mort n’arrivera que longtemps après l’empoisonnement (voy. les traités de chirurgie). : Acides concentrés injectés dans les veines. Il suffit d’injecter quelques gouttes d’un acide concentré dans les veines pour déterminer une grande agitation dans les membres, qui deviennent roides; les animaux poussent des cris plaintifs, et meurent presque immédiatement après l'injection.

Léstons pes missus. — Lorsque des acides plus ou moins concentrés sont introduits dans le canal digestif, ils enflamment toutes les parties qu'ils touchent. L'inflammation est en général légère là où le poison n’a fait que glisser; elle est plus intense dans les endroits où l'acide à séjourné pendant quelque temps; ainsi les diverses portions de la bouche, du pharynx et de l’æsophage, sont ordinairement le siége d’une rougeur plus ou moins marquée; on voit des taches blanches, jaunâtres ou brunâtres aux lèvres, au pourtour de la bouche; on remarque aussi quelquefois des croûtes noirâtres, épaisses, au-dessous desquelles se forme un ulcère; la langue; le pharynx, la luette, les piliers du voile du palais et les amygdales, d’un blanc grisâtre par places, peuvent être le siége d’eschares plus ou moins étendues. L’estomac el le canal intestinal présentent le plus souvent des traces d’un violent désordre : tantôt la membrane muqueuse est d’un rouge vif, d’un rouge cerise ou d'un

rouge brun, et les tuniques musculeuse et séreuse participent à Vinflammation, quoiqu’à un degré moindre; lantôt il y a en outre des ecchymoses formées par du sang extravasé dans les aréoles du tissu lamineux sous-culané. Assez souvent on {rouve de véritables eschares , des ulcères qui peuvent intéresser toutes les membranes; alors il y a des adhérences, une ou plusieurs perforations, et par suite des épanche: ments de liquides acides dans la cavité du périloine; les bords des où= vertures sont noirâtres ou jaunâtres. Dans certains cas, les {uniques muqueuse el musculeuse seules sont atteintes dans quelques parties et alors la membrane péritonéale qui a échappé à l’action de l'acide est diaphane. La tunique interne des intestins gréles est assez souvent (a pissée de la matière jaune de la bile, mise à nu par l'acide ingéré. Dans certaines circonstances, les tissus sont épaissis; dans d’autres, ils sont ramollis et comme dissous , en sorte qu’ils se détachent avec là plus grande facilité. Il est des cas où l’on trouve l’estomac et le rectum très-enflammés, tandis que la masse des intestins grêles est presque dans l'état naturel ; cette particularité, qui à également lieu pour un très-grand nombre de substances vénéneuses , paraît dépendre de là rapidité avec laquelle une partie du poison traverse les intestins grêles, el du long séjour qu'elle fait dans l'estomac et dans le rectum.

Si, au lieu d'introduire l’acide concentré dans le canal digestif, on l'applique à l'extérieur, il détermine les mêmes lésions de tissu que la brûlure,

Quand l'acide concentré a été injecté dans les veines , On trouve le sang Coagulé dans les cavités du cœur, dans les gros vaisseaux, dans les poumons, etc.

Conclusions. 1° Les acides concentrés énergiques, introduits dans l'estomac, déterminent une mort prompte, en détruisant les tissus, par suite de leur action chimique, en irritant les nerfs qui entrent dans leur composition, et en donnant lieu à un épanchement dans la cavité du péritoine , qui ne tarde pas à développer une péritonite intense ; le ventre est ballonné, des gaz distendent prodigieusement l'estomac et les intestins, et la mort arrive au milieu des souffrances les plus vives.

2° Une portion de ces acides est toutefois absorbée ; les expériences que j'ai plusieurs fois tentées à cet égard établissent que les acides chlorhydrique et sulfurique, administrés à l’état de grande concentration, peuvent être retrouvés dans l'urine. J’ai même constaté une fois la présence de l’acide sulfurique libre dans le foie d’un chien que j'avais {ué avec ce poison (voyez Journal de chimie médicale , mai 1842). L’absorplion de ces acides introduits dans l'estomac des chiens, à jeun, sur lesquels j'expérimentais, ne peut guère s'expliquer qu'en admettant

qu'aussitôt après leur contact avec l'estomac, ils provoquent une abondante sécrétion de fluides qui les affaiblissent, et qu'ils sont saturés , en grande partie du moins, par la soude libre de la bile.

3° Si les acides sont étendus d'une certaine quantité d’eau, ils peuvent encore agir à la manière des irritants énergiques , et donner lieu à üne gastro-entérite des plus intenses. Ici l’absorption ne saurait être contesiée : ainsi on a vu l'urine de quelques individus, qui avaient élé empoisonnés par le bleu de composition, offrir une couleur bleue; l'on a encore décélé dans ce liquide les acides tartrique, citrique et oxalique que l'on avait fait prendre à l'état solide avec des substances alimentaires. Dans ces différents cas , les acides dont je parle avaient été dilués ou étendus par les liquides aqueux qui avaient été ingérés comme médicaments, ou par ceux qui se trouvaient déjà dans le canal digestif, ou bien encore par ceux dont ils avaient provoqué la sécrétion.

4 Les acides beaucoup plus étendus, tels que les acides azotique, sulfurique, chlorhydrique , acétique et oxalique concentrés, mélés à six ou sept fois leur poids d’eau, sont encore assez irrilants pour développer une vive inflammation des tissus du canal digestif, et souvent même pour produire des perforations. Leur absorption est mise hors de doute par mes expériences, et l’on peut facilement en démontrer la présence dans Purine.

5° Appliqués à l'extérieur, les acides concentrés brülent les tissus et occasionnent la mort tantôt par Pinflammation d’une grande étendue de la peau et par la réaction du système nerveux qui en est la suite, tantôt par l’abondante suppuration qu’ils déterminent dans les parties circonscrites qu’ils ont profondément attaquées.

6° Injectés dans les veines , les acides concentrés, et même ceux qui sont passablement étendus d’eau , détruisent la vie en coagulant le sang

eb'en exerçant sur lui une véritable action chimique , d'autant plus pro-

noncée que la quantité injectée est plus considérable. ‘Traitement de l’empoisonnement par les acides.

Les acides pouvant tous être saturés par la magnésie, et donner naissance à des sels qui n’exercent aucune action nuisible sur l’économie animale , ou qui sont tout au plus légèrement purgatifs , il est évident que cet oxyde métallique pourra être employé avec avantage pour empêcher les effets ultérieurs de la portion d'acide libre qui n’aurail pas

“encore agi : aussi prescrirai-je dans le traitement qui m'occupe : 1° de gorger le malade d’eau albumineuse tiède pour exciter des vomissements et diminuer l’action toxique de ceux des acides avec lesquels l'albumine donne des composés insolubles, tels que les acides sulfurique,

122 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | | azotique, chlorhydrique, etc.; 2 de recourir, aussitôt que l’on aura pu s’en procurer, à la magnésie, comme contre-poison; 3° de combattre la gastro-entérite produite par l'acide qui a déjà exercé son action funeste. Aÿ Contre-poisons. — Les nombreuses expériences que j’ai tentées sur les chiens, et plusieurs observations recueillies chez l'homme, démontrent, 1° qu’en administrant de la magnésie délayée dans l’eau , ou un carbo: nate en dissolution affaiblie, aux individus qui viennent d'avaler un. es acides dont je parle, on diminue les douleurs, et l'on peut même arréler les accidents. Si le médicament n’est pris qu'au bout d’un certain temps, lorsque déjà l'acide a déterminé des effets funestes, son action est souvent insuffisante ; cependant il est encore utile d’y avoir recours, afin de neutraliser la portion du poison qui n’a pas agi , d'als léger les souffrances , et même de prolonger la vie. d Le D° Ebers, de Breslau , a proposé de remplacer la magnésie par le carbonate de potasse , parce que, dit-il, l’action neutralisante dé Ja magnésie est trop lente, qu’elle est d’une administration difficile, lors= que les efforts de déglutition sont très-douloureux pour le malade , en raison de la grande quantité de véhicule qu’elle exige, qu’elle n’ars rêle pas dans quelques cas les progrès de la désorganisation, et qu’elle n'empêche pas le développement d’altérations consécutives graves ; il ajoute que l’action du carbonate de potasse est plus durable, plus énergique , et surtout plus générale que celle de la magnésie ; qu’elle n’est jamais assez violente pour déterminer un nouvel empoisonnement, ni même une inflammation des Lissus avec lesquels elle se trouve en con* tact. (Rust’s Magazine, t..L, 3° cah. ; 1837.) Tout en accordant que le carbonate de potasse dissous dans l’eau sature plus promptement les acides que la magnésie, parce que dans un temps donné il les touche par un plus grand nombre de points , je ne saurais partager la sécurité du D' Ebers quant à son innocuité ; les faits sont en opposition avec celte opinion, ainsi que je le démontrerai en parlant du carbonate de polasse; je ne reprocherai pas non plus à la magnésie de ne pouvoir être donnée que dans une grande quantité d’eau et de rendre la dé- Slutition difficile, car rien n’est facile comme de faire avaler à la fois Î{ ou 2 grammes de cet oxyde dans une cuillerée d’eau. On pourra néan= moins recourir avec avantage à une dissolution aqueuse :affaiblie de carbonate de potasse, parce que, même dans cet état de dilution, elle agira efficacement sur l'acide sans exercer une action délétère. | La dissolution aqueuse de Savon, sur laquelle Majault jeta beaucoup de défaveur, est utile et peut être administrée par tout le monde, sans le secours du pharmacien et presque immédiatement après l’accident ; son emploi n’est d’ailleurs accompagné d'aucun danger ; la rapidité avec

aquelle elle est décomposée par les acides est telle , qu’elle ne peut enjammer les tissus de l'estomac, comme l'avait craint Majault. Le savon nédicinal devra étre préféré au savon ordinaire, parce qu'il est plus oluble dans l'eau, plus pur, et qu'il a une saveur moins désagréable.

Dès qu'un individu aura avalé un de ces acides, il faudra, en attenlant que lon se procure de la magnésie, du carbonate de potasse ou du avon, le gorger, comme je l’ai déjà dit, d’eau albumineuse tiède , où l'eau tiède et méme d’eau froide, afin de diminuer l’action irritante du oison et de déterminer lé vomissement ; puis on aura recours à l’un ow : l'autre des médicaments précités. On administrera la magnésie à la lose de 4 à 6 grammes , suspendue dans de l’eau tiède, et l'on réitérera ‘elte dose à mesure que le malade vomira. Le carbonate basique de mamnésie et la craie délayée dans l’eau jouissent aussi de la propriété le se combiner avec l'acide ingéré qui se trouve encore libre dans le “anal digestif , et peuvent être substitués à la magnésie à défaut de cette substance; cependant ils offrent l'inconvénient de dégager une grande quantité de gaz acide carbonique qui distend l'estomac outre mesure. Le carbonate de potasse sera donné à la dose de { à 2 grammes, dissous dans un litre d’eau ; cette dose sera renouvelée au fur et à mesure que es vomisseménts auront lieu. La potasse et la soude non carbonatées, prônées par plusieurs médecins, doivent être rejetées à raison de leurs propriétés caustiques, à moins qu’elles ne soient préalablement dissoutes dans une grandé quantité d’eau. On fera prendre Le savon médicinal à à dose de 2 à 3 grammes, dissous ou simplement délayé dans un verre d’eau. .

Indépendamment de l'emploi de l'un ou de l’autre de ces antidotes , on aura recours à des boissons douces el mucilagineuses, telles que les "aux légères de lin, de guimauve, de gomme arabique, etc. Ges liquides auront lé double avantage de favoriser le vomissement et de diminuer ’irritation gastro-intestinale, |

Les huiles grasses, que l’on a quelquefois employées avec avantage out faire vomirles malades, ne doivent point être préférées aux médicaments que je conseille.

Si déjà plusieurs heures s'étaient écoulées depuis le moment de l’empoisonnement, et que par suite de vomissements abondants et réitérés ou d'évacuations alvines considérables, il y aurait lieu de penser que l'acide libre a pu étre expulsé en totalité, 4 faudrait renoncer à l’usage des contre-poisons, et administrer les boissons adoucissantes dont j'ai parlé.

Moyens propres à combattre la gastro-entérite développée par les : icides. Si les symptômes n’annoncent point encore la scarification dés organes digestifs, quel que soit le degré de l'inflammation du bas-

ventre , de la bouche ou de l’arrière-bouche , on doit employer leswaignées générales et locales. M. Devergie, s'appuyant sur l'expérience qu'il a acquise dans les hôpitaux, pense qu’il faut rarement employer la saignée générale : il en est des gastrites aiguës déterminées par ces acides, dit-il, comme des péritonites. Je combattrai cette opinion , parce que je compte davantage sur l'expérience de plusieurs observateurs éclairés pendant plusieurs siècles, que sur celle de M. Devergie. 1l n’est pas ün praticien qui ne sache que dans les gastriles et les péritonites aiguës,

souvent on augmente la douleur par l’application des sangsues nôn précédée d’une saignée générale , tandis qu’on soulage notablement des malades en pratiquant celle-ci avant d'appliquer les sangsues. Je me garderai aussi d'adopter un autre procédé donné par cet auteur, et au: quel il attache une si grande importance, que, suivant lui, la vie du malade peut quelquefois dépendre de son inobservation : il faut réserver les évacuations sanguines, pour l’époque de la réaction, dit-il et s'abstenir des saignées générales avant le développement de la période inflammatoire , à moins que l’on n’ait à traiter des individus extrême ment robustes. ( Médecine légale, t. III, 2° édition, p. 195.) 11 est évident que dans ces cas la phlegmasie suit immédiatement le contact de l'acide concentré avec l’estomac, et qu’il faut l’attaquer dès le débute à mesure qu’elle tend à s’accroître; tout autre nas est funeste au malade.

Les sangsues seront appliquées tour à tour sur les points de l’abdomen les plus douloureux, et non pas de préférence sur l’épigastre, commele conseille mon confrère : sur l’épigastre quand la douleur est dans cette région , comme cela a lieu souvent ; ailleurs, c’est-à-dire vers l’ombilic, aux régions iliaques ou sur d’autres points, à mesure que la douleur se manifeste dans ces parties. Les ravagés déterminés par les acides dans la bouche doivent étre considérés comme une maladie locale, et traités par les mêmes moyens. Si la déglutition était impossible par suite de la tuméfaction de l’arrière-bouche, il ne faudrait pas introduire une sonde, de crainte d’irriter encore les parties et même de produire des perforations ; mieux vaudrait-il alors administrer les lavemenis aqueux el émollients.

À ces moyens antiphlogistiques puissants, il faut en ajouter d’autres. Je n'ettrai en première ligne la diète absolue , puis les boissons mucilagineuses , les lavements émollients , les bains ou les demi-bains tièdes, et les fomentations émollientes : il faut à tout prix éteindre l’inflammation en introduisant dans le torrent de la circulation la plus grande quantité d’eau possible, Plus tard, on pourra quelquefois recourir avec « van{age aux narCotiques doux.

Quard la fièvre sera tombée, on commencera à | administrer des li-

quides alimentaires légers, tels que l'eau panée ou lactée : on rendra celle-ci plus forte à mesure que la convalescence fera des progrès ; des bouillons de veau, de poulet, etc., pourront être ordonnés suivant les cas. Si les malades ne supportaient pas même celte douce alimentation, 1 faudrait en faire usage sous forme de lavement. Les praticiens ne devront jamais oublier qu'à la suite de ces empoisonnements, on doit craindre des rechutes, et qu’il vaut mieux laisser pendant longtemps les malades à une alimentation légère, que de les exposer à perdre en un jour les avantages que l’on a eu tant de peine à obtenir. Les premiers aliments solides qu’il faudra prescrire sont les gelées végétales el animales, le poisson et les viandes blanches; on devra éviter avec soin les aliments échauffants et les liquides spiritueux.

Recherches médico-légales.

Il nest guère possible d'indiquer d’une manière générale les recherches auxquelles il faut se livrer pour reconnaitre l’un des acides dont je parle, les caractères propres à les distinguer les uns des autres étant forts différents : aussi renverrai-je à chaque histoire particulière ce que j'ai à dire à cet égard. Je n'imiterai pas surtout M. Devergie, qui, dans un tableau analytique, s'attache à tracer la marche qu’il convient de suivre pour parvenir à caractériser ces acides purs et concentrés ; quand on sait combien il est difficile d'obtenir ces corps à l'état de pureté, même par les chimistes les plus distingués, on voit que les occasions de faire usage d’un pareil tableau ne se présenteront jamais ou que très-rarement; d’un autre côté, il n’est pas sans inconvénient d'engager ainsi les experts à suivre une route qui peut les induire en erreur toutes les fois qu’ils croiront expérimenter sur des acides purs et qui ne le seront pas; à plus forte raison n’abstiendrai-je de toute généralité, lorsqu'il s’agira de rechercher ces mêmes acides mélés aux divers liquides alimentaires, aux malières des vomissements, etc. ; je me bornerai donc à dire que tous ces acides rougissent le papier bleu de tournesol ; que celte action est d'autant plus forte qu'ils sont plus concentrés, et que leur causticilé.est en général en raison directe de l'énergie avec laquelle le papier bleu est rougi.

Action sur l'économie animale.

Une pelile quantité de ce puissant caustique suffit pour donner lieu aux accidents les plus graves, suivis presque toujours de la mort, soit

qu'on l’injecte dans les veines, soit qu’on l'introduise dans l'estomac. soit enfin qu’on l’applique à la surface externe du corps. Comment“ce! acide produit-il la mort? A4

L d -Wt

Exvérience Î'e, — On injecte, dans la veine jugulaire d’un chien robuste et d’une grande taille, 2 grammes d’acide sulfurique mélé, une heure auparavant, avec 1 gramme 60 centigrammes d’eau, À l'instant même, l’ani: mal s’est débattu, ses extrémités sont devenues roides, et il est mort. l'a ouvert immédiatement après. Le cœur était gonflé, très-volumineux el ses parois offraient beaucoup plus de résistance que dans l’état naturel, Les deux ventricules étaient remplis d'une infinité de petits grumeaux noÏr: comme du charbon, formés par du sang coagulé; Poreillètte gauche l'aorte contenaient des caillots gélatineux d’un rouge noirâtre; la veine eañt abdominale, très-dilatée, ferme au toucher, renfermait des grumeaux ant logues à ceux qui distendaient les ventricules. Les poumons étaient couleur de cendre, d’un tissu dense, nullement crépitants, et complétement privés d'air : en les coupant on voyait toute leur surface parsemée de points noirs, qui n'étaient autre chose que du sang coagulé; plusieurs ramifications des vaisseaux qui les parcourent étaient injectées, dures, d’une couleur noire. d’une forme cylindrique , ressemblant, par leur aspect et par leur grosseur, à de petits cylindres de pierre infernale; en les incisant, on voyait qu’elles étaient également remplies de sang coagulé. ds |

ExPÉRIENCE Il. — A midi cinq minutes, on a détaché et percé d’un trot l'œsophage d’un chien pelit, mais très-fort; on a introduit dans son estomac 8 grammes d'acide sulfurique concentré, mêlé, une heure auparavant, ave 4 grammes d’eau, et on a lié l'œsophage. Dix minutes après, l'animal éprouvé des souffrances horribles; il a fait de grands efforts pour vomir, À une heure il poussait continuellement des cris plaintifs, il faisait de nouveaux et infructueux efforts de yomissement; &a respiration ne paraissait pas gênée. Une demi-heure après, il a eu des enyies de vomir, et il étai tellement agité qu'il est parvenu à détacher le fil avec lequel on avait lié son œsophage, et qui était en partie brûlé par l'acide sulfurique : sur-lechamp il a rendu une très-grande quantité de matières noires comme de l'encre, de la consistance d’un liquide épais, semblables , par leur aspect à de l'acide sulfurique qui a séjourné pendant quelque temps sur dei paille ou sur des allumettes. Les souffrances continuaient à être très-vives, et forçaient l'animal à se tenir couché sur le ventre. Il est mort à trois heures trente-cinq minutes. La nécropsie a été faite un quart d’heure après. Le cœur contenait du sang coagulé ; celui du ventricule gauche était rouge, tirant légèrement sur le noir. Les poumons, de couleur naturelle, renfermaient une assez grande quantité d'air: ils étaient crépitants et laissaient entendre un cri lorsqu'on les coupait; les vaisseaux qui les traversent étaient vides ; leur tissu paraissait cependant un peu plus compact que dans l'état naturel. La membrane muqueuse de l'estomac était détruite: elle avait été expu'sée en partie par le vomissement. La tunique musculeuse, d'un rouge cerise, était recouverte dans quelques points d’une espèce’ dé

bouillie noiïrâtre, et offrait plusieurs petites ulcérations. Le pylore était revêtu d’une couche jaune-verdâtre. L'intérieur du duodénum était tapissé d’un'enduit jaune , floconneux, formé par la matière jaune de la bile.

Exrémence DL. — À midi trente-cinq minutes, on a fait avaler à un chien de petite taille 6 grammes de bleu de composition (liqueur formée par Pacide sulfurique concentré et par l’indigo); aussitôt après, l'animal s’est débattu et roulé par terre avec force; il à paru avoir le pharynx brûlé par le caustique; dont il cherchait à calmer les effets en frottant son cou sur une planche de bois sur laquelle il était placé ; il a changé souvent de position : tantôt il était couché sur Le dos, tantôt sur le ventre, et 1} poussait continuellement des cris plaintifs. Au bout de dix minutes, il a vomi une petite quantité de matières filantes , fortement colorées en bleu : ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans l’espace des trente premières minutes qui ont suivi l’ingestion du poison. À trois heures et demie, il a vomi une assez grande quantité de matières filantes, mélées de beaucoup de sang noir en partie caillé ; il continuait à se plaindre : cependant il conservait la faculté de marcher. I} est mort dans Ja nuit. La membrane muqueuse de la bouche, de la langue et de l’œsophage, était d’un vert foncé; le pharynx offrait une couleur rouge cerise; la même chose avait lieu pour la membrane muqueuse de la face inférieure de l’épiglotte et du larynx. La face interne de l'estomac était noire dans toute son étendue, excepté dans quelques points près du cardia, où elle offrait une teinte verdätre ou jaunàtre (1). La membrane musculeuse était parsemée çà et là de taches d’un rouge (rès-vif.

Exrérience IV. — On a administré à plusieurs chiens 4, 8, ou 12 grammes d’acide sulfurique concentré ou étendu du double ou du triple de son poids d’eau. Les animaux sont morts au bout de quelques heures, en présentant des symptômes analogues à ceux qui ont déjà été décrits. À l'ouverture des cadavres , on constatait dans l’abdomen des désordres d’une intensité différente , suivant que l'acide ingéré était affaibli ou concentré ; dans ce dernier cas, l’estomac était perforé , noir, et comme gangrené; les bords de [a perforation étaient arrondis ou frangés, amineis et noirs; la cavité péritonéale était remplie d’un liquide noirâtre, et les intestins offraient une teinte de même couleur. Les organes environnants, qui avaient été touchés par lacide pendant la vie ou après la mort, étaient également noircis, et le sang des vaisseaux Les plus proches était coagulé et noir.

Exeériexce V.— Les animaux auxquels on fait une plaie que l’on cautérise avec une grande quantité d'acide sulfurique, meurent au bout d’un temps variable, comme s'ils avaient été brülés.

Osseryariox L'°.— Joseph Parangue, soldat, avala, sur la fin du mois de Janvier 4798, vers les sept ou huit heures du matin, précipitamment et par

(1) La teinte jaune dépend de la présence d’une portion de la matière jaune de la bile, mise à nu par Pacide sulfurique, et la teinte verte paraît être le résultat de l’uuion de cette matière jaune avec la partie colorante bleue de lindigo.

erreur, pour de l’eau-de-vie, un plein verre d'acide sulfurique {huile de.

| vitriol) ; il avait bu à la régalade et tout d’un trait, ce qui fit qu’il ne s’aperçut de sa méprise qu’en reprenant haleine. On le transporte sur-lechamp à l’hôpital : prévenu de l’accident, j'y arrive en même temps que le malade. Des vomissements excessifs avaient déjà eu lieu, ainsi que des agitations convulsives dans les muscles de la face et des lèvres, premier effet des douleurs très-vives dont se plaignait le malade dans toute l'étendue des parties compromises. Il disait sentir des crampes extrêmement doulou- -reuses dans la poitrine, et une chaleur âcre et brûlante au gosier, le long de l'œæsophage et dans l'estomac. Un froid glacial s’était emparé de tout son: corps; je Jui trouvai le pouls petit, concentré, irrégulier, je dirai plus, presque convulsif, éremulus , parfois très-vite, parfois tardif et suspendu. Sa respiration était gênée, et tout l’épigastre douloureux. Mais ce qui fixa! plus particulièrement mes regards fut l'abattement extrême du malade. 41 est difficile de rendre son état de frayeur: il se croyait absolument sans ressources; il avait les yeux éteints , et n’exécutait que de faibles mou ve ments. Je parle à l'instant d’un antidote sûr, d’un contre-poison qui n'a jamais manqué son effet ; je relève son courage, et je lui présente un breuvage composé d’un demi-verre d’eau simple, dans lequel on avait délayé 6 grammes de carbonate de magnésie. Ses yeux se raniment et sa faiblesse araît moindre ; l'idée d'une guérison réelle et prochaine suspend pour un. moment l'appareil formidable des symptômes moraux, qui seuls auraient pu conduire le malade au tombeau. Un demi-quart d'heure après, il vomit: encore, mais moins et avec moins d'efforts et de fatigues. Je lui donne 2 grammes de carbonate de magnésie, et il n’a plus.que des nausées; ses douleurs intérieures sont moins vives. Je continue le remède, à la dose de 1 gramme 30 centigrammes toutes les demi-heures, et je fais prendre en même temps , et dans les intervalles, des verrées d’une solution de gomme arabique sucrée. Avant midi, les accidents avaient diminué d'intensité, I respiration était plus libre, les anxiétés précordiales avaient presque cessé, la sensation interne et déchirante était très-affaiblie ; le pouls se relève, se développe, et devient régulier ; une douce chaleur se répand dans tout son COrps. 1 J'avais réussi à entraver les effets destructeurs et délétères du fluide: caustique; mais il restait à remédier aux désordres que sont contact immédiat à l'intérieur avait occasionnés. Une forte saignée au bras, pratiquée | à une heure après midi; des fomentations émollientes sur l'estomac et sur: tout le ventre pendant le reste du jour, et un liniment opiacé et camphré pendant la nuit; une tisane de graine de lin avec la gomme arabique ele. sirop de guimauve, bue tiède et abondamment, ete., ont prévenu les accidents consécutifs que devait faire craindre un événement de cette nature: un lavement simple miellé, donné.le soir, a déterminé des évacuations bi lieuses assez abondantes, et 24 grammes de sirop diacode , ajoutés à un! verre de la tisane, ont procuré du calme dans la nuit : le sommeil néan-!

moins à été léger et souvent interrompu par les douleurs que le malade | endurait à l'estomac, et plus particulièrement encore et d’une manière plus

forte au gosier. Le lendemain , à ma visite du matin, j’examinai aftentivement cetle dernière partie: presque toute la bouche était enflammée; le voile du palais, ses piliers antérieurs et même les postérieurs, les amygdales et la luette, étaient chargés d’eschares blanches, légères en apparence sur les côtés, noires, croûteuses et plus profondes sur l’appendice mollis palati; Varrière-bouche en entier me parut fortement brûlée. Heureusement que la déglutition n’était point empêchée; elle n’était même ni pénible ni laborieuse, en raison des accidents concomitants, La tisane léniuüveet gommeuse, un looch blanc pris fréquemment par cuillerées, deux lavements en vingt-quatre heures, les lotions émollientes sur le ventre pendant le jour, le lénitif pendant la nuit , furent continués ; tout aliment était interdit. Le troisième jour, le malade se plaint vivement de la gorge, et une nouvelle frayeur vient encore l’assaillir ; il se croit menacé d’une suffocation, et le péril lui paraît instant. La tuméfaction des parties brülées s’était accrue; la racine de la langue était élevée et corrodée, et l’épiglotte participait à cet état; une chaleur vive et dévorante embrassait toutes ces parties ; la luette allongée et couverte d’eschares , les amygdales déjà atteintes de pourriture dans leurs limbes antérieurs, et des taches grisätres ou aphtheuses répandues çà et là dans l’arrière-bouche, présentaient l’aspect d’un mal de gorge gangréneux de la plus mauvaise espèce. La voix avait subi une grande altération.

Le quatrième jour, un séquestre mou et charnu , qui se détache en partie de la luette en Vallongeant, tourmente le malade d’une manière fàcheuse dans la gorge, l'irrite, et lui fait éprouver une toux fatigante et importune par sa fréquence. La respiration en devient plus gênée, parfois comme entrecoupée, et parfois accompagnée de sifflement, surtout lors de l’inspiration, et la voix prend le caractère propre à l'espèce d’esquinancie connue sous le nom de croup. Les tisanes mucilagineuses, le looch blanc, ou celui que je faisais préparer avec le blanc de baleine, l'huile d'amandes douces : le jaune d'œuf et le sirop d’althæa, servaient tout à la fois de boisson , de zargarisme et de nourriture. Je touchai le mal plusieurs fois par jour avec les pinceaux de charpie trempée dans un mélange de miel rosat et de teinure de myrrhe; jy ajoutai ensuite du collyre de Lanfranc, coupant alors a totalité du mélange avec parties égales de décoction d’aigremoine. Les pplications anodines à l'extérieur n’ont point été négligées, non plus que les cataplasmes de mie de pain cuite dans une décoction de camomille et de nélilot. À mesure que je pouvais saisir avec des pinces les eschares détahées et flottantes, j’en faisais l’excision pour en débarrasser promptement e gosier.

Le cinquième jour, je fais écraser un jaune d'œuf dans un verre de tisane, qui a été pris en deux fois, pour adoucir et vernir en quelque sorte les pares excoriées de l'arrière-bouche, et préparer un peu de nourriture : Jes aémes remèdes furent continués d’ailleurs. Le sixième jour, traitement semable, et le jaune d'œuf matin et soir. Le gonflement extérieur de la gorge tait presque totalement dissipé, la tuméfaction en dedans était aussi beaucoup iminuée , les eschares emportées en grande partie, et plusieurs ulcérations

détergées. Le septième jour, mieux-être encore, et, à dater de ce moment tout danger a disparu; le nombre des remèdes et des soins à diminué à proportion que la nourriture a été rendue. J'ai oublié de dire qu'une goütt d'acide sulfurique , tombée sur la lèvre supérieure au moment de l'accident avait produit une eschare qui a longtemps résisté. Pendant plus longtemp encore, ce soldat a conservé de la rougeur, une sensibilité douloureusesa gosier, ainsi qu'un sentiment pénible à l'estomac, surtout lorsqu'il mangeait avec précipitation des aliments indigestes (1). * Osservarion IT. — Le 4 octobre 1835 , la nommée G... avale une certaine quantité d'acide sulfurique étendu de son poids d’eau, et éproue aussitôt de vives souffrances. Le lendemain on voyait uné tache d’un gris jaunâtre sur sa figure, près la commissure des lèvres; sa langue et toute membrane muqueuse de la bouche étaient fortement enflammées; la dé: glutition était très-difficile. M. Caillard prescrit de l’eau gommée sucrée du lait sucré. G... en peut difficilement avaler quelques gorgées, qu'elle rejette presque aussitôt; son pouls est petit et fréquent; elle ne se plaint que de la douleur de gorge ; le sentiment qu’elle éprouve à l'estomac es supportable. Elle prend, vers le soir, quelques cuillerées d’un julep diacodé: elle passe une nuit assez calme. Le 6, son état est amélioré; cependant son pouls est toujours déprimé, et ses extrémités inférieures se refoidissent, Vers le millieu de la nuit du 6 au 7, elle se lève en poussant des gémisse ments, et se plaint de crampes atroces aux extrémités inférieures, quini peuvent plus la soutenir ; elle tombe sur le lit de sa voisine. On la couche; elle assure qu’elle ne sent plus sa jambe droite, qui est complétement froide et marbrée vers sa partie inférieure. Le 7 elle est plus calme ; elle avale pour ainsi dire sans difficulté; elle ne vomit pas; elle se plaint mois de la gorge et de l'estomac, mais son pouls ést de plus en plus faible ;" jambe droite est froide et complétement insensible : on peut la pincer fortement sans qu’elie ressente rien. Enfin, dans Ja nuit du 7 au 8, la circue lation, qui depuis un jour s'était déjà arrêtée dans le membre inférieur droit, diminue peu à peu; la malade s'éteint sans souffrir. 1 Ouverture du cadavre. La membrane muqueuse de l’œsophage pré sentait une couleur jaunâtre mêlée de noir; elle était enduite d’un liquide de même couleur, qui lui était tellement adhérent, qu'il avait l'aspect d'une fausse membrane. La tunique muqueuse pouvait se détacher par lambeaux de 4 à 5 centimètres ; elle était plus épaisse qu’à l’état normal. Après l'ouverture de l'estomac , il s’est trouvé dans la cavité de cet organe environ 160 grammes d’un liquide semblable à celui qui recouvrait l’œ$o phage. À partir de l’orifice cardiaque jusqu’au fond du grand cul-de-sat, l'estomac offrait un aspect d’un jaune noirâtre. Toute la surface muqueuse élait couverte d’un enduit jaune verdâtre , intimement adhérent à la meme brane muqueuse. On pouvait enlever quelques lambeaux de celte dernière; w

(D Recueil périodique de la Société de médecine de Paris ; rédigé par- Sédillot, t, VI, p.3, an VII, par Desgranges,

DE L'ACIDE SULFURIOUF. 131

mais à 6rcentimètres environ de lorifice pylorique, dans toute la surface de l'estomac jusques et y compris cet orifice, nous avons trouvé Ja membrane muqueuse charbonnée. Il était impossible, dans tous ces points malades, d’en enlever le moindre fragment. Le duodénum était également tapissé d’un liquide jaunâtre, mais qui n’était point adhérent à la membrane muqueuse comme dans les organes ci-dessus indiqués. Il en était de même dans l’intestin grêle, dont toute la tunique interne était colorée en jaune, et ne présentait aucune lésion. Le gros intestin ne contenait que des matières excrémentitielles. Le cœur était d’un volume ordinaire et renfermait 96 gr. environ de caillots de sang, de la consistance d’une gelée de groseilles ; l'aorte était presque remplie de caillots gélatineux. L'artère fémorale du membre droit était complétement oblitérée par un canal de sang en caillots noirâtres et assez consistants. Les poumons, les reins, la rate et le foie, ne présentaient rien d’anormal. L’utérus contenait un fœtus de six MOIS.

Le liquide trouvé dans l'estomac renfermait de acide sulfurique libre et de la bile ; il en était de même de l’enduit jaunâtre qui recouvrait certaines portions de ce viscère, et de la portion externe de cet organe qui avoisinait le pylore, et qui était charbounée. M. Bouchardat , qui a publié cette ob servation , pense que le canal de sang trouvé dans l'artère fémorale contenait de l'acide sulfurique qui n’y était pas à l’état de sel; toutefois les expériences sur lesquelles il fonde cette assertion sont loin d’être concluantes. (Bouchardat, Annales d'hygiène.) R

Ossenvaron LT. — Un journalier âgé de cinquante-deux ans avala brusquement à peu près un demi-verre du liquide dont on se sert pour nettoyer les harnais de voiture (acide sulfurique).

Aussitôt sentiment d’érosion et de brülure à l’arrière-bouche, le long du cou, à l'épigastre. Reconnaissant son erreur, il avala plusieurs tasses de lait, puis alla chez un pharmacien, qui, dit-il, lui donna un contre-poison, Il but plusieurs verres d’eau de puits; alors il commença à vomir abondamment, et il survint presque en même temps une diarrhée copieuse. Le sentiment de brülure à la gorge , au cou, à l’épigastre, diminua ; mais il resta un sentiment de chaleur, d’ardeur, une douleur même à ces parties; il y eut de la soif, de la fièvre. Le lendemain les vomissements , la diarrhée, la douleur abdominale, et la soif, continuèrent. Le surlendemain les VOmMISsement{s Cessèrent ; il resta des nausées. Il entra le quatrième Jour à l’Hôtel- Dieu (15 août 1836).

Le pou’s est un peu dur, à quatre-vingt-deux; la peau un peu chaude, un peu sèche; peu d’appétit; douleur abdominale augmentant par la pression ; fixée principalement à l’épigastre et autour de l’ombilie ; un peu de tension abdominale ; soif assez vive; nausées fréquentes ; un peu de diarrhée; rien d’apparent à la bouche et au pharynx; langue assez humide, légèrement rouge à sa partie antérieure. (Deux cuillerées de magnésie calcinée, orge gommée , lavements émollients.) Le 18 août, quatre-vingtdix pulsations ; la peau est un peu chaude, la langue un peu rouge. (15 sangsues à l'anus.) Le soir, entre cinq et six heures, il ÿ à un frisson prolongé, Le 19 et le 20, frisson vers la même heure. On prescrit un demi-lavement

avec 20 centigrammes de sulfate de quinine. Le 21, même layement; le

frisson vient à la même heure, mais il est très-léger. Le 23, frisson intense

à onze heures du matin. (Même Javement.) Le 24, frisson à quatre ou cinq

heures. (Même lavement.) Le 25, deux frissons à demi-heure d'intervalle, dont le premier commence vers deux heures. Le 26, on s’aperçoit qu'il ya

de la fièvre le matin, qu'il y a une fièvre continue dont les frissons précé-

demment signalés indiquent sans doute le redoublement. On suspend l’usage

des lavements de sulfate de quinine;il y a un peu de constipation ; la bouche

est mauvaise ; il y à de la soif et une légère douleur abdominale ; la langue

est un peu rouge à sa partie antérieure. (Magnésie , orge gommée, lave ments émollients, lait.) Les 27, 28 et 29, même état, fièvre presque con” tinuelle. Du 1% au 5 septembre, il y a de la diarrhée; la langue est rouge ,

un peu sèche. Le 6, continuation de la diarrhée, fièvre. Le 7, langue sèche ;

dans la journée, fièvre assez intense. Le 8, le malade pâlit et s’affaiblit; Ia

diarrhée continue. Le 9 et le 10 , le teint est jaunâtre. Le 11, diarrhée et

fièvre. Le 12, diarrhée. Le 13, pas de diarrhée, mais fièvre. Le 14, le teint

est un peu moins jaune, mais pâle. Le 16, on permet quelques aliments ;

il n’y a ni diarrhée ni fiévre. Le 17, le teint est meilleur. Le 19, la diarrhée

recommence. Le 20, elle est moindre , mais la fièvre continue. Le 21, affai-

blissement, face exprimant la souffrance. (Deux vésicatoires aux jambes.) Le 22, faiblesse croissante , extrémités violettes, froïd continuel qui cepen-

dant n’est pas sensible à Ia main. Le 23, toute la journée Le malade se plaint A Ja respiration est gênée, les extrémités froides. Le 24, plus de calme, mais faiblesse extrême. Le 25, le malade succomba.

Ouverture du cadavre vingt heures après la mort. Roïideur cadavérique médiocre, ventre un peu ballonné; extrémités maigres, légère-« ment violacées. Le crâne n’est pas ouvert. Les plèvres présentent quelques adhérences; les poumons, sains et d’un gris rose en avant , sont d’un rouge brun, engoués en arrière ; le péricarde n’offre rien de remarquable ; le cœur contient dans ses cavités droite et gauche un peu de sang noirâtre coagulé, de la consistance de gelée de groseilles ; on voit sur la valvule mitrale, principalement sur la face correspondant au ventricule, un polype en forme de végétation , à base plus large que le sommet, qui est légèrement découpé, d’une couleur grisâtre, assez consistant, quoique peu dur , à peur près conique, saillant d'un peu plus de 3 centimètres, ayant 2 centimètres. de diamètre à sa base; cette base est implantée sur l’une des languettes de la valvule mitrale, à laquelle elle est si adhérente , que l’on ne sait d’abord si la membrane interne du cœur ne se prolonge pas sur elle. Une dissection attentive prouve cependant que cette membrane passe au-dessous, mais qu'elle lui est intimement adhérente. Cette végétation est composée de cou= ches Concentriques entre quelques-unes desquelles il existe un léger espace: c’est évidemment du sang coagulé qui la forme. La membrane interne du cœur, non plus que les autres tissus de cet organe, ne présente alentour aucune altération.

L’estomac offre à l’intérieur quelques marbrures d’un rouge brun. À l'extérieur de Fintestin grêle, apparaissent quelques larges taghes d'un

rouge brun; à l'intérieur, on voit des taches rouges assez nombreuses , soit arborisées , soit uniformes, au niveau de la plupart desquelles la membrane muqueuse est un peu ramollie. La partie supérieure du rectum présente plusieurs ulcérations dans lesquelles la tunique muqueuse seule est létruite; elles sont irrégulièrement arrondies, entourées d’une auréole lérèrement brunâtre. Leur fond est gris noirâtre. Le foie et la rate sont à l'état normal. On trouve un peu de sang coagulé dans les gros troncs veineux. (Baron fils ; voy. Devergie , t. IT, p. 235).

-Orservarion IV. — Louise Delay , âgée de vingt-deux ans, prit, le {3 germinal an VIII , à onze heures du matin, 32 grammes de bleu de comosition (mélange d’acide sulfurique et d’indigo) qu'elle avait acheté chez itépicier-droguiste, dans le dessein de se suicider. On lui fit boire de Fhuile t du lait. Voici quel était son état à son arrivée à l’Hôtel-Dieu , quatre ieures après qu’elle eut avalé le poison.

Physionomie peu altérée, offrant pourtant une légère teinte bleue, plus ioncée sur le bord libre des lèvres; douleur sourde à la gorge et dans a région de l'estomac; vomissements répétés et très-copieux d’un liquide bleu foncé et glaireux , qui causait à la bouche une sensation d’amertume t de styptieité insupportables ; sentiment continuel de froid à la peau, devenue rès-sèche; horripilation de temps à autre, constipation, insomnie, inquiétude mal déguisée, ete. On lui fit boire en abondance du petit-lait, de la décoction de graine de lin , de la dissolution de gomme arabique, du lait coupé avec de l’eau d'orge. On administra des lavements purgatifs, un julep huileux avec la manne, pour provoquer les évacuations naturelles, qui taient suspendues, et qui se bornèrent à une selle très-légère et à l’émision de quelques gouttes d'urine. Les matières des vomissements contenaient eaucoup de flocons de substances lymphatiques d’une odeur fade, les uns e précipitant au fond de l’eau , les autres surnageant; le pouls, en appa- ‘ence peu altéré d'abord , devint petit , serré et très-nerveux ; le froid augnenta beaucoup aux extrémités inférieures.

Au bout de deux jours, tous les symptômes acquirent une grande intenité; la face paraissait singulièrement décomposée ; le froid à l'extérieur ugmentait encore; le pouls devenait insensible aux bras et aux carotides ; “haleine exhalait une fétidité extrême; quelques gouttes d’urine fortement olorée en rouge s’échappaient de temps à autre; l'inquiétude et l'agitation taient extrêmes. Cette malheureuse ne pouvait supporter aucune couverure ; elle faisait sans cesse de pénibles efforts pour écarter ce qui la touhait et l’environnait de plus près; elle jetait ses bras et sa tête hors de on dit; la région de l'estomac était d’une sensibilité exquise au plus petit onfact. ÿ

Le quatrième jour de l’empoisonnement , les anxiétés et les angoisses taient horribles ; tout l'extérieur du corps portait l'empreinte de la soufrance. La malade , incapable de rester un seul instant dans la même posiion , se levait et sortait de son lit ; elle témoignait le désir pressant d’être ortée dans un lieu froid... Le cinquième jour, les yeux étaient hagards ; l Jui semblait trouver quelque soulagement à être débarrassée de sa che-

mise, qu’elle repoussait encore étant presque expirante : on fut obligé de la lier. Du reste, les secours qu’on lui prodiguait infructueusement consis: taient en boissons émollientes, mucilagineuses, en lavements simples ef lavements purgatifs, en potions laxatives et juleps antispasmodiques; les sangsues furent aussi appliquées une ou deux fois à la vulve. La physio nomie s’altéra à un tel degré, qu’elle devint entièrement méconnaissables Les liens qui fixaient cette malade ne l’empêchaient pas, tant ses agitations étaient excessives, de se découvrir la plus grande partie du corps: ce qui semblait lui procurer quelque soulagement. Elle conservait toute sa con= naissance lorsqu'elle expira , en parlant aux personnes qui l'entouraient ; le cinquième jour de son accident. «TT

À l'ouverture de l'abdomen , il s’éleva une grande quantité de gaz très* fétides; les viscères abdominaux étaient généralèment œdémateux; toutes les parties voisines du duodénum paraissaient singulièrement altérées | les parois de cet intestin étaient presque dissoutes dans plusieurs parties de sa longueur. L’estomac, très-distendu , d’une couleur foncée, offrait plus sieurs taches qui indiquaient sa désorganisation profonde. La membrané muqueuse du pharynx et de l’œsophage était brülée, noirâtre, en partié détachée , et s’enlevait avec facilité. L’estomac contenait un liquide bour= beux, de couleur foncée, d’une grande fétidité, et semblable à celui qui avait été rejeté par les vomissements le jour de la mort. Cet organe paraïs= sait fort épaissi en plusieurs points et aminei en d’autres ; sa membrané interne était entièrement dissoute, et réduite en mucosités dans la plus grande portion de son étendue. Le pylore présentait la désorganisation 14 plus avancée; le tissu de ses parois, noir et boursouflé dans cet endroit; fermait presque entièrement l’orifice; les membranes du duodénum et du jéjunum, en partie détruites, brûlées, étaient frappées du sphacèle; les intestins étaient enduits, à leur intérieur, d’une matière brune, pareille à celle qui existait dans l'estomac. Le reste du canal intestinal partageait, & un degré moindre, l’état de ce viscère et des deux premiers intestins grêless il contenait beaucoup de matières fécales très-endurcies. L'intérieur de I& poitrine n’offrait rien de remarquable (1). D

Onsenvarion V. — Le 5 avril 1825, à dix heures du matin, un enfant dé deux ans, fort et bien constitué , avala plusieurs gorgées de bleu de com position, On lui administra, peu de temps après, une certaine quantité de magnésie calcinée délayée dans du lait, et 15 centigrammes d’émétiqué} qui déterminèrent des vomissements de matières d’abord d’un bleu foncé puis noires , et dont; le contact altérait à l'instant la pierre, les meubles et les vêtements , comme l’aurait fait l’acide sulfurique pur. Ramené chez lui; ce jaune garçon ne prit plus que quelques doses de carbonate de magnésies M. Deslandes , auteur de cette observation, le vit pour la première fois à cinq heures du soir : l'enfant était à l’agonie. Sa face était pâle, son pouls faible et fréquent, sa respiration entrecoupée, son ventre extrêmement

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(1) Tartra, Essai sur l'empoisonnement par l'acide nitrique, p. 231; 1802

é DE L'ACIDE SULFURIQUE. 135 ballonné; à peine donnait-il quelques signes de connaissance. 1 avait des évacuations alvines fréquentes , qui d’abord avaient été bleues, mais qui alors étaient d’un gris verdâtre, et devinrent bientôt rousses et sanguinolentes; l'urine était évidemment teinte en bleu, ce qui annonçait le passage de l'indigo dans la vessie. On chercha à faire avaler un verre de lait chargé de magnésie, mais cette tentative faillit amener la suffocation , et provoqua quelques mouvements convulsifs. Une demi-heure après, le malade n'existait plus. |

Examen du cadavre. À la lèvre inférieure, sur le trajet d’une goutte d'acide sulfurique, qui, au moment de l’empoisonnement, s’y était écoulée, la peau était rougeâtre et desséchée ; on remarquait la même altération sur la pommette gauche, où un peu de caustique avait séjourné pendant la vie. La langue était corrodée près de sa pointe : du reste elle ne présentait rien de bien remarquable; ses papilles étaient d’un gris bleuâtre, et les granulations glanduleuses qui existent à sa base, en avant de l’épiglotte, étaient très-développées. Depuis listhme du gosier jusqu’au cardia, la membrane muqueuse était recouverte d’une eschare, ou plutôt d'une couche superficielle, blanchâtre et bleuâtre, que les frottements du scalpel détachaient avec assez de facilité, et au-dessous de laquelle la membrane était d’un rouge uniforme et intense : cette altération ne dépassait pas le cardia; le reste du tube digestif n’en présentait aucune trace. L’estomac, très-distendu par des gaz, ne contenait que peu de liquide, qui paraissait un mélange de mucôsités et de lait chargé de magnésie ; leur couleur indiquait assez qu'ils ne renfermaient pas d’indigo; la portion de la membrane qui avoisine la petite courbure était noire ét comme charbonnée, surtout à la partie Ja plus saillante de ses rides ; dans un point même, elle paraissait avoir été détruite, et l'estomac , aminei , semblait réduit à ses deux membranes externes : du reste, cet organe ne présentait ni rougeur ni ramollissement dans le reste de son étendue. Les intestins étaient dans l’état naturel : on voyait de l'indigo dans les gros intestins, et particulièrement dans le colon ; les matières que ce dernier contenait étaient colorées par cette substance ; elles paraissaient même avoir transsudé, car dans plusieurs endroits , et surtout dans la fosse iliaque gauche, le péritoine et le tissu cellulaire ambiant en étaient vivement colorés. Le rectum ne présentait plus cette couleur, mais il renfermait quelques matières d’un gris légèrement rougeàtre , semblables à celles que l'enfant avait rendues dans ses derniers moments. La vessie était vide d'urine et resserrée ; on n’y voyait que quelques mucosités épaisses et non colorées. Les autres organes abdominaux paraissaient dans l’état sain. La membrane interne des voies aériennes présentait.une rougeur intense, et avait été évidemment enflammée. Le cœur et les poumons étaient dans l’état naturel. Les sinus de la dure-mère ét les vaisseaux qui rampent à la surface du cerveau étaient gorgés de sang; du reste, point d'opacité à l’arachnoïde, point d'infiltration à la pie-mère. La substance cérébrale n’était ni ramollie ni injectée ; peut-être était-elle cependant un peu tuméfiée, car le cerveau nous parut avoir plus de tendance que de coutume à s'échapper par les incisions faites à ses meme

branes ; ses ventricules contenaient à peine de la sérosité. Le cerveau était sain. (Nouvelle bibliothèque médicale, mai 1825.) | +4

Osservarion VI. — Une blanchisseuse âgée de dix-huit ans prit, Me 23 avril, à onze heures du matin, à peu près un verre à eau-de-viéde bleu en liqueur. Aussitôt après l'avoir avalé, elle sentit une douleur excessivement aiguë dans larrière-gorge et dans l'estomac; elle se traîna par terre, et poussa des cris qui attirèrent les voisins; on la trouva vomissant des matières bleues qui faisaient effervescence sur le carreau. On lui boire de l’huile et une notable quantité de lait; aussitôt que le laitfut avalé, il fut rejeté caitlebotté et coloré en bleu; les dernières gorgées furent rendues avec leur couleur naturelle.

La malade, apportée à l'hôpital à deux heures après midi , était dans l’état suivant : intelligence nette, réponses justes et précises, face pâle, traits altérés; yeux cernés, excavés ; lèvres un peu violettes; la supérieure présentait près de chacune des commissures une eschare jaune, de 3 lignts d’étendue; langue colorée en bleu et d’une chaleur naturelle, pas d’eschare ni de rougeur dans la cavité buccale ni à l’arrière-gorge, douleur vive au cou avec sentiment de constriction ; épigastre douloureux; la doulétr est moins vive au cou, elle s’exaspère par la pression. à

Ventre souple et indolore, pas de selles, respiration gênée, anxiété vive, refroidissement notable des extrémités supérieures; pouls petit, dépres sible, extrêmement fréquent. On administre 16 grammes de magnésie ca cinée suspendue dans un litre d’eau environ. A peiñe quelques gorgéés sont-elles avalées , qu’elles sont aussitôt rendues avec une couleur chocolat au lait et mêlées de quelques flocons bleuâtres. À cinq heures , la malade était assez calme, la douleur de gorge était très-intense; il n’y aväit ps eu de vomissements depuis administration de la magnésie. Les extrémités supérieures étaient froides, le pouls imperceptible. L’wrine était légèrement colorée en bleu. (Dix sangsues au cou , ‘ét trente à l’épigastre à dix heures du soir.) Les vomissements couleur de chocolat ont recommencé dé puis deux heures , et ont duré’une partie de la nuit. La malade succombe:

Ouverture du cadavre vingt-sept heures après la mort. La roideur cadavérique est assez prononcée. Tête. Vaisseaux sous-arachnoïdiens mé= diocrement injectés; arachnoïde parfaitement transparente , libre dé toute adhérence avec la dure-mère ou la pie-mère. 11 y a deux"cuillerées à café de sérosité limpide dans les fosses occipitales. La substance corticale est d’un gris rosé; la substance médullaire blanche, légèrement pointillée de rouge ; une petite cuillerée à café de sérosité dans chacun des ventricules: Bouche. Les deux eschares sus-mentionnées à-la lèvre supérieure ; langue légèrement bleuâtre, nulle trace de: cautérisation dans la cavité buccale. Cou. Au pharynx et à l’œsophage, la membrane muqueuse est rose claires l'épithélium s’enlève en pellicules blanchâtres , friables, minces , trans® parentes , d’un centimètre d’étendue. Poitrine. Le cœur, d’un médiocre volume, renferme près de 96 grammes de caillots de sang; l'aorte est remplie par 64 grammes de caillots bruns à demi liquides : I0 membrane interne de ce vaisseau est vivement colorée en rouge. Les bronches sont

DE L'ACIDE SULFURIQUE. ; 137 saines , les poumons crépitants , et presque pas gorgés de sang à leur partie postérieure.

Abdomen. Bstomac distendu, renfermant 64 grammes d’un liquide brun ; la membrane muqueuse est charbonnée, couleur de suie dans toute son étendue, excepté à partir de 3 centimètres près du pylore, où elle est rose; l’espace qui est coloré en noir présente quelques marbrures roses en certains points ; cette membrane fournit des lambeaux de { centimètre d'étendue , et ne présente pas d’ulcération. La portion pylorique donne des lambeaux de 3 centimètres. Le duodénum est rose panaché ; les premières valvules du eôté du pylore sont ulcérées et cautérisées en noir. On voit des cryptes isolés, de la grosseur d'une tête d'épingle, dans les deux premiers tiers de l'intestin grêle; la membrane muqueuse 6st tapissée par un mucus jaunâtre ; elle est transparente, d’un gris pèle ; elle fournit des lambeaux de 2 centimètres ; depuis le dernier tiers , la tunique mujueuse est enduite d'un mueus couleur de suie ; il y a quelques plaques rouges près de la valvule: les lambeaux ne sont plus que de 3 à 4 lignes; les cryptes isolés sont de plus'en plus rapprochés , à mesure qu'on avance près de la fin de l'intestin grêle , oùils ne sont plus séparés que par des intervalles de 1 centimètre. Les plaques elliptiques sont à l'état normal. On trouve dans le gros intestin des plaques bleues; elles sont plus nombreuses vers le cœcum et l'S du colon ; la membrane muqueuse est de bonne consistance, le rectum est sain. L’aponévrose iliaque est colorée en bleu.

Les reins, la rate, le foie, présentent leur couleur et leur consistance normales. la bile est d'un brun verdâtre ; il n'y à pas d'urine dans la vessie. Les artères fémorales sont, pour ainsi dire, remplies d’un sang noir, de Ia consistance de gelée de groseilles. Il existe dans l'artère fémorale gauche un caillot qui obstrue entièrement le canal de cette artère. (Annales d'hygiène, Bouchardat et Couriard.)

Opsenvation VIL. -— Le 17 octobre 1827, vers minuit, Gampbell se sentit tout à coup inondé par de l'acide sulfurique que l’on jetait sur lui, et qui occasionna une douleur brülante. Deux heures après , il fut confié aux soins du Dr Hunter. Voici quel était son état : la peau du côté gauche de la face était enlevée en partie, et présentait d’abord une couleur blanche due à une désorganisation ; les paupières des deux yeux étaient très-enflammées et très-gonflées ; l'œil gauche paraissait fortement attaqué, le droit était sain. Les téguments de l’intérieur des lèvres étaient aussi tuméñés et de couleur blanche ; enfin, sur le dos de la main gauche et jusque dans l’intertervalle des doigts, on voyait des excoriations blanchâtres et de forme allongée. Dans l’espace de seize heures, toutes les taches blanches devinrent brunes. La douleur que le malade ressentait à la figure et aux Yeux, qui d'abord était des plus violentes, se calma peu à peu sous l'influence d’applications appropriées, qui furent faites. Cependant, comme au moment de la visité, environ douze heures après, la dôuleur de l'œil gauche s’éten-

dait à toute la tête, et faisait craindre une violente ophthalmie , on pratiqua une saignée du bras qui fut répétée le lendemain , et qui produisit un soulagement très-marqué. Toutefois l'inflammation et la désorganisation de

l'œil continuèrent à marcher, et se terminèrent au bout de peu de temps par la rupture de la cornée et la sortie de l’humeur aqueuse et du cristallin! Vers la fin du cinquième jour, c’est-à-dire le 22 octobre, le malade paraissait aller très-hien, lorsqu'il fut pris tout à coup din frisson violent. Le lendemain matin, il se plaignit d'une douleur très-vive au pli du bras droit, dans le point où l’on avait pratiqué.la saignée, L’inflammation s’étendit 14 pidement autour de la petite plaie ; le gonflement s’empara de tout le bras, et augmenta progressivement pendant les trois jours suivants. Une fièvre très-forte, puis une difficulté de respirer, avec quelques autres sy mptômes d inflamaiation des organes pulmonaires , vinrent encore aggraver l’état: du malade, qui déclina graduellement, et mourut enfin le 30 octobre au matin. | Ouverture du cadavre faite le lendemain. Le bras droit ayant été examiné et disséqué avec soin, nous avons trouvé que la veine ouverte par l'opération de la saignée était violemment enflammée dans le point où elle avait été divisée par la lancette; que de ce point l’inflammation s’étendait en haut jusqu'aux grosses veines du bras et de l’épaule, et en bas jusqu'aux petites veines de l’avant-bras ; que ces vaisseaux étaient presque entières ment remplis de matière purulente qui les oblitérait en grande partie ,ét qu'enfin les grosses veines de la partie supérieure de la poitrine étaient dans l’état normal.

Il y avait une petite quantité de sérosité dans la cavité du sérieardl mais le cœur était parfaitement sain. Les plèvres costale et pulmonaire étaient enflammées , et recouvertes en arrière d’une production pseudos membraneuse. Les deux cavités du thorax contenaient un liquide séro> purulent. Les deux poumons , surtout dans les lobes supérieur et inférieur, étaient fortement enflammés ; ils présentaient une hépatisation rouge et une grande quantité de tubercules disséminés en masses irrégulières, dont quelques-uns avaient le volume d’un œuf de pigeon , et dont Ja totalité pouvait égaler à peu près le tiers du volume total des poumons.

Toute la partie antérieure de l’œil gauche était détruite; l'hiioel aqueuse et le cristallin s'étaient échappés ; enfin l’organe entier était come plétement désorganisé , et le désordre qu’il avait subi était absolument incurable. à

Dans le crâne, on trouva de la sérositéen grande quantité tant à la surface du cerveau que dans les cavités de cet db, qui d’ailleurs ne parait sait offrir aucune altération. -

D'où il résulte que Campbell a succombé à une inflammation des veines du bras et des poumons, cette dernière résultant, autant qu’on peut ef juger, de la blessure de la veine par AE de la saignée. (Rrocés- vert rédigé par MM. Hunter et Nesbitt.)

MM. Ghristison et Turner firent l’analyse d’un morceau du chapeau et d’une portion du col noir de Campbell , etc. qui avaient été fortement attaqués par Pacide ; ils y constatèrent la présence de l'acide sulfurique libre , tandis qu ils ne trouvèrent pas cet acide dans les portions des mêmes vêtements qui n'avaient pas été altérées. Euphemia Lawson, reconnue cou=

. DE L'ACIDE SULFURIQUE. 139 ible, fut condamnée à mort; mais la peine fut commuée en un bannisselent perpétuel. (Extrait du mémoire du Dr Christison.)

Symptômes et lésions de tissu produits par l'acide sulfurique.’

| Quoique ces symptômes présentent des différences notables suivant le

egré de concentration de l'acide , la dose à laquelle il a été pris, elc.,

est permis d'établir qu’ils offrent en général beaucoup de gravité, et

lue nul autre acide caustique n’occasionne aussi souvent la mort (voy.

|. 116). S'il est vrai.que cet acide, lorsqu'il est concentré, détermine

suvent au pourtour de la bouche, des lèvres, el même des mains, des iches grisâtres et quelquefois noires , d’autres acides concentrés, tels ue Les acides azotique, chlorhydrique, acétique, phosphorique , peulent également les produire, parce que cel effet résulte de la désorgalisation du tissu . de la formation de l’eau aux dépens de l’oxygène et lle l'hydrogène de ce tissu, et que dès lors on ne concevrait pas pouruoi tout autre acide concentré et avide d’eau que l'acide sulfurique ne |e comporterait pas de même. Cela explique aussi pourquoi on observe blus rarement ces taches à la face interne des joues, sur la langue, dans le pharynx et dans l’æsophage, parties humectées par la salive et par lle muecus, qui peuvent affaiblir acide concentré au point de le rendre incapable de déterminer ces taches.

Quant aux lésions de tissu, elles sont également fort graves. Pour peu que l’acide avalé fût concentré, on trouve, indépendamment d’une live rougeur inflammatoire de certaines parties du canal digestif, des ulcérations, des perforations , des épanchements dans la cavité du péritoine, et la coloration noire des issus, qui ont été réduits en une sorte de bouillie (voy. p. 113).

| Il résulte de ce qui précède, que l'acide sulfurique agit comme les lacides les plus caustiques (voy. p. 119).

Traitement de l’empoisonnement.

Voyez Acides en général, p. 120.

Recherches médico-légales.

L’acide sulfurique pur et concentré est sous forme d'un liquide inco= lore et inodore, d’une consistance oléagineuse ; il est doué d’une saveur acide très-forte; son poids spécifique est plus grand que celui de l’eau; | le plus concentré pèse environ 1,542. Il suffit d’une seule goutte pour colorer en rouge une grande quantité d’infusum de tournesol. Lorsqu'on | fait bouillir, dans une petite fiole , de Pacide sulfurique et du charbon

finement pulvérisé, on ne tarde pas à remarquer qu’il se dégage une odeur piquante, analogue à celle du soufre qui brûle , et qui caractérise le gaz acide sulfureux ; il se forme en même {emps du gaz acide carbonique. Le mercure, le cuivre, elc., que l’on fait bouillir avec cet acide, dui enlèvent une portion de son oxygène, en dégagent du gaz acide sulfureux, s’oxydent et s'unissent à la portion d’acide non décomposé,

pour donner naïssance à des sulfates de mercure, de cuivre, etc.

Lorsqu'on mêle parties égales d'acide sulfurique concentré et FL la température s'élève subitement à 84° c. La paille, le bois, et toutes 18 substances végétales, mis à froid dans l'acide sulfurique, sont désor-

ganisés, ramollis, noircis, et il s’en sépare une certaine quantité de charbon. Versé dans de l’eau de baryte, l’acide sulfurique y occasionné sur-le-champ un précipité blanc très-abondant de sulfate de baryte, insoluble dans l’acide azotique ; le même phénomène a lieu si, au lieu de baryte, on prend une solution de chlorure ou d’azotate de baryum® ce sulfate est composé de 500 d'acide et de 958 d'oxyde de baryum (BaO, S03); lavé, desséché, et calciné au rouge, dans un creuset, avec du charbon, ce précipité se trouve décomposé au bout d’une heure, et il fournit du sulfure de baryum, facile à reconnaître à l’odeur d'œufs pourris ou de gaz acide sulfhydrique qu’il exhale lorsqu'on le met dans l’eau aiguisée d’une petite quantité d’acide chlorhydrique, et à la préci= pitation d’une partie de soufre qui se dépose en rendant le liquide laiteux et d'une couleur blanche jaunätre; il y a en méme temps formation de chlorure de baryum. |

Acide concentré du commerce. Il partage les propriétés qui viennent d'être décrites, si ce n’est qu’il peut être coloré en jaune, en brun où en noir : ce changement de couleur est dû à ce que l’acide a charbonné les matières organiques contenues dans l’air ou ailleurs; il offre aussi souvent l’odeur d'acide sulfureux, dont il n’a pas été entièrement privé.

Acide sulfurique pur étendu d’eau. Il agira, comme le précédent, sur le tournesol (avec moins d'énergie), sur les sels de baryte, sur le cuivre, et sur le charbon ; seulement il faudra le concentrer par une ébullition prolongée, et évaporer même jusqu’à siccité, s’il est excessivement étendu, pour qu’il fournisse de l'acide sulfureux avec le charbon et avec le cuivre; mais il n'aura plus la consistance oléagineuse, il ne s’échauffera pas avec l’eau, et ne noircira pas les matières organiques. On décèlera les plus petites traces d'acide sulfureux dégagé, en plaçant au-dessus de la fiole qui renferme le cuivre et l'acide une languette dé papier trempé dans un solutum d’amidon et. d'acide iodique ; ce papier deviendra d’un bleu violacé dès qu’il se volatilisera de l’acide sulfureux. À l’aide de ces caractères, on peut distinguer l’acide sulfurique étendu

DE L'ACIUE SULFURIQUE. 141

le tous les corps connus, excepté des sulfates acides ; mais on s’assurera que ce n’est pas un sulfate acide, en concentrant la liqueur el en versant lu carbonate de soude, qui précipite tous ces sulfates, sauf ceux de otasse , d’ammoniaque et de soude; ceux-ci seront précipités, savoir : es deux premiers en jaune-serin , par le chlorure de platine, et le dersier en blanc, par l'acide hydrofluosilicique : or l’acide sulfurique tendu ne précipite par aucun de ces réactifs. Fe

Ce procédé est plus sûr et beaucoup plus simple que celui qui a été lonné par M. Devergie; à quoi bon, par exemple, employer l'acide ulfhydrique , après avoir conseillé l'usage de la potasse, quand on sait que celle-ci précipite tous les sels que précipite l'acide sulfhydrique ? Pourquoi se servir de potasse, qui redissout certains oxydes métalliques récipités, au lieu de carbonate de soude, qui n’en dissout aucun? Juelle nécessité y a-t-il de recourir à la distillation? Je me garderai ien d'admettre, avec ce médecin, qu’il faille donner la préférence à ’azotate de baryte sur le cuivre, pour démontrer l'existence de trèsétites quantités d'acide sulfurique; sans doute cet azotate est un réactif xcessivement sensible; mais il n’est pas ici, à beaucoup près, aussi robant que le cuivre, lorsque la proportion de sulfate de baryte proluit est trop faible pour fournir avec du charbon, à une température ‘levée, du sulfure de baryum , reconnaissable aux caractères indiqués à la page 140. Que l’on verse une goutte d’acide sulfurique concentré dans 32 grammes d’eau, que l’on traite la moitié de la liqueur par l’a- :otate de baryte, et que l’on cherche à retirer le soufre du sulfate de baryle, on n’y parviendra pas, ou l’on"n’y parviendra qu'avec la plus rande peine; au contraire, que l’on fasse bouillir dans une fiole à médecine, avec du cuivre métallique, l’autre moitié de la liqueur acide : quand la matière sera presque sèche, il se dégagera de l’acide sulfureux , reconnaissable à son odeur et à son action sur une languette de papier trempé dans une dissolution d’amidon et d'acide iodique. Il n’y à rien à répondre à ce fait.

Il suffira de citer le passage suivant d’un NU de MM. À. D. et hevallier, pour montrer combien ces chimistes ont mal conclu, lorsqu'ils Cherchaient à déterminer si un liquide suspect contenait de l’acide sulfurique libre ou un sulfate acide : «Nous avons essayé le liquide acide, disent-ils, 1° par le chlorure de baryum, qui a donné lieu à un abondant précipité insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique; 2° par l’'ammoniaque, qui wa donné lieu à la formation d’aucun trouble ni précipité; 3° par l’oxalate d’ammoniaque, qui n’a pas non plus donné de précipité. Ces réactions démontrent déjà que Pacidité du liquide est due à de l'acide sulfurique, et non à un sulfate acide.» (Journ. de chim. méd. , août 1850, p. 459.) Comment ces messieurs n’ont-ils pas vu que,

ss

si le liquide dont il s’agit eût contenu du sulfate acide de potasse où de soude, il se serait comporté de même avec les réactifs précités ?

Bleu de composition (acide sulfurique concentré et indigo). Cette liqueur est d'un bleu foncé ; plus épaisse que l'acide sulfurique, et d'une consistance très-oléagineuse. Elle rougit le tournesol, et élève la témpérature de l’eau, lorsqu'on l’unit à une petite quantité de ce liquide: évaporée jusqu’à siccité, elle dégage des vapeurs d'acide sulfuriqe lourdes et d’une odeur pnatile chauffée avec du mercure ou du ctivre, elle fournit du gaz acide sulfureux, facile à reconnaitre à son odeur. Le chlore liquide concentré et pur ne contenant par conséquent ni de l'acide sulfurique ni des sulfates, celui qui a été préparé, en ün mot, en faisant arriver dans l’eau distillée du chlore gazeux parfaite nebié lavé, lui fait perdre la couleur bleue et lui communique une teinte jaunâtre; en filtrant la liqueur, on voit qu’elle fournit avec un sel soluble de baryte un précipité de sulfate de baryte blanc, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique.

Les matières tachées avec du bleu de composilion ne se comportent pas, avec l'eau distillée et le feu , autrement que celles qui ont été simplement tachées avec de l’acide sulfurique, et la présence de celui-ci doit être décelée par les mêmes moyens (voy. p. 154). La peau ou les linges tachés avec cette liqueur seraient bleus ou noirâtres, et deviendraient couleur d’acajou, s'ils étaient mis en contact avec une dissolte tion de potasse ou de soude. |

Acide sulfurique mélé au vinaigre. Sur 120 écRntHOn de vinaigre acheté chez divers épiciers de Paris, M. Chevallier en a trouvé 17 qui contenaient de l'acide sulfurique. Dane reconnaître la présence de cel acide dans le vinaigre, on évapore celui-ci jusqu’au vingtième de son volume, pour volatiliser l’acide acétique ; on laisse refroidir la liqueur, on la filtre pour séparer les sels déposés pendant l’évaporation, et on l'agite pendant une demi-minute avec trois ou quatre parties d’éther sulfurique pur (1), qui dissout une petite quantité d'acide sulfurique sans agir sur les sulfates neutres ni sur les sufates acides qui pourraient exister dans le liquide concentré par l’évaporation ; on filtre, et l'on expose pendant une heure ou deux le solutum à l'air libre, dans une capsule de porcelaine : l’éther se vaporise, et l'acide re peut êlre reconnu, comme il a été dit à la page 139, à l’aide d’un sel de baryle et du cuivre. Il ne faudrait pas traiter directement le vinaigre s0phistiqué par un sel de baryum, car alors ce réactif précipiterait Les sulfates solubles contenus dans le vinaigre, et l’expert pourrait être

(1) Depuis longtemps M, Chevallier avait conseillé de traiter cette liqueur par l'alcool, »

DE L'ACIDE SULFURIQUE. 143 tenté de croire, à tort, que le vinaigre renferme de l'acide sulfurique libre. M. Guibourt s’est donc trompé lorsqu'il a prétendu qu'il fallait rejeter l'emploi de l’éther dans cette circonstance , parce que l’éther ne dissout point l'acide sulfurique (voy. Journ. de pharm., numéro de décembre 1846); j'ai prouvé en effet, dans le numéro de janvier 1847 du même journal, en répondant à M. Guibourt, que l’éther à 0,723 de densité dissout une quantité sensible d'acide sulfurique, dans Les conditions que j'ai indiquées à la page 142.

M. Guibourt, ayant pris connaissance des observations que j’ai publiées dans ce journal, s’est livré à de nouvelles expériences, et il a reconnu que l’éther enlève une petite quantité d'acide sulfurique au vinaigre, lorsque celui-ci en contiént au moins un trentième de son volume; s’il en renferme moins, l'éther ne le séparerait plus. En admettant que ces résultats soient exacts, il est évident que l’éther enlèverait encore de l’acide sulfurique libre à 300 parties de vinaigre ne renfermant qu'un 1409 de cet acide, si, comme je le conseille, on réduisait par l’évaporation le volume du liquide à un vingtième; alors en effet on opérerait sur 15 parties de vinaigre contenant 1, d'acide sulfurique. Et pourquoi n'irait-on pas encore plus loin en réduisant le liquide suspect au trentième, au cinquantième, etc., de son volume ?

On peut aussi déceler la présence de l'acide sulfurique dans le vinaigre, à l’aide du chlorure de calcium. Que l’on mêle à 8 grammes environ de vinaigre la millième partie d'acide sulfurique libre, puis que l’on ajoute un fragment de chlorure de calcium cristallisé de la grosseur d’une aveline, et que l’on chauffe le vinaigre jusqu’à l’ébullition, on verra, aussitôt qu’il sera complétement refroidi, se former un trouble considérable, et peu de temps après un précipité abondant de sulfate de chaux. Le vinaigre ordinaire, non falsifié par l’acide sulfurique, ne produit rien de semblable. Ce procédé est fondé sur ce que la quantité totale des sulfates qui se trouvent dans le vinaigre ordinaire est si faible, qu’elle ne décompose pas le chlorure de calcium ni à Ia chaleur de l’ébullition, ni à une température moyenne. (Journ. de chim. méd., t. II, 2° série, p. 675.)

Acide sulfurique mélé à divers liquides alimentaires (lait, thé, café, eau sucrée ,etc.), à La bile, au sang, à la matière des vomissements, et aux liquides contenus dans le canal digestif. La gélatine, le thé, le café et l’eau sucrée, ne sont point troublés par cet acide ; l’albumine, le lait.et la bile, sont au contraire précipités : cette dernière est précipitée en jaune, puis, ef par l'addition d’une plus grande quantité d'acide, en jaune orangé, et il se dépose, au bout de quelques minutes, des flocons d’un vert foncé, phénomène dont je tirerai parti pour expliquer Certaines colorations jaunes ou verdâtres que l’on voit souvent dans le

commencement de l'intestin grêle, quand il y a eu ingestion d’acide! sulfurique. Le sang est coagulé et noirci par l’acide sulfurique concen- | tré, à moins que celui-ci n’ait été employé en grand excès, car alors le coagulum est dissous , et la liqueur acquiert une couleur noire.

Expérience J', — J'ai empoisonné un on avec 3 grammes d'acide sul- | furique concentré dissous dans 260 grammes d’eau; l’œsophage et la verge | ont été liés. L'animal est mort au bout de sept HéUrE et demie. L’estomac contenait beaucoup d'aliments et environ 200 grammes d’un liquide noirâtre très-acide. J’ai chauffé le mélange alimentaire jusqu’à lébullition,

après y avoir ajouté 150 grammes d’eau distillée avec Jequele J'avais late l'estomac à plusieurs reprises; il s’est formé un eoagulum ; j'ai filtré; la! liqueur limpide et jaunâtre à été évaporée jusqu’au 6° de son volume et! après lavoir laissé refroidir, je l’ai filtrée de nouveau, puis je ai traitée par l'éther sulfurique, comme il vient d’être dit à l’occasion du vinaigrés, le liquide éthéré, privé de l’éther par l’évaporation spontanée, rougissaitle, papier de tournesol , et se comportait avec un sel soluble de-baryte et avec! du cuivre comme l'acide sulfurique ; la partie non dissoute par l’éther rete-

nait encore une portion de cet acide.

L'estomac, lavé à plusieurs reprises avec de l’eau distillée jusqu’à ce que ce liquide ne rougit plus le papier de tournesol, a été desséché, décomposé et carbonisé dans une cornue; le liquide son doté dans le récipient, traité par l’eau régale bouillante, renfermait du sulfate d'ammoniaque, et le chiorure de baryum fournissait avec lui un précipité blanc de sulfate de baryte insoluble dans l’eau et dans l'acide HOUANE : et décomposable par le charbon en sulfure de baryum.

Foie et rate. Ces deux viscères, séparés du corps immédiatement après la mort, ont été coupés par petits morceaux, et mis en contact avec dé l'eau distillée bouitlante ; après une heure d’ action J'ai vu que la liqueur n'était pas acide; je l'ai fait évaporer jusqu’à ce qu’elle fût réduite au 6£ de son volume, et, en la traitant par l’éther sulfurique , il m’a été impos® sible de déceler la présentée de l’acide sulfurique libre. |

Urine. J'ai précipité 6 grammes de ce liquide filtré par du chlorure dé baryum ; le dépôt, traité par un excès d'acide azotique concentré et pur, s’est en partie dissous ; la portion insoluble, parfaitement lavée et desséchée" 100 c. sur un filtre, pesait seize centigrammes.

Gette expérience répétée sur trois portions de la même urine n'a fourni les mêmes résultats.

Exrérience II, — J'ai empoisonné un chien avec 6 gammes d'acide sul furique concentré dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait, de bouillon et de café. L’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort deux heures quarante minutes après. L’estomac était perforé , et il y aväit dans l’abdomen une grande quantité d’un liquide noirâtre épanché; jai ramassé autant que j'ai pu les matières encore contenues dans ce viscère, ainsi que celles qui avaient été épanchées dans l’abdomen ; j'ai lavé l'estomac avec de l’eau distillée, et après avoir réuni ces diverses liqueurs, je les ai

fait bouillir pendant quelques minutes dans une capsule de porcelaine pour coaguler une partie de la matière animale ; j'ai filtré ; le fiquide était trausparent, jaunâtre et fortement acide. Évaporé jusqu’au 6° de son volume et filtré, il a été agité avec de l’éther sulfurique ; ce liquide a à peine dissous de l’acide sulfurique, et a laissé déposer une forte proportion de matière grasse, solide, d'un blanc jaunâtre, dans laquelle la majeure partie de l’acide était retenue; l’éther ne s'élevait que difficilement au-dessus de la masse graisseuse molle , en sorte que l’on n’obtenait pas une couche supérieure éthérée. Alors j'ai filtré le mélange à la fois éthéré et graisseux , et j'ai versé de l’eau distillée froide sur la graisse figée qui était restée sur le filtre; après plusieurs heures de contact, j’ai réuni les deux liqueurs filtrées, et je les ai agitées lentement dans un tube de verre avec de l’éther, de mauière à mettre plusieurs fois en contact l’éther et la matière huileuse. J'ai obtenu deux couches; la supérieure éthérée fournissait de l'acide sulfurique , facile à reconnaître , après avoir fait évaporer l’éther.

Il importe de remarquer qu’en agitant fortement et brusquement, V6ther s'unissait de nouveau avec la matière grasse, et l'on n’obtenait plus les deux couches.

Dans une autre expérience, j'ai vu que le liquide éthéré, alors même qu'il avait été agité avec précaution, ne contenait pas de l'acide sulfurique u quil en renfermait à peine; alors J'ai chauffé légèrement la couche graisseuse pour la liquéfier, et je l'ai étendue d’eau distillée. Le liquide rougissait le tournesol , précipitait abondamment par les sels de baryte so ubles , et fournissait du gaz acide sulfureux , lorsque je le faisais bouillir Jendant un temps suffisant avec du cuivre; il ne précipitait ni par le carsonate de soude, ni par l'acide fluorhydrique silicé, ni par le chlorure de latine ; ces caractères prouvaient jusqu’à l'évidence qu’il contenait de l'acide ulfurique et non un sulfate acide. 1] pourrait arriver que le chlorure de latine donnât un précipité jaune-serin , formé surtout par de la matière Wrganique; on s’assurerait facilement que ce précipité ne renferme pas de 0tasse, et que par conséquent il n’y avait pas de sulfate acide de potasse lans la liqueur suspecte , parce qu’il ne serait ni grenu ni adhérent au rerre dans lequel il serait agité. Rien n’est aisé comme de distinguer ce préipité de matière organique de celui que fourniraient les composés de otasse avec le chlorure de platine.

| Foie et rate. J'ai traité ces viscères par l'eau et par l’éther, comme il L été dit à l'expérience 1", et il m'a été impossible de constater la présence le l'acide sulfurique libre.

Urine. Six grammes de ce liquide m'ont fourni par le chlorure de ba-

ryum 15 centigrammes de sulfate de baryte.

Expérience IL. — J'ai fait avaler à quatre chiens à jeun depuis 200 uSqu'à 400 grammes d'un mélange alimentaire composé de lait, de boüillon de café, et je leur ai lié l’œsophage et la verge. Six heures après j'ai ué ces animaux, et je les ai ouverts. Les liquides contenus dans l'estomac le chacun de ces animaux , en quantité variable , ont été chauffés jusqu’à ‘ébullition dans des capsules de porcelaine et filtrés ; les liqueurs limpides [, 10

et jaunâtres, évaporées jusqu'au 6° de leur volume, ont été filtrées de noïtveau , refroidies et traitées par l'éther sulfurique ; la couche éthérée, éva: porée à froid dans une petite capsule de porcelaine, n’a laissé ni de l'acide sulfurique libre ni aucun sulfate acide: en effet, le résidu ne rougissait pas le tournesol , et ne précipitait point par le chlorure de baryum:. "un

Les quatre estomacs, ayant été parfaitement lavés avec de l’eau distillée, ont été introduits séparément dans des appareils distillatoires , et décomposés à une assez forte chaleur pour les réduire en charbon; les liquides recueillis dans les ballons, traités par l’eau régale bouillante, renfermaient tous une petite proportion de sulfate d'ammoniaque. De |

Foie et rate. Ges viscères se sont comportés comme ceux de. lexpé: rience 1'° (voy. p. 144). | if

Urine. Six grammes de ce liquide ont fourni par le chlorure de bary im deux fois cing centigrammes de sulfate de baryte, une fois six oi grammes, et une autre fois six centigrammes deux milligrammes. b

Expérwence LV.-— Désirant savoir si la présence du sulfate d’ammoniaque dans les liquides distillés et traités par Peau régale, dépendait d’une certaine quantité de soufre qui existerait dans l'estomac à l'état normal, et qui, para distillation à feu nu, se transformerait en sulfhydrate d'ammoniaque, owbier des sulfates naturellement contenus dans l'estomac, j'ai tenté l’expérient suivante. J'ai décomposé à feu nu dans une cornue un estomac et un cand intestinal d’un chien, après les avoir parfaitement lavés avecde l’eaudis tillée ; j'ai versé de l'azotate d'argent dans le liquide huileux et empyreuma tique recueilli dans le récipient, et j'ai obtenu un précipité assez abondani d’un gris foncé, dans lequel il devait y avoir, si l'on admettait l'existence di soufre dans l'estomac , du carbonate, du cyanure et du sulfure d'argent Ce précipité, bien lavé, a été traité par l'acide azotique pur et froid, qui dissous du carbonate d'argent; le dépôt est devenu noër; je lai convenæ blement lavé et-mis en contact avec de l’acide azotique bouillant pou transformer, s’il y avait lieu, le cyanure d'argent en acide cyanhydriqu volatil et en azotate d'argent, et le sulfure d'argent en acide sulfuriqu et en azotate d'argent ; la liqueur, étendue avec de l’eau distllée ;: a ét filtrée et précipitée par un excès d'acide chlorhydrique pur. Le liquid filtré de nouveau donnait par le chlorure de baryum un précipité de sul fate de baryte. Ces résultats , qui ont été confirmés par deux nouvelles ex périences faites avee l'estomac et les intestins de deux hommes adultes s'expliquent à merveille en admettant que les liquides distillés et recueilli dans le récipient renfermaient du sulfhydrate d'ammoniaque. - |

Expérience V. — J'ai voulu savoir si le chlore gazeux pourrait être em ployé avec succès pour déceler la présence de l'acide sulfurique combin: avec nos tissus. Pour cela, j'ai coupé en petits fragments l'estomac du adulte à l’état normalet je l'ai introduit dans un flacon avec 600 gramme d’eau distillée. Du chlore gazeux, parfaitement lavé, ayant traversé lei quide jusqu’à ce que les tissus fussent parfaitement désorganisés et trans formés en flocons d’un blanc jaunâtre et comme caillebottés, j'ai filtré À liqueur et je l'ai chauffée dans une capsule de porcelaine à la températul

de l’ ébullition: De nouveaux flocons se sont formés, et J'ai été obligé de filtremencore la liqueur ; j'ai évaporé et réduit au 6° de son volume le liquide filtré, et dès qu’il a été refroidi, je lai agité pendant deux minutes avec de l'éther sulfurique pur , ne se troubler pas par le chlorure de baryum ; j'ai filtré la liqueur élhérée et j'ai vu qu’elle fournissait avee le chlorure de baryum un précipité blanc de sulfate de baryte : donc elle renfermait de l'acide sulfurique libre, car le précipité n’était pas dù aux sulfates qui existent dans l'estomac, sHtéidu que, dans les conditions où jé tais placé, l’éther n aurait point dissous le plus léger atome de ces nu fates.

Cette expérience répétée deux fois m'a fourni les mêmes résultats,

En agissant de même avec de l’albumine des œufs , qui contient une quantité notable de soufre, j'ai également obtenu de l'acidé sulfurique , mais dans une proportion plus forte que lorsque j'expérimentais avec un poids égal des tissus de l’estomac.

Expérience VI. — J'ai introduit dans l’estomac d’un chien qui n’avait ni mangé ni bu depuis vingt-quatre heures 2 grammes d’acide sulfurique concentré, et j'ai lié l’œsophage et la verge. L'animal est mort au bout de dix-sept heures et a été ouvert aussitôt. Le fote et la rate, séparés immédiatément ; ont été coupés en petits morceaux et traités par l’eau distillée bouillante pendant une heure; le liquide à été évaporé jusqu’au 6° de son volume et filtré ; je l'ai alors agité avec de l’éther sulfurique (voy. p. 145). L’éther à été évaporé et a laissé un résidu qui , après avoir été dissous dans l’eau distillée , a donné avec Le chlorure de baryum un très-léger précipité insoluble dans l'acide azotique. La vessie contenait 120 grammes d’urine ; 6 grammes de ce liquide, traités par le chlorure de baryum et par l'acide azotique, ont fourni vingt-trois centigrammes de sulfate de baryte.

I résulte de ce qui précède : 1° que l’on décèle facilement la présence de Pacide sulfurique libre, en traitant par l’éther sulfurique les malières suspectes vomies ou trouvées dans le canal digeslif, après les avoir coagulées par la chaleur et avoir réduit au sixième de leur volume les fiquides filtrés ; 2° qu'il est aisé de s'assurer que cet acide ne provient pas d’un sulfate acide, parce que l’éther ne dissout aucun de ces sulfates dissous dans Peau, lorsqu'on l’agite avec eux pendant une ou deux minutes ; tandis qu’il suffit de ce temps pour dissoudre l'acide sulfuvique libre, et qu'alors même que l’on aurait dissous une petite proportion. d'un de ces sulfates, on reconnaitrait celui-ci aux caractères indiqués en parlant de l'acide sulfurique pur étendu d’eau (voy. p. 140 ); quil n'arrive presque jamais, dans un cas d’empoisonnement par l'acide sulfurique, si cet acide n’a pas été entièrement neulralisé par la magnésie où par tout autre alcali, qu’on n’en troyve pas assez à l’état deiberté pourle reconnaître à l’aide de l’éther, soit dans les liquides vomis ou dans ceux que l’on a retirés du canal digestif, soit dans les

eaux de lavage des matières solides suspectes ou des tissus du canal digestif: quiconque a essayé de laver l'estomac d’un individu empoisonné par l’acide sulfurique aura pu s’assurer que les eaux de lavage son! longtemps acides et renferment une certaine proportion de cet acide. alors même qu’elles proviennent d’un troisième et d’un quatrième lavages (1); 4 qu’une petite partie de l’acide sulfurique ingéré se combine avec les tissus du canal digestif, sans qu’on puisse le dissoudre dans l’eau distillée mème bouillante ; mais on ne peut pas en démon: trer lexistence en se bornant à décomposer ces tissus par le feu

comme on l'avait cru jusqu’à présent, ou bien en les détruisant par un courant de chlore gazeux, parce que l’estomac et les intestins, à l’état normal, soumis à l'influence d’une chaleur capable de les réduire en charbon ou à celle du PHIQES, fournissent également une certaine quan: tité d'acide sulfurique, à raison du soufre qu’ils renferment; 5° qu'il faut, pour parvenir à démontrer la présence de l’acide ob faire des expériences comparatives avec des poids égaux d’estomacs à l’étai normal , et d’autres appartenant à des individus empoisonnés : en effet, on obtient alors évidemment plus d'acide sulfurique des derniers que des premiers; mais qu’il serait dangereux, en médecine légalé, d’aë: corder à ce sortes d'expériences comparatives plus de valeur qu’elles n’en ont en réalité, parce qu’il pourrait se faire que, dans un c& d’empoisonnement, la proportion d'acide sulfurique combiné avec les tissus fût tellement faible, qu’elle différât à peine de celle que l’on obtiendrait avec les tous non empoisonnés. L’expert ne serait donc autorisé à émettre un doute à cet égard, que dans les cas où la quantité d'acide sulfurique extraite des tissus suspects serait beaucoup plus forte que celle qu'il aurait retirée des mêmes tissus à l’état normal, en expérimentant comparativement, et de la même manière, trois ou quatre fois, sur la même proportion de tissus appartenant à des individus différents ; 6° qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de constater la présence de l'acide sulfurique libre dans le foie et la rate des ani-

(1) Le fait rapporté par M. Blondlot, dans le numéro de janvier 1846 du Journal de chimie médicale, en opposition avec cette assertion, n’est pas de nature à me faire changer d’opinion. Il s’agit d’un enfant empoisonné par l’acide sulfürique, et dont l’estomac, macéré dans l’eau distiée tiède, au lieu de fournir un liquide acide, a donné une liqueur alcaline. MM. Devergie, Lesueur et Barsé, chargés par le tribunal de vérifier si l’expertise faite en premier lieu par MM, Braconnot et Blondlot était exacte, sont arrivés à la même conclusion qu’eux, s4voir que l’estomac ne renfermail aucune trace d'acide sulfurique libre. Qu'importe ? Le fait énoncé par moi est tellement positif et si facile à constater, que je ne balance pas à affirmer qu’il y a eu là une cause derreur qui à échappé aux experts,

maux empoisonnés par cet acide, même lorsqu'il a été donné trèsstendu, probablement parce qu’il sature promptement les alcalis qu’il rouve dans le sang et dans ces organes, et qu’il donne naissance à des ulfates solubles qui séjournent à peine dans ces viscères ; 7° qu’on ne saurait néanmoins contester qu’il soit absorbé, puisqu'il existe dans ’urine des chiens empoisonnés en proportion beaucoup plus forte que jans celle de ces animaux à l’état normal; 8° qu’il peut étre dès lors utile, dans un cas présumé d’empoisonnement par l'acide sulfurique, si es recherches tentées sur le canal digestif ont été infructueuses pour le lécouvrir, d'examiner quelle est la proportion de sulfate de baryte ournie par l'urine, comparativement à celle que donneraient les urines le plusieurs individus à l’état normal, parce que la différence pourrait {re telle que l'expert serait autorisé à élever, d’après ce fait, quelques soupçons d'empoisonnement, tout en étant excessivement réservé dans ses conclusions.

Procédé. On placera dans une capsule de porcelaine les liquides vomis, ainsi que les matières extraites du canal digestif, et on les fera Jouillir pendant quelques instants avec de l’eau distillée; on filtrera, L l'on agira sur le liquide filtré comme il a été dit aux expériences | et 2 (p.144), en ayant soin toutefois de réduire par l’évaporation au rentième de son volume au moins, la liqueur qui doit étre traitée par ‘éther. Si lon n’a pas obtenu de l'acide sulfurique, on coupera le anal digestif par petits morceaux, et on le malaxera pendant une ieure dans une capsule de porcelaine, avec un litre d’eau distillée froide ; e solutum filtré sera traité de la même manière que les matières dont e viens de parler. Si, après cette opération, on n’a pas encore obtenu le l'acide sulfurique libre, on desséchera les lambeaux du canal digesif, et on les décomposera à feu nu, dans une cornue, jusqu’à ce que a matière soit carbonisée; on traitera le liquide condensé dans le réipient par l’eau régale bouillante, afin de savoir combien il fournira le sulfate de baryte, lorsqu'on le décomposera par le chlorure de ba- ‘yum. Quelle que soit la proportion de ce sulfate, on cherchera, par les expériences comparatives, combien on obtient de ce sulfate d’un Joids égal de tissus du canal digestif de quatre ou cinq individus à l’état sormal, et à peu près du même âge que celui de la personne que l'on oupconne avoir élé empoisonnée. Si l'estomac avait été perforé, ce qui wrivera souvent, on recueillerait attentivement, à l’aide d’une petite apsule de porcelaine, les liquides épanchés dans la cavité abdominale, Jour être joints à ceux qui auraient pu être retirés de l'estomac et des ntestins; il faudrait encore malaxer pendant une heure, avec de l’eau listillée froide, le foie, le pancréas, la rate, les reins, la vessie, et utérus, afin de dissoudre dans l’eau les portions d'acide sulfurique

qui, par suite de l’épanchement, pourraient se trouver à la surface

ces organes ; le liquide provenant de ce lavage serait réuni à celui q aurait été épanché: on évite l'emploi de l’eau distillée bouillante, po ne pas s’exposer à dissoudre une quantité notable des sulfates qui fo naturellement parlie de nos tissus. M. Devergie, supposant que les : quides de l'estomac peuvent contenir de l'alcool, de l'acide acétique” de l'acide chlorhydrique, et que leur acidité peut dépendre de ces de acides et non de l'acide sulfurique, dit, qu'il faut, pour agir rigoure sement, distiller en vaisseaux clos à une température un peu au-dess de 100° centig., pour volatiliser d’abord l'alcool et ces deux acides, laisser l’acide sulfurique dans la cornue. À quoi bon ? En agissant ain: on complique l’opération sans aucun avantage ; en effet, on veut saw s’il y a de l’acide sulfurique, et non, s’il existe d’autres substances da les liquides : si l’on devait se préoecuper de tout ce qu’ils peuvent co

tenir, il n’y aurait pas de raison pour ne pas supposer qu’ils renfc

ment trente ou quarante matières autres que l’acide sulfurique. . seul fait dont il faille tenir compte est celui-ci: les liquides dans le quels on a constaté la présence de l'acide sulfurique, à l’aide du tourt sol, du sel de baryte et du cuivre, renferment-ils de l’acide sulfuriq libre, ou un sulfate acide ? On conçoit en effet que, s’il existait un ces sels, ceux-ci se comporleraient avec les trois réactifs indiqu comme s’il y avait de l’acide sulfurique libre. Pour résoudre ce pr blème il faut savoir que, si l'éther dissout à froid uné petite portion certains sulfates acides pulvérulents, quand on lagite pendant longteny il n'en dissout aucun, comme je l'ai déjà dit, lorsqu'on l’agite avec « mêmes sulfates acides dissous dans l’eau, pendant une ou deux minutes

Si, après avoir traité les liqueurs suspectes par l’éther, on voit q celui-ci ne contient pas d'acide sulfurique , on devra déterminer si résidu qui n’a pas été dissous par l’éther ne renferme pas un sulfe acide. Pour atteindre ce but, on dissoudra dans l’eau ce résidu, air que la matière qui s'était déposée pendant la réduction du liquide trentième de son volume, et qui était restée sur le filtre; cette dissoluti contiendra un sulfate acide, si elle se comporte comme il a été dit à page 140, en parlant de l'acide sulfurique étendu.

IL est évident que les sulfates neutres de magnésie, de potasse ,1 soude, de chaux, ete., résultant de l’action de l’acide sulfurique sur c bases, que l’on aurait pu administrer au malade comme contre-poison et qui pourraient se trouver dans le liquide dont je parle , n’altèrent" rien les résultats des expériences qui ont pour but de démontrer $ existe ou non de l’acide sulfurique libre, puisque tous ces sulfates 50 insolubles dans l’éther.

Acide sulfurique dans un cas où la magnésie ou toute autre base al&

DE L’ACIDE SULFURIQUÉ. 151 e aurait été administrée comme contre-poison. L'expérience prouve alors même que l’on à fait prendre des doses assez considérables de gnésie, les liquides de l’estomac renferment encore souvent de l'acide fuvique libre, que l’on reconnaîtra comme il a été dit précédemment, | n’en était pas ainsi, il faudrait s'attacher à constater dans les liqueurs spectes la présence du sulfate de magnésie ou de tout autre sulfate qui serait produit par l’action de l'acide sulfurique sur la base alcaline e l’on aurait administrée comme contre-poison. Ici l’expert sera avanreusement guidé par les indications fournies par le médecin chargé de pner des soins au malade. Je n’entrerai pas. dans des détails à cet ard , parce qu’on trouve dans tous les ouvrages de chimie les caraces des sulfates que l’on peut être intéressé à reconnaître ; je dirai utefois qu'il faudrait, dans ces cas , évaporer Îles malières jusqu’à sict6 et laisser le produit dans l’eau distillée froide pendant plusieurs sures : on dissoudrait ainsi le sulfate formé el une portion de matière ganique; le liquide filtré serait évaporé , desséché et légèrement carynisé dans une capsule de porcelaine ; il suffirait de traiter le char- »n par l’eau distillée pour dissoudre le sulfate. Acide sulfurique dans un cas d’exhumation juridique. Le 12 mars 326., on introduisit dans un bocal à large ouverture, exposé à l'air, )0 grammes d'acide sulfurique concentré, le quart d’un foie humain jupé en morceaux, et une portion d’un canal intestinal. Le 15 du même ois, la matière, d’un brun noirâtre, était réduite en une sorte de juillie d’une odeur aigre, nauséabonde ; elle rougissait fortement le apier de tournesol , et donnait par le chlorure de baryum un précipité >ondant de sulfate de baryte blanc, insoluble dans l’eau et dans l'acide otique : chauffée dans une fiole avec du cuivre métallique , elle tardit beaucoup à dégager du gaz acide sulfureux, apparemment parce ue l'acide avait été affaibli par l’eau contenue dans les matières aniales: cependant, en continuant à chauffer, on oblenait une quantité otable de ce gaz, et il se formait du sulfate de cuivre, Le 26 mai 1827, est-à-dire vingt-deux mois et demi après le commencement de l’expéience, la masse était sous forme d’une bouillie noire, jouissant de tous $ caractères ci-dessus indiqués ; le mercure, qui fut substitué au uivre pour dégager de l'acide sulfureux, se trouva transformé en sulate de protoxyde: Dans l'intervalle de ces deux époques, la matière fut xaminée au moins vingt fois, et fournit constamment les mêmes résultats. Acide sulfurique faible. Le 18 juillet 1826, on mêla dans un bocal à arge ouverture, exposé à l'air, un gramme d'acide sulfurique concen{ré, in litre d'eau, et environ le tiers d’un canal intestinal humain. Le 12 août uivant, le liquide était d’un blanc jaunâtre, rougissait fortement l’eau le tournesol, et donnait par les sels solubles de baryte un précipité

blanc insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique. On voulut savoir si, en le concentrant et en le faisant bouillir avec du mercure, on obtiendrait du gaz acide sulfureux ; mais le liquide qui contenait beaucoup de matière animale se boursoufla, et se répandit avant qu’on eût pu senlir ce gaz. Le 21 mai 1827, c’est-à-dire neuf mois et trois jours après le commencement de l’expérience , le mélange exhalait une odeur insupportable : on l’étendit d’eau distillée et on filtra ; le liquide filtré rougissait à peine le papier de tournesol, parce que la majeure partie de l'acide sulfurique avait été saturée par l’ammoniaque provenant delà putréfaction ; aussi lorsqu'on le faisait bouillir avec de la chaux vive, ce sulfate d'ammoniaque se décomposait-il, et obtenait-on un grand dégagement d’ammoniaque. Ce même liquide fournissait, avec les sels de baryte, un précipité blanc abondant de sulfate de baryte insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique; concentré par l’'évaporation et bouilli avec du mercure, il ne laissait point dégager de gaz acide sulfureux, quoiqu’il eût été réduit presque jusqu’à siccité. Voyant qu’il était impos- Sible par ce moyen de prouver que l'acide libre de la liqueur fût de l'acide sulfurique, on eut recours au procédé suivant. Une portion de celle liqueur fut traitée à froid par du carbonate de chaux pur que l’on avait fait préalablement bouillir dans de l’eau distillée , et qui ne con(enait pas un atome de sulfate ; il n’y eut point d’effervescence ; après dix minutes d’agilation, on filtra. La masse blanche qui était sur le filtre, lavée avec de l’eau distillée, pour lui enlever tout l'acide sulfurique et le sulfate d'ammoniaque qu’elle pouvait contenir, fut desséchée et traitée dans une fiole par de l’eau distillée bouillante ; la dissolution filtrée né contenait point de sulfate de chaux , car elle ne se troublait ni par le chlorure de barytm ni par l’oxalate d’ammoniaque. Il est donc évident que la quantité d'acide sulfurique libre qui existait dans cette liqueur élail tellement faible , qu’il se forma à peine du sulfate de chaux, et que le peu qui s’en produisit trouva assez d’eau pour se dissoudre dans le liquide employé pour laver le précipité.

Quatre grammes d'acide sulfurique concentré furent placés le 10 novembre 1826, avec une portion d’un canal intestinal, dans un vase de porcelaine ; celui-ci fut à son tour enfermé dans une boîte de sapin que l’on enterra à 82 centimètres de profondeur. L’exhumation de cette boite eut lieu le 30 avril 1828, dix-sept mois vingt jours après l’inhumation: L’intestin était à peine jaune, et semblait nager dans un liquide grisâtre, légèrement trouble ; ce liquide rougissait le papier de tournesol, faisait effervescence sur le carreau , fournissait , avec les sels de baryte, un précipité blanc, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique, et donnait, lorsqu'on le faisait bouillir avec du mercure, du gaz acide sulfureux ; donc il contenait de l'acide sulfurique libre : toutefois il fallait,

pour constater ce dernier caractère , prolonger l’ébullition presque jusqu’à siccité, probablement parce que l'acide avait été singulièrement ffaibli par l'humidité des intestins.

Pétablirai donc : 1° qu’il est possible de constater la présence de l’aside sulfurique concentré, plusieurs mois et même plusieurs années après son mélange avec des matières animales ; 2° que si cet acide a été rès-affaibli, et mèlé avec des substances qui, en se pourrissant, ont dégagé beaucoup d'ammoniaque , il est saturé par cel alcali au point qu'il n’y en a plus ou presque plus de libre au bout de quelques mois; 30 que dans ce cas il ne serait plus permis de couclure qu'il y à eu empoisonnement par l'acide sulfurique ; que tout au plus on pourrait, d'après la présence du sulfate d'ammoniaque, que je suppose avoir été obtenu eristallisé et bien caractérisé, établir quelques probabilités d’empoisonnement, ce sulfate ne faisant ordinairement partie ni des matières alimentaires, ni de celles qui composent le canal digestif.

Acide sulfurique introduit dans le canal digestif après la mort.— Expérience ['°, — Un petit chien a été pendu à midi; cinq minutes après, on à injecté dans le rectum environ 24 grammes d'acide sulfurique marquant 66 degrés. L'ouverture du cadavre a été faite le lendemain à deux heures. La surface extérieure des gros intestins, depuis l'anus jusqu’à : douze travers de doigt au-dessus, était épaissie , d’une couleur blanche , et parsemée d’une multitude de vaisseaux injectés en noir et durs, comme si le sang eût été décomposé par l'acide sulfurique. La membrane muqueuse correspondante à toute cette portion était jaunâtre et se détachait facilement sous forme de flocons lorsqu'on la frottait légèrement avec le scalpel ; la tunique musculeuse était blanche; il n’y avait aucune trace de rougeur ; l’acide sulfurique n’avait point noirci et charbonné les tissus avec lesquels il avait été mis en contact ; on voyait près de l’anus quelques matières fécales que l’acide avait attaquées ; la portion des intestins placée au-dessus de la partie altérée était saine et comme dans l’état naturel.

Exrériexce Il. — La même quantité d'acide sulfurique concentré fut in jectée dans Je rectum d’un gros chien très-bien portant. Il ne tarda pas à éprouver des douleurs cruelles, et périt pendant la nuit.

Ouverture du cadavre. L’intestin rectum et la moitié inférieure du colon était tellement amincis par la destruction de leurs tuniques muqueuse et musculeuse, qu'au moindre contact ils se déchiraient et ne pouvaient être séparés que par fragments. Ges lambeaux, d’une couleur grise cendrée, étaient parsemés à l'extérieur d’une multitude de petits vaisseaux injectés en noir et durcis; on voyait à leur surface interne des matières fécales altérées , que l’on pouvait enlever facilement : alors on trouvait un enduit épais, brun grisâtre, reste des deux tuniques muqueuse et musculeuse qui avaient été gangrenées : cet enduit pouvait être séparé à l’aide du couteau. La moitié supérieure du colon offrait à l'intérieur une couche jaune floconneuse , produite probablement par la matière jaune de

Ja bile qui avait été mise à nu par l'acide sulfurique; la membrane muscu) leuse correspondante à cette portion paraissait grisé à sa face muqueuse, et d’un rouge foncé à sa face séreuse; elle était aussi parsemée de vaisseaux injectés en noir; enfin la tunique séreuse était d’une couleur cendrée ; le cœcum et l’iléum offraient une altération analogue, mais moins intense; les autres portions du canal digestif étaient saines.

Exvérience [IT — Un gros chien caniche à été pendu; vingt-quatre heures après, on a introduit dans le rectum environ 24 grammes d'acide sulfurique concentré, qui a porté son action principale sur des matières fécales qui existaient en assez grande quantité dans l’intestin : aussi celles*eil se trouvaient-elles noircies , tandis que les tissus n'étaient que gr grisätres (voy. p. 153). |

Taches produites par l’acide sulfurique. Les draps bleus et noirs”et les chapeaux sont colorés en rouge par cet acide ; mais la couleur passe souvent au brun au bout d’un certain temps. Le cuir ne se colore-pass sa substance est détachée là où l’acide a été placé. En général, si l'acide sulfurique employé était concentré, la tache reste humide pendant longs temps, parce que l’acide attire la vapeur d’eau contenue dans l'air.

Faudra-t-il, comme le prescrit M. Devergie, recourir à la décompos -Sition par le feu des parties tachées pour reconnaître qu’elles ont été mouillées par de l'acide sulfurique ? « Dans tous les cas, dit notre con: frère , c’est encore le procédé que nous avons conseillé pour l'acide sul: furique étendu d’eau qu’il faut suivre (décomposition par le feu), car on n’a qu'à éviter un seul écueil, celui qui pourrait résulter de l'erreur commise en prenant pour de l'acide sulfurique ce qui serait seulement le résultat de l’action d’un sulfate acide. » Et plus bas : « Ici, et princi= palement lorsqu'il s’agit de l’analysé des taches, on n'obtient que des quantités très-petites d'acide sulfurique par suite de la décomposition dés malières végétales dans la petite cornue, Il est donc nécessaire d’en ployer dans l’examen de la liqueur ammoniacale des réactifs plus délicats et dont les effets sont plus appréciables. » (Page 215 de l'ouvrage cité.)

Il est facile de démontrer qu’il est urgent de renoncer au procédé que . propose M. Devergie; en effet, en décomposant par le feu du cuir, du drap bleu ou noir, un morceau de chapeau noir, non tachés par l'acide sulfurique, on obtient dans le récipient un liquide contenant une quanlité notable de sulfite acide d’ammoniaque, et qui fournira du sulfate de Laryte après avoir été traité par l’eau régale et par le chlorure de baryum. Ce résultat aurait été facilement prévu, si l’on avait eu égard aux considérations suivantes.

1° Pour teindre le coton et Le fil en bleu, on Mpnee à l’alunage, puis on plonge les tissus dans la cuve d’indigo à froid, ou à la couperose

‘sulfate de protoxyde de fer). Si l’on veut obtenir la même couleur avec e bleu de Prusse, on emploie tantôt 1/,, d'acide sulfurique, nl ju’sulfate de fer.et 1/,5, du même acide.

2 Pour teindre les draps en bleu à l’aide de lindigo, on se sert de la uve À la chaux et au vitriol (sulfate de fer), où bien on dissout l’indigo dans l'acide sulfurique concentré. Dans la teinture en bleu par le campèche, on alune d’abord l'étoffe.

3° Pour teindre en noir, on commence par teindre la laine, le coton et le fil en bleu, puis on les plonge dans une dissolution de sulfate de fer, elc.

4 Dans la teinture des chapeaux on emploie aussi le sulfate de fer, et pour les chapeaux de feutre on fait usage d'acide sulfurique.

5° L’acide sulfurique est devenu d’un usage journalier dans les tanneries de tous les pays où l’on fait des cuirs forts, pour le gonflement des peaux, et même dans quelques-unes pour la dépilation de ces peaux.

6% On sait enfin que la matière du cirage se compose d'acide sulfurique, d'huile d'olives, de gomme, de sucre candi et de noir d'ivoire.

Est-il étonnant, après ces faits, que les étoffes ainsi teintes , le feutre et le cuir décomposés par le feu, fournissent de l'acide sulfureux qui provient de l'acide sulfurique ou des sulfates LUE dans ces matières ?

J'ai voulu savoir jusqu’à quel point l’eau distillée froide pourrait découvrir l’acide sulfurique qui aurait produit les taches dont je m'occupe. Constamment j'ai obtenu cet acide, en laissant macérer dans l’eau froide pendant une heure les parties de drap, de chapeau ou de cuir tachés de très-petiles portions d'acide sulfurique concentré ou affaibli, même Lorsque j'opérais sur des taches anciennes. Les liquides rougissaient le papier de tournesol, et donnaient avec le chlorure de baryum du sulfate de baryte blanc, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique, et susceptible d’être transformé en sulfure de baryum par le charbon. Maïs constamment aussi j’ai obtenu les mémes résultats en agissant sur le même drap, sur le même chapeau, sur le même cuir, non tachés par l'acide sulfurique ; à la vérité, le papier de tournesol était à peine rougi et le sel soluble de baryum très-légèrement troublé. (Voy. mon mémoire dans le Journal de chimie médicale de septembre 1841.)

La Lancette anglaise du 2 octobre de la même année rapporte une expertise confiée au D' Robert Dundas Thomson, qu'il ne sera pas sans intérêt de consigner ici, Une femme, dans un accès de colère, jeta à la figure d'un homme une grande quantité d'acide sulfurique, qui fut en partie répandu sur son chapeau. Les parties tachées en rouge furent traitées par l’eau distillée bouillante, et il fut aisé de reconnaître dans le

156 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | liquide la présence de l'acide sulfurique ; mais aussi, en traitant les portions de chapeau non tachées de la même manière, la liqueur obtenue fournit de l’acide sulfurique. Ces résultats, conformes à ceux que! j'avais décrits dans mon mémoire, engagèrent M. Thomson à détermi-| ner la proportion d'acide sulfurique qu’il était possible de recueillir, en soumettant aux mêmes opérations une égale quantité de chapeau taché et non taché, et il vit que la partie tachée donnait 10 centigrammes de sulfate de baryte, tandis que la partie non tachée n’en fournissait que 2 centigrammes 5 milligrammes. |

D'après ce qui précède, l'expert chargé de résoudre la question que J'agite devra laisser les parties tachées dans l'eau distillée froide pendant: deux heures. Si le liquide filtré rougit le tournesol, qu'il précipite un sel soluble de baryum, et qu’étant évaporé jusqu’à siccité avec du cuivre mélallique, il fournisse du gaz acide sulfureux, on déterminera si ces | effets sont dus à la présence d’un sulfate acide, d’après les moyens indi- | qués à la page 140; s’il reconnait que la tache n’est point produite par | l’un de ces sels , il pèsera le sulfate de baryte obtenu, et il en compas | rera le poids à celui qui aura été donné par une égale proportion du: méme drap, du méme chapeau ou du méme cuir non tachés et traités de la même manière. 1

Si par hasard, ce qui n’arrive que très-rarement , l’acide sulfurique qui à produit les taches n’était pas dissous par l’eau, il faudrait pro= céder à la décomposition par le feu des parties éachées, en ayant soin. toutefois de soumettre aussi à la distillation à feu nu une égale quantité de drap, de cuir, etc., non tachés. La proportion différente de sulfate de baryte oblenue en dernier ressort par l’un ou l’autre de ces procédés pourrait permettre à l’expert de se prononcer d’une manière certaine, si. la différence était appréciable. (Mémoire cité; voyez Journal de chimie médicale ; p. 484, numéro de septembre 1841.)

Taches produites par l'acide sulfurique mélangé depoudre à canon

et d'encre de Chine. «Le 31 mai 1849, la dame Deladvignière, accom pagnée de sa mère et de sa tante, arrivaient à l'extrémité du Pont-Royal,

Se dirigeant vers le quai des Tuileries, lorsqu'un homme en blouse, qui la suivait depuis quelque temps, lui lança à Ja figure une liqueur corrosive. Cette malheureuse jeune femme sentit aussitôt, ce sont ses expressions, & peau se crisper et brüler. Elle fléchit sur elle-même, en poussant des cris de douleur et d'effroi : c’est du vitriol ! dit-elle.

«On lui porta sur les lieux mêmes les premiers secours; sa mère et

tante, atteintes comme elle, mais moins dangereusement, oublièrent leurs propres souffrances pour ne s'occuper que des siennes. Toutes trois furent ensuite conduites en voiture chez leur médecin, La dame Deladvignière était

presque sans connaissance , dans un état affreux, ayant au visage de larges [taches de brûlure. L’acide avait atteint le cou, la poitrine, les joues, et [surtout les yeux.

«L'auteur du crime fut immédiatement arrêté. Il tenait une fiole d’une main, un verre de l’autre; ce verre, qu’il jeta, fut ramassé ; quant à la |fiole, il l'avait encore en arrivant au poste de l’Orangerie; elle renfermait un reste de liquide noir.

«Cet homme en blouse était Deladvignière, le mari de la victime. I |s’était ainsi déguisé , dit-il, pour ne pas être reconnu de sa femme et de sa belle-mère, qui auraient pu se sauver de Jui. Son but, en commettant cet odieux attentat, qu'il ne chercha et ne pouvait chercher à nier, était, suivant lui, d'aller devant la Cour d'assises, parce que, deux fois déjà , il ne lui avait pas été permis de s’expliquer en justice. IL avoua qu’il avait eu {d’abord la pensée de brûler la cervelle à sa femme et à sa belle-mère; mais lil y avait renoncé à cause de son enfant. «On trouvera, dit-il, dans ma rmalle, deux pistolets chargés par moi dans cette intention.» Ces pistolets ont en effet été saisis. |

«Dans Pinstruction , l'accusé a déclaré qu’il avait mêlé au vitriol dont il |s’était servi de l'encre de Chine et de la poudre pour en diminuer l’action. Ge mélange, en rendant le liquide plus adhérent, devait, ce semble, en assurer les effets toujours si redoutables. Ce qui est au moins certain , C’est que, d’après l’analyse chimique faite par l'expert Chevalier, le liquide contenu dans la fiole saisie sur Deladvignière est de l'acide sulfurique, plus connu sous le nom d'huile de vitriol, acide qui jouit d’une action énergique et destructive. Sa coloration est due au contact d’une matière organique susceptible de se carboniser, Enfin, l'événement n’a que trop prouvé combien était désastreuse l’action de ce liquide, et quels ravages il pouvait exercer. |

«L'œil gauche de la dame Deladvignièré est complétement perdu ; les paupières ont été rongées par l’acide et font corps avec le globe, affaissé et déformé. L'œil droit avait donné des craintes sérieuses. L’ulcération qui exis{ait à la partie inférieure externe de la cornée s’est heureusement cicatrisée sous l'influence d’un traitement très-énergique ; mais on prévoit que le renversement partiel de la paupière déterminera un larmoiement trèsincommode; le côté gauche de la figure portait des cicatrices profondes. Le docteur commis par la justice évalue à plus de deux mois la durée de l’incapacité de travail. à | «Ge médecin a constaté en outre l'existence d’ulcérations à l'angle droit de l'œil gauche et au cou de la dame veuve Veyssié, mère de la dame Deladvignière. Ces ulcérations ont nécessité un traitement de moins de vingt Jours. «(Enfin , à la mème époque , l’inflammation de l'œil droit de la demoiselle Anna Veyssié, tante de la victime, et les plaies du front étaient peu graves; elles ont entraîné une incapacité de travail pendant quinze jours seulement, | «Quel pouvait être le motif réel de ce crime ? Deladvignière a épousé la demoiselle Veyssié le 20 juin 1846, Un mois après le mariage, il disait à

sa femme que, si elle le quittait pour un motif ou pour un autre;äla défigurerait et la tucrait. | + «Gelle-ci, pour échapper à ses menaces et à ses mauvais traitements; ui demanda sa séparation de corps, qui fut prononcée par le tribunal de Civray (Vienne), et, sur l’appel du mari, par la cour royale de Poitiers. «Deladvignière eut alors l’idée de déposer contre sa belle-mère ‘ne plainte en faux témoignage et en subornation de témoins. Gette plainte n’eut aucun succès. De là, son profond ressentiment. " «Cest à cette époque, il l’avoue, qu’il prit la résolution , si cruellement et si fatalement exécutée le 31 mai dernier. L'idée lui en était venue“ paravant; On l’a vu par les menaces faites à sa femme. 4 «Pendant l'instance en séparation de corps, il avait dit aussi, devant un, témoin, que sa femme ne jouirait pas de sa belle figure, parce qullà défigurerait. | 4 « On conçoit difficilement que la pensée puisse s'arrêter longtemps sur un acte de cette nature; et pourtant Deladvignière poussait l'exécution de son. projet avec une coupable persévérance. Un mois avant le crime, il se met

en rapport avec le porteur d’eau de la dame Veyssié, pour savoir sis femme et sa belle-mère sont à Paris, et il lui recommande bien de ne rien dire «s'il arrive quelque chose.» Le 31 mai, quand il quitte son hôtel,äl: paraît aussi calme qu'à l'ordinaire. I} suit à Saint-Thomas-d’Aquin cs dames qui vont assister à une messe de mariage, ét à, dans cette égliseil reste deux heures à les épier : l’idée de son crime ne le quitte pas: “ «Deladvignière persiste à alléguer pour sa défense qu’il n’a eu d'autre motif que le désir de paraître en justice, pour s'expliquer sur sa conduite passée et sur les jugements qui le frappent. Il voulait, dit-il, «simuler ün acte criminel. » Il a essayé sur lui-même, s’il faut l’en croire, les effets de l'acide dont il a fait usage contre sa femme, et au bout de quatre ou cinq jours, la plaie s'était cicatrisée sans laisser aucune trace. Quant à sa belle: mère el à la demoiselle Veyssié, si elles ont été blessées, ce n’est, ditsils qu'accidentellement. dual | ÿ «Mis en demeure de fournir les explications qu’il se promettait de donnét à la justice, il a d'abord demandé le temps de la réflexion, et, après avoir pris cinq jours pour mettre en ordre ses différents griefs, il a annoncé l'intention de déposer contre sa belle-mère et sa femme une plainte en faux témoignage , subornation de témoins et de juges, en escroquerie et en diffamation. R «Dans ces récriminations il n’a pas épargné les juges qui ont prononcé la séparation. Le véritable motif de son crime, c'est précisément la séparätion de corps. Il a réalisé la terrible menace qu'il faisait à sa femme un mois après son mariage. Quant à l’innocuité de l'acide, c’est une dérision cruelle, en présence des ravages consiatés sur sa victime. On ne saurait admetiré enfin que sa belle-mère et la demoiselle Veyssié aient été accidentellement blessées ; la dame Deladvignière a remarqué un double mouvement, la direction du liquide a été telle, en effet, que, pour elle, la projection ati se fuire de bas en haut; pour sa mère et sa tante , de haut en bas, !

«Ainsi, quand le commissaire de police disait à l’aceusé : « Vous êtes ineulpé d’avoir lancé à la figure de votre femme et de votre belle-mère un liquide qui leur a fait des blessures? — Oui», a-t-1l répondu, et en même temps il avouait sa première idée de brüler la cervelle à sa femme et à sa belle-mère. Comme il les confondait dans son ressentiment , il les a enveloppées dans la même vengeance.

«En conséquence, Joseph-Achille Deladvignière-Gorderoÿ est accusé :

«1° D'avoir, le 31 mai 1849, volontairement et avec préméditation, fait des blessures à Éléonore-Marie Veyssié , son épouse, desquelles blessures ilest résulté une incapacité de travail personnel, pendant plus de vingt jours; 29 D’avoir, le même jour, volontairement et avec préméditation, fait des blessures à la dame veuve Veyssié et à Anna Veyssié ; | «Grimes et délits prévus par les articles 309, 310 et 311 du Code pénal. »

Deladvignière, reconnu coupable par le jury, avec circonstances atténuantes, ést condamné à dix ans de réclusion et 10,000 francs de dommages-intérêts.

Tachés produites par un mélange d'acide sulfurique et de poudre. Si l'on verse peu à peu , el par pelites parties, 2 grammes de poudre de chasse dans 8 grammes d’acide sulfurique concentré, on aperçoit, au bout de quelques minutes , une légère effervescence , et bientôt après, il se dégage d’abondantes vapeurs blanches d'acide azotique, par suite de la décomposition de l’azotate de potasse par l'acide sulfurique. Le mélange ne s’enflamme pas , et l’on n'obtient pas des vapeurs orangées d’acide hypoazotique. Si, au contraire, on jette tout à coup sur 8 grammes du mème acide sulfurique concentré , 2 grammes de la même poudre, il y a une vive effervescence, déflagration presque instantanée et dégagement de vapeurs blanches et orangées; la température est notablementélevée. Si au lieu de 2 grammes de poudre, on n’en jette tout au plus que © gramme dans 8 grammes d'acide, il n’y a point de déflagration ; la réaction s'opère avec effervescence, sans dégagement de vapeurs orangées, et avec une légère élévation de température. Dans une de mes expériences, 4 gramme de poudre, mélangé tout'à coup avec deux ou trois gouttes d'acide sulfurique, s’est enflammé presque subitement; il y'a eu effervescence et dégagement de vapeurs orangées. Je dirai, à cet égard, que toutes les poudres de chasse ne se comportent pas de même avec l'acide sulfurique , et que, pour certaines d’entr’elles, on n’obtient la déflagration qu’en les employant à des doses plus élevées ; leur degré de sécheresse rend peut-être raison de celte différence, Quoiqu'il en soit, il n’en est pas moins établi, par ce qui précède , qu’on ne peut se procurer des mélanges d’acide sulfurique, et d’une quantité notable

de poudre , qu’en prenant la précaution d'ajouter celle-ci peu à peu e: par pelites parties. |

Les moyens chimiques propres à faire connaître la nature du mélange dont je parle, doivent tendre à prouver qu’il contient de l'acide sulfurique et de l'acide azotique libres, de l’azotale et du sulfate de potässe du soufre et du charbon, puisque la poudre est composée d’azotatétde potasse, de soufre et de charbon, et qu’une partie de cet azolale à di étre décomposée par l'acide sulfurique.

Procédé. On ajoute deux parties d’eau distillée au mélange, la température s'élève et il se dégage des vapeurs orangées; au bout de vingt: quatre heures , il s’est déposé une poudre noire composée de charbonse de soufre; le liquide surnageant contient de l’acide sulfurique ed l'acide azotique libres, de l’azotate et du sulfate de potasse. Le dépôk lavé jusqu’à ce qu’il ne rougisse plus le papier de tournesol , est dessé: ché el chauffé dans un tube de verre; le soufre se sublime, et le char: bon reste au fond du tube ; ilse dégage un peu d’acide sulfureux. |

Quant au liquide séparé par décantation et réuni aux eaux de lavag du dépôt noir, s’il est introduit dans une cornue et chauffé à 100° en: viron , il fournit dans le récipient une petite proportion d’acide azotiqu rougissant le tournesol , et colorant en rouge de sang la narcotine ja nie par un excès d’acide sulfurique; si on sature ce liquide par du car bonate de potasse, et qu'après on l’évapore jusqu'à siccilé, on obtien de l’azotate de potasse solide, facilement reconnaissable. La matièr qui reste dans la cornue, quandelle a été refroidie, contient du sulfatedi potasse, lequel est même souvent cristallisé ; dans ce cas, on peut s'assure que le liquide qui surnage ces cristaux renferme une petile proportio! d’azotate de potasse qui a échappé à la décomposition. Qu’il.y ait, @& outre, dans ce liquide, de l’acide sulfurique libre, cela n’est pas dou: teux, puisqu'après l'avoir décanté et séparé des cristaux de sulfate di potasse, il donne , avec du carbonate de baryte, du sulfate de barytes

Taches produites par un mélange d'acide sulfurique et d'encre d Chine. On sait que l’on prépare l'encre de Chine en précipitant une dé coction de gélatine par le tannin, en dissolvant le précipité dans ut excès d’'ammoniaque, en ajoutant du noir de fumée, en évaporant tout jusqu’à siccité et en aromatisant avec du musc ou du castoréum Cette encre est donc une matière charbonneuse fortement azotée et très: sensiblement musquée. L’encre de Chine est complétement soluble dam Veau chaude; le liquide filtré est noir, d’une odeur musquée el sal} action sur les papiers colorés; le chlore ne le décolore pas, mais il précipite en gris noirâtre; le liquide surnageant est légèrement gris ; tannin précipite la dissolution aqueuse d'encre de Ghine en gris ardoise

Le mélange de 2 grammes d'encre de Chine et de 8 grammes d’acide sulfurique concentré est très-épais et d'une odeur musquée ; additionné de 200 grammes d’eau, il laisse déposer, au bout de vingt-quatre heures, une matière noire pulvérulente ; le liquide qui le surnage est légèrement ambré et d’une odeur un peu musquée ; on y décèle facilement la présence de l'acide sulfurique. La matière noire, lavée sur un filtre jusqu’à ce que l’eau de lavage ne rougisse plus le tournesol, conserve encore l'odeur musquée ; il en est de même après qu'elle a été desséchée ; chauffée dans un petit tube de verre, elle fournit des vaveurs ammoniacales bleuissant le papier de tournesol rougi. Laissée dans l’eau pendant vingt-quatre heures, elle donne un liquide noir; si on décante celui-ei, et qu’on lave à l'eau froide jusqu’à ce que le liquide sorteincolore, la matière noire ne colore plus l’eau même bouillante ; dans ceb état elle conserve encore une légère odeur musquée. Le liquide, après avoir été réuni à l'eau de lavage, s’il est filtré el évaporé jusqu’à réduction à 60 grammes environ , se trouble et laisse déposer sur les parois de la capsule, un produit blanchätre , soluble dans l’eau listillée; cette dissolution précipite abondamment par le tannin et par

‘alcool. Le liquide, qui surnage ce produit blanchâtre, est limpide ; vaporé jusqu'à siccité, il laisse un résidu jaunâtre, légèrement luant, adhérant assez for lement à la capsule.

Taches produites par un mélange de 8 grammes d'acide sulfurique, le 1 gramme de poudre et de 5 décigrammes d'encre de Chine. Si l’on tend ce mélange d’eau distillée , on obtient un liquide à peu près inolore, et un dépôt noir ; en continuant à laver, jusqu’à ce que la presue totalité de l’acide ait été dissoute, le liquide est encore incolore ; > le désignerai par 4. A dater de ce moment, si on opère de nouveaux avages, une portion du dépôt noir se Aout (matière noire de l’encre e Chine). Les eaux de lavage B sont noires, même après avoir été ltrées ; le dépôt noir restant et non dissous, sera désigné par C. À renerme de l'acide sulfurique, de l'acide azotique, du sulfate et de l’azoite de potasses il sera reconnu comme il a été dit à la p. 160.

B contient encore de l'acide sulfurique , un peu d'acide azolique et la satière noire de l'encre de Ghine. Si on le sature par du carbonate de aryte, il se précipite du sulfate de baryte; si on filtre pour séparer ce el, et que l’on chauffe lentement dans une cornue le liquide filtré de oétéur noire, on obtient un produit solide, lequel fournit, par Pacion Métièure du feu, des vapeurs acides, el laisse du charbon proenant de l’encre de Cine,

C. Le dépôt © est principalement formé de soufre et de char bon ; on épare ces deux corps en sublimant le soufre, comme il a été dit à \ p. 160.

Je ferai observer en terminant, que lodeur musquée du mélange d'acide sulfurique, de poudre et d’eucre de Chine , est beaucoup moins sensible que celle que l’on sent, lorsqu'on a mêlé celte encre avec"de l'acide sulfurique, sans addition de poudre. |

Cet acide est limpide et incolore; son odeur est piquante et semblable

à celle du soufre qui brûle; sa saveur est très-marquée. Exposé à Pac tion du calorique dans des vaisseaux fermés , il fournit une très grande quantité de gaz acide sulfureux, incolore, ayant la même odeur que celle de l'acide liquide. Le proto-chlorure d’étain le décompose, etail se précipite du soufre. Combiné avec la potasse, la soude, elc. N:: donne naissance à des sulfites qui peuvent être obtenus à l’état solide par l’évaporation; l'acide sulfurique concentré, versé sur ces sels réduits en poudre, les décompose avec effervescence, et en dégage du gaz acidt sulfureux, facile à reconnaître à son odeur. À l’état gazeux , il est in CO: lore, odorant et sapide, comme le précédent; son poids spécifique es! de 2,247 ; l’eau peut en dissoudre cinquante fois son volume environs D'après Hallé, le gaz acide sulfureux fait périr les cabiais qui le res: pirent, en moins d’une minute un quart : ses effets dépendent de ir ritation qu’il exerce sur l’arrière-bouche, le larynx, la trachée artère: les bronches et les poumons. On lit dans Desbois de Rochefort, que dé ouvriers , habituellement exposés à l’action de ce gaz, éprouvent dent céphalalgie, des ophthalmies, des tremblements, des mouvements Spas modiques du larynx, et une sorte d'asthme sec et convulsif. 4 Le traitement de l’empoisonnement par cet acide, introduit dans l'es: tomac, ne diffère pas de celui que j'ai indiqué en parlant des acides ér général (voy. p. 120). S’il s'agissait d’une intoxication produite par cë acide gazeux, il faudrait employer les moyens que j'ai conseillés à Po casion du chlore gazeux (voy. p. 115). F

BE L’'ACIDE AFONIQUE.

Action sur l’économie animale. 4 4

Expéaence [°.— On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien buste et au-dessus de la moyenne taille, 1 gramme 40 centigrammes d'& cide azotique du commerce , mêlé à 50 centigrammes d’eau distillée; à médiatement après, Panini a éprouvé une grande agitation dans les membres ; il a poussé des cris plaintifs, et il est mort au bout de deux mi nutes. On l’a ouvert sur-le-champ : les chairs étaient palpitantes ; les batte: ments du cœur étaient peu sensibles; le sang contenu dans le ventricule

gauche offrait deux grands caillots d'un aspect gélatineux ; d'une couleur rouge noirètre, nageant dans une petite quantité de sang fluide de la même couleur ; les vaisseaux artériels du thorax renfermaient aussi du sang non coagulé. Les poumons étaient roses et peu crépitants.

Expérienae Il: — On à introduit de l’acide azotique dans l’estomac de plusieurs chiens dont l’æsophage a été lié afin d'empêcher le vomissement : ils sont morts au bout de deux, trois ou quatre heures, après avoir présenté les mêmes symptômes que ceux dont j'ai parlé, en faisant l’histoire de Pacide sulfurique. L’estomac était corrodé , désorganisé dans quelques points, san$ qu'on ait jamais pu apercevoir aucune nuance jaune. Le duodénum était recouvert d’un enduit de matière jaune.

Expérience IE. — J'ai empoisonné un chien avec 8 grammes d'acide azotique concentré, dissous dans 200 grammes d’eau : j’ai lié Pœsophage et la verge. L'animal est mort six heures après. L’estomac contenait quelques alimentset environ 150 grammes d’un liquide épais , brunâtre, très-acide. J'aisaturé ce mélange par du bicarbonate de soude , et j'ai chauffé jusqu’à lébullition, pour coaguler une certaine quantité de matière animale; j'ai filtré; la liqueur à été soumise pendant une heure à l’action d’un courant de chlore gazeux, qui a fait naître un précipité blanc floconneux; j'ai filuré de nouveau; la liqueur a été chauffée jusqu'à l'ébullition pendant quelques minutes pour chasser excès de chlore, puis je l'ai évaporée jusqu'à siccité. Le produit mis sur les charbons ardents fusait à la manière des azotates ; traité dans un petit tube de verre avec du cuivre et de l'acide sulfurique étendu du tiers de son poids d’eau, il fournissait du gaz bioxyde d'azote, devenant rouge orangé à l'air, et qui brunissait le sulfate de protoxyde de fer dissous, dans lequel on le faisait arriver ; cette couleur brune passait au violet par l’addition de l'acide sulfurique.

L'estomac, lavé à plusieurs reprises avec de l’eau distillée, m'a fourni des eaux de lavage de moins en moins acides, que j'ai réunies et saturées par du bicarbonate de soude; l’azotate formé, ayant été traité par le chlore , etc., comme il vient d’être dit, a laissé un produit dans lequel on démontrait aisément la présence de l'acide azotique par les moyens cidessus indiqués.

L'esiomac, épuisé par l'eau froide jusqu’au point où ce liquide ne rougissait plus le tournesol, à été coupé en petits morceaux et soumis à l'ébullition pendant une heure avec 400 grammes d’eau et 18 grammes de bicarbonate de soude; le liquide étant refroidi a été traité par le chlore, puisspar là chaleur, et ensuite évaporé jusqu’à siccité; le produit, d’un jaune rougeâtre, se décomposait sur des charbons ardents à la manière des substances animales sans fuser; chauffé avec du cuivre et de l'acide sulfurique concentré dans l'appareil décrit à la page 178, il ne fournissaibpoint de vapeurs orangées ; mais en faisant arriver le gaz dans une dissolution de sulfate de protoxyde de fer, celui-ci passait d’abord au jaune, puis au, brun, puis au vert foncé; ainsi saturé de gaz, le sulfaie de pro toxyde de fer devenait violet par l’addition d’une assez forte proportion d'acide sulfurique concentré,

Foie et rate. J'ai enlevé ces organes immédiatement aprés la mort, et après les avoir coupés en petits morceaux ; ,€ les ai fait bouillir pendant une heure avec de l’eau distillée et 10 centigrammes de potasse à l'alcool; | le liquide séparé par décantation a été introduit dans une cornue, et chauffé avec 8 grammes d’acide sulfurique concentré et pur ; j'ai distillé jusqu'à ce qu'il ne restât à peu près qu’un tiers du liquide dans la cornue; le pro- | duit recueilli dans le récipient était incolore, transparent et acide; il ne | ” colorait ni le sulfate acide de narcotine, ni le sulfate de protoxyde de fem je l’ai saturé par la potasse à l'alcool, et je l'ai évaporé jusqu’à siccité 5e résidu ne fusait pas sur les charbons ardents, et ne donnait aucun des, caractères des azotates. AA F

La vessie contenait environ 80 grammes d'urine, rougissant assez for, tement le papier bleu de tournesol. Chauffé dans une cornue avec 6 grammes | d'acide sulfurique concentré, parfaitement pur, ce liquide a fourni de l'acide azotique; en effet, le produit recueilli dans le récipient était acide limpide et incolore; saturé par la potasse à lalcool et évaporé jusqu'à siccité, il a laissé un sel qui colorait en rouge le sulfate jaune de nareotinén en brun le sulfate de protoxyde de fer, et si l’on ajoutait une suffisante. quantité d'acide sulfurique, en violet; ce sel fusait sur les charbons, ardents; décomposé par le cuivre et l’acide sulfurique, il laissait dégas, ger du gaz bioxyde d'azote, lequel brunissait le sulfate de protoxyde de. fernote %

Expérience IV. — J'ai répété l'expérience avec 4 grammes d'acide azotis que concentré, dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait, de café ét : de bouillon; l’animal avait mangé deux heures auparavant, et n’est mort | qu’au bout de vingt-huit heures, et après avoir eu plusieurs selles. Le trai= | tement du foie, de la rate et de l'urine a fourni les mêmes résultats. Les matières contenues dans l'estomac , après avoir été saturées par le bicarbo® nate de soude et soumises à l’action du chlore, ont fini par laisser un produit. rougeâtre qui ne fusait pas sur les charbons ardents, parce que l’azotate de soude s’y trouvait en {rop petite proportion, comparativement à la matière or, ganique, et qui ne donnait point de gaz acide hypoazotique visible; cepen=, dant, en faisant arriver ce gaz dans un solutum de sulfate de protoxyde dé fer, celui-ci brunissait, puis passait au violet par l'addition de l’acide suk furique concentré. Les tissus du canal digestif, bien lavés et traités de là. même manière , se comportaient comme s'ils n'avaient pas contenu la mois, dre trace d'acide azotique.

Osservarion [°. — Aubry, femme âgée d'environ trente-cinq ans, avala, pour se suicider, 64 grammes d’eau forte. On ne lui donna d’abord aucun. secours, et ce fut seulement quelques heures après qu’on la transport à l’hôpital, dans la soirée. Une figure portant l'empreinte d’une morosité | sombre, un état d’anxiété continuelle , un frissonnement général, un pou petit et presque imperceptible , des douleurs sourdes à la gorge et surtout à l’estomac, très-intenses au moindre contaet sur la région épigastrique, | des nausées répétées , des vomissements de temps à autre : tels étaient lés |

| principaux symptômes. (Looch blanc, dissolution de gomme arabique coupée avec du lait.) La surface du corps, et surtout les membres, ne tardèrent pas à devenir froids ; une sueur grasse et glacée se ramassa en grosses | gouttelettes sur la face et la poitrine. La malade succomba, environ vingtquatre heures après son entrée à l’hospice.

| L'intérieur de la bouche était remarquable par l’altération de la mem- | brane muqueuse, devenue épaisse, blanche, légèrement citrine en quelques places, s’enlevant avec facilité et par petits lambeaux. L’épiderme se déta- | chait de même sur le bord libre des lèvres, dans un espace semi-lunaire teint en jaune, et dont le contour indiquait les limites du verre avec lequel cette malheureuse avait bu. La langue, la voüte et le voile du palais eussent | été facilement dépouillés de Ja totalité de leur membrane muqueuse, déjà détachée en plusieurs parties; on ne voyait au-dessous d’elle aucune alération , sinon un-état de sécheresse assez marqué. À la gorge, même altération qu'à la bouche , mais portée à un plus haut degré.

L’œsophage présenta à l’intérieur de son canal un enduit grenu, en apparence crétacé . ou plutôt graisseux, d’une belle couleur orangée, ayant une surface sèche et absolument dépourvue de mucosités. Cette croûte de la | cavité de l’œsophage , sur laquelle se dessinaient des sortes de plis ou sillons | verticaux, et qui formait une espèce d’étui enchâssé dans Le canal œsophagien, peu adhérente, excepté dans quelques endroits, n’était autre chose que la

membrane muqueuse altérée d’une manière spéciale par l'acide azotique. Ge | cylindre, de nature en apparence albumineuse, ayant été enlevé, les

autres parties des parois de l'œsophage semblèrent être à peu près dans leur | état ordinaire : elles avaient seulement une légère teinte brune.

Le péritoine , le canal intestinal , et les autres parties , offrirent une cou- | leur rouge sale. L’estomac était fort distendu et couvert de taches noires ; | ilcontenait une grande quantité de gaz non fétides et un liquide bourbeux | jaune, floconneux et gras, dont une partie plus dense semblait attachée à | la surface interne des parois de l'estomac, et y formait une couche grenue, diversement épaisse et d’un jaune verdâtre. On remarquait dans le grand | cul-de-sac, à l'endroit qui se trouve vis-à-vis de lorifice cardiaque, plusieurs taches noîres, irrégulières , avec un tel boursouflement morbifique du | tissu de lorgane , que cela ressemblait à une substance animale fortement | cautérisée et brülée. De pareilles taches, plus petites cependant, avoisinaient le pylore. L'intérieur du duodénum et du jéjunum contenait un enduit très-épais, jaunâtre , comme graisseux, et en tout semblable à celui de l'estomac.

Onstrvarion IE. — Motet, peintre, âgé de trente-deux ans, célibataire, conçoit le projet de s’empoisonner ; il achète chez un épicier-droguiste 64 grammes d'acide azotique très-concentré, qu'il avale d’un seul trait, le 26 germival an VII, à deux heures de l'après-midi ; il n'avait bu ni mangé de la journée. Des douleurs inexprimables annoncent aussitôt l’action forte et rapide de l'acide azotique. Ge malheureux s’agite tout d’un coup, Seroule sur le plancher de sa chambre, ne peut se tenir sur son lit. Les vomissements surviennent et sont accompagnés d’un sentiment général

de froid plus marqué aux membres. Chaque fois les matières vomies bowile Jonnent et crépitent sur le carreau. Un médecin appelé Jui fait prendre de l'eau de savon et de l'huile. À quatre heures, ce malade est transporté au grand hospice d'Humanité (salle des blessés, n° 133). Il vomit souvent en chemin, et de temps à autre on l’arrête pour le faire boire. A son arrivée, le premier mouvement est aussi de lui donner des boissons adoucissantes en très-grande abondance ; et surtout de la décoction de graines de lin. 11 était alors dans un état d’agitation continuelle, ayant Ja physionomie très-altérée ; il vomissait à chaque instant un liquide noirâtre, plaireux® il ouvrait assez facilement la bouche; la langue était blanche, tirant un peu sur le jaune; des douleurs vives se faisaiént sentir à la gorges le long de l’œsophage et dans l'estomac; le ventre légèrement tendu , ne pouvait supporter aucun contact sans une augmentation excessive des douleurs; froid plus grand à l'extérieur du corps ; pouls petit, concentré, fréquent: hoquet ; respiration gênée. La marche rapide des accidents’, loin dé sera Jentir, prend à chaque instant une intensité nouvelle. Ce malheureux ne peut déguiser les regrets qu’il éprouve d’avoir attenté à sa vie. Dans son agitation extrême , il pousse souvent des plaintes, des soupirs étouffés. Ses membres deviennent glacés , une sueur froide couvre tout son corps; le pouls est presque imperceptible; les douleurs ne cessent pas un seul mo= ment : tous les phénomènes sont du plus mauvais présage; ils annoncent une mort prochaine. Le malade fait à chaque instant des efforts inutiles pour satisfaire son besoin pressant d’aller à la selle et d'uriner; il réclâme des ses cours de toutes les personnes qu’il aperçoit et de tout ce qui l'entoure. Get affreux état dure toute la nuit; les matières des vomissements deviennent plus claires et de couleur citrine ; il s’échappe enfin quelques gouttes d'urine. L’aspect hideux du corps de cet infortuné ressemble déjà à célui d’un cadavre, et la présence d’esprit est conservée tout entière ; l'imagination paraît exaltée, On administre dans ies derniers instants quelques cuillerées d’une potion cal mante. Il'parlait encore le lendemain matin, à l'instant où il expira, dixe neuf heures après son empoisonnement, et seize après son entréé à l’hospice! À louverture du cadavre, on s’assura'que l’action de l'acide était bornéé aux organes des premières voies. Les parois du pharynx, de l'œsophage de l'estomac, du duodénum, de la moitié supérieure du jéjunum , avaient augmenté d'épaisseur et de consistance, et offraient une couleur d’un rouge très-foncé à leur surface externe. La face interne était généralement enduite d’une couche plus où moins sèche, plus où moins grenue, de 5 mile limètres d'épaisseur, d’un jaune verdâtre fort beau et très-éclatant, qui s’est ternt par le contact de la lumière. Les valvules conniventes du duos dénum étaient très-développées et bouchaient le calibre de cet intestin. Osservariox III. — Marie Roger, âgée de trente-cinq ans, diffamée par sa mauvaise conduite et son Libertinage, fut amenée au grand hospice d'Humanité par des gens de garde, le 23 pluviôse an IX, à une heure du matin. On apprit très-vaguement qu’elle avait pris du poison ; elle présen= {ait peu de signes d’empoisonnement. Interrogée avec soin sur ce qui lui élait arrivé, on sut que la veille, vers trois heures de Paprès-midi , se trou-

vant dans une orgie avec son beau-frère, celui-ci lui avait fait avaler pour. 40 centimes d’eau-forte dans du vin blanc et lui avait fait boire encore après beaucoup de vin blanc et d’autres liqueurs spiritueuses. . Elle ne fut transportée que dix heures après son accident et sans avoir reeu aucun secours. Selon son rapport, les douleurs à la gorge et à l’estomäac avaient été très-vives, et les vomissements répétés dans les premiers instants. Lorsque cette femme fut amenée, elle ne paraissait pas très-malade. Elle s’assit elle-même sur un banc tandis qu’on faisait son lit, monta ensuite et se coucha toute seule. Quelques vomissements eurent encore Jieu jusqu’à cinq heures du matin. Le chirurgien de garde la trouva si peu souffrante et jugea les phénomènes si légers, qu'il regarda comme très-peu fondé le soupçon d’empoisonnement. Il fit administrer une potion antispasmodique , dans laquelle entraient 30 gouttes d’éther sulfurique et environ 8 grammes de sirop diacode, et pour boisson, de l’eau d’orge coupée avec du lait.

A huit heures du matin, inspection très-attentive de l’état de la malade : lèvres blanches ainsi que la langue et l'intérieur de la gorge ; point de vomissements , douleurs sourdes et presque nulles, abattement général , lassitude dans les membres. Bientôt langue sèche, pouls imperceptible horripilations répétées, sentiment de froid à l'extérieur du corps, et surtout aux membres; envie pressante d’aller à la selle , et constipation rebelle ; anxiétés, empreinte de mélancolie. Le médecin qui la soignait douta qu’elle füt empoisonnée , et particulièrement avec l'acide azotique; il crut reconnaitre dans son état les caractères d'une fièvre adynamique ; il lui donna une potion antispasmodique et des boissons délayantes, teiles que la dissolution de gomme arabique et le lait coupé avec l'eau d'orge. Le défaut d'altération très-considérable à l'intérieur de la bouche, l'absence des douleurs , les lassitudes dans les membres, la prostration des forces moti-

vaïent jusqu'à un certain point cette opinion. Rien ne changea jusqu'au “jour suivant. À une heure après midi, cette femme sortit seule de son lit

pour aller à la selle sur un bassin; une heure après, elle expira pour ainsi

dire subitementen serrant avec force les bras d’une personne qui lui don-

nait des soins, ét en s’écriant : Je me meurs ! ATéxamen cadavérique, on rémarqua d'abord la fermeté générale des

chars, leur fraicheur, signes de la violence de la mort. Le tissu cellulaire

était chargé d’une graisse très-compacte ; l’épiderme du milieu du bord libre des lèvres paraissait épaissi, jaune , et se détachait en partie. A l’ou- Verture de l'abdomen il s’écoula un litre environ d’un liquide jaune de la consistance d'ume purée contenant des flocons plus ou moins solides, de la couleur qui était généralement répandue dans l’intérieur du ventre, ét aVantune odeur très-pénétrante , semblable à celle de l'éther. Le péritoïne, devenwplus épais, était fort altéré en plusieurs points, enflammé , salt par dés lames d'albumine concrète , d’une couleur très-jaune ; il présentait des points d'adhérence multipliés avec la grande courbure de l'estomac, et de l'un à l'autreil y avait des brides résultant sans doute de Pinflammation de intérieur de l'abdomen. Le lobe gauche du foie, fortement teint en jaune

à l'extérieur, offrait une surface grasse et onctueuse au toucher: du reste, le tissu de cet organe paraissait dans l’état naturel. La vésicule du fel, allongée et cylindrique, d’une étendue de quatre ou cinq travers de doigt, et trèspleine, avait une couleur brune tirant sur le noir. L’estomac présentait un changement de forme remarquable: il affectait, surtout à sa droite, une disposition triangulaire ; sa direction semblait presque verticale par l’abaissement de sa grande courbure ; le pylore , supérieur d'environ 6 ou 8 cer. timètres, restait en contact avec la vésicule du fiel. Cet organe, racorniel ferme dans certains endroits, avait, presque dans toute son étendue, une couleur brune; ses vaisseaux, très-injectés, étaient gorgés d’un sang coagulé. Tous les viscères abdominaux ne formaient qu'une masse, au moyen des adhérences produites entre eux par l’infammation du péritoine et l'interposition des couches albumineuses. Au premier aspect, les intestins paraissaient à peu près sains, excepté le jéjunum , qui était noirâtre , affaissé, d'une grande mollesse; le péritoine, dont il était recouvert, profondément altéré, se détachait aisément. L’arc transversal du colon était intact, maisil contenait des matières fécales très-dures. On trouva l'intestin duodénum frappé de gangrène à ses deux courbures et dans toute l’épaisseur de ses parois:

Dans la poitrine, il n°y avait rien de remarquable , à l'exception du lobe inférieur du poumon gauche, qui était gorgé de sang , enflammé à sa sur face, adhérent au diaphragme , pareillement enflammé, Un épanchement d'environ 120 grammes de sérosité lactescente, remplie de conerétions albumineuses pareilles à celles du ventre, avait lieu dans cet endroit. Sans doute cette affection inflammatoire locale dépendait du voisinage de l’esto= mac ; Siége de l’altération principale.

La membrane interne de la bouche, épaissie, légèrement tachée en jaune, s’enlevait partout avec facilité. La langue était fort sèche, les amygdales rouges et tuméfées , l’arrière-bouche généralement enflammée, l’œsophage enduit d’une matière jaune, sèche , en apparence graisseuse ou crétacées sa membrane interne, confondue dans l'épaisseur de cet enduit, se détas chait aisément et était sillonnée par des plis verticaux. |

L’estomac présentait, dans le fond de son grand cul-de-sac , trois ouver= tures voisines les unes des autres , de Ja grandeur d’un écu de trois francs, à bords fort amincis, usés, ou plutôt dissous. Il était fort épais et très-rétréci dans le reste de son étendue. On trouva. dans sa cavité quatre corps solides de 4 centimètres environ d'étendue en surface carrée, et de 1 centimètre d'épaisseur, de nature graisseuse , et ressemblant à des morceaux informes de suif. Cette substance, exposée à la chaleur fondit comme de la graisse , et mise en contact avec la lumière d’une chandelle, donna une belle flamme très-blanche. |

Un enduit ou espèce de pâte jaunâtre et graisseuse, plus épais vers le petit cul-de-sac et l’orifice pylorique , couvrait la face interne dé l'estomac et en cachait de larges taches gangréneuses , s'avoisinant les unes des autres depuis le fond du grand cul-de-sac jusqu’au petit. Tous ses vaisseaux étaient extrémement distendus et remplis de sang noir et coagulé.

À l'intérieur du duodénum, on trouvait un état parfaitement analogue à

celui de l'estomac , un enduit jaune, etc. Lorsqu'on découvrait les valvules conniventes , elles paraissaient toutes brülées. Le commencement du jéjunum était fort altéré , et cette altération allait toujours en décroissant. Du milieu de l'iléon à l'anus, le canal intestinal, parfaitement intact , ne contenait plus de matière jaunâtre comme la portion supérieure du tube alimentaire. |

Le liquide épanché dans le ventre, et qui sans doute avait passé à travers les trous de l'estomac , fut recueilli et conservé; il paraissait être le résultat du mélange d’une portion de lacide azotique avalé avec les boissons , le lait, ete. ; son odeur éthérée, très-pénétrante , dépendait probablement de l’éther pris dans les potions antispasmodiques. Ge liquide resta Jongtemps sans s’altérer; et ensuite la putréfaction la plus complète s’en empara. (Cette observation, ainsi que la première et la seconde, sont tirées de la monographie de Tartra.). |

Onsenvariox IV. — Victoire Pillet, âgée de vingt-quatre ans, d’une forte constitution , désespérée de voir son amant livré à la débauche la plus scandaleuse, cherchait depuis longtemps les moyens de se détruire. Persuadée qu'elle pouvait se donner la mort en avalant de l’émétique, elle en avait pris 2 grammes 20 centigrammes , en 1812, qui n'avaient occasionné que des vomissements abondants et des selles copieuses. Accablée de malheurs, cette infortunée eut recours à l’eau-forte, dont elle connaissait les propriétés corrosives. Le 6 juin 1812, à quatre heures du matin , quinze jours après la première tentative d'empoisonnement, elle avala tout d’un trait 32 grammes d'acide azotique concentré , avec lequel elle avait mêlé environ 8 grammes d'acide sulfurique (huile de vitriol), afin que le poison la traität avec sévérité: telles étaient ses propres expressions. Aussitôt après l’ingestion de ce puissant caustique, Victoire fut en proie aux plus horribles symptômes, tels que des douleurs déchirantes à la gorge et dans l'abdomen , une ardeur brülante le long de l’œsophage et dans la région de l'estomac, des vomissements continuels de matières d’un vert noirâtre et glaireuses, des coliques violentes, des angoisses continuelles, un état de malaise inexprimable, une sensation très-marquée de froid à l'extérieur du corps , ete. On la transporta à l'Hôtel-Dieu, à sept heures du matin, et on lui fit prendre sur-le-champ 4 grammes de magnésie calcinée, délayée dans un verre de tisane émolliente. À peine ce médicament était-il ingéré, que la malade entra dans une fureur extrême et annonça qu’elle ne prendrait plus de médicaments qui la soulageraient ; qu’elle n'avait rien avalé depuis le moment de l’empoisonnement, dans l'intention de mourir plus tôt. On la força cependant à boire de nouvelles doses de magnésie, et on lui donna une très-grande quantité de boissons mucilagineuses. Je l'observai, pour la première fois , à huit heures du matin, quatre heures après laccident;woici quel était son état : face pâle, coujonctive injectée, yeux animés et hagards, taches jaunes sur le bord de la lèvre supérieure, membrane muqueuse de la bouche d’une couleur blanche citrine; langue jaune, croùteuse et sillonnée; douleurs vives à la gorge; vomissements, de temps à autre, de matières jaunes et noires entremêltes; épigastralgie des plus vio-

lentes; douleurs atroces dans tout l'abdomen, constipation; pouls petit. fréquent et serré ; frissonnements, froid extrêmement sensible aux membres respiration un peu accélérée, anxiété très-marquée, nulle altération dans les facultés intellectuelles; libre exercice des sens extéèrnes et des mouvements. (Quinze sangsues à l’épigastre, eau de gomme édulcorée, trois Ja: vements émollients et narcotiques.) À dix heures, continuation des vomis: sements, qui étaient provoqués surtout par l’ingestion des liquides ; délire furieux, agitation extrême de tout le corps, souffrances horribles, figure rouge. À midi, difficulté de parler, déglutition impossible, mouvements convulsifs des muscles de la face; pouls extraordinairement fréquente petit. Mort à une heure. L

Ouverture du cadavre. Roideur extrême des membres, surtout des al dominaux; couleur citrine de toutes les parties de la bouche; pharynx dur . rouge vif; œsophage peu altéré; estomac énormément distendu ; n’offran aucune lésion remarquable à l'extérieur, rempli d’un liquide jaune, flocon: neux ; sa surface interne était d’un rouge-cerise dans toute son étendue, ex: cepté vers le pylore, où l’on remarquait deux petites taches noires formée par du sang veineux extravasé ;les vaisseaux de ce viscère étaient très-dilatés comme injectés; duodénum ét jéjunum recouverts par une couche épaisst d’une matière jaune-serin , se détachant facilement ; nulle perforation dant le canal digestif, nul épanchement dans le bas-ventre ; péritoine très-légt: rement injecté. Les autres organes paraissaient dans leur état naturel; k cerveau et les membranes qui le recouvrent n'offraient aucune altératiot sensible. ‘4

Onservarion V.— Marie Coteret, polisseuse , âgée de cinquante ans, prit le 8 janvier 1814, un verre à liqueur plein d’acide azotique : dans l’instan même , elle éprouva une douleur et une ardeur excessives dans la bouche la gorge, l’œsophage et l'estomac. Environ une heure après, elle eut deux ou trois vomissements de matières liquides, jaunâtres et muqueuses, for peu abondantes. Au bout de dix-huit heures, elle fut transportée. à l'Hôtel Dieu, sans avoir reçu aucun secours depuis l'accident. On lui fit boire un très-grande quantité d'infusion tiède de graines de lin, qu’elle ne tard: pas à rejeter avec de nouvelles matières analogues. à celles qu’elle avai déjà rendues, et qui contenaient des flocons muqueux, roussâtres € épais. À Le lendemain, à l'heure de la visite, la figure était pâle; la langue. couleur de safran , offrait des eroûtes, des sillons; elle était tuméfiée, trem: blante , et il était impossible à la malade de la faire sortir hors de la bouché le palais et les autres parties de la cavité buccale, d’une couleur blanche. étaient traversés de stries rouges; les commissures des lèvres et le pourtout du menton, sur lesquels la matière ingérée et expulsée . paraissait avoi coulé, offraient la même couleur jaune que la langue; la respiration était bruyante, la voix extrêmement sourde, confuse et nasale; la déglutition était presque impossible ; la tête, l'estomac, les lombes et l'abdomen étaient très-douloureux ; la plus légère pression augmentait les douleurs des différentes régions du bas-ventre; le pouls, peu fréquent, était un peu dur et

in peu concentré. (Douze sangsues sur l'abdomen, suivies de fomentaions émollientes, douze sangsues à Panus , un julep gommeux ; eau d'orge duleorée et gommée ; trois pots.) Le soir, la malade eut une selle avec eaucoup d'épreintes; point de sommeil pendant la nuit; continuation des louleurs, sans que a malade se plaignit beaucoup.

Le lendemain (troisième jour de la maladie), le pouls paraissait un peu voins dur; Ja langue était un peu moins jaune à sa base et sur ses parties atérales; le centre offrait une couleur brune ; des pellicules blanchâtres emblaient vouloir se détacher des parties latérales de cet organe; douleurs lans toutes les parties du corps. (Julep gommeux, eau de gomme édulcoée, trois pots.) Pendant la nuit, la malade a eu deux selles, et n’a point Jormi.

Le jour suivant (quatrième jour de la maladie), coucher en supination, le tronc élevé et les jambes étendues; yeux éteints , figure pâle et cadavérique, excepté les pommettes, qui étaient injectées et livides; langue de couleur naturelle , humide et nette, si ce n’est vers sa pointe; respiration beaucoup plus fréquente que la veille, laborieuse et râlante; pouls mou et très-accéléré:; chaleur de la peau naturelle , quoique la malade eut un tremblement de tout le corps. (Julep, orange.) Les boissons étaient rejetées parles marines, quellés que fussent leur nature et leur quantité. Elle à suceombé ce même jour, à une heure après-midi. Vingt heures après la mort, les membres étaient extrêmement roides; les viscères, ainsi que toute la surface du corps, étaient encore chauds, quoique la température füt à 5° au-dessous de zéro , et que le cadavre eût été placé sur la pierre, depuis le moment où la malade avait expiré. Les deux mächoires étaient tellement errées l’une contre l’autre, qu’on ne parvint à les séparer qu’en faisant les plus grands efforts et en coupant tous les organes destinés à leur rapprochement. L'intérieur de la bouche , la langue et le palais étaient trèspâles ; une mucosité séreuse assez abondante recouvrait l’arrière-gorge; le tiers supérieur de l’œsophage ne présentait rien de remarquable, il était desséché «et teint en vert dans tout le reste de son étendue. L’estomac, noirâtre à l'extérieur, était si contracté qu’on pouvait à peine y introduire le doigt: en l’ouvrant, on voyait qu’il était vide; ses parois étaient phlogosées, épaissies, durcies, comme boursouflées, surtout vers le grand eul-desac; leur couleur était rouge-brune foncée tirant sur le noir ; les points les plus enflammés offraient la couleur du charbon; les membranes muqueuse et musculeuse étaient détruites dans certains endroits, et la tunique séreuse, restée seule, se laissait traverser avec une extrême facilité. Le pylore était oblitéré. Nulle altération dans le duodénum. Tous les autres 0rganés paraissaient être dans l’état naturel. (Observation communiquée par Rozier la Cardonière.)

Ossenvarion VI. — Un artiste, âgé de trente-six ans, avala, dans un moment de désespoir, plus d’un demi-verre d’eau forte. Bientôt il éprouva une chaleur et une irritation très-grandes au gosier et jusqu’à l'estomac. L'agacement detce viscère détermina le vomissement de la plus grande partie de cé fluide meurtrier, ou du moins de toute sa portion surabondante et non

employée à la corrosion des parties en contact. Desgranges, averti de suite, trouva le malade vomissant avec des efforts presque convulsifs ; l’eau qu’on Jui donnait, sortait de l'estomac chargée d’acide qui lui agaçait les dents d’une manière pénible. Les douleurs intérieures étaient aiguës ; elles tenaient du déchirement et de l’érosion. On administra aussitôt 4 grammes de magnésie pure, délayée dans un demi-verre d’eau sucrée, et sur-le-champ le malade se sentit soulagé. Cependant le vomissement reparut peu après, mais avec moins de fatigue, avec moins d'expression des parties souffrantes : 2 grammes du remède le firent disparaître entièrement. On enrft prendre ensuite 1 gramme 3 décigr. de demi-heure en demi-heure, et en moins de trois heures, le malade ne souffrait plus ; il conservait de la sensibilité dans la région de l'estomac, mais rien d’aigu ni de déchirantsil assurait qu'à chique breuvage blanchi par la magnésie , il sentait comme un MuCUS, un enduit de velours (c'était son expression) qui garnissait, à son grand soulagement, toutes Jes parties corrodées, en affaiblissant l'extrême sensibilité, et faisait fuir la douleur.

Le lendemain, on observa un gonflement et une tension considérables au-dedans de la gorge; le dehors était également tuméfé, la respiration génée, la déglutition douloureuse et presque impossible ; il y avait des eschares nombreuses au fond de la bouche. On fit faire deux saignées en moins de douze heures : l’une d’elles fut pratiquée au pied; on rendit les lavements plus purgatifs, les premiers étant restés sans effet; on donna en même temps une assez haute dose d'huile douce de ricin dans un looch blanc. Les évacuations qui s’en suivirent décidèrent un amendement dans les souffrances, qui rassura le malade. Vers le sixième jour, il se plaignit d’une augmentation de chaleur et d’agitation, et il parut à la peau, vers le soir, une éruption comme miliaire » accompagnée d’une grande démangeaison : les diaphorétiques doux et miellés, bus tièdes et en abondance, suffrent pour la faire disparaître (1). }

Osrrvarion VIL — Catherine O’Neil , âgée de quarante ans, d’une bonne constitution, mais se livrant de temps en temps à livrognerie, reçut une certaine quantité d’acide azotique dans l'oreille droite, dans un moment où elle était plongée dans l'ivresse. Je la vis huit jours après. Elle me dit que, le 6 juin 1833, elle avait été réveillée par une douleur brûlante, trèsvive, ayant son siége dans l'oreille. droite ; cette douleur avait continué, bien qu'avec moins d'intensité, pendant deux ou trois jours, et avait ensuite disparu entièrement, Depuis ce moment, la malade était restée extrêmement faible , incapable de se tenir debout sans aide, et avait gardé le Lit; mais elle n’avait eu ni soif, ni douleur de tête , ni Chaleur à la peau. |

La fille de cette femme raconta que son père, rentrant chez lui, et trous vant sa femme ivre dans son lit, sortit et revint au hout de quelques minules; qu'il versa dans l'oreille de cette dernière une grande partie du

a me mm. peer ae se comes me RS

(1) Recueil périodique de ta Société de médecine, rédigé par Sédillot, t. VI, p. 14,

liquide contenu dans une fiole qu’il avait dans sa poche; que la partie latérale de la face et du cou de sa mère prit immédiatement une couleur jaune que l’on ne put enlever par le lavage. Au bout de six jours, une eschare membraneuse, épaisse , cornée, se détacha du conduit auditif; cette élimination fut suivie, le lendemain , d’une hémorrhagie très-abondante qui donna environ 600 grammes de sang. Le jour suivant, la malade perdit complétement l'usage de son bras droit , et devint tellement faible, que sa famille désespéra d’elle, et que son mari, prévoyant le sort qui lui était réservé, tenta de se suicider en se coupant la gorge.

Au moment de ma visite, huit. jours après l’accident, il y avait plusieurs ulcérations à la surface de l'oreille, surtout dans la conque; le Lobule semblait avoir entièrement perdu sa vitalité. Une partie de Ja face et du cou était également ulcérée ; un écoulement ichoreux, peu abondant, sortait du méat externe; l’ouie était complétement abolie, II n’y avait ni céphalalgie, ni aucun appareil fébrile. Le pouls était à 88 petit, faible et intermittent. La température de la peau était plus basse qu’à l’état normal. I n'y avait ni stupeur, ni respiration stertoreuse, ni vertiges. L’affaiblissement seul paraissait devoir attirer l'attention.

Malgré le tamponnement de l'oreille et l’emploi des lotions astringentes, combinées avec l’usage interne des toniques , des bouillons de viande, ete., Vhémorrhagie se reproduisit chaque jour, pendant environ un mois, avec assez d’abondance. Au bout de ce temps , elle cessa ; mais la débilité avait fait des progrès.

Quinze jours après le début de la maladie, toute la moitié droite du corps, dont la paralysie s'était établie peu à peu, était complétement soustraite à l'empire de la volonté, et agitée de tremblements fréquents qui se manifestaient même quand la malade était dans son lit. Cette paralysie avec tremblements persista pendant environ cinq semaines, au bout desquelles il se manifesta une amélioration marquée, tant sous ce rapport que sous celui de l’état général. Les muscles du côté droit étaient revenus un peu sous l'influence de la volonté, et les tremblements avaient presque cessé. Alors la malade résolut d'aller voir son mari à l’hôpital, où elle se rendit en s'appuyant sur deux personnes. A son retour chez elle, elle se trouva épuisée , et tomba dans un état de prostration générale , d’où elle ne se releva point. Le côté qui avait été paralysé fut libre de tremblements, et soumis à la volonté pendant plusieurs semaines avant la mort, excepté le bras, qui était toujours resté complétement paralysé. L’articulation des mots resta distincte, les facultés intellectuelles furent intactes. I} y eut un peu de toux, avec expectoration muco-purulente et des sueurs nocturnes. La mort eut lieu six semaines après l’entrée de la malade à l'hôpital.

Autopsie cadavérique. L’émaciation était considérable. La partie inférieure de Poreille droite était détruite. Une cicatrice recouvrait la portion restante, Le conduit auditif externe était beaucoup plus large qu’à l’état naturel. La dure-mère ne présentait rien d’anormal , excepté en un point de l'étendue d’une pièce de dix-centimes, correspondant au trou auditif interne, qui semblait avoir une coloration un peu plus foncée qu’à l'ordi-

paire, mais n'offrait ni épaississement ni adhérences, I ny avait auem épanchement de sérosité, ni de fymphe, ni de pus ; mais un caillot sangüin du volume d’un pois, bouchait exactément l’entrée du conduit auditifin. terne, Aucune partie du cerveau ne parut altérée, à l'exception de Ja por tion qui correspondait au rocher du temporal droit, et qui était le siége dur léger ramollissement, état sur lequel on pouvait élever des doutes. Leo cher du temporal droit était entièrement carié. Le nerf de la septième pair du côté droit, comparé avec celui du côté opposé, semblait atrophié. L: tête n’offrit rien autre chose à noter. Les poumons parurent sains. Ù

Getle observation est intéressante à plusieurs Litres : 1° à causés moyen nouveau el bizarre auquel on eut recours pour donner la mort : 2° à cause de l'existence simultanée de la paralysie complète du bras'et de la paralysie avec tremblement de la moitié du corps du même côlé, symptômes survenant après la lésion décrite, se manifestant après d’abondantes hémorrhagies, et dont l’un, la paralysie avec Lremblement, disparut après que les hémorrhagies eurent été suspendues ; 3° à cause du développement d’une carie étendue à toute la portion pierreuse du temporal, sans douleur et sans aucun signe qui püt, soit avant, soit après la mort, indiquer certainement un état inflammatoire du cerveau ou de ses membranes. (Archives gén. de méd. , t: XI, p. 104.) 4

Symptômes de l’empoisonnement par l'acide azotique.

Indépendamment des symptômes qui ont été décrits en parlant des acides en général (voy. p. 117), on voit que l’intérieur de la bouche et de larrière-bouche est d’un blanc mat, que la membrane muqueuse esl épaissie et comme brülée, que la surface de la langue est très-blanche, et dans quelques cas d’une couleur orangée, que les dents sont quelquefois vacillantes et leurs couronnes jaunes. Chaque bord libre des lèvres est presque toujours marqué d’une ligne courbe qui offre dès les premiers instants une couleur blanche ou légèrement citrine : il existe assez souvent des taches jaunes sur le menton, les doigts, ete. .

Lésions de tissu produites par l'acide azotique.

Lorsque les individus suecombent peu de temps après l'ingestion. de cet acide, on observe les altérations suivantes : couleur plus.-ou moins orangée de l’épiderme du bord libre des lèvres, qui paraît brûlé et qui se détache très-aisément; membrane interne de la bouche d’une couleur blanche, souvent citrine; dents fréquemment vacillantes , offrant à leur couronne une teinte jaune très-marquée; inflammation dé la membrane muqueuse de l’arrière-bouche et du pharynx ; à la surface

de l’œsophage, un enduit de matière jaune, grasse au toucher, qui

parait formé à la fois par de l’albumine concrète et par la membrane

muqueuse altérée d’une manière particulière; inflammation plus ou

moäus violente de l’estomac, principalement vers le pylore et le com-

mencement du duodénum ; quelquefois des taches gangréneuses dans

les parois de ces organes, qui présentent aussi des réseaux de vaisseaux

sanguins multipliés, dilatés, remplis d’un sang noir el coagulé; ils

sont amineis, comme dissous, et prêts à se déchirer au plus léger con-

(act ; un enduit épais, grenu, en forme de pâte, de couleur jaune ver-

ditre, tapisse l’intérieur de ces viscères, qui renferment une grande quantité d’une matière de couleur jaune, de la consistance d’une bouil-

lie, dans laquelle sont des flocons semblables à du suif; rides de l’es-

tomac très-brunes, et réduites en mucilage; pylore très-rétréci; parois du duodénum et du jéjunum tachées en jaune tirant quelquefois sur le vert: diminution de ces altérations, à mesure que les parties où on

les observe sont plus éloignées de l'estomac; gros intestins ordinairement remplis de matières fécales très-dures et moulées; péritoine épaissi , dur, d’un rouge sale, recouvert de couches albumineuses, qui réunissent, par des adhérences très-multipliées, tous les viscères ; distension très-grande de lestomac dans quelques circonstances, dans d’autres, réduction de ce viscère à un très-petit volume, ce qui a principalement lieu dans les cas nombreux où il a été percé : alors, épanchement énorme dans le ventre d’un liquide épais, jaune et floconreux ; inflammation plus ou moins considérable, plus ou moins générale, de tous les autres viscères abdominaux et de la poitrine ; quelquefois des taches jaunes sur les mains ou sur d’autres parties qui ont été produites par une petile quantité d’acide azotique échappé du vase dans lequel on a bu ce poison.

Je renvoie à l’histoire de l’empoisonnement lent tout ce qui est relalif aux lésions de tissu développées par l'acide azotique, chez les individus qui n’ont succombé que longtemps après avoir pris cette substance vénéneuse. és

Tartra, dans son beau travail sur l’acide azotique, a fait un grand nombre d'expériences sur le cadavre, dont les résultats méritent d’être exposés comme complétant la solution du problème qui m'occupe.

1° On a introduit 64 grammes d’acide azotique dans un estomac vide, isolé du cadavre, et encore continu à l’œsophage ; on l’a laissé séjourner pendant douze heures : il s’est dégagé beaucoup de gaz bioxyde d’azote, puis du gaz azote et de l’acide carbonique; le grand cul-de-sac et la longue courbure de l'estomac offraient des taches très-larges qui, à l’instantrmême, ont paru blanches à l'extérieur de l'organe, et sont bientôt devenues jaunes. Au bout de quelques heures, l'étendue de ces

taches était très-augmentée ; les parois de l'estomac, devenues trèsjaunes en dedans et en dehors, avaient un aspect graisseux. On a trouvé! dans ce viscère 60 grammes environ d’un liquide épais, d'un bean jaune, presque entièrement formé par de l’acide azotique affaibli. Lors- | qu’on laissait séjourner l’acide dans l'estomac pendant quatre jours ce viscère était en quelque sorte dissous, il s’en allait en pièces au moindre contact; on pouvait aisément le réduire en une espèce de pâte grasse d'un très-beau jaune, susceptible d’oxyder promptement le fer ele cuivre par son contact.

2° On a versé dans l'estomac une plus ou moins grande quantité d'dù | pure, de vin, d’eau-de-vie, de lait, de bouillon, ele ; puis on y a üne troduit 64 grammes d’acide azotique ; ce corrosif, iémière af faibli, a exercé une action beaucoup moins forte : comme il était dis: séminé sur un plus grand nombre de points, presque toute la membraïñe interne a paru affectée; elle avait une teinte jaune, semblait légèrement épaissie, onctueuse sous les doigts, et se séparait aisément des mem: branes plus extérieures.

3° Avant de faire arriver l'acide azotique dans l'estomac, on l'a rempli de substances solides représentant des aliments : l’action de l’acidea élé partagée entre les matières solides alimentaires et la paroi de cet organe; quelquefois mème elle s’est portée en plus grande partie sur les substances étrangères, et souvent n’a produit sur l'organe qu’une tache jaune assez légère, et quelquefois bornée à la membrane muqueuse. D’autres essais, tentés sur les animaux vivants, ont porté Tartra à conclure : 1° que l'acide azotique, introduit en petite quantité dans lé tube alimentaire, se combine aussitôt et entièrement avec le tissu anis mal; 2° qu’à plus forte dose, il agit de même à l'instant du premier contact, mais reste en grande partie dans l’estomac, où il est alors libre et affaibli; 3° que, dans ce dernier cas, il continue d’agir jusqu’à sa disparition complète, insensiblement opérée dans l’espace de quelques heures, et constamment avec plus de rapidité que sur le cadavre, À cause de l'influence très-marquée de l'état vivant des organes gastriques, el surtout de la propriété accélératrice de la chaleur animale. Il résulte des faits qui précèdent, que l'acide azotique produit la: mort des animaux, par une action en tout semblable à celle de l'acide

sulfurique.

st

Traitement de l’empoisonnement par l’acide azotique. Voyez page 121.

Recherches médico-légales.

L’acide azotique monohydraté et pur est sous forme d’un liquide incolore, odorant, doué d’une saveur acide si âcre et si caustique, qu'il

DE L’ACIDE AZOTIOUE. 177

brûle et détruit les matières organiques; son poids spécifique est de 1,512 à 1,521 à 15°+-0°. Une seule goutte de cet acide rougit une srande quantité d’infusum de lournesol ; il colore constamment la peau at les autres tissus animaux , en leur donnant une teinte plus ou moins jaune. Chauffé dans une petite fiole avec du charbon, du soufre ou du phosphore, il est décomposé au bout de quelques minutes d’ébullition, at fournit du gaz acide hypoazotique jaune orangé. Versé sur de la limaille de cuivre , il produit une vive effervescence, répand des vapeurs jaunes orangées (gaz acide hypoazotique), et se transforme en azotate de cuivre d’une couleur verte qui ne tarde pas à devenir bleue. La potasse, la soude, le baryte, la strontiane, etc. , combinées avec l’acide azotique, forment des sels qui, étant évaporés, desséchés, et mis sur des charbons rouges, avivent leur combustion, et produisent une inflammation si rapide, qu’il y a un dégagement considérable de lumière et de calorique, et une dilatation qui occasionne plus ou moins de bruit et de mouvement de projection.

Acide azotique étendu d’eau. S'il n’est pas trop affaibli, il se comportera comme il vient d’être dit avec les réactifs précités. S'il est assez étendu d’eau, pour ne plus agir sur le cuivre ni à froid ni à chaud, alors même qu’il serait excessivement affaibli ; 1° il rougira le papier de cournesol ; il changera la couleur jaune de la narcotine, délayée ou dissoute dans l’acide sulfurique concentré , en une couleur rouge de sang: ce réactif est infiniment plus sensible que la morphine, conseillée par M. 0’Shaugnessey et par M. Devergie, et que le sulfate de protoxyde de fer; 2° saturé par de la potasse ou de la soude pures, et évaporé jusqu’à siccité, il fournira un azotate solide, qui fusera sur les charbons ardents , c’est-à-dire qui accélérera la combustion de ces charbons, et qui, étant chauffé dans un petit tube de verre avec de la limaille de cuivre, quelques gouttes d’eau et un peu d'acide sulfurique concentré, répandra des vapeurs jaunes orangées d'acide hypoazotique. La brueine, délayée ou dissoute dans l’acide sulfurique, devient aussi rouge de Sang, par son mélange avec un atome d'acide azotique : cet alcaloïde, plus sensible encore que le sulfate de narcotine , ne me paraît pas devoir être préféré à la narcotine dans la grande généralité des cas, précisément à cause de son excessive sensibilité; en effet, nous savons combien il est difficile de trouver aujourd'hui de l'acide sulfurique qui ne contienne pas d'acide azotique : il arrivera donc souvent qu'en versant sur de la brucine de l'acide sulfurique réputé pur, et qui aura élé convenablement distillé, Palcali organique sera rougi , alors même que la matière suspecte ne renfermera pas un atome d’acide azotique; on peut néanmoins recourir à la brucine, pourvu que l’on s’as-

sure d'avance que l'acide sulfurique dont on voudra faire md êm| ployé seul, ne rougit pas cette base. æ .

Si la quantité d’ azotate dont on peut disposer est excessivement minime et insuffisante, pour que l’on aperçoive les vapeurs orangées, on consta-. tera son action sur les charbons ardents, en en mettant un atome:sur ces charbons, et le restant sera employé à faire l'expérience suivant: après avoir mêlé le sel avec de la limaille de cuivre, on l'introditira dans un tube de verre 4 avec deux où trois gouttes d’eau; et cinq àssix. gouttes d'acide sulfurique concentré et pur ; on chauffera ce tube; afin de faire arriver le gaz bioxyde d’azote qui se dégagera dans une dit lution de trois ou quatre gouttes de sulfate de narcotine, placée d'avance dans un tube # d’un très-petit diamètre ; à peine le gaz bioxyde d’azole sera-{-il parvenu jusqu’à la narcotine, que me -ci se colorera en rouge de sang. A: à | = 4

te #

On peut, au lieu de sulfate de narcotine, se servir de quelques gouttes d’une dissolution de sulfate de protoxyde de fer, qui, à la vérité, est moins sensible que le sulfate de narcotine ; ce sulfate de fer se colorera instantanément en brun noirâtre (couleurde café) etsi, après l’expérience, on le mêle aveccinq, séptou dix fois son volume d'acide sulfurique con: centré , il acquerra une couleur violette ou rose. Parmi les acides faibles connus, les acides azotique, hypoazotique et azoteux, sont les seuls qui , étant saturés par la potasse pure, se comportent ainsi avec les sul: fates de narcotine et de fer. Priestley et Davy ont prouvé les premier que les sels de protoxyde de fer absorbent le gaz bioxyde d’azote M. Desbassyns de Richemont a fait connaître, en 1832, la série des cou: leurs que l’on obtientavec ce gaz, le sulfate de protoxyde de fer et l'acide sulfurique concentré. M. Péligot- a annoncé, en 1833, qu'il suffitde faire passer quelques bulles de gaz bioxyde d’azote à travers un so/utum de sulfate de protoxyde de fer, pour obtenir un liquide brun font presque noir, et qu’en versant une goutie de cette liqueur brune dam une assez forte proportion d’acide sulfurique concentré, celui-ci ae: quiert une belle couleur violette (Journ. de pharm., déc. 1833 ). Depuis douze ans, dans mes leçons à la Faculté de médecine de Paris, j’aï ap: pliqué ce fait à l’histoire de l’empoisonnement par l’acide azotique:"

La morphine est colorée en jaune orangé par l'acide azotique;"e si, dans cet état, on la touche avec une goutte de potasse puré el

devient rouge amarante ; mais cette réaction est beaucoup moins sensible que les précédentes, et ne doit par conséquent pas êlre tentée.

Liebig avait proposé, pour constater la présence de très-pelites proportions d'acide azotique très-étendu d’eau , de chauffer ce corps avec du sulfate d’indigo et de l’acide sulfurique ; la décoloration de l’indigo devait être une preuve de l'existence de l’acide azotique. Maïs j’ai fait voir en 1828, bien avant M. O’Schaugnessey, quoi qu’en dise M. Devergie, que les acides chlorique, iodique, etc., affaiblis, agissent exactement de mème sur le sulfate d’indigo, et qu'il faut par conséquent renoncer à ce mode d’expérimentation (voy. Journ. de chim.méd., t. IV, p. 409, année 1842). |

Acide azotique mélé au vinaigre. On sature le vinaigre par le carbonäte de. potasse ; on fait évaporer jusqu’à siccité, et l’on constate que le produit renferme de l’azotate de potasse (voy. p. 177).

Acide azotique mélé à divers liquides alimentaires (lait, thé, café, sucre, win}, à la bile, au sang, à la matière des vomissements, et aux liquides contenus dans le cunal digestif. L’eau sucrée, le thé, le vin et lavgélatine, ne sont pas troublés par cet acide; le lait est coagulé, ainsi que l’albumine ; les grumeaux ne tardent pas à jaunir; la bile précipite en jaune, et le dépôt verdit d’abord, puis rougit par une plus forte proportion d'acide. Le sang est noirci et coagulé.

Exrérieng [°. — J'ai mélangé trois gouttes d'acide axotique concentré avec 100 grammes d’un mélange de lait , de bouillon , de café et de sang , et je l’ai traité, par du bicarbonate de soude , du chlore , etc., comme il a été dit à la page 163; le produit de l’évaporation était d’un rouge brun, et se comportait avec le cuivre, l’acide sulfurique et le sulfate de protoxyde de fer comme dans l'expérience 4 (voy. p. 164), mais il ne fusait pas sur les charbons ardents.

Expire Il. — J'ai voulu savoir s’il ne serait pas préférable dans un cas d’empoisonnement par l'acide azotique de traiter les matières vomies, celles que l’on trouve dans le canal digestif et dans les tissus de ce canal, par l'acide sulfurique plutôt que par le bicarbonate de soude et le chlore; à cet effet, j'ai distillé 100 grammes d’un mélange de lait, de bouillon, de café , de sang et de deux gouttes d'acide azotique concentré avec 6 grammes d’acide sulfurique pur à 66 degrés ; les premières portions du liquide recueilli dans le récipient ne renfermaient pas sensiblement d'acide azotique ; mais vers la fin de l'opération, j’obtenais un produit incolore qui agissait sur les sulfates de narcotine et de fer comme l'acide azotique très-faible, et qui étant saturé par de la potasse pure et évaporé jusqu’à siccitér, laissait un résidu qui ne fusait pas sur les charbons ardents et qui se comportait avec Je cuivre et l'acide sulfurique comme un mélange d'une petite quantité d’azotate de potasse et de matière organique ; en effet le gaz qui se dégageait par l’action d’une chaleur douce brunissait le sul-

fate de protoxyde de fer dissous, et, en ajoutant un excès d'acide sulfurique , la couleur brune passait instantanément au violet. ù

En répétant cette expérience avec quatre gouttes du même acide a20tique, j'ai obtenu les mêmes résultats; en saturant par la potasse le liquide recueilli dans le récipient, et en J’évaporant jusqu’à siccité, le produitdesséché ne fusait pas sur les charbons ardents à cause de la matière organique qu’il contenait et qui se charbonnait en répandant l'odeur de corne qui brûle. |

Expérience III. — J'ai souvent décomposé dans une cornue avec de l'a cide sulfurique concentré des liquides que j'avais retirés de l'estomac d’animaux empoisonnés par de faibles doses d'acide azotique concentré, ou par des doses un peu plus fortes du même acide étendu de beaucoup d’eau: ces liquides contenaient & peine de cet acide, car ils ne rougissaient pas sensiblement le papier bleu de tournesol ; j'ai pourtant obtenu constamment dans les ballons des produits incolores, dans lesquels il était aisé de dé montrer la présence d’une faible quantité d’acide azotique , surtout lorsque j'agissais sur les portions qui avaient distillé dans la dernière période’de l'opération. "1

Expérience IV. — J'ai dissous dans quelques grammes de potasse pute les estomacs des animaux dont j'ai parlé à l'expérience 3, et après avoir saturé l'alcali par l'acide sulfurique pur, j'ai distillé le mélange avec 6 grammes de ce même acide ; les estomacs n’offraient aucune trace de nuance jaune; ils étaient au contraire d’un rouge foncé à l’intérieur comme à l'extérieur , et fortement enflammés ; je les avais tellement lavés l’eau distillée que le papier bleu de tournesol n’était pas affecté, soit qu’on le mît dans la dernière eau de lavage, soit qu’on le maintint pendant quelques minutes à la surface interne des viscères. Les liquides recueillis dns les récipients contenaient à peine des traces d’acide azotique ; des personnes peu habituées à ces sortes de recherches n'auraient certes pas vu dans | faible réaction de ces liquides, sur le sulfate de protoxyde de fer rendu acide, des preuves suffisantes de l'existence de cet acide. 4

Expérience V, — En agissant de même sur des portions d'estomac jaw nies par l'acide azotique , avec lequel les animaux avaient été empoisonnés, lambeaux qui avaient été aussi bien lavés que les précédents, j'ai obtenu" la fin de l'opération un liquide acide qui rougissait le sulfate jaune de narcotine , et qui brunissait promptement le sulfate acide de protoxyde de fer; cette couleur passait de suite au violet par un excès d'acide sulfurique; saturé par la potasse et évaporé jusqu’à siccité, ce liquide à laissé un résidu jaune rougeâtre qui fusait sur les charbons ardents , quoiqu'il contint de la matière organique , et qui, décomposé par l’acide sulfurique et le cuivre, founissait un gaz colorant le sulfate acide de protoxyde de fer, comme le fait le gaz bioxyde d’azote. |

Il importait de savoir comment se comporteraient des matières alimen* taires et les tissus des chiens à l’état normal, quand on les soumettrait à l’action du bicarbonate de soude et du chlore, ou qu'on les distillerait avec de l'acide sulfurique concentré, ss

Exrénience VI. — J'ai introduit dans l'estomac d’un chien à jeun un mélange de 300 grammes de lait, de bouillon, de café et de 50 grammes de sérum du sang, provenant d’une saignée faite à un adulte six heures auparavant; j'ai lié l’œsophage et la verge. Au bout de trois heures, j'ai tué cet animal. Les liquides de l’estomac et les tissus de ce viscère lui-même , saturés par le bicarbonate de soude et décomposés par le chlore, comme il & été dit plus haut (voy. expérience 3, p. 163), ont donné un produit rougeâtre qui ne fusail pas sur les charbons ardents , et qui, étant décomposé par l’acide sulfurique et le cuivre, fournissait un gaz incolore, ne répandant pas de vapeurs orangées à l'air, mais qui brunissait le sulfate de protoxyde de fer, absolument comme le bioxyde azote, sans pourtant que la couleur brune devint violette par un excès d'acide sulfurique. Le foie et la rate, soumis à l’action de l’eau bouillante et de l'acide sulfurique (voy. p. 164), ne donnaient aucune trace d'acide azotique. L’urine rougissait le sulfate jaune de narcotine, et brunissait le sulfate acide de protoxyde de fer; cette couleur passait au violet, en ajoutant de l'acide sulfurique; cependant, en distillant cette urine avec de l’acide sulfurique, on obtenait un liquide incolore ne contenant pas un atome d'acide azotique ; en effet, en le saturant par la potasse et en l’évaporant jusqu’à siccité, ce produit ne fusait pas sur les charbons ardents, et lorsqu'on le décomposait par le cuivre et l’acide sulfurique, il donnait un gaz qui n’altérait pas la couleur brune du sulfate acide de protoxyde de fer.

Expérience VII. — J'ai répété cette expérience sans ajouter de sérum du sang au mélange alimentaire ; les résultats ont été les mêmes, si ce n'est que le produit fourni en dernier ressort par les liquides de l'estomac, et par ce viscère lui-même, n’offrait aucune des réactions de l’acide azotiqne, pas même celle qui avait été remarquée dans l'expérience 6, sur le sulfate de fer.

Expérience VIII. — En distillant avec de l’acide sulfurique concentré et pur soit des mélanges alimentaires, soit des liquides extraits de l’estomac d'animaux & l'état normal, soit enfin les tissus du canal digestif de ces animaux ou de l’homme, les produits recueillis dans les récipients, à quelque époque de l'opération qu’ils fussent essayés, n’ont jamais changé la couleur du sulfate jaune de narcotine, ni celle du sulfate acide de protoxyde de fer; saturés par la potasse et desséchés, ils n’ont jamais fourni des produits fusant sur des charbons ardents, ni donnant avec le cuivre et l'acide sulfurique un gaz susceptible de colorer le sulfate de fer en brun.

EXPÉRIENCE IX. — J'ai plusieurs fois mis en contact l’urine des chiens et de l’homme à l’état normal soit avec du sulfate acide de narcotine, soit avec du sulfate acide de protoxyde de fer, et j'ai constamment vu qu’elle rougassait avec le premier de ces sels, et qu’elle brunissait avec l’autre ; celte dernière couleur devenait violette par l'addition de l’acide sulfurique pur. En distillant cette urine avec de l'acide sulfurique pur, on n’obtenait point d'acide azotique. L’urée la plus blanche et la mieux purifiée se comportait de même. Le sérum jaune du sang , obtenu par la coagulation spontanée du sang extrait quelques heures auparavant de la veine d’un adulte

atteint de pleurésie , ne chanpeait pas la couleur du sulfate jaune de narcotine, mais brunissait, et finissait par acquérir une nuance violette, en agissant sur du sulfate acide de protoxyde de fer avec un grand excès | d'acide.

Exrénrexce X. — J'ai fait dissoudre dans l’eau un mélange d’une partie | d’azotate de potasse et de 200 parties de chlorure de sodium solides ; la li- | queur à été partagée en deux parties égales : l’une d’elles a été évaporée ji |

qu’à siccité, et traitée par le cuivre et l’acide sulfurique; le gaz, en traversant le sulfate de protoxyde de fer, l’a jauni avant de le brunir: ce liquide brun ne passait pas au violet par! ‘addition de l’acide sulfurique concentré: en continuant à faire arriver du gaz, la liqueur devenait d’un vert de plus, en plus foncé; dans cet état, elle dégageait du chlore et de l'acide chlorhy= drique par l'acide stFUrIQUE" sans passer au violet. L'autre portion dk | liqueur, mélangée avec un peu de lait et de gélatine dissoute, a lé évas porée jusqu’à siccité; le produit, décomposé à froid et à chaud, pendant, vingt-cinq minutes, par du cuivre et de l’acide sulfurique, à donbe un ga qui a rendu le sulfate de protoxyde de fer jaune verdâtre assez fonc sans le brunir, et ce liquide ne se colorait pas en violet en.ajoutant une forte proportion d'acide sulfurique concentré. La matière contenait pours tant de l'azotate de potasse. Cette expérience, souvent répétée, m4 1 constamment fourni les mêmes résultats.

Il suit de ce qui précède : 1° que l’on peut démontrer la présence de l'acide azotique mêlé à des liquides alimentaires, ou de celui qui exisi£ en très - pelile proportion dans les tissus du canal digestif qui ont ét touchés par lui, en traitant ces diverses matières par le bicarbonate di soude, le chlore, etc. (voy. expér. 3, p. 163); mais qu’il ne suffit pas, pour affirmer que-cet acide s’y trouve, d’avoir obtenu en dernier res= sort un produit qui colore le sulfate de narcotine en rouge , et Le sulfate de protoxyde de fer en brun, ou qui, étant traité par l'acide sulfurique et le cuivre, donne un gaz pouvant colorer le sel de fer en brun, parc que l’on obtient les mêmes résultats avec des mélanges alimentaires, à l'état normal qui auraient été traités de même (voy. expér. 6, p. 181); | qu’il faut nécessairement avoir obtenu un résidu qui fuse sur les char bons ardents, et qui, étant décomposé par du cuivre et de l'acide sulfe rique, fournisse un gaz jaune orangé, lequel colore le sulfate acide de | prôtoxyde de fer en brun, puis en violet par l'addition de l'acide de | | furique.

2° Que ces derniers caractères ne peuvent être constalés, en suivait | un pareil procédé, que dans les cas d’empoisonnement où la quantité d'acide azotique restant est assez considérable; car, si elle était faible, l'azotate produit se trouverait mélangé d’une thoÿ forte pr oportion 4 de matière organique, de chlorures ou d’autres sels , pour qu'ils se mani- | festent (voy. expér. 10, p. 182).

30 Qu'en distillant , au contraire, les matières suspectes, liquides ou solides, avec de l'acide sulfurique concentré, on décèle des quantités au moïns aussi faibles d'acide azotique; que l'opération est d’une exécution plus facile et qu’elle fournit l'acide libre , sans exposer à la moindre chance d'erreur; en effet , le liquide distillé est acide, rougit le sulfate jaune de narcotine, brunit le sulfate acide de protoxyde de fer, et le rend violet, si l’on ajoute de l'acide sulfurique; saturé par la potasse ef évaporé jusqu’à siccité , il laisse un résidu qui fuse sur les charbons ardents, à moins que la proportion d'acide azotique distillé ne soit par trop minime par rapport à la quantité de matière organique qu’il a entraînée pendant la distillation, mais qui, mème dans ces cas, donne, Jôrsqu’on le décompose dans un tube avec du cuivre et de l’acide sulfurique , un gaz coloré ou non en j aune-orangé, susceptible de brunir lesulfate acide de protoxyde de fer à travers lequel on le fait passer, et lSufñt d'étendre cette liqueur brune dans de lacide sulfurique con- céntré pour Ja rendre violette. Les mélanges alimentaires, les matières contenues dans l'estomac, les selles, et les tissus du canal digestif à V'état normal , distillés avec l'acide sulfurique , fournissent des liquides qui peuvent être acides, mais qui ne présentent jamais l’ensemble des caractères précités (expér. 6, 7, 8 et9, p. 181).

Procédé. On recueille les matières contenues dans le canal digestif, où celles qui ont été vomies ; on lave les tissus de ce canal à plusieurs reprises, et pendant plusieurs heures, avec de l'eau distillée froide; on réunit le tout dans une capsule de porcelaine, et on élève la température jusqu’au degré de l’ébullition, afin de coaguler un certain nombre de matières ; on filtre, on sature la liqueur par la potasse pure, el on là rapproche jusqu’au quart de son volume, puis on la distille dans üne cornue avec 7,8, 10 ou 12 grammes d’acide sulfurique concentré, pur, el surtout exempt d’acide azotique (1). On obtient l'acide azotique dans le ballon, surtout vers la fin de la distillation, en sorte qu'il faut pousser celle-ci jusqu’au point où la matière de la cornue commence à devenir épaisse. | Les matières solides restées sur le filtre, ainsi que les portions des | tissus du canal digestif qui seraient jaunes ou eénflammées , sont sou- | mises à l'action de la potasse pure et de l’eau distillée, dans une capsule de porcelaine; on fait bouillir pendant une heure, afin d'enléver et de neutraliser les plus minimes proportions d’acide azolique quelles auraient pu retenir; on filtre, on sature l’alcali par l'acide sul-

(1) On prive aisément l'acide sulfurique de lacide azotique qu’il contient si habituellement aujourd’hui, en le chauffant à 150° ayec un. peu de soufre, et en le faisant ensuite bouillir avec quelques grammes d’eau chlorée.

dou. DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX.

furique concentré el pur, on rapproche la matière par l’évaporation , puis on la distille avec de l'acide sulfurique, comme il vient d’être dit. On n’oblient, en général, que fort peu d’acide azotique de celle opération, parce que la majeure partie de l’acide se trouve dans les liquides contenus dans l’estomac qui ont distillé en premier lieu, et l’on | peut se dispenser d’y avoir recours, si déjà ces liquides ont fourni assez | d'acide azotique pour porter la conviction dans l’esprit des experts.

Si les recherches précédentes ont élé infructueuses, on agira sur le | foie, la rate, les reins et l'urine, etc., comme il a été dit à l'expé: rience 3, p. 180. à

Conclusions. 1° Si, à la suite de ces recherches, on à obtenu dans les récipients des liquides incolores, acides , rougissant le sulfate de Dar=

coline, brunissant le sulfate acide de protoxyde de fer, nuance qui pas=

sera au violet par un excès d’acide sulfurique, et qui , étant saturés par la potasse et évaporés jusqu'à siccité, aient laissé des produits jau: nâtres, d’un jaune rougeâtre ou d’un rouge brunätre, lesquels fusent sur les Charbons ardents, et donnent par le cuivre et l’acide sulfurique du gaz acide hypoazotique jaune orangé ,; Gui colore le sulfate de fer en brun, puis en violet (voy.p. 181); on affirmera que les matières sus= pectes Contenaient de l’acide azotique ou de l'acide hypoazotique, un azotate ou un azotile.

2° Il en sera de même dans les cas où le produit solide, provenant de la saturation des liquides distillés par la potasse, ne fuserait pas sur les charbons ardents, et ne donnerait pas un gaz coloré en jaune. orangé, pourvu que les autres caractères puissent être tous constatés! puisque ces caractères ne sont jamais fournis par des matières à l’état normal, soumises au procédé de la distillation par l’acide sulfurique. 3° Si les caractères indiqués à la conclusion précédente manquent en“ parlie, ou ne sont pas assez tranchés pour qu’il ne reste aucun doute sur leur existence, on se gardera bien de dire que les matières suspectes ne Contenaient aucun des composés azoliques dont je parle, car les choses se passent ainsi toutes les fois que les proportions d’acides azotique, hypoazotique ou azoteux sont excessivement minimes. Ce serait alors le cas de combiner avec les éléments fournis par la chimie, ceux que donneraient les symptômes, les lésions de tissu, elc. ? | Acide azotique dans un cas où la Mmagnésie, ou toute autre base alcaline ont été administrées comme contre-poisons. Si l'acide n’a pas été complétement saturé par la base alcaline , Comme cela a presque toujours lieu, on découvrira la!portion, qui est encore libre, par les procédés indiqués. Si la saturation a été complète , on devra chercher dans les liqueurs suspectes l’azotate de magnésie, de chaux, etc., qu’elles renfermeront à coup sûr, puisque tous les azotates sont solubles dans

l'eau. Pour cela on desséchera les matières à une douce chaleur, et on laissera le produit en contact, pendant plusieurs heures, avec de l’eau distillée froide qui dissoudra l’azolate ainsi qu’une partie de la matière organique ; le solutum filtré et desséché dans une capsule de porcelaine , fusera sur les charbons ardents, et donnera du gaz bioxyde d'azote, étant chauffé avec du cuivre et de l'acide sulfurique (voy. p. 178). Si, à raison d’une trop forte proportion de matière organique, ces caractères manquaient, on redissoudrait dans l’eau le produit desséché, et on ferait chauffer la dissolution dans une cornue avec le vingtième de son volume d'acide sulfurique pur et concentré; à coup sûr, en continuant l'opération jusqu’à ce que ce liquide fût réduit au tiers de son poids environ , on obtiendrait dans le ballon un liquide à peu près incolore et acide, contenant une quantité notable d'acide azotique facile à reconnaitre.

Acide azotique contenu dans l'urine. Il résulte de mes.expériences que l'urine des animaux empoisonnés par l'acide azotique étendu d'eau, renferme une certaine quantité de cet acide , à certaines époques de la maladie ; j'ai prouvé ce fait en distillant l'urine avec de l’acide sulfurique | pur, et en saturant par la potasse le liquide acide recueilli dans le ballon. 11 suffit de faire évaporer la liqueur ainsi saturée pour obtenir le l’azotate de potasse qui fuse sur les charbons ardents, et qui se -omporte avec le cuivre et l'acide sulfurique, avec le sulfate de narotine et le sulfate de protoxyde de fer, comme l’azotate de polasse. L'expert ne saurait désormais négliger la recherche de l'acide azotique lans l'urine, si les expériences faites avec les autres matières suspectes waient été infructueuses ; car la présence de cet acide dans ce liquide xcrémentitiel lui permettrait d'affirmer qu’il y a eu ingestion d’acide otique pendant la vie; toutefois l’absence de cet acide ne lautoriseail pas à conclure qu’il n’a pas été ingéré, l'urine pouvant n’en renermer. qu’à certaines époques de l’empoisonnement.

Acide azotique dans un cas d’exhumation juridique. I] résulte des »xpériences consignées dans notre Traité des exhumations juridiques , L° que l’on peut démontrer la présence de l’acide azotique concentré, plusieurs mois après qu’il a été mêlé avec des matières animales, et orsque déjà la putréfaction est à son comble, pourvu qu’au moment de la mort il se soit trouvé en assez forte proportion dans le canal digestif ; en effet, après avoir enterré à la profondeur de { mètre environ, une portion d’un canal intestinal arrosé par 4 grammes d'acide azotique >oncentré et placé dans un vase de porcelaine, enfermé lui-même dans ne boîte de sapin, nous exhumâmes celte boite, dix-sept mois vingt ours après : le vase confenait environ 12 grammes d’un liquide grisàre, trouble, qui rougissait le tournesol , qui faisait effervescence avec

Al

les carbonates, qui n’agissait point sur le cuivre à froid, et qui, aÿYänt &té saturé par la potasse pure, et évaporé jusqu’à siccité, fournit une masse qui fusait sur les charbons ardents, et donnait des vapeurs nitreuses, quand onla chauffail avec du cuivre et de l’acide sulfurique concentré. 2° 11 devient plus difficile de constater la présence de l’acide azotique au bout de plusieurs mois d'inhumation , quand cet acide a été considés rablement affaibli par de l’eau et employé en petite quantité, parce qu'à la longue il se forme, par la putréfaction des tissus, une assez gr ande proportion d’ammoniaque pour saturer tout l'acide. Le 18 juillet 18%, nous avons mis dans un bocal à large ouverture, contenant 2 litres d’ én environ, { gramme 10 centigrammes d’acide INR et à peu prèsile tiers du at intestinal d’un adulte. Le 12 août suivant, le liquide rougissait le tournesol, et l’on aurait pu facilement décéler la présence”de l'acide azotique, à l’aide du bicarbonate de soude, du chlore, du cuivre, de l’acide sulfurique concentré et du sulfate dé: protoxyde de fer. Le 23 mai 1837, dix mois quatre jours après le commencement de l'expérience, la liqueur, au lieu de rougir le tournesol, ramenaît au blei - la couleur du papier rouge; cependant, lorsqu'on ! faisait bouillit avec de la potasse pure, et qu’on évaporait jusqu’à siccité, on ob tenait un produit qui, mis en contact avec l’eau distillée fr dd pen: dant quelques minutes, fournissait un liquide contenant de l’azotate dt potasse ; car la masse solide provenant de l’évaporation de cette liqueüt fusait sur les charbons ardents, et donnait des vapeurs nitreuses, quaïle on la chauffait avec du cuivre et de l'acide sulfurique concentré. C@ faits suffisent sans doute pour affirmer qu’il existe de l’acide azotique dans le liquide pourri ; la difficulté n’est pas là, surtout dans l'espèce. où nous savons que cet acide avait été mis dans le bocal, à la dose d 1 gramme 10 centigrammes ; mais, s’il s'agissait d’une expertise médico: légale, alors que tout serait inconnu, et que la dose d’acide azo{iqu renfermé dans les matières, pourrait encore être moindre que celle don je parle, comment s'assurer que cet acide aurait réellement été ingéré; ne savons-nous pas, en effet, que pendant la putr éfaction des matières organiques, dans des circonslances qui ne sont pas encore complélement connues , il peut se développer de- l'acide azotique, et par consé quent de l’azotate d’ammoniaque , et n’y aurait-il pas témérité à établit que dans aucun cas d’inhumation prolongée, l’acide azotique ne saurail être le résultat de cette décomposition putride ? En pareille occurrence le médecin devrait être fort circonspect et puiser ses motifs de doute, de possibilité ou de probabilité d’un empoisonnement , surtout dans l’histoire des symptômes éprouvés parle malade, et des lésions constatées après la mort, si l'ouverture du cadavre avait été faite peu de temps après Le décès.

DE L'ACIDE AZOTIOUE. 487

Acide azotique introduit dans le canal digestif après la mort. — axpétence Le. — À midi, on a introduit dans le rectum d’un chien bien softant, 20 grammes d'acide azotique du commerce (eau-forte) : imméliatément après, l'animal s’est agité, le ventre s’est tuméfié, et il souffrait “onsidérablement: 11 a expiré huit heures après. L'ouverture du cadavre à té faite le lendemain matin : la moitié inférieure du rectum offrait intéieurement plusieurs points rouges placés sur un fond jaune ; la membrane nuseuleuse était d’une couleur cramoisie, et la tunique séreuse d’un trèseau jaune. La moitié supérieure de cet intestin était d’un rouge foncé, et résentait quelques points ulcérés; la portion du colon, placée immédiatement au-dessus du rectum, était dans l’état naturel dans l’étendue d'environ ) centimètres; le reste du canal intestinal, jusqu’au pylore, était d’une sOuleur rouge foncée intérieurement, et on ÿ Voyait plusieurs plaques noïrâtres formées par du sang noir extravasé.

Exrérenee II. — Un petit carlin a été pendu à midi; six minutes après, n à introduit dans le rectum 20. grammes d’acide azotique du commerce , et on à fait l'ouverture du cadavre le lendemain à onze heures. Le rectum, st environ la quatrième partie du colon, présentaient l'aspect d'un tuyau solide , d’une belle nuance jaune, excepté près de l’anus, où sa couleur tait blanche ; en le fendant, on voyait que la membrane muqueuse correspondante à cette portion, avait été détruite et transformée en flocons d'un jaune-serin, que l’on pouvait détacher avec la plus grande facilité ; les deux autres tuniques étaient jaunes, excepté dans la partie la plus voisine de l'anus; immédiatement au-dessus de ce tuyau, le colon , moins altéré, offrait intérieurement , dans l'étendue d'environ 6 centimètres , une espèce de cylindre jaunâtre formé par la membrane muqueuse, et assez épaissi pour que l’on püt le détacher et l’enlever tout d’une pièce. La portion de cet intestin , voisine du cœcum, était aussi un peu jaune; du restés il n°y avait aucune trace de rougeur ni d’infammation dans le canal digestif.

Exrérrences LL, IV et V. — Tartra avait déjà fait des expériences analogues que j'ai rapportées (voy. p. 175).

Taches produites par l'acide azotique. J'ai souvent examiné de ces taches faites dix, douze et quinze jours auparavant sur du feutre, du drap, du gros cuir, de la peau de chamoiïs et de la peau humaine, et j'ai constamment reconnu qu’en appliquant sur elles un papier de tournesol humecté, celui. ci était promptement rougi, et qu’en laissant pendant quelques heures les parties tachées dans une dissolution aqueuse , affaiblie et froide de bicarbonate de soude, on obtenait un liquide qui, étant filtré et évaporé jusqu’à siccité, donnait un résidu jaunâtre ou d’ünÿjaune rougeâtre dans lequel on constatait aisément la présence d'un azotate ; en effet, ce produit fusait sur les charbons ardents, dégageait des vapeurs orangées par l'addition du cuivre et de l'acide sulfürique concentré , brunissait le sulfate acide de protoxyde de fer, qui

devenait ensuite violel par un excès d'acide sulfurique, et colorait en rouge de sang le sulfate jaune de narcotine. Les taches sur du feutre étaient orangées au centre el rouges à la circonférence; le drap marron élail couleur de rouille; le gros cuir, couleur de gris de fer avait acquis une teinte noire, et la peau de chamois jaunâtre offrait une coloration brune comme le café. Les taches sur la peau humaines sont jaunes, et prennent une couleur d’acajou quand on les touche avec une

dissolution de potasse ou de soude. |

DE L’ACIDE HYPOAZOTIQUE.

Get acide, à l’état liquide, est bleu, vert, jaune orangé clair, ou jaune orangé foncé, suivant qu’il est plus ou moins chargé de gaz biox yde d'azote; il rougit fortement le tournesol, et agit sur nos tissus avec une force extrême ; son odeur et sa saveur sont très-marquées. Il fournit beaucoup de vapeurs d'un jaune orangé lorsqu'on le chauffe, Versé dans l’acide sulfhydrique, il le décompose sur le champ, et y fait nattré un dépôt de soufre d’un blanc jaunätre. Le cuivre, le mercure, le zine el le fer sont attaqués et dissous par lui avec la plus grande énergies la dissolution s’opère avec effervescence et dégagement d’une très-grande quantité de vapeurs d’un jaune orangé. A l’état gazeux , il est orangé où rouge, suivant sa température ; il a une odeur piquante nauséabonde; rougit le tournesol et se dissout rapidement dans l’eau. Il bruanit instanlanément le sulfate acide de protoxyde de fer, et la couleur brune devient bientôt violette par l'addition d’une assez grande quantité d’acide sulfurique concentré et pur.

Action sur l’économie animale. #

OnservariOn [.— Un homme de quarante-cinq ans environ, d’une constitution assez forte , mais sujet à une oppression habituelle, faisait , depuis plusieurs années, le commerce d'eau-forte. Au mois de mai 1804, Ja Chaleur était considérable, et le thermomètre était monté jusqu’à 26°. II fut réveillé un jour, à quatre heures du matin , par les hurlements d’un gros chien de garde qu’il avait enfermé dans son magasin. Il y descend aussitôt accompagné d’un voisin, ouvre la porte, et est frappé à l'instant de l'odeur du gaz acide hypoazotique qui se fait sentir. Le chien sort avec précipitation , ayant les pattes brülées, court au premier ruisseau pour S'y désaltérer, joue avec quelques autres chiens sur la place voisine, et revient deux heures après périr à la porte de son maître , en vomissant des matières épaisses et de diverses couleurs. Celui-ci néanmoins pénètre dans son magasin pour en ouvrir les fenêtres: mais à peine y est-il resté cinq minutes que, menacé d’être suffoqué, il est obligé d'en sortir; il y rentre cepen=

DE L'ACIDE HYPOAZOTIQUE. . 139

jant un peu après, eten retire la caisse qui contenait ses cantines brisées. Vers six heures , il va prendre du lait dans un café, puis il boit une demibouteille de vin; et ayant fait une course dans la ville, il rentre chez lui avant huit heures , se plaignant d’une grande faiblesse , d’une chaleur sèshe et âcre au gosier, d’une irritation dans l’estomac et la poitrine, et d’un sentiment de constriction à l’épigastre; sa gêne habituelle de respirer n’avait pas augmenté proportionnellement. On lui conseilla de boire abondammént du lait. Son médecin, qui arriva peu après, approuva cette boisson, + prescrivit en outre des fomentations sur le ventre et de la moutarde au bras : ces deux moyens parurent être très-fatiguants pour le malade et augnenter ses angoisses ; il continua seulement le lait, et vers une heure aprèsnidi il dit qu'il souffrait moins. Il eut alors spontanément une selle jauntre, et deux autres encore dans l’espace d’une heure, toutes d’une coueur citrine ; l'urine était rare, et, sur le soir, le malade fut tourmenté l'envies fréquentes ct vaines d’uriner. À quatre heures, il commença à expectorer une matière jaunâtre et qui ranima l'espérance; il reprit l'usage Ju lait, qu’il avait discontinué depuis quelques heures , et il le fit alterner vec de l’orgeat; il eut ensuite un peu de toux, quelques nausées et un éger vomissement. On lui donna des lavements qu’il rendait sur-le-champ, t qui cependant étaient teints en jaune. À neuf heures du soir, la figure lu malade devint bleuâtre , la poitrine s’embarrassa , il y eut un peu de ràement, on entendit quelques hoquets; de grandes douleurs se faisaient entir à la région du diaphragme ; il y eut aussi quelques mouvements conrulsifs et un léger délire. Vers le matin , Panxiété augmenta, les angoisses levinrent inexprimables : cepèndant le malade but encore du lait à cinq et t six heures, ayant toute sa connaissance. A sept heures il n'existait plus. Peu après la mort , son ventre se gonfla et s’étendit d’une manière fort renarquable ; son visage devint pourpre, ses lèvres noires ; il s’écoula quelques gouttes de sang par le nez et par la bouche. L'ouverture dn corps n’a pas été faite (1).

Oeservarion II. — Le 29 juillet 1822, je fus appelé pour le nommé Carnot, âgé de vingt-deux ans. Un épicier avait déposé dans la boutique du père de cé jeune homme une dame-jeanne contenant quarante litres d’acide \70tique étendu d’eau, et le matin, vers dix heures, en laissant tomber un corps pesant sur ce vase, on l'avait fêlé. Le liquide qui s’échappait par cètté félure répandait une fumée épaisse et faisait craindre que le feu ne prit dans l'atelier. Carnot transvasa dans un vieux chaudron de fer battu leau-forte qui restait dans la cruche; maïs l’action de l'acide azotique perfora de suite le chaudron, et le dégagement du gaz acide hypoazotique était tellement considérable dans la pièce où cela avait lieu qu’on pouvait à peine ÿ respirer. Carnot saisit à deux mains le chaudron dont il vient d’être parlé, et le porta en criant à plusieurs reprises de lui ouvrir la porte. Arrivé dans la cour, il s’en débarrassa, et remonta de suite pour éponger

(1) Dictionnaire des sciences médicales , t. I, p. 388.

l'acide qui était répandu dans l’atelier. Un moineau qui s’y trouvait plac à environ 2 mètres de hauteur, suspendu dans une cage, mourut quelque instants après que l’acide se trouva en contact avec le fer. L

Quoique pris d’une toux violente qui ne cessait de le tourmenter, Carno continua son travail et mangea aux heures accoutumées. Vers six heure du. soir, espérant que l'exercice pourrait diminuer l'oppression qui dé était considérable , il se rendit à pied de la rue Saint-Martin à la rue Mont martre ; mais l’état de souffrance où il se trouvait le força de se faire ra mener chez lui en voiture. À son arrivée, il sè mit au lit. On lui fit prendre d’abord de l’eau sucrée dans laquelle on ajoutait une cuillerée d’eau de Cologne, puis on changea cette dernière pour de l’eau de mélisse à pareï [ dose. La respiration devenant plus pénible et le mal faisant des progrès LL vint m’avertir. à

Il était onze heures du soir lorsque j’arrivai auprès du. malade. Je | trouvai assis dans son lit et soutenu par des oreillers ; le visage était déco: loré, le pouls élevé; la peau n'avait pas sensiblement augmenté de chaleur. la respiration était très-difficile, et, pour l’effectuer, Carnot était obli de se tenir sur son séant; on entendait continuellement un bruit semblable à celui que produirait un liquide qui descendrait et remonterait dans la poitrine ; il y avait une toux sèche et fréquente, et c'était seulement après de efforts multipliés que le malade pouvait expectorer une mousse colorée @ Jaune orangé. de fis de suite supprimer les moyens irritants dont on n’a vail déjà que trop fait d'abus; j'ordonnai une émulsion simple prise par quart de verre de cinq en six minutes; je fis appliquer des sinapismes aux pied: et administrer un lavement émollient, qui produisit une selle de couleut ordinaire assez abondante, laquelle soulagea beaucoup. à

Le mieux ayant cessé à quatre heures du matin, je fus appelé de nou: veau. Voyant que la suffocation continuait et que le pouls était dur et plein, je pratiquai au bras une saignée de deux palettes : le sang que je tirai était d’un noir foncé et se colla aux parois du vase (six heures après , il n'avall pas laissé séparer le sérum). | 4

À dix heures du matin, le D' Collineau et moi fûmes d'avis de pratiquer une nouvelle saignée, et de couvrir la poitrine et le ventre avec des flanelles trempées dans une décoction émolliente : le malade.ne put supporter ce dernier moyen. La première saignée ayant produit une amélioration sensible, nous espérions qu’une seconde ramènerait un peu de calme : on la fit de cinq palettes {le sang, qui était beaucoup moins foncé en couleur, quoique cependant il füt encore très-noir, donna une quantité sérum assez considérable). À six heures du soir, une nouvelle saignée de cinq palettes fut encore pratiquée. Un quart d'heure après, les crachats perdirent leur couleur jaune : cependant ils étaient toujours écumeux la respiration, loin de devenir plus facile , devint de moment en moment plus pénible ; deux vésicatoires camphrés furent appliqués à la partie interné des cuisses, À enze heures, le malade, qui conservait toute sa connaissance, ne pouvait plus articuler une seule parole. Je fis appliquer aux genoux'de la moutarde délayée dans parties égales de vinaigre radical et d'acide chl-

DE L'ACIDE HYPOAZOTIQUE. 191 hydrique; mais ce moyen, malgré sa violence, ne produisit même pas de ougeur à la peau.

À six heures du matin , le malheureux Carnot entendait et voyait encore e qui se passait autour ‘de lui, mais il n’était plus maître de ses mouvenents. Une heure après, il avait cessé d'exister.

Nécropsie, faite trente heures après la mort. La partie postérieure les oreillesétait vergetée; il Y avait un emphysème du côté gauche de la oitrine et du côté droit du. cou ; l'abdomen , dont le ballonnement était onsidérable, offrait une teinte verdätre. produite par un commencement le putréfaction ; la verge et les testicules étaient injectés et avaient un asect livide ; les ongles des doigts des mains et des pieds étaient violets ( ce >hénomène se fit remarqueur quelques instants avant la mort); et au prenier mouvement que l’on fit éprouver au cadavre, il sortit par la bouche * par le nez au moins 180 grammes d’un sang noir et liquide. | À l’ouverture de la poitrine, nous remarquàmes, du côté droit, que le voumon remplissait entièrement la cavité de ce côté; il y avait une ad- \érence si intime entre les deux plèvres , entre lesquelles aucun liquide n’éait épanché , que le jeu de l'organe était évidemment supprimé. Après avoir létaché ce viscère, nous trouvâmes son tissu entièrement désorganisé, voffrant de crépitation dans aucun de ses points ; il était gorgé dans toutes es parties d’une grande quantité d’un sang noir et liquide, et paraissait \voir été comme macéré dans ce fluide.

Le poumon gauche , fortement comprimé par le cœur, adhérait à la cloison du médiastin et au diaphragme , avec son lobe gauche assez sain et nageant dans environ 240 grammes de liquide sanguinolent : la désorganisation de. ce viscère était beaucoup moins avancée que celle du poumon ppposé; il crépitait dans quelques points, et il est évident que seul il a fourni à la respiration dans les derniers moments de la vie.

Le cœur, dont le volume était considérable, se trouva rempli d’un sang uoir et liquide qui avait imprimé sa teinte foncée à à toutes les parois de cet organe : ses cavités droites étaient surtout gorgées de sang; l’oreillette de cemême côté avait ses parois très-sensiblement amincies , et vers sa partie moyenne, cet amincissement était plus prononcé : on y voyait comme une tumeur de la grosseur d’une noix. Le trou ovale existait assez pour permettre l'introduction facile du manche du scalpel.

La trachée-artère et les bronches étaient de couleur livide; la luette et toute la membrane muqueuse de l’arrière-bouche étaient frappées de gangrène.

L'estomac était énormément distendu par des gaz dont l'acidité était telle, que la virole en argent du scalpel que l’on y introduisit acquit de suite une couleur noire foncée; toute la membrane muqueuse, principalementwers le grand cul-de-sac, avait acquis un épaississement très-marqué : versle eardia, elle était détruite; en descendant vers le pylore, elle prenait. la couleur du phlegmon et offrait quelques points ulcérés; les vaisseaux étaient gorgés de sang.

Les intestins, distendus par des gaz, étaient d’une couleur rosée , Sans

ulcération ni invagination: L’are du colon était rempli de matières fécales. La rate était du volume ordinaire. Les reins n’offraient rien de particulier ainsi que la vessie; mais tout le système des vaisseaux était rempli outre mesure d’un sang noir coagulé. (Observation de M. Cherrier, Bulletin de la Société médicale d’émulation, n° d'octobre 1823.)

L'acide hypoazotique en vapeur agit : 1° en irritant fortement les bronches et les petits vaisseaux pulmonaires; 2° en altérant le sang, qu’il brunit .L’acide liquide exerce sur nos tissus la même action ‘que

F acide azotique.

Traitement de l’empoisonnement.

Il est le même que pour l'acide sulfureux (voy. p. 162).

Action sur l’économie animale. 14

Exrériexce l'E, — Lorsqu'on fait avaler à des chiens de moyenne taille 6 ou 8 grammes d'acide chlorhydrique fumant , on remarque qu’ils éprou: vent subitement un grand malaise ; ils exhalent, par la bouche et par les narines, des vapeurs épaisses d’ ide éhlorhydinie: ils vomissent, au bout de quelques minutes, des matières brunes, verdâtres , filantes , si bilieuses ; ils poussent des cris plainuifs, et rieufettt quatre, six ou huit heures après l’ingestion du poison. La mort est presque toujours précédée de mous vements convulsifs très-violents, surtout dans les muscles du cou et de lé pine. Dans certains cas, ces organes sont si fortement contractés que Ja tête est renversée en arrière , et forme avec l’épine une courbure dont concavité est très-marquée. À l'ouverture des cadavres, on observe une al tération profonde des tissus qui composent l'estomac : tantôt la membrane muqueuse est enflammée et d’un rouge cerise dans toute son étendue ; tan= tôt la partie de cette membrane qui avoisine le pylore offre des tachés noires ou d’un rouge excessivement foncé , qui sont de véritables eschares, et qu’on pourrait prendre , au premier abord, pour des amas de sang noir extravasé sur la membrane musculeuse; tantôt enfin on remarque des trous dans les endroits correspondants à ces eschares , et alors il y a épanchement dans le ventre de matières liquides acides et noirâtres. Les autres viscères ne présentent aucune altération remarquable. i

Expérience Il, — J'ai empoisonné trois chiens avec 16 grammes d’acide chlorhydrique concentré, dissous dans 300 grammes d’un mélange alimen= taire composé de parties égales de lait, de bouillon et de café. L’œsophage et la verge ont été liés. Les animaux sont morts au bout de cinq ou"six heures, et ils ont été ouverts aussitôt. Les foies et les rates, coupés"en petits morceaux, ont été introduits dans trois cornues avec de l’eau dis

tillée que j'ai fait bouillir pendant deux heures ; les liquides distillés ne renfermaient pas un atome d’acide chlorhydrique; les décoctums retirés de la cornue, après avoir été filtrés , ont été précipités par un excès de dissolution aqueuse de tannin, et filtrés de nouveau; les liqueurs, distillées javec précaution jusqu’à ce qu’elles fussent parfaitement desséchées, ont fourni dans les récipients des liquides incolores, transparents, non acides, ne se troublant ni à froid , ni à la température de l’ébullition, par l’azotate d'argent et par l’acide azotique.

La vessie de ces animaux contenait depuis 75 jusqu’à 108 grammes d’urine, que j'ai distillée dans trois cornues, à la température de l’ébullition. Les 20 premiers grammes de liquide recueilli dans le récipient ne contenaient point d'acide chlorhydrique. J'ai alors introduit dans chaque cornue un gramme d’acide sulfurique concentré et pur. Le produit recueilli d’abord dans le ballon n’a point fourni d’acide chlorhydrique; ce n’est guère qu'après vingt minutes d'ébullition qu’il commençait à précipiter du chlorure d'argent avec l’azotate de ce métal. Il m'était dès lors impossible de décider si la formation de ce chlorure tenait à une certaine quantité d’acide ririque absorbé qui aurait été porté dans l’urine, ou si elle provenait de la décomposition des chlorures et du chlorhydrate d’ammoniaque naturellement contenus dans l'urine.

Exrérience IL. — J'ai précipité directement par l’azotate d’argent l'urine recueillie dans la vessie de neuf chiens à l’état normal, à jeun depuis plusieurs heures, ou ayant mangé et bu peu de temps auparavant. Le précipité, lavé et traité à plusieurs reprises par l’acide azotique bouillant Pt pur, a été lavé de nouveau, Jusqu'à ce que les eaux de lavage ne conlinssent plus d’acide ; le chlorure d’argent restant a été desséché à 100° c. et pesé avec soin. Trois grammes de l’urine dont il s’agit m’ont fourni deux (fois un centigramme de chlorure d'argent, trois fois un centigramme quatre milligrammes , et quatre fois huit milligrammes seulement. Au contraire, érois grammes d'urine de deux chiens que j'avais empoisonnés avec 12 grammes d'acide chlorhydrique concentré, dissous dans 200 grammes d'eau, traitée de la même manière, m’ont donné huit centigrammes de chlorure d'argent, et la même quantité prise chez trois autres (chiens, qui n’avaient avalé que 8 grammes d’acide concentré dissous dans 250 grammes d’eau , a fourni six centigrammes de ce chlorure. On voit done que j'ai obtenu au moins six fois autant de. chlorure d’argent de l’urine des animaux tués par l’acide chlorhydrique étendu, que de celle des animaux auxquels on n’avait pas administré cet acide. Jai souvent reconnu que l’urine humaine, à l’état normal, ne donnait guère que 2 centigrammes de chlorure d’argent par gramme d'urine.

Expérience IV.— J'ai empo'sonné un chien & jeun depuis vingt-quatre heures avec 2 gram. d’acide chlorhydrique concentré et pur, que j'ai fait arrivendans l'estomac sans qu’il touchât l’œsophage; ce conduit ainsi que la verge ontété liés. Le lendemain , l'animal n’étant pas mort, je l'ai pendu et ouvert aussitôt. L’estomac n’était point perforé, et contenait à peine une cuillerée à café d'un liquide épais et brunâtre : il était fortement enflammé par

places, et quoique dans plusieurs points la membrane muqueuse eût conservé sa teinte ordinaire, on voyait çà et là des ecchymoses noires, semblables au premier abord à à des eschares. Le foie et la rate, traités comme il a été dit à l'expérience 2, ne fournissaient point d'acide chlorhydrique. La vessie contenait 102 grammes d'urine jaune et acide. Trois grammes de ce liquide ; décomposés par l’azotate d'argent et l’acide azotique;, ae toutes les précautions indiquées à l'expérience 3, ont fourni dix centigrammes de chlorure d'argent. Trois autres svrthéét ne m'ont donne que neuf centigrammes neuf milligrammes de ce chlorure.

Expérience V.—- J’ai recommencé l'expérience en faisant avaler 3 grammes d’acide chlorhydrique concentré à un chien de moyenne taille, qui n'avait ni mangé ni bu depuis la veille. L'animal a vécu dix-huit heures, et a été ouvert immédiatement après la mort. L’estomac offrait une légère perforation à sa petite courbure, près du cardia; il contenait à pee 2 cuillerées d’un liquide brunâtre , et sa surface interne était fortement en-

flammée, La vessie était disendrie par 190 grammes d'urine légèrement trouble. Trois grammes de ce liquide, traités par l’azotate d’argent et pa de l'acide azotique pur concentré et bouillant , ont laissé, après avoir ét épuisés par ce dernier acide , huit centigrätnres de sblaraie d'argent à faitement lavé et desséché à 100° c

Exrénence VL — Jai donné de la même manière quatre grammes d’acide chlorhydrique concentré à un chien, à jeun depuis vingt-quatre heures. L'animal est mort au bout de sept heures: L’estomac était perforé, etala vessie baignait dans un liquide acide, qui contenait probablement de l'acide chlorhydrique. Après avoir lavé l'extérieur de cette vessie avec de l'eau distillée, et recueilli 48 grammes d'urine qu’elle renfermait, j'ai agi avec l'azotate d'argent sur trois grammes de ce liquide, et j'ai obtenu quinze centigrammes de chlorure d’argent : en répétant l’expérience avec tros autres grammes de la même urine, la quantité de chlorure d'argent avék la même. ù

Expérience VII. — La même dose d'acide concentré ayant été donnée un autre chien, qui avait mangé six heures auparavant, la mort n’est Sur venue qu’au bout de neuf heures. L’œsophage était perforé vers sa partie moyenne, tandis que l'estomac était entier; on trouvait dans ce viscère, qui était fortement enflammé, environ 80 grammes d’un liquide épais lie de vin. Trois grammes d'urine de ce chien ont fourni par l’azotate d’argent seize centigrammes de chlorure d'argent. 15

Expérience VIII, — J'ai incisé la peau de la partie interne de la cui d’un chien , et j'ai lié la verge; après avoir déchiré le tissu cellulaire souscutané avec le manche d’un scalpel, j'ai introduit six grammes d’acide chlorhydrique concentré dans le fond de la plaie, et j'ai réuni ses bords, à l'aide de plusieurs points de suture. Quatre heures après, lacide avait: déj tellement agi sur la peau, que la suture commençait à se défaire ,.et,*au bout d’un quart d'heure, la plaie était ouverte et beaucoup plus étendue qu’au moment où l’incision venait d’être faite. Sept heures et demie après l'empoisonnement , l’action corrosive de l'acide avait fait de tels progrès,

que Ja peau de la partie inférieure de l'abdomen était déjà ramollie dans beaucoup de points, et détruite dans d’autres. L'animal a été pendu et ouvert aussitôt. La peau et les muscles de l’abdomen qui correspondent à la région de la vessie étaient entiers, quoique imprégnés d'acide chlorhydrique dans toute leur épaisseur ; en effet ils offraient une couleur grise, et lorsqu'on plaçait un papier bleu de tournesol sur le péritoine, qui recouvre dans eet endroit les muscles dont je parle, ce papier était fortement rougi; cependant la vessie était entière , et contenait environ 15 grammes d'urine. Trois grammes de ce liquide , décomposés par l’azotate d’argent et l'acide azotique { voy.‘expér. 3, p. 193 ), ont fourni dix centigrammes de chlorure d'argent.

Expérience IX. — J’ai répété cette expérience en appliquant 5 grammes d'acide chlorhydrique concentré sur le tissu cellulaire sous-cutané des parties latérales du cou d’un chien de moyenne taille. La verge à été liée, et | Panimal a été pendu sept heures après le commencement de l’expérience, alors que les points desuture-étaient encore imtacts, et qu'il ne s'était rien | échappé de la plaie. Je me suis assuré que l’action locale de l’acide ne s’était étendue en tous sens qu’à 11 centimètres au delà de la plaie, La vessie | contenait 38 grammes d'urine, jaune, transparente et acide. Trois gram- | mes de ce liquide, traités par l’azotate d'argent et par l'acide azotique bouillant , ont fourni trois centigrammes huit milligrammes de chlo- |rure d'argent.

Osservarion. — Louis Grenier, scieur de pierres, âgé de trente-sept ans, | fit une chute sur la tête le 7 juillet 1805 , à la suite de laquelle il éprouva | des étourdissements ; deux jours après, il resta exposé nu-tête au soleil pen- | dant plusieurs heures, et ressentit une violente cephalalgie. Le soir, il eut | du délire avec une grande agitation. Le 10, l’agitation était plus considé- | rable , le délire furieux. Il entra le 12 à l’Hôtel-Dieu : la face était animée, les yeux rouges, étincelants , le délire très-agité ; le pouls était fréquent, | développé et tendu. On pratiqua une saignée du pied qui ne soulagea presl'que pas le malade. Le 13, délire plus violent, pouls moins fort et moins | fréquent (saignée de la jugulaire, eau de veau); continuation du délire | après la saïgnée. Le 14, même état ; (sangsues au cou, bains de pieds irri- | tants avec l'acide chlorhydrique). Le soir, agitation plus grande, peau | brülante et aride, pouls petit et concentré, langue d’un rouge de feu, | lèvres noirâtres, hoquets, efforts pour vomir, épigastralgie des plus vives. | En recherchant la cause de l’état effrayant où se trouvait ce malade, j'appris des infirmiers qu’on lui avait fait avaler environ 45 grammes d'acide chlorhydrique, croyant lui donner du petit-lait (magnésie en poudre, gomme arabique édulcorée). La nuit, vomissement de matières jaunes. | Le 15, peau froide et gluante, épigastralgie violente, pouls extrêmement | fréquent, délire continuel. Mort à trois heures de l'après-midi.

| Ouverture du cadavre. Lèvres noires, langue brune, épaissie, dure |etrsèche; pharynx et œsophage d'un rouge pourpre, excoriés en deux ou | trois endroits ; estomac épaissi et enflammé à l'extérieur ; à l’intérieur , la

membrane muqueuse se détachant en lambeaux avec la plus grande facilité | dans presque toute son étendue , et offrant, dans son cul-de-sac, des taches gangréneuses ; le duodénum également un peu épaissi ; l'intestin jun | perforé par un ver lombric qui se trouvait dans la cavité de l'abdomen. L’arachnoïde était épaissie et opaque; la pie-mère était très-injectée; il y | avait entre les circonvolutions du cerveau une sérosité très-abondante; cet : organe était très-injecté et ses ventricules distendus (D° Serres). |

Symptômes et lésions de tissu: produits par l’acide chlorhydrique,

Voyez page 117. 1 Il suit de ce qui précède que l’acide chlorhydrique agit à la manière des acides les plus énergiques (voyez page 120).

Traitement de l’empoisonnement.

Voyez page 121.

Recherches médico-légales.

Acide chlorhydrique concentré. Il est incolore, d’une odeur piquante et d’une saveur acide très-caustique ; son poids spécifique est de 2,474 lorsqu'il est dans son plus grand état de concentration. Il rougit forte= ment la teinture de tournesol et se volatilise à toutes les températures Mis en contact avec l'air, il y répand tout à coup des vapeurs épaisses et. piquantes, pour peu que l'air soit humide. Il précipite la dissolution. d’azolate d'argent en blanc ; le précipité (chlorure d'argent) caille botté, lourd, se dissout dans l’ammoniaque, et n’est poiut soluble. dans l'acide azotique même bouillant, ce qui le distingue du cyanuré | d'argent obtenu en versant de l'acide cyanhydrique dans de l’azotate | d'argent; celui-ci, en effet, se dissout el se décompose quand on le fait bouillir avec de l’acide azotique concentré.

Il ne trouble point l’eau de chaux, et sa vapeur ne corrode point le verre, caractères qui servent à le distinguer de l’acide fluorhydrique, : avec lequel il pourrait être confondu jusqu’à un certain point. |

On distinguera aisément cet acide d’un chlorure acide dissous qui prés | cipite de la même manière l’azotate d'argent, parce qu’en le distillanten | vaisseaux clos, il ne laisse point de résidu, tandis que les chlorures acides en fournissent toujours un. 4

Acide chlorhydrique concentré du-commerce. Il est jaune rougeâtre où |

jaune verdâtre, parce qu’il contient du chlorure de fer, ou de l'acide | hypoazolique, ou du chlore, ou une matière huileuse , et quelquefois | plusieurs de ces corps; du reste, il se comporte comme le précédent, |

avec les agents précités. Fil s'agissait de le distinguer d'un chlorure acide, on le distillerait en! vaisseaux clos à une douce chaleur, et l’on verrait que s’il laissait un résidu , celui-ci serait toujours formé de chlorure de fer.

Acide chlorhydrique très-étendu d’eau. Il rougit le tournesol et se comporte comme les précédents avec l’azotate d'argent ; mais il ne dégage point de chlore lorsqu'on le chauffe avec du bioxyde de manganèse, tandis qu’il en donne s’il est concentré : pour obtenir facilement ce gaz, on sature la liqueur par la potasse, on évapore jusqu’à siccité, on méle le produit solide avec du bioxyde de manganèse et de l’acide sulfurique étendu du tiers de son poids d’eau, el l’on chauffe. On le distinguerait d’un chlorure acide, en le distillant en vaisseaux clos, comme il vient d’être dit. |

Acide chlorhydrique mélé au vinaigre. On distille 500 grammes de ce vinaigre ; le produit, recueilli dans un récipient refroidi, donnera du chlorure d’argent avec l’azotate d'argent (voy. ses caractères à la p. 196), si le vinaigre contenait de l'acide chlorhydrique.

Acide chlorhydrique mélé à des liquides végétaux et animaux, aux matières vomies ou à celles qui se trouvent dans le canal digestif. Le vin, le cidre, la bière, le vinaigre, le thé et la gélatine, ne sont point troublés par cet acide, qui avive la couleur du premier de ces liquides ; l’albumine est précipitée en flocons blancs solubles dans un excès d’acide , avec coloration bleue ; le lait est coagulé en grumeaux épais par une pelite proportion d’acide chlorhydrique, surtout à chaud ; un excès d'acide dissout le coagulum. Il précipite la matière jaune de la bile d’abord, puis la matière verte ; enfin il coagule et noircit le sang. Avant d'indiquer le procédé qu'il convient de suivre pour démontrer la présence de l'acide chlorhydrique libre dans ces matières , je crois devoir faire connaître un certain nombre d'expériences que j’ai tentées dans le dessein d'éclairer cette question, l’une des plus épineuses que l’on puisse

avoir à résoudre.

Expérience ['°.— J'ai mêlé 1 gramme d’acide chlorhydrique du commerce, et 1 kilogramme d’un liquide alimentaire végétal composé de parties égales de vin, de bière, de thé et de café, et j'ai distillé le mélange à là température de l’ébullition, ou au bain-marie, dans une cornue ; le liquide , recueilli dans un récipient refroidi, rougissait fortement le papier de tournesol , et fournissait avec l’azotate d'argent, un précipité blanc de chlorure d'argent insoluble dans l’acide azotique bouillant.

IL m'a été impossible de décéler la présence de deux gouttes d'acide chlorhydrique dans 1 kilogramme du même mélange, en procédant de la même manière ou en distillant au bain de chlorure de calcium, à la tem-pérature de 170°; aussi n’obtenais-je point dans le récipient un liquide

fournissant du chlorure d'argent avec l’azotate, lorsque je distillais du vin, de la bière, du thé et du café sans addition d’acidé chlorhydriqte. té chlorures sblublés ; naturellement contenus dans ces liquides alimentaires ne se volatilisent donc pas à cette température.

Si je me fusse borné à verser l’azotaté d'argent dans le mélange ali taire contenant de l'acide chlorhydrique , avant de le distiller, il se serait formé un précipité abondant de chlorure ; de tartrate d'argent; etc. ; dont j'aurais aisément séparé le chlorure par l'acide azotique; mais ce résultat. n’eùt pas été probant, attendu qu’il existe dans ce mélange non addis tionné d'acide chlorhydrique , des chlorures qui eussent précipité l'azotaie d'argent.

Expérience II. — J'ai recommeéncé l'expérience avec 1 gramme d'acide chlorhydrique, en distillant à la température de PE ‘bullition, un mélan dans lequel j'avais mis l’acide, quatre jours auparavant : la liqueur, wi densée dans le récipient , rougissait le papier bleu et donnait avée l’ caotate d'argent un précipité de chlorure d’argent.

Exrérience II. —- J'ai distillé au bain-marie 1 gramme d’acide chloritifé drique du commerce , mélangé avec 40 grammes de lait, autant de bouil= lon et de bile humaine. En poussant l'opération jusqu’à ce que la matière fût en consistance sirupeuse, j'ai obtenu dans le récipient un liquide acide, qui donnait avec l’azotate d'argent, du chlorure d’argent insoluble dans’ a cide azotique bouillant. ;

Avec 10 centigrammes d’acide chlorhydrique , il se volatilisait un liquidé ne contenant que des traces d’acide chlorhydrique, même lorsque j 'opérais, à la température de 1709, dans un bain de chlorure dé calcium.

Expérience IV.—J'ai fait tremper pendant dix minutes dans 16 brarmel d'acide chlorhydrique du commerce, environ le tiers d’un estomiäc ht main coupé par petits morceaux, puis jai distillé le tout au bain-marié. Le liquide recueilli dans le récipient contenait une quantité. notable. d'acide chlorhydrique libre. En agissant seulement avec 10, ou 12. centigrammes de cet acide, que j'avais laissé pendant une heure ou deux en contact ave les: fragments d'estomac, je n’obtenais plus d'acide chlorhydrique dans le ballon.

Expérience V. — J'ai empoisonné un chien avec 12 grammes d'acide chlorhydrique du commerce, étendu de 60 grammes d’eau ; l’œsophage à été lié, et l'animal est mort sh bout de quatre heures. La membrane muqueuse de l'estomac élait enduite d'un mucus noirâtre ; elle était rouge fortement enflammée , ecchymosée ; il n’y avait point de perforation. J'ai recueilli dans ce “ct 66 grammes d’un liquide noir, épais, rougissant, fortement le tournesol; je l’ai étendu de 200 grammes d’eau, et apr avoir coupé l'estomac en QeUE morceaux , j'ai introduit le tout dans u de grande cornue , à laquelle j'ai adapté un récipient entouré d’eau très-froide J'ai distillé à be feu doux et en fractionnant les produits par tiers. L’opération n’a été arrêtée que lorsque la matière contenue dans la cornue avait acquis une consistance sirupeuse. Les. trois portions du liquide disûillé, examinées séparément, ne rougissaient pas le papier de tournesol , et né donnaient point de chlorure d'argent avec l’azotate de ce métal, alors

nême qu’on les faisait bouillir avec ce sel et avec une forte proporüon Pacide azotique; elles ne contenaient donc point d'acide chlorhyrique. À à vérité, le dernier tiers obtenu par la distillation, noircissait dr0tate d'argent, parce que ce sel était réduit par l’action des matières rganiques ne étaient passées dans le ballon.

Le liquide épais restant dans la cornue était excessivement acide; on étendit dé 150 grammes d’eau distillée, et après lavoir agité pendant uelques minutes À une douce chaleur, on décanta et on filtra pour séparer a liqueur du dépôt B. La portion filtrée contenait beaucoup d'acide chlohydrique, car elle précipitait abondamment par l’azotate d'argent, et le récipité offrait tous les caractères du chlorure d'argent; pourtant en disillant cetté portion filtrée on obtenait un liquide dans lequel il n’y avait joint de traces d'acide chlorhydrique.

Le dépôt B, chauffé dans une cornue à la température de 60° c. jusqu'à € qu'il fut desséché , fournit une vapeur qui ne troublait pas le solutum l'azotate d'argent dans lequel on le faisait arriver. Je me décidai alors à rérser sur 20 grammes de la matière desséchée, 8 grammes d’acide sulfurique pur étendu de 4 grammes d’eau; à peine avais-je chauffé la corue, que j’obtins une vapeur qui précipitait abondamment l’azotate d'argent dissous , qu’elle traversait ; le précipité, en grande partie soluble dans l’aidée azotique, renfermait pourtant du chlorure d'argent insoluble dans l’acide azotique bouillant.

Ces résultats, conformes À ceux qu’avaient obtenus MM. Christison , Devergie et Bergounhioux (dé Reims), prouvaient évidemment que l'acide chlorhydrique avait contracté avec les matières organiques une combinaison qui émpéchait l'acide de se volatiliser à Ja température à laquelle j'agissais, (ant qu'on n’évaporait la liqueur que jusqu’en consistance sirupeuse. de r'épétai l'expérience , en plaçant la cornue dans un bain chargé de chlorure MR et en chauffant jusqu’à 170° c.; je n’obtins pas plus d’acide horhydrique dans le liquide distillé que dans le premier cas. Ge liquide né rougissait pas Le tournesol ; il précipitait abondamment l’azotate d'argent en blanc; mais le précipité était rapidement dissous dans [acide azotique froid; ici la distillation avait été arrêtée lorsque la matière avait acquis la consistance sirupeuse. | je

Expérience VI. — Je distillai à la température de 360° c. le liquide érésacide contenu dans l'estomac d’un chien que j'avais pendu deux heures après l'avoir empoisonné avec 18 grammes d'acide chlorhydrique du commérce ajoutés à 180 grammes d'un mélange alimentaire, composé de lait, dé bouillon ét de café. La cornue était placée dans un bain d'huile de graines, que j'avais préalablement fait bouillir pendant six heures, jusqu’à ce qu'elle ne répandit plus d’odeur. Le liquide distillé obtenu dans le récipient jusqu'au moment où la matière de la cornue avait acquis la consistance Sirupeuse , était incolore , presque transparent et sans action sur le papier bleu de tournesol ; Pazotate d'argent ne le troublait point. En continuant la distillation de la matière sirupeuse jusqu'à ce qu’elle fut desséchée sans cependant avoir éprouvé la moindre décomposition , je recueillis

dans le ballon environ 12 grammes d’un liquide également incolore et acide qui précipitait l'azotate d'argent en blanc. En faisant bouillir ce liquide ainsi troublé avec de l'acide azotique pur, on voyait le trouble augmenter à mesure que l'acide azotique détruisait la petite quantité de matière organique qui avait distillé; le chlorure d'argent déposé pesait 2 centigrammes 9 milligrammes.

En chauffant à feu nu la matière desséchée qui se trouvait dans là cornue , jusqu'a ce qu’elle füt réduite en charbon, j'obtins un produit rougeàtre , empyreumatique et alcalin, qui, étant traité par l’azotate d’argent bouillant, laissa 5 centigrammes 1 milligramme de chlorure d'argent.

Exrénence VII, — J'ai souvent distillé 300 grammes de mélanges de lait, de bouillon , de café, ete. , non additionnés d'acide chlorhydrique à un feu doux ou au bain d'huile à la température de 200° à 360° c. Tant que l'opération n'avait pas été poussée au delà du moment où la matière contenue dans la cornue était desséchée, j’obtenais un liquide incolore, acide ou non acide, qui ne troublait pas l’azotate d'argent ; quand je chauffais assez pour carboniser toute la masse, je recueillais un liquide ammoniacal coloré et empyreumatique, dans lequel. l’azotate d'argent et l'acide azotique bouillants faisaient naître un léger précipité de chlorure d'argent.

Toutefois, en distillant ces mêmes mélanges, préalablement additionnés d'un gramme de chlorhydrate d'ammoniaque , j'obtenais dans le ballon, presqu'à toutes les époques de l’opération , et alors même que j’agissais au bain-marie, un liquide transparent, acide ou non acide, qui précipitait instantanément en blanc par l’azotate d'argent; ce précipité se dissolvait d’a= bord dans l’acide azotique ; mais bientôt après il reparaissait, quoique moins abondant. En faisant bouillir cette liqueur trouble avec de l'acide azotiqué concentré, on ne tardait pas à réunir au fond du matras une certaine quantité de chlorure d'argent. x À

ExPériENCE VIII. — J’empoisonnai un chien avec 30 grammes d’acide chlorhydrique du commerce étendu de 150 grammes d’un mélange de lait, de bouillon et de café; l’œsophage fut lié: l'animal mourut au bout de deux heures. L’estomac était perforé; je recueillis dans l'abdomen 200 grammes d’un liquide noirâtre très-acide, et je le chauffai dans une cornue, à la température de l’ébullition. Le tube qui amenait le gaz et la vapeur taversait une colonne d’azotate d'argent dissous, d'environ 1 mètre de lons gueur. Voyant, au bout d’une demi-heure, que ce sel n’était point troublé, Je versai dans la cornue 10 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, et je continuai à chauffer; l’azotate d'argent fut aussitôt précipité. Je cessai l'expérience au bout d’une heure, lorsque la matière contenue dans la cor nue était presque sèche. Le précipité se composait de deux parties bien dis= tinctes : l’une, très-insoluble et lourde, occupait le fond du tube; l'autre, blanche, excessivement volumineuse et comme floconneuse , nageait dans toute la longueur de la colonne du liquide, ne se décomposait pas aisément, et ne renfermait point de chlorure d'argent. En décantant attentivement, et en lavant le précipité qui était au fond, je pus m’assurer, après l'avoir

traité par l'acide azotique bouillant , que j'avais obtenu 25 centigrammes de chlorure d'argent.

Il était important de savoir combien je retirerais de chlorure d'argent d'un mélange alimentaire semblable au précédent, non additionné d’acide chlorhydrique.

Exrémuence IX. — Je fis avaler à un chien, qui était à jeun depuis vingtquatre heures, 300 grammes de lait, de bouillon et de café, et je le pendis une heure après. L’estomac contenait 250 grammes du liquide alimentaire; je chauffai ce liquide dans une cornue, en ayant soin de faire passer le produit de la distillation à travers une longue colonne d'azotate d'argent. Au bout de quarante minutes, ce sel était légèrement troublé. Alors je versai dans la cornue 13 grammes d’acide sulfurique pur et concentré, et je conduisis l'opération comme dans l'expérience 8 ; l'azotate d'argent fournit bientôt un précipité noir, très-abondant, d'argent métallique, d'un peu de chlorure d’argent, etc. Lorsque ce précipité fut ramassé, je décantai la liqueur, et après avoir bien lavé le dépôt, je le traitai par l'acide azotique bouillant, étendu du tiers de son poids d’eau distillée, qui le dissolvit presqu’en totalité, avec dégagement de gaz de bioxyde d’azote. La portion indissoute, qui était du chlorure d'argent , ne pesait que 2 centigrammes 3 milligrammes. On voit donc que les chlorures solubles , naturellement contenus dans les 250 grammes du mélange alimentaire, n'avaient guère fourni que la onzième partie de l'acide chlorhydrique qu’avaient donné les 200 grammes du liquide recueilli dans l’estomac du chien empoisonné par cet acide. (Voy. expérience 8, p. 200.)

Je voulais savoir si je ne parviendrais pas, en opérant sur les liquides contenus dans le canal digestif, à obtenir de l'acide chlorhydrique, dans un cas d’empoisonnement, par un procédé qui n’en fournirait pas, lorsque j’agirais sur des aliments à l’état normal. Les détails dans lesquels je vais entrer prouvéront que j'ai atteint ce but.

Expérience X.-— J'ai empoisonné plusieurs chiens avec 20 grammes d'acide chlorhydrique, dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait , de bouillon et de café; l’œsophage a été constamment lié : les animaux sont morts au bout de dix, douze ou quinze heures , et souvent j'ai trouvé l'estomac perforé. Après avoir recueilli les liquides noirètres contenus dans l'estomac ou épanchés dans la cavité abdominale, j'ai constaté qu’ils étaient acides, et je les ai chauffés dans une cornue à laquelle j'avais adapté un récipient; nous savons déjà que le produit distillé ne contient point d'acide chlorhydrique. Lorsque le liquide de la cornue était réduit à peu près au tiers de son volume, je l'ai laissé refroidir, puis je l'ai mélangé avec deux parties d'alcool concentré marquant 44 degrés, et j'ai filtré pour séparer la matière coagulée À. Le liquide alcoolique a été distillé dans une autre cornue , et le produit reçu dans un ballon entouré de glace; ce produit a été

fractionné en trois parties, pour savoir lequel des trois tiers contiendrait plus d’acide chlorhydrique , si l’on parvenait à en obtenir par cè procédé” Le premier tiers ne rougissait pas le papier de tournesol et ne troublait pas l'axotate d'argent à froid ; mais, en l’évaporant jusqu’au qua de son volume, après lavoir mélangé avéc ce sel , et en ajoutant de lcide azotique pur et concentré, il se formait un précipité bline à mésüré quo le faisait bouillir ; pendant que l’évaporation continuait, et que la quantité de liquide diminuait, il se dépageait du gaz bioxyde d’azôte; la matière desséchée était noirâtre et contenait de l'argent réduit, de l’azotate d'argent non décomposé, et un peu de chlorure d'argent, car en la faisant botill avec l'acide azotique concentré, on dissolvait argent avec dégagement de gaz bioxyde d’azoté ; et si, après cette dissolution, on ajoutait de l’eau distillée il restait une petite quantité de chlorure d'argent, insoluble dans l'acidé azotique bouillant. Le deuxième tiers de la liqueur distillée rougissait le papier de tournesol et ne troublait pas l’azotate d'argent; mais en le traitant, par cet azotate et par l'acide azotique, comme il vient d’être dit, on obte= nait un peu plus de chlorure d'argent qu'avec lé premier tiers. Le der nier produit de la distillation , encore plus acide que lé deuxième tiers, né troublait pas l’azotate d'argent; quand on lé chauffait avec ce sel et l'acide azotique, comme on l'avait fait pour le prémier tiers, 6n obtenait une pros portion plus forte encore de chlorure d'argent. La matière restant dan$ Ja cornue était presque sèche et très-acide; $i on l’agitait avec de l’eau dis= tillée tiède, pendant quelques minutes, et qu’on distillät jusqu’à siccité, on recueillait dans le ballon un liquide alcalin contenant du carbonate d’am= moniaque ; ce liquide fournissait avec l’azotate d’argént un précipité violet foncé très-abondant ; en lavant ce précipité et en le faisant bouillir avec d l'acide azotique pur et concentré, on dissolvait l'argent métallique, le car= bonate d'argent , etc., qu’il renfermait, et il restait une proportion plus considérable de chiorure d’ärgént qu'aucune de celles qui avaient à fournies par chacun des liquides alcooliques indiqués plus haut, Fe Lé dépôt À, obtenu avec l’alcool (voy. p. 201) réuni à la matière solide presque charbonneuse restant dans là cornue après le traitement aqueux) dont je viens de parler, donnait une quantité notable d'acide chlorhydrique, lorsqu'on le décomposait par Pacidé sulfurique ; en suivant le procédé décrit dans l'expérience 8. (Voy. p. 200.) an < ni: 1 Exvérience XI. — J'ai pendu un chien qui n'avait pas mangé depuis trois jours, et j'ai fait tremper, pendant deux heures, son estomac coupé par mots ceaux, dans 100 grammés d’eau distillée, Le liquide, rapproché en vaisséa clos, n’a point fourni d'acide chlorhydrique; lorsqu'il était réduit au quai de son volume, je l'ai laissé refroidir, puis je l'ai mélangé avec le doublé de son poids d'alcool concentré marquant 44 degrés; la liqueur filtrée, soumise à la distillation, a donné dans le récipient un liquide légèrement acide dans lequel il m'a été impossible de déceler la moindre trace d'acide chlorhÿdrique, même en le faisant bouillir avec dé l'azotate d'argent et de l'acide azotique concentré. ë LL fé Expérience XII. — J'ai souvent fait avalér ä des chiens à jéün 300 gramf®

DE L'ACIDÉ CHLORHYDRIQUE. 203 et d'Hn mélange alimentaire composé de parties égales de lait, de bouillon t dé café; les animaux ont été pendus une heure après. Les liquides reu&illié dans l'estomac , dont le poids variait de 200 à 260 grammes, rap- Fochés jusqu'au quart de leur volume, puis coagulés par l’alcoo! marquant A'degrés, m'ont fourni des dissolutions alcooliques, qui étant filtrées et istillées dans des vaisseaux clos, comme il a été dit à l'expérience 10 OY. p.201), jusqu'à ce que la matière restant dans la cornue füt à peu près che, ont donné des produits non acides ou peu acides, que l’azotate d’ar- ®nt troublait quelquefois, mais qui ne conténaient point d'acide chlor- Mjérique; en effet, il suffisait de faire bouillir êt même de traiter à froid ar l'acide azotique les précipités diversement colorés qui s'étaient déposés, Our les dissoudre à l'instant même. |

Expérience XIII. — J'ai empoisonné un chien à jeun avec 18 grammes acide chlorhydrique du commerce, dissous dans 180 grammes d’un mélange limentaire de lait, de bouillon et de café; l’œsophage a été lié; l’animal est lot au bout de douze heures. L’estomac était largement perforé. J'ai reueilli dans la cavité abdominale, à la surface des organes contenus dans etté cavité et dans l’estomac lui-même , 260 grammes d’un liquide noiràré, grumeleux, à peine acide, que j'ai étendu du double de son poids 'étu distillée, et précipité par une dissolution de tannin, afin de sépaer une proportion considérable de matière organique. La liqueur à filtré vec la plus grande facilité, et offraît une couléur jaune pâle; elle était résqué transparente. J'en ai introduit I4 moitié dans une grande cornue ue j'ai chauffée; l’ébullition a été entretenue pendant deux heures, et les roduits de la distillation ont été fractionnés én cinq parties que j'ai succesivément examinées; les quatre premières n'étaient pas acides etne trouaient point l'azotate d'argent, même en les faisant bouillir avec ce sel favec de l'acide azotique concentré ; la dernière, celle qui avait été obtenue GrSqu'il restait à peine du liquide dans la cornue, et que déjà une petite portion de la matière était desséchée et commençait à $e carboniser, roujissait faiblement le papier bleu, et donnait avec l'azotate d'argent un précipité assez abondant de chlorure d'argent. L'action du feu ayant été continuée jusqu'à ce que la matière fût entièrement carbonisée, il s'est dépagé de l'huile empyreumatique et des vapeurs épaisses de carbonate d'immoniaque ; le liquide recueilli dans le ballon, dans lequel j'avais mis 19 grammes d'eau distillée, bleuissait le papier rouge de tournesol ; sa couleur était bleuâtre; je l'ai fait bouillir avec de l’azotate d'argent et de l'acide aotique concentré, el j'ai fini par obtenir 8 décigrammes de chlorure

argent. |

Exrérience XIV. — J'ai distillé comparativement dans deux cornues 150 granimes de lait, de bouillon et de café, additionnés de 30 centigrammes d'acide chlorhydrique , et 150 autres grammes sans addition d'acide : ces mélanges avaient été préalablement précipités par le tannin et filtrés. Le iélänge contenant l'acide, ayant été distillé jusqu’à ce qu'il füt sec, sans cependant se carboniser ni répandre de vapeurs de carbonate d’ammoniaque, m'a fourni un liquide incolore, rougissant faiblemeut le papier bleu,

se troublant par l’azotate d'argent; le précipité de chlorure d'argent augmentait visiblement à mesure que l’on faisait bouillir le liquide troubl avec de l'acide azotique concentré. Le mélange non acide, distillé jusqu’: ce qu’il fût carbonisé, m'a donné un liquide faiblement acide qui nes’es point troublé par l’azotate d'argent, même après l'avoir fait bouillir ave. l'acide azotique.

Expérience XV.— J'ai distillé à une douce chaleur, avec 100 gramme: d’eau distillée, 5 grammes de tannin, 4 grammes de gélatine, et 3 grammes d'albumine réduits en poudre fine : le liquide recueilli dans le récipient jusqu’au moment où la matière de la cornue a été desséchée, était légère: ment opalin et nullement acide ; l'azotate d'argent le troublait à peine ,@ le précipité disparaissait rapidement par l’addition de quelques goutte. d'acide azotique pur. J'ai alors décomposé la matière par le feu, et ja chauffé jusqu’à ce qu’il ne se dégageàt plus de carbonate d'ammoniaque et que toute la masse füt charbonnée. Le liquide contenu dans le ball était rougeâtre, empyreumatique, huileux et alcalin; l’azotate d’argen y a fait naître un précipité noir, abondant, formé en grande partie pa l'argent métallique qui avait été réduit. En faisant bouillir ce précipité avét de l'acide azotique pur, la liqueur s’est éclaircie et est devenue d’un jaumt clair; néanmoins il restait au fond un peu de chlorure d'argent (1 centi: gramme 4 milligrammes). |

Expérience XVI. — J’ai empoisonné un chien à jeun avec 18 gramme: d'acide chlorhydrique du commerce dissous dans 180 grammes d'un mé: lange alimentaire de lait, de bouillon et de café; l’œsophage a été lié. Qua: tre heures après, j’ai pendu l’animal, afin de recueillir le contenu de l'es: tomac : ce viscère renfermait 310 grammes d’un liquide épais , visqueux@ noir ;j'ai lavé ses parois internes avec 100 grammes d’eau distillée, d manière à enlever la presque totalité de l'acide qui les tapissait. Les liqueur: réunies rougissaient le papier de tournesol ; je les ai divisées en trois parties À, B, C. La portion À, distillée dans une cornue , à la température de 190° à 200° c., placée dans un bain d'huile de graines que l’on avait préalable: ment fait bouillir pendant six heures , jusqu’à ce qu’elle ne dégageät plus d’odeur, m’a donné un liquide que j'ai fractionné en cinq parties : les quatre premières portions étaient incolores, transparentes , ne rougissaient pas le papier de tournesol, et ne fournissaient point de chlorure d'argent ave l’azotate de ce métal. La dernière fraction était incolore, légèrement trot ble, et à peine acide; l’azotate d'argent y a fait naître un précipité qui a augmenté lorsque je l'ai fait bouillir avec de l’acide azotique pur et concentré; le chlorure d'argent déposé pesait 1 centigramme 1 milligramm Il ne restait plus de liquide dans la cornue; la matière était sèche, mais non charbonnée. En chauffant cette matière jusqu’à ce qu'elle fut carbonisée, et qu’il ne se dégageät plus de vapeurs empyreumatiques, j'ai obtenu dans le ballon un produit rougeâtre qui, étant traité par l’azotate d'argent et l'acide azotique bouillant, m'a laissé quatre centigrammes de chlorure d'argent. |

B a été réduit au tiers par l’évaporation en vaisseaux clos; dès qu’il a été

refroïdi, je l'ai mélangé avec trois fois son volume d'alcool à 44 degrés, qui a coagulé une assez grande quantité de matière organique; j'ai filtré et ybtenu un liquide transparent jaune rougeûtre, acide, que j'ai distillé à un feu doux. Les cinq premiers sixièmes du produit recueilli dans le récipient ne contenaient point d'acide chlorhydrique; mais le dernier sixième rougissait faiblement le papier bleu, précipitait par l'azotate d'argent, et le précipité de chlorure d'argent augmentait lorsqu'on le faisait bouillir avec l'acide azotique concentré : son poids s'élevait à 1 centigramme 6 milligrammes. La matière restant dans la cornue était sèche, mais non carbonisée.

C'a ététraité par une dissolution de tannin jusqu’à ce qu’il ne précipitât plus par ce réactif; on a été obligé pour cela d'employer une assez grande quantité de ce decoctum. La liqueur filtrée, de couleur rouge claire, a été introduite dans une grande cornue et chauffée à un feu doux. Le produit distillé, examiné à diverses époques de la distillation, n’a commencé à rougir le papier bleu et à se troubler par l’azotate d'argent que vers la fin de l'opération, c’est-à-dire quand il ne restait qu'un huitième environ de la liqueur dans la cornue; du reste, il était incolore et transparent. Lorsque la matière a été réduite à siccité , sans avoir éprouvé la moindre décomposition , j'ai pris le produit du dernier huitième distillé, qui était assez fortement acide, et je l'ai précipité par l'azotate d'argent; le chlorure d'argent , noirci par une portion d'argent métallique qui avait été mis à nu, a été lavé et traité pendant vingt minutes par l'acide azotique bouillant : j’ai obtenu sept centigrammes deux milligrammes de chlorure d'argent blanc. Alors j'ai poussé plus loin la distillation de la matière sèche contenue dans la cornue , et je n’ai arrêté l’opération qu'au moment où il ne se condensait plus de cristaux de carbonate d’ammoniaque dans le col de la cornue. Le liquide recueilli dans le ballon éfait acide, et précipitait abondamment par l’azotate d'argent; en faisant bouillir ce précipité avec l'acide azotique, pendant un quart d'heure, j’ai encore recueilli cinq centigrammes de chlorure d'argent.

Le précipité qu'avait fait naître le tannin dans la matière noire retirée de l'estomac du chien ayant été lavé, séché et décomposé à une douce chaleur dans une cornue, a fourni un produit que j'ai examiné à deux époques différentes : le premier avait été recueilli avant l’apparition des vapeurs ammoniacales, et m’a fourni un centigramme cinq milligrammes de chlorure d'argent; l’autre avait été obtenu en poussant l’opération jusqu’à céque la matière contenue dans la cornue fût carbonisée : il à donné un centigramme neuf milligrammes de chlorure d'argent.

= L'estomac se combine-t-il avec une portion d'acide chlorhydrique, pendant l’empoisonnement , et, s’il en est ainsi, peut-on parvenir à constater la présence de l’acide ainsi combiné ? Telle est la question importante que j’ai cru devoir étudier. «Nous avons acquis la preuve, dit M. Devergie, que l’eau enlevait aux parois stomacales la presque lola-

lité de lacide qui pouvait être combiné avec.elles ; car, ayant prisde parties solides épuisées par l’eau, nous Les avons fait bouillir avec di bicarbonate de potasse pur, puis nous les avons saturées par Lacidemi trique, et nous n'avons obtenu qu’un léger trouble par le nitrate d’ar. gent»(t. IT, p.286). Voici les expériences que j’ai tentées pour résoudr ce problème. | HIS"

der à

Expérience XVII. — J'ai empoisonné deux chiens à jeun avec 16 gramme d'acide chlorydrique du commerce dissous dans 100 grammes d’eau ; l'œso phage a élé lié; les animaux sont morts au bout de douze et de qui z heures. Les deux estomacs ont été lavés séparément avec de l’eau distillé froide, et à plusieurs reprises, jusqu'à ce que les eaux de lavage, ni: membrane muqueuse elle-même ne rougissent plus le papier bleu à tournesol ; alors on les a pressés entre des feuilles de papier, de manière { enlever autant d’humidité qu’il était possible d'en séparer par ce moyen dans cet état, l’un d'eux pesait 88 grammes, et l’autre 66. Après les avoi coupés en morceaux , Je les ai introduits dans deux cornues avec de lac sulfurique concentré et pur; la quantité d’acide était de 40 grammes pol celui qui pesait 88 grammes, et de 25 grammes pour l’autre. J'avais ada au col des cornues deux tubes recourbés, dont les longues branches plon: geaient presque jusqu’au fond de deux tubes-éprouvettes de la longueur d 1 mètre et demi, remplis jusqu'aux trois quarts de leur hauteur d’une dissolution aqueuse d’azotate d'argent; en sorte que les gaz qui pouvaient 8 dégager, pendant la réaction de l'acide sulfurique sur la matière organique devaient nécessairement traverser une colonne d’azotate longue au moi de 1 mètre et 1 décimètre. Les choses étant dans cet état, J'ai chauffé graduellement les cornues jusqu’à ce que les liquides fussent en ébullition À s'est bientôt dégagé des gaz qui ont troublé l’azotate d'argent; des caillôkk de chlorure d’argent se déposaient au fond des tubes-éprouvettes. Vers la fin de l'opération, qui a duré à peu près une heure , il s’est produit d’abon: dantes vapeurs d’acide sulfureux, et alors l’azotate d'argent était tellement troublé, qu’il était presque impossible d’apercevoir les tubes qui amenaient les gaz; je n'ai cessé l'action de la chaleur qu’au moment où la matière contenue dans les cornues était desséchée. Les précipités qui. s'étaient formés dans les tubes-éprouvettes étaient évidemment composés d’une portion très-lourde et peu considérable qui occupait le fond , et d’une partie, en apparence beaucoup plus abondante, qui restait comme suspendue dans presque toute la longueur de la colonne des liquides. Le lendemain, la totalité des précipités était rassemblée au fond des tubes-éprouvettes , et les liquides surnageants étaient limpides. J'ai décanté ces liquides, et lavé à plusieurs reprises les précipités avec de l’eau distillée, jusqu’à ce que les eaux de lavage ne continssent plus d’azotate d'argent. Alors j'ai fait bouillir ces précipités, pendant un quart d'heure, avec de l'acide azotique concentré et pur, qui les a dissous en grande partie, avec dégagement de gaz bioxyde d'azote; le chlorure d'argent formé s’est bientôt déposé, J'ai décanté lés

liquides; et après ayoir bien lavé avec de l'eau distillée le chlorure d'argent, j'ai placé celui-ci sur un petit filtre dont je connaissais le poids, que j'ai ensuite desséché à la température de 100°. Jai desséché en même temps, à Ja même température , un filtre. de même grandeur et du même poids, fait avec le même papier; jai pesé de nouveau les deux filtres ainsi desséchés, et retranchant du poids de celui qui contenait le chlorure d’argent le poids de celui qui ne renfermait aucune matière, j'ai eu pour produit le poids du chlorure d'argent. Le chien dont l'estomac pesait 88 grammes avant l'expérience m'a fourni 50 centigrammes de chlorure d'argent; l’autre m'en a donné 32 centigrammes.

Exrérrence XVIII. — Un autre chien, empoisonné avec 20 grammes d’acide chlorhydrique mêlé à 200 grammes de lait, de bouillon et de café, est mort au bout de quatorze heures. L’estomac offrait une assez large perforation ; lavé avec de l’eau froide jusqu’à ce qu’il ne présentät plus de traces d’acidité, et pressé entre plusieurs feuilles de papier joseph, il pesait 72 gram- Ines. Décomposé par 25 grammes d'acide sulfurique pur et concentré, jusqu’à carbonisation et pendant une heure, comme dans l'expérience 17, il a fourni 26 centigrammes de chlorure d'argent,

Expérience XIX. — On a empoisonné un chien.avec 12 grammes d’acide chlorhydrique concentré ; l'animal est mort au bout d’une heure et demie. L’estomac, débarrassé de tout l'acide libre par des lavages réitérés à l’eau froide, a été desséché à la température de 100° c.; il pesait, dans cet état, 40 grammes ; je l’ai décomposé comme le précédent dans une cornue, avec 20 grammes d'acide sulfurique étendu de son poids d’eau ; le poids du chlorure d'argent obtenu a été de 50 centigrammes.

Expérrence XX. — On à pendu un chien qui n’avait pas mangé depuis là veille ; on à lavé son estomac à froid , jusqu’à ce que les eaux de lavage

6 fussent plus acides, puis on l’a pressé entre des feuilles de papier joseph ; Be cet état , il pesait 62 grammes. Après l’avoir coupé par morceaux, on Pa carbonisé ; avec 20 grammes d’acide sulfurique pur et concentré (voyez expér. 17, 18 et 19). La quantité de chlorure d’argent obtenu ne s’élevait qu'à dix-sept centigrammes. f

Expérience XXI. — Un chien, à l’état normal, et à jeun est pendu ; après avoir lavé convenablement son estomac à froid, on le dessèche à 100° c.: dans cet état, il pèse 20 grammes. On le décompose avec 15 grammes d’acide sulfurique étendu de son poids d’eau, et l’on n’obtient que onze centigrammes de chlorure d'argent. Fe

Exréntence XXII. —Vingt grammes d’un estomac humain bien lavé à froid, et desséché à 1000 c. , décomposés de même par 15 grammes d’acide sulfurique pur étendu de son poids d’eau, ont fourni 18 centigrammes de chlorure d'argent. ie Va

Exrérience XXII. — J'ai empoisonné un chien avec 16 grammes d’acide chlorhydrique du commerce dissous dans 100 grammes d’eau ; l’œsophage a été lié ; l'animal est mort au bout de dix heures. J’ai lavé l'estomac à grande eau froide. Lorsque le papier bleu de tournesol n'était plus rougi fi par le liquide ni par la membrane muqueuse, j’ai fait bouillir le viscère,

coupé par morceaux, dans de l’eau distillée, pendant deux heures ; le décoc- | tum rougissait le papier bleu; j'ai décanté la liqueur, et soumis l'organe à l’action de nouvelles quantités d’eau distillée bouillante, jusqu’à ce que le papier bleu ne fût plus rougi; dans cet état , j'ai pressé les fragments du viscère entre plusieurs feuilles de papier joseph, et je me suis assuré qu'ils pesaient 36 grammes. Alors je les ai traités dans une cornue par 12 grammes d’acide sulfurique concentré, comme dans les expériences précédentes , et je n’ai obtenu qne 2 centigrammes de chlorure d'argent.

Expérience XXIV. — La même expérience a été répétée avec l'estomac, d’un chien, empoisonné avec 12 grammes d’acide chlorhydrique étendu de 200 grammes d'un mélange alimentaire liquide; l'estomac, coupé par, morceaux, a été laissé, dans l’eau distillée froide, pendant quarante-hüit heures , puis lavé à plusieurs reprises avec le même liquide, à la tempéra ture ordinaire , et jusqu’à ce que le papier bleu le plus sensible ne fût plus. altéré. Alors je l’ai fait bouillir, à quatre reprises différentes, pendant deux. heures chaque fois, dans diverses portions d’eau distillée , et jusqu’à ce que les dissolutions ne précipitassent plus de chlorure d'argent par l’azotate de ce métal; le poids du chlorure retiré de ces liqueurs, rapprochées et trai= tées par lacide azotique bouillant , ne s'élevait qu’à deux centigrammes: apparemment que par les nombreux lavages à l’eau froide, on avait dissous la majeure partie des chlorures solubles. Les fragments d’estomaé, qui avaient bouilli dans l'eau, pressés entre plusieurs feuilles de papier, pesaient 32 grammes; décomposés par l'acide sulfurique concentré , ils n’ont pas fourni la moindre trace de chlorure d'argent.

EXPÉRIENCE XXV. — Après avoir traité à plusieurs reprises, par l’eau distillée bouillante, l'estomac d’un chien à l’état normal, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne fournissent plus de précipité de chlorure d'argent, par l’azotate de ce métal, je me suis assuré que les liqueurs provenant dé l'ébullition, donnaient 12 centigrammes de ce chlorure, et que l'estomac, du poids de 29 grammes , après avoir été pressé entre.des feuilles de pa pier joseph, et décomposé par l'acide sulfurique, ne fournissait plus dé traces d'acide chlorhydrique. ’

Expérince XXVI. — J'ai fait bouillir, pendant plusieurs heures, less tomac d’un homme adulte avec de l’eau distillée, en ayant soin de renou= veler le liquide à mesure qu’il s’en évaporait ; la liqueur filtrée , traitée par | Pazotate d'argent, a fourni huit centigrammes de chlorure. La portion solide restante, pressée entre plusieurs feuilles de papier joseph, pesait | 34 grammes. Décomposée par 15 grammes d’acide sulfurique concentré, | elle n’a donné aucune trace de chlorure d'argent.

Expériences XXVIT et XXVIIT ( voy. à la page 192, les expériences 2 et 3).

Il résulte de ce qui précède : 1° que l’on obtient facilement une partie de l'acide chlorhydrique mélangé avec des liquides alimentaires végé» | taux, en distillant ceux-ci à un feu doux, à moins que l'acide ne $ |

trouve dans ces mélanges en quantité par trop minime (expér. 1 et 2, p. 197);

2° Que la même chose a lieu dans les mêmes conditions, quoique plus difficilement, lorsqu'on distille des mélanges d’acide chlorhydrique et de liquides alimentaires animaux, ou un estomac préalablement trempé pendant quelques minutes dans le même acide concentré (expér. 3.et 4, p. 198);

3° Que l’on ne recueille pas d'acide chlorhydrique dans le récipient, quand on distille au bain-marie, à feu nu, ou au bain de chlorure de calcium ou d'huile, les matières trouvées dans l'estomac des animaux qui ont succombé à l’empoisonnement par l'acide chlorhydrique, quoiqu'elles en contiennent, si la distillation n’a été poussée que jusqu’au moment où la matière renfermée dans la cornue a acquis une consistance presque sirupeuse, parce que Pacide est retenu par la matière organique : et s’il est dissous dans une trop grande quantité de liquide, parcequ’il passe difficilement à la distillation lorsqu'il est très-hydraté (expér. 5, p. 198 );

4° Que l’on en obtient, au contraire, même en agissant à un feu doux, si l'on continue la distillation jusqu’à ce que la matière de la cornue soit desséchée , et non décomposée ; à la vérité on n’en recueille que fort peu. M. Devergie a donc commis une erreur grave en attaquant ce que j'avais établi à cet égard, dès l’année 1812 (expér. 6 et 16, p. 199 et 204):

5° Que l’on en oblient davantage quand on pousse l’action de k chaleur assez loin pour carboniser la matière contenue dans la cornue (20.)

6° Qu'il ne se condense dans le ballon ni de l’acide chlorhydrique, nidu chlorhydrate d'’ammoniaque, ni aucun chlor ure, lorsqu'on chauffe jusqu’à siccité seulement des liquides ou des matières solides alimenlaires non additionnées d'acide chlorhydrique ni de chlorhydrate d’ammoniaque ; mais qu’il n’en est pas de même si ces liquides contiennent de ce chlorhydrate, ou bien lorsqu'on pousse l'opération jusqu’à ce que la matière soit carbonisée; qu'il est dès lors indispensable, dans une recherche médico-légale relative à l'empoisonnement par l'acide chlorhydrique, d'arrêter la distillation au moment où la masse est presque desséchée (expér. 7, p. 200 );

7° Que s’il est vrai qu’en féitänt par l'acide sulfurique concentré un mélange alimentaire trouvé dans l'estomac d’un chien empoisonné par l'acide chlorhydrique , on dégage beaucoup plus d'acide chlorhydrique be du même mélange à l’état normal, il est également certain que l’on s'exposerail à commettre des erreurs graves si l’on atlachait à ce mode d’expérimentation une importance qu'il ne saurait avoir: il pourrait arriver, en effet ; que certaines matières alimentaires, à l’état normal ,

continssent assez de chlorure de sodium pour fournir, par l'acide sulfurique, une quantité d'acide chlorhydrique égale au moins à celle-que l'on obtiendrait dans quelques cas d’empoisonnement où la proportion d'acide chlorhydrique restant dans l’estomac serait très-faible ete et 9, p. 200);

8° Qu’en traitant les matières suspectes par l'alcool (rose: SE après les avoir concentrées par l’évaporation, en filtrant la Ps en la distillant jusqu’à siccité, on obtient, dans les dernières portions du liquide distillé, une plus grande quantité d'acide chlorhydrique que celle qu’aurait fournie la même proportion de matière suspecte, si elle eût été distillée seule ; et que, dans aucun €as, un mélange. alimentaire, à l'état normal, et sans addition d’acide chlorhydrique ou de chlorhydrate d’ammoniaque , ne donne, étant traité par l'alcool! concentré puis distillé juiqu’à siccité, un produit fournissant du chlorure d'argent avec l'azotate de ce métal (expér. 10, 11, 12 et 16, p.201 et 204); è

9° Que l'on recueille encore plus d’acide chlorhydrique dans les den: nières portions distillées , si l’on chauffe jusqu’à siccité seulementle liquide filtré provenant de la décomposition des matières suspectes , par un excès de tannin; les mélanges alimentaires non additionnés d'acide chlorhydrique ou de chlorhydrate d'ammoniaque, traités de la même manière, fournissent au contraire un produit distillé qui ne donne au cune trace de chlorure d’argent par l’azotate de ce métal (expér.48, 14, 15 et 16, p. 203); À

10° Qu'en décomposant comparativement par l’acide sulfurique eoncentré, comme l’a proposé le premier M. Bergounhioux (de Reims, dans un rapport inédit, des estomacs de chiens, à l’état normal, etides estomacs des mêmes animaux empoisonnés par l'acide chlorhydrique, on dégage une quantité de cet acide beaucoup plus considérable avec les derniers qu'avec les premiers, soit que les viscères, préalablement lavés avec de l’eau froide seulement, jusqu’à ce que les eaux de lavageme rougissent plus le papier de tournesol, aient été fortement pressés entre des feuilles de papier joseph, soit qu’ils aient été desséchés à la température de 100° c. (expér. 17, 18, 19, 20 et 21, p. 206). Dans ces «as, l’eau froide n’agit pas pendant assez longtemps pour enlever la totalité de l'acide chlorhydrique qui pouvait être uni aux tissus, «et ne dissout pas la totalité des chlorures solubles naturellement contenus dans 4 tomac: aussi, lorsqu'on traite par l'acide sulfurique ces maux, lavés à l’eau froide, décompose-t-on ces chlerures mu | el re on de l’acide chhpshguhr ique, en quantité moindre, à la vérité, que lorsque les estomacs empoisonnés avaient retenu une portion de l'acide chlorhydrique ingéré.

11° Qu'en faisant bouillir avec de l’eau distillée à plusieurs par 4

DE L'ACIDE CHLORHŸDRIQUE. | 211 et pendant plusieurs heures, des estomacs de chiens empoisonnés ou à l'état normal, ou bien un estomac d’un homme non empoisonné, on dissout la totalité des chlorures solubles qu’ils peuvent renfermer : aussi les dissolutions aqueuses fournissent-elles du chlorure d’argent par l'azotate de ce métal, tandis que les eslomacs, eux-mêmes épuisés par l’eau bouillante n’en donnent pas de {races. Tout porte même à croire qu'il suffit de laisser pendant deux ou trois jours dans l’eau distillée froide des estomacs d'individus empoisonnés ou non par l’acide chlorhydrique, et de Les laver ensuite à plusieurs reprises dans le même liquide, à la température ordinaire, pour obtenir les mêmes résultats (expér. 24, 25 et 26, p. 208);

12° Que l'urine des chiens empoisonnés par l'acide chlorhydrique concentré ou affaibli fournit, avec l’azotate d'argent, une quantité de chlorure d'argent six fois au moins aussi considérable qu’à l’état normal , fait dont les experts pourront quelquefois tirer parti (expér. 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9, p. 193).

13° Que si je n'ai pas décelé l'acide chlorhydrique dans le foie, la rate, elc., des chiens qui avaient été empoisonnés par cet acide étendu d'eau, cela peut tenir à ce que cet acide séjourne peu de temps dans ces organes, ou à ce qu'il se combine avec les alcalis libres qu’il trouve dans les voies circulatoires (expér. 2, p. 192).

Procédé. On recueille attentivement les liquides contenus dans le canal digestif et dans la cavité abdominale, s’il y a eu perforation, ou bien les matières liquides vomies ; on les met à part, après avoir constaté si elles sont acides à l’aide du papier de tournesol. On introduit dans une grande cornue, à laquelle on a adapté un récipient, toutes les portions solides trouvées dans le canal digestif et dans les matières vomies, ainsi que l’œsophage, l'estomac et les intestins, coupés en petits morceaux ; on ajoute de l’eau distillée, et on fait bouillir pendant cinq à six heures, en ayant soin d’ajouter de Peau au fur et à mesure qu’il sen évapore. On examine si Le liquide recueilli dans le ballon contient ou non de l'acide chlorhydrique libre : dans la plupart des cas il n’en renferme pas , parce que cet acide ne distille pas facilement lorsqu'il est tès-hydraté et retenu par la matière organique ; mais comme il pourrai arriver qu’il en contint, on ne devra pas négliger de procéder, en vaisseaux clos, à l’ébullition dont je parle. On réunit alors le décoctum reslant dans la cornue aux liquides trouvés dans le canal digestif, dans la cavité abdominale ou dans les matières vomies , et on les précipite par un excès de dissolution concentrée de tannin ; à mesure que le précipité se dépose, on ajoute de nouvelles quantités de tannin, jusqu’à ce que le mélange suspect ne se trouble plus ; on laisse ramasser le préci- Ipité, et on filtre; la liqueur passe assez claire, et offre une couleur

jaune rougeâtre. On l’introduit dans une grande cornue à laquelle est adapté un récipient entouré d’eau très-froide ou de glace; on distille à un feu doux (environ 100°); en général, les 1%, du liquide qui passent d’abord ne contiennent pas un atome d’acide chlorhydrique libre, guoiqu’ils soient quelquefois acides ; lorsqu'il ne reste guère que /:, dela liqueur dans la cornue, on met à part le liquide distillé, el on continue l'opération jusqu’à ce que la matière soit à peu près sèche, en ayant soin d'agir de plus en plus à un feu doux ; il ne faut, sous aucun prétexte, pousser la distillation plus loin. Le dernier 20° du liquide obtenu dans le récipient contiendra de l’acide chlorhydrique libre : il sera incolore ou légèrement opalin, il rougira le papier bleu de tournesol ,*et il fournira un précipité de chlorure d'argent lorsqu'on le traitera par l’azotate de ce métal ; presque toujours le précipité dont il s’agit augmentera, quand on fera bouillir avec de l'acide azotique puret concentré, pendant vingt ou vingt-cinq minules, le liquide mélangé d’azotate d’argent, parce qu'alors l'acide azotique détruira une certaine quantité de matière organique qui s’opposait à la formation et à La précipitation du chiorure d’argent. Il pourrait arriver aussi qu’une partie de l’azotate d'argent fût réduite par la matière organique, et que le précipité fût mélangé d'argent métallique noir; peu importe, l’acide azotique dissoudrait ce métal, et l’on ne tarderait pas à obtenir du chlorure d'argent blanc, caillebotté, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique bouillant, soluble dans l’ammoniaque et se colurant promptement en violet : en lavant ce précipité, en le séchant et en le fondant, on en connaitra le poids, et l’on saura par conséquent combien il représente d'acide chlorhydrique.

Admettons que lon ait obtenu dans le ballon un liquide rougissantMle tournesol, et donnant avec l’azotate d'argent un précipité de chlorure d'argent; devra-t-on conclure que ce liquide contient nécessairement de l'acide chlorhydrique libre ? Non certes, car l'acidité peut dépendre d'un autre acide, et le précipité de chlorure d’argent peut devoir son origine à du chlorhydrate d’ammoniaque (expér. 7, p. 200). Je sais quil n'est pas ordinaire de trouver dans le canal digestif des cadavres hümains non pourris du chlorhydrate d'ammoniaque; je ne sache mème pas que la présence de ce sel y ait jamais été démontrée; mais il suffit qu’on ail constaté son existence dans la chair musculaire, dans la salive expectorée, dans le suc gastrique des ruminants, dans le lait des brebis, dans la laite de carpe, etc., et, d’après M. Chevallier, dans diverses matières animales pourries , pour que l’on doive être circonspect. Sans doute, le plus souvent une acidité bien prononcée et une précipitation notable de chlorure d'argent annonceront la présence de l'acide chlorhydrique libre, parce que, hors les cas de putréfaction avancée, de

chlorhydrate d’ammoniaque dont je parle ne se {rouvera dans les liqueurs suspecles qu’en très-pelite proportion; qu'importe? Dès qu’il peut arriver une fois sur mille qu’il en soit autrement, on doit se tenir sur ses gardes ; on ne saurait surtout être trop réservé dans le cas où le liquide distillé ne rougirait pas le papier bleu de tournesol, et donnerait cependant avec l’azotate d'argent un précipité de chlorure de ce métal.

Mais, alors même que l'expert serait disposé à penser que l’acidité du produit de la distillation est due à de l’acide chlorhydrique libre, il ne faudrait pas pour cela conclure qu’il y a eu empoisonnement par cet acide, parce qu’il est parfaitement établi qu’il existe quelquefois de l’acide chlorhydrique dans l’estomac des individus bien portants, en petite quantité, il est vrai, et qu’il peut s’en produire une proportion beaucoup plus considérable dans certains élats pathologiques, {els que la dyspepsie, Le pyrosis, etc.; ces faits prouvent jusqu’à l'évidence qu’il est impossible, dans un cas présumé d'intoxication par l’acide chlorhydrique, d’asseoir son jugement uniquement sur la présence ou l’absence de cet acide dans les matières suspectes. Alors même que l’on mettrait hors de doute l’existence de cet acide libre, ce qui sera souvent fort difficile, il faudrait encore établir qu’il ne provient pas de la portion qui peut se trouver naturellement dans le canal digestif. Mais si l’élément chimique seul est loin de pouvoir trancher la question, il n’en est pas de même lorsqu'on le combine avec les données importantes que fournit la pathologie ; le commémoratif d’une part, les symptômes graves et en quelque sorte si caractéristiques de l’empoisonnement par les acides concentrés, la marche en général si rapide de la maladie, et surtout un ensemble d’allérations cadavériques tel, qu’on ne l’observe presque jamais que dans les empoisonnements par les acides ou par les alcalis concentrés, viendront à l’appui des résultats de l’analyse chimique, et mettront l'expert à même de résoudre le problème.

Je ne mentionnerai que pour les réfuter quelques difficultés d’un autre genre soulevées par M. Devergie. Partant de ce point erroné, que l’on sera presque toujours obligé de traiter les matières suspectes par l’eau bouillante , afin d’obtenir du chlorhydrate d’ammoniaque, ou de les calciner en vases clos, et d’incinérer le charbon , pour savoir combien il existe de chlorures dans les cendres, ainsi que dans le liquide qui aura distillé pendant la carbonisation, M. Devergie est arrivé à une complication telle, que le médecin légiste le plus habile aurait de la peine à donner une solution satisfaisante du problème, d’après ce qu’il en a dit. Au reste, je vais mettre le lecteur à même d’en juger. Premier écueil. « Les acides libres qui peuvent faire naturellement partie des liqueurs animales qui se trouvent dans l'estomac.» Qu'importe? Alors même que ces liqueurs contiendraient tous les acides connus , rien n’est

plus facile que de constater dans le récipient là présence de l'acide chlorhydrique, parce qu’il a des Caractères distincts de ceux dé tons les acides volatils. Deuxième écueil. «Les chlorüres qui font naturelles ment partie de la liqueur animale, ceux qui pourraient y étre ajoutés, où enfin celui qui serait lé résulfat de l’administration d’un cohtre poison alcalin.» Aucun de ces chlorures, excepté lé chlorhydräte d'ammoniaque, ne passe à la distillation limitée au point que j'ai indiqué, aucun d'eux ne rougit le papier de tourhésol ; en sorte que, si l'on ét: tient dans le récipient un liquide non acide $é comportant avéc l’azofate d'argent comme l'acide chlorhydrique, on peut être certain que la fofmation du chlorure d'argent est due à du chlorhydrate d'ämmoniaque: et non à de l'acide chlorhydrique libre. Troisième écueil. CLé chlorhy= drate d'ammoniaque qui se fofme pendant là décomposition des parois stomacales par le feu.» Dans une note lue à l’Académie royale de mé decine, en novembre 1838, M. Dévérgie prétendait en effet qu’il $é produit di chlorhydrate d'amimoniaque lorsque les paroïs Stomacales sont décomposées par lé feu, et que déjà l'estomac était pourri. M. Caventot, däns un rapport tétiärqtate qui à été adopté par l'Acadéiié en 1839, a fait justice de cette assertion , en prouvant que M. Devérgié avait pris pour du chlorhydrate d’ammoniaque l’un des Chlorures naturetlément contenus dans l'estomac, qui s’était volatilisé à une témpératuré rouge, à la faveur des gaz qui se produisent pendant l’opérätion. Quoi qu'il én Soit, la présence, dans le liquide distillé, d’un de ces chlorufes ni firme en rien l’exactitude de mon procédé, puisqu'on ne les obtient qu’en décomposant la matière organique ét en la réduisant en charbotts tandis que je preseris d'arréter l'opération, bien avant que cetle décomposition ait eu lieu, et même avant que La matière de la cornue soit complétement déséébhés.

Acide chlorhydrique dans un cas d’exhumation juridique. Si l'exht= mation a lieu peu de jours après la mort, tout porte à croire que l’acide Chlorhydriqué n'aura pas éncore été entièrement saturé par l'ammo= niaquë, qui se développe pendant la putréfaction, en sorte qu’on pourra ën obtenir à l’état de liberté, en procédant comme je l'ai dit à la page 212. Si, au contraire, il s’est déjt écoulé un temps considérable dépuis la mort, et que tout l'acide ait été transformé en chlor hydrale d’ammoniaque, oh he recueillera pas un atome d’acide Zbre dans le ré= cipient, en Suivant la méthode que j'ai indiquée. II faut en convenir, ce cas ést excessivement épineux, ét le médecin ne saurait agir avec assez dé circonspection. Si, à l’aide de l’évaporation et de la cristalli= sation, il relire du chlorhydrate d’'ammoniaque des liquides trouvés dans le canal digestif, et de ce canal lüt- même, Soûmis à une ébullition prolongée avec de l’eau distillée, on ébjééléta que cé chlorhydraté à

DE L'ACIDE CHLORAYDRIQUE. 215

pa se développer pendant Ja putréfaction. Si, au moyen de lazolate d'argent, il constate, dans ces matières, la présence d’une quantité assez considérable d'un ou de plusieurs chlorures, on fera observer que ces chlorures existaient naturellement dans les liquides de lestomac et dans ce viscère lui-même; qu’il est impossible d’assigner d'avance, e£ au juste, la proportion de chlorures que contiennent habituellement ces matières et l'estomac lui-même ; enfin que le malade pouvait avoir pris, péu de temps avant sa mort, des aliments liquides ou solides fortement salés. S'il chauffe les matières suspectes en vases clos, qu’il incinère le charbon, pour déterminer combien les cendres fournissent de chlorures , et que, d’un autre côté, il cherche à apprécier la proportion dé Chlorure contenue dans le liquide qui aura été recueilli dans le ballon, comme le veut M. Devergie, on objectera encore que toutes les matières animales, à l’état normal, décomposées ainsi, et même lorsqu'elles ne sont pas pourries, donnent un produit liquide contenant un où plusieurs chlorures , et qu’à plus forte raison cela à lieu quand la pütréfaction a fait des progrès rapides el qu’il a dû se volatiliser une quantité plus ou moins notable de chlorhydrate d’ammoniaque ; et l’on soütiendra, pour ce qui concerne les chlorures trouvés dans les cendres, qu'ils existaient naturellement dans les liquides de l'estomac et dans le canal digestif lui-même. Et qu'on ne vienne pas dire qu’il sera possible de décider là question, en ayant égard à la proportion de chlorure d’argent obtenue, parce qué cette proportion sera plus forte s’il y a eu empoisonnement , que dans le cas contraire; quand on à expérimenté, et que l’on sait combien est faible la quantité d'acide chlorhydrique qui peut rester dans le canal digestif après la mort, mème lorsqu'on opère peu d'heures après le décès , on sent le vide de pareilles assertions ; j’ai Souvent empoisonné des chiens avec 16, 20 ou 24 grammes d'acide chlorhydrique concentré ou étendu d’eau ; les animaux ont eu des vomissements fréquents et des selles réitérées, les matières expulsées renfermaient beaucoup d’acide chlorhydrique : aussi, lorsqu’après la mort je cherchais à extraire l'acide chlorhydrique qui pouvait rester dans le canal digestif à l’état libre ou combiné avec les tissus, n’obtenais-je dans le récipient que quelques centigrammes de cet acide. On conçoit qu’il doive en être ainsi pour tous les poisons dissous dans l’eau, qui sont facilement rejetés par les vomissements et par les selles.

Ces faits établissent suffisamment l'immense difficulté, je dirai presque l'impossibilité, de faire servir les données fournies par la chimie à la solution du problème dont je m'occupe. L'expert ne pourra {out au plus buiser dans les documents fournis par l'analyse chimique que des renseignéments vagues, et dès lors insuffisants pour motiver autre chose

que de légers soupçons ; c'est au commémoratif, à la pathologie, et à l'anatomie pathologique, à répandre, dans ces cas, la lumière qui permettra aux experls d'exprimer des doutes ou des probabilités sur l'existence d’un empoisonnement.

Acide chlorhydrique après l’administration de contre-poisons alcalins. Si, pour neutraliser les effets funestes de cet acide, on avait fait prendre au malade de la magnésie, du carbonate de cette base, du carbonate de chaux, etc., l'acide aurait pu être complétement saturé, et l'expert ne découvrirait plus un atome d’acide libre, en procédant comme je l'ai dit à la p.211; d’où il suit, qu'il faudrait bien se garder de conclure, dans ce cas, que l’empoisonnement n’a pas eu lieu, par cela seul qu'on n'obliendrait pas dans le ballon de l'acide chlorhydrique libre. Si, comme cela arrive souvent, au contraire, la totalité de l'acide n'avait pas été saturée, le liquide distillé en renfermerait une faible proportion. Dans le cas de saturation complèle, il y aurait à rechercher quel serait le contre-poison administré, et à constater, dans les matières suspectes la présence d’un chlorure de magnésium, de calcium, de po= lassium ou de sodium. L'existence de ces deux derniers , à moins qu’ils ne fussent excessivement abondants, n’avancerait guère la question, parce qu’ils peuvent se trouver naturellement dans les aliments ou dans les liquides du canal digestif ; il n’en serait pas de même des chlorures de magnésium et de calcium, qui n'existent jamais dans ces matières qu'en proportions excessivement minimes, ou qui n’y existent pas du tout. La solution de ce problème, comme on le voit, peut présenter de. grandes difficultés, et exiger de la part des experts autant de réservé. au moins que celui qui a pour objet la recherche de l'acide chlorhys drique, dans un eas d’exhumation juridique faite longtemps après k mort (voy. p. 214). ;

Affaires d’empoisonnement par l'acide chlorhydrique jugées par les tribunaux.

AFFAIRE QuenarDeL , jugée à Reims , le 23 décembre 1839. — Cinq jours d'audience d'une session extraordinaire ont été consacrés au jugement de cette affaire, l’une des plus hideuses qui jamais aient occupé la

; J justice criminelle.

Voici l’exposé des faits d’après l'instruction :

Le samedi 18 mai dernier, sur les quatre henres du matin, Marie-Caroline Charpentier, femme Quenardel, devint mère pour la septième fois,

Son enfant, du sexe féminin , était bien constitué, plein de force et de santé, et respirait la vie, suivant l'expression d’une sage-femme qui l’aait reçue. Le même jour cependant , vers une heure après midi , ce n’était plus qu'un corps inanimé.

Antérieurement déjà, quatre enfants des époux Quenardel, quoique loués des meilleures conditions d’existence, à peine venus au monde, avaient subitement cessé de vivre le jour même, le lendemain ou le surlendemain le leur naissance ; les deux premiers seuls avaient conservé la vie.

A la nouvelle de la mort du dernier, on se rappelle que les quatre précélents, comme lui à peine venus au monde , ont disparu presque aussitôt.

Des symptômes extraordinaires , les lèvres, la langue, le palais de l’enant, si tendres, si roses, quelques heures avant, colorés en noir et dureis ; me très-forte odeur, exhalée par la bouche, lors de son baptême , à huit aeures, et remarquée ensuite à son lit de mort; tout excite les soupçons ; t bientôt la clameur publique se prononce contre Pierre-Henri Quenardel, ontre sa femme, et contre Marie-Barbe Ravez, veuve Quenardel, sa mère, ous trois restés longtemps seuls avec l’enfant, après la retraite de la sageemme.

Avertis par cette clameur, les magistrats procèdent à des informations , nvoquent les secours des hommes de l’art pour en vérifier la cause.

Ils arrivent promptement à reconnaître , à constater une affreuse vérité : est une mort violente , c’est l'introduction d’une substance délétère dans es frèles organes de l'enfant; et cette substance , éminemment corrosive, st de l’acide chlorhydrique, vulgairement appelé esprit de sel. Lorsque la iqueur mortelle a touché les lèvres , pénétré dans la bouche et jusqu’à l’esomac de l’enfant, nul autre que sa mère, son père, son aïeule, n’était dans la maison , ne s’occupait, de lui, ne l'approchait, ne le touchait.

Une instruction fut commencée contre les époux Quenardel et contre eur mère. La femme Quenardel a d’abord commencé par prendre sur elle loute la responsabilité de l'événement, protestant alors que son mari et sa belle-mère y étaient complétement étrangers.

Le mardi 21 mai, le juge de paix achevait le premier interrogatoire de Quenardel, lorsqu'il vit accourir, se présenter à lui, la mère de cet homme, et l’entendit s’écrier : « Ah ! la malheureuse, elle vient d’avouer son crime. »

Interrogée immédiatement , la femme Quenardel n’a point démenti, elle a pleinement confirmé la déclaration de sa belle-mère ; suivant le récit qu'elle faisait alors, trois heures environ après la naissance de son enfant, se trouvant avec lui, et la veuve Quenardel étant avec son fils dans la cour, elle en aurait profité pour se lever sur son lit, atteindre le dessus d’une ar-moire à sa portée, y prendre une petite bouteille, oubliée depuis un an par des couvreurs dans la maison , et contenant un liquide dont ils se servaient pour faire des soudures en zinc; elle aurait mis de ce liquide dans la bouche de son enfant, à l’aide d'un mouchoir, sur lequel d’abord elle en aurait versé; ensuite elle aurait répandu le reste du liquide dans la paille de son lit et y aurait également caché la bouteille.

Depuis, elle a brisé le vase sur la mardelle d’un puits où elle cherchait à

le jeter. Depuis aussi, une autre bouteille, un demi-rouleau contenantde l'acide chlorhydrique a été trouvé dans la pile retirée de son lit. |

Le jour même de son premier interrogatoire ; livrée à la force publique et conduite à Reims avec son mari, cette femme changea de langage,re tracta SES aVEUX ;, protesta de son innocence , accusa Quenardel et sa mère. expliquant sa première version par des mer dés de mort qui l'avaient terrifiée : son mari lui montrant une hache au pied de son lit, lui auraitdéclaré qu'il s’en servirait pour lui fendre la tête, et qu'il se tuerait lui-même ensuite , si elle ne se disait pas seule coupable.

Deux fois dans le trajet de Verzenay à Reims, elle a donné cette explica= tion : deux jours après, elle l’a répétée devant le juge d'instruction, et depuis, elle y a toujours persisté, même en présence de ses coaccusés.

Elle ajoutait que le 18 mai, deux heures après le départ de la sage: femme , la veuve Quenardel a pris l’enfant , l’a emporté danns une pièce voisine, que son fils l’y a suivi; qu’elle n’a rapporté et remis l'enfant à place qu’au bout d’un quart d'Heuré à peu près, en disant : «Il n’a pas si bien bu qu'avec la sage-femme , il en a rejeté. »

C’est, dit-elle encore , le 21 mai, après l’autopsie, la retraite des méde: cins, celle du juge de paix, et l’injonction de ce dernier à Quenardel déesse rendre dans une demi-heure chez le maire, qu’a éu lieu la scène des mie: naces. - |

Enfin , la première version lui avait été entièrement dictée par son mari. qui, en mére temps , lui avait révélé son crime et la coopération de s mère. ,

La veuve bustasttel et son fils repoussent obstinément ces imputations suivant eux, la vérité ne se trouve que dans les premiers aveux de 4 coaccusée. Pari de telles contradictions , et au milieu des autres cireo stances que l'instruction a fait connaître, domire cette pensée que dan: chaque version de la femme Quenardel, il y a un mélange, combinaison d mensonge et de vérité. Son mari, sa belle-mère, sont coupables; maïs! n’ont agi que de concert ayec elle. Le silence qu’ils ont tous trois anté: rieurement gardé sur les causes de la mort des quatre enfants nés après deux premiers, l’insensibilité, indifférence que tous trois ils ont sont sur d'aussi déplorables bvénéments, lors desquels ils étaient toujours réur sans aucun étranger avec eux; ce changement de sage-femme pour ce der nier accouchement , lorsque la première sage-femme avait manifesté de soupçons à la mort du quatrième enfant: .ce que l’on voit, dans l'infornié tion, de l'intérêt que mettaient le père, la mère et l'sibulé à n'être in chargés d’un trop grand nombre d'enfants : tous ces faits révèlent un € minel accord entre eux pour l'attentat du 18 mai.

Pendant le premier récit, où, s’accusant, elle disculpait son mari et se belle-mère, la femme Quensrdel d’une ÉAEut habituellement égale douce, qui même paraissait titide était en proie à une violente exäl tion. « Elle avait l'air d’ extravagüler, dit un témoin , et sa figure était toute décomposée. » Suivant un autre, « elle paraissait folle et abrutie; sa dé claration fut faite sans suite, et l'impression qu’elle produisit sur moi,

ti

1joute ledérnier témoin, fut telle, que, quoïqu’elle s'accusat seule du crime, 1 mie semblä que des motifs que je ne pouvais deviner la contraignaient à parler ainsi.» es

1 y a erreffet dans cette déclaration une invraisemblance manifeste et de nature À faire pressentir la rétractation qui l’a suivie de si près, dans un {at dércalme et d'abattement formant un contraste surprenant avec l'agitaion étle désordre d'idées dont la description précède.

Onest également frappé, dans les protestations en faveur de Quenardel t de sa mère, d’une affectation toute Singulière qui donne une juste idée lu besoin qu’avaient les deux accusés de faire entendre de semblables prolestations.

Ge que la femme Quenardel a dit ensuite du moyen employé pour les btenir d'elle est donc très-vraisemblable. Immédiatement après cette scène le menaces, on à vu Quenardel pâle et défait; puis, au bout de quelques nstants , on l’a revu complétement remis.

À peine l'enfant eut-il rendu le dernier soupir, que son père alla demanler qu'on linhumäât promptément le même jour, et il y mit une grande nais vaine insistance. Sa conduite envers sa femme, nonobstant la première léclaration par elle faite , les reproches, les outrages qu’il ne cessait de lui rodiguer, les invraisemblances , les tergiversations, les contradictions qui e trouvent dans ses explications, et une tentative d'évasion dans le trajet le Verzenay à Reims, complètent les charges qui pèsent sur cet homme.

La veuve Quenardel, suivant un témoignage, aurait eu, comme sa belleille , des enfants qui auraïent cessé de vivré presque aussitôt après avoir vu é Jour ; elle en aurait perdu quatre ainsi, avec les mêmes symptômes que eux observés sui ses petits-enfants. Le 18 mai, elle disait à son fils : « Tu 1e vas pas aller aux vignes ce matin, car, quoique ton enfant ait bonne nine, ce n'est pas une raison pour qu'il vive longtemps. » Le même jour, rers dix heures du matin, elle allait chercher de la sauge pour faire passer € lait de sa belle-fille.

Après la première déclaration de celle-ci, les actions, les paroles de la euve Quenardel tendent à en augmenter le poids , à rendre plus grave la | position de cette femme, qui vient d'assumer sur elle seule toutes les conséjuences d’un crime odieux. Malgré tous ses efforts, on n'aperçoit aucune ensibilité réelle sous les exclamations par lesquelles on l'entend déplorer ce qui est arrivé, ni dans toutes $es explications postérieures.

Pendant le premier interrogatoire de la femme Quenardel , cette accusée, lans Son éxaltation , conçut des pensées de désespoir, de suicide ; elle sortit our aller se précipiter dans un puits. On Jobservait, on parvint à la retenir; on la fit rentrer. Plusieurs couteaux en évidence furent mis hors de sa portée; il en restait un près de la veuve Quenardel ; au lieu de l’éloigner, elle Cherchait à lé rapprocher de sa belle-fille; et celle-ci allait le saisir, lorsqu'on s’empressa de l'enlever avant qu’elle eût pu l’atteindre.

Ce désespoir, ces téntatives de suicide , et ces protestations en faveur de son mari , de sa bellé-mère, ne peuvent s'expliquer par la seule terreur des menaces du premier; un profond sentiment de culpabilité devait s’y Joindre;

autrement, périr pour périr, ainsi que le disait la femme Quenardel, il n” avait pas à hésiter entre les deux perspectives, terribles sans doute l’une e l’autre, mais dont l’une au moins n’était pas infamante.

Au surplus , cette conscience de sa culpabilité, qui rendait si puissant, la terreur des menaces, se décèle encore par le silence et l’impassibilité d la femme Quenardel , lorsque d’effrayants Symptômes annoncent une mor violente; pas de larmes , nulle émotion, pas la moindre surprise, pas un seule question sur la cause d’un malheur qui se reproduisait pour la ein quième fois , lorsque des personnes étrangères à la famille s’en montraien douloureusement affectées.

Telles sont les charges sous le poids desquelles les époux Quenardel et L veuve Quenardel ont comparu devant le jury.

M. de Royer, substitut de M. le procureur du roi, a soutenu l'accusation Les accusés ont été défendus, savoir : Quenardel , par M° Rittier ; la femme Quenardel, par M° Chaix-d’Est-Ange, et la veuve Quenardel, par M° Bou ché de Sorbon.

Après cinq jours de débats, au milieu d’une affluence extraordinaire qui si pressait de toute part, le jury a fait connaître son verdict.

La femme Quenardel a été acquittée.

Quenardel et la veuve Quenardel , déclarés coupables, ont été condamné à la peine de mort.

Rapport de M. Bergounhioux , professeur de chimie à Reims. — Ge chimiste fut chargé, par le ministère public, d'examiner 1° Je canal di gestif de l'enfant; 2° un mouchoir étiqueté, mouchoir imprégné d’un li: quide corrosif saisi chez Quenardel, charpentier ; 3° quelques fragment: de verre d’une bouteille présumée avoir contenu un liquide corrosif.

M. Bergounhioux , en ce qui concerne le canal digestif de l'enfant, s’es posé les questions suivantes: A. Le tube digestif renferme-t-il de l’espril de sel libre ? La réponse a été négative. B. Le même tube distillé avec de l'eau , donne-t-il de l'esprit de sel à Ja distillation ? Non. C. Le résidu de la distillation est-il acide? Non. D, Les produits de la distillation précipitent-ils par l’azotate d'argent? Non. E. Le résidu contenu dans le vase dis tillatoire précipite-t il de même par lazotate d'argent? Non. Les conclusions du rapport sur ce premier chef, sont : il m'est impossible d’affirmer que la cause de la mort de l'enfant Quenardel est le résultat d'un crime. En lisant avec soin le travail du professeur de Reims , et les expériences tentées par lui, on voit aisément que plusieurs d’entr’elles ont été exécutées d’après des principes erronés et nullement conformes aux résultats incontestables que j'ai posés à la page 209 et suivantes. Afin de répondre à une question que lui avait adressée M. Dumas, et qui avait pour objet de faire une analyse quantitative, M. Bergounhioux a cherché à reconnaître quelles seraient les proportions de chlore fournies par l'estomac, par la matière de la bouche, etc.: ces recherches ne pouvaient conduire à rien de concluant : quiconque à un tant soit peu manié les questions d'empoisonnement sait, à n’en pas douter, qu’il est non-seule-

ment inutile, mais même dangereux, de s’en rapporter à la proportion de toxique obtenu pour déterminer s’il y a eu ou non intoxication (voy. l'article Quantité, à la fin du tome Il).

Quant au mouchoir et aux fragments de verre, M. Bergounhioux dit: «Quelques-uns des fragments de verre sont mouillés par des quantités infiniment faibles de chlore, mais mes expériences n’établissent pas que le chlore soit à l'état d'acide chlorhydrique libre; elles établissent seulement que ces fragments de verre sont mouillés par un chlorure. Je fais exactement la même réponse pour le mouchoir, et cependant ici, il me semble que mes réactifs ne sont pas assez sensibles; je trouve des quantités trèsconsidérables de chlorure, et il m'est impossible d'établir, par des expériences directes, que l'acide chlorhydrique est libre ; il s’en dégage cependant à la distillation , mais c’est en quantités microscopiques , et que l’on peut supposer qu’elles sont la suite d’une erreur.»

Cette partie du rapport est encore plus insuffisante que la première.

Areare Demisry ex Beccique. — Auguste Denisty est accusé d’avoir remis à sa maîtresse, et dans l'intention de déterminer son avortement , deux fioles contenant l’une de l'acide chlorhydrique concentré, l’autre un vernis gras. Dans la nuit du 23 juin 1846, Désirée Darveng fut atteinte de symptômes graves qui , selon l’acte d'accusation, devaient être attribués à l’ingestion d’un poison irritant et caustique. Voici comment le D° Henri Dejean de Châtelet rend compte de ces symptômes : «Le mardi 23 juin 1846, Désirée Darveng est rentrée chez sa mère vers neuf à dix heures du soir ; elle était bien portante. Le lendemain de grand matin, elle commença à se plaindre de vives douleurs intestinales; elle fut prise de vomissements. Je fus demandé dès le premier jour, et je remarquai chez la malade une inflammation du tube digestif, une rougeur et un gonflement à la muqueuse de la gorge, un gonflement des amygdales, des exsudations d’un blanc grisätre sur la membrane muqueuse, suivies , après leur chute, d'ulcérations. Il y avait de la gène dans la déglutition, des douleurs à Ia partie inférieure du pharynx, à l'épigastre et au ventre, et des vomisscments. » |

Le D' Dejean ne vit, dans l’affection morbide pour laquelle on réclamait ses soins, qu’une inflammation aiguë très-intense, contre laquelle il déploya toute l'énergie du traitement antiphlogistiqne. Malgré celte médication , lés accidents continuèrent, et l’état de chronicité s'établit. Six semaines après environ, c’est-à-dire le 2 août 1846, le L° Charles Boué, de Châtelet , fut appelé et remarqua , chez Désirée, les symptômes suivants : «Amaigrissement de tout le corps, vomissements de matières noirâtres (couleur mare de café), qui se répétaient après chaque prise soit d'aliments, soit de boissons ; douleurs aiguës à l’œsophage, qui rendaient la déglutition difficile; douleurs de ventre, soif très-intense, perte d’appétit, insomnie, fièvre lente , hoquet.» M. Boué attribuait ces accidents à une désorgani-

sation qui pouyait être le résultat d’un cancer, d’un empoisonnemen ou d’une inflammation. aie Désirée Darveng mourut le 18 août, et dès le lendemain , äl fut pro à l’autopsie du cadavre. Voici le rapport de MM. Piérard et Boué, concer nant la nécropsie, et celui de MM. Binard , Lottin et Piérard, relatif à Ja palyse des matières suspectes : « Procès-verbal d'autopsie, «L'an 1846, le 19 du mois d'août, à Jarre quisition de M. Smets, juge d'instruction près le tribunal de première ins tance séant à Gharleroy, nous soussignés, H. Piérard et Ch. Boué, tou deux docteurs en médecine et en chirurgie, le premier domicilié à Char Leroy, et le second à Châtelet, nous sommes transportés avec ce magistà en la commune de Châtelineau , au domicile de la veuve Darveng , à l’effe de procéder à l’autopsie du cadavre de la fille Désirée, d'examiner si cett jeune fille était enceinte et depuis quand; de rechercher et de constaie quelles pourraient être les causes de la mort; à quelle époque ces causes au raient agi, leur nature et les lésions organiques qu’elles auraient pro: duites, et de recueillir au besoin les liquides et les organes qui pourraïen contenir une substance vénéneuse, et de lui faire , sur le résultat de n6 opérations, un rapport détaillé, fidèle et exact. de Où étant arrivés vers les sept heures du matin , et après avoir prêté ser: ment entre les mains du magistrat susdit, en ajoutant la formule: As Dieu me soit en aide, nous nous sommes transportés en la maison co mune, où le cadavre venait d'être porté pour faciliter nos opérations, *e : nous avons procédé à son examen, qui nous a fait remarquer ce qui suit: 1° marasme des plus marqués , état de putréfaction déjà commencé; 20% poitrine et le ventre ayant été ouverts par un seul et vaste lambeau , ui liquide brunâtre, fétide et abondant s’est échappé de ces cavités; 3° le tube digestif, examiné dans toute son étendue, nous a montré d’abord, à ke partie supérieure, la muqueuse tapissant l’arrière-bouche et les environs du voile du palais ramollie, injectée, et offrant à la pression un liquide purulent; 4° l’œsophage épaissi dans toute son étendue et consistant, of frant sur sa muqueuse, principalement vers la partie moyenne, un état de suppuration; 5° l'estomac entièrement désorganisé, ramolli, présentantà sa partie postérieure plusieurs perforations, usure de presque toute l’ét ndue de ces membranes; le pourtour des perforations offrait un état phlogose avec épaississement des parois, résultat du travail inflammatoire qui à précédé la chute des eschares : ces perforations étaient de forme ronde , de diamètre différent , comme si elles eussent été faites par un eluporte-pièces ; de légères adhérences albumineuses existaient entre la paroi externe et les organes voisins ; l'orifice pylorique était épaissi et rétréeis 6 l'intestin grêle présentait sa membrane muqueuse épaissie dans toute son étendue, offrant des plaques d'injection et d’arborisation très-marquées; 7° le gros intestin était sain; il contenait des matières fétides , liquides et brunâtres; 8° tous les vaisseaux de l’abdomen étaient congestionnés ; 9° lépiploon était très-mince et fortement injecté ; 10° la matrice occupant l'excavation du bassin présentait une forme globuleuse, du volume du

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