ELA
poing; l'ayant extirpée , nous l'avons ouverte dans toute son étendue, et nous y avons trouvé un fœtus enveloppé de ses membranes et nageant au milieu du liquide ampiotique ; il nous a paru être du sexe masculin; sa longueur, mesurée de l'occiput aux talons, éfait de 14 centimètres ; je -ordon ombilical, un peu plus long que le fœtus lui-même, s'insérait à la partie inférieure de l’abdomen , un peu au-dessus du pubis ; pesé, il a présenté un poids de 5 décagrammes ; il nous a paru être mort depuis quelque temps ; l'arrière-faix était déjà très-développé ct adhérent encore aux parois de la matrice, qui, du reste, élait saine. Nous wwons déposé dans un vase le liquide retiré de l'estomac et du ventre, ainsi que l'estomac et d’autres organes.
Nous avons borné là nos investigations , ayant acquis suffisamment d’ééments, pour établir nos conclusions qui sont comme suit: 1° il est consant que Désirée Darveng , objet de notre examen , était enceinte, et que e fœtus qu’elle portait avait environ trois mois et demi de conception ; 2 mous pensons qu'il est mort depuis quelque temps, douze à quinze jours peut-être; ce faible être ayant dù nécessairement être victime luimême des lésions profondes que portait la mère; 3° il est évident que les” sauses de la mort consistent dans les altérations graves et étendues que jous avons remarquées dans le tube digestif, et que ces lésions ont dü tre produites par l'ingestion d'un agent corrosif, qui pourrait bien tre celui qui nous a été représenté, et dont on a dit qu'avait fait usage la victime; l’analyse en fera connaître la nature. Aucune autre ause ne nous paraissant de nature à pouvoir produire des désordres nussi étendus et aussi multipliés que ceux que nous avons remarquis, nous pensons aussi que l'ingestion de cet agent se reporte à une ipoque déjà éloignée; cette opinion est basée sur le temps depuis lequel on nous a dit que la malheureuse était en proie à ses douleurs, ur le travail phlegmasique que nous avons remarqué au pourtour des perforations de l’estomac , sur l’épaississement et le rétrécissement de l’œsophage , ainsi que sur celui de l’orifice pylorique, comme aussi sur les adhérences albumineuses que nous avons remarquées dans le pourtour de l'estomac.
De tout quoi nous avons rédigé le présent rapport comme sincère et véritable. | Ghâtelineau , les jour, mois et an que dessus,
H. Prérarp, C. Bové,
Rapport de MM. Binard, Lottin et Piérard, docteurs et chimistes de Charleroy. Les experts, après avoir analysé le foie, l'estomac, lesäntestins etc. , par des procédés défectueux et nullement conformes aux préceptes que j'ai donnés à la page 21 1, conclurent que la mort leur paraison, le résultat de l'ingestion de l'acide chlorhydrique dans les voies
estives,
Sur ces entrefaites, M.Vandenbroeck ,docteur en médecine et professeurq chimie à Mons , rédigea un mémoire dans l'intérêt de la défense, et prouva en suivant rigoureusement la marche que j'avais tracée (voy. p. 214), qu les experts de Charleroy étaient loin d’avoir établi que Desirée Darveng fi morte empoisonnée par l’acide chlorhydrique , et qu’ils ne s'étaient pr suffisamment préoccupés de l'existence naturelle des chlorures danse liquides de lestomac et des intestins, et dans ces viscères eux-mêmes.
La cour ordonna une contre expertise, et décida que le mémoired M. Vandenbroeck serait communiqué aux nouveaux experts. MM. Stas, Pas quier et Joly, commis par la cour pour procéder à ce travail, commence rent par démontrer, 1° que l'estomac, les intestins gréles et le foie d'un jeune fille non empoisonnée, et qui était morte de phthisie pulmonaire présentaient absolument tous les phénomènes chimiques décrits dans | rapport des experts de Charleroy, et obtenus par eux avec l'estomac del fille Darveng; 2° qu’il en était de même, en agissant sur l'estomac d'un autre fille âgée de vingt ans, non empoisonnée, ayant également ste combé à la phthisie pulmonaire. Les conclusions des nouveaux experts, qu se livrèrent aussi à de nombreuses recherches, vinrent appuyer celles d M. Vandenbroeck. %
Par jugement rendu dans la session de novembre 1847, et sur la déch ration du jury, Denisty fut reconnu coupable de tentative d'avortement et condamné à cinq ans de réclusion et à l’exposition. Appel ayant été in terjeté par l'accusé, la cour suprème cassa l'arrêt de la cour d'assises“ Hainault, sans renvoi devant une autre cour, et ordonna la mise enli berté immédiate de Denisty (voy. mon mémoire dans les Annales d'h} giène, numéro de juillet 1848). |
ArratRE POINDRON, jugée par la cour d'assises du département de l’ Aisne le 13 décembre 1847. — Le sieur Poindron, serrurier à Chavignon, se pré sentait dans la matinée du 31 juillet 1847, à la mairie de cette commu et déclarait que le plus jeune de ses enfants du premier lit, Théodore Poit: dron , âgé de trois ans et demi, était mort subitement pendant la nuit pré cédente, et que sa femme ne s’en était aperçue qu’à sept heures et demie du matin, au moment où elle entrait dans la mansarde pour l’habiller, «
La mort subite de cet enfant, dont à la vérité la santé paraissait faible. mais qui n'était pas réellement malade, et qui pendant tout le jour précé: dent avait été vu jouant dans la rue, éveilla l'attention du maire; il nvoya chercher M. Allart, officier de santé à Chavignon, et ils se rendirent ensemble, à une heure et demie de l’aprés-midi, au domicile des époux Poindron. L'enfant fut trouvé couché sur le dos et recouvert jusqu’à la partie inférieure du cou ; sa chemise et les draps de son lit étaient blanese non chiffonnés; au pied du lit, à environ 30 centimètres, sur la terre qui
forme plancher, se trouvait une tache de sang Jarge comme la main; au chevet du lit, et près de la porte, était une chaise trouée par le milieu , dont la paille était couverte de larges gouttes d’un sang liquide et vermeil.
En présence de ces premiers indices du crime , le maire crut devoir en référer au procureur du roi. Les magistrats se transportèrent sur les lieux, et deux médecins furent chargés de procéder à l’autopsie du cadavre. Ils signalèrent de graves désordres : la langue était desséchée et comme corrodée dans l'épaisseur d’un millimètre environ; l'estomac contenait 60 grammes d'un liquide noir et fétide; les membranes muqueuse et musculeuse étaient altérées , et des perforations existaient non loin du pylore. Ils n’hésitèrent pas à conclure que la mort du jeune Poindron était due à l'ingestion d'une substance corrosive. Un pharmacien leur fut adjoint pour faire l'analyse de cette substance, et ils constatèrent dans un nouveau rapport : 19 que les altérations profondes que présentait la surface interne de l’estomac indiquaient l’action d’un acide concentré ; 2° que l'acide dont l'analyse leur avait démontré la présence était l'acide chlorhydrique, appelé dans Je commerce esprit de sel. |
Dans cet état de choses, et le corps du délit étant prouvé, l'information avait à rechercher comment l’ingestion de cet acide avait eu lieu. Tous les éléments de la procédure tendent à faire croire qu’elle est le résultat d’un crime , et que ce crime ne peut être imputé qu’à la femme Poindron.
Que s’était-il passé chez les époux Poindron dans la journée qui à précédé le crime ? Ils habitent seuls, et n’ont chez eux ni ouvriers, ni domestiques. Le mari est sorti de bonne heure et n’est rentré que dans la nuit. D'après ses propres déclarations, la femme est restée seule avec ses enfants jusqu’à huit heures et demie du soir, heure où elle les a couchés, et elle déclare qu’elle ne les a pas perdus de vue. Ce n’est donc point par mégarde que le jeune Théodore aurait bu de l'acide dans l'atelier de son père. La femme Poindron affirme, et cela paraît prouvé, qu'il y a deux ans, cet enfant aurait trempé son pain dans cette substance , l'aurait mis dans sa bouche; et aurait failli être empoisonné ; tous ses efforts pour donner quelque valeur à cette insinuation échouent devant les termes suivants du rapport des médecins : «L’action corrosive du liquide et la quantité contenue dans l'estomac, nous font penser que si, par mégarde, l'enfant avait voulu 1 1 boire, il se serait arrêté et n’en aurait pas avalé une gorgée.» Il est certain d’ailleurs, en présence des faits révélés par l’autopsie, que ce poison a dû étre introduit dans la bouche de l'enfant, avec précaution et à l’aide d’un facon à long col; en effet, les dents et le palais avaient presque conservé leunétat ordinaire , tandis que le pharynx et l'œsophage étaient d’un rouge très-prononcé,.
Le liquide dont la présence a été constatée dans l'estomac se trouve en grande quantité dans l'atelier du sieur Poindron ; la femme a pu facilement s’en procurer, et, profitant du sommeil de ses deux enfants, monter dans la mansarde et commettre son crime. La présence du frère de la viclime ne pouvait être un obstacle sérieux à son exécution , et puisque, d'après l'avis des médecins, l'enfant a pu ne pas crier, et qu’à raison de
296 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. k l'énorme quantité de poison introduite dans son estomac, il n’a pu que débattre , vomir et mourir.
Il avait été constaté que ni la chemise de l'enfant, ni les draps dé son lit n'étaient chiffonnés; or, il est impossible qu’un er meure empoisonné par l'acide chlorhydrique, sans se débattre et s ’agiter; évidemment il a dû vomir, et si, comme le prétend laccusée, le linge de l'enfant aété changé le 30 juillet au soir, le linge trouvé le lendéais sur l’eufant devait être sali et tout chiffonné par suite des accidents qui ont accompagné. mort. La Justice acquit bientôt la certitude que la femme Poindron avait fait un mensonge qui devenait contre elle une charge accablante; le linge n’avait.été changé qu'après le crime , et pour en dissimuler les traces: Une chemise et une courte-pointe, salies toutes deux par des déjections, furent saisies, et l'analyse démontra, dans ces déjections, la présence du même acide chlorhydrique trouvé dans l'estomac.
Si l'enfant était resté dans son lit, comment d’ailleurs expliquer ces taches de sang qui inondaient le lacher et couvraient la chaise ? Tout démontre que la femme Poindron a dû transporter sa victime sur cette chaise, après les vomissements, et ne l’a replacée dans son lit qu'après avoir ee je linge.
Il reste à rechercher les motifs qui ont pu déterminer cette ei commettre un crime aussi odieux: c'était une belle-mère, et elle était'enceinte ; les deux époux vivaient dans la gêne, et les charges alsient en | ter puisque la femme Poindron allait devenir mère.
Elle ne maltraitait pas les enfants de son mari, mais elle les négligeait, et parfois il lui arrivait de quitter son domicile, sans leur donner les aliments nécessaires, les obligeant ainsi de recourir à la pitié des voisins. Le jeune Théodore était maladif et vomissait souvent. M. Allart, appelé à lui donner ses soins, l'avait traité comme atteint d’une angine couenneuse. Interrogé, depuis la mort, sur la cause de ces vomissements fréquents, il déclare qu'ils peuvent être attribués à l'introduction, dans l'estomac, d’une substance corrosive. Il serait donc permis de penser que le crime, consommé dansMli nuit du 30 au 31 juillet, a été la réalisation d’un projet déjà tenté para femme Poindron (acte d’aceusation). À
Après l’interrogatoire subi par la prévenue, et l'audition des témoins, M. Pihan-Delaforest, substitut, soutient l'accusation. M° Gervais présent la défense. La Fine honda est condamnée aux travaux forcés à PE pétuité et à l’exposition.
M. Pihan-Delaforest a eu l’obligeance de m'écrire , le 21 décembre dernier , que la femme Poindron a avoué son crime ‘depuis sa condamnation.
Voici maintenant les trois rapports des experts, commis par la justice,
soit pour procéder à la nécropsie , soit pour analyser les diverses matières suspectes.
Premier rapport. Le 1% août 1847, nous Alexandre-Albert-Joséph Fleurquin, docteur en médecine, domicilié à Soissons, avons été requis, par
DE L’ACIDE CHLORHYŸDRIQUE. 227
M. le procureur du roi, de nous transporter, le lendemain 2 août, dans la commune de Ghavignon, pour visiter le cadavre du jeune Théodore Poindron. Le 2 août, à sept heures et demie du matin, nous étions à Chavignon. M. Boujot, juge suppléant près le tribunal civil de Soissons, commis spécialement pour remplir les fonctions de juge d'instruction de l’arrondissement, par empêchement de M. Gondallier de Tugny, juge délégué, pour remplir les fonctions temporairement, nous a adjoint M. Allart, officier de santé; demeurant à Ghavignon, et nous à commis lun et l’autre pour procéder immédiatement à l’autopsie du cadavre du nommé Théodore Poindron, âgé de trois ans et demi, décédé dans la nuit du 30 au 31 juillet dernier , et de lui dire, après avoir examiné attentivement toutes les parties intérieures et extérieures du corps, si la mort du jeune Poindron doit être attribuée à un crime, et, dans le cas de l’affirmative, nous a requis d'extraire du cadavre dudit enfant toutes les parties dans lesquelles pourraient se trouver des substances corrosives ou autres, ayant pu déterminer la mort. |
La chambre dans laquelle était le corps du jeune Poindron était trop petite et trop mal aérée pour que nous ayons pu y procéder à notre opération. Le cadavre a été transporté dans la cour de la mairie, où, après avoir prêté le serment de remplir en honneur et conscience la mission à nous confiée, nous avons immédiatement commencé notre expertise.
Etat extérieur. Le cadavre est étendu sur une table et sur le dos ; c’est celui d’un enfant paraissant à peine âgé de trois ans et demi, d’une constitution débile, ayant les parties musculaires peu développées. La putréfaction est déjà assez avancée, surtout à la poitrine et à la tête. Le cuir chevelu et la face sont livides; les globes oculaires font saillie hors des orbites; les fosses nasales contiennent un peu de mousse blanche, légèrement rosée ; le bord des lèvres est brun noirâtre et desséché: les mâchoires sont serrées on peut à peine apercevoir l'extrémité de la langue. L’épiderme se détache facilement au col et à la partie supérieure de la poitrine ; le ventre est distendu, ballonné; il résonne comme un tambour. Nous ne trouvâmes à la surface du corps aucune trace de violence extérieure ; nous n’y remarquèmes pas de taches déterminées par un acide.
Autopsie. La bouche étant très-largement ouverte, à l’aide de deux incisions prolongeant les commissures des lèvres, nous observons que la partie antérieure de la face supérieure de la langue est brune, desséchée, et comme corrodée dans l'épaisseur d’un millimètre environ ; la base est rouge ; les dents et le voile du palais sont peu altérés; le pharynx et l’œsophage sont d’un rouge très-prononcé, sans excoriations; l'estomac renferme en- | Yiron 60 grammes d’un liquide noir, épais comme de la bouillie, et trèsfétide. Ge viscère est rouge près de l'ouverture cardiaque, la membrane muqueuse est comme boursouflée, elle se détache avec facilité quand on ja gratte. Dans certains endroits, les membranes muqueuse et musculeuse sont détruites; vers le grand cul-de-sac, à trois travers de doigt environ du pylore; ileexiste trois petites perforations dont les bords sont très-minces et arrondis, Cest cette portion la plus déclive de l'estomac qui est la plus at
térée. La membrane muqueuse du duodénum est un peu épaissie et rougeâtre, le jéjunum et l’iléum conservent peu de traces d’inflammation: cette dernière portion et le gros intestin contiennent des matières fécales n’offrant rien de particulier. Le larynx et la trachée-artère sont à l'état normal ; les poumons sont gorgés de sang dans la partie la plus déclivesils contiennent aussi quelques gaz développés par la putréfaction. Le cœurest petit et ramolli, il ne renferme pas de sang. Le foie et les autres organes de l'abdomen sont sains; la vessie ne contient pas d'urine. Il y a dans l’abd6men un épanchement notable d’un liquide brun et légèrement sanguinolent, Le cerveau est fortement ramolli, il présente aspect d’une bouillie trèsépaisse , il n'offre rien d’anormal ; il en est de même du cervelet. Ê Après avoir terminé cet examen cadavérique, nous avons mis dans un bocal l'estomac et les matières qu’il contenait; nous l’avons bouché, cacheté et remis à M. le juge d'instruction, qui a signé la bande avec nous. À Des faits ci-dessus relatés nous concluons :
1° Que la mort du jeune Poindron est due à l’ingestion d’une substance corrosive, que nous ne pouvons déterminer sans en avoir fait l'analyse chimique ; | 2° Qu'il ne nous est pas possible de nous prononcer sur la question'de savoir, si le liquide à été introduit violemment dans la bouche, ou si l'en fant l'a pris bénévolement ; cependant l’action corrosive du liquide et quantité contenue dans l’estomac nous font penser que si par mégarde l'en fant avait voulu en boire, il se serait arrêté et n’en aurait pas avalé une gorgée. | | Fait à Soissons, le 15 août 1847. | Signé: FieurQuiN et ALzarT. M
Deuxième rapport. Nous soussignés, docteurs en médecine et pharmacien, domiciliés à Soissons, commis par M. le juge d'instruction, Je 4 août 1847, à l'effet de rechercher par l'analyse chimique si la mort du jeune Poindron, enfant de trois ans et demi, décédé à Chavignon, dans td nuit du 30 au 31 juillet dernier, n’aurait pas été la conséquence d’un em poisonnement, avons Jedit jour prêté serment entre les mains de ce magis= trat, qui nous à fait remettre , dûment enveloppés avec cachet et étiquettes, les objets suivants : |
1° Une calotte d'enfant et une chemise portant de nombreuses taches de déjections ; plus une courte-pointe à laquelle nous n’avons point trouvé de traces significatives. "3
2° Un estomac renfermé dans un bocal et baignant dans un liquide féÿ iide, visqueux et noirâtre; le tout provenant de l’autopsie faite à Chawi* guon par M. Fleurquin, l’un de nous. À , Nous avons attentivement examiné d’abord la calotte en velours commun; elle présentait des traces rougeâtres, sans altération profonde de l’étoffe. Nous avons lavé un côté avec de l’eau distillée et nous avons filtré le produit. D'autre part, nous avons divisé la chemise en deux. portions dont nous avons lavé une seule; nous ayons filtré également. Les liquides
provenant de ces deux lavages rougissaient le papier de tournesol et étaient manifestement acides.
Ensuite nous avons extrait l'estomac du vase qui le contenait; nous l'avons déplié avec précaution, et nous avons observé, à la surface interne, les désordres suivants: 1° rougeur très-foncée dans la portion supérieure . du viscère, quelques érosions assez étendues, mais n’intéressant que la membrane muqueuse ; 2° dans la portion inférieure, notamment au voisinage du pylore, signes d’une profonde désorganisation des tissus. Tout velouté avait disparu ; en plusieurs points, les deux membranes internes complétement détruites; et à trois travers de doigts de la valvule pylorique, au point le plus déclive de la grande courbure, trois perforations rondes, de 8 millimètres environ. En ce point, la membrane séreuse, qui persistait seule, était tellement amincie, que les interstices de ces perforations ont fini par se déchirer , et il en résulte un seul trou irrégulier. La surface de Pestomac était couverte d’une sorte de bouillie noirâtre, charbonnée, facile à enlever par le grattage, et sous laquelle nous avons trouvé de larges eschares. Cette matière, ainsi que le liquide visqueux, dans lequel baignait Pestomac , rougissaient fortement le papier de tournesol. ù
En présence de ces désordres, nous avons tout d’abord pensé qu'ils étaient dus à l’action d’un acide concentré, et nos premières recherches eurent pour objet de découvrir si nous avions affaire à l’acide sulfurique. Nous expérimentâmes sur des fractions des trois liquides ; nous soumîmes l’eau de macération de l’estomac, étendue d’eau distillée, à une ébullition préalable pour coaguler les matières albumineuses dont la présence pouvait gêner notre analyse ; puis nous filtrâmes après refroidissement. Le produit filtré fut ensuite traité par l’éther, suivant le procédé usité en médecine légale. Nous indiquons sommairement notre opération, parce qu’elle nous donna un résultat négatif. Le chlorure de baryum ne détermina, dans aucun de ces liquides, le précipité qui indique la présence de l’acide sulfurique.
Comme les tissus altérés ne présentaient en aucun point la coloration jaune due à l’action de l’acide nitrique, nous dûmes cette fois porter notre attention sur l’acide hydrochlorique (esprit de sel du commerce). Nous expérimentämes encore sur des fractions des trois liquides précités: 1° eau de lavage de la calotte ; 2° eau de lavage de la chemise; 3° liquide et matières provenant de l’estomac.
Nous traitèmes par le nitrate d'argent les deux eaux de lavage , et nous obtinmes immédiatement en abondance un précipité blanc caillebotté, insoluble dans l’eau distillée et dans l’acide nitrique même à chaud , soluble dans l’ammoniaque ; ce précipité offre tous les caractères du chlorure d’argent de la manière la plus évidente ; son abondance exclut l’idée que la formation de ce sel soit due à la faible quantité d’acide hydrochlorique contenue dans les sucs naturels de l’estomac. La corrosion de ce viscère suffit du reste pour établir qu'il y a eu ingestion d’une certaine quantité d’acide concentré.
D'autre part, nous étendimes d’eau distillée le liquide et le détritus charbonné provenant de l'estomac. Nous ajoutämes environ parties égales d’al-
cool bien pur, pour coaguler à froid les matières albumineuses. Nous’fil= trâmes, puis nous soumîmes le produit clarifié à une distillation prolongée au bain-marie. La portion alcoolique recueillie, traitée par le nitraté d'argent, devint un peu louche, mais sans précipité sensible. Le liquide resté dans la cornue présenta au contraire d’abord des signes très-marqués de rédetion acide , puis donna par le nitrate d’argent le même précipité bien carattérisé de chlorure d'argent. , Des faits ci-dessus énoncés, nous concluous : 1° Les traces de corrosion profonde que présente la surface interne de l'estomac du jeune Poindron, indiquent l’action d’un acide concentré sur ces tissus ; g 2° L’acide dont l'analyse chimique nous a démontré la présence, est l'as cide hydrochlorique. "à Du reste, nous remettons à M. le juge d'instruction, en même temps que ce rapport : | i:
1° Les effets dont nous n'avons lavé que des portions ; | 2° L’estomac tout entier en macération dans de l'alcool pur, pour s'opposer à la décomposition putride ; be.
83° Une petite bouteille contenant de l'eau de lavage de la calotte; 4° Dans une autre bouteille, une certaine quantité de l’eau dans H° quelle l’estomae baïgnaït primitivement et de la bouillie noirâtre recueillié à la surface de ce viscère avant qu’il ait été mis en contact ayec l'alcool. p Fait à Soissons , le 14 août 1847. 4 Troisième rapport. Nous soussignés docteur-médecin et pharmaciens domiciliés à Soissons, commis par M. le juge d'instruction à l'effet de dé terminer par l'analyse chimique : u h :
1° La nature de l'acide contenu dans une bouteille en verre blanc ca chetée qui nous a été présentée ; | .
3° De dire si cet acide est capable de donner la mort: 3° Gomme aussi s’il est bien identique avec celui trouvé (dans une ex® pertise antérieure) dans l'estomac du jeune Poindron, et les liquides pros venant dudit estomac. 400 Avons , après avoir prêté serment, reçu de M. le juge d'instruction une bouteille ci-dessus énoncée , et avons examiné le liquide qu’elle contenait ainsi qu'il suit : b Le flacon a été débouché; il contenait un liquide d’une couleur jaune verdâtre , assez fluide, d’une odeur forte et pénétrante ; caractères phy= siques qui nous ont prouvé que nous avions affaire à l'acide chlorhydrique du commerce (esprit de sel). | n..
Nous aurions pu nous en tenir à ces caractères, mais nous avons préféré y joindre les caractères chimiques :
Une partie du liquide mise en contact avec une dissolution de nitrate d'argent, nous a donné immédiatement un précipité abondant, blanc, lourd, caillebotté, insoluble dans l’eau, insoluble dans l'acide azotique froid ou bouillant , et soluble dans Pammoniaque. |
De ces expériences , nousitirons les conclusions suivantes :
1° Le liquide contenu dans le flacon est bien de l'acide chlorhydrique du commerce (esprit de sel) ;
2 Ge liquide ingéré dans l’économie peut occasionner la mort;
3° ILest parfaitement identique avec celui dont nous avons découvert la présence dans l'estomac et les liquides provenant dudit estomac.
Fait à Soissons, le 12 septembre 1847.
Signé : Vaun, Carrey et FLEURQUIN.
Réflexions sur les rapports de MM. Vaudin, Caffey et Fleurquin.
Rapport n° 2, du 14 août 1847. — Il suffit de jeter les yeux sur ce rapport pour être convaincu que les experts qui l'ont rédigé étaient bien autrement au courant des travaux récemment publiés sur l’empoisonnement par l'acide chlorhydrique, que les médecins et les chimistes de Charleroy. Je ne ferai à ce travail qu’un seul reproche : comment se fait-il qu'après avoir coagulé par l'alcool une certaine quantité de matière organique, on n'ait pas poussé la distillation du liquide alcoolique filtré jusqu’à. la dessication ? On eût certainement obtenu dans le récipient un liquide qui aurait fourni un précipité abondant de chlorure d'argent par l’azotate de ce métal, tandis qu’en agissant comme l’ont fait les experts, le liquide recueilli louchissait à peine, sans précipiter sensiblèment par cet azotate ; en procédant ainsi, les résultats eussent été beaucoup plus concluants qu’ils ne l'ont été par la méthode qui a été suivie. Que pouvait-on inférer, en effet, de ce que leliquide alcoolique restant dans la cornue était fortement acide et précipitait abondamment par lazotate d’argent; n'est-il pas évident qu’un liquide, qui ne contiendrait pas d’acide chlorhydrique libre, mais qui renfermerait un acide autre que celui-ci, et un chlorure quelconque soluble se comporterait de même, avec lazotate d'argent, que celui qui faisait Pobjet de l'expertise? Je me suis assez étendu sur ce point, en parlant du procès de Denisty, pour me croire dispensé d’y revenir.
Rapport n° 3, du 12 septembre 1847. — Je me bornerai à relever uneseule phrase de ce rapport : «Nous aurions pu, disent les experts, nous en tenir, pour reconnaître l'acide chlorhydrique, aux caractères physiques tirés de la couleur, de la consistance , et de l'odeur de cet acide; mais nous avons préféré y joindre les caractères chimiques. » Je comprends que, pour des hommes habitués à manier des acides, il suffise de quelques caractères physiques pour reconnaître certains corps, lorsqu'aucun intérêt majeur nestengagé; mais en justice, quand il s’agit d'apporter au jury et aux magistrats un élément qui peut influer sur lPhonneur et mêmé sur la vie d’un accusé, on ne saurait s’entourer de trop de lumières; il faut surtout qu'aueun doute ne puisse s'élever sur la nature de la substance que l'on soupçonne avoir occasionné l’empoisonnement. |
L’eau régale est composée de gaz chloro-azotique, de chlore, d’eau d'acide azotique et d’acide chlorhydrique ; elle est le résultat d'un mélange de ces deux derniers acides. On la reconnaïtra aux propriétés physiques et chimiques suivantes. Elle est liquide, jaune rougeätre ou rouge, d’une odeur désagréable et d’une saveur excessivement causlique ; elle rougit fortement l’eau de tournesol. Elle agit sur l’azotale d'argent dissous comme l'acide chlorhydrique. Le cuivre , le zinc étle fer, se comportent avec elle comme avec l'acide azotique ; le gaz bioxyde d'azote, provenant de la décomposition de l'acide azotique, reste d’abord dissous dans la liqueur, et lui communique une. couleur verdâtre ; bientôt après la température s'élève, le gaz se dégage avec effervescence, el répand des vapeurs d’un jaune orangé. L'eau régale dissout avec rapidité l'or divisé. ;
L'action de l’eau régale sur l’économie animale est analogue à celle des acides azotique et chlorhydrique. |
DE L’'ACEDE PHOSPHORIQUE.
Action sur l’économie animale.
ExPÉRIENCE Le, — Lorsqu'on injecte dans les veines quelques centigrammes d'acide phosphorique dissous dans une très-petite quantité d’eau , le sang est coagulé, et l’animal meurt au bout d’une ou deux minutes : si l'acide est affaibli, il n’éprouve aucune incommodité. Introduit dans l’es= tomac, l'acide phosphorique détruit la vie au bout d’un temps variable, suivant sa concentration et la dose à laquelle on l’emploie. |
EXPÉRIENCE IL. — On à fait avaler à un petit chien âgé de deux ans 1 gramme 60 centigrammes d’acide phosphorique dissous dans 2 grammes d’eau : au bout de deux minutes, l'animal à vomi une petite quantité de matières filantes et roussâtres ; ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans les cinquante premières minutes qui ont suivi l’ingestion du poi son, Deux heures après, il à paru éprouver des douleurs à la gorge, et il a fait beaucoup d'efforts infructueux pPour-vomir. Le lendemain matin , il était abattu, triste, et se tenait couché sur le ventre. On l’a mis sur ses pattes pour le faire marcher ; mais il éprouvait des vertiges tels, qu’il Jui était impossible de faire deux pas sans tomber. Il est mort à midi { vingttrois heures après l’empoisonnement ). La membrane muqueuse de l’estomac était d'un rouge foncé, principalement dans la portion qui avoisine le pylore; l’intérieur du duodénum offrait Ja même altération. Les poumons étaient sains.
ExPÉRIENCE III. — 1 gramme 35 centigrammes de cet acide furent donnés à un lapin adulte, Pendant une heure , l'animal parut un peu agité, et re-
DE L'ACIDE PHOSPHORIQUE. 233 usa de manger ; mais peu de temps après, il se rétablit complétement. Au bout de vingt-quatre heures , on lui administra 4 grammes de la même subtance dissoute dans un peu d’eau ; presque aussitôt la respiration devint difficile, et, au bout de quinze à trente minutes, l’animal parut agité et dans un état d’anxiété , et cependant il semblait redouter de se remuer. Dix ou douze heures après, il y eut un vomissement d’un liquide sanguinolent, et l'animal mourut avec de faibles mouvements convulsifs. La membrane muqueuse de l'estomac était d’un rouge brun, du côté du cardia seulement; cet organe ne contenait qu’une très-petite quantité d’acide phosphorique ; cependant les matières qu’il renfermait avaient une action acide très-prononcée, qui dépendait de la présence de l’acide chlorhydrique. Les organes de l’abdomen étaient sains, et ne contenaient aucune trace du poison. Les poumons et le cœur étaient gorgés de sang ; le cerveau Ctait sain, ainsi que les reins , qui ne donnaient aucun signe d’acidité. Nulle part on né put découvrir l’odeur du phosphore. L’urine était fortement imprégnée d'acide phosphorique, comme on s’en assura à l’aide de Pammoniaque et du sulfate de magnésie. L’utérus était très-rouge, et dans le vagin on rouva un liquide sanguinolent. (Horn's Archiv für medizinische Erfahrung, septembre et octobre 1830.)
L’analogie qui existe entre le mode d’action de l’acide phosphorique et de ceux dont j'ai fait l’histoire doit me dispenser de donner à cet article une plus grande étendue.
Symptômes, lésions de tissu et traitement.
Voyez page 117.
Recherches médico-légales,
Acide phosphorique concentré. Il est solide, inodore, incolore, et d’une saveur aigre ; le plus ordinairement il existe dans les laboratoires sous forme d’un liquide épais, presque visqueux, rougissant for-. tement le tournesol. Chauffé. il fond et donne un verre blanc et transparent. Si, après avoir élé pulvérisé avec trois parties de charbon dans un mortier de porcelaine, on le chauffe fortement dans un creuset, il se décompose bientôt et fournit du phosphore, qui ne tarde pas à s’enflanmer. L'eau et l'alcool le dissolvent facilement. La dissolution aqueuse, versée dans les eaux de baryte , de strontiane et de chaux, y occasionne des précipités blancs, facilement solubles dans un excès d'acide phosphorique ou dans l’acide azotique pur : ce dernier carac- (ère ne permet point de confondre l'acide phosphorique avec l'acide sulfurique , qui fournit, avec l’eau de baryte, un précipité insoluble dans l'acide azotique. Elle ne trouble point la dissolution d'azotate d’argent, à moins qu'on ne la sature par de la potasse, de la soude ou de
l'ammoniaque; alors il se dépose du phosphate d'argent jaune si la dis solution a été faite avec de l'acide non vitrifié, et du pyro-phosphate d'ar. gent blanc si l'acide avait été récemment vitrifié avant d’être dissous,
Dissolution affaiblie d'acide phosphorique. Elle agit sur le tournesol. sur les eaux de chaux et de baryte, et sur l’azotate d'argent, comme le dissolution concentrée; mais pour en obtenir du phosphore à l’aide du charbon, il faut préalablement l’évaporer jusqu’à siccité. is
Mélange d’acide phosphorique et de la matière des vomissements » Où de celle qui se trouve dans le canal digestif. Acide phosphorique applique sur la surface interne des membranes de l'estomac et des intestins. L’éah sucrée et le vin n’éprouvent aucun trouble de la part de cet acide. La dissolution de gélatine devient plus transparente par son mélange avec lui ; il ne précipite pas l’albumine ; il sépare de la bile de l’homme une matière jaune, qui passe au vert par une plus grande quantité d'acide.
Expérience [°°, — J'ai évaporé jusqu’à siccité un mélange de 10 centi: grammes d'acide phosphorique solide et de 200 grammes de bouillon, de lai et de café. Le produit refroidi a été agité pendant dix minutes avec de l'af cool concentré marquant 44 degrés, et la dissolution a été filtrée. Le liquide, jaunâtre et transparent, rougissait fortement le tournesol , précipitait en blanc l’eau de chaux, et fournissait avec l’'azotate d'argent et potasse un précipité jaune de phosphate d'argent. Évaporé jusqu’à siccité, mêlé avec trois fois son poids de charbon , et calciné dans un petit creusé de Hesse, dont le couvercle, percé d’un trou à sa partie moyenne, était luté avec le creuset au moyen de l'argile, il a fourni , au bout de dix minutes d’une chaleur rouge, du phosphore , qui brülait au-dessus de l'ouverture pratiquée au milieu du couvercle , avec une flamme blanche » €t répandait une odeur d’ail et une fumée d'acide phosphorique.
Expérience Îl. — J'ai recueilli les matières contenues dans l'estomac d’un chien, que j'avais pendu, trente heures après l'avoir empoisonné avec uR mélange de 4 grammes d'acide phosphorique vitriñié, dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait, de bouillon et de café. J'ai fait tremper l'estomac pendant deux heures dans de l’eau distillée froide, et, après avoir réuni l’eau de lavage aux autres matières, j'ai évaporé le tout, jusqu’à sic= cité, dans une capsule de porcelaine ; le produit a été agité pendant dix mi nutes avec de l'alcool froid, marquant 44 degrés: la liqueur filtrée, parfai= tement transparente et d’un jaune foncé , rougissait le papier bleu de tour nesol , précipitait du phosphate d'argent jaune par l’azotate d’argent et la potasse, et donnait un précipité blanc avec de l'eau de chaux. Mélangée avec du charbon et évaporée jusqu’à siccité, elle a laissé un résidu que j'ai chauffé jusqu’au rouge dans un petit creuset, semblable à celui dont je m'étais servi dans l’expérience précédente, et qui, au bout de quelques minutes, a donné du phosphore brûlant avec une flamme d’un blanc jaunâtre.
Procédé, On agira sur les matières suspecles comme il vient d’être
= DE L'ACIDE OXALIQUE. 235 it, et si l'on ne découvre pas l'acide phosphorique, on fera bouillir le anal digestif avée de l'eau distillée, pendant une heure environ, dans ne/capsule de porcelaine ; le solutum, filtré et évaporé jusqu’à siccité, era traité par l'alcool concentré à 44 degrés (voyez expérience 2). Si » malade avait pris de la magnésie ou tout autre contre-poison alcalin, n pourrait ne pas {rouver de l'acide phosphorique libre, mais bien du hosphate de magnésie, du phosphate de chaux, etc., sels qu’il faudrait hercher à reconnaître par les caractères qui leur sont propres.
DE L'ACIDE HYPOPHOSPHORIQUE. |
L’acide hypophosphorique est liquide, incolore, visqueux, et doué fune forte saveur ; il rougit l’eau de tournesol. Lorsqu'on le chauffe ans une petite fiole , il s’enflamme, répand une odeur alliacée , et se rausforme en acide phosphorique. Versé dans de l’azotate d'argent disous, il y occasionne un précipité blanc qui passe par diverses nuances { finit par noircir.
L'acide hypophosphorique détermine des symptômes et des altéra= ions de tissu semblables à ceux que produit l'acide phosphorique, seuement il agit avec moins d'énergie.
Action sur l’économie animale. — Symptômes de lempoisonnment par l'acide oxalique concentré.
Onservarion Le, — Une fille de vingt-deux ans, d’une bonne santé hajituelle, avala, dans un accès de jalousie, une forte dose d’acide oxalique. Le lendémain matin , elle fut trouvée morte dans sa chambre. La surface nterne de l'estomac était généralement blanche; mais ses membranes étaient si ramollies qu’on pouvait à peine les manier sans les déchirer. Vers le côté gauche du viscère, les tissus avaient une consistance pulpeuse ; on voyait plusieurs perforations. Le liquide renfermé dans l’estomac pesait 180 grammes; il était noir, fortement acide et contenait 12 grammes d'acide oxalique.
Le D' Leterby, qui a publié cette observation, s’exprime ainsi: «On avait douté de l’action corrosive de l'acide oxalique sur l'estomac; M. Ghristison ne mentionne, je crois, qu’un seul cas dans lequel ce viscère ait été perforé, et M. Taylor affirme que, dans ses expériences sur les animaux ainsi que dans les autopsies qu’il a pratiquées chez l’homme, il n’a jamais vuse produire la perforation de l’estomac. L'observation précédente montre que la perforation peut avoir lieu.»
Resterait à savoir maintenant si le ramollissement et la destruction des membranes gastriques ne se seraient pas produits, en grande partie du moins,
après la mort, par suite de cette dissolution chimique si bien décrite pai M. Carswell (Gazette des hôpitaux , année 1845, p. 267).
Osservarion Il, par M. Lemple d'Islington. — Une bonne, âgée d vingt-trois ans, se procura, dans un moment de désespoir amoureux 15 grammes d'acide oxalique dont elle prit la moitié le 2 avril à @n heures du matin; elle rejeta l’autre moitié avec le papier dans lequel elle étai renfermée.
Immédiatement après l'ingestion de ce poison , elle fut prise d’accident: tellement intenses, que sa maîtresse crut devoir faire appeler sans retare M. Lemple. Ce praticien, arrivé à six heures et demie, trouva la made dans l'état suivant : des vomissements de bile mêlée de-caillots de sang avaient déjà eu lieu; la face était inanimée et abattue, les yeux fermés, le pouls petit et fréquent; la malade n’accusait pas de grandes douleurs. …
M. Lemple envoya chercher aussitôt une solution gélatineuse et du carbonate de magnésie ; en attendant ces médicaments , il fit prendre une pâte liquide formée d’eau et de craie; il mélangea ensuite l’eau gélatineusé"e: le carbonate de magnésie, puis il l’administra dans les moments surtout Où la malade éprouvait des douleurs brülantes dans Ja bouche et le gosier Elle vomit de suite une grande quantité de sang, presque noir, et méléà un peu de bile. On réitéra le médicament; les vomissements cessèrent "el l'amélioration commença à se manifester.
Le soir, sur les sept heures et demie, la malade paraissait un peu somnolente, et se plaignait de ressentir à l’épigastre de fortes douleurs pongitives , qui reparaissaient par paroxysmes, et qui la forcaient à pousser de grands cris. La douleur était augmentée par la pression; la langue était nette et humide; le pouls, modérément plein, n'avait que trente-deux pulsations par minute; la soif était ardente; il n’y avait plus de vomissements, et il n’y avait pas eu d'évacuation alvine de toute la journée: la respiration s’exécutait librement.
M. Lemple prescrivit une application de douze sangsues à la région épigastrique; à l'intérieur il conseilla l’usage des préparations suivantes:
Pr. Galomélas préparé à la vapeur. 25 centigr.
| Opium...........,,.,... 25 milligr.