DE L’'AMMONIAQUE EX DU CARBONATE D'AMMONFAQUE
Action sur l’économie animale.
" Expèrience l©, — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien fort, quoique de petite taille, 8 grammes 30 centigrammes d’'ammoniaque liquide, moyennement concentrée : sur-le-champ l’animal à éprouvé une roideur tétanique dans les quatre membres ; il a eu une excrétion d'urine involontaire, et ses muscles, principalement ceux des lèvres et des extrémités, ont été agités de mouvements convulsifs. Il a continué de vivre dans cet état Jusqu'à la dixième minute après l'injection. On l’a ouvert sur-le-champ : la contractilité était éteinte dans les muscles; les poumons étaient crépitants, dune couleur rouge livide, et contenaient une petite quantité de sang; il yavait dans l'oreillette gauche quelques caillots gélatineux formés par du sang d’un rouge foncé; le ventricule gauche renfermait une assez grande
quantité de ce même fluide non coagulé, et d’une couleur noirâtre. Exrériexce I. — On à détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien ; on à introduit dans son estomac, à l’aide d’une sonde de gomme élastique, 2 grammes d’ammoniaque liquide concentrée, et on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture afin d'empêcher le vomissement. L'animal
à paru d’abord brülé; au bout de cinq minutes, il était tellement insensible qu'on lecroyait mort; quelques instants après, on l’a mis sur ses pattes, et il
à marché; il faisait des inspirations excessivement profondes; il n'avait point envie de vomir, et ses membres n'étaient ni paralysés, ni agités de mouvements convulsifs : on remarquait cependant un léger tremblement des extrémités postérieures. Cinq heures après l'introduction du, poison, il conservait encore la faculté de marcher, et il continuait à trembler. Lelendemain matin, à sept heures (vingt heures après l’empoisonnement)), il était couché sur le côté, insensible, et mourant. Il a expiré trois heures api ès. L'œsophage ne présentait aucune altération; la membrane muqueuse de l'estomac était d’un rouge peu intense dans une partie de son étendue , elle était blanche dans les autres points ; il n’y avait ni ulcération ni perforation d'aucune des tuniques de ce viscère; les intestins et les poumons étaient dans l’état naturel. d Exvérence III. -— J'ai fait avaler à un chien, à jeun depuis vingt-quatre heures, 8 grammes d’ammoniaque dissous dans 300 grammes de lait, de bouillon et de café ; l’œsophage et la verge ont été liés. Voyant, au boutsde vingt-quatre heures, que l’animal n’était pas mort, je l'ai tué, et j'ai procédé immédiatement à son ouverture. Les matières trouvées dans l'estomac ont été introduites dans une cornue, ainsi que 100 grammes d’eau distillée, avec laquelle je venais de laver, à plusieurs reprises, la surface interne de ce viscère; on a chauffé à une douce chaleur, et l’on a obtenu dans le rée pient un liquide incolore, répandant à peine une odeur ammoniacale, mais rétablissant fortement la couleur bleue du papier de tournesol rougi,et donnant d’épaisses vapeurs de chlorhydrate d’ammoniaque , dès qu’on pl çait au-dessus de lui un papier trempé dans l’acide chlorhydrique. L’urine (environ 80 grammes), distillée de même , a présenté les mêmes caractères. | Le foie et la rate, coupés en petits morceaux, ont été introduits dans une cornue avec 200 grammes d’eau distillée, et chauffés après six heures de contact ; le liquide recueilli dans le récipient se comportait exactement comme ceux qui avaient été fournis par les matières contenues dans l’estos mac et par l'urine. & Expérience IV.— On n’a rien obtenu de semblable en distillant les He quides extraits de l’estomac d’un chien non empoisonné, à qui on avait fait prendre, vingt-quatre heures auparavant, 300 grammes de lait ,de bouillon et de café. Le foie et la rate de cet animal, distillés avec de l’eau, n’ont pas donné non plus un liquide ammoniacal analogue à celui que j'a vais recueilli en distillant le foie et la rate du chien qui avait fait le sujet de l’expérience 3.
Expérience V. — À neuf heures, on a fait avaler à un chien de moyenné taille 10 grammes de carbonate d’ammoniaque réduit en poudre fine. Deux minutes après, l'animal à vomi une petite quantité de matières jaunâtres, molles , mêlées de sang rouge. À neuf heures six minutes, il a été agité de quelques mouvements convulsifs; bientôt les convulsions sont devenues générales et horribles : les muscles de la face, ceux du tronc et des extré= mités, se contractaient avec violence, en sorte que l'animal était dans un grand état d'agitation, et faisait des contorsions effrayantes. Au bout de
deux ou troïs minutes, il a roidi et étendu ses membres; son corps est devenu arqué , et la tête, fortement renversée en arrière, faisait aisément reconnaître l'état tétanique dans lequel il se trouvait. IL est mort à neuf heures douze minutes.
Autopsie faite immédiatement après la mort. Le cœur ne se contractait plus ; le ventrieule gauche renfermait beaucoup de sang fluide, d’un rouge légèrement foncé; les poumons étaient crépitants dans plusieurs points, mais ils offraient quelques portions dont le tissu contenait peu d’air, et ne faisait entendre aucun cri lorsqu'on le coupait. La membrane muqueuse de l'estomac était d’un rouge foncé, et évidemment enflammée dans Ja moitié qui avoisine le cardia; l’autre portion était blanche et dans l'état naturel.
La même expérience, répétée avec une égale dose de carbonate dissous dans 12 grammes d’eau , a fourni des résultats analogues. Lorsque ce sel estexposé à l'air pendant quelques jours , il perd en partie ses qualités vénéneuses , ce qui doit être attribué à la vaporisation de l'ammoniaque qu’il contient en excès.
Expérience VI. — L’inspiration du gaz ammoniac est suivie d'effets funesies (voy. p. 336).
Osservarion [°°. — Un médecin, âgé de trente ans, d’une forte constitution, d’un tempérament sanguin, était sujet, depuis plusieurs années, à des accès d'épilepsie, pour lesquels il suivait, depuis neuf mois, un traitement empirique. Un matin, après avoir déjeuné avec du chocolat, il eut un accès en présence du portier de sa maison. Get homme, apercevant sur la cheminée un petit flacon qui contenait de l’ammoniaque, et présumant que c'était à ce liquide qu’on avait recours pour faire cesser les mouvements convulsifs, en mouilla à plusieurs reprises le coin d’un moucheir , qu'il appliqua contre les narines du malade, et qu'il introduisit dans sa bouche. 8 grammes d’ammoniaque furent ainsi employés : on peut croire qu'il s’en est perdu 4 grammes, et que 4 grammes, tout au plus, ont été introduits tant dans les narines que dans la bouche; mais il est permis aussi de soupçonner que le portier, qui pouvait avoir vu ce que l’on voit tous les jours dans les rues, des épileptiques avaler d’assez fortes doses de liqueur d'Hoffmann , aura cru pareillement pouvoir verser l’alcali de la même manière dans la bouche de ce malheureux.
Quoi qu'il en soit, l'accès fut long. Dès que le malade eut repris conhaissance, il ressentit une douleur brülante depuis la bouche jusqu’à la région de l'estomac, et une gêne très-grande dans la respiration. Il avala de,son propre mouvement un grain d’opium, et fit faire une potion avec le kermès , dont il ne put prendre qu’une très-petite partie. Chrestien, qui le visita d'abord en l’absence de Nysten , le trouva dans un état d’irritation et de souffrance extraordinaires , pouvant à peine avaler, respirant avec beaucoup de difficulté , faisant entendre une espèce de râle à chaque mouyement inspiratoire. On appliqua des sangsues au cou, sans produire aucun soulagement, Une émulsion ordonnée pour boisson excitait de Ja toux avec
expectoration de mucosités abondantes. Nysten ne le vit que le lendemain à sept heures du matin. La nuit avait été sans sommeil. La face était altérée , la respiration fréquente, pénible, stertoreuse. Un liquide séreux coulait par intervalles des cavités nasales, et l’air ne pouvait en acune ma nière les traverser. La soif était très-vive, et la déglutition fort difficile. Le malade toussait, et expectorait beaucoup de matières muqueuses. La toux et l’expectoration étaient surtout provoquées par l’arrivée de la boisson dans l’arrière-bouche , il ne passait que très-peu de liquide dans l’œso= phage. 500 grammes au moins de mucosités, mêlées d’émulsion , avaient été rendus pendant la nuit. La voix était basse, faible, la parole fatiganté et entrecoupée , à cause de l’état de la respiration. On voyait une petite eschare noire à la partie moyenne de la lèvre inférieure, et une autre & sommet de la langue. La surface de cet organe était blanche; le voile du palais, ses piliers, les amygdales et la paroi postérieure du pharynx étaient d’un rouge foncé. La luette était rétractée, et recouverte d’une couche muqueuse blanche; les amygdales paraissaient à peine engorgées. Le malade éprouvait une chaleur brülante à la gorge, dans la poitrine, ét à l'estomac. Il avait rendu un peu d’urine rouge. Un dévoiement chronique, qu'avait entretenu le remède empirique dont il faisait usage, était suppri mé; la peau était chaude et sèche, le pouls petit, fréquent et faible, les facultés intellectuelles dans leur état naturel.
Nysten fit appliquer un large vésicatoire sur le sternum, comme révuls sif, conseilla les lavements émollients, et fit continuer la boisson ému sionnée , qu’on administrait avec un biberon. Le soir, l’état était le même à la faiblesse près, qui était augmentée. Le malade, à l’aide du biberon, avala un peu de liquide, mais trop peu comparativement au besoin qu’il en avait. Nysten , de concert avec Chrestien, recommanda d’insister sur les lavements adoucissants avec le bouillon de veau; mais on ne put en donner aucun: le liquide ressortait avec force du rectum au moment de son intro duction. La nuit se passa dans les mêmes souffrances. Le malade, qui con» naissait parfaitement son état, se livrait au désespoir. à
Le lendemain, grand affaiblissement. Le vésicatoire avait détaché l'épiderme, mais n'avait pas provoqué d’excrétion séreuse. On en avait applis qué deux autres aux environs du premier, qui ne produisirent pas plus d'effet. L’oppression extrême, l'augmentation du râle, avec menace de suffocation, la petitesse et la dépression du pouls, qui était à peine sensible, tout annonçait une prochaine agonie : cependant ce malheureux conservait toute sa raison; il était tourmenté d’une soif dévorante et l’on ne pouvait faire parvenir que très-peu de liquide dans l'estomac. Pour le soulager, Nysten introduisit une sonde de gomme élastique dans l’œsophage par la narine gauche, et s’en servit pour injecter de l’émulsion dans l'estomac, à l’aide d’une petite seringue. Il essaya inutilement d’administrer des lavements au moyen d’une semblable canule introduite dans le rectum le liquide était repoussé avec force, sans doute par la contraction spasmodique des gros intestins, À dix heures, le pouls était insensible ; à onze , le malade expira,
Examen cadavérique. Les membranes du cerveau étaient saines, et présentaient seulement quelques adhérences entre l’arachnoïde et les granulations cérébrales dites glandes de Pacchioni, que l’on trouve à l’extérieur du sinus longitudinal supérieur. La pulpe cérébrale était injectée , comme on l’observe dans la plupart des sujets sanguins. Il n°y avait que quelques gouttes de sérosité dans les ventricules latéraux. La corne d'Ammon du côté gauche était beaucoup plus consistante que celle du côté droit et que les autres parties du cerveau qui répondent aux ventrieules ; c’est surtout à Ja partie de la corne d’Ammon qui aboutit à la cavité digitale que sa consistance était remarquable. La protubérance annulaire était aussi plus consistante que dans l’état ordinaire. La base du cerveau et le cervelet paraissaient parfaitement sains. La membrane muqueuse des fosses nasales était partout d’un rouge intense, et recouverte d’une couche albumineuse mem braniforme qui bouchait les narines. La langue ne présentait d’autre altération que la petite eschare dont il a été fait mention ; les papilles muqueuses de sa base étaient très-développées ; le voile du palais, ses piliers, et toute Ja membrane muqueuse de l’arrière-bouche , étaient d’un rouge intense; la luette, comme racornie, était couverte d’une couche muqueuse. La face antérieure de l'épiglotte était saine; mais la face postérieure et l'entrée de la glotte étaient très-rouges, et recouvertes d’une fausse membrane. Toute la tunique muqueuse de la trachée-artère et des bronches était d’un rouge vif, et tapissée par endroits d’une couche membraniforme; on en voyait des portions jusque dans les ramifications bronchiques. Les poumons étaient crépitants en avant; mais leurs parties postérieures étaient gorgées de sang, ce qui pouvait être survenu après la mort. Le péricarde contenait peu de sérosilé; le cœur, assez volumineux, n'offrait rien d’extraordinaire.
La membrane muqueuse œsophagienne présentait quelques stries d'un
rouge vif;on en voyait de semblables dans celle de l'estomac, suivant la direction des fibres musculaires ; le duodénum était sain. Il existait une petite invagination vers le milieu du jéjunum. La membrane muqueuse de cet intestin et celle de l'iléum présentaient diverses plaques rouges ; les gros intestins étaient sains. La vessie urinaire était très-rétractée; on remarquait … vers le trigone vésical quelques traces de phlogose. Tous les autres viscères étaient à l’état normal.
Suivant Nysten, le malade a succombé à une inflammation très-aiguë de la membrane muqueuse du larynx et des bronches, causée par l'ammoniaque , et que l’on peut comparer à un croup aigu. (est par la violence de l’inflammation , et non par la suffocation ou l’asphyxie, que le malade à péri. ( Gazette de santé, 21 mai 1816.)
Onservarion I. — Martinet, Huxham, Haller, etc., rapportent des cas dans lesquels l’ammoniaque liquide a occasionné la mort dans l’espace de quelques minutes, après avoir brülé les lèvres, la langue, le palais, ete., et avoir déterminé des hémorrhagies des intestins, du nez, et la fièvre hectique.
Oservarion IL. — Monnier (Auguste), âgé de trente-neuf ans, tailleur,
adonné à l'ivrognerie et plongé dans la plus grande misère, cherche dans le suicide un remède contre ses chagrins. Trouvant en sa possession un flacon d’ammoniaque dont il se servait comme dégraisseur , il Le boit à neuf heures du matin. On le transporte à l’'Hôtel-Dieu, à onze heures, dans l'état suivant :
Décubitus dorsal, la tête est pendante et subit les mouvements qu’onlui imprime ; la face est pâle, sa couleur peut être comparée à celle de la cire: les yeux à demi-fermés, le regard sans direction, la pupille contractiles;Més lèvres sont également pâles, ne sont point cautérisées ; la langue, un peu rouge et sèche, n’a point perdu son épithélium : il y a eu des vomissements, mais nous n’avons point vu les matières vomies; la soif est très-vive le ventre rétracté est le siége d’une douleur brülante, la pression augmente les souffrances du malade, les selles sont involontaires ; la chemise du mæ lade est mouillée par un liquide jaunâtre, qui nous indique que les selles ont été purement séreuses. La respiration est fréquente sans être embarrassées pas d’expectoration; le pouls, petit, misérable, fréquent, est à peine sens sible , la voix est encore forte; les membres sont dans la résolution , le mas Jade les trouve lourds et engourdis; l'intelligence est intacte; les réponses sont claires, précises. Monnier se plaint d’un froid très-vif et cherche à se couvrir; la peau est en effet glacée. (Limonade sulfurique, cruchons d’eau chaude à la plante des pieds; sinapismes aux mollets, frictions sèches sur les cuisses, les bras.) È Quelques moments après son entrée à l’hôpital, le malade vomit une mas tière sanguinolente, en petite quantité, ayant l'odeur ammoniacale; en même temps les selles sont devenues pareillement rouges, sanguinolentes, elles sont toujours involontaires et presque continuelles ; le malade se plaint alternativement de douleurs atroces dans le ventre, et du froid qu’il éprouvé dans tous ses membres. Le pouls devient de plus en plus petit, et malgré les soins assidus pour lesquels on ne saurait donner trop d’éloges à M. Dallas, étudiant en médecine, le malade succombe à trois heures, c’est-à-dire six heures après l’ingestion de la substance toxique. # Autopsie, vingt-cinq heures après la mort. Rigidité cadavérique; le dos et les épaules ont une couleur rose, provenant de l’infiltration sanguine dé= terminée par le décubitus dorsal ; le reste du corps est uniformément päles, il n’y a point de putréfaction. + L'abdomen ouvert, on trouve un peu de sérosité sanguinolente; les'in: testins vers la région gastrique et dans l’hypochondre gauche ont une colo® ration rouge noirâtre; cette couleur devient rosée, dans la région cœcale, le colon a conservé sa couleur blanche ordinaire , si ce n’est la portion qui avoisine l’estomac, laquelle est pareillement un peu rosée. L'œsophage conserve sa couleur normale à la partie supérieure ; après 6 centimètres de trajet, la coloration rouge se montre, mais non point d’une manière uniforme ; on dirait que cet organe s’est plissé, que le sommet des plis, ayant supporté l’action continue de l’ammoniaque, est rouge noirâtre, couleur qui va en diminuant jusqu’aux points qui, par la plicature, auraient été soustraits à l’action toxique; le boursouflement de la muqueuse suit la
DE L’AMMONIAQUE. 327 même progression ; très-marquée dans les points rouges noirâtres, elle est à peine augmentée de volume dans les points qui ont conservé leur coloration normale. Cette sorte de cautérisation longitudinale existe, jusqu’à 5 centimètres du cardia ; toutefois la coloration rouge noirâtre devient de plus en plus uniforme, jusqu’à ce qu’elle prenne les caractères qui lui sont eommuns ayec la muqueuse gastrique.
L'estomac et l'intestin contiennent un liquide que je ne saurais mieux . comparer , pour la consistance et la coloration, qu’à la rate diffluente, à ce que l’on a appelé la boue splénique ; ce liquide a une odeur nauséeuse, qui n’est point celle de l’ammoniaque.
La muqueuse de l’estomac forme des circonvolutions semblables à celles du cerveau; quelques-unes ont une saillie de 6 millimètres. Ici, comme dans l’œsophage, ce sont les parties les plus saillantes qui sont aussi les plus enflammées : d'un rouge noir au sommet, les circonvolutions deviennent rouges , seulement dans les points où la muqueuse est adossée à elle-même. La muqueuse est considérablement augmentée d'épaisseur, elle est trèsramollie, on la déchire avec la plus grande facilité; les altérations sont d'autant plus marquées, que l’on se rapproche davantage de la grande courbure en bas. Dans le grand cul-de-sac, est une petite ulcération comme formée par un emporte-pièce ayant mis la musculeuse à nu. Vers la région pylorique, la muqueuse ressemble à une peau de chagrin, ce qui tient à ce que cette membrane dans ce point a été racornie et a formé de petites eschares noires. |
L’intestin grêle est, comme l’estomac, d’un rouge noirâtre, la coloration étant toujours plus marquée au sommet des valvules conniventes. La coloration et les autres caractères inflammatoires de la muqueuse intestinale diminuent vers le milieu de l’intestin grêle, où la muqueuse a une coloration uniformément rosée, sans arborisations vasculaires. La muqueuse redevient rouge noirâtre, ramollie, hypertrophiée dans le cœcum. Cet état pathologique disparait à mesure que l’on se rapproche du rectum. Le foie contient beaucoup de sang.
Les voies aériennes sont saines, les poumons sont crépitants; le ventricule gauche du cœur ne contient point de sang ; celui que l’on trouve dans leventricule droit et l'aorte est liquide, et ne contient aucun caillot.
Bien que l'existence de l’ammoniaque comme agent toxique ne fût point douteuse , je réclamai de la police la bouteille qui avait contenu la liqueur vénéneuse, et j’obtins la preuve matérielle que l’empoisonnement avait eu lieu par l’ammoniaque liquide.
Je n’ai trouvé, dans les ouvrages que j'ai pu consulter, aucun fait avec lequel je puisse comparer celui que je viens de rapporter. Les accidents que citent les auteurs sont une irritalion plus ou moins vive des voies aériennes qui guérit après un temps qui varie selon l'étendue de l’action de V'ivritant. Dans le fait cité par Nysten, la mort eut lieu, mais les voies respiratoires furent encore le siége des désordres. Plenck et d’au-
tres auteurs ont cilé, sans détails, des empoisonnements par l’ammoniaque, dans lesquels la mort survint quelques minutes après l’accident. Les expériences de M. Orfila sont les seuls jalons que l’on rencon(re.
Si, d’après le fail précédent, j'étais appelé à donner les symptômes produits par l’ammoniaque à dose toxique, je trouverais, outre les symptômes de gastro-entérite, des caractères spéciaux dans Les vomissements et les selles sanguinolentes. Ces Symptômes trouvent-ils Ieur raison dans l’action corrosive de l’ammoniaque sur la muqueuse gastrointestinal ? Je ne le crois point ; car beaucoup d'agents plus corrosifs, en détruisant la muqueuse, ne produisent point l’hémorrhagie. Dans celle circonstance, l’'ammoniaque a agi comme alcali , il a rendu le sang plus diffluent; aussi, après la mort, le sang a-t-il été trouvé partout liquide. Cette opinion se renforce des expériences de M. Orfila; dans presque tous les empoisonnements déterminés sur les chiens par l’ammoniaque, on a trouvé, à l’autopsie, des épanchements sanguins variables par leur siége et leur quantité.
M. Orfila a toujours vu survenir l’irritation du cerveau, soit que l’ammoniaque eût été injectée dans les veines, soit qu’elle eût été portée dans le canal intestinal ; le fait précédent donne une exception à la règle générale. Monnier a conservé l'intégrité de ses facultés intellectuelles jusqu’à son dernier moment ; ses réponses étaient justes , précises , ses plaintes bien définies. Je suis loin de dire que le système nerveux n'ait point subi une influence. La sensation si vive du froid n’a-t-elle eu sa source que dans la concentration du fluide sanguin vers le tube digestif, et l’hémorrhagie qui est survenue ? A quelle cause rapporter les selles involontaires ? 4
La durée de l’empoisonnement a été de six heures. J'ai déjà dit que les auteurs citaient des faits dans lesquels le malade a succombé après quelques minutes. La question de quantité aurait pu peut-être rendre comple de cette différence, mais je n’ai pu savoir la quantité de poiso : que Monnier à bu ; toutefois il est probable qu’ilen a pris au moins une once; Car comme il l’a dit , il a été acheter l’'ammoniaque avec la ferme intention dese suicider. La bouteille dans laquelle elle était contenue peut recevoir 100 grammes de liquide , et dans une pareille circonstance on peut présumer qu’il a dû ne point se contenter d’une petite quantité. (J. Chapplain, chirurgien en chef interne de l’hôtel-Dieu de Marseille. Archives du Midi, novembre 1845 , p. 84.)
Symptômes et lésions de tissu développés par l’ammoniaque et par le sesquicarbonate d’ammoniaque.
Ils ne différent pas de ceux que déterminent les poisons irritants les plus énergiques : les parties touchées sont fortement enflammées , el il
en résulte des accidents variés, suivant que l’action a porté sur le canal digestif, sur la membrané muqueuse de la bouche, du larynx, de la trachée, des bronches , etc. Toujours ces accidents inflammatoires sont suivis de phénomènes nerveux d’une grande intensité, comme on peut s’en assurer en lisant les expériences 2 el 5 (p. 322), ainsi que l’observalion {, p. 323.
Conclusions. 1° L’ammoniaque et le sesquicarbonate d’ammoniaque sont absorbés, et agissent en excitant le système nerveux et particulièrement la colonne vertébrale, indépendamment de l’action très-irritante qu'ils exercent sur les parties avec lesquelles ils ont été mis en contact; 2° ils agissent à peu près de même, quand on les injecte dans le système veineux. 3° Presque tous Les chiens que j’ai empoisonnés par l’ammoniaque ont présenté des épanchements sanguins variables par leur siége etleur quantité. M. Chapplain a constaté depuis, chez l’homme, des faits analogues ( voyez observation 3, p. 325).
Traitement de l’empoisonnement par lPammoniaque et par le sesquicarbonate d’ammoniaque.
L'eau vinaigrée jouit ici des avantages dont j'ai parlé en faisant l’histoire de la potasse; nul doute que ce ne soit un médicament utile pour neutraliser lammoniaque qui se trouverait encore libre dans le canal digestif. Malheureusement cet alcali exerce son action avec une promptitude extrême , et on ne saurait trop faire sentir aux praticiens la nécessilé d'agir sans le moindre retard, afin de s'opposer au développement des symptômes nerveux, et de ceux qui caractérisent les inflammations des organes contenus dans le bas-ventre.
Recherches médico-légales.
- Ammoniaque liquide concentrée. Liquide incolore, d’une odeur vive, piquante, sui generis, d'une saveur très-caustique, verdissant le sirop de violettes , rétablissant la couleur bleue du papier de tournesol rougi, répandant des vapeurs blanches épaisses dès qu’on place au-dessus de lui un papier ou un tube imprégnés d'acide chlorhydrique, donnant avecle chlorure de platine un précipité jaune-serin, dur, grenu , et adhérent au verre.
Sesquicarbonate d’ammoniaque. I| est solide, blanc, d’une odeur am- Mmoniacale , d’une saveur caustique, verdissant le sirop de violettes, se volatilisant un peu à l'air en perdant de l’'ammoniaque, soluble dans Veau , décomposable par les acides qui en dégagent du gaz acide carbonique avec effervescence et sans vapeurs, précipilant le chlorure de plaline comme l’ammoniaque.
Mélanges d'ammoniaque ou de sesquicarbonate d’ammomiague et de matières alimentaires ou des liquides vomis, ou de ceux que l’on trouve dans le canal digestif après la mort. L’eau sucrée, l’albumine, la gélas line , le lait et la bile, ne sont point troublés par ces corps. Quand 6n introduit quelques centigrammes d’ammoniaque ou de sesquicarbonate d’ammoniaque dans une cornue, avec 200 ou 250 grammes de lait, de bouillon, de café, etc., et qu’on distille à une douce chaleur, onne tarde pas à recueillir dans le récipient un liquide incolore offrant £04s les caractères de l’ammoniaque. La même chose a lieu si l’on agit sur les matières vomies par des chiens empoisonnés par l’un ou l’autre"de ces corps, ou sur celles que l’on extrait du canal digestif après la mort (voy. expér. 3, p. 322). On voit donc qu'il suffira de procéder 44 distillation pour obtenir la preuve de l’existence de ces poisons. Dans le cas où la matière suspecte serait épaisse, on devrait l’étendre d’ean avant de la chauffer. LM $
Il peut arriver que l’on ne recueille pas ou presque pas d’ammoniaque dans le ballon, alors même que les matières sur lesquelles on opère en contiennent , et qu’il y a eu empoisonnement ; c’est que ces matières élaient acides, et qu’il s’est formé un ou plusieurs sels ammoniacaux qui peuvent n’être pas volatils; si le sel produit était de l’acétate d’am moniaque, on le reconnattrait comme il a été dit à l’article Acide acétique, p. 264; dans tout autre cas, il faudrait, après avoir réduit la liqueur de la cornue à peu près au sixième de son volume, la coaguler par de l'alcool à 36 degrés, filtrer et distiller le liquide filtré au bainmarie. Après l'avoir mélangé avec quelques centigrammes de polasse pure, qui décomposerait les sels ammoniacaux et dégagerait l’ammoniaque, celle-ci se trouverait alors dans le récipient , et serait facile à reconnaîlre. On conçoit toute l'importance qu’acquiert dans ce cas l’appréciation du commémoratif, des symptômes, et des lésions de tissu, pour déterminer s’il y a eu ou non empoisonnement par l’ammoniaque ou par le sesquicarbonate d’ammoniaque. 4
Si les matières sur lesquelles on expérimente sont déjà pourries , soit parce que la mort date de plusieurs jours, soit par tout autre cause, on peut être fort embarrassé pour décider si l’ammoniaque recueillie dans le ballon est le résultat de la putréfaction , ou bien si elle provient d’un empoisonnement. Nous avons vu, en effet, à la page 263, en parlant de l'acide acétique, que l’on obtient de l’'ammoniaque dans le récipient en distillant l’eau qui est restée en contact pendant un mois avec un Canal digestif à l’état normal. L'analyse chimique ne sera jamais que d’un faible secours dans ces cas épineux , et l’expert devra surtout asseoir son jugement sur des considérations tirées du mode d’invasion de la maladie, des Symptômes , des lésions de tissu, etc.