‹ Traité de toxicologieChapitre 37 sur 103 · FE · texte numérisé non relu

FE

À prendre de suite dans une cuillerée d’eau sucrée.

Pr. Sulfate de magnésie. ....,., 24 grammes.

Infusion de séné.....,..... 180 Sirop de gingembre........ 15 |

À prendre toutes les quatre heures, deux cuillerées à bouche.

Le soir même, la malade fut transportée chez son père, qui residait à 5 kilomètres environ de distance, et le 12 avril on apprit que la santé de la malade était entièrement rétablie. | |

À cette occasion, l’auteur fait observer que l’antidote de l'acide oxa-

lique , recommandé par les anciens médecins, savoir : l’ingestion de beaucoup de lait, d’eau , etc. est nuisible, parce que l’acide oxalique délayé est absorbé plus aisément. (The Lancet.)

MM. Christison et Coindet établissent, dans un mémoire intéressant , que, lorsque l'acide oxalique est administré de manière à ne faire périr les chiens qu’au bout d’une heure, on observe les symptômes suivants : 2fforts violents de vomissement , légère roïdeur permanente des pattes postérieures , tête pendante , aspect triste et abattu , pouls faible et fréquent ; à peu près en même temps, l'animal éprouve des paroxysmes l’une gêne dans la respiration, qui paraît dépendre d’une contraction les muscles respiratoires et qui survient avant que la dilatation de la poitrine soit complète ; la roideur des membres postérieurs augmente ; ils"deviennent insensibles et quelquefois paralysés. De temps en temps animal rejette sa tèle en arrière, sa démarche semble roide, il ne baraît pas être maître de ses mouvements. À mesure que l’action du Joison devient plus intense, le spasme des muscles respiratoires augmente tellement, qu’à la fin de chaque paroxysme, la respiration est suspendue pendant un certain temps : ordinairement alors la tête, la jueue et les extrémités, sont plus ou moins renversés en arrière , jusju’à simuler quelquefois une attaque violente d’opisthotonos. Pendant es intervalles des paroxysmes , la respiration est fréquente, et les con- (ractions du cœur sont faibles et accélérées : dans un seul cas seulement, Iles étaient tellement fortes , qu’elles se faisaient entendre assez loin de (animal. L’insensibilité, jusqu'alors bornée au train de derrière , s’élend au tronc, aux pattes antérieures, et finit par gagner la tête. À mésure qu’elle s’avance, la respiration devient moins fréquente, les hecès spasmodiques sont moins marqués, et finissent par cesser entière- Iment. Pendant un certain temps, on peut les faire reparaître en frappant l'animal sur le dos ou les pattes; mais enfin il {tombe dans un état de lroma profond , accompagné d’un relâchement complet de tous les muscles du corps. Les mouvements du cœur sont alors à peine sensibles ; la respiration est lente, régulière el courte , et s’affaiblit de plus en plus, usqu'à ce que la vie de l’animal s’éteigne presque insensiblement. La dose du poison apporte quelques modifications dans les symptômes : si on Paugmente , les effets se rapprochent beaucoup de ceux que produisent la strychnine et la brucine ; ils en différent par l’action que l’acide oxalique exerce sur le cœur. Lorsque, au contraire, la dose est moins forte, l'animal éprouve de la roideur dans les pattes postérieures, une espèce de somnolence , mais ni insensibilité ni même paroxysmes 5spasmodiques , et ordinairement il se rétablit plus ou moins promptement, Les différents degrés de concentration de cet acide produisent des

modifications semblables dans les symptômes : plus il est étendu , plu il agit avec force. |

Le premier symptôme qui se manifeste chez l’homme est toujours ün douleur brûlante dans l'estomac, et quelquefois aussi dans la gorge (1) elle se déclare immédiatement après l’ingestion du poison, et elles en général suivie de vomissements violents qui se continuent jusqu'au approches de la mort : quelquefois cependant ces vomissements ont'ét faibles , et n’ont même pas eu lieu; les matières vomies sont en généra d’une couleur foncée, et même sanguinolentes. Les signes de l’affaiblis sement de la circulation sont toujours très-marqués; le pouls devien imperceptible et peut rester plusieurs heures dans cet état. Cette fai. blesse extrême du pouls est accompagnée d’un froid glacial, de sue gluante, el quelquefois de la lividité des ongles et des doigts. Presqu tous les malades présentent des sympiômes d’une affection du systèmi nerveux : les uns se plaignent d’engourdissement et d’un sentiment“ fourmillement des extrémités , longtemps après la disparition des sy: ptômes violents ; d’autres deviennent insensibles quelque temps avan la mort; il en est enfin qui offrent des convulsions. En général , dé malades périssent, en moins d’une heure, et quelquefois même ils n survivent que peu de minutes. |

Lésions de tissu produites par l’acide oxalique.

Si l’acide est concentré il corrode l'estomac et dissout la gélatine de ses membranes. Dans un empoisonnement de ce genre, l’estomac confenait environ 400 grammes d’un fluide foncé ; sa membrane muqueuse injeclée, rouge dans toute son étendue, offrait un épaississement considérable , avec des plaques ; la membrane musculeuse, contractée, était exactement partagée en deux portions, l’une cardiaque, l’autre pylorique; la tunique séreuse élait injectée aussi. L'iléum était fortement enflammé à quelques pouces du colon ; cet intestin était rétréci dans toute son étendue, mais sans aucune apparence d’inflammation. Il y avait un épanchement considérable d’un fluide limpide entre l’arach-

noïde et la pie-mère, qui formait entre ces deux membranes un écartement de près de 1 centimètre. La substance médullaire du cerveau était plus blanche qu’à l'ordinaire, et le plexus choroïde plus pâle qu’il ne, l’est opdinairement dans des congestions cérébrales (2). |

Si l'acide oxalique est étendu d’une grande quantité d’eau, il ne déterrm mn mme ae |

(1) Ce genre d’empoisonnement est devenu très -fréquent en Angleterre depuis quelques années , ce qui tient à ce que l’acide oxalique a été confondu ayec le sel, d’Epsom. | |

(2) Bibliothèque médicale, t. XLAV, p. 121, octobre 1814,

mine aucune altération remarquable du cerveau ni des viscères abdominaux ; mais Les poumons offrent des taches d’un rouge vif, sans aucune (race d'épanchement. Deux ou trois minutes après la mort, le cœur ne présente plus de pulsations et ne jouit plus de la faculté de se contracter; si l'animal a péri avant l’époque de l’insensibilité, le sang des cavités droites est noir, celui des cavités gauches est vermeil, Au contraire, le cœur continue de battre pendant quelques instants après que la respiration a cessé, si la mort a été précédée de l’état comateux. Alors le sang est d’une couleur noire dans les deux systèmes vasculaires,

Après avoir fait connaître les altérations de tissu produites le plus ordinairement par l'acide oxalique, MM. Christison et Coindet établissent : 1° que l’estomac est quelquefois parfaitement sain ; ou ne présente qu'une légère teinte rougeâtre ; 2° que l'érosion plus ou moins complète de l’épiderme de la membrane muqueuse de ce viscère, et l'état gélatineux et transparent du chorion et de ses autres tissus, sont des effets qui n’appartiennent qu’à l'acide oxalique; mais qu’il faudrait néanmoins, dans un cas médico-légal, retrouver cet acide en nature pour se prononcer sur son existence,

Ces diverses observations ont porté les auteurs du mémoire à conclure : 1° que l’acide oxalique très-concentré, introduit à haute dose dans l'estomac, irrile ou corrode cet organe, et détermine la mort par l’affection sympathique du système nerveux ; 2° que, lorsqu'il est étendu d’eau , il est absorbé et porte son influence sur les organes éloignés : il Wagit alors ni en irritant l'estomac ni sympathiquement : toutes choses égales d’ailleurs, son action est plus rapide Lorsqu'il est étendu d’eau que lorsqu'il est concentré; 3° qu’on ne peut le retrouver dans aucun des liquides de l’animal , quoiqu'il soit absorbé, probablement parce qu’il est décomposé en passant par les poumons, et que ses éléments se combinent avec le sang ; 4° qu’il agit directement comme sédatif. Les organes sur lesquels il porte son influence sont d’abord la moelle épinière et le cerveau , ensuite et secondairement les poumons et le cœur. Enfin, la cause immédiate de la mort est quelquefois une paralysie du cœur, d’autres fois une asphyxie, ou enfin ces deux affections réunies.

Traitement de lempoisonnement par Pacide oxalique.

- On agit comme il a été dit à l’occasion des acides (voyez p. 121). Recherches médico-légales.

Acide oxalique solide (C203,3H0). Il est sous forme de prismes incolores , transparents et quadrilatères, terminés par des sommets dièdres , où de petits cristaux aiguillés et lamelleux, ressemblant beaucoup à ceux du sulfate de magnésie, d’une saveur acide très-prononcée, ino-

dore, et rougissant fortement le tournesol. Chauffé à 100°, il perd 2 équivalents d’eau. À 180°, il se partage en deux parties : l’une, trèsabondante , se sublime à la partie supérieure du vase; Pautre se décompose et laisse à peine un résidu charbonneux. Projeté sur des charbons ardents , il fond aussitôt et répand une fumée blanche, acide, irritante, qui provoque la toux , sans laisser de résidu charbonneux. Gent parties d’eau froide dissolvent 11 parties >, de cet acide; l’eau bouillante en dissout à peu près son poids ; il est moins soluble dans l'alcool.

Dissolution aqueuse concentrée. Liquide incolore , transparent, rougissant énergiquement le papier bleu de tournesol, formant avecla potasse un oxalate soluble, s’il est neutre; quand on ajoute assez d’acide pour transformer ce sel en oxalate acide, il se dépose des petits cristaux d’oxalate acide moins soluble que l’oxalate neutre. L’acide oxalique précipite l’eau de chaux et tous les sels calcaires, sans en excepter le sulfate ; l’oxalate de chaux précipité, insoluble dans un grand excès d'acide oxalique, ne se dissout pas non plus dans l'acide acétique concentré; l'acide azotique au contraire le dissout à merveille ; desséché et calciné dans une cuiller de platine , il se charbonne et laisse de la chaux vive: Versé dans une dissolution d’azotate d'argent, il fournit de l’oxalate d'argent blanc, caillebotté , soluble dans l’acide azotique , et qui, étant desséché et chauffé dans un verre à montre ou sur une lamé métallique, brunit sur les bords, détone légèrement en répandant tout à coup une grande quantité de vapeur épaisse blanche , et laisse de l'argent métallique. Le tartrate d’argent-chauffé de même se charbonne, répand une légère fumée d’une odeur de caramel, devient incandescent , et laisse de l’argent sans détoner. L'acétate d'argent noircit et laisse aussivde l'argent métallique, sans détoner ni répandre sensiblement de vapeurs. On ne saurait non plus confondre l’oxalate d'argent avec les précipités que fournissent la noix de galle et l’acide formique versés dans l’azotate d'argent, car ces précipités de couleur noire ne sont autre chose que de l’argent métallique réduit. L’acide formique n’opère la réduction de l’azotate d'argent à froid qu’au bout d’un certain temps’

La dissolution concentrée d’acide oxalique laisse déposer une partie de l'acide quand on la mêle avec de l'alcool concentré marquant 44 degrés; il s’en dépose moins si l'alcool ne marque que 36 degrés ; dans l'un et l’autre cas, mais surtout dans le dernier, il reste encore beaucoup d'acide oxalique dans la dissolution filtrée.

Dissolution aqueuse étendue. Elle est incolore, transparente, et rougit le tournesol ; l’eau de chaux, les sels calcaires et l’azotate d'argent, agissent sur elle comme sur la dissolution concentrée ; ce dernier réacz tif peut déceler l'acide oxalique dans un solutum fait avec 1 centi= gramme d'acide et 3,200 parties d'eau; la chaux précipiterait même une

dissolution qui ne contiendrait qu’un quarante-millième de son poids d'acide. Quand on la chauffe avec du chlorure d’or jusqu’à l’ébullition, il y a formation d'acide chlorhydrique, dégagement d’acide carbonique el révivification de l'or ; on peut reconnaître par ce moyen la présence d’un dix-millième environ d'acide oxalique. L’alcoo!l le plus concentré ne trouble point la dissolution étendue d'acide oxalique. |

Acide oxalique mélé au vinaigre. On sature le vinaigre par de l’ammoniaque ; un sel soluble de chaux, versé dans la dissolution, donne de lPoxalate de chaux insoluble, facilement reconnaissable (voyez p. 240 ). On peut encore évaporer le vinaigre jusqu'aux 34, et verser dans la liqueur ainsi concentrée et filtrée une dissolution saturée de chlorure de potassium ; on obtiendra des cristaux de bioxalate de polasse si le vinaigre renferme de l'acide oxalique.

Acide oxalique mélé à des liquides végétaux et animaux, aux matières vomies ou à celles qui se trouvent dans le canal digestif. 11 n’exerce aueune action sur les fluides végétaux et animaux, si ce n’est sur la gélaline, qu’il dissout sans lui faire subir ni subir lui-même de changement dans sa composition.

Exrémexce l°, — J'ai laissé pendant six heures, dans une dissolution aqueuse d'acide oxalique froide, quelques lambeaux d’un estomac humain non putréfñé et parfaitement lavé. La liqueur filtrée a été partagée en deux parties : l’une d’elles, évaporée à une douce chaleur, m’a fourni des cristaux d'acide oxalique ; l’autre , traitée par le décoctum aqueux de tannin, a donné un précipité de matière organique. J'ai filtré, et j'ai également obtenu de l’acide cristallisé. |

ExPérence IL. — Après avoir dissous 50 centigrammes d’acide oxalique dans l’eau , je les ai mêlés avec 200 grammes de lait, de bouillon et de café ; puis j'ai partagé la liqueur en deux parties égales A et B. La portion À, évaporée à une douce chaleur, presque jusqu’à siccité, a été agitée, pendant quelques minutes, avec de l'alcool froid marquant 36 degrés ; j'ai filtré, Le solutum, transparent et jaunâtre , évaporé avec soin , m’a fourni des cristaux d'acide oxalique incolores et parfaitement reconnaissables.

La portion B a été précipitée par une dissolution.de tannin : le liquide, filtré et évaporé jusqu’en consistance épaisse, était jaunâtre, et ne donnait point de cristaux par le refroidissement ; je l’ai étendu d’eau , et précipité par un excés d’azotate d'argent. Le dépôt, après avoir été parfaitement lavé, a été desséché et chauffé sur un verre à montre placé au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool: il n’a présenté aucun des caractères de l’oxalate d'argent.

Expérience II. — J'ai empoisonné un chien À jeun avec 8 grammes d’acide oxalique dissous dans 200 grammes de lait, de bouillon et de café; l'œsophage à été lié, et l'animal est mort deux heures et demie après. Les liquides de l'estomac offraient une couleur de café au lait, et étaient trèsacides; j'en ai pris le tiers, et je l’ai précipité par un excès de dissolution

aqueuse de fannin. La dissolution filtrée, d’un blanc légèrement jaunâtre, évaporée jusqu’en consistance presque Sirupeuse, n’a point cristallisé par le refroidissement; je l’ai traitée par l'alcool froid, marquant 44 degrés, quia coagulé encore une assez grande quantité de matière animale. Après quinze heures de réaction , j'ai filtré la liqueur alcoolique, et je l’ai fait évaporer à une douce chaleur dans une capsule de porcelaine ; l'acide n’a point cristal: lisé ; alors j'ai fait dissoudre dans l’eau distillée la masse en consistance d'extrait. Le solutum précipitait par l’eau de chaux en. blanc, qui passait bientôt au violet, à cause de la présence du tannin; les sels de cuivrey faisaient naître, par l’addition d’un peu de potasse, un dépôt brun foncé: Expérience IV. — J'ai administré, à un chien de moyenne taille, 42 grammes d'acide oxalique dissous dans 70 grammes d’eau; l’œsophage à été lié, et l'animal est mort au bout de trois heures. Je Pai ouvert deux jours après. L’estomac, à peine enflammé, contenait beaucoup d'aliments; sa membrane muqueuse, en partie détruite, était grandement ramollie et,se déchirait facilement. J'ai fait bouillir pendant un quart d'heure les matières alimentaires avec un litre d’eau distillée, et j'ai filtré; le solutum était jaus nâtre, transparent et très-acide; je l'ai divisé en deux parties égales À et B. La portion À, rapprochée par l’évaporation à un feu doux, a laissé, après son refroidissement, une masse gélatineuse tellement abondante, qu’il était impossible d’apercevoir la plus légère trace de cristaux d'acide oxaliques j'ai agité cette masse avec de l'alcool froid à 36 degrés, et au bout de dix minutes j'ai filtré. La discolution a été en partie précipitée par l’azotate d’ars gent. J'ai lavé à plusieurs reprises l’oxalate d’argent déposé, puis je Pa laissé sécher sur un filtre; mais il reténait encore assez de matière organique pour ne pouvoir pas être détäché du filtre. Celui-ci, chauffé, n’a point brûlé, comme le fait un papier contenant de l'oxalate d'argent sans mé lange; il s’est charbonnné sans la moindre apparence de détonation. Fa portion de la dissolution alcoolique, qui n’avait point été précipitée par l'azo tate d'argent, a été évaporée à une douce chaleur, et a fourni de petits cris taux d'acide oxalique, qui sont devenus incolores, dès qu’ils ont été légères ment pressés entre deux feuilles de papier brouillard, et qui se comportaient avectous les réactifs, y compris l'azotate d’argent, comme l'acide oxalique: B , rapproché par l’évaporation jusqu’à la moitié de son volume, après avoir été refroidi, a été traité par l'alcool à 44 degrés, qui a précipité beau coup de matière organique; j'ai filtré ; la liqueur, jaunâtre et transparente, a été chauffée à un feu doux, dans une capsule de porcelaine, et m’a fourni des cristaux bien caractérisés d'acide oxalique. = Les matières alimentaires non dissoutes par l’eau ont été de nouveau tri: trées à plusieurs reprises par l’eau distillée froide et bouillante; ces diverses dissolutions ont présenté longtemps des traces d’acidité, et j'ai pu m'assurér qu’elles renfermaient toutes de l'acide oxalique. Lorsque les eaux delavage ne rougissaient plus le papier de tournesol, j'ai fait bouiilir les matières ainsi lavées avec du bicarbonate de potasse pur et de l’eau distillée. dans une capsule de porcelaine; après une heure d’ébullition, j'ai filtrévet versé dans le liquide filtré un excès d’acétate de plomb, qui a donnéun

DE L'ACIDE OKALIQUE. 243 précipité blanc abondant. J'ai lavé ce précipité pendant quinze jours, pour enlever autant que possible la matière organique précipitée ; il s’agissait de savoir si le dépôt restant contenait de l'oxalate de plomb; je l'ai soumis à un courant d'acide sulfhydrique gazeux, après lavoir délayé dans l’eau distillée ; j'ai séparé par le filtre le sulfure de plomb, et j'ai fait évaporer la liqueur à une douce chaleur pour chasser l'excès d’acide sulfhydrique et pour Ja faire cristalliser : je n’ai point obtenu de cristaux. Après avoir étendu d'eau le liquide, je Fai mêlé avec de l’azotate d'argent, qui a donné un léger précipité que J'ai lavé, desséché et chauffé sur un verre à montre, mais qui ne s’est pas comporté comme l’oxalate d'argent,

Expériexce V. — J'ai administré à un fort chien à jeun 7 grammes d’aeide oxalique dissous dans 250 grammes d’eau; l’æsophage et la verge ont été hiés. L'animal est mort au bout de deux heures, et a été aussitôt ouvert. Le foie, la rate et les reins ont été immédiatement séparés et mis à part. La vessie a été vidée ; elle contenait 80 grammes d'urine. L’estomac renfermait 202 grammes d’un liquide brunâtre, sanguinolent, qui a été étendu d’eau et mis sur un filtre.

Liquide de l'estomac filtré. Il est transparent, brun café clair et rougit le papier bleu de tournesol. On le divise en trois parties égales A, B, C. La portion À, saturée par la potasse pure, qui lui communique une teinte légèrement rosée, précipite abondamment par l'azotate d'argent en blanc tirant un peu sur le gris; le précipité ramassé, bien lavé et desséché, est d’un brun noirètre ; chauffé dans un verre à montre, il se charbonne , sans répandre de fumée et sans détoner , en sorte qu’il est impossible de reconnaitre là l’oxalate d’argent. Le chlorure de calcium la précipite en blanc ; le dépôt, assez difficile à laver, lorsqu'il est épuisé de toutes les parties solubles qui l’enveloppent, est desséché et calciné dans une cuiller de platine ; il se charbonne, puis blanchit, et laisse de la chaux vive. Le sulfate de hioxyde de cuivre la précipite en vert bleuâtre, au lieu de donner un précipité blane bleuâtre; quand le dépôt est bien lavé, il est d’un vert assez foncé, et ne ressemble guère à l’oxalate de cuivre blanc bleuâtre.

Best évaporé à une douce chaleur jusqu’en consistance épaisse, puis refroidi et traité par l'alcool concentré marquant 44 degrés, et froid; le Solutum filtré est d’un jaune clair; réduit par la chaleur, jusqu’au point où ibpourra cristalliser, ib fournit des cristaux d'acide oxalique parfaitement reconnaissables ; donnant avec l’azotate d'argent de loxalate d'argent, que l'on peut faire détoner en le soumettant à l’action du feu.

C a été précipité par le décoctum aqueux de tannin, et filtré; le liquide, de couleur rougeâtre, contenait un excès de tannin. On l’a évaporé à un feu doux, et l’on à obtenu une masse noirâtre, au milieu de laquelle il était impossible d’apercevoir des cristaux d'acide oxalique.

Foie et rate. Après avoir coupé ces deux organes en petits morceaux , on les à laissés pendant vingt-quatre heures dans de l’eau distillée froide , puis on à filtré ; le liquide, rouge, sanguinolent, a été chauffé jusqu’en consistance épaisse, refroidi et agité, pendant dix minutes, avec de l'alcool concentré marquant 44 degrés , et froid : le solutum alcoolique filtré était d’un

jaune clair, et parfaitement transparent ; évaporé jusqu’au point où il pouvait cristalliser, il n’a point fourni de cristaux ; alors on a dissous le produit sirupeux dans de l’eau distillée. La liqueur était acide , et ne troublait point l'eau de chaux; on l’a précipitée par l’azotate d'argent; le dépôt, très-animalisé, parfaitement lavé, desséché et chauffé dans un verre à montre, n’a donné aucun des caractères de l’oxalate d'argent.

Reins. Ces organes, coupés par petits morceaux et traités successives ment par l’eau distillée et par l'alcool, comme le foie et la rate, ont fourni un liquide presque incolore, transparent, qui a été rapproché par l’évapos ration , et n’a point cristallisé. On a ajouté de l'eau distillée; la liqueur était acide, et ne précipitait pas par l’eau de chaux; l'azotate d'argent y faisait naître un dépôt blanc , que j'ai bien lavé, puis desséché et chauffé dansun verre à montre; il n’a donné aucun des caractères de l’oxalate d'argent. |

Urine. Elle était d’un jaune-citron , et surnageait un précipité blanc, du poids de 3 centigrammes environ ; ce précipité , lavé et traité à la tempéra* ture de l’ébullition, par 2 grammes de dissolution de bicarbonate de potasse pur et de l’eau distillée, a fourni une liqueur que j'ai filtrée et saturée par, quelques gouttes d’acide azotique; dans cet état, je l'ai précipitée par du chiorure de calcium. Le précipité, qui pouvait contenir de l’oxalate et dû phosphate de chaux, après avoir été suffisamment lavé, a été mis en con tact avec de l'acide acétique concentré, dans le but de dissoudre le phos= phate de chaux, s’ilen renfermait ; le lendemain , il s'était déposé 1 centis gramme environ d’un précipité blanc que j'ai lavé, desséché et calciné dans une cuiller de platine. Pendant l’action de la chaleur rouge, ce précipité s’est charbonné d'abord, puis a blanchi; en versant quelques gouttes d’eau distillée sur le résidu blanc, J'ai obtenu une liqueur alcaline, qui bleuissait fortement le papier rouge de tournesol, et qui se comportait avec les acides carbonique et oxalique , comme l'eau de chaux.

J'ai alors examinéles 80 grammes d'urine que j'avais filtrée. Le liquide était jaune, transparent et acide; je lai précipité par du chlorure de cal= cium; le dépôt blanc, bien lavé, a été traité par l'acide acétique concentré qui l’a dissous ex partie; la portion non dissoute a été parfaitement lavée , desséchée et calcinée dans une cuiller de platine ; elle a laissé de la chaux vive. | i

Dans une autre expérience, après avoir bien lavé le précipité blanc, qui s'était déposé de l'urine d’un chien empoisonné par 7 grammes d'acide oxalique dissous dans 300 grammes d’eau, j'ai reconnu que ce dépôt calciné dans une cuiller de platine, laissait” de la chaux vive parfaitement caractérisée (1).

Exvérrence VI. — J’ai ajouté à une soupe à l’oseille un gramme d'acide oæalique , et j'ai évaporé presque jusqu'à siccité. Le produit refroidi a été agité, pendant une demi-heure environ , avec de l'alcool concentré mar- RENTRER ET PRET un

(4) M. Donné a constamment vu une multitude de cristaux d’oxalate de chaux se former dans l'urine des personnes qui avaient mangé de l’oseille (lettre à l'Institut du 6 mai 1839),

quant 44 degrés; j'ai filtré; le solutum, évaporé À une douce chaleur, m'a fourni des cristaux qui me paraissaient devoir être formés d’acide oxalique et de quelques parcelles de bioxalate de potasse. Après avoir pressé ces cristaux entre deux feuilles de papier joseph, je les ai réduits en poudre et mis en contact avec de l'alcool concentré marquant 44 degrés ; j'ai agité le mélange pendant quelques minutes, et j'ai filtré au bout d’une demiheure. L'alcool avait dissous l’acide oxalique ; le bioxalate de potasse restait au fond du tube, et pouvait facilement être reconnu à l’aide de l’eau de chaux, des sels de cuivre , et du chlorure de platine.

Expérience VII. — J'ai fait prendre de la magnésie à un chien que j'avais empoisonné, quarante minutes auparavant, avec 7 grammes d’acide oxalique dissous dans 200 grammes d’eau distillée. L'animal est mort deux heures après l’empoisonnement. Les liquides de lestomac, évaporés et traités par l'alcool , comme dans l'expérience 4 (p. 242) m'ont fourni quelques cristaux d'acide oxalique ; d’où j'ai conclu que la magnésie, n'ayant pas saturé la totalité de l'acide oxalique, une partie de cet acide devait se trouver à l’état d’oxalate de magnésie dans la masse qui était restée après le traitement alcoolique. Sachant combien il est difficile de dissoudre dans Veau distillée l’oxalate de magnésie, lorsque sa cohésion a été augmentée par le rapprochement de ses molécules , je n’ai pas traité la masse dont il s’agit par l’eau seule, mais bien par l'acide chlorhydrique faible. Après une heure de contact à froid , j'ai filtré la liqueur, et jai saturé avec soin l’acide chlorhydrique par la potasse pure; l’oxalate de magnésie s’est précipité ; je l'ai lavé à l’eau froide pour séparer le chlorure de potassium et quelques autres matières étrangères solubles, puis j'en ai fait dissoudre une partie dans l’eau distillée, à la température de 30° c., en le laissant pendant vingt-quatre heures dns ce liquide, avec lequel ;: l’agitais de temps à autre. La dissolution filtrée offrait tous les caractères de l’oxalate de magnésie; elle était neutre, et donnait, par les sels calcaires solubles, un précipité blanc d’oxalate de chaux TE dans les acides oxalique et acé= tique, soluble dans l’acide azotique , et décomposable à une chaleur rouge

en laissant de la chaux vive; elle fournissait un précipité blanc bleuâtre avec les sels de cuivre, et un précipité blanc de magnésie avec la potasse ; évaporée jusqu’à siccité et calcinée dans une cuiller de platine, elle laissait de la magnésie sans se charbonner.

Il résulte de ce qui précède : 1° que l’on obtient facilement de l’acide OXalique cristallisé et parfaitement reconnaissable en traitant par l’al- Cool les matières suspectes évaporées jusqu’à siccité ; 2° que l’on peut, d'aide de cet agent, séparer, sinon complétement, du moins en grande partie, le bioxalate de potasse qui se trouverait mélangé à de l'acide oxalique ; 3° qu’en lavant à plusieurs reprises avec de l’eau distillée le Canal digestif des animaux empoisonnés par l’acide oxalique, on dissout la totalité de l'acide contenu dans ce canal, et qu’il est dès lors inutile de traiter les tissus eux-mêmes; 4° que l’on s’exposerait à commettre

des erreurs graves si l’on cherchait à reconnaitre l’acide oxalique dans les matières suspectes , à l'aide des réactifs, ceux-ci se comportait aus trement lorsqu'ils Sont versés dans ces liqueurs que dans Jes cas où l'acide n’est pas mélangé de matière organique ; je citerai pour exemple l’azotate d'argent, qui fournit un précipité, ne répandant pas de fuméeet ne détonant pas quand on le chauffe dans un verre à montre. (voy. p. 243); 5° que cet acide est absorbé et peut être retrouvé dans l'urine tandis qu’il m'a élé impossible de l’extraire du foie et de la rate soit parce qu'il ne reste pas longtemps dans ces organes, soit parce qu’il se pere en oxalate de chaux ou en une autre matière insoluble. | Procédé. Avant de faire connaître le procédé qui me paraît dévoir étre employé dans un cas d’empoisonnement par l’acide oxalique, il importé de montrer l'insuffisance de la méthode que les auteurs de médecine légale ont conseillé de suivre. «Les liquides seront séparés des solides et essayés par le papier bleu de tournesol ; l'acidité étant reconnue , on saturera par du carbonate de potasse; l'existence de l’oxalate de potasse sera facilement démontrée par les réactifs» (Christison et Coindet). J'ad* mettrai pour un instant, ce qui n’est pourtant pas (voyez expérience 5} p. 243), que l’eau de chaux, l’azotate d’argent , le sulfate de bioxyde de cuivre, etc., se comportent avec la liqueur suspecte commé avec l’oxa% late de potasse sans mélange de matières organiques ; n’est-il pas évident: -que l’on obliendrait exactement"les mêmes résultats si empoisonné ment avait eu lieu par lesel d’oseille (bioxalate de potasse), ou, ce qui est beaucoup plus grave, si l'individu qui est l’objet des recherches n'avait pas été empoisonné et qu’il eût tout simplement avalé une assez, grande quantité de soupe à l’oseille ou de tout autre mets préparé avec celle plante? J'ai souvent agi, comme le prescrivent ces auteurs, avec des bouillons de soupe à l’oseille préparés par la méthodé ordinairesil suffisait de filtrer ces bouillons et de les mettre en contact avec les réac* tifs précités , soit avant, soit après les avoir saturés par du carbonate dé potasse, pout obtenir des précipités semblablés à ceux que donne l’oxa= late de potasse ; et comment pourrait-il en étre aütrément, quand on sait qu’un kilogramme d’oseille fournit 2 grammes 1/, environ de bioxalate de potasse ? Ces mêmes motifs doivent aussi engager les experts à ne jamais chercher Pacide oxalique, dans une liqueur suspecte, par l'âcé? tate de plomb, car ce sel précipite aussi bien l'acide dont il s'agit qué le bioxalate de potasse et le sel naturellement contenu dans l’oseille- Ôn dira peut-être que l’on saura toujours d'avance si l'individu avait mangé où non un polage à l’oscille, et que dans le cas où cela aurait eulieu; on suivrait uii autre procédé; mais il peut se présenter des circonstances où l’on ignorera complétement ce qui s’est passé, ét, eñ supposant que l’on apprenhe que de l'oseille à été mangée, quel procédé emploiera=

t-on ? D'ailleurs l'objection en ce qui concerne le bioxalate de potasse subsiste tout entière. J’ajouterai que personne n’a encore prévu le cas, assez épineux, où l’on imaginerait, pour mieux faire prendre le change, d'empoisonner avecune soupe à l'oseille, à laquelle on aurait préalable: ment ajouté de l’acide oxalique; comment l’expert pourrait-il alors arriver A une solution tant soit peu satisfaisante, s’il n’avait pour se tirer d’embarras que le procédé vicieux adopté j jusqu ’à présent par tous les auteurs, sans exception ?

Voici comment je propose d'agir. On recueille les matières contenues dans le canal digestif; on coupe celui-ci en petits morceaux que l’on place dans une grande capsule de porcelaine, avec un litre d’eau distillée; on fait bouillir pendant quelques minutes , afin de coaguler une portion de matière animale ; on décante , et l’on traite de nouveau les parties solides par de l’eau distillée bouillante; on filtre les deux liquides réunis , et on les fait évaporer, presque jusqu’à siccité, à une douce chaleur: On agit de même sur les matières vomies , que l’on traile à part. On agite les produits presque desséchés de l’évaporation et déjà refroidis avec un demi-litre d'alcool concentré marquant 44 degrés, et froid; après plusieurs heures de contact, on décante la dissolution alcoolique, et lon faitencore agir une égale quantité d'alcool à 44 degrés sur la portion solide restantes on décante la liqueur après quelques heures de contact, et on la réunit à la première; on filtre les deux dissolutions alcooliques, dans lesquelles se trouve’ sinon la totalité, du moins la majeure partie de l’acide oxalique libre qui aurait pu être administré ; ces liqueurs ne renferment pas ou presque pas de biowalate de potasse, en admettant qu’il y en eût dans les matières suspectes, et à coup sûr elles ne contiennent pas un atome de Poxalate de magnésie ni de loxalate de chaux , qui auraient pu se former par suite de l'administration de la magnésie ou du carbonate de chaux comme contre-poisons. On évaporée jusqu’à pellicule la dissolution alcoolique, et l’on obtient des cristaux d’acidé oxalique. Dans la crainte que ces cristaux ne soient mélangés d’un peu de bioxalate de potasse, on les réduit en poudre, et on fait agir sur celle-ci de l'alcool froid et concentré, qui ne dissout que l'acide oxalique ; on évapore alors.le solutum alcoolique, pour avoir l'acide oxalique cristallisé. Si la dissolution alcoolique provenant de l’action d'un demi-litre d'alcool sur la matière presque desséchée n'avait point fourni des cristaux d’acide oxalique, on traiterait de nouveau par de Valéoo! froid marquant 44 degrés celte dissolution alcoolique évaporée jusqu’à pellicule, afin de la débarrasser d’une nouvelle quantité de matière animale ; on filtrerait au bout d’une heure de contact, et à coup sûr, la nouvelle dissolution alcoolique évaporée donnerait des cristaux d'acide oxalique, pour peu que celui-ci se trouvât dans cette dissolution

à la dose de quelques centigrammes. Si l’on n’obtenait point de cristaux, parce que l'acide n’y existerait qu’en très-pelite proportion sel suffirait de traiter par Peau distillée le liquide épaissi, et de faire agir sur lui les réactifs indiqués à la page 240, pour s’assurer de la présence de lPacide oxalique. |

Les matières suspectes, après avoir été épuisées par l'alcool froid et concentré, sont-traitées par l’eau distillée froide , afin de dissoudre là portion d'acide oxalique que l’alcool n’aurait point enlevée ,» ainsi que le bioxalate de potasse qu’elles pourraient contenir ; après une heure de contact, on filtre la dissolution, dans laquelle il n’existe certainement pas de l’oxalate de chaux, et qui ne peut renfermer tout au plus que des alomes d'oxalate de magnésie, ce sel étant fort peu soluble dans l’eau froide. La liqueur aqueuse filtrée est évaporée jusqu’à siccité; le produit, contenant de la matière organique , que je supposerai renfermer aussi de l'acide oxalique, du bioxalate de potasse et une trace d’oxalate dé Mmagnésie, est agité avec de l'alcool concentré et froid ; le solutum ne contient que de l’acide oxalique, et il suffit, pour l'obtenir cristallisé, de ie filtrer et de le faire évaporer. La portion non attaquée par l'alcool concentré est dissoute dans quatre fois son volume d’eau distillée mélangée avec de l’alcool à 30 degrés, qui dissout le bioxalate de potasse et précipite une portion de la matière organique ainsi que la minime quantité d’oxalate de magnésie que l’eau aurait pu dissoudre. La dissolution alcoolique affaiblie de bioxalate de potasse est évaporée jusqu’à pellicule pour obtenir lé sel cristallisé ; s’il ne se forme point de cristaux, on traite le liquide presque sirupeux par de l'alcool à 33 degrés ; on filtre, el on procède à une nouvelle évaporation, à la suite de laquelle on obtient du bioxalate de potasse cristallisé, ou du moins une liqueur dans laquelle il est aisé de démontrer la présence de ce sel, à l’aide des réactifs. |

Les matières suspectes déjà traitées par l’alcool concentré et par l’eau froide sont mises de nouveau en contact, avec de l’eau distillée à la température ordinaire, qui dissout la majeure partie de la matière orga= nique, et laisse déposer les oxalates de magnésie ou de chaux que ces matières pourraient contenir ; on décante la liqueur au bout d’une heure ou deux, et l’on recueille le dépôt, sur lequel on fait agir de l'acide chlorhydrique froid , étendu de trois fois son poids d’eau distillée, afin de dissoudre l’oxalate de magnésie; évidemment on ne doit recourir à celte opération que dans les cas où l’on saura que l'individu soupçonné. empoisonné avait pris de son vivant de la magnésie comme contre poison. Il suffira de filtrer la liqueur et de la saturer par un excès de carbonate de potasse pur, pour obtenir un solutum composé d’oxalate de polasse, de chlorure de potassium el de l'excès de carbonate de potasse

et un précipité de carbonate de magnésie ; on traitera la liqueur filtrée par l’acétate de plomb , qui donnera de l’oxalate de plomb insoluble, mélangé de matière organique; on lavera ce dépôt avec de l’eau distillée, à plusieurs reprises, pour débarrasser l’oxalate de plomb qu’ilrenferme de la majeure partie de la matière organique, puis on décomposera cet oxalale suspendu dans l'eau distillée, par un courant de gaz acide sulfhydrique qui le transformera en sulfure de plomb noir et en acide oxalique ; on chauffera jusqu’à l’ébullition pour chasser l’excès d'acide sulfhydrique , et on filtrera ; l'acide oxalique se trouvera seul dans la liqueur, et on l’obtiendra en évaporant celle-ci à une douce chaleur. S'il s'agissait de démontrer la présence de l’oxalate de chaux formé par suite de l’action de l'acide oxalique sur du carbonate de chaux. qui aurait été administré comme contre-poison, après avoir ramassé le précipité, on le ferait bouillir, pendant vingt-cinq ou trente minutes avec de l’eau distillée et du bicarbonate de potasse pour obteir de l’oxalate de potasse soluble et du carbonate de chaux insoluble ; à liqueur filtrée contiendrait de l’oxalate de potasse et de la matière W'ganique , el devrait être traitée par l’acétate de plomb et l'acide sulfiydrique comme il vient d’être dit. Ici il n’y aurait aucun avantage à lissoudre l’oxalate de chaux dans l'acide chlorhydrique , parce qu’en alurant ensuite la liqueur chlorhydrique, par le carbonate de potasse, ’oxalate de chaux serait précipité de nouveau , sans que celte liqueur ontint la moindre trace d’oxalate de potasse.

Bioxalate de potasse (sel d’oseille). Il cristallise en parallélipipèdes )lanes, opaques , d’une saveur très-acide, presque mordicante, inalérables à l'air, et moins solubles dans l’eau que l’oxalate neutre. Mis sur es Charbons ardents, il répand une fumée acide et piquante , mais ne e charbonne pas, bien différent en cela de la crème de lartre (bitarrale de potasse). Calciné au rouge dans une cuiller de platine, il laisse lu carbonate de potasse, facile à reconnaître. Il se dissout à peine dans ’alcoo! concentré.

Dissolution aqueuse concentrée. Liquide incolore, transparent, roujissant assez fortement le tournesol, précipitant en blanc par l’eau de hanx (oxalate de chaux), et formant avec l’azotate d'argent de l’oxalate l'argent insoluble et facile à reconnaitre (voy. Acide oxalique). Les sels le cuivre le précipitent en blanc bleuâtre, et le chlorure de platine en aune-serin ; ce dernier précipité est grenu et adhérent au verre; l’al- 00k concentré, marquant 44 degrés, le précipite en partie , tandis qu’il 1e le trouble pas, s’il ne marque que 36 degrés à l’aréomètre, Les sels

solubles de plomb y font naître un dépôt d’oxalaté de plomb blancs fa. cile à décomposer par le gaz acide sulfhydrique, en sulfure de plomb insoluble , ét en acide oxalique. ”

Dissolution aqueuse étendue. Elle agit sur le tournesol , sur Msn de chaux , sur l’azotate d'argent, sur les sels de cuivre et de porté et sur Palcool à 36 degrés, comme la dissolution concentrée ; l'alcool marquant 44 degrés , et le chlorure de platine ne la indice pas; il faut, pour que ces sie réactifs agissent sur elle comme sur la dissoluie concentrée, la rapprocher par l’évaporation.

Dissolution d'acide oxalique et de bioxalate de potasse. Liquide offrant tous les caractères des dissolutions concentrées ou étendues"de bioxalate de potasse, à l’exception toutefois de celui que donnentlles sels de cuivre, qui he se montrerait pas si l’acide oxalique en excès n’élait pas saturé par une suffisante quantité de potasse, de soude "on d’ammoniaque. Si l’on évapore jusqu’à siccité un mélange d’acide oxa lique et de bioxalate de potasse, n'importe dans quelle proportion"de VPun ou de l’autre de ces corps, qu’on réduise en poudre fine le produit de l'évaporation; et qu’on l’agite dans un tube de verre pendant quels ques minutes avec de l'alcool marquant 44 degrés, l'acide sera complé tement dissous au bout d’une demi-heure, tandis que le bioxalate restera en entier, ou presque en entier à l’état solide au fond du tube; en effet, si l’on filtre la dissolution, que l’on chasse l'alcool par lévaporationà une douce chaleur, et que l’on dissolve, dans Peau distillée., le prodüil desséché, on verra que le so{utum concentré présente tous les caractères de l'acide oxalique dissous; et qu’il ne se: trouble pas ou qu’ilse trouble à peine par le chlorure de platine; tandis que la portion non dissoute par l'alcool, offrira toutes les propriétés du bioxalate de potasse, et qu’elle laissera de la potasse carbonatée quand on la caleinéra au roùge dans une cuiller de platine.

Osservarion re, — Une femme, âgée de vingt ans, ouvrière en chæ peaux de paille, avala environ 30 grammes de sel d’oseille, dissous dans une certaine quantité d’eau chaude ; bientôt après elle éprouva un très-gratid malaise ; et au bout d’une heure et demie environ , on la trouva étenduefsür le carreau, et privée complétement de connaissance. Aussitôt M. le D' Jack-

son fit administrer 120 grammes de mixture de craie pour neutraliser la: cide. La malade, qui avait repris connaissance, était extrêmement accablée; son pouls était excessivement faible , sa peau froide et mouillée d'u sueur visqueuse , avec des frissons continus ; elle accusait une eneai brûlure dans le gosier et à l’épigastre ; elle se plaignait d’une douleur dans le dos et d’un obscurcissement de la vue ; les pupilles étaiént dilatées "et les conjonctivés fort injectées. Le corps fut enveloppé de couvertures bien chauffées, et les pieds furent appuyés sur des bouteilles remplies d'eau

aude, On prescrivit aussi l'emploi d’une mixture camphrée avec addition l'un peu d’éther et d’alcoolé d’opium. Une heure s'était à peine écoulée que léjà la réaction s'était opérée; la peau s’était réchauffée, et le pouls était lévenu vif et plein; mais la douleur du gosier s'était én même temps tendue jusqu’à l'abdomen , qui se montrait alors douloureux à la pression. Em conséquence, des sangsues furent appliquées, puis des fomentations haudes furent faites sur le ventre; le traitement antiphlogistique fut conimué, et, dès le lendemain, l'amélioration qui résulta de cette médication fut évidente. Le sel d’Epsom fut prescrit pour s'opposer à la constipation, #au bout de quelques jours, la malade eut pleinement recouvré la santé. The London med. gaz. , voy. Gazette des hôpitaux du 19 Fév. 1842.) Ogsenvarion II. — Madame Spitzer allaitait son enfant âgé de trois ou juatre mois, quand un éngorgement douloureux survint aux seins, et la wntraignit de prendre une nourrice. Elle dévait se purger en prenant deux oùrs de suite 16 grammes de bitartrate de potasse soluble chaque fois ; mais lieu de crème de tartre, on lui donna du sel d’oseille. Aussitôt après Woir avalé un de ces paquets, elle fut prise des plus violentes douleurs, sécria : «Je suis empoisonnée! » On lui fit boire une grande quantité Péau chaude pour provoquer des vomissements, mais elle né vomit point, #sa position s’aggrava si rapidement, qu’elle éxpira aü milieu d’horribles Onvulsions, moins de quinze minutes après l’ingéstion du poison. Ouverture du cadavre: Odeur cadavérique prononece , rigidité des némbres; päleur et décoloration de tout le corps, et principalement du tisage ; ballonnement de l’abdomen ; putréfaction commencante aux parties léclives ct antérieures du ventre ; le facies conserve l'expression d’une vive Ouffrance; la bouche et ses dépendancés, ainsi que l'œsophage, sont lans l’état normal. | Les orifices de l’estomac sont fortément contractés et tordus sur euxïèmes. La membrane muqueuse est vivement enflamméé sur toute sa suräcé; elle l’est d'avantage vers le grand cul-dé-sac et la grande courbure ; #Let là sont disséminées des marbrures noirâtres; cette membrane ne préiente d’ailleurs ni érosion , ni épaississement indiquant qu’il y aurait eu ttérieurement un travail pathologique de l'estomac. 240 grammes eniron d’un liquide épais et brun sont retirés de ce viscère; ce liquide et la teMbrañe muqueuse sont soigneusément examinés à la loupe, et ne réièlent aucun débris de substances soit alimentaires, soit minérales. Les surfaces baignées par le liquide vénéneux parurent plus rudes au toucher que lans l'état naturel; les tissus avaient contracté une telle union avec Ja Matière acide, que plusieurs lavagés et des macérations prolongées dans l'eau distillée , ne peuvent les en débarrasser; c’était une sorte de combiuaison.

- Pnflammation de l'intestin grêle et du duodénum. La rate est gorrée de sang; les vaisseaux qu’elle reçoit et qu’elle émet ont acquis par l’acumulation du sang , trois fois au moins leur volume ordinaire. Les cavités lroites du cœur sont remplies de sang. Rien de particulier dans les autres )rganes , si ce ne.sont les traces d’un accouchement récent. Le crâne ne

fut point ouvert. Pendant l'examen nécropsique, il ne s’est pas dégagé d cadavre d’odeurs étrangères, telles que, par exemple, odeur d’alcoo! d'œufs pourris ou d’amandes amères. Le sang était d’une liquéfaction ex traordinaire, que je serais disposé à attribuer à l’altération , à une désor ganisation du sang par le sel d’oseille.

L’expertise chimique, faite le 28 novembre 1841, par MM. Tripier etSimo net, pharmaciens, permit de constater la présence d’une grande quantité d'a cide oxalique, de la potasse et de l’acide borique; ce dernier faisait partie d borax qui avait été ajouté , pour rendre soluble la prétendue crème d tartre ; on s’assura aussi par la proportion d’acide oxalique obtenu, que | sel était du bioxalate, et non de l’oxalate de potasse. Les membranesän ternes et externes de l'estomac et des intestins grêles , étaient tellementäm prégnées d'acide , qu’elles rougissaient par leur contact le papier de tour nesol, malgré plusieurs lavages et macérations à l'eau distillée.

Madame Spitzer était à jeun, et le bioxalate avait été entièrement dis Sous dans l’eau; ces deux conditions rendirent l'absorption plus rapide (Bodichon, docteur-médecin à Alger; voy. Gazette des hôpitaux , p. 155 année 1844.) F

Osservarion III. — M. Magonti rapporte qu’une jeune femme prit 50 gr de sel d’oseille, dans l’espace de quarante-huit heures , qu’elle éprouva de vomissements, et que le troisième jour, elle devint presque folle, et suc comba (Journ. de chim. méd., année 1839, p. 564).

Osservarion IV. —T. prit le 16 juillet 1848, une première dose du purgatif qu’il croyait être du sulfate de potasse , et qui, par suite d’un erreur du pharmacien, contenait 60 grammes de bivxalate de potasse 4 fut pris aussitôt de vomissements, et dix minutes après il rendit le dernie soupir. Le D' L. , chargé de l'ouverture du cadavre , dit dans les conclu: sions de son rapport : «L'état intérieur de l'estomac et de l'intestin, im dique que T. a suecombé à une inflammation rapide et violente de ce organes, déterminée par une cause que l'analyse chimique des matière contenues dans leur cavité pourra seule déterminer.» Les résultats de cett analyse furent que T. avait pris du bioxalate de potasse. Le tribunal dé Clara D. coupable du délit qui lui était imputé, et le condamna. (Annale d'hygiène , janvier 1850.)

IL est aisé de voir que T. n’a pas succombé en quelques minutes à um inflammation du canal digestif, mais bien à l’action de Ja partie du bi oxalate absorbé. |

Osservarion V.— Le 8 juillet 1850, Lelièvre prend un purgatif com: posé de 15 grammes de séné et d’autant de sel d’oseille, qui lui avait ét délivré par la dame Accart, épicière, vendant illégalement des drogues

Bientôt après, Lelièvre est en proie aux accidents suivants : vomissement répétés de matières bilieuses abondantes ; trois selles, pendant lesquelles i éprouve des défaillances ; sueurs froides et visqueuses ; anéantissement ‘dt plus en plus profond; enfin, ce malheureux expire, environ quarante minules après avoir pris le breuvage, sans avoir éprouvé ni sentiment dt brülure à l'estomac, ni constrictiou à la gorge, ni grande soif.

Nécropsie faite trente-deux heures après. Le canal intestinal est distendu par des gaz; sa couleur extérieure est normale; 60 grammes environ de sérosité sanguinolente dans le péritoine; rate hypertrophiée (18 centimètres de longueur sur 12 de largeur), gorgée de sang noir; son tissu est mou et friable; le foie est volumineux, de couleur jaune rougeâtre ; son tissu est granulé et résistant; la«vésicule biliaire renferme dix petits calculs et ne contient point de bile ; les reins sont à l'état normal; la vessie est vide; l'estomac renferme un liquide muqueux et brunâtre; sa membrane interne , sans solution de continuité, est d’un rouge foncé uniforme , à l’exception de cinq petites taches ardoisées ; la rougeur continué en diminuant d'intensité, jusqu’à la fin du duodénum, où elle cesce complétement pour ne plus reparaître. L’œsophage est injecté dans toute son étendue. Le lavage et le frottement ne font subir aucune altération à la membrane muqueuse gastrique.

Le péricarde renferme une cuillerée à bouche de sérosité sanguinolente ; le ventricule gauche du cœur, ainsi que l'aorte, sont flasques et presque vides; le sang que l’on y voit est noir et fluide; l'oreillette et le ventrisule droits, les veines caves, et l’artère pulmonaire contiennent une assez rrande quantité de sang fluide, très-noir ; les deux poumons, libres d’adhérence, sont pesants et gorgés de sang noir dans les 7% de leur volume, urtout à leur partie postérieure et externe; leur surface antérieure seule conservé de la crépitation et une coloration moitié rosée, moitié tachetée le plaques brunâtres; incisés, on voit que leur surface est compacte, et il uiselle un sang noir, sans dégagement de bulles d’air à la pression; leur issu résiste à la pression et ne se laisse guère déchirer.

Les veines superficielles du cerveau sont injectées de sang noir et fluide; a substance cérébrale est piquetée.

Quelle est la cause de la mort de Lelièvre? Ge n’est pas évidemment l’inlammation de l’estomac qui a pu occasionner une mort aussi rapide; ce West pas une fièvre intermittente pernicieuse , maladie bien rare dans nos sontrées. Les phénomènes de l’asphy xie sont certainement bien caractérisés; mais c'est à leur cause qu’il serait important de remonter, et c’est pour itteindre ce but qu’il importe de faire l'analyse des diverses matières suspectes. (Communiquée à l’Académie de médecine par le D' Delpouve, médecin de Saint-Omer.)

Analyses faites par M. Derheims , pharmacien de Saint-Omer. Le vase qui avait servi à la préparation du purgatif contient du bi- )xalate de potasse et de l'oxalate de plomb; celui-ci est le résultat de l’action dubioxalate sur la plombure du vase. Pour bien démontrer que telle était l'origine de l’oxalate de plomb , M. Derheims à fait infuser à chaud , pendant un quart d'heure, dans un poëlon en terre cuite, dit couet plombé, Sgrammes de séné provenant de chez la femme Accard, 7 grammes de sel Moseille et 80 grammes d’eau; en chauffant à 80 degrés, il s'était déjà formé de l’oxalate de plomb qui s’était déposé en grande partie sur les feuilles de séné , sous forme micacte, tandis qu’une petite partie de ce sel restait dans Ja liqueur avec le bioxalate de potasse. Le liquide extrait

de l'estomac de Lelièvre , renfermait aussi le mélange des deux:sels dont j viens de parler. (/bid.) | sp: SE

Sr" :

L’acide tartrique cristallise en aiguilles fines, ou en prismes hexaèdre: irréguliers, ou en lames carrées un peu rhomboïdales, à bords obliques sa saveur est très-acide et. piquante; il rougit fortement linfusum de tournesol. Exposé à l’action du calorique dans une petite fiole, loin. de se volatiliser comme l'acide oxalique, il se décompose à la manière. de substances végétales, noircit, se boursoufle, exhale une, vapeur aigre piquante, brûle avec une flamme bleue, et laisse une grande quantité de charbon spongieux. Il se dissout.très-facilement:dans Teauÿms: dissolution précipite l’eau de chaux et ne trouble point celle du sulfate calcaire; le précipité, composé de tartrate de chaux, se dissout aisément dans l’acide azotique et dans un excès d’acide tartrique, caraclèr qui ne permet point de confondre ce dernier acide avec l'acide OXa lique. Uni à la potasse, la soude et l’ammoniaque, il se comporte comm l'acide oxalique , et forme des lartrates neutres solubles, ou des sur tartrates moins solubles (tartrates acides), suivant la quantité d’acid employée, é Acide tartrique mélé au vinaigre. On évapore le vinaigre jusqu’au #4 et l’on agit comme pour l'acide oxalique (voy. p. 241 ); si le vinaigre contient de l'acide tartrique, on obtiendra des cristaux de bitartrat

de potasse. ss

Ossenvarion. — Wats avala, par suite d’une erreur , le 7 février 1845 plusieurs grammes d’acide tartrique dissous dans l’eau. Quelque temps aprè cette ingestion , sa figure devint rouge; il s'écria qu’il était empoisonné puis il cessa de parler. Les accidents qui se développèrent à la suite occa: sionnèrent la mort de Wats, qui, après être resté au lit jusqu’au 16 succomba. I fut reconnu, par M. Brood , qu’une partie du produit quis trouvait dans le verre, dans lequel Wats avait bu, contenait de lacid tartrique. Comment MM. Christison et Coindet ont-ils pu mettre en-dout les propriétés toxiques de l'acide tartrique? (Journ. de chim. méd., p. 320 année 1845.) | k ï

Crème de tartre.—Osservarion.—Hudson, âgé de trente-sept ans, aval: étant ivre, en une seule fois, 125 grammes de crème de tartre; puis cessant pas de faire usage de ce sel, il continua pendant Ja journée &@ mettre des fragments dans sa bouche, afin, disait-il , de se rafraîchir l'es: tomac. Il rentra le soir extrêmement fatigué et pouvant à peine se traîner. le surlendemain, vers midi, on apprit qu’il avait eu de nombreuses garde. robes pendant la nuit, et qu’il avait éprouvé des vomissements répétés € presque continuels. 1j se plaignit de douleurs dans la région ombilicale,e

d’une soif très-vive. La langue était brune et sèche, et le pouls faible; il avait de vives douleurs dans la région des reins; les cuisses et les jambes étaient paralysées ; les matières des vomissements étaient d’un vert foncé, et les matières fécales avaient la couleur du mare de café. L'administration d'un opiat lui procura d’abord un léger soulagement; mais les accidents reparurent , et le malade succomba le quatrième jour.

A l'ouverture du cadavre on reconnut que le corps n’offrait ni taches ni ecchymoses. L’estomac, distendu par des gaz, contenait environ 100 grammes d'un liquide brun qui paraissait devoir cette couleur à la bile. Il existaibprès du pylore plusieurs taches rouges; l'extrémité cardiaque était trèsenflammée ; la membrane muqueuse offrait plusieurs taches d’un rouge très-foncé , qu'on aurait pu croire produites par la rupture de quelque ramüscule sanguin. La tunique muqueuse du duodénum était rouge, mais moins que celle du cardia ; la même coloration s’apercevait dans les petits intestins et dans'le colon. La membrane muqueuse du rectum présentait de nombreuses petites taches sur un fond blanc. Les intestins contenaient un mucus épais et brunâtre; mais on ne voyait pas de traces de matières fécales. (Journal de chimie médicale, année 1838, p. 72.)

DE L'ACIDE ClEFRIQUE.

L’acide citrique est composé d'oxygène , d'hydrogène et de carbone. Il est solide, cristallisé ou pulvérulent, blanc, inodore, rougissant l’eau de tournesol , et doué d’une saveur très-acide. Il est décomposé par Le feu, comme l’acide tartrique. Il se dissout dans l’eau : la dissolution ne présente pas avec la potasse, la soude et l’ammoniaque, les mêmes caraclères que les acides oxalique et tartrique : versée dans l’eau de chaux, elle ne produit aucun précipité; mais si on fait bouillir le mélange, le citrate de chaux se dépose,

Action sur l’économie animale.

Expérience Le. — Lorsqu'on introduit dans l'estomac de chiens robustes, de moyenne taille et à jeun , 30 grammes d’acide acétique concentré ( vimaigre de bois), et que, par la ligature de l’œsophage, on s'oppose au Yomissement , ces animaux ne tardent pas à souffrir ; des nausées et des efforts de vomissements se manifestent. Bientôt après, survient un abattement accompagné des symptômes que développent ordinairement les poisons irritants : les animaux meurent cinq, sept ou neuf heures après le commencement de l’expérience.

Ouverture des cadavres. L'estomac renferme une certaine quantité d'un fluide de couleur bistre , quand il est appliqué en couches minces sur Ja main, et qui paraît noir lorsqu'il est vu en masse; la membrane mu.

queuse est couverte d’une couche semblable et conserve une coloration noi- | râtre même après avoir été raclée ; elle est peu amincie, adhérente à Ja | membrane musculeuse. Le tissu cellulaire sous-muqueux est légèrement infiltré d’un liquide rougeâtre. La tunique musculeuse est un peu plus rouge qu’à l’état normal, tandis que la membrane séreuse ne diffère pas | de l’état naturel. Le sang contenu dans les veines est coagulé et noir. (On. voit quelquefois vers le pylore un plus ou moins grand nombre de petites corrosions superficielles, n’intéressant que la membrane muqueuse ,“qui | n’est même pas détruite entièrement dans ces endroits. Plusieurs parties.du | canal intestinal sont le siége d’altérations analogues à celles dont j'ai parlé à l’occasion de l'estomac. | | : Exrérexce IL. — Si, au licu de vinaigre de bois, on administre de Pacide acétique préparé avec l’acétate de cuivre au du vinaigre radical, l’empoi- | sonnement est encore plus grave. Un jeune chien de moyenne taille ayala | environ 12 grammes de vinaigre radical concentré, dont une petite partie pénétra dans les voies aériennes. Bientôt après il survint de labattement, | des nausées , des vomissements, de la toux ; au bout d’une heüre , l’abatte-|

ment était moindre ; mais l’animal paraissait souffrir davantage, et il refusa!

les aliments. Le lendemain, la toux et les douleurs abdominales persistent:

ainsi que l’inappétence; la respiration est difficile, l'abattement est plus considérable que la veille. On fait avaler 30 grammes du même acide, qui, ne détermine pas de vomissements , mais qui augmente l'intensité des autres! symptômes de l’empoisonnement et produit la mort au bout de cinq quarts: d'heure.

Ouverture du cadavre. 1] existe une perforation ulcéreuse au cardias on remarque à la petite courbure de l'estomac deux autres perforations,, l'une ronde, d'environ 1 centimètre de diamètre, l’autre allongée, ayantà peu près 2 centimètres de longueur; leurs bords sont mollasses et irrégu-, liers; la membrane muqueuse de ce viscère est presque entièrement détruite et réduite, dans beaucoup de points, à un état gélatiniforme ; la tunique. musculeuse est enduite d’une couche brunâtre peu foncée, couleur de bistre: clair, excepté vers le pylore, où la couleur est normale et l’enduit gluantet: filant ; du reste, cette tunique est blanchâtre comme le sont les lèvres des: personnes qui ont mangé des mets fortement vinaigrés. Cette décoloration, est surtout remarquable dans la région pylorique; la consistance de cette! membrane et de la tunique séreuse n’est-pas diminuée : cette dernière est, blanche. Les vaisseaux sanguins de estomac ont acquis un volume considée| rable et renferment du sang coagulé. Les intestins sont le siége d’altérations analogues à celles qui ont été observées dans l’expérience première. |

Expérience IL, — Lorsqu'on fait avaler à des chiens de moyenne taille! à jeun, 130 grammes de vinaigre ordinaire, et qu’on empêche le vomissesement, au moyen de la ligature de l'œsophage, on remarque des symptômes, analogues à ceux qui ont déjà été décrits, et les animaux succombent au bout! de dix, douze ou quinze heures.

À l'ouverture des cadavres, on voit que la membrane muqueuse de l’esto-|

mac est recouverte d’une couche ordinairement peu épaisse d’un fluide noi-!

râtre, vu en masse , et couleur de bistre lorsqu'il est étendu sur la main; du | reste, cette membrane offre les altérations décrites dans l'expérience première ; toutefois elle est moins brune dans sa portion pylorique que dans | Jlæsophagienne : la tunique musculeuse paraît à l’état normal ,» Quoique recouverte d’une infiltration sanguinolente. Il y a dans les premières parties | de l'intestin grêle un peu de sang noirâtre épanché, L'un des animaux sou | mis à cette expérience a présenté, non loin du cardia, dans la petite cour | bure, une tumeur de la grosseur d’une noix , formée par du sang infiltré danse tissu cellulaire sous muqueux; la portion de la face externe de l'es tomac correspondante à cette tumeur, offrait un enfoncement entouré d’un | bourrelet mollasse.

Onservarion [°.— À. G., âgée de dix-neuf ans, mourut le 8 mai, à quatre | heures et demie du matin, dans une des rues du Petit-Gentilly, près Paris ; etil résulte des recherches anatomiques et chimiques que la mort avait été déterminée par l'acide acétique. Les renseignements recueillis par le juge d'instruction apprennent que le 7 mai, à onze heures du soir, on entendit une jeune personne qui était sur la voie publique, qui se plaignait et qui | paraissait ivre ; cependant elle partit après avoir demandé quelle route elle devait suivre. Le 8, à trois heures et demie, elle fut trouvée couchée et souffrante contre le mur d’un marchand de vin du Petit-Gentilly. A quatre heures , on lui fit prendre du vin et du lait sucrés chauds; elle eut de fortes convulsions, et se plaignit de l’estomac; les accidents devinrent tellement graves qu’elle mourut peu de temps après.

L'ouverture du cadavre fut faite par MM. Lemis et Murat, chirurgiens de Bicètre, qui dressèrent le rapport suivant :

Nous soussignés, docteurs en médecine et en chirurgie, certifions avoir trouvé sur le cadavre de A. C. les lésions suivantes :

Apparence extérieure. Embonpoint médiocre. Pas de roideur cadavérique ; teinte verdâtre très-légère de la peau, aux aines et sur la ligne blanche de l'abdomen; léger météorisme du ventre; le cou, les épaules, la partie postérieure du tronc, et les membres, offrent une teinte violette, due à l'infiltration du sang dans le tissu de la peau.

Appareil digestif. La partie moyenne de la face, le pourtour de la bouche et des ailes du nez, sont couverts d’un liquide écumeux, en partie desséché , légèrement brunâtre, qui n’a point altéré Je tissu de Ja peau. Un liquide semblable s'écoule de la bouche ; il exhale une légère odeur d’alcool ; larquantité s’élève à 90 grammes environ.

Les mâchoires sont très-fortement serrées l’une contre l’autre; les dents sont blanches et ne sont point altérées.

La membrane muqueuse de la face interne des joues et du palais est à l'état normal; celle de la langue, surtout vers le milieu de la face supéneure; est coriace, revenue sur elle-même, brunâtre; ses glandes sont très-apparentes ; celle de l’œsophage offre les mêmes caractères, mais à un degré encore plus élevé: elle est d’un brun nomâtre Elle n’est tapissée,

non plus que la membrane muqueuse buccale, par aucun liquide, ren au- | cune fausse membrane.

L’estomac, considéré à l'extérieur, est distendu, saillant, et parait | rempli par un liquide; il offre une couleur violette qui , vers le pylore; dé- | | génère en une teinte presque noire; cette coloration, qui se retrouve dans | toute l'étendue de Ia surface extérieure, est nuancée de plaques plus ou | moins foncées. Les vaisseaux de l’ Mir à se dessinent sur ce mi. sous | forme d’arborescences, d’une couleur plus intense. on |

L’estomac examiné à l’intérieur contient dans sa cavité un liquide | d’un brun noirâtre et d’une odeur légèrement fétide qui fait effervescence | sur Ja dalle. La quantité est de 240 grammes à peu près. Les parois de ce! viscère sont en outre tapissées par une matière brune, extrêmement adhé- | rente, assez semblable à la suie humide, dont la couché est d'autant plus | épaisse , d'autant plus tenace, d'autant plus continue, qu’on s'approche ® | vantage du pylore. |

La membrane muqueuse de l’estomac n'offre de destruction nulle part. | Près du cardia sa teinte est d’un blanc légèrement prisâtre, et en certains. endroits roussâtre; à mesure qu'on descend vers le pylore, cette couleur! passe au brun et même au noir. Dans le petit eul-de-sac, toutes les tuniques! de l’estomac participent à cette coloration » qui est celle de la gangrène; cependant toutes ces membranes, y compris même la muqueuse, sont partout! très-résistantes. On voit au-dessous de cette dernière tunique, et près du | pylore , ramper les vaisseaux de la membrane cellulleuse , remplis d’un sang.

noir et coagulé. Les glandes muqueuses du petit cul- dés sont très-nome breuses, très-saillantes, et offrent une dureté insolite. |

L’estomac et le liquide qu’il contenait sont placés et scellés chacun dans un vase séparé pour être soumis à un examen chimique. Le reste du tube digestif, qui ne présente à l'extérieur aucune lésion appréciable ; n’estpas ouvert; il est placé, avec les matières qu’il renferme, dans un vase elos.

Le cœur et les poumons sont dans l’état naturel. gr |

Nous n’avons pas cru nécessaire d'ouvrir la tête et d'examiner le ne | |

Appareil génital. L'utérus à à peu près le volume du poing du sujet; il s’élève à peine au niveau du pubis ; il contient un fœtus qui paraît avoir! deux mois et demi de conception. Le développement de cet organe ; l’aspect| des membranes fœtales, les proportions de l'embryon, tout se rapporte à l’âge que nous venons d' assigner, |

Les renseignements recueillis sur la femme qui fait le sujet de ce rapport, et le caractère des lésions trouvées dans son estomac, nous portent à penser | que la mort a été le résultat d'un empoisonnement. |

Nous laissons à l’analyse chimique le soin de déterminer la nature % ha substance vénéneuse. (Signé : Lems, Murar.) |

Oservarion I. -— Un homme âgé ‘de trente-six ans éfait en voie d’ as: lioration d’une pleuro-pneumonie, lorsque, au lieu de prendre une cuillerée à café d’hydrolat de laurier cerise, il prit du vinaigre radical qu'il avait près de lui pour le flairer au besoin. Immédiatement après l'ingestion desce!

DE -L'ACIDE ACÉTIQUE. 259 liquide, il sauta du lit comme un furieux et se traîna par terre en poussant des hurlements arrachés par la douleur. Faute de mieux, il se: hâta d'avaler une grande quantité d’eau. A son arrivée le D' Mélion trouva la membrane muqueuse buccale tout à fait blanche; le malade se plaignait d'éprouver une violente douleur, un sentiment de brülure dans les régions de la poitrine et de l'estomac, une anxiété très-forte, des angoisses, des nausées ; il pouvait à peine s’exprimer, et il était baigné de sueur. Le pouls était très-accéléré, petit et serré. On administra du lait, du carbonate de magnésie, et une potion huileuse. Après avoir eu des vomissements fréquents et des selles diarrhéiques, les douleurs diminuèrent , et le malade ne tarda pas à recouvrer la santé. (Gaxelte des hôpitaux, année 1845, p. 388.)

Les faits qui précèdent nous permettent de conclure :

1° Que l'acide acétique concentré est un poison irrilant , énergique, susceptible d’occasionner une mort prompte chez l’homme et chez les chiens, lorsqu'il est introduit dans l’estomac;

2° Qu'il détermine une exsudation sanguine, puis le ramollissement | et l’inflammation des membyanes du canal digestif, et quelquefois même leur perforation ;

3° Que, dans la plupart des cas, il produit une coloration noire, sinon générale, du moins partielle, de la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins : cette coloration, que l’on serait tenté de confondre au premier abord ayee celle que développe l'acide sulfurique, est le résultat de l’action chimique exercée par l’acide acétique sur le sang ; | en effel, par son mélange avec cet acide concentré, le sang refroidi et | placé dans une capsule, ne tarde pas à acquérir cette même teinte;

. 4° Que le vinaigre ordinaire, à Ja dose de 120 grammes, détermine | Jes mêmes accidents et la mort des chiens de moyenne taille dans l’es- | pace de douze à quinze heures, à moins qu’il n’ait été yomi peu de temps après son ingestion. Il agit probablement de même chez l’homme à une | dose un peu plus forte; et si l’on cite des individus qui ont pu avaler | un verre de vinaigre sans périr, cela dépend sans doute de ce que , chez | ces personnes, l'estomac étant rempli d'aliments , le vomissement n’a | pas tardé à survenir ; peut-être aussi Le vinaigre ordinaire était-il étendu d'eau et pris en quantité insuffisante.

| Traitement de l’empoisonnement.

Voyez page 121.

| Acide acétique pur et concentré. Il est liquide, incolore, d’une odeur | Pénétrante caractéristique, d’une saveur acide très-forte; il rougit le tournesol avec énergie, et entre en ébullition à 120 degrés c. Il peut

être distillé en entier sans laisser de résidu charbonneux. On peut aussi l’obtenir en lames ou en tables transparentes d’un grand éclat, si la température est au-dessous de 15 degrés c. Si on le chauffe légèrement dans une petite capsule de porcelaine , et qu’on le mette en Contact avec un corps en combustion , il brûle avec une flamme bleue pâle. 11 fournit, avec la potasse, un sel blanc déliquescent, d’une saveur très-piquante, qui, élant chauffé, se boursoufle, éprouve la fusion ignée , se décompose et finit par se charbonner en répandant une fumée ayant l'odeur de gomme brûlée ; le charbon obtenu contient du carbonate de polasse. Il suffit de verser quelques gouttes d’acide sulfurique concentré, sur de l’acétate de potasse solide, pour le décomposer avec bruit et une légère effervescence, et pour dégager des vapeurs abondantes d’acide acétique, d’une odeur bien connue, que lon ne peut confondre qu'avec celle qu’exhalent les formiates placés dans les mêmes conditions. L'acétate de polasse ne réduit pas l’azotate d’argent à une douce chaleur, tandis que le formiate de la même base en sépare promptement de l’ar= gent métallique à cette température; il produit même ce phénomène à froid au bout d’un certain temps. En mélant deux dissolutions concentrées d’azotate d'argent et d’acétate de potasse, il se précipite de l’acétate d'argent en lames nacrées, flexibles, blanches, qui, étant desséché et chauffé dans un verre à montre, noircit tout aussitôt, et laisse de l'argent métallique en répandant de très-légères vapeurs et sans détoner comme le fait l’oxalate d'argent. F.

Acide acétique pur étendu d’eau. Il est constamment liquide, incolore, d’une odeur faible, mais caractéristique, d’une saveur aigrelette; il rougit le tournesol ; si on le chauffe en vases clos, il se concentre de plus en plus. En le saturant par la potasse, et en évaporant la liqueur jusqu’à siccité , on obtient de l’acélate de potasse, facile à reconnallre aux caractères précédemment indiqués. |

Vinaigres. Les diverses variétés connues dans le commerce sous les noms de vinaigre radical , vinaigre concentré , vinaigre de bois ou acide pyroligneux, vinaigre ‘ordinaire distillé on non , contiennent toutes de l'acide acétique et de l’eau, et se rapprochent par conséquent, pour leurs propriétés, de l’acide acétique concentré ou étendu; le vinaigre ordinaire, souvent coloré, renferme en outre des matières organiques, des sels de différente nature el très-souvent de l'ammoniaque. Quoiqu'il en soit, il sera toujours facile de constater dans ces vinaigres la présence de l’acide acétique, en ayant égard aux caractères dont j'ai fait mention plus haut.

Mélanges d'acide acétique ou de vinaigre et de liquides alimentaires, ou de la matière des vomissements , ou de celles que l’on trouve dans de canal digestif. Le vin, le cidre, la bière le café et le bouillon, ne sont

pas altérés par cet acide; la couleur du premier de ces liquides est seulement avivée; le lait est instantanément coagulé; le sang et les tissus de l'estomac sont brunis ou noircis, et peuvent être réduits en bouillie si l'acide est très-concentré.

Expérience l'°. — J'ai introduit dans une cornue 10 centigrammes d’acide acétique concentré, préalablement mélangé avec 200 grammes de lait, de bouillon et de café, et j'ai porté le liquide à l’ébullition ; le produit recueilli dans le récipient , examiné à diverses époques de l’opération , était incolore, transparent, et d'autant plus acide que l’on approchait davantage du moment où la matière de la cornue allait se dessécher ; il offrait l'odeur de l'acide acétique, et en le saturant par la potasse on obtenait de l'acétate de cette base facilement reconnaissable.

Expérience II. — J'ai fait un mélange de 10 centigrammes d'acide acé-

tique concentré et de 180 grammes de lait, de bouillon et de café ; j'ai précipité ce mélange par un excès de décoctum aqueux de tannin , et j'ai filtré lorsque le dépôt a été bien ramassé; la liqueur, chauffée jusqu'à ébullition dans une cornue, a été presque desséchée et a fourni, dans le récipient, un liquide incolore offrant l'odeur de l'acide acétique, et donnant avec la potasse de l’acétate de cette base.

… Expérience HI. — J'ai administré à un chien 16 grammes d'acide acétique concentré dissous dans 280 grammes d’un mélange fait avec parties égales de lait, de bouillon et de café; l’œsophage et la verge ont été liés. L'animal a éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement par l'acide acétique affaibli et est mort cinq heures et demie après l’ingestion du poison. IL à été ouvert immédiatement après: le foie, les reins, et l’estomac, ont été placés séparémennt dans trois capsules de porcelaine; un papier bleu de tournesol, mis en contact avec la portion centrale de la substance du foie que j'avais incisée, a été sensiblement rougi au bout de quelques secondes. L’estomac renfermait environ 200 grammes d'un liquide noirâtre, bourbeux, acide, répandant une odeur de vinaigre. Ce viscère, dont la Surface interne était fortement enflammée et parsemée de larges taches noirâtres, a été agité pendant deux heures avec de l’eau distillée froide ; alors je l'ai coupé en petits fragments et je lai fait bouillir en vases clos, pendant une heure et demie, avec 500 grammes d’eau distillée; J'ai réuni au liquide trouvé dans l'estomac ceux qui provenaient du traitement de ce viscère par l’eau froide et bouillante, ainsi que Ja portion qui avait été recueillie dans le ballon à la suite de Ja distillation de l'estomac. Le liquide a été filtré; il était acide, de couleur jaune rougeâtre, et pesait 1100 grammes; je l’ai partagé en deux parties égales, À et B. La portion À a été distillée à feu nu, mais à une chaleur modérée, jusqu’à ce qu’elle ait été presque desséchée. À chaque demi-heure je changeais de récipient, afin de reconnaître si le liquide distillé était acide à toutes les périodes de l'opération, et j'ai vu qu'il l'était en effet. J’ai saturé avec soin ce liquide par de la potasse pure dissoute, et j'ai obtenu cinquante-trois centigrammes d'acétate de potasse sec et parfaitement caractérisé.

La portion B a été précipitée par un excès de décoctum aqueti de tannin ; le précipité, fort abondant, à été séparé par le filtre, et le liquides parfaitement transparent ; a été mis dans la Cornue pour être distillé comme l'avait été la portion À. Le produit recueilli dans le récipient était iñcolore, limpide, acide, et d’une odeur à la fois vinaigrée et légèrement empyreu= iatique. Saturé par dé là potasée pure, il n'a fourni un gramme dix centigrammes d’acètate sec; mais celui-ci était d’un bruit füncé ét évident ment altéré par uné matière organique: lorsqu'on le traitait par l'acte sulfurique, on en dégageait de l'acide acétiqué, reconnäaissablé à Son odeur, quoique celle ci ne fût pas aussi caractérisée que celle de l'acide acte tique pur. b.

Le foie, coupé én petits morceaux ; à été introduit dans uné cornué avec un litre d’eau distillée et chauffé jusqu’à l'ébullition pendant deux heuress lé liquide contenu dans le ballon ne rougissait pas lé papier bleu; jé l'a réuni au décoctum aqueux restant dans la cornue ; j'ai filtré ét Soumis à liqueur à une nouvellé distillation jusqu'à cé qu’elle füt presque desséchée® Je liquide recueilli dans le récipient était incolore , transparent, Sans action sur le papier bleu ét rouge de tournesol, et ne répandait point d’odeur d'acide acétique ; saturé par la potasse, il ne dohnaît pas w» atome d'acé= tate de potasse. Les reins, coupés par petits morceaux ét traités comme le foie, se sont comportés dé même; le liquide distillé ne conténaît ni de, l'acide acétiqué, ni de l’acétate acide d’amthoniaque. f

La vessie renferiait 62 grammes d'urine jaune et assez limpidé. Pat introduit ée liquide dans une cornué , avec 4 grañiiies d'acide sulfurique concentré et pur, et j'ai chauffé à un Feu doux. Le produit de là distilla” tion, limpide, incolore et äcide, répandait l'odeur d'urine dé chièn, sans qu’il füt possible de reconnaitre celle de l'acide acétiqué ; je J'ai saturé par la potasse et évaporé Jusqu'à siccité. Le résidu distillé avec un gramme d'acide sulfurique concentré, à fourni un liquide légèrement acide, d’une odeur analogue à celle du précédent, mais moins forte, ét au milieu di laquelle on démélait déjà quelque chose de piquant. J'ai saturé de nouvear ce liquide par là potasse , et j'ai fait évaporér jusqu’à siccité ; le produit sec,

très-peu abondant, décomposé pâr l'acide sulfurique concentre dans 1à capsulé où il se trouvait, à répandu une très-faible odeur d'urine de chièn ét une Odeur plus vivé, a$sez piquante, queje née pourrais pas affirmer êtré celle de l'acide acétique. | ‘7

Expérience IV. — Dans le desséïn de savoir quelle influencé pourrait exercer la présence de l’acétate d'ammoniaque sur la réchérche de l'acide acétique dans un cas présumé d’empoisonnement, j'ai distillé, au bai marie, pendant trois heures, un mélange de 30 grammes d’eau et d'autant d'acétate d'ammoniaque liquide que je venais de préparer, et qui était aussi neutré que possible, puisqu'il n’altérait aucunement les couleurs bléue ét rouge du papier de tournesol. Les 10 grammes qui ont passé d’abord bléuis= saient fortement le papier rouge, renfermaient par conséquent de l’ammo= niaque, et ne paraissaïent pas contenir d'acide. Il -en était de même 10 grammes qui avaient distillé en £econd lieu. Les 10 grammes qui |

étaient passés en troisième lieu bleuissaient le papier rouge et répandaient une odeur ammoniacale ; mais en les agitant avec de l’acide sulfuriqué concentré, ilse dégageait une légère odeur d'acide acétique. J’ai alors continué la distillation à feu nu , à la température de l’ébullition, exactement comme cela avait eu lieu dans l’expérience 3 , et j’ai également fractionné les produits; les 10 premiers grammes qui ont passé bleuissaient le papier, exhalaient une odeur ammoniacale , et l’on en dégageait de l’acide acétique par l'acide sulfurique. À dater de ce moment, le liquide obtenu dans le récipient offrait à la fois une réaction alcaline et acide, car le papier bleu était roug1 , et Le papier rouge bleui; toutefois l'odeur était encore ammoniacale , excepté vers la fin, où elle devenait très-sensiblement acétique. Jai saturé par la potasse pure, les 10 derniers grammes obtenus, et j'ai aussitôt développé une odeur ammoniacale qui ne se faisait pas sentir avant l'addition de la potasse; la liqueur ainsi saturée ’a fourni de l’acétate de potasse solide, lorque je l'ai fait évaporer. On voyait dans le fond de Ja cornue; à la fin de la distillation, un résidu solide gris , léger, tandis que le col était tapissé de cristaux d’acétate acide d’ammoniaque parfaitement transparents. | |

Expérience V.— J'ai répété cette expérience en substituant aux 30 grammes d’eau la même quantité d’un mélange de lait, de bouillon et de café, éten chauffant dé suite à Ja température de l’ébullition, mais à un feu doux. Les résultats ont été les mêmes, si ce n’est qu’à aucune époque de la distillation , je n’ai pu développer l'odeur acétique en traitant par l'acide sulfurique le produit condensé dans le ballon, et que je n’ai pas obtenu d’acétate acide d’ammoniaque cristallisé ; au reste, comme dans expérience précédente, les dernières portions du liquide distillé étaient acides, et en lessaturant par la potasse, quoiqu’elles ne répandissent pas d’odeur acétique, elles fournissaient de l’acétate de cette base qui, par l’action de l'acide sulfurique , donnait de l'acide acétique parfaitement reconnaissable à son odeur, etc. R

Expérience VI. — J'ai laissé pendant un mois un canal digestif en contaët avec un litre d’éau distillée ; la liqueur, éxcessivement fétide, ayant été filtrée, a été partagée en deux parties égales À et B. La portion À bléuissait à peiné le papier rouge de tournesol; distilléé séule à un feu doux mais à la température de l’ébullition, elle m'a fourni un produit que’ j'ai fractionné et recueilli dans quatre récipients distincts. Le premier blewissait fortement le papier rouge, et n’altérait pas le papier bleu : l'acide sulfurique ne développait pas d’odeur acétique. Le deuxième était dans le même cas, quoique un peu moins alcalin. Le troisième, à peine alcalin,.ne rougissait pas encore le papier bleu, et ne dégageait point d'odeur acétique par l'acide sulfurique. Enfin le quatrième était acide, et ne bleuissait pas le papier rouge, mais il ne répandait point d’odeur acétique, alors même qu'on le traitait par l'acide sulfurique ; je lai saturé par Ja potasse pure, et j'ai évaporé la liqueur jusqu'à Siccité, Le produit obtenu ; de coulèur noirâtre, mis en contact avec de l'acide sulfurique

concentré froid, a dégagé des vapeurs blanches ayant l’odeur d'acide acétique.

J'ai mêlé la portion B avec 60 centigrammes d’acide acétique, et j'ai distillé à un feu doux , en fractionnant les produits comme dans les expériences précédentes. La première portion distillée exhalait une odeur fétide, ni acétique ni ammoniacale; elle rougissait assez fortement le papier bleu; la potasse en dégageait de l’ammoniaque et fournissait de l’acétate de potasse qui, étant desséché, donnait par l'acide sulfurique concentré des vapeurs d'acide acétique parfaitement reconnaissables à leur odeur. Le lie quide , distillé en second et en dernier lieu, offrait exactement les mêmes caractères. À

Il résulte de ces expériences : 1° qu’il suffit de distiller à la tempéra-= ture de 100° à 130° c. un liquide organique contenant de l'acide acétique libre, pour recueillir, dans le récipient , une partie notable de cet acide (expér. Le, p. 261); 2 qu’on en obtient beaucoup plus si, avant la distillation, on a précipité par un excès de tannin , toute la matière animale que cet agent est susceptible de séparer, mais que, dans ce cas, l'acide volatilisé est légèrement altéré par un produit organique qui masque en partie son odeur, et communique aux sels résultant de son action sur les bases, une couleur brune noirdtre; en décomposant ces sels par l’acide sulfurique , il s’exhale une odeur mixte d’acide acétique et d'une autre matière, en sorte qu’il est assez difficile de bien caractériser par ce moyen l'acide acétique (expér. 2 et 3, p. 261); 3° qu’en dis= tillant des matières organiques contenant de l’acétate d'ammoniaque, sans renfermer un atome d'acide acétique libre, on obtient d’abord des produits non acides, dans lesquels il existe, au contraire , de l’'ammoniaque libre, tandis qu’on retrouve dans les dernières portions distillées de l'acide acétique, rougissant le papier de tournesol , et formant avec la potasse un sel d’où l’on dégage par l'acide sulfurique de l’acide acétique avec tous ses caractères, et parfaitement reconnaissable à son odeur (exp. 4 et5, p. 262); 4 qu’en laissant dans l’eau distillée , pendant un mois, le canal digestif d'un lromme non empoisonné par l’a= cide acétique, et à l’état normal, le liquide pourri contient de l’acétate d’'ammoniaque qui, étant chauffé, se comporte comme il vient d’être dit, et fournit en dernier lieu , lorsqu'on le traite par la potasse el par l'acide sulfurique, de l'acide acélique avec l'odeur qui le cäractérisé (expér. 6, p.263); 5° que ce même liquide pourri, s’il est distillé après avoir élé préalablement mélangé avec une suffisante quantité d'acide acétique pour le rendre légèrement acide, donne pour premier produit de la distillation un liquide transparent, qui, au lieu d’être alcalin, rougit le papier de tournesol , et contient de l'acide acétique, quoiqu'il

n’exhale pas l'odeur du vinaigre; en effet, il suffit de le traiter par la potasse et par l'acide sulfurique , pour obtenir de l’acide acétique parfaitement reconnaissable.

Procédé. — La matière suspecte est acide et rougit le papier bleu de tournesol. On introduit dans une cornue les matières vomies, ou celles qui ont été trouvées dans le canal digestif, ainsi que les eaux de lavage provenant de l’action de l’eau distillée froide sur la surface interne de l'estomac et des intestins. On adapte un récipient ; on place la cornue dans un bain-marie, et l’on chauffe jusqu’à l’ébullition , afin de coaguler une certaine quantité de matière animale, et de rendre la fil- Wation plus facile; on filtre, en ajoutant au décoctum la portion du liquide qui a passé dans le récipient. On obtient, par ce moyen , une liqueur À et une masse solide B.

La liqueur À, ordinairement colorée , rougit le papier bleu de tournesol, pour peu qu’elle renferme de l’acide acétique libre ; on la distille dans une cornue préalablement disposée dans un bain d'huile ou de chlorure de calcium, de manière que la température ne dépasse pas 120° à 130° c. L'opération est continuée jusqu’à ce que la matière soit presque desséchée ; le récipient, qui doit recevoir le produit de la distillation, contient 25 ou 30 grammes d’eau distillée, et plonge dans un liquide froid. Le liquide distillé est incolore et transparent ; s’il contient de l’acide acétique, il rougit le tournesol et exhale une odeur de vinaigre facile à reconnaître. On le sature par du carbohate de potasse pur, de manière que le papier bleu ne soit plus rougi, et que le papier rouge ne soit pas bleui; on évapore la liqueur jusqu’à siccité au bain-marie , puis on décompose l’acétale obtenu en le chauffant dans une cornue tubulée avec son poids d’acide sulfurique concentré, en distillant et en recueillant le produit dans un ballon qui plonge dans l’eau froide. L’acide obtenu doit offrir toutes les propriétés de l'acide acétique concentré {voy. p. 259). Si l’on était appelé à déterminer la quantité de cet acide qui s’est condensé dans le ballon, On y parviendrait aisément en partant de ce point, que 114,64 de carbonate de potasse solide saturent 100 parties d’acide acétique pur, contenant un équivalent d’eau. IL suffirait donc de savoir combien il a fallu de carbonate de potasse pour saturer l'acide très-affaibli qui aurait été recueilli dans la première distillation : ainsi, admetlons que cet acide ait exigé pour sa saturation 4 grammes 50 centigrammes de carbonate de potasse sec, on élablira la proportion suivante :

Le nombre 3 grammes 92 centigrammes représentera la quantité d'acide

acétique concentré à un équivalent d’eau contenu dans le liquide acés tiqueaffaibli du récipient. tx La matière desséchée qui reste dans la cornue, après avoir recueilli l'acide acétique qui a distillé, peut être négligée sans inconvénient "si l’on a obtenu dans le ballon une suffisante quantité d'acide pour cons= tater les propriétés qui le caractérisent. Dans le cas contraire ; on devræ chercher si elle ne renferme pas de l’acétalé de magnésie, résultant de l’action de l'acide acétique ingéré sur de la magnésie que l’on aurait administrée comme contre-poison. Pour cela , il faudrait, comme læ conseillé M. H., d’après M. le professeur Bérard, de Montpellier (voyez Journal de pharmacie du Midi, t. 8), traiter côte matière par leaü froide, filtrer el ajouter à la liqueur un excès de potasse pure dis soute ; a magnésie sera précipitée à l’état d’hydrale, et il se sera formé de l’acétate de potasse; on filtrera de nouveau , on évaporera jusqu'à siccilé, et on chauffera le produit dans un creuset; dès que l’acétate dé potasse sera fondu , on lé relirera du creuset, et on Île décomposerà dans une cornué par l’acide sulfurique concentré, Comme il à été dit." B. Les matières solides restées sur le filtre seront placées dans uñé cornue avec un litre d’eau distillée , ét soumises À l’ébullition pendañf une heure environ, afin de dissoudre l'acide acétique qu'elles pour” raient retenir. Le liquide filtré sera réuni à celui qui se trouvera dans le récipient , et distillé en prenant les précautions indiquées plus haut on agira sur le produit de la distillation et sur le résidu desséché dé re cornue comme il a été dit (voy. À, p. 265). à: Canal digestif. Après avoir ainsi examiné les matières vomies, et celles qui ont été extraites du canal digestif, on coupera l'estomac et les in testins en petits fragments, et on les fera bouillir dans une Cornue pen” dant deux heures avec de l’eau distillée : on aurait tort de négliger cette opération, car presque toujours on obtient, en la pratiquant, uné pro+ portion sensible d'acide acétique ; on agira ensuite sur le décoctum € sur le liquide distillé, comme je viens de le dire à l’occasion dés ma Lières solides (voy. B). ” La matière suspecte, loin d’être acide, est neutre ou alcaline. On con” çoit qu’un empoisonnement par l'acide acétiqué puisse avoir eu lieu, et que pourtant les matières vomies ou autres, ne rougissent pas le pa” pier bleu, soit parce que l’acide aura été complétement saturé par de la magnésie préalablement administrée comme contre-poison, soit parcé qu’il se sera développé de l’ammoniaque par suite de la puitéë faction, ou bien, comme je l'ai vu dans certains cas, parce quéla pro portion d’acide restant dans l’estomac est très-faible et combinée avec la matière organique. Dans ce cas, on étendra d’eau distillée toutes les matières suspectes liquides et solides, ainsi que les tissus du canal di-

gestif coupés par pelits morceaux , et on mäintiendra le tout pendant douze heures environ à la témpérature de 30° c., en ayant soin d’agiter détémps en témps; par €e moyen, les acétates et le composé d’acide acétique et de matière organique seront dissous , tandis que là majeure partie de la matière animale restera indissoute. On filtrera la liqueur et on la distillera en prenant les précautions que j’ai déjà indiquées. Il se pourrait qu’en procédant ainsi on oblint dans les premières portions distillées, de l'acide acétique libre, provenant d’une partie de celui qui était uni à la matière organique; j'en ai recueilli deux fois en expérimentant sur des liquides neutres qui ne contenaient point d’acétate d'ammoniaque. Supposons qué Cela n'ait pas lieu, et qu’au contraire les premières portions du liquide condensé dans lé ballon soient aléalines et renferment de l’'ammoniaque, qu’il en soit de même de celles qui passeraient après, il faudra condenser attentivement, dans un autre récipient, lé dernier produit de la distillation; si ce produit rougit le papier bleu de tournesol, alors même qu'il n’éxhalerait point l'odeur d'acide acétique , on devra le saturer par la polasse pure, évaporer le sel jusqu'à Siccité, et voir si, en lé distillant avec de acide sulfurique concentré, oh n'obtient pas de l'acide acétiqué parfaitement reconnaissablé ; en cas d’affirmalive, on sera porté à croire que le liquide non acidè, neutre où alcalin, Sur lequel on opère, contient de l’âcétaté d'ammoniaque ; il serait même difficile d'expliquer ces faits Sans admettre l’éxistence de ce sel dans la matière soumise à l’expérience. '

Quel que soit le résultat de la distillation des matières dont je parle, on devra examiner le résidu presque desséché de la cornue; on le trai- {éra par l’eau froide, comme il a été dit à la page 266, pour savoir sil nié rénferme pas de l’acétate de magnésie.

Conclusions. 1° Si la liqueur suspecte est acide, qu’elle fournisse par là distillation un liquide acide rougissant le papier de tournesol à quelque époque de l'opération qu’on l’examine, si cet acide offre les Caractères de l'acide acétique , ét qu’il soit en quantité notable , on pourra fortement Soupéonner qu'il y à eu empoisonnement par cel acide , parce que s’il est Vrai que plusieurs substances végétales où animales, ainsi que les liquides de l’estomat , contiennent naturellement de l'acide acétiqué, il est également cértain qu’en général ces malières ne renferment qu’une petite proportion de cet acide. On affirmera qu’il y a eu intoxication, si, dans l’éspèce , le commémoratif, les symptômes , là marche de la maladie et les lésions cadavériques annoncent qu'il ÿ a eu ingeslion d’un poison irritant énérgique.

2° Si la liqueur suspecte est acide, qu’elle fournisse par la distillation un liquide acide rougissant le papier de tournesol, soit au commence

ment, soit au milieu, soit à la fin de l'opération, que cet acide offre les caractères de l’acide acétique, mais qu’il n'existe qu’en très-petite proportion et à peu près en quantité égale à celle qui serait fournie par un mélange de diverses matières alimentaires naturelles distillées, dont le poids serait à peu près équivalent à celui des liquides suspects, on ne devra soupçonner un empoisonnement par l’acide acétique que danse cas où le commémoratif, les symptômes, la marche de la maladie etles lésions cadavériques seraient de nature à faire croire qu’un poison irritant énergique a été pris ; dans l'espèce, les accidents pathologiques $eront quelquefois tels, que l’expert pourra même être autorisé à déclarer que l empoisonnement lui paraît probable.

3° Si la liqueur suspecte est acide, qu’elle fournisse par la distillation des premières portions un liquide à la fois acide et alcalin, c’est-à-dire rougissant le papier bleu de tournesol et bleuissant le papier rouge, tandis que le dernier produit de la distillation serait seulement acide , que cet acide offre les caractères de l’acide acétique, surtout après avoir été saturé par la potasse, évaporé jusqu’à siccité, et décomposé par l’acide sulfurique, on tirera les mêmes couclusions que dans les deux cas précédents, suivant la proportion plus ou moins forte d'acide recueilli, «

4 Si le liquide n’est pas acide, qu’il fournisse par la distillation un premier et un second produit alcalins évidemment ammoniacaux, et que les dernières portions seulement rougissent le papier bleu et donnent de l’acide acétique après avoir été saturées par la potasse pure et traitées par l'acide sulfurique , on soupçonnera fortement que le liquide suspeet contient de l’acétate d’ammoniaque. Mais, comme cet acétate peut devoir son origine à diverses causes , il sera nécessaire, avant de se prononcer, d'examiner si l’individu que lon croit être mort empoisonné n’avait pas pris de ce sel à assez forte dose dans une potion médicamenteuse ou autrement, si le cadavre ne serait pas putréfié, et si l’acétate ammoniacal ne se serait point formé pendant la do putride. (Voyez expérience 6, p. 263.) Si le cadavre est pourri, et qu’il n’y ait pas eu ingeslion d’acétate d’ammoniaque ou d’un autre acétate soluble, on pourra admeltre que l’acétate ammoniacal est le résultat de l’action de l’'ammoniaque provenant de la putréfaction sur de l'acide acélique ingéré pendant la vie comme poison ou comme aliment, ou bien sur celui qui s’est produit pendant la putréfaction, ou bien encore à la fois sur l’un et l'autre de ces acides. Comment déméler Ja vérité au milieu de ce chaos, el quel parti pourrait-on tirer dans ce cas épineux de l'évaluation de la quanlilé d'acide obtenu, alors que personne ne saurait indiquer, pas même appr Sa Bert à 4 combien les cor ps fournissent d’acétate d’ammoniaque en se putréfiant ? L’expert ne pourra guère, dans ces circonstances, invoquer l’appui de la chimie autrement que pour corroborer

les soupçons plus ou moins fondés d’empoisonnement que peuvent faire nattre dans son esprit le commémoratif, les symptômes, la marche de la maladie et les lésions cadavériques ; et encore il arrivera souvent, quant à ces dernières, qu’elles seront difficiles à apprécier, vu l’état avancé de putréfaction du cadavre.

5° Si le liquide n’est pas acide et qu’il ne fournisse de l’acide acétique À aucune époque de la distillation , il faudra bien se garder de conclure quelindividu n'est pas mort empoisonné, si les accidents pathologiques sont de nature à faire soupconner une intoxication ; car il pourrait se faire que la totalité de l’acide acétique eût été rejetée par le vomissement et par les selles, ou que, par suite de l'administration d’un contrepoison , tel que la magnésie, les carbonates de magnésie, de chaux, etc., ileût été transformé en acétates de magnésie, de chaux, etc., solubles. S'il était prouvé, par un examen attentif des résidus de la distillation , ou des matières solides non distillées et traitées par l’eau froide, que ces matières renferment des quantités notables d’acélates de magnésie, de chaux, etc., cet élément ne serait pas sans valeur pour établir des probabilités d’empoisonnement par l’acide acétique, alors qu'il coïnciderait avec des symptômes et des lésions de tissu analogues à ceux que déterminent toujours les acides concentrés pris à une dose méme faible.

Page 1