‹ Traité de toxicologieChapitre 43 sur 103 · DU CHLORHYDRATE D'AMMONIAQUE · texte numérisé non relu

DU CHLORHYDRATE D'AMMONIAQUE

DU CELORHYDRATE D’AMMONIAQUE (SEL AMMONIAC ). Action sur l’économie animale.

Expérience 1. — 5 grammes de ce sel furent appliqués, à onze heures du matin, sur la cuisse d’un chien de 30 centimètres de haut; une heure et demie après, l'animal éprouva un malaise sensible, de la faiblesse, et il vomit des mucosités écumeuses; la faiblesse augmenta progressivement, au point que , deux heures après l'application du poison, l’animal paraissait ivre, et avait beaucoup de peine à se soutenir. À quatre heures, il se tenait un pèu mieux sur ses pattes; mais bientôt après, la faiblesse alla toujours en croissant, et il mourut vers les onze heures du soir.

Ouverture du cadavre. On ne put découvrir aucun atome de sel ammoniac sur l'endroit où il avait été appliqué. L'intérieur de l’extrémité splénique de l'estomac offrait un très-grand nombre de petits ulcères gangréneux occupant toute l'épaisseur de la membrane muqueuse ; l'extrémité pylorique de ce viscère était évidemment enflammée ; l'estomac et les intestins grêles contenaient un fluide noirâtre très-fétide ; le jéjunum et l’iléum présentaient, de distance en distance , des bosselures avec amincissement de leurs parois ; on voyait à l’intérieur d’une de ces bosselures le commence ment d’une ulcération miliaire. Il n'y avait dans le rectum qu’une tache rouge peu étendue. Le cœur avait sa consistance ordinaire ; on remarquait dans le ventricule gauche trois petites taches rouges qui s’étendaient à 3 millimètres environ dans le tissu charnu. Les poumons présentaient aussi quelques taches rouges sur leur partie antérieure (Smith).

Expérience IL. — 8 grammes du même sel furent appliqués sur la cuisse d’un autre chien : l’animal mourut au bout de trente-six heures.

Ouverture du cadavre. L’extrémité splénique de la membrane interne de l'estomac était réduite en putrilage et en fragments qui nageaient dans un fluide muqueux assez abondant; les intestins grêles et le rectum étaient comme dans lexpérience précédente. La graisse qui sépare extérieurement la base du ventricule droit du cœur de l’oreillette, contenait du sang épanché ; l’épanchement se prolongeait même dans le tissu charnu (Smith).

Expérience III. — À onze heures, on a détaché et percé d’un trou loœesophage d’un chien très-robuste et de petite taille; on a introduit dans son estomac 8 grammes de chlorhydrate d’ammoniaque dissous dans 60 grammes d'eau. Au bout de trois minutes, l'animal a fait de grands efforts pour vomir. A onze heures huit minutes, il a commencé à se plaindre, et paraissait faible; huit minutes après , il ne pouvait plus se tenir sur ses pattes : on l’a soulevé , il a d’abord fléchi les extrémités antérieures, puis les postérieures, et il est tombé sur le ventre ; il est resté dans cet état jusqu’à onze heures vingt=cinqminutes.Alors il s’est relevé, a parcouru rapidement le laboratoire comme s’il eût été furieux, a poussé les cris les plus aigus , et n’a pas tardé à retomber : dès ce moment, il a été agité de mouvements convulsifs, lé-

gers d’abord, mais dont l'intensité a été en augmentant. À onze heures et demie, il a eu un accès tétanique très-fort ; la tête s’est renversée sure dos ; le thorax était dans une immobilité parfaite, les pattes allongées et fortement roides, et les organes des sens peu ou point impressionnables. Ces accidents ont cessé au bout de deux minutes; l'animal a repris usage desses sens; mais il a continué à avoir des mouvements convulsifs jusqu’au moment de la mort, qui a eu lieu à midi.

Ouverture du cadavre. L'estomac renfermait des aliments, et n'offrait aucune altération organique; le reste du canal digestif était sain] en était de même du cœur, du foie, et de la rate. Les poumons contenäient un peu de sang noir fluide ; les vaisseaux extérieurs du cerveau étaientun peu gorgés.

Expérience IV. — On a répété la même expérience sur un chien beaucoup plus faible, avec cette différence qu'on a introduit dans son estomace grammes de sel ammoniac solide : l’animal a éprouvé les mêmes symptômes que le précédent, et il est mort au bout de cinq heures. A l’ouverturedu cadavre, on a trouvé les organes dans le même état, excepté que la membrane muqueuse de l’estomac était un peu enflammée.

Exréurence V.— J'ai introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 16 grammes de chlorh ydrate d’ammoniaque dissous dans 200 grammes de lait, de bouillon et de café ; l’œsophage et la verge ont été liés. L'animal n'est mort qu’au bout de sept heures, et a été ouvert aussitôt. La vessiène contenait point d'urine. Le foie et la rate, coupés en petits morceaux, ont été laissés pendant quinze heures en contact avec de l’eau distillée froide: la liqueur filtrée a été évaporée jusqu’à siccité, et le produit refroidi a*été agité , pendant une heure , avec de l'alcool marquant 44 degrés, on a filtré, et fait évaporer jusqu’à pellicule: il ne s’est point formé de cristaux. Une partie du liquide ainsi concentré a été mêlée avec 1 centigramme de potasse pure, qui en a dégagé de l'ammoniaque reconnaissable à son odeur etaux vapeurs épaisses qui se produisaient par l'approche d’une plumeim= prégnée d'acide chlorhydrique; le chlorure de platine, versé dans une autre portion de cette liqueur, a fourni un léger précipité jaune-serin, dur, grenu, adhérent au verre.

Les liquides extraits de l'estomac, réunis aux eaux de lavage de ce vis cère, ont été évaporés à siccité, et le produit, après avoir été refroidi, à été agité avec de l’alcool marquant 44 degrés; au bout de douze heuresde contact, on a filtré la liqueur, et on a fait évaporer jusqu’à pellicule; quelques heures après, il s'était formé de très-beaux cristaux de chlorhydrate d’ammoniaque.

Il résulte de ces expériences , 1° que le chlorhydrate d’ammoniaque, introduit dans l’estomac ou appliqué sur le issu cellulaire, est un poison énergique pour les chiens ; 2 qu'il est absorbé, transporté dans le torrent de la circulation, et qu’il porte son action meurtrière sur le SySme nerveux el sur l'estomac: la lésion de ce dernier organe paraîl

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