‹ Traité de toxicologieChapitre 39 sur 103 · DE L'ÉAU DE JAVELLE (CHLORURE DE POTASSE OU DE SOUDE · texte numérisé non relu

DE L'ÉAU DE JAVELLE (CHLORURE DE POTASSE OU DE SOUDE

Action sur l’économie animale.

Exréniexce Le, — J'ai administré à un chien de moyenne taille et à jeun 225 grammes d’eau de Javelle à base de soude, et j'ai lié l’œsophage et verge; l'animal a fait des efforts considérables pour vomir et a eu plusieurs selles liquides très-abondantes; bientôt après il était en proie à une vive agitation sans mouvements convulsifs ; une demi-heure après l’ingestion!, il est tombé dans un grand abattement, et il est mort au bout de dix mi= nutes. À l'ouverture du cadavre on a trouvé l’estomac et les intestins en= flammés, comme cela avait eu lieu dans l’empoisonnement par la soude.

Expérience Il. — J’ai donné 125 grammes de la même liqueur à un chien robuste et à jeun; des vomissements abondants et des selles réitérées ont eu lieu bientôt après; au bout d’une heure l'animal paraissait dans l'état naturel. |

OservaTION L'. — Anaïs, âgée de dix-sept ans, sur la nouvelle de mort de son amant, avala tout d’un trait un plein verre à bière d’eau de Javelle. Pendant un quart d’heure elle n’éprouva aucun accident; mais s'é tant placée sur son lit, elle eut immédiatement des convulsions qui durèrent pendant une demi-heure. La connaissance était encore intacte; mais après ce délai elle la perdit complétement, et resta dans cet état jusqu’à deux heures du soir ; elle fut alors portée à l'hôpital. C’est le 22 octobre, à neuf heures du matin , qu’elle prit le poison. Elle éprouve une douleur très-vive et une sensation de chaleur intense dans le pharynx et dans toute l'étendue de l’œsophage; le larynx est douloureux à la pression, ainsi que toute là région cervicale antérieure ; les lèvres sont un peu pâles ; la muqueuse buccale est pâle ; il n’y a pas d’ecchymoses apparentes ; les amygdales ne pré sentent rien de particulier; la déglutition est difficile, douloureuses la parole assez libre; la langue est un peu sèche et blanchâtre; céphalalgie légère; peau chaude, un peu moite; pouls régulier à 76-78; la région épis gastrique est douloureuse à une pression modérée; cette douleur commente au niveau de l'appendice xiphoïde et s’irradie dans toute la partie sus-ombi licale et un peu aussi dans la partie sous-ombilicale; pas de selles depuis vingt-quatre heures; Ja malade urine facilement. (Un émétique, vingt sangsues à l'abdomen , de l’eau albumineuse et un lavement.)

La malade à eu plusieurs vomissements abondants de matières, dans les quelles se trouve une grande quantité de flocons d’albumine coagulée; pas de selles; nuit calme, mais sans sommeil ; pouls parfaitement normal; ya un peu de moiteur à la peau; le larynx n’est plus douloureux à la pression ; le ventre présente encore une sensibilité assez grande , surtout dans la direction du colon transverse: du reste il a son volume normal;

langue pâle, un peu sèche; pas de soif; pas de céphalalgie; l'appétit revient. (Vingt sangsues sur le ventre, lavements soir et matin, solution de sirop de gomme, julep ; diète.)

Le24, la malade a eu beaucoup d’agitation pendant la nuit; il y à de a céphalalgie , de la moiteur à la peau; pouls à 70-72; deux selles après les lavements ; il n’y a plus de sensibilité au ventre; la langue est toujours un peu sèche. (Orge, sirop de guimauve, lavements; cinq bouillons.) Le 25, Ja malade va très-bien. (A. Devergie, Médecine légale, 2° édition, t. HT, p. 322.) À … OssenvarTion IT. — MM. les docteurs Barbet et Brulatour furent appelés en toute hâte près d’une malade qui venait de s’empoisonner; ils furent frappés en entrant dans la chambre de la malade, par l’odeur du chlore qui s'y trouvait répandue; on leur présenta une bouteille de Ja contenance de 750 grammes, étiquetée eau de Javelle, et renfermant environ de 40 à 50 grammes d'un liquide qu’ils reconnurent être du chlorure d'oxyde de potassium : on leur dit que la malade avait bu tout ce qui manquait dans la bouteille ; elle-même en fit l’aveu formel.

La malade , âgée de vingt-cinq ans, d’une forte constitution , était étendue sur son lit, en proie à une extrême agitation. La figure était légèrement injectée, lès yeux étaient larmoyants , les mâchoires faiblement contractées, la bouche exhalait une odeur de chlore; une salive écumeuse, blanchâtre, entourait les lèvres; elle manifestait un sentiment d’astriction dans le gosier et dans tout le trajet de l’œsophage; elle accusait dans la région épigastrique des douleurs intolérables. En plaçant la main sur celte partie, on ressentait l'estomac violemment convulsé. Le pouls était plein et fréquent, la chaleur développée, mais également répartie; le front était Couvert de sueur; du reste, la malade semblait repousser tous les secours qu'on voulait lui prodiguer; elle répondait aux questions des médecins d’une manière brève, ses paroles étaient saccadées. |

La magnésie fut proposée comme pouvant, par son alcalinité, diminuer l'action irritante du chlore libre, et atténuer l’état d’astriction de lorifice œsophagien qui empêchait le vomissement de s'effectuer. 20 grammes de “cette préparation furent délayés dans 200 grammes d'eau sucrée, et on obtint de la malade qu’elle prit, à plusieurs reprises, la moitié environ du mélange. Un quart d'heure s'était à peine écoulé, qu’un abondant vomissement survint et expulsa environ deux verres d'un liquide ayant une forte “odeur de chlore, liquidé dans lequel on reconnaissait la magnésie sous forme de flocons coagulés; de nouvelles doses du mélange magnésien amc- “hérent de nouveaux vomissements, et furent continués jusqu'à ce que la Matière vomie eût plus l'odeur du chlore. Dès cette époque , l'administration de l’eau chargée de magnésie fut supprimée et remplacée par des bois- Sons mucilaginéuses; les accidents se calmèrent, la douleur de l’estomac "slaffaiblit, et vingt-quatre heures après, la malade put reprendre ses occu-

pations habituelles, ne conservant que de la sensibilité à l'épigastre, Sensibilité qui céda au bout de quelque temps, par suite d'un régime doux.

Oesenyarion IL. — Une jeune personne de vingt ans chercha à attenter à

ses jours en avalant un verre d’eau de Javelle; dix minutes après l'ingestion du poison, M. Barbet, qui avait été averti, conseilla la magnésie calcinée. 8 grammes délayés dans de l’eau furent pris, les vomissements se déclarèrent comme dans l'observation précédente, et tout se termina sans Je moindre accident, ce qui fut attribué au peu de séjour du poison dans l'estomac. (Journ. de chim. méd., année 1844, p. 249.)

Il résulte de ces faits que ces chlorures agissent à la manière des irrilants énergiques , et qu'ils déterminent la mort en peu de temps s'ils ne sont pas vomis; nous verrons bientôt qu'ils sont absorbés set qu’on peut constater leur présence dans le foie, la rate, etc.

Traitement de l’empoisonnement.

On favorise les vomissements à l’aide de boissons mucilagineuses ét albumineuses, et l’on combat l’irritation gastro-inteslinale, suivant son intensité, par des saignées générales ou locales , et par tous les moyens’ antiphlogistiques employés en pareil cas.

Recherches médico-légales.

On débile plusieurs sortes d’eau de Javelle, qui sont toutes formées de chlore, de polasse ou de soude, et d’une quantité variable d’eau L'eau de Javelle concentrée à base de potasse ou de soude est préparée en faisant arriver du chlore gazeux dans un litre d’eau tenant en disso* lution 125 grammes de carbonate de l’une de ces bases. Si l’on a em= ployé une plus grande quantité d’eau, on a obtenu l’eau de Javelle étendue dont on fait un si grand usage dans le commerce.

Eau de Javelle à base de soude concentrée. Elle est liquide, le plus souvent colorée en rose par un sel de manganèse, {ransparente , d’une odeur de chlore, alcaline, bleuissant d’abord le papier de tournesol rougi, puis le décolorant. Si on la chauffe, il se volatilise du chlore facilement reconnaissable à son odeur, et l’on obtient un produit solide rosé alcalin, qui bleuit le papier rougi, mais qui ne le décolore plus; pendant l’évaporation il s’est formé du chlorure de potassium ; aussi le produit est-il composé de chlorure de potasse et de ce sel, et dégage-t-il, quand on le traite par l'acide sulfurique, du chlore gazeux jaune verdâtre et du gaz acide chlorhydrique.

Quand on plonge dans cette eau de Javelle liquide une lame d'argent, ce mélal est aussitôt coloré en noir par suile de la formation d'une légère couche de chlorure d'argent qui devrait être blane s’il n’eût pas élé noirci par la lumière; il suffit de faire bouillir, pendant quelques minutes, avec de l’ammoniaque liquide concentrée, la partie de la lame

noircie, pour dissoudre une grande partie du chlorure qui la tapisse. La dissolution ammoniacale, saturée par l’acide azotique, laisse déposer du chlorure d'argent blanc, caillebotté, lourd, se colorant par l’acion de la lumière , etc.

Un papier imprégné d’iodure de potassium dissous et d’amidon est noirci à l'instant même par cette eau de Javelle, et il y a de l’iode mis à nu. L'azotate d’argent et l'acide fluorhydrique silicé en précipitent, le premier du chlorure d'argent, et l’autre du fluorure de sodium silicé. Le chlorure de platine ne la trouble point. Si l’on chauffe dans une cornue, à laquelle on a adapté un récipient, de l’eau de Javelle avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, il se dégage du chlore, lequel colore immédiatement en bleu un papier blanc, préalablement disposé dans le récipient , et mouillé par une dissolution d’iodure de po- (assium et d’amidon.

Eau de Javelle à base de soude étendue d’eau. Elle est liquide, transparente , à peine odorante, sans action sur les papiers rouge et bleu de tournesol. Chauffée, elle ne dégage point de chlore, et elle peut re évaporée jusqu’à siccilé, sans que le produit bleuisse le papier rougi par un acide. L’acide sulfurique la jaunit et en dégage du chlore; lle ne colore pas la lame d’argent, même après plusieurs heures ‘de contact, si elle est grandement étendue. Un papier imprégné d’une dissolution d’iodure de potassium et d’amidon est bleui par elle. L’azotate d'argent en précipite du chlorure d'argent, tandis que le chlorure de platine et l'acide fluorhydrique silicé , ne la troublent point; pour que ce dernier la précipite, il faut la concentrer préalablement en l’évaporant.

Eau de Javelle à base de potasse concentrée. Elle présente les propriélés de l’eau de Javelle à base de soude concentrée, si ce n’est qu’elle fournit avec le chlorure de platine un précipité jaune-serin, grenu el adhérent au verre, et avec l'acide fluorhydrique silicé, un précipité diaphane et comme gélatineux.

Eau de Javelle à base de potasse étendue d’eau. Elle ne diffère de l’eau de Javelle à base de soude étendue d’eau que parce qu’elle précipite en jaune-serin par le chlorure de platine, surtout lorsqu'elle à été concentrée par l’évaporation ; on débile souvent celle variété d'eau de Javelle dans le commerce.

On vend aussi dans le commerce une eau de Javelle à base de potasse, contenant beaucoup moins de chlore et de potasse que les précédentes, et ne présentant pas les mêmes caractères ; elle est liquide, à peine odoranle , incolore, sans action sur les papiers rouge et bleu de tournesol. Quand on l’évapore , elle ne dégage point de chlore, et l’on peut Pamener jusqu’à siccilé sans qu’elle bleuisse le papier rouge. La lame d'ar-

gent plongée dans cette liqueur ne perd ni son brillant ni sa Couleur, même au bout de plusieurs heures ; toutefois l’acide sulfurique la jaunit et en dégage du chlore; le papier imprégné d'iodure de potassium et d’amidon est bleui par elle ; le chlorure de platine et l’azotate d'argent la précipitent, le premier en jaune-serin, et l’autre en blanc.

Mélanges d'eau de Javelle, de lait, de bouillon, de café, de matière des vomissements, ete. — Expérience L'°. — J'ai administré 4 un chien de moyenne taille 150 grammes d’eau de Javelle rose à base“de soude , mélangée avec autant de lait, de bouillon et de café; l’œsophageet la verge ont été liés; l'animal est mort six heures après, et a été onvert aussitôt, L’estomac contenait quelques aliments et une partie de la liqueur ingérée. Après avoir été filtrée, celle-ci était jaune, tirant un peu suñle rose, et exhalait une légère odeur de chlore; elle bleuissait le papier rouge de tournesol. J’en ai traité une portion dans une cornue avec de l’acide sulfurique concentré à une très-douce chaleur; il s’est aussitôt dégagé.du chlore qui a bleui un papier imprégné d’iodure de potassium et d’amidon, que j'avais placé dans le récipient. Une autre portion de Ja liqueur até évaporée jusqu’à siccité ; le produit bleuissait le papier rouge de tournesol; je l’ai agité pendant dix minutes avec de l'alcool froid marquant 44 degrés: puis j'ai filtré et j'ai fait évaporer la liqueur jusqu’à ce que la matière ft charbonnée : le charbon était alcalin ; je lai incinéré dans un creuset d'argent, et j'ai traité la cendre par l’eau bouillante; la liqueur filtrée étail fortement alcaline, ne précipitait pas par le chlorure de platine, etsse troublait fortement par l’acide fluorhydrique silicé.

Foie et rate. Ges organes, extraits du cadavre immédiatement après la mort, ont été coupés en morceaux et laissés pendant plusieurs heure: dans l’eau distillée froide ; le liquide filtré a été distillé avec de l’acide act: tique, et la vapeur a été recueillie dans un récipient où j'avais mis un papi@ imprégné d’iodure de potassium et d’amidon, et quelques centigrammes de ce même iodure dissous dans l’eau. À peine la liqueur de la cornue étäitelle chaude que le papier et la liqueur étaient déjà bleuis, Voulantsa voir si cette coloration dépendait d’une portion de chlore qui se seraitdé: gagée , ou de l’acide acétique, j'ai précipité la liqueur du ballon par l'azotate d'argent , et j'ai fait bouillir le précipité avec de. l’acide azotique pue concentré; il est resté du chlorure d'argent que j'ai fait dissoudre dan: l’'ammoniaque , après l'avoir bien lavé; en saturant l’ammoniaque parllacide azotique, j'ai obtenu du chlorure d'argent parfaitement reconnaissable. Ilétait donc passé du chlore dans le ballon. La dissolution acétique qui restait dans la cornue a été évaporée presque jusqu’à siccité, refroidic et agitée avec de l’alcool concentré à 44 degrés; j'ai filtré, après un Contact de quinze heures, pour séparer une grande quantité de matière coa: gulée. La liqueur filtrée, évaporée et carbonisée dans une capsulé deporcelaine, a laissé un charbon qui était fortement alcalin. En incinérante charbon dans un creuset d'argent, j'ai obtenu des cendres que j'aivfai bouillir avec de l’eau distillée ; le solutum bleuissait fortement le papier

rouge de tournesol, ne précipitait pas par le chlorure de platine et donnaitun précipité blanc avec l'acide fluorhydrique silicé: donc il contenait de la soude libre.

Le foie et la rate d’un chien à l'état normal, traités de la même manière, n’ont point fourni de chlore , et l’acide fluorhydrique silicé n'a point précipité de soude,

Urine. Trois grammes d'urine de ce chier , traitée par l’azotate d'argent, ont donné onze centigrammes de chlorure d'argent, c’est-à-dire au moins huit fois autant qu’on en obtient de la même proportion d'urine à l'état

normal.

Exeéeience IL. — Dans une autre expérience faite dans les mêmes con-

ditions, jai traité le foie et la rate par l’eau froide ; le solutum évaporé jusqu’à siccité et refroidi, a été agité pendant un quart d'heure avec de l'alcool concentré marquant 44 degrés, et la liqueur a été filtrée et évaporée dans une capsule de porcelaine jusqu'à ce qu’elle fût carbonisée; le charbon bleuissait le papier rouge de tournesol; incinéré dans un creuset d'argent, il a laissé un résidu alcalin qui, étant traité par l’eau bouiljante, a fourni un solutum fortement alcalin, ne précipitant pas par le chlorure de platine, et donnant avec l'acide fluorhydrique silicé un préeipité blanc semblable à celui que l’on obtient avec la soude.

Je me suis assuré , en expérimentant de même sur un foie et une rate d’un chien à l’état normal , que la liqueur aqueuse provenant des cendres, quoique alcaline , ne se troublait pas par l'acide fluorhydrique silicé.

Procédé. — On filtrera les matières suspectes , et on les mettra en con- {act pendant plusieurs heures avec une lame d’argent pur, dans un flacon bouché; on retirera la lame, et si après l'avoir lavée avec de Veau distillée, on voit qu’elle n’est pas colorée en brun, on l’exposera À la lumière solaire ; si elle se colore ; on s’assurerà par l’ammoniaque et par l'acide azotique qu’elle doit cette couleur à du chlorure d'argent ; la présence de ce sel sur La lame permettra d'affirmer qu’il existait du chlore libre dans la liqueur filtrée. Si la lame ne s’est point colorée , on se gardera bien de conclure que les matières suspectes ne contenaient point d’eau de Javelle, car le défaut d’action sur la lame pourrait tenir à ce qu’il n'existait dans le mélange qu’une très-faible proportion d’eau dé Javelle, ou bien à ce que celle-ci renfermait originairement très-peu de chlore , ou bien enfin à ce que le chlore qui en faisait partie s’est combiné avec la matière organique, de manière à ne plus pouvoir être décélé par l'argent. Alors on introduira dans une cornue environ la moilié de la liqueur suspecte avec une lame d'argent et quelques grammes d'acide sulfurique concentré, et on chauffera jusqu’à l’ébul- Jition ; si la lame est noircie par du chlorure d’argent , et que la vapeur qui distillera blewisse un papier blanc imprégné d'iodure de potassium etd'amidon, préalablement placé dans le récipient ; on sera certain qu’il

y avait du chlore dans la liqueur : ce dernier caractère seul serait insuffisant pour prononcer, parce que certains acides qui auraient pu se volatiliser pendant la distillation, et notamment l'acide sulfurique, jouissent de la propriété de bleuir le papier imprégné d’amidon et d'iodure de potassium. Il n’en est pas ainsi de l’autre caractère ; en effet, l'application d’une couche de chlorure d’argent sur la lame de métal, dans les circonstances précilées , suppose nécessairement l'existence du chlore dans la liqueur.

On s’attachera ensuite à démontrer dans le mélange suspect la présence de la potasse ou de la soude , qui pouvaient faire partie de l'eau de Javelle. Pour cela on agira sur la totalité de la liqueur, si, à laide de la lame d’argent seule el sans addition d'acide sulfurique, on est parvenu à reconnaître qu’elle contient du chlore; sil n’en était pas ainsi, on n'opérerait que sur la moitié de la liqueur, sur celle qui n'aurait pas été décomposée par l’acide sulfurique. On évaporeraït celle-ci jusqu’à siccité, pour la traiter ensuite par l’alcool à 44 degrés, et lui faire subir les opérations qui ont été décriles à l’occasion de la potasse, p. 286. La présence de la potasse ou de la soude, à la fin de ces recherches, permettrait d'établir l’existence d’un empoisonnement par l’eau de Javelle à base de potasse ou de soude, en apportant toutefois dans les conclusions la réserve que j'ai conseillé de mettre lorsque j'ai parlé de l’empoisonnement par la potasse et par la soude (voy. page 289 et suiv.).

IL pourrait toutefois arriver que la quantité d’eau de Javelle renfermée dans les matières soumises à l'expertise , fût tellement faible quil fût impossible de prouver que celles-ci continssent du chlore, et même de la potasse où de la soude ; en effet, lorsqu'il existe peu d’eau de Javelle, et que celle-ci ne renferme pas la quantité de chlore voulue, il se forme, pendant l’évaporation des matières, du chlorure de potassium et de Phypochlorate de potasse, et il n’y a pas un excès d’alcali; en sorte que l’alcool concentré ne dissout ni de la potasse ni de la soude quand on le fait agir sur le produit de l’évaporation : alors l’embamras est extrème , et les experts se trouvent réduits à établir des conjectures d’après le commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu: Onsse méprendrait étrangement en croyant que, dans ces cas, on pourrai décider la question d’après l'abondance des précipités que feraient naître le chlorure de platine ou l'acide fluorhydrique silicé dans le traitement aqueux de la matière desséchée et épuisée par l'alcool : l'expérience prouve qu’une pareille marche entraiînerait souvent les experts dans des erreurs funestes. |

Ce procédé est infiniment préférable à celui qui a été proposé par M. Devergie, et que l’on ne saurait adopter sans s’exposer à commettre

les erreurs les plus graves. Voici comment M. Devergie conseillait d’opérer pour reconnaitre l’eau de Javelle mélangée avec du lait. «Prendre une portion de lait, l’introduire dans un verre à expérience, y ajouter de l'eau distillée, s’il paraît contenir une grande quantité de matière animale ; agir directement sur lui, s’il est très-liquide; y plonger une petite rondelle ou une lame d’argent bien décapée, et y verser de l’acide sulfurique, de manière à y faire naître une vive effervescence dépendant dela décomposition du chlorure par cet acide ; ne cesser l’addition d’acide qu’au moment où il ne se produit plus d’effervescence; apprécier l'odeur de chlore qui se manifeste immédiatement, et qui est extrémement forte ; constater la coloration en noir de la lame d’argent , effet instantané. On peut remplacer la pièce d'argent par un papier de tournesol , qui sera non-seulement rougi par l'acide ajouté, mais encore lécoloré , ou traiter le lait par du bleu de composition étendu d’eau ; au uret à mesure que l’on ajoutera cette liqueur, elle sera décolorée ; filrer la liqueur, la traiter par quelques bulles de chlore gazeux, afin de fassurer si elle ne se trouble pas par cet agent (dans le.cas où elle se roublerait, il faudrait y faire passer un courant de chlore jusqu’à ce twelle conservât sa limpidité); la traiter ensuite par le chlorure de latine , pour constater la présence de la potasse.

«Ge procédé me parait offrir les avantages suivants : 1° il met instananément à nu toute la quantité de chlore que renferme l’eau de Jaelle, et dès-lors l’odeur de chlore devient très-sensible ; 2 le chlore légagé agit immédiatement sur la lame d'argent et la colore en noir, ffet que l’on n'obtient qu’au bout d’un temps plus où moins long par le wocédé de M. Orfila ; 3° le chlore dégagé solidifie toute la matière aninale en suspension ou en dissolution dans le mélange d’eau de Javelle de lait : en sorte que l’on obtient immédiatement un liquide privé de natière animale, ou au moins dont la quantité est tellement faible (Welle ne peut plus être précipitée par le chlorure de platine ; 4 dans e cas où la quantité de chlorure serait trop faible pour que le chlore légagé enlevät toute la matière animale, on obvie à cet inconvénient ar un courant de chlore gazeux ; 5° si le liquide est coloré par une maière végétale, comme dans le café, le vin, la décoloration s’en effectue mmédiatement ; 6° on obtient, avec le chlorure de platine, un préciüté jaune-serin, pulvérulent, grenu, se rassemblant facilement au onddu vase , et tout-à-fait isolé de matière animale ; en sorte qu’il peut erMinà faire connaitre la quantité de potasse contenue dans le mélange, t qu’il ne peut plus induire en erreur ; en effet , l’alcool qui a macéré ur le lait, et dans lequel on a fait passer un courant de chlore, ne récipite pas par le chlorure de platine. Nous pensons qu’il est important ‘appeler l'attention sur les propriétés physiques de ce précipité, qui

seules permettent d'établir qu’il ne renferme pas sensiblement de matière animale. )

«Il est bien entendu que, dans les cas où l’on n’obtiendrait pas À précipité avec le chorure de platine, il serait nécessaire, pour acquérir la preuve qu’il n’existe pas d’eau de Javelle dans le lait, de rapprocher la liqueur par évaporation, et de l'essayer de nouveau par ce réactif, Je dois ajouter qu'il est nécessaire de se servir d’acide sulfurique pour décomposer l’eau de Javelle, attendu que les acides chlorhydrique et azotique noircissent immédiatement une lame d'argent.» (Article Chlore du Dictionnaire de médecine et de chirurgie.)

Il suffira de signaler les erreurs nombreuses commises par l'auteb de ce procédé, pour le faire rejeter.

1° On versera de l'acide sulfurique jusqu'à ce qu'il ne se produise plus une vive effervescence. Or, il n’y a point d’effervescence quandMle liquide contient une quantité peu considérable d’eau de J avelle.

2 Le chlore mis à nu dégagera une odeur extrêmement forte, guide fera reconnaître- Sans doute; mais comme il suffit d’une petite quantité de chlore pour apprécier son odeur, il est inutile d’en dégager beau coup : d’ailleurs, il est évident que plus il en exhalera, moins ilen restera pour agir sur la lame d’argent et former du chlorure. à

30 On constatera la coloration en noir de la lame d'argent. Get énoncé est d'autant plus insuffisant pour établir que la couleur noire est due du chlorure d'argent, que M. Devergie affirme, quoique cela ne soit-pas vrai, que les acides azotique et chlorhydrique ms hrs immédiatement une lame d'argent. #4

4° Un papier de tournesol sera rougi, puis décoloré. Gette erreurest des plus graves. Dans le cas où il n’y aura que peu d’eau de Javelle dans la liqueur, le papier sera fortement et incessamment rougi par la grande quantité d'acide sulfurique que l’auteur conseille d'employer, et "ne pourra pas être décoloré par la petite quantité de chlore exhalé.

5o On traite ensuite par le chlorure de platine, pour constater la présence de la potasse. Mais l’acide sulfuri ique en excès dont on a fait usage, a saturé la potasse du chlorure, en sorte que le chlorure de platinemne pourrait pas indiquer si la potasse était primitivement combinée avec du chlore, comme dans l’eau de Javelle, ou bien si elle provient d'us sel de potasse que l’on aurait ajouté au lait. h

6° En employant la lame d'argent et l'acide sulfurique , la coloration noire paraît sur-le-champ ; tandis qu’elle tarde longtemps à avoir lieu, si on suit le procédé conseillé par M. Orfila. Oui; mais on vient de prouver que l'emploi de l’acide sulfurique offre des inconvénients réels, quand on n’a pas réservé une portion de la matière suspecte pour ydémontrer la présence de l'alcali, et que l’on cherche à la fois celui-ell

DE L'EAU-DE JAVELLE. 303 lé chlore avec la même quantité de liquide, comme l'avait conseillé M. Devergie ; il vaut encore mieux attendre et obtenir un résultat satisfaisant ; que de se presser et de ne pas atteindre le but.

7° Le chlore, dégagé par l'acide sulfurique , solidifie toute la matière animale en Suspension. Cette proposition n’est pas exacte dans tous les cas où il y a beaucoup de matière animale et peu d’eau de Javelle; mais lors même que les choses se passeraient ainsi, ce serait un inconvénient que la solidification de la matière animale par le chlore, puisque le chlore qui agirait ainsi n’exercerait aucune aclion sur la lame d’argent; et pourtant la coloration en noir de ce métal est un caractère des plus importants.

8° Suivant M. Devergie, on obtient par le chlorure de plaline, après avoir fait passer un excès de chlore, un précipité jaune-serin de polasse et de chlorure de platine tout à fait isolé de matière animale 51 y avait de l’eau de Javelle ; tandis que l'alcool qui a macéré sur le lait, et dans lequel on a fait passer un courant de chlore, ne précipite pas par le chlorure de platine, s’il ne contient pas de chlorure de polasse. Rien n’est moins exact qu’une pareille assertion. En voici la preuve : coagulez du lait par l'acide sulfurique, à l’aide d’une légère chaleur ; iltrez ; faites passer un excès de chlore gazeux à (ravers la liqueur, Jour précipiter fout autant de matière animale que le chlore pourra en écipiter ; filtrez de nouveau, puis partagez 30 grammes de cette lijueur en trois parties égales : dans l’une d’elles , versez trois gouttes de chlorure de platine; dans une autre, ajoutez, outre les trois gouttes de el de platine , quatre ou cinq gouttes d’eau de Javelle; enfin laissez la roisième portion sans y rien ajouter : le lendemain , Ces {rois liquides uront conservé leur transparence, ou tout au plus les deux premiers seont légèrement troubles ; évaporez-les séparément afin de les concentrer, £ vous remarquerez qu’il se formera dans tous les trois, à une certaine ‘poque de l’évaporation, un dépôt de matière animale et de phosphate le chaux offrant le même aspect: seulement il sera jaune là ou l’on ivait mis du chlorure de platine, et blanc ailleurs ; Mais il sera difficile, our me pas dire impossible , de distinguer le dépôt formé dans la porion qui contenait les quatre gouttes de chlorure de potasse, de celui jui s’est produit dans le verre où l’on avait mis le chlorure de platine ans addition de chlorure de potasse. Si l’on traite par un peu d’eau roide le dépôt formé dans la portion de la liqueur où l’on n'avait mis ni hlorure de platine, ni chlorure de potasse , l’eau dissoudra la malière inimale et les sels de potasse Contenus dans le lait, tandis que le phoshate de chaux restera indissous : or, cette dissolution aqueuse , si elle st un peu concentrée, précipitera en jaune-serin par le chlorure de latine, comme les sels de potasse, quoiqu’elle ne contienne point d'eau

de Javelle, ce qui est contraire à l’assertion de M. Devergie. La même expérience, répétée en substituant au lait un mélange de lait, de café, de thé et de miel, ou bien en coagulant le lait par l’alcool, et enfaisant passer un excès de chlore dans la liqueur filtrée , fournit les mêmes résultats. Donc, la plupart des faits établis par M. Devergie dans ce paragraphe, sont erronés, et l'application qu’il en a faite à la recherche de la potasse, sans valeur aucune. |

9° Les acides chlorhydrique et azotique noircissent immédiatement une lame d'argent. Ici l'erreur est des plus marquées. L'acide azotique concentré jaunit l'argent pur ; mais s’il est affaibli, il ne le colorepas plus que l'acide chlorhydrique faible ou concentré. Si M. Devergieet expérimenté avec de l'argent exempt de cuivre, il n’eût point commis cette faute.

Action sur l’économie animale,

Expérience. — On à fait avaler à un petit chien 6 grammes de chaux vive réduite en poudre. Au bout de dix minutes, l’animal a vomi une asse grande quantité de matières alimentaires ; sa bouche était remplie d’écume, et il paraissait souffrir un peu. Le lendemain, il semblait rétabli, etila mangé avec appétit. Les deux jours suivants (3e et 4°), il continuait ä%e bien porter. Le cinquième jour, on Jui a fait prendre 12 grammes de chaux vive pulvérisée ; il a vomi deux minutes après , et il est tombé dans l’abattement , il s’est plaint de temps en temps, et il est mort trois jours après, sans avoir eu ni vertiges, ni mouvements convulsifs, ni paralysie. La bouche, l’arrière-bouche et l’œsophage étaient un peu enflammés; la membrane muqueuse de l'estomac offrait, dans toute son étendue , une couleur rouge assez foncée; elle était évidemment phlogosée; les tuniques qu'elle recouvre ne paraissaient point altérées; le pylore, le duodénum et les autres parties du canal digestif étaient dans l’état naturel. Les poumons, d'une belle couleur rose, contenaient de l'air, et n’offraient aucune trace d'engorgement ni d’hépatisation. |

OsservaTION. — Un petit garçon âgé de trois ans, qui jouait dansune cour où des maçons étaient occupés à travailler, goûta de la chaux éteinte, et, l'ayant trouvée d’une saveur douceâtre , il en avala une asssez forte quantité. |

Les parents, s’en étant aperçus de suite, retirèrent avec soin la chaux qui se trouvait encore dans la bouche et dans les cavités nasales, et firent aussitôt appeler M. le D° Lion. |

Ce médecin administra d’abord un vomitif composé de poudre d'ipéeicuanha et d’oxymel scillitique , mais il dut en faire prendre plusieurs doses assez considérables pour pouvoir provoquer le vomissement. Les matières rendues consistaient en une masse grise, ressemblant à du mortier.

Le petitmalade fut mis ensuite à l'usage d’une émulsion artificielle préparée avec l'huile d'amandes douces.

La nuit fut agitée ; l'enfant eut de la fièvre et but beaucoup. Il se développa des phlyctènes sur la membrane muqueuse buccale; les lèvres prirent une couleur blanche crétacée ; l'abdomen devint brülant et douloureux au toucher, et les garde-robes sanguinolentes,

M. Lion prescrivit la continuation de l'émulsion, et fit appliquer quelques sangsues sur l'abdomen, suivies de cataplasmes émolliens. La bouche fut lotionnée de temps en temps avec de l'huile. |

Sous l'influence de ce traitement, les accidents cédèrent rapidement, et, au bout de huit jours, l'enfant était parfaitement rétabli. (Casper’s Wochenschrift, 1844, n° 33.)

Symptômes de l’empoisonnement et lésions de tissu produits par la chaux

Symptômes. Les nausées , les vomissements, l’épigastralgie, les coliques , les déjections alvines, et tous les symptômes qui caractérisent Où qui compliquent les inflammations de l'estomac et des intestins , peuvent ètre la suite de l’ingestion imprudente de cet alcali caustique.

Lésions de tissu. Lorsqu'on examine les tissus après la mort occa- Sionnée par la chaux, on ne remarque qu'une phlogose plus ou moins intense de ceux qui ont été en contact avec elle. |

1° La chaux introduite dans l'estomac n’est pas un poison très-énergique ; 2 elle agit à l'instar de la polasse et de la soude, mais avec moins d'énergie (voy. p. 274). "

Triatement de l’empoisonnement par la chaux. Il est le même que pour la potasse et la soude (voy. p. 274).

Recherches médico-légales.

La chaux est solide , blanche ou d’un blanc grisätre , d’une saveur caustique et légèrement soluble dans l’eau. |

Dissolution aqueuse concentrée ou étendue. Elle ramène au bleu le papier rougi et précipite en blanc par les acides carbonique et oxalique ; le carbonate se dissout facilement dans un excès d’acide carbonique , tandis que l’oxalate est insoluble dans un excès d’acide oxalique et soluble dans l'acide azotique ; l'acide sulfurique pur ne précipite point l'eau de chaux. | + Chaux mélée à des liquides organiques, à la matière des VOMISSe= ments et à celle qui se trouve dans le canal digestif. L'albumine, la gélatine , le bouillon et Le lait n’occasionnent aucun changement dans

l’eau de chaux. Le vin rouge est précipité en violet, Le thé en rouge d’ocre, et la bile de l’homme en brun. | + tas

Expérience l'°.— J'ai mélangé un demi-litre de bouillon, autant .de lait et de café, et 40 grammes de bile ; j'ai saturé le liquide par l’eau de chaux, puis j'ai ajouté dix centigrammes de ce même alcali hydraté; après avoir constaté l’alcalinité de la liqueur, à l'aide du papier de tournesol rougiÿf'ai desséché la masse dans une capsule de porcelaine, et j'ai traité le, produit pendant vingt à vingt-cinq minutes par l’eau distillée bouillante qui a dis: sous la chaux libre, ainsi que de la matière organique. J'ai filtré et évaporé la dissolution, d’un brun rougeâtre, jusqu'à ce qu'elle füt carbonisée, et qu’elle ne répandit plus de fumée ; alors j'ai détaché le charbon dela capsule de porcelaine, à l’aide de la lame d’un couteau, et je l’ai incinéré dans un creuset de platine que j'ai maintenu à une chaleur rouge, pendant une heure environ, afin de transformer en chaux vive le carbonate de chaux qui s'était formé; en traitant la cendre par l’eau bouillante , j'ai ob=, tenu un solutum qui, après avoir été filtré, se comportait comme Veau de chaux avec le papier rougi, et avec les acidés carbonique, oxaliqueset sulfurique pur. Si l’on ne chauffait pas assez fortement la cendre danse creuset, la chaux serait à l’état de carbonate insoluble dans l’eau, etil faudrait, pour la découvrir, traiter cette cendre par de l’acide azotique faible, et constater la présence d’un sel de chaux dans l’azotate filtré.

La masse desséchée dans la capsule de porcelaine, et déjà traitée par l’eau bouillante, a été chauffée pendant quelques minutes avec de l'acide azotique pur étendu de cinq à six fois son poids d'eau, dans le but d'enlever une portion de chaux qui aurait pu être transformée en carbonate ouven oxalate de chaux, à la faveur des acides ou des sels contenus dans le mélange alimentaire; on a filtré la liqueur azotique dans laquelle pouvait se trouver un sel de chaux et de la matière organique; en évaporant celle-ci, en la carbonisant dans une capsule de porcelaine, et en incinérant le chars bon dans un creuset de platine, j'ai encore obtenu de la chaux vive,

Exrérience II. — Il était nécessaire de savoir si en agissant de la même manière sur une quantité assez considérable de matières organiques à l'état normal, on obtiendrait aussi de la chaux vive. J'ai évaporé jusqu’àssiccité, dans une capsule de porcelaine, 1 litre de bouillon, un demi-litre.de lait, autant de café et de vin rouge, et environ 40 grammes de bile. Le résidu a été traité pendant un quart d'heure par l’eau distillée bouillante; la liqueur filtrée, évaporée , carbonisée et incinérée dans un creuset de platine, a laissé une cendre assez fortement alcaline dans laquelle il y avait at moins autant de chaux vive que dans celle qui provenait du mélange alimentaire additionné de 10 centigrammes de chaux. La présence de cet alcali tenait certainement aux sels de chaux solubles dans l'eau bouillante , qui se trouvaient dans ce mélange, et notamment au"tartrate de chaux qui fait partie de la crème de tartre contenue dans le vin rouge. J'ai ensuite traité par l'acide azotique étendu d’eau la masse alimentaire normale que j'avais fait bouillir pendant un quart d’heure dans de l'eau

distillée; la liqueur, filtrée, a été évaporée jusqu’à siccité; le produit carbonisé et incinéré dans un creuset de platine, a laissé une cendre alcaline qui contenait une quantité notable de carbonate de chaux, puisqu’en faisant agir sur elle de l'acide acétique, la liqueur filtrée précipitait abondamment de l'oxalate de chaux par l’oxalate d’ammoniaque.

Expérience II.— Gonvaineu, par les résultats des essais qui précèdent , qu'il fallait nécessairement recourir à une autre méthode pour déceler la chaux libre qui pourrait se trouver dans une liqueur, j'ai fait un mélange d’un litre de bouillon, de demi-litre de lait, d’autant de café et de vin rouge; j'ai saturé ce mélange par de l’eau de chaux, puis j'ai ajouté 12 grammes d’eau saturée de chaux, contenant par conséquent 2 centigrammes de chaux environ; j'ai chauffé, après avoir délayé dans la liqueur un blanc d'œuf dissous dans l’eau; l'addition de l’albumine avait pour objet de pouvoir obtenir, par la filtration , une liqueur limpide; j'ai fait bouillir pendant quelques secondes, et quand le mélange a été refroidi Je l'ai mis sur un filtre ; la liqueur était d’un jaune rougeâtre, parfaitement limpide et sensiblement alcaline; je l'ai fait traverser par quelques bulles de gaz acide carbonique qui ne l’a point précipitée. Voyant alors que la liqueur élait légèrement acide, je l’ai chauffée pour volatiliser le gaz acide carbonique en excès, espérant qu'elle se troublerait; la dissolution est restée transparente et acide. J'ai ajouté de l’oxalate d’ammoniaque : à l'instant même j'ai obtenu un précipité d’oxalate de chaux , qui étant lavé , desséché, et calciné dans un creuset de platine, a fourni de la chaux vive.

La même expérience répétée , sans addition de chaux, a exactement offert les mêmes résultats, si ce n’est que la quantité d’oxalate de chaux obtenue était un peu plus faible. À

Expérience IV.— J'ai mélangé un litre de bouillon, un demi-litre de lait, autant de café et de vin rouge, avec 1 gramme de chaux vive au lieu de 2 centigrammes. Tout portait à croire que si l'acide carbonique n’avait point précipité la chaux dans l'expérience 3, cela tenait à ce que les 2 centigrammes étaient étendus d’une trop grande quantité d’eau; il était d’ailleurs évident qu’il fallait renoncer à l'emploi de l'oxalate d’ammoniaque, puisque les liquides alimentaires que j'employais fournissaient de l’oxalate de Chaux par ce réactif, alors même que l’on n’avait point ajouté de chaux. Le mélange a été évaporé jusqu’à siccité, et le produit traité par 60 grammes d’eau distillée froide ; après avoir agité pendant un quart d'heure, J'ai filtré la liqueur, qui a passé claire et qui était fortement alcaline; je l’ai fait traverser par un courant de gaz acide carbonique lavé; elle s’est troublée aussitôt, et le précipité disparaissait à mesure que l’eau se saturait de gaz carbonique; j'ai fait bouillir la dissolution pendant quelques minutes pour dégager l'excès de gaz, et j'ai laissé ramasser le précipité; celuioi bien lavé, desséché, et calciné au rouge dans un creuset de platine , m’a fourni de la chaux vive et du carbonate de chaux; toutefois la proportion de chaux obtenue ne représentait pas, ni à beaucoup près, le gramme de cet alçali qui avait été ajouté au mélange alimentaire,

Il suit de ce qui précède :

1° Que lorsqu'il s’agira de déceler la chaux vive dans un cas d’empoisonnement , on devra, après avoir constaté l’alcalinité de la matière suspecte, évaporer celle-ci jusqu’à siccité si elle n’est pas à l’état solide, traiter le produit par l’eau distillée froide, filtrer et faire passer un excès de gaz acide carbonique dans la liqueur; on fera ensuite bouillir pendant quelques minutes pour déterminer la précipitation du carbonate de chaux. IL n'existe en effet aucun liquide alimentaire ni aucun produit de vomissement qui fournisse un précipité de carbonate de chaux, lorsqu'on le traite par l’acide carbonique, à moins qu’il n’ait élé mélangé de chaux ;

2 Que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves , si l’on suivait l’un ou l’autre des procédés indiqués dans les expériences 1 et 3 (voy. p. 306 et 307);

30 Que le gaz acide carbonique ne précipite pas la totalité de la chaux vive introduite dans l'estomac, parce qu’une portion de cet alcali s’est transformée en sel, en se combinant avec les acides libres contenus dans les liquides alimentaires ou dans le canal digestif, et probablement aussi-parce qu’une autre portion est retenue par la malière organique avec laquelle elle forme un composé comme savoNneux ;

4 Qu'il serait dès lors imprudent de déclarer qu'un individu n'aurait : pas été empoisonné par de la chaux , par cela seul qu’on n’en décèlerait pas la moindre trace à l’aide de l'acide carbonique , l’'empoisonnement ayant pu avoir lieu par une petite proportion de cet alcali, donné avant ou après l’ingestion dans l'estomac de liquides acides; tels que le vin, elc.; dans ce cas, la chaux se serait transformée en un sel calcaire insoluble ou soluble , que l'acide carbonique ne pourrait point décomposer ; en pareille occurence l'expert devrait avoir surtout égard au commémoratif, aux symptômes, aux altérations cadavériques, elc. re

Il faudrait bien se garder de substituer au procédé que j’adopte celui qui consisterait à traiter par l’eau bouillante les matières suspectes desséchées, puis à calciner jusqu’au rouge, pour avoir la chaux vive, le produit desséché de la dissolution aqueuse, l'expérience m'ayant démontré que certains mélanges alimentaires, sans addition de chauæ, traités ainsi , fournissaient au moins autant de chaux que d'autres mélanges dans lesquels j'avais fait entrer 10 centigranvmes de cet alcali ; c’est qu’en effet il existe un bon nombre de substances alimentaires qui contiennent naturellement des sels de chaux solubles dans l’eau bouil- Jante; n’y aurait-il que le tartrate de chaux contenu dans la crème de tartre qui entre dans la composition du vin rouge, que mon asserlion se troverait suffisamment justifiée,

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