‹ Traité de toxicologieChapitre 44 sur 103 · DU CHLORHYDRATE D'AMMONIAQUE · texte numérisé non relu

DU CHLORHYDRATE D'AMMONIAQUE

prouvée par l'inflammation dont il a été le siége toutes les fois que le poison a été appliqué sur le tissu cellulaire, et que la mort n’a eu lieu qu’au bout de plusieurs heures.

Traitement de l’empoisonnement par le chlorhydrate d’ammoniaque.

On favorise le vomissement, et l’on combat les symptômes inflammatoires et nerveux, par les antiphlogistiques et par les opiacés.

Recherches médico-légales.

Chlorhydrate d’ammoniaque solide ou dissous. Il est solide, blanc, doué d'une saveur âcre, piquante, urineuse ; il est un peu élastique, ductile et inaltérable à l'air. Il se dissout dans un peu moins de 3 parlies d’eau à 15°; l’eau bouillante en dissout beaucoup plus; soumis à l'action du calorique , il fond et se sublime. Trituré avec de la potasse , de la soude, de la chaux , de la baryte ou de la sirontiane, il est décomposé, et laisse dégager de l’ammoniaque facile à reconnaitre à son odeur. La dissolution de ce sel n’est point précipitée par les carbonates de potasse, de soude et d’ammoniaque; elle est, au contraire, précipitée en jaune-serin par le chlorure de platine ; le précipité ne se formerait pourtant pas si les dissolutions étaient très-élendues; elle est décomposée à froid par l’azotate d'argent, qui en précipite du chlorure d'argent blanc caillebotté , insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique, et soluble dans l’ammoniaque.

Chlorhydrate d'ammoniaque mélangé à des liquides végélaux et animaux, à la matière des vomissements , à celles qui se trouvent dans le canal digestif, dans le foie et dans les autres viscères. Ce sel ne trouble nil’eau sucrée , ni le vin, ni le café, ni le bouillon, ni l’albumine, ui la gélatine.

Expérience le. — J’ai évaporé jusqu’à siccité un mélange de 100 grammes de lait, de bouillon et de café, et de 10 centigrammes de chlorhydrate d'ammoniaque; le produit, desséché et refroidi, a été traité par l'alcool marquant 44 degrés ; après une heure d’agitation, on a filtré, et fait évaporer jusqu’à pellicule: il s’est formé des cristaux de chlorhydrate d’ammoniaque.

Exrérigxce I (voy. p. 322, expérience 5).

On devra donc chercher le chlorhydrate d'ammoniaque en évaporant les matières suspectes jusqu’à siccité et en traitant le produit par l'alcool ; toutefois , si l’on agit sur des matières déjà putréfiées, on n’oubliera pas qu’il peut se développer du chlorhydrate d’ammoniaque

pencant l’acte de la putréfaction, d’après M. Ghevallier, et que l'on s’exposerait à commettre des erreurs graves, si l’on affirmait qu'il y a eu ingestion de chlorhydrate d’ammoniaque, par cela seul que l'on aurait obtenu une portion quelconque de ce sel; il faudrait, dans ce cas, avant de se prononcer sur l'existence plus ou. moins probable d’un empoisonnement, examiner altentivement tout ce qui se rapporte au commémoratif, aux symptômes, aux lésions de tissus , etc.

DE L'ÉTHYLAMINE ET DE L'AMYLAMINE.

On sait que M. Wurtz a découvert une classe de corps composés des éléments de l’ammoniaque et d’un carbure d'hydrogène, et possédant % plupart des propriétés de l’ammonjaque. Il était important de savoir si ces corps agissaient sur l’économie animale comme l’ammoniaque; mon neveu , le D' [.-L. Orfla, a entrepris, à ce sujet , une série d'expériences intéressantes que je décrirai bientôt, |

Éthylamine, H3 Az (ammoniaque), H4 C4 (carbure d'hydrogène). Elle est liquide , incolore, très-légère , très-mobile, d’une odeur et d’une saveur semblables à celles de l’ammoniaque, bleuissant le papier de tournesol rougi par un acide, bouillant à 18°, 7 c., inflammable et brt= lan! avec une flamme bleuâtre lorsqu'on l'approche d’un Corps en COMbustion, ce que ne fait pas l’ammoniaque, soluble dans l’eau en toutes proportions, et se comportant avec les sels de magnésie , d’aluminé, de manganèse, de fer, de plomb, de mercure, de cuivre, etc., comme lammoniaque liquide. Quant aux sels de nickel , elle les précipite, mais l’oxyde déposé ne se dissout pas dans un excès d'éthylamine, tandis que l’ammoniaque dissout parfaitement V'oxyde qu’elle a séparé de ces sels. L’éthylamine forme avec les acides des sels cristallisables Semblables aux sels ammoniacaux ; en approchant une baguette mouillée d'acide chlorhydrique , on voit apparaître des vapeurs blanches extrémement épaisses, comme avec l’'ammoniaque. .

Amylamine ou valéramine, H3Az (ammoniaque), H10C10 {carbure d’hy= drogène). Elle est liquide, incolore, d’une saveur et d’une odeur ammoniacales , très-soluble dans l’eau, se comportant avec les acides et les sels comme l’éthylamine, si ce n’est qu’il faut l’employer en plus forte proportion qu’elle pour dissoudre le chlorure d’argent et le bioxyde de cuivre hydraté bleu. Elle donne, avec l’acide chlorhydrique, un chlor= hydrate neutre en écailles blanches, grasses, douces au toucher, non déliquescentes, assez solubles dans l’eau, et solubles dans l'alcool.

Action de l’éthylamine et de l'amylamine sur l’économie animale.

Expérience ['€, — À une heure on met sur Ja langue d’un chien dé moyenne taille dix à quinze gouttes d'amylamine : au bout de sept mi-

DE L'ÉTHYLAMINE ET DE L'AMYLAMINE. 335

nutes, l'animal crache, fait des efforts de vomissement et finit par rendre une matière spumeuse, filante, fortement alcaline et inodore ; c'était probablement de la salive et des mucosités provenant de l'estomac. L'état est le même au bout de vingt-cinq minutes.

L'animal est couché depuis le commencement de l'expérience, et de temps à autre il ferme les yeux et remue la tête comme s’il éprouvait des vertiges. Get état dure pendant trois quarts d’heure à peu près; alors il a quelques nausées , et il paraît beaucoup moins souffrir.

La membrane muqueuse de la langue a été brülée dans les points que l’amylamine a touchés.

Expérience Il. — Le lendemain , tout accident a cessé; on administre 0,30 de valéramine dans une capsule gélatineuse.

Cinq minutes après l’ingestion, l'animal éprouve des vertiges comme la veille; il se couche et bientôt il vomit quatre à six cuillerées d’une substance spumeuse, jaunâtre, fortement alcaline.

Trois quarts d'heure après, il ne donne plus signe du moindre malaise. Une heure après , on l’étrangle.

Autopsie faite immédiatement. L’estomac et le duodénum sont remplis d'un liquide analogue à la bile. La région pyloriqne de l’estomac présente de nombreuses ecchymoses du diamètre d’une pièce de 25 centimes : les autres organes sont sains.

Expéeenes III. — À midi et demi, on injecte par une ouverture faite à l’æsophage d’un chien de moyenne taille, 3 gr. 30 c. d’éthylamine, moyennement concentrée ; l’œsophage est ensuite lié ; cinq minutes après , hébètement. A midi quarante minutes, efforts de vomissement considérables; accablement. À midi quarante-quatre minutes, l’animal rend par Vanus des matières vertes spumeuses. Quatre minutes après , il se couche etparaît souffrir beaucoup. Pendant les deux heures suivantes, il est toujours comme accablé. La respiration est anxieuse, la sensibilité paraît obtuse , et les efforts de vomissement sont d’une violence extrême. Trentesix heures après l’empoisonnement, il meurt.

“Autopsie. L’œsophage ne présente pas d’altération, On trouve dans l'estomac et les intestins, un liquide sanguinolent. L’estomac offre des tumeurs et des ulcérations, et une hypertrophie considérable des tuniques muqueuse et musculeuse. Quant aux tumeurs et à l’hypertrophie , il est incontestable qu’elles existaient avant l’empoisonnement.

Les ulcérations, d’ailleurs, présentent une tendance à la cicatrisation , à la réparation , de sorte que des anatomo-pathologiques à qui j'ai montré lespièces , les attribuent à la maladie, préexistante. Leur analogie extrême avec celle que produit le contact de l’éthylamine sur une membrane muqueuse, peut cependant laisser quelque incertitude; l’animal a survécu trente-six heures à l'introduction du poison; n’est-ce pas assez pour qu’un travail de réparation ait pu commencer ?

Les premières portions de l'intestin offrent des traces non équivoques d'inflammation. |

Expérience IV, — J'ai mis dans une boîte en chêne, de la capacité de

336 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | 26 litres, hermétiquement fermée et couverte par une glace, un petit chien. Chacune des deux parois opposées avait été percée d’une ouverture; à Pune de ces ouvertures, était adaptée une vessie de la capacité de 2 litres, fermant par un robinet et pleine de gaz ammoniac. En ouvrant le robinet et pressant la vessie, on fait passer le gaz de la vessie dans la boîte; ; pendant ce temps, Loris opposée reste ouverte. Dès que tout l'atmonl est chassé de la vessie, le robinet est fermé, ainsi que l’ouverture de la boîte. L’animal avait d'abord la tête tournée vers orifice qui donnait passage à l’alcali ; mais, dès que le robinet de la vessie a été ouvert, il s’est retourné; il y a eu excrétion involontaire d'urine et de fécès ; ne sang spumeux s’est échappé par les narines et la bouche; les yeux Sont revenus rouges et larmoyants et, cinq minutes après le commencement de l’expériencele chien a éprouvé des convulsions d’abord légères , puis tétaniques. Les in spirations sont devenues très-larges et très-lentes. | La mort paraissait imminente. Pour replacer l’animal dans des conditions physiologiques, on le retire de la boîte, quinze minutes après le commencement de l'expérience; il reste couché comme s’il était mort ; sa respiration est stertoreuse ; le bruit que l’air fait en traversant les bronches et surtout la trachée-artère annonce un engouement complet de ces voies, probablément chargées de sang et de mucosités. La sensibilité est presque abolie. Une demi-heure après être sorti de la boîte, il rend par la bouche un peu de sang. | Enfin, au bout de deux heures, on le lave; il se lève un moment, mais bientôt il est forcé de se recoucher.

Le lendemain, à six heures du matin, il était mort; les membres étaient

à peine roides, ce qui semble annoncer qu’il était mort depuis peu. = Jaugeage, 6 litres. et L’atmosphère de la boîte était dos composée de 1 partie de gaz ammo-

niac et de 9 d’air. »

Autopsie à midi. |

La membrane muqueuse buccale est d’un rouge intense ; la trachée-artère l’est beaucoup moins. Les bronches sont livides; la rie pulmonaire Re sente des taches rouges noires, dont les plus larges ont bien 5 ou 6 centi= mètres carrés d'étendue, et les plus petites 1 centimètre. Le tissu pulmonaire est engoué, violacé dans presque toute son étendue, crépitant , et moins pesant que l’eau; 1l se déchire facilement ; en un mot il offre tous les carattères d’une pneumonie au premier degié. L’œsophage n’est pas enflammé. Les membranes du cerveau sont injectées et pleines de sang à gauche. |

ExrériEeNce V. — Après avoir adapté à une des ouvertures de la même boîte un tube fermé à la lampe, contenant 6 grammes d’éthylamine, ona introduit un chien de même taille à peu près que celui qui avait servi à exe périence du gaz ammoniac. À une heure quarante minutes, la boîte étant bien fermée, excepté à l'ouverture latérale restée libre, on a cassé l’extrémité effilée du tube contenant l’éthylamine. Dès que ce corps est dans la boîte, tout est fermé : aussitôt l'animal a eu des nausées, des vomissements,

et des convulsions atroces; les inspirations sont devenues larges et lentes,

DU FOIE DE SOUFRE. Xe ko d

La tète était complétement renversée, et le chien plié en deux; le sang sort par la bouche et les narines. Un quart d’heure après le commencement de l'expérience, il a été retiré de la boîte. Les crachements de sang continuent pendant quelques heures; la respiration est stertoreuse, on entend bien que les voies aériennes sont obstruées; il meurt le lendemain vers six heures du matin. Jaugeage, 5 litres et demi : or, d’après la den- Sité de la vapeur de l’éthylamine, indiquée par M. Wurtz, 6 grammes fourniraient à peu près 3 Litres de vapeur; l'atmosphère de la boîte contenait donc environ 3 litres d’éthylamine pour 20 litres et demi d’air : c’était, à peu de chose près, la composition que nous avions pour l'atmosphère ammoniacale.

Autopsie à midi. La bouche, le larynx, sont rouges; la trachée est légèrement enflammée ; les bronches sont violacées , et pleines de mucosités : les poumons offrent, dans toute leur étendue , les altérations de la pneumonie au premier degré; le cœur, l’œsophage, l'estomac, et l’intestin, sont sains ; les membranes cérébrales sont légèrement injectées.

Ilest impossible, en jetant un coup d’æil sur cette courte étude, de ne pas remarquer entre ces corps et l’ammoniaque, au point de vue de l’action physiologique , une analogie que leurs propriétés physiques et chimiques devaient faire prévoir.

J'aurais bien désiré, dit M. L.-L. Orfila, répéter les expériences et surtout les varier, injecter par exemple un de ces alcalis dans les veines d’un animal, et éludier l’action de chacune des substances découvertes par M: Wurlz; mais la difficulté de leur préparation, et surtout le peu d’importance d’une étude approfondie, mont paru suffisantes pour m'excuser de m'en être tenu à une comparaison superficielle, dont le résul lat est toutefois bien concluant. (I.-L. Orfila , dissertation inaugurale Soutenue à la Faculté de médecine de Paris, année 1851.)

ds MES DU FOIX DE SOUFRE.

Action sur l’économie animale.

Exrénience IE. — À midi, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d'un chien très-fort; on a introduit dans son estomac 26 grammes de foie de soufre du commerce dissous dans 128 grammes d’eau, et on 4 lié l’œsophage au-dessous de l'ouverture, afin d'empêcher le vomissement : sur-lechamp l'animal à paru suffoqué ; il a éprouvé une anhélation extrême pendant deux minutes ; immédiatement après, les membres sont devenus roides, : etes muscles étaient dans un grand état de contraction ; la tête s’est fortement renversée en arrière , et toutes les parties de son corps étaient agitées de mouvements convulsifs. Cinq minutes après l'opération , il était couché sur le côté, sans connaissance ; les muscles moteurs de la mâchoire inférieure étaient dâns un tel état de convulsion, que leurs mouvements

déterminaient , plusieurs fois dans une minute, le rapprochement des deux | mächoires, en produisant un bruit très-fort par le choc de l’arcade den- | {aire inférieure contre la supérieure. Il a expiré à midi sept minutes. L'au- | topsie à été faite immédiatement après. Le cœur se contractait avec force ; | Je ventricule gauche renfermait du sang noirâtre ; les poumons, crépitants dans plusieurs points, offraient quelques portions durcies , contenant peu d'air. L’estomac était rempli de foie de soufre dissous, d’un jaune clair. La | membrane muqueuse de ce viscère était très-rugueuse et parsemée d’une | infinité de petits points d’un rouge vif; elle était enduite d’une couche | jaune verdâtre, épaisse, et facile à détacher; on remarquait le même en- | duit sur toute la surface interne des intestins grêles. |

Exrérrence II. — À huit heures vingt-cinq minutes, on a détachéset | percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien robuste; on a introduit dans | son estomac 14 grammes de foie de soufre dissous dans 80 grammes d’eau, et on a lié l'œsophage au-dessous de l'ouverture, afin d'empêcher le vomis> | sement. Au bout de dix minutes, l'animal a fait de violents efforts pour vomir ; sa respiration est devenue haute et accélérée, et il était beaucoup | moins agile qu'avant l'opération. Les efforts de vomissement se sont renoue | velés cinq fois dans l’espace de la première demi-heure qui a suivi le mo- | ment de l’ingestion de la substance vénéneuse. À neuf heures dix minutes, les extrémités postérieures étaient faibles, écartées l’une de l’autre etun, peu fléchies ; la respiration était accélérée; il y a eu une selle dans laquelle il y avait une assez grande quantité d’excréments solides, d'une, teinte jaunâtre, À onze heures, Panimal était agité de légers mouvements, convulsifs, et il a succombé une demi-heure après. La mort a été précé dée d’un accès de tétanos qui a duré deux minutes. Les poumons offraient deux lobes durcis, moins crépitants qu’ils ne le sont dans l'état naturel

La membrane muqueuse de l’estomac était rugueuse et parseméeMde | taches d’un blanc jaunâtre, qui se détachaient sur un fond vert foncés, ces taches, par leur disposition , donnaient à cette tunique l'aspect de cer: tains crapauds; lorsqu'on les examinait avec soin, on y apercevait une, innombrable quantité de petits points noirâtres. En disséquant cette meme, brane, on remarquait sur toute la face qui adhère à la tunique musculeuse, des taches d’un rouge brun très-foncé, formées par du sang extravaséset répondant exactement aux taches blanches placées sur la surface libreba | membrane musculeuse était d’un rouge brun dans sa portion adhérente | avec la tunique muqueuse; elle était verte dans sa face externe, et: fortes ment injectée. L’estomac ne contenait point de fluide; il offrait seulement | un enduit épais, jaune, semblable par sa couleur à du soufre. Le duo; dénum et le commencement du jéjunum étaient fortement enflammés. «|

Exrérwence HI. — À midi, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien robuste et de moyenne taille; on a introduit dans son estomac 4 grammes de foie de soufre dissous dans 32 grammes d’eau , et on adié l'œsophage au-dessous de l'ouverture , afin d'empêcher le vomissement. | Un quart d'heure après , l'animal a fait, à plusieurs reprises , de wiolents efforts pour vomir. À une heure il a eu une selle liquide dans laquelle il

avait des excréments solides jaunäâtres ; sa respiration était un peu accélérée, et il commençait à se plaindre. À sept heures du soir, il était couché sur le côté; il paraissait souffrir du bas-ventre ét continuait à respirer avec difficulté; il conservait cependant la faculté de mouvoir ses membres , et il n’était agité d'aucun mouvement convulsif, Il a succombé dans la nuit. L'état du cadavre ne permettait point de douter que la mort n’eût été précédée d'un accès de tétanos: en effet, la tête était fortement renversée en arrière; les extrémités postérieures , écartées l’une de l’autre, étaient roïdes et considérablement allongées. La membrane muqueuse de l’estomac offrait plusieurs ulcérations circulaires de la grandeur d’une pièce d’un franc ; les portions non ulcérées étaient parsemées de taches noires formées par du sang veineux extravasé, La membrane musculeuse était d’un rouge vif dans toute son étendue. Les poumons présentaient la même altération que dans l'expérience précédente.

Expérience IV. — On a injecté dans l'estomac d’un chien de moyenne taille, 10 grammes de foie de soufre dissous dans 64 grammes d’eau. Au bout de dix minutes, il a vomi, à trois reprises différentes, une grande quantité d'aliments mêlés d’une portion de la substance vénéneuse; sa respiration est devenue difficile , et il a été un peu abattu dans le courant de la journée. Le lendemain, il a mangé avec appétit et ne paraissait point malade.

Expérience V.— M. Magendie à observé que lorsqu'on mettait une goutte d’une forte dissolution de foie de soufre dans la bouche d’un chien très-jeune, l'animal ne tardait pas à expirer, et il a trouvé après la mort la trachée-artère remplie de mucosités.

Expérience VI. — J'ai administré à un chien de moyenne taille, à jeun, 12 grammes de foie de soufre dissous dans 80 grammes d’eau , et mélangé avec 70 grammes de lait , autant de bouillon et de café; l’œsophage à été lié: L'animal a succombé au bout d’une heure > après avoir éprouvé des accidents analogues à ceux dont j'ai parlé à l’expérience 2. Ouvert immédiatement après la mort, j'ai pu m’assurer que le sang de la veine porte et des veines jugulaires , ainsi que le foie, contenaient du foie de soufre, qui évidemment avait été absorbé; en effet, en soumettant séparément ces matières à une douce chaleur dans un matras, avec 2 où 3 grammes d'acide acétique , j'ai obtenu du gaz acide sulfhydrique que j'ai fait arriver dans un solutum d’acétate de plomb, qui a été bientôt noirci ; il restait de l’acétate de potasse dans la liqueur, et il s’était déposé du soufre. Lestomac , dont la membrane muqueuse , fortement enflammée, était tapissée d’une couche de soufre , renfermait environ 300 grammes d’un liquide épais, grisâtre , qui, étant traité par l'acide acétique en vaisseaux clos m'a donné aussitôt une énorme quantité d’acide sulfhydrique, de l'acétate de potasse et un abondant dépôt de soufre.

Expérience VII. — J'ai donné à un chien 8 grammes de foie de soufre dissous dans 200 grammes d’eau; l’œsophage et la verge ont été liés ; l'animal est mort quinze heures après. La vessie contenait 75 grammes d'urine qui exhalait une faible odeur d'acide sulfhydrique. En chauffant

cette urine jusqu’à l’ébullition en vases clos, et en faisant arriver le gaz dans

une dissolution d’acétate de plomb, celui-ci brunissait légèrement ; mais en

ajoutant de l'acide acétique à l’urine bouillante, il se dégageait une telle

quantité de gaz sulfhydrique , que l’acétate de plomb était instantanément

noirci et transformé en sulfure de plomb ; il se déposait aussi beaucoup de

soufre au fond de l’urine.

Exrérience VIII. —— On a injecté dans Ja veine jugulaire d’un chien de moyenne taille 40 centigrammes de foie de soufre dissous dans 24 grams

mes d’eau distillée. Sur-le-champ l'animal à éprouvé les mouvements con:

vulsifs les plus violents : la tête s’est renversée en arrière, et il s’est débattu. Ces phénomènes ont cessé au bout de trois minutes , et le lendemain lan

mal était parfaitement rétabli. Alors on a injecté dans la veine jugulaire

de l’autre côté 1 gramme 2 décigrammes du même sulfure dissous dans 32

grammes d’eau. À peine l'injection était-elle terminée, que l'animal a été

en proie aux mêmes symptômes, et il a expiré au bout de deux minutes. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était fluide ; celui qui remplissait le ventricule gauche était d'un rouge foncé. Les poumons étaient un peu ridés et contenaient une assez grande quantité d'air.

» … Expérience IX. — À une heure du matin, on appliqua sur le tissu celle aire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste 6 grammes de foie. de soufre en petits fragments; l’animal poussa quelques plaintes, fut

plongé dans un grand état d’insensibilité, et mourut treize heures aprés. Ouverture du cadavre. Le membre opéré était tuméfié, et le tissu cellulaire sous-cutané correspondant était fortement infiltré; l'inflamma

tion de la plaie s'étendait, d’un côté, jusqu’au sternum , et de l’autre, jus

qu’à l'extrémité inférieure du membre; sa couleur était aussi foncée que | celle du chocolat. Le canal digestif, excepté vers la portion pylorique de

l'estomac, qui était un peu rouge, n’offrait aucune altération sensible. Les

reins étaient d’un rouge violet. Les autres organes paraissaient sains.

Opservarion [°°.— Mademoiselle B., âgée de vingt et un ans, depuis |

longtemps sujette à des irritations abdominales pendant lesquelles son veie

tre se tuméhiait beaucoup , avait, depuis quelques jours, de l’inappétence*et | Ja langue chargée. Pour faire cesser cet état, on lui prescrivit 45 grammes

de sulfate de soude à prendre dans deux tasses de bouillon de chicorée. La |

personne chargée de porter cette ordonnance chez le pharmacien demanda de mémoire du sulfure de sodium, et on lui donna aussi étourdiment,

sans même examiner la prescription, 48 grammes d’un poison si dange- | reux, tandis qu'on eût fait difficulté de Jui livrer quelques centigrammes |

d'acétate de morphine.

Le sulfure fut délayé par parties égales dans deux tasses d’eau de : chicorée, et malgré l’horrible puanteur qu’elle exhalait , malgré sa saveur |

plus repoussante encore, cette potion fut courageusement avalée par la malade.

Celle-ci, persuadée que la partie la plus efficace du médicament pouvait se précipiter au fond du vase , avait eu soin d’agiter le bouillon avant delle

prendre; mais, malgré sa résolution, elle en laissa environ deux cuillerées que je trouvai encore dans le vase, en sorte qu'en comparant cette quantité ayec ce qui avait dû être bu, nous estimâmes qu’il n’y avait pas eu moins de 16 grammes de sulfure avalés. Une saveur horrible et la sensation d’un liquide brülant la bouche et toutes les parties qu'il traversait jusqu’à l’estomac, firent croire à mademoiselle B. qu’elle était empoisonnée. Bientôt elle fit de violents efforts pour vomir, et parvint heureusement à rejeter une partie de ce que contenait l'estomac.

Il s'écoula environ un quart d'heure avant que je visse la malade, et voici ce que Je trouvai : l'appartement était rempli d’une assez forte exhalaison de gaz sulfhydrique, quoique les croisées eussent été ouvertes. Le carreau présentait des plaques blanches résultant de la matière des vomissements tombée par hasard ; on voyait aisément qu’elles étaient formées par du soufre.

La malade était dans un grand abattement , pâle, et disait ressentir une grande chaleur dans la bouche, l’arrière-gorge, le long de l’œsophage, et à l'estomac. Une forte odeur de gaz sulfhydrique s’exhalait de sa bouche et de ses narines; elle se sentait suffoquer et ne pouvait dilater sa poitrine : pouls irrégulier, très-petit, et singulièrement embarrassé, plus lent que dans l’état naturel ; froideur de la peau et de toute l’habitude du corps : douleur brûlante à l’épigastre , envies de vomir continuelles , mais efforts inutiles pour y parvenir. Je fis avaler sur-le-champ à mademoiselle B. tout ce que Je pus trouver d’eau sous la main; et à mesure qu’elle en avait pris trois à quatre verrées, je provoquais les vomissements. Je parvins ainsi à faire rejeter à la malade tout ce que son estomac contenait de poison. Les premiers vomissements donnèrent une eau verdâtre, exhalant une forte odeur de gaz sulfhydrique, et contenant évidemment du sulfure de sodium dont une partie de soufre se précipitait. L'eau des suivants était claire et écumeuse, blanchâtre, et contenait aussi du soufre très-divisé en suspension, mais en quantité successivement décroissante. Quelques stries sanguinolentes, puis des caillots de sang, y étaient mêlés ; mais je remarquai Sur tout une pellicule de 7 centimètres environ d’étendue, assez mince, demitransparente, muqueuse , et paraissant avoir été détachée de la surface de l'estomac; à son centre, se trouvait un caillot de sang épais, noirâtre, avec quelques bulles d’air interposées. Dans cet intervalle, j'avais fait préparer des boissons mucilagineuses et gommeuses ; j’ajoutai dans chaque verre une cuillerée à bouche d’une solution de chlorure de soude, et je fis boire Jargément de ce mélange à la malade. Mon but était de décomposer ce qui pouvait rester de sulfure de sodium dans l'estomac, et en même temps de garantir les parois de ce viscère de l’action du poison et même du chlorure. Deplus , j’espérais que le chlore inspiré ou mis en contact avec la mem-

rane muqueuse gastrique détruirait l'impression délétère du gaz sulfhydrique , et que par là je soulagerais la malade de l’odeur empoisonnée qui S'échappait de son estomac ,.en même temps que je favoriserais la dilatation de Ses poumons en substituant l’action stimulante du chlore aux propriétés Slupéfiantes du poison.

Mon espérance fut complétement remplie; mademoiselle B: n’exhala plus |

ce gaz, quoiqu’elle fût encore tourmentée du souvenir de son horrible

puanteur; les liquides dés vomissements n’en offraient pas davantage; le |

sentiment de brülure et de tortillement à l’épigastre disparut, et fut rem» | placé par une sensation de chaleur incommode. Bientôt des coliques assez violentes marquèrent le passage d’une petite partie du poison dans les in-

testins, et après une heure ou deux, un lavement fit rendre à la malade |

plusieurs selles dans lesquelles on observait un liquide blanchâtre, comme laiteux, semblable à celui des premiers vomissements; enfin la respiration revint à peu près à son état naturel. J'avais ainsi paré heureusement aux premiers accidents; mais il devait s’en développer de consécutifs; une inflammation grave du tube digestif ne pouvait manquer de survenir.

En effet, l’arrière-bouche, le voile du palais et le pharynx, devinrent secs et d’un rouge brun; une ardeur brülante s’empara successivément de toutes ces parties ; l’œsophage était douloureux à la pression le long du cou, et la déglutition pénible ; une vive chaleur à l'estomac , des douleurs aiguës, à l’épigastre et dans la région ombilicale, annonçaient une phlogose immiüente des organes correspondants. Enfin la soif, les envies de vomir, le resserrement spasmodique de la gorge, l'accélération, le développement,

puis la concentration du pouls, la coloration momentanée, partielle, puis | générale et permanente de la face, tels furent les phénomènes qui se déve= Joppèrent successivement en quelques heures. Quinze sangsues furent alors appliquées à l’épigastre, et le ventre couvert d’émollients; la malade resta

plusieurs heures, et à plusieurs reprises dans un grand bain tiède, où elle éprouvait un bien-être marqué; en même temps elle continuait l’usage des boissons adoucissantes sous toutes les formes, en ajoutant aux précédentes | l’orgeat , le lait coupé, l'eau de poulet; et enfin, par ces moyens, par Is, saignées locales renouvelées autant que les accidents semblèrent le deman:

ER em

der, mademoiselle B. était, au troisième jour de son empoisonnement , dans un état aussi satisfaisant que possible. Il restait alors une assez vive sens | bilité à l’épigastre et à l’ombilic, une inappétence absolue, de fréquentes nausées, un reste de chaleur le Long de l’œsophage , qui était un peu réni- |

tent et douloureux; enfin de la rougeur et un peu de sécheresse au ph& |

rynx. Mais tous ces phénomènes disparurent par un traitement et unré: |

gime convenables ; en sorte qu’un mois après l’accident, mademoiselle Be |

s’en ressentait aucunement. (Ghantourelle, Académie royale de médecine, | mai 1825.)

Ossenvarion II. — Madame D., âgée de quarante ans, était depuis longtemps tourmentée de pyrosis ; elle faisait un usage habitil d’eau de Barèges , tantôt naturelle , d'autres fois artificielle, qu’elle obtenait en mélant elle-même dans de l’eau quelques gouttes d’une solution concentrée de foie | de soufre. Par une méprise bien funeste , on lui présenta un matin un vérre | de cette dernière préparation, au lieu d eau de Barèges potable. L'obseu- | rité qui régnait encore dans l'appartement fit que madame D. , à peine | éveillée , ne put s’apercevoir de l’erreur commise, et elle avala tout d'un | trait environ 128 grammes de liqueur contenant en dissolution 12 à 16

grammes de foie de soufre! quantité égale à celle de l'observation précédente. Elle se plaignit en l’avalant d’une saveur âcre inaccoutumée; quelques instants après la malade vomit une petite portion de ce qu'elle avait pris, et perdit aussitôt connaissance. On la trouva à demi penchée hors de son lit, la tête au-dessus d’un vase de nuit, dans lequel se trouvait la matière des vomissements, d’où se dégageait une grande quantité de gaz sulfhydrique. Il n’y avait pas un demi-quart d'heure que la malade avait | pris le poison quand j’arrivai près d'elle. | Je fus presque suffoqué en entrant par la grande quantité de gaz sulfhydrique répandu dans l'appartement, et je crus d’abord qu’il ne s’agissait que d’une asphyxie produite par le gaz dégagé trop abondamment des eaux sulfureuses, ce que j'avais déjà eu occasion de voir; mais en examinant la malade, je ne pus douter qu’elle füt sans vie : la circulation avait entièrement cessé, un sang noir stagnait dans le système capillaire, ce qui imprimait une teinte violacée à toute la peau, particulièrement à la | face, et surtout aux lèvres, aux paupières, aux extrémités des doigts et à tout le côté gauche du corps. Toute contractilité était abolie; Ja langue était prolongée entre les lèvres; la bouche, entr'ouverte, laissait sortir | des flots de gaz méphitique et une salive visqueuse et brunâtre; les yeux étaient immobiles et ternes; nulle contraction spasmodique; les membres et | le tronc obéissaient à toute impulsion. La respiration ne se faisait plus ; à | peine quelques légers hoquets et un frémissement presque inappréciable du | cœur fournirent quelques indices d’un reste d’irritabilité. La déglutition | était impossible, et je ne pus faire pénétrer dans le pharynx une boisson | qu'on me présenta. En vain je cherchai à introduire de Pair respirable | dans les poumons; en vain, par des frictions sur le thorax, j'essayai de | rappeler quelques contractions du cœur ; je n’obtins aucun résultat : la vie | était éteinte.

| L'ouverture du cadavre fut faite le lendemain, et présenta une stase | générale du sang dans le système capillaire veineux, mais plus marquée | encore dans certaines parties, comme les extrémités des doigts, les lèvres, | le côté gauche du corps : toutes ces parties étaient d’une couleur violette. | Nulle inflammation de la bouche ni de l’œsophage. L’estomac était d’une | petite capacité, ce qui me parut être une conséquence de la gastrite chro- | nique (pyrosis) qui affectait depuis longtemps la malade : néanmoins il con- | tenait encore beaucoup plus de liquide que celle-ci n'avait dû en avaler. | La membrane muqueuse parut très-saine : pourtant un commencement de | Sécheresse et un peu de rougeur l’altéraient dans plusieurs endroits où était | déposé et adhérent un précipité de soufre assez abondant. Ceci peut faire | présumer que si la malade eût survécu, il se serait développé une inflammation violente, à moins qu'on n’attribue cette légère altération à la gas- | tite chronique qui préexistait. J’adopte cette opinion d'autant plus volontiers que Le peu de temps que vécut la malade après l’ingestion du poison | ne peut avoir permis à aucune réaction de se développer. Une certaine quantité de liqueur avait passé dans le duodénum et dans le commencement du | JSunum, mais très-probablement après la mort; on y observait une rou-

geur peu marquée et nullement extraordinaire, surtout si On pense que la malade était sujette depuis longtemps à une inflammation chronique ab= dominale. je supprime le reste de l’autopsie comme étranger à mon Sujet. (Chantourelle, observation lue à l’Académie royale de médecine, en mai 1825.) | | Ossenvarion III. — Le sieur Louis L., habitant de Sarreguemines, âgé de vingt-quatre ans, brun , d’une taille au-dessus de la moyenne, venait d'être traité d’une uréthrite pour laquelle il avait pris une grande quantité de baume de copahu, qui, suivant l’auteur de cette observation, lui avait occasionné une gastrite subaiguë. Pour terminer son traitement , il désirait ètre purgé et prendre un bain. Son médecin céda à ses sollicitations, etlui prescrivit un doux laxatif qu’il devait prendre le 23 décembre 18244 matin. Le hasard voulut qu’une jeune personne de la maisou eût le dessein de prendre la veille un bain sulfureux pour une affection psorique. Le garçon chargé de vider dans le bain la fiole qui contenait 60 grammes de foie de soufre, ayant mal compris, crut qu’il fallait porter la médecine au sieur L.,et alla lui présenter par méprise le foie de soufre. Celui-ci goûta de la prétendue médecine le soir même, et en conserva un tel dé boire qu’il ne put dormir de la nuit, éprouva de fortes nausées , et fut dans une agitation continuelle ; néanmoins il avala le lendemain , à six heures du matin, 64 grammes environ de foie de soufre contenu dans la fiole. A peine le malheureux L. se fut-il introduit cette substance dans l'estomac, qu’il en rejeta la moitié par le vomissement, et sentit comme un feu ardent qui le brülait. Bientôt il éprouva une fièvre aiguë, accompagnée de constriction à la gorge, de vomissements convulsifs , d’une sueur générale très abondante avec chaleur brûlante à la peau , d’un pouls très-élevé , très-fort et très-fréquent, de hoquets, de mouvements continuels et de selles abondantes. Quelque temps après, anéantissement des facultés intellectuelles, état soporeux, pouls petit, très-concentré, inégal, parfois imperceptibles face grippée, offrant la pâleur de la mort. MM. Lafranque, Collart et Doffret, furent appelés cinq quarts d’heure après l’accident , et ne purent dé” couvrir Ja méprise qui avait eu lieu que vers les huit heures. La peau et le$ extrémités étaient excessivement froides; le coma persistait toujours, et les envies d’évacuer par les deux voies se faisaient sentir sans interruption. Le malade fut gorgé de boissons mucilagineuses d'abord, puis de tisanes acts dulées avec du jus de citron et toujours un peu tièdes. On provoqua le vo» missement en titillant la luette avec les barbes d’une plume. Vingt pintes au moins de décoction de graine de lin et de gomme arabique, et uné douzaine de lavements, furent administrés dans le courant de la journée. La majeure partie de ces liquides fut absorbée et rendue par les urines ; le malade sortait un instant de sa léthargie, et se mettait à genoux sur SON. lit pour satisfaire ses besoins d’uriner. Cependant la peau se refroidissait de plus en plus; quatre sinapismes furent appliqués aux pieds et aux mollets, de fortes frictions à sec ou avec l'alcool camphré furent faites sur les différentes régions du corps ; enfin une réaction eut lieu , et la fièvre se développa au bout de quelques heures. On continua de provoquer les vaz

missements, à l’aide des moyens indiqués plus haut. Le malade s’agitait beaucoup dans son lit, aucune position ne lui était commode; il présentait tous les signes d’une violente inflammation gastro-intestinaie. Alors vingtcinq sangsues lui furent appliquées sur l'épigastre, vers les deux ou trois heures de l'après-midi; leurs piqüres furent recouvertes de fomentations émollientes chaudes, et l’on administra de nouveaux lavements adoucissants. Après l'emploi de ces moyens, les symptômes graves se dissipèrent pet à peu , et bientôt on eut l'espérance de voir le malade échapper au danger, L'eau gommeuse acidulée fut administrée pendant la nuit, en petite quantité à la fois, et à minuit un sommeil paisible et naturel remplaça l’état soporeux. Le malade ne se réveilla que vers les six heures du matin; il témoigna de l’étonnement sur tout ce qui venait de se passer, et néanmoins il se rappela le moment où il avait pris la prétendue médecine, et dit qu’il sentait bien qu'elle lui aurait donné Ja mort si l’on ne l’eùt promptement secouru.

La journée du 24 se passa assez bien ; cependant il y eut quelques hoquets et quelques rapports d’une odeur d’acide sulfhydrique. Le 25 , il se manifesta unpeu de douleur au ventre, ce qui détermina à'faire une nouvelle application de douze sangsues, et à insister sur les fomentations émollientes et les Iaveients de même nature. Ges derniers moyens achevèrent de dissiper les craintes, et depuis lors l’état du malade ne cessa de s’améliorer. L’irritation causée par les sinapismes fut la seule chose dont il eut encore à souffrir; et le 28, il commença à se lever, et mangea avec appétit. Le 31, il digéraié sans aucune incommodité, (Annales de la médecine physiologique, février 1825.)

M. Lafranque, auteur de cette observation, paraît étonné de ce que le foie de soufre n'ait pas déterminé la mort du sieur L., parce que j'ai établi dans la première édition de cel ouvrage qu’il suffisait d’en adminislrer quelques grammes pour tuer dans l’espace de quelques’heures. Je ferai d’abord observer que j’ai entendu parler des chiens empoi- Sonnés par le foie de soufre, et qui ne seraient pas secourus; je dirai ensuite que rien ne prouve, dans le fait dont il s’agit, que le malade nai rejeté, par le vomissement, que-la moitié de ce qu'il avait avalé: comment a-t-on pu savoir, eu effet , que telle était la dose rendue? Enfin MLafranque ignore-t-il que souvent le foie de soufre des pharmacies esb conservé dans des vases mal bouchés , et passe à l’état d’hyposulfite, em sorte qu'il serait possible, si le médicament était ancien, qu'il ne coMfint que la moitié ou les deux tiers de son poids de foie de soufre?

Conclusions. I résulte de ce qui précède: 1° que le foie de soufre introduit dans l'estomac de l’homme et des chiens est absorbé, et porté dans {ous les organes et dans lurine; 2° qu’il agil à la manière des poisons irritants, et qu’il peut déterminer la mort dans l’espace de quelques heures, s’il a été administré à la dose de plusieurs grammes,

à l'état solide, ou en dissolution concentrée, et qu’il n’ait pas été rejeté par le vomissement peu de temps après son ingestion ; 3° qu'il est décomposé par les acides contenus dans l'estomac, avec dégagement de gaz acide sulfhydrique et dépôt de soufre qui tapisse la membrane muqueuse : si les acides libres de l'estomac sont abondants, la quantité d'acide sulfhydrique mise à nu peut être telle que la mort soit presque immédiate, parce que ce gaz, rendu au moyen des éructations, pénètre dans les poumons, et produit dans le sang et dans les divers organes de l’économie animale des altérations graves que je décrirai plus loin (voy. Acide sulfhydrique, t. IT) ; 4° que si, au contraire, la quantité d'acide libre contenu dans ce viscère est peu considérable, ce qui arrive le plus souvent, les effets délétères de cette préparation ne peuvent pas étre attribués au gaz acide sulfhydrique qui se dégage, la quantité de cé gaz étant au-dessous de celle que l’homme supporte tous les jours impunément : aussi la mort n’arrive-t-elle qu’au bout de vingt-quatre ou trentesix heures (si on a employé 4 ou 8 grammes de foie de soufre), etles altérations des organes et des liquides, loin d’être les mêmes que celles que détermine l'acide sufhydrique, ressemblent entièrement à celles que produisent les poisons irritants; 5° qu’on se tromperait si on croyait pouvoir conclure, toutes les fois que la mort-arrive quelques minutes après l’ingestion d’une forte dose de foie de soufre, qu’elle est le r'ésultt d’un empoisonnement produit par le gaz acide sulfhydrique; car plus sieurs des poisons de la classe des irritants, dans lesquels on ne trouve ni cet acide ni les éléments propres à le former, agissent de la mème manière que le foie de soufre, lorsqu'ils sont administrés à forte doses 6o qu’étant injecté dans les veines, il produit la mort en stupéfantle Système nerveux ; 7° que la mort, qui est Le résultat de son application extérieure, doit être surtout attribuée à l’action stupéfiante qu’il exerce sur le système nerveux, après avoir été absorbé.

. Traitement de Pempoisonnement par le foie de soufre,

On provoque le vomissement par les moyens indiqués à la page 12f; puis on administre des tisanes adoucissantes, Suivant l'intensité des ac cidents inflammatoires , on pratique une ou plusieurs saignées, où lon applique douze ou quinze sangsues sur les parties de l'abdomen les plus douloureuses ; on agit enfin comme je l’ai déjà dit en parlant des acides el des alcalis concentrés.

Recherches médico-légales.

Le foie de soufre est composé de quatre parties environ de polysulfure de potassium , et d’une partie de sulfate de polasse ; Le polysulfure lui-

même est formé d'un équivalent de potassium et de cinq équivalents de soufre (quintisulfure). |

Foie de soufre solide. 11 est en morceaux durs, d’un jaune verdâtre, brunâtre ou rougeâtre, inodore s’il est parfaitement sec, répandant une odeur d'œufs pourris quand il est humide, d’une saveur âcre, piquante et amère, et très-soluble dans l’eau; il attire promptement l'humidité eb l'oxygène de l'air, et se transforme d’abord en hyposulfite, puis en sulfite et-en sulfate de potasse ; ainsi décomposé, il n’est plus vénéneux.

Dissolution aqueuse concentrée. Elle est transparente, jaune ou rougeätre,, el à peine odorante. Les acides sulfurique, chlorhydrique, acétique, elc., en dégagent instantanément du gaz acide sulfhydrique d'une odeur d'œufs pourris, el il se précipite beaucoup de soufre. Si on filtre la liqueur et qu’on la rapproche par l’évaporation, elle fournit avec le chlorure de platine un précipité jaune-serin, grenu, dur, et adhérent au verre, tandis que le chlorure de platine, avant l'addition de l'acide, aurait donné lieu à un précipité noir composé de sulfure de platine et de chlorure de platine et de potassium; le filtre, séché et allumé, brûle comme un papier imprégné de soufre. Les sels de plomb, de mercure, de bismuth et de cuivre, précipitent en noir et en rouge brun foncé la dissolution concentrée de foie de soufre, pourvu qu'on Vemploie en quantité suffisante. L'émétique dissous fournit un précipité jaune orangé.

Dissolution aqueuse étendue. À peine ce liquide est-il en contact avec l'air, qu’il se trouble, et il suffit d’ajouter la plus petite quantité d'acide sulfhydrique, acétique, etc., pour qu’il se comporte comme la dissolution concentrée, mais avec moins d’intensité ; l’acélate de plomb leprécipite en orangé clair; le sulfate de bioxyde de cuivre y fait paitre, au bout de quelques minutes, un précipité rougeätre.

Les eaux de Barèges artificielles, pour boisson où pour bains, si elles sont préparées avec le foie de soufre, offrent les caractères de l’une ou l'autre des dissolutions précitées, suivant leur degré de concentration. Si, au contraire, elles ont été obtenues avec le monosulfure de s0dium, elles ne fournissent point de précipité avec le chlorure de platine, après avoir été décomposées par un acide; du reste, elles agissent sur les autres réactifs indiqués , à peu près comme les dissolutions de foie de soufre. Le sirop de Chaussier, contenant du foie de soufre, secomporte avec les réactifs comme la dissolution aqueuse de ce corps, sil est étendu d’eau.

Foie de soufre mélangé à des liquides alimentaires végétaux et dmimaux, à la matière des vomissements ow à celle. que l’on trouve dans le canal digestif, ou appliqué sur la surface de l'estomac.— Exrémence le. — J'ai mélangé 30 centigrammes de foie de soufre solide ;

avec 50 grammes de lait, 60 grammes de bouillon et 30 grammes de café; j'ai chauffé jusqu'à lé ‘bullition , et il s'est aussitôt dégagé du gaz acide sulfhydrique , car un papier SAR d’acétate de plomb, placé au milieu de la vapeur, devenait noir ; la matière exhalait une odeur d'œufs pourris. Après une demi-heure d” ébullition . la liqueur ne contenait plus de foie de soufre, puisque, en y tiémpilité un papier imprégné d’acétate de PO, celui-ci ne se colorait aucunement.

Expérience IL. — J'ai fait dissoudre 10 centigrammes de foie de soif dans le même mélangé alimentaire froid ; j'ai introduit le tout dansun matras auquel j'ai adapté un tube recourbé, qui venait se rendre dansune éprouvette contenant de l’acétate de plomb dissous; j'ai alors versé danse matras 2 grammes d'acide acétique concentré et pur, et j'ai élevé la tem pérature à 60° ou 70° c.; j'ai aussitôt obtenu du gaz acide sulfhydrique et du sulfure de plomb noir; celui-ci, lavé et décomposé par l’acide azo= tique très-faible , m'a donné du soufre. La liqueur contenue dans le m4 tras devait renfermer de l’acétate de potasse ; après lavoir fait bouillir jusqu'à ce qu’il ne se dégageàt plus de gaz acide sulfhydrique , je lai fait évaporer jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine, et dès que le pro= duit a été refroidi, je l'ai agité pendant six ou sept minutes avec de alcool concentré marquant 44 degrés; la liqueur, filtrée et évaporée jusqu’à siccité, a laissé un résidu que j'ai carbonisé , incinéré et traité comme il a été dit à la page 286, et j'ai obtenu de la potasse parfaitement reconnaissable À son action sur le papier rougi, sur le chlorure de platine et sur l'acide perchlorique.

Expérience III, — Les résultats ont été les mêmes quand j'ai agi sur um mélange semblable, préparé depuis quarante-huit heures , et qui avait été. constamment exposé à l'air. Un pareil mélange, ne ébatétlanit que 5 cen- Gigratiines de foie de-soufre, examiné le cinquième jour de son exposition | à l’air, m’a encore fourni une petite quantité de gaz acide sulfhydrique.

Expérience IV. — J'ai souvent empoisonné des chiens avec 10, 12"0u | 14 grammes de foie de soufre , dissous dans 120 ou 160 grammes d'eatou | d’un liquide alimentaire composé de lait, de bouillon , de café et de vin; | les animaux , dont l’œsophage avait été lié, périssaient au bout d’uneot | de plusieurs heures, et étaient ouverts immédiatement après la mort, afin de recueillir du sang de la veine porte et des veines jugulaires, et de détacher le foie, la rate et les reins sans intéresser le canal digestif. En soumet- : tant Net le sang, le foie, la rate ou les reins, ainsi que l'urine, à | l’action de l'acide acétique, comme dans l’expérience 2, j’obtenais de. | stamment du gaz acide sulfhydrique, des dépôts de soufre et de lacétate de | potasse. Les matières trouvées dans le canal digestif, traitées de même, ne | tardaient pas à fournir aussi des proportions considérables de ces trois corps. | Toujours aussi la membrane muqueuse de l'estomac était tapissée d'une | couche plus où moins épaisse de soufre.

Exrérience V. — Ces expériences répétées donnaient les mêmes résullats, | lorsque, au lieu d ouvrir les cadavres immédiatement après la mort, fe ne | | procédais à l’autopsie qu’au bout de cinq ou six jours. |

DU FOIE DE SOUFRE. 349 Expérience VI. — Désirant savoir si, par suite de la putréfaction des viscères à l'état normal, il ne se serait point formé du sulfhydrate d’ammoniaque , dont la présence viendrait compliquer les résultats et infirmer les conclusions qui peuvent être tirées des expériences précédentes , j'ai laissé pendant un mois, dans un baquet plein d’eau distillée ; un chien récemment pendu, et dont l'abdomen et le thorax avaient été ouverts. Au bout de trente jours, J'ai filtré 3 litres de l’eau de macération , qui était trouble et d’une fétidité extrême. En traitant cette liqueur en vaisseaux clos par l'acide acétique (voy. expérience 2, p. 348), je n'ai pas obtenu la plus légère trace d'acide sulfhydrique; l'acétate de plomb a été transformé en carbonate de plomb blanc.

ExPéRiENGE VII. — J'ai fait macérer, dans 2 litres d’eau distillée, pendant un mois, un canal digestif d’un adulte qui avait succombé la veille à une attaque d’apoplexie. Le liquide, excessivement fétide, filtré et traité en Vases clos par l’acide acétique, n’a point fourni d'acide sulfhydrique. Le canal digestif, coupé par morceaux et mis dans un ballon avec 12 grammes d'acide acétique, a été chauffé jusqu’à l’ébullition; les gaz dégagés traversaient un solutum d’acétate de plomb, et m'ont bientôt fourni un précipité de sulfure de plomb noir. |

Il résulte des faits qui précèdent, et de beaucoup d’autres qu’il est inulile d'exposer ici : 1° que l’on peut constater aisément, même plusieurs jours après la mort, la présence du foie de soufre dans le canal digeslif des personnes empoisonnées, ou dans les malières des vomissements , à l’aide des réactifs énoncés à la page 347 , el surtout en faisant usage d'acide acétique , et en agissant en vaisseaux clos, comme il à été dit à l'expérience 2, page 348; 2 qu’il est beaucoup plus difficile de déceler ce corps dans les cas où, la dose ingérée étant très-faible, le canal digestif contiendrait naturellement ou accidentellement une quantité assez notable d'acides qui auraient décomposé /a totalité du poison ; car. alors l'expert pourrait se trouver dans l'impossibilité de dégager des matières suspectes, du gaz acide sulfhydrique ; 3° que les acides natutellement contenus dans l'estomac ne sont Jamais assez abondants pour décomposer en totalité plusieurs grammes de foie de soufre; en sorte jue,, dans la plupart des cas d’empoisonnement où l’on n’a pas fait prendre des boissons acides aux malades, l'expert devra trouver dans le anal digestif, ou dans les matières vomies , une assez grande quantité de poison indécomposé; 4° que, dans tous les cas de décomposition 2omplète ou incomplète du foie de soufre par un acide, dans le canal ligestif, la membrane muqueuse de l’estomac sera tapissée, sur une ou lusieurs de ses parties, d’une couche plus ou moins épaisse de soufre lance ou d’un blanc jaunâtre, facile à reconnaître ; qu’on pourra égament trouver du soufre suspendu au milieu des liquides de l'estomac Vdes matières vomies, et que l'existence d'un pareil dépôt de soufre,

si elle est insuffisante pour prouver qu’il y a eu ingestion d’un sulfure soluble, tend du moins à faire croire que cette ingestion a eu lieu, parce qu'il n’y à qu’un petit nombre de corps, après les sulfures, qui puissent donner naissance à un dépôt de soufre ; on serait admis à supposer que c’est plutôt du foie de soufre qu’un tout autre sulfure qui aurait été avalé, si, indépendamment du soufre déposé, il existait dans les matières suspectes une quantité assez notable d’un sel soluble de potasse ; 5° qu’alors même que la totalité du foie de soufre aurait été décomposée par les acides, les liquides suspects pourraient encore renfermer de l’acide GES en dissolution, parce que ce gaz est s0luble dans l’eau , et qu’il ne se dégage pas immédiatement ; 6° qu’il faut éviter, dans la recherche médico-légale du foie de soufre, de faire bouillir les matières vomies ou autres avec le contact de l'air, parce qu'on décompose complétement le poison s’il se trouve en petite proportion et que les liqueurs soient tant soit peu acides ; 7° que le foie de. soufre étant absorbé, il est indispensable, dans le cas où sa présence n'aura pas été démontrée dans le canal digestif ni dans les matières vo-. mies, de le chercher dans les viscères, dans le sang ou dans l’urine, en. procédant comme il a été dit à l'expérience 4, page 348 ; 8° que si lex- | pertise médico-légale n’était faite que longtemps après la mort, lorsque. déjà les tissus seraient putréfiés, il ne faudrait pas se hâter de conclure à l’existence du foie de soufre, par cela seul que l’on aurait obtenude! l'acide sulfhydrique en traitant les matières suspectes par l'acide acé- | tique, et que les liqueurs se seraient comportées avec les acides etes sels métalliques comme le font les sulfures, attendu qu’il se produit pendant la putréfaction de certains organes, et notamment du canal die gestif, du sulfhydrate d’ammoniaque : or les réactifs précités agissent sur ce sel comme les sulfures. Il faudrait, dans des cas aussi épineuX, | s'attacher à démontrer dans les matières suspectes la présence de la potasse, en les évaporant jusqu’à siccité et en traitant le produit par l'alcool concentré (voy. expér. 2, p. 348); on parviendrait souvent ainsi | lever toutes les difficultés, puisque, d’une part, le sulfhydrate d'ammos | niaque ne fournit jamais de potasse, et que, d’un autre côté, lé trai=. tement alcoolique tel que je l’ai conseillé ne donne jamais cet sen | | quand on agit sur des liquides à l’état normal (voy. Potasse, p. 284)"

Procédé. Si la matière suspecte est liquide, quelle que soit sa consis= tance, on en mettra une goutte ou deux sur un papier préalablement | trempé dans une dissolution d’acétate de plomb; si celui-ci est brun, : il y aura de fortes présomptions de croire qu’il existe du foie de soufre dans la matière que l’on examine, Quel que soit le‘résultat de cet essah, | on filtrera la liqueur, après l'avoir étendue d’eau, si elle était trop épaisse , el l’on en prendra une petite proportion dans laquelle on vers |

| sera les réactifs propres à faire connaître la dissolution aqueuse de foie de soufre (voy. p. 347), puis on verra si le dépôt qui est sur le filtre ne contient pas du soufre hydraté blanc ou d’un blanc jaunâtre, sus- | cptible de brûler sur le feu avec une flamme bleue. Si la liqueur a présenté les caractères du toxique dont je parle, et que le dépôt resté sur le filtre soit du soufre, on affirmera que la matière suspecte contient du foie de soufre. A cette occasion , M. Devergie a commis une erreur grave en annonçant que, dans la plupart des cas, l'existence du soufre sur le filtre permettait d'établir que le foie de soufre avait été complétement décomposé, et que l’on ne devait plus en trouver dans la liqueur filtrée, Je dirai, au contraire, que, dans la plupart des cas, Les choses se passent {out autrement, et que l’on constate à la fois la présence du soufre dans le dépôt, et celle du foie de soufre, non décomposé, dans la liqueur. Admettez qu’il faille 10 p. d’un acide quelconque pour décomposer 30 p. de foie de soufre; admettez qu’au lieu de 10 p. d'acide il ne s’en soit trouvé que 5, évidemment il restera encore dans la liqueur 15 p. de foie de soufre non décomposé : or cette hypothèse, loin d’être repoussée par la raison , est conforme aux résullats des expériences que j'ai tentées, et des observations recueillies chez l’homme, lesquelles établissent que, dans la grande généralité des cas d’empoisonnement par le foie de soufre, sinon toujours, les acides contenus dans l'estomac n’ont pas été assez abondants, à beaucoup près, pour décomposer la totalité du foie de soufre, en sorte que celui-ci a dû se trouver en grande partie dans la liqueur.

Si l'essai que je viens de conseiller de faire sur une faible portion de la liqueur suspecte a été infruciueux, il faudra traiter celle-ci par l’acide acétique. On l’introduira en entier dans un matras auquel on adap- {era un tube recourbé qui viendra se rendre dans une éprouvette contenant de l’acétate de plomb dissous ; on versera dans le matras 2 ou 3 &tammes d'acide acétique concentré et pur, el on élèvera la tempéralure à 60° ou 70°c.; si la liqueur contient du foie de soufre , il se dégagera aussitôt du gaz acide sulfhydrique qui produira, dans l’acétate de plomb, un précipité de sulfure de plomb noir qu’on lavera et que l’on décomposera par l'acide azotique faible, pour en retirer le soufre. On s’assurera ensuite que la liqueur contenue dans le matras renferme de l’acétate de potasse : pour cela, après lavoir fait bouillir jusqu’à ce qu'elle ne fournisse plus de gaz acide sulfhydrique, on l’évaporera jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine , et lorsque le produit de elfe Évaporation sera refroidi, on l’agitera pendant 6 ou 7 minutes avec le l'alcool concentré marquant 44 degrés à l'aréomètre; si la liqueur ilvée contient de l’acétate de potasse, il suffira de la faire évaporer usqu’à siccité, de carboniser et d’incinérer le produit de l'évaporation,

comme je l'ai dit en parlant de la potasse (voy. p. 286), pour obtenir cet alcali que l’on reconnaîtra à l’aide du papier de tournesol rougi, du chlorure de platine et de l'acide perchlorique. | |

Si, en essayant la matière suspecte liquide, avec un papier imprégné d’acétate de plomb, on voyait que celui-ci n’est pas bruni, on aurait immédiatement recours au traitement par l'acide acétique, tél quil vient d’être décrit.

Si la matière suspecte uen n'avait point fourni de foie de soufre, on soumettrait les parties solides à l’action de l'acide acétique, comme il a été dit plus haut.

Dans tous les cas où la mort aurait été la suite de l’empoisonnement, on élendrait l'estomac pour voir s’il n'existe pas à sa surface interne, et surtout dans ses replis , une couche plus ou moins étendue de soufre; on toucherait plusieurs points de la membrane muqueuse avec un Jas pier imprégné d’acétate de plomb qui brunirait partout où il y aurait quelques traces de foie de soufre; enfin on laverait à plusieurs reprises celte membrane avec une même quantité d’eau distillée, afin d'enlever et de dissoudre les parcelles de foie de soufre qui pourraient se trouver appliquées sur elle. On agirait ensuite sur la dissolution, avec de l'ai acétique concentré et pur.

Foie de soufre absorbé et contenu dans le canal digestif et dans des autres viscères, dans le sang , elc. Après avoir coupé les viscères en petits morceaux, on les mettra dans un mortier d’agate, et on les dé layera dans de l’eau distillée froide ; le mélange , en partie solide, sera décomposé en vases clos par lacide acétique (voy. expérience 2, p. 348) et l’on obtiendra du gaz acide sulfhydrique , un dépôt de soufre élide l’acétate de potasse. On agirait,de même sur le sang et sur Purine.

Dans tous Les traitements par l’acide acétique, il est indispensableïde pousser les opérations assez loin pour retirer la potasse qui faisait parlie du foie de soufre, car il ne serait pas impossible, comme je l'ai déjà dit, que dans certaines circonstances, la putréfaction eût développé du sulfhydrate d’ammoniaque, qui fournirait du gaz acide sulfhydrique par l'acide acétique, tout comme le foie de soufre (voyez expérience À p. 349).

Action sur l’économie animale.

Expértence l'°, — On a fait avaler à un chien robuste 22 grammes de nitre pur et en poudre fine; au bout de cinq minutes, il a vomi deux fois.des matières alimentaires mélées d'un liquide muqueux et filant. Le lendemain il a refusé les aliments, Le jour suivant, à huit heures du matin, il a bien

mangé, et il n’éprouvait aucun symptôme remarquable. À trois heures, on a introduit dans son estomac 48 grammes de nitre pur, dissous dans 140 grammes d’eau distillée, et on à lié l'œsophage. Deux minutes après , l’animal a fait des efforts pour vomir, qui se sont renouvelés plusieurs fois dans l’espace des dix premières minutes. A trois heures et demie, il offrait des vertiges ; à quatre heures, il était couché sur le côté, et avait de légers mouvements convulsifs dans l’extrémité antérieure droite: ses pupilles étaient dilatées, sa respiration lente et profonde, les battements du cœur faibles et peu fréquents; la sensibilité et la mobilité étaient tellement diminuées, qu'il lui était impossible de se soutenir un instant sur ses pattes ; cet élat a augmenté, et l'animal est mort à quatre heures et demie. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le cœur était fluide, et d’un rouge vif dans le ventricule aortique. Les poumons paraissaient être comme dans l’état naturel. L’estomac, livide à l'extérieur, était distendu par un fluide limpide; la membrane muqueuse offrait, dans toute son étendue ; une couleur rouge, noirâtre; elle était parsemée de vaisseaux fortement gorgés de sang noir ; la tunique musculeuse était d’un rouge vif; l’inflammation s’étendait jusqu’à l’iléum. |

Expérience Il. — À onze heures, on a introduit dans l'estomac d’un petit chien robuste 8 grammes de nitre pur réduit en poudre fine, et on a lié lœsophage. Au bout de cinq minutes, l'animal a commencé à faire des efforts pour vomir, qui ont duré pendant une demi-heure. À midi , il poussait des cris plaintifs. À une heure, il avait des vertiges. À deux heures et demie, les douleurs auxquelles il était en proie paraissaient cruelles ; il était couché sur le ventre, ses pattes postérieures très-écartées , les antérieures fléchies ; il ne pouvait plus se tenir un instant debout, et lorsqu'il cherchait à changer de position , il faisait un saut et retombait comme une masse inerte ; la faiblesse des extrémités postérieures augmentait de plus en plus ; ibne donnait aucun signe de sensibilité lorsqu'on le pincçait; les organes des sens jouissaient de toute leur intégrité; les paupières et les extrémités antérieures étaient agitées de temps en temps par de légers mouvements con- Nulsifs ; les inspirations étaient rares et profondes. I est mort à trois heures dix minutes. L’estomac contenait une assez grande quantité d’un fluide épais, flant ; la membrane muqueuse offrait, dans toute son étendue , une couleur rouge pourpre, parsemée, dans quelques endroits, de points noirs ; la tunique sous-jacente était d'un rouge vif; les autres portions du canal digestif et les poumons ne paraissaient pas altérés. 0 Expéienor 1, — On a répété cette expérience avec 4 grammes de nitre Pur : animal est mort aw bout de vingt-neuf heures, après avoir offert des Symptômes analogues à ceux qui viennent d’être décrits. À l’ouverture du cadavre, on a trouvé que la membrane muqueuse de l'estomac était enflammée, …Exrémiexce IV. — On à fait une plaie sur le dos d’un chien robuste et de moyenne taille; on l’a saupoudrée avec 8 grammes de nitre en poudre, auxquels on a ajouté 48 grammes d’eau chargée de ce sel; on à réuni les lambeaux par quelques points de suture. Au bout de trois jours, l'animal

ne paraissait pas affecté. On à appliqué sur une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un autre petit chien 8 grammes de nitre pur dissous dans 16 grammes d’eau à 40°. Au bout de cinq jours, l’animal mangeait avec beaucoup d’appétit, et n’avait éprouvé d'autre incommodité que celle qui tenait à la blessure. On à pratiqué une incision près de l’articulation fémoro-tibiale d’un petit chien maigre ; on a introduit dans la plaie 12 grame mes de nitre humectés avec 4 grammes d’eau. Cinq jours après, l’animala mangé avec beaucoup d’appétit; mais la plaie était très-considérable; elle avait été gangrenée et s’étendait jusqu’à la région ombilicale. On a négligé de donner des soins à cet animal , et il est mort huit jours après l’opéras tion. L’estomac n’offrait aucune altération sensible; il en était de même des autres organes. Dans une autre expérience, l'animal est mort deux jours après l'application de 12 grammes de nitre sur une plaie faite à la partie interne de la cuisse; et à l’ouverture du cadavre, on a trouvé deux petits ulcères dans l'estomac ; plusieurs points de la membrane muqueuse étaient noirs , scarifiés , et il y avait du sang extravasé dans son propre tissu; mais je n’attache pas beaucoup d'importance à ce fait, parce qu'ilest unique; et que je ne puis pas affirmer que l’animal nait pas avalé quelquerautre substance vénéneuse. | À, Onservarion [°° (1).— Un homme atteint d’une fièvre périodique prit, par mégarde, 48 grammes de nitre. Peu de temps après, les angoisses les plus fortes, avec froid interne, se manifestèrent à l’estomac; il survint ensuite des défaillances, des syncopes, et en moins de dix heures le malade expira. (Comparetti.) FO Osservarion IL. — «il y a six ans que feu MM. Froissard et Martin Mie prièrent d'assister à l'ouverture du cadavre d’une domestique que l'on sOupconnait de s'être empoisonnée volontairement. Ce qui appuyait celte opinion , c’est que depuis deux ou trois mois elle était devenue triste, réveuse, à la suite d’obstructions dans le bas-ventre et de la suppression dewses règles. Cette fille, âgée de trente-six ans, était robuste , d’un tempérament bilieux et très-irritable; elle avait fait usage de différents remèdes popus laires infusés tantôt dans du vin, tantôt dans de l’eau-de-vie. Deux jours avant sa mort, elle avait pris 48 grammes d’une substance saline qu'elle ne pouyait désigner que par le nom de sel: ce purgatif, pris en deux {ii

(1) Les exemples d’empoisonnement par l’azotate de potasse à l’état solide ou en dissolution concentrée sont tellement bien constatés, qu’il est impossible dié: lever le moindre doute sur les qualités délétères de ce sel: néanmoins on le voit employer souvent dans les rhumatismes aigus et dans quelques autres affections, à des doses très-fortes, sans qu’il occasionne les accidents dont j'ai parlé: ces résultats, en apparence contradictoires, peuvent s’expliquer. en ayant égard aux conditions dans lesquelles se trouvent les individus qui en font usage, à Pétal de concentration de la liqueur, etc. Le tartrate de potasse antimonié, le kermès minéral, l’oxyde d’antimoine, etc., se comportent à cet égard comme lazotaté de potasse,

verres et à la distance d’une demi-heure, lui procura , par le vomissement et par les selles, des évacuations très-abondantes de bile dégénérée , et Jui fit éprouver de violentes douleurs d’entrailles. Le médecin appelé pour calmer ces vives irrilations, produit d’une superpurgation , ordonna des décoctions mucilagineuses en boisson et en lavement ; il fut même obligé, pan l'intensité des douleurs, de donner de l’opium tant en substance qu’en icinture. Ges secours furent sans effet : la malade sentait un feu dévorant qu'elle rapportait à la poitrine et à l’estomac; ses extrémités étaient froides, son pouls était presque nul; enfin elle expira soixante heures après avoir pris le sel. L'ouverture du cadavre fut faite deux jours après la mort. Le ventricule était rouge, parsemé de taches noirâtres de la largeur d’une lentille; vers le bas-fond de l'estomac, une de ces taches était dé la grandeur d'un Jiard; dans son centre, il y avait un petit trou qui perçait le viscère; le canal intestinal était intérieurement rougeâtre; le foie était obstrué, et la matrice dans la plus parfaite vacuité. Nous apprîmes que celte fille deant se purger, une de ses amies lui avait acheté, chez un droguiste , 48 grammes de sel de nitre» (1).

Osservarion II. — Laflize rapporte le fait suivant: Une dame qu'il venait de traiter d'une rougeur érysipélateuse à la jambe prit par son ordre, pour se purger, le 27 avril 1787, à six heures du matin, 32 grammes de nitre tel qu’il sort de la salpêtrière , dissous dans un verre d’eau , avec addition de 64 grammes de sirop de pommes (ce sel avait été vendu , par un droguiste, à la place du sel de Sedlitz, sulfate de magnésie, qui avait été prescrit). La malade éprouva, un quart d'heure après, les symptômes sui- Yants : cardialgie, nausées, vomissements pénibles, évacuations par le bas, ensuite convulsions qui rendaient la bouche contournée ; syncope, pouls inès-faible , extrémités froides, successivement pouls nul, voix éteinte, feu dévorant dans l'estomac, douleurs eruelles dans le ventre, que rien ne put calmer ; pressentiment d’une fin prochaine, respiration laborieuse ; mort a neuf heures du mätin, trois heures après la fatale boisson. À l'ouverture du cadavre, on trouva ce qui suit : estomac fortement distendu par un liquide; la membrane externe de ce viscère était d’un rouge foncé, on y lémarquait quelques taches brunes; sa tunique veloutée était enflammée oùtre mesure, et se trouvait détachée dans plusieurs endroits; l'humeur Sanguinolente qui s’était écoulée des vaisseaux déchirés avait coloré en rouge le liquide contenu , qui équivalait à la mesure d’un litre. Cette inflammation gangréneuse commençait à l'orifice cardiaque, et finissait au pylore ; le reste du corps était dans l’état naturel. On s’assura que la cause de la: mort était entièrement due à l'action hypersthénique du nitre, par l'examen de ce sel, qu’on envoya chercher immédiatement chez le même droguiste, et par l'analyse chimique du liquide contenu dans l'estomac,

NB

(1) Souville, Journ. de médecine, de chirurgie et de pharmacie, t. LX XIII ; année 1787.

856 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | lequel produisit, par l’'évaporation des cristaux de véritable nitrate de potasse (1).

Onservarion I V.— La femme d’un épicier d’Édimbourg, enceinte de deux mois, avala par méprise une poignée de sel de nitre : aussitôt douleurs vives à l'estomac, nausées et vomissements de quelques gorgées qui avaïéntMle gout du nitre. Au bout d'un demi-quart d'heure, tout le corps était enflé, On administra, dix minutes après, de l’ipécacuanha et une solution chargée de sel de Glauber. La femme avorta au bout d’une demi-heure, et rendit par les selles une grande quantité de sang mêlé à des débris de la membrane muqueuse des intestins ; la gorge était excoriée , ce qui ne permettait pas à la malade d’avaler rien de piquant. Cinq jours après, les douleurs générales et les divers symptômes nerveux commencèrent à céder à l'emploi du lait, des mucilagineux et de l’opium. M. Alexandre, qui a rapporté cette observation, ne dit pas si la malade fut entièrement rétablie. (Ancien Journal de médecine ; t. LXXLI.)

Ossenvarion V.— Butler rapporte le fait suivant: Madame E..., femme d’un quartier-maître, avala par méprise , le 17 mars 1815, 64 grammes de nitre pour 32 grammes de sel d'Epsom. Le jour précédent , elle avait acheté 125 grammes de nitre et 64 grammes de sel d’Epsom ; elle plaça les deux pas quets sur sa cheminée à côté l’un de l’autre , en rentrant chez elle. Se sentant mal disposée , le lendemain matin , elle resta au lit, et voulut que son mari mélät la moitié d’un des paquets placés sur la cheminée dans un peu d’eau chaude , et lui donnât cette dissolution ; elle la prit en effet, croyant avaler environ 32 grammes de sel d’Epsom. Mais, au lieu du paquet contenant le sel d’'Epsom , le mari avait pris celui qui renfermait le nitre, et en avait fait fondre à peu près la moitié dans un verre d’eau; et quoiqu'il éprouvät: quelque difficulté à-dissoudre les cristaux, il ne conçut aucun soupçon: Bientôt après que la solution eut été avalée , les vomissements survinrents d’abord les matières contenues dans l'estomac furent rejetées, et ensuite

(1) Tourtelle, médecin à Besançon, doute que le nitre soit un poison capable de donner la mort : suivant lui, le nitre n’agit qu’à la manière des autres sels neutres ; à forte dose, il occasionne cependant quelques accidents, tels qu’une sensation douloureuse à l’estomac , des vertiges, le froid des extrémités et quels quefois de tout le corps, des défaillances , etc.

Un homme, affecté d’une hydropisie ascite, prenait depuis trois semaines dés tisanes apéritives avec le nitre à la dose de 4 grammes par litre. Comme il s’im= patientait de ne pas guérir et qu’il avait entendu préconiser le nitre dans sama ladie , ilen prit un jour environ 64 grammes dans deux verres d’eau. A la vérité il fut un peu tourmenté de coliques; mais il fut totalement guéri par. d'abon= dantes évacuations par les selles et par les urines. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il n’éprouva aucun des accidents de l’empoisonnement, quoique son ess tomac fût si sensible qu’il ne pouvait pas garder une cuillerée de vin sciilisique le plus faible. Tourtelle attribue les accidents décrits par Laflize au transport de Phumeur arthritique sur l'estomac de la malade qui fait le sujet de cette observation. (Journal de médecine, chirurgie el pharmacie, t, LXXHI ; Réflexions par Tourtelle, p. 22 et suiv.)

les efforts n’amenèrent que du sang pur. On peut supposer que le nitre a eu son plus entier effet, parce qu'il avait été pris le matin avant déjeuner, où l'estomae est généralement vide. Le vomissement de sang ayant répandu l'alarme, je fus demandé par un voisin intelligent, et lon nattendit, pas mon arrivée pour faire des questions sur la substance qui avait été avalée pour du sel d’Epsom. Quand je vis Ja malade, les vomissements continuaient depuis près d’une heure, et j’observai qu’une grande quantité desang fluide et coagulé, d’une couleur purpurine, avait été rejetée. Ayant acquis la certitude que la substance prise était du nitre, il devint évident pour.moi, quoique la nature ait pourvu l'estomac humain d’une couche demucus pour défendre ses parois de l’acrimonie ordinaire de nos aliments, que ce mucus n’était pas assez abondant pour prévenir l’action corrosive d’une forte dose de nitre. Je remarquai aussi que quelques cristaux

non dissous avaient été avalés par la malade. Je fis donner sur-le-champ

une grande tasse d’eau tiède, et j'ordonnai que la même quantité fût ad-

mimistrée après chaque vomissement, pendant que je faisais préparer, dans

le moins de délai possible, un demi-litre d’un mucilage très-épais de gomme arabique, dans lequel je fis ajouter un peu de laudanum. Durant mon absence, environ deux litres d’eau tiède furent administrés à la malade, et presque toujours rejetés avec une certaine quantité de sang purpurin. Je donnai la moitié de la misture mucilagineuse (128 grammes), qui resta dans l'estomac vingt minutes; mais quand on administra quelques gouttes d’eau de gruau épaisse, le tout fut vomi aussitôt, mêlé avec un peu de sang coagulé. Je voulus qu’elle prit 500 grammes de. gruau épais, quelle vomit immédiatement avec un peu plus de sang fluide. Je donnai alors le reste de la mixture mucilagineuse, qui de même fut expulsée. Une décoction épaisse de graine de lin fut rejetée, comme les boissons précé-

dentes, en peu de minutes. Cependant je continuai de faire prendre alter-

nativement à la malade du gruau épais et du thé mêlé à de la graine de lin, aussi longtemps que son estomac rejeta du sang ; car {ant que ce symplôme persista , je jugeai bien que la corrosion poursuivait sa marche. La malade à la fin tomba presque en défaillance; son pouls devint fort et fréquent; une sueur chaude, comme visqueuse, et accompagnée de frisson , Semanifesta. La malade demanda un-court repos. Je donnai une autre dose de mucilage de gomme arabique avec du laudanum ; les accidents se calmêrent pendant quelque temps; mais dès qu'ils reparurent, je renouvelai la potion de gruau épais et de thé mélé à de Ja graine de lin. Les vomissements continuèrent depuis huit heures du matin jusqu’à midi, et. pendant ce temps, la malade dut boire et vomir environ huit litres de liquide. de jugeai alors prudent d’en suspendre l'usage, car les forces s’épuisaient , eble nitre était probablement tout à fait dissous. Depuis midi jusqu’à six heures du soir, la malade ne prit rien; mais alors elle vomit jusqu’à neuf heures du sang grumeleux, en partie fluide et en partie coagulé. Un peu de gruau lui fut donné ; puis elle resta sans rien prendre jusqu’à neuf heures dumatin ; mais sans vomir ni dormir.

Le 18 mars au matin, la malade paraît violemment tourmentée de dou- |

leurs d'estomac, qui ne sont pas continuelles, mais spasmodiques. Deux clystères avaient été administrés pendant la nuit, et un le matin : du gruau, du sel , et de l’huile de ricin ; les composaient. Trois évacuations avaient eu lieu, la dernière avec perte de sang. Je fis prendre alors du thé suffisamment. chaud avec du lait: cette boisson ne fut point vomie ; j'ordonnai dans la journée l’administration d’une petite quantité de gruau. A sept heures du soir, le grüau et le thé n’avaient pas été vomis; les douleurs d'estomac étaient périodiques et brülantes ; il y avait eu deux selles, toutes deux mêlées de sang; la malade avait peu uriné; tout vomissement avait cessé. J'ordonnai toujours le gruau à doses petites, mais répétées ; la prescrips tion suivante fut faite pour la nuit : teinture d’opium, 40 gouttés; mucilage d’acacia. .

Le 19 mars, la malade était mieux; les douleurs sont par intervalles trèsintenses, et diffuses sur tout l'abdomen. Thé et gruau ad libitum. Le 20; il n’y avait aucune modification remarquable. Le 24, l’abdomen est toujours douloureux. Pendant plusieurs jours de suite, on voit de petits caïllots de sang dans les selles; mais, à l'exception de la faiblesse, il n’y à pas de symptômes graves, et quoique enceinte depuis deux mois, cette damie ne fit point de fausse couche. Le 1° avril, je fus de nouveau appelé pour voir madame E.... On avait observé depuis quelques jours des tressaillements"et des mouvements involontaires. Lorsqu'elle s'asseyait sur une chäise;,"on la voyait tout à coup sauter brusquement; ses muscles agissaient contre”sa volonté, et elle exécutait sans cesse des mouvements qu’elle voulait mais qu’elle ne pouvait pas empêcher. Si des personnes de l’art l'avaient Vüe dans cet état, elles l’eussent sans doute regardée comme affectée de la ma= ladie connue sous le nom de danse de Saint-Guy : en effet, elle en avait tous les symptômes, tels qu'ils sont décrits dans la Mosologie de Cullensu Gette dernière partie de l’histoire de la maladie de madame E... me sembl surtout devoir intéresser les physiologistes et les nosologistes. On peutse demander si le trouble nerveux n’était qu’un accident symptomatiqueMde l'irritation des viscères, ou si les particules irritantes du nitre, introduites dans le sang, allaient exciter les nerfs en circulant avec celui-ci, et”produire ainsi les mouvements involontaires des muscles. La sécrétion delurine ne fut jamais notablement augmentée. Dix jours environ s'étaient écoulés depuis le moment où le nitre fut pris jusqu’à l'apparition des symptômes nerveux, qui durèrent à peu près deux mois. Tant que cette afféction persista , le pouls resta petit, et marqua quatre-vingt-dix battements par minute; le bras et la jambe gauche étaient spécialement attaquésÿMle caractère de la malade, naturellement doux, était devenu éminemment irascible, Lorsque son estomac était vide, son état semblait empirer,"et elle ressentait alors une douleur constante dans la région de l’épine. Le quinquina ne fut pris qu’en doses divisées, mêlé avec du lait. Les symptômes spasmodiques atteignirent un degré effrayant; ils se calmèrent graduëllement; mais la malade n’obtint le complet rétablissement de ses forces qu'après son accouchement. Le 3 octobre 1815, je l’accouchaï d’ün'enfant mâle : le travail de l’enfantement fut plus long qu’à l'ordinaire ; sans doute

À cause de la faiblesse. Le 29 octobre 1817, je l’accouchai d’un autre enfant : l’un ét l’autre sont vivants et bien portants.

Remarques de M. Butler. Plusieurs raisons m’engagent à rendre public le cas que je viens de rapporter.

1° Pour montrer la quantité de nitre que peut supporter l’estomac humain sans que la mort en soit la suite, lorsqu'on met en usage le traitement que j'ai employé, et pour faire ressortir quelques-uns des effets de cette substance; 2° pour éclairer en quelque manière l’histoire d'une autre affection, dont la nature réelle n’est que peu connue, parce que nous sommes peu instruits dans la physiologie du système nerveux ; 3° pour démontrer que les plus violents vomitifs ne déterminent pas constamment lavortement. Je ne pense pas que l’on ait encore rapporté de cas où un malade ait pris une si grande quantité de nitre, et en soit revenu. (Nouveau journal de médecine, de chirurgie et pharmacie, février 1818.)

Osservarion VI.—Gmelin cite un cas d’empoisonnement mortel chez un enfant, par 24 grammes d’azotate de potasse mélangé à 8 grammes de crème de tartre (Æppar. medic.; t. LXVII).

Falconner parle d’un individu qui se rétablit après avoir pris 64 grammes de nitre (Mem. of the med. London, 1, 1792, app. n° 9).

Ges faits nous permettent de conclure :

… 1° Que l’azotate de potasse introduit dans l'estomac des chiens et de l’homme est absorbé, et qu’il agit à la manière des poisons irritants qui exercent ultérieurement une action stupéfiante sur le système nerveux ; 20 qu’il peut déterminer la mort lorsqu'il a été avalé à la dose de 8 à 12 grammes ; 3° qu’il est possible de le retrouver dans les viscères, tels que le foie , la rate, etc., où il est passé par voie d'absorption.

Telles sont a conclusions publiées par moi en avril 1843 ; ces conclusions ne diffèrent de celles que j'avais consignées dans mon Traité de toæicologie , dès l’année 1814, qu’en ce que j'avais annoncé d’abord que Vazotate de potasse, dbbnué sur le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse des chiens, n’est pas absorbé ; mais , ainsi qu’on vient de le voir, J'avais rectifié cette erreur en avril 1843.

. Le lundi 31 juillet de cette même année , MM. Rognetta et Mojon lurent à l’Académie des sciences une note ayant pour titre : Expériences concernant l’action du nitrate de potasse sur les lapins, et dans laquelle ils élablirent : 1° « Que ce sel est absorbé, » ce qui n'avait pas besoin d’être prouvé, puisque je l'avais dit formellement. 2° « Que les lapins sont tués par l’azotate de potasse, soit que le sel ait été mis dans le tissu cellulaire sous-cutané, soit qu'il ait été introduit dans l'estomac, » ce qui

ne surprendra personne, les effets toxiques de ce sel ayant étémishors |

de doute par des observations nombreuses recueillies chez lhommesét |

par les expériences que j'avais publiées dès l’année 1814. 3° «Qu'il faut |

au moins 2 grammes d’azotate de polasse pour tuer un lapin de taille moyenne, » ce qui ne conduit à rien pour détérminer le degré d'inténsité de ce sel chez l’homme ; en effet, les lapins succombent:avecune telle facilité, lorsqu'ils sont soumis à l’action de la plupart des toxiques,

que des expérimentateurs sensés n’ont jamais songé à les faire servira éclairer l’histoire de l’empoisonnement chez l’homme. 4 «Qu'ilntest pas exact de dire, comme je l’ai fait, que le nitre agit à la manièredés poisons irritants, puisque chez les lapins empoisonnés par ces mes

sieurs , tous les organes ont paru blancs et d’une flaccescence rematquable , et que nulle part on n’a pu découvrir la moindre {race d'inflammation. » $i,en énonçant celte conclusion, on a eu pour butrde faire croire que le nitre n’enflamme pas les tissus du canal digestif de Phomme et des chiens, on à élé absurde et peu véridiques absurde, parce qu’on aurait dû savoir qu’il n’y a aucune conséquence raison

nable à tirer, pour ce qui concerne l’homme, d'expériences toxicolo= giques faites sur des lapins ; on a été peu véridique, parce qu’il résulte

de mes expériences sur les chiens, dont on veut contester la valeur,que le nitre enflamme fortement l’estomac et les intestins de ceux de ces animaux qui en ont avalé une quantité suffisante pour périr, et surtout parce que, dans plusieurs cas d’empoisonnement, suivis de mort chez l’homme , l'inflammation du canal digestif a été portée aussi loin que possible ; ainsi Souville rapporte qu’une domestique mourut après avoir pris 48 grammes d’azotate de potasse ; l'estomac était rouge, parsemé de taches noirâtres de la largeur d’une lentille ; vers le bas-fond de l’esto= mac, une de ces taches était de la grandeur d’un liard ; dans son cen= tre, il y avait un petit trou qui perçait le viscère : le canal intestinal intérieurement rougeâtre (Journal de médecine , t. LXXII, année 787). Laflize a vu une dame qui succomba pour avoir pris 32 grammes ÿ azolate de potasse. La membrane externe de l'estomac était d'un rouge foncé ; on y remarquait quelques taches brunes ; sa tunique, veloutée, était enflammée outre mesure, et se trouvait détachée dans plusieurs endroits ; l’inflammation gangréneuse commençait à l’orifice cardiaque el fuistait au pylore (tbid., t. LXXIIT). Et c’est en présence de faits aussi imposants que l’on ose articuler en 1843 que le nitre ne développe pas la moindre trace d’inflammation !!! 5° « Que le phénomène le plus re= marquable de l'empoisonnement par ce sel est la sécrétion extr raordinaire de l'urine. » 11 faut convenir que c’est une grande nouveauté que d’avoir découvert en 1843 que le nitre est un puissant diurétique. 6° Enfin que l’action du nitre est affaiblissante , el qu’il faut traiter

l’'empoisonnement qu'il détermine par une médication stimulante,, telle que le vin. » IL en est de cette annonce comme de celle qui a été faite par M. Rognetla, avec un aplomb qu'on ne trouverait pas ailleurs, à l’occasion, du traitement de l’empoisonnement par l’acide arsénieuxs; à celle intoxication, il fallait également opposer le vin, l’eau-de-vie, le bouillon, et éviter les antiphlogistiques; qu’en est-il résulté? C’est qu'en examinant la question de près, l’on a reconnu , à l’aide d’expériences faites sur des chiens et sur des chevaux, par Ron ete lui-même, qu’ il n'y avait pas un mot de vrai dans les assertions énoncées, ce qui

permel de supposer que l’auteur avait voulu mystifier le DUDHE Traitement de l’empoisonnement.

On provoque les vomissements et l’on combat l’irritation gastro-inteslinale par les antiphlogistiques ; ultérieurement , s’il y a lieu. on fait usage de quelques antispasmodiques. On ne connaît aucun antidote de ce sel.

Nitre solide. Il est en poudre blanche ou en longs prismes à six pans demi-transparents et terminés par des sommets dièdres; ces cristaux s'accolent souvent de manière à former des cannelures qui pourraient les faire confondre au premier abord avec ceux du sulfate de soude ; la saveur du nitre est fraiche et piquante. Il se dissout dans quatre fois son poids d’eau à 15°; l’eau bouillante en dissout quatre fois son poids ; ibfuse sur les charbons ardents; mêlé au cuivre en limaille et traité par de l'acide sulfurique concentré et un peu d’eau , il répand des vapeurs orangées (acide hypoazotique) qui se comportent avec le sulfate acide de proloxyde de fer, comme il a été dit à la page 178. I1 suffit d’un atome de ce sel pour colorer en rouge de sang la dissolution jaune de narcotine dans l’acide sulfurique concentré. Trituré avec de la chaux vive , il ne dégage point d’ammoniaque; enfin sa dissolution aqueuse concenirée. donne , avec le chlorure de platine, un précipité jaune-serin , grenu , adhérent au verre. Le nitre du commerce contient ordinairement des chlorures, et surtout du chlorure de sodinm , et fournit avec l'azotate d'argent un précipité de chlorure d'argent blanc, lourd, caillebotté , insoluble dans l’eau et dans l'acide azotique re froid et bouillant, et soluble dans l'ammoniaque.

On cire aisément l’azotate de potasse solide du sulfate de soude, avec lequel il a été quelquefois confondu aux caractères suivants : 1° le sulfale de soude fond et ne fuse pas sur les charbons ardents ; 2 il ne fournil point de vapeurs blanches par l'acide sulfurique ni . vapeurs oran-

gées par l'addition du cuivre métallique; 3° il ne colore Fe le sulfate jaune de narcoline en rouge de sang.

Dissolution aqueuse concentrée. Elle est incolore, transparente el sañis action sur les couleurs végétales ; le chlorure de platine y fait naître un précipité jaune-serin , grenu, dur et adhérent au verre; la chaux vive n’en dégage point d’ammoniaque ; elle n’est point tr Hé par l’azotale d'argent, à moins que le nitre, avec lequel elle a été préparée, ne contienne, comme cela arrive souvent , du chlorure de sodium, dans equel cas elle donnerait un précipité de chlorure d'argent blanc, caillebotté , insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique froid ou bouitiäill et soluble dans l’ammoniaque. L’alcool concentré précipite une portion notable du sel, quoiqu'il en reste encore dans le liquide alcoolique..En faisant évaporer la dissolution aqueuse jusqu’à siccité, on obtient delazotate de potasse solide. Cette dissolution concentrée agit sur le sulfate de protoxyde de fer et sur la narcotine mélangée avec de l’acide sulfurique , comme je le dirai en parlant de la dissolution aqueuse étendue d’eau.

On distinguera la dissolution concentrée de nitre de la dissolution concentrée de sulfate de soude, en ce que la première ne précipite pas par les sels solubles de baryte, et qu’elle précipite par le chlorure de platine, tandis que l’inverse a lieu pour le sulfate de soude.

Dissolution aqueuse d’azotate de potasse étendue d’eau. On peut la rez connaître facilement en la transformant en une dissolution concentrée, au moyen de l’évaporation. Toutefois on sera autorisé à soupconner fottement son existence, si Le liquide ne dégage point de vapeurs orangées lorsqu'on le traite par l'acide sulfurique et par le cuivre, s’il ne précipite ni par le chlorure de platine, ni par l’alcool concentré, sil n’exhale point d’odeur ammoniacale, lorsqu'il est trituré avec delà chaux vive , qu’il communique une couleur rouge de sang au mélange d’acide sulfurique et de narcotine, quand il est employé en très-petite proportion, et qu’il colore en brun (café à l’eau) le sulfate de protoxyde de fer pulvérisé et délayé dans une assez grande quantité d'acide sulfufurique concentré ; la coloration brune passera au violet ; si on en étend une goutte ou deux dans huit à dix gouttes de ce même acide concentré.

Azotate de potasse mélé à des liquides alimentaires, à la matière des vomissements ou à celles qui sont contenues dans le canal digestif: Le

thé, le café, le vin, l’albumine et la gélatine ne qe point troupes par ce sel.

Expérience 1°°— On dissout 4 grammes d’azotate de potasse cristallisé dans 100 grammes d’eau: la dissolution n’est point précipitée, même

au bout de vingt-quatre heures, par de l'alcool concentré marquant 44 degrés.

Expérience IL. — On mêle 1 gramme de nitre avec 100 grammes de lait , de café et de bouillon; on évapore jusqu’à siccité, et on traite le produit par 100 grammes d’eau distillée froide ; le lendemain on filtre ; le liquide est d’une couleur jaune rougeâtre. On l'évapore jusqu’à siccité; lorsque le résidu , de couleur rougeätre , est froid , on l’agite pendant plusieurs minutes avec de l’alcool marquant 36 degrés , qui dissout du nitre et une petité quantité de matière animale, et laisse une substance brune et poisseuse ; on filtre; la liqueur est d’un jaune-paille et fournit, en l’abandonnant à elle-même , au bout de deux jours, des cristaux d’azotate de potasse ; au reste, il suffit d’une goutte de cette dissolution alcoolique pour produire, avec les sulfates très-acides de narcotine et de protoxyde de fer, les réactions rouge et brune précédemment indiquées. Si on fait évaporer le liquide qui surnage les cristaux, on obtient un produit solide coloré, qui fuse sur les charbons ardents. |

Expérience EL. — On administre à un chien de moyenne taille 16 grammes d’azotate de potasse dissous dans 140 grammes d’eau , et mélangé avec autant de lait, de café et de bouillon; l’œæsophage est lié, et l'animal meurt au bout de douze heures; on l’ouvre immédiatement après la mort. L’estomac contient environ 200 grammes d’un liquide grisâtre,, épais , que

‘on étend d’eau et que l’on chauffe jusqu’à l’ébullition pour coaguler une portion de matière animale ; on filtre ; la liqueur jaune rougeätre, qui passe, rougit le sulfate très-acide de harcôtine, et se comporte, avec le sulfate de protoxyde de fer, comme une dissolution d’azotate de potasse. On la partage en deux parties égales À, B. On évapore la portion À jusqu’au point où elle pourra cristalliser, et l’on obtient une masse verdâtre un peu liquide, qui fuse sur les charbons ardents, et au milieu de laquelle il est difficile d'apercevoir des cristaux bien caractérisés; toutefois, une petite portion de la liqueur À, mise dans un verre de montre et évaporée au bain-marie, laisse des cristaux de. nitre d’un blanc jaunâtre parfaitement reconnaissable. La

tion B est évaporée jusqu’à siccité , et le produit refroidi est agité avec

> l'alcool à 36 degrés , comme dans l’expérience 2. La liqueur filtrée, d’un jaune doré , agit encore mieux que Ja dissolution aqueuse sur les sulfates acides de narcotine et de fer; on l’abandonne à elle-même pendant plusieurs jours, et l’on finit par ECTS des cristaux de nitre, quoique la liqueur “contienne encore beaucoup de matière organique. Les reins et le foie, après avoir été coupés en petits morceaux, sont Maissés séparément en contact avec de l’eau distillée froide pendant quatre heures; on filtre. La liqueur provenant du foie, d’un brun noirâtre, est chauffée jusqu’à Pébullition et filtrée pour la séparer de nombreux caillots désang qui se sont formés par l’action de Ja chaleur; dans cet état elle est d'un jaune clair; on la rapproche au bain-marie , et lorsqu'elle est assez concentrée pour pouvoir cristalliser par le refroidissement, on en met une goutte ou deux avec le sulfate très-acide de narcotine et avec Le sulfate de protoxyde de fer ; à l'instant même on aperçoit les réactions de l'azotate de potasse. Le léndemain, voyant qu’il ne s’est point formé de cristaux, on la traite par l'alcool à 36 degrés ; on filtre et on fait évaporer la dissolution

jusqu’à siccité; le produit ; mêlé encore de beaucoup de matière animale, Foi faiblement à la vérité, sur les charbons ardents.

La liqueur provenant de l'action des reins sur l'eau distillée froide, est rouge tirant sur le rose ; on la chauffe jusqu’à l’ébullition,, puis on filtres le liquide qui passe est presque incolore ; lorsqu'il est évaporé jusqu’au point

où il pourra cristalliser, on voit qu'il rougit le sulfate acide de narcotine, qu'il brunit le sulfate acide de protoxyde de fer, et que.ce dernier mélange devient violet par un excès d'acide sulfurique; le lendemain n’a point cristallisé; on traite par l'alcool à 36 degrés , on fitre et on évas pore la dissolution jusqu’à siccité ; le produit, mis sur les charbons.ardents, fuse. assez distinctement, quoiqu'il contienne une proportion considérable

de matière organique.

Il résulte des faits qui précèdent : 1° qu’il est aisé de démontrer la présence du nitre dans les matières suspectes dont je parle; 2° que’si, contre toute attente, on n’en retirait pas des matières vomies ni de celles qui ont été trouvées dans le canal digestif après la mort, ni de ce canal lui-même soumis à une ébullition prolongée avec de l’eau dis= tillée, on devrait le chercher dans le sang et dans les viscères, où il à passé par suite de son absorption.

Procédé. On fait bouillir pendant quelques minutes dans une capsule de porcelaine la totalité des matières vomies et de celles qui ont ét trouvées dans le canal digestif, préalablement étendues d’eau distillées on filtre. La matière coagulée et les autres matières solides, ainsi que le canal digestif, coupés par petils morceaux, sont laissés pendant vingt-quatre heures-dans l’eau distillée froide; la liqueur est également filtrée; on réunit les deux liqueurs filtrées et on les fait évaporerat bain-marie; quand elles sont suffisamment concentrées pour pouvoir cristalliser par le refroidissement, on retire la capsule du feu. S’ilse forme des cristaux de nitre d’un Hiké jaunâtre parfaitement caractérisés , on ne pousse pas l’opération plus loin ; si, au contraire, on n "obtient qu'une masse d’un rouge brun, on RER. à la chauffer au bainmarie jusqu’à ce qu’elle soit desséchée, et on la laisse refroidir ; dan cet élat on la traite par 50 ou 60 grammes d'eau distillée froide, dans laquelle on lagile pendant dix minutes environ. Après douze ou quinze heures de contact on filtre la liqueur, qui est alors le plus souveiit d’un jaune clair, et qui contient du nitre et de la matière organique; on [a fait évaporer au bain-marie pour obtenir des cristaux de nitre. Supposons qu'à la suite de ce second {raitement par l'eau on n'ait pas oblenu de l’azolate de potasse bien cristallisé, parce que la propor tion de ce sel contenue dans les liqueurs sera trop faible, ou bien parce que malgré la précaution prise de ne trailer les A solides que par l’eau distillée froide, cet azolate sera encore mélangé d’une trop grande

quantité de matière organique, alors on agitera la masse refroidie avec 50 ou 60 grammes d’alcool concentré à 44 degrés , et on filtrera la liqueur après un contact de quatre ou cinq heures en vaisseaux clos. L'alcool aura coagulé une assez grande quantité de matière animale; on le filtrera , et on fera évaporer le solutum au bain-marie afin d’obtenir des cristaux de nitre. Ces cristaux, qu’ils aient été obtenus à la suite du traitement aqueux seulement , comme cela arrivera le plus souvent, ou à l’aide de l'alcool, doivent se comporter avec les charbons ardents, l’acide sulfurique et le cuivre, et les sulfates acides de narcotine etde fer, comme il a été dit à la page 361. Si, contre toute attente, l dissolution alcoolique ne cristallisait pas , il faudrait l’évaporer jusqu'à siccilé au bain-marie, et traiter le produit par l’eau froide; le Solutum aqueux serait évaporé pour le faire cristalliser. La présence du nitre cristallisé permettra d'affirmer que ce sel avait été ingéré. On devra encore affirmer ce fait dans les cas où il aura été impossible d’obtenir des cristaux bien distincts, et où la masse solide obtenue à la suite des évaporalions fusera sur les charbons ardents, et donnera avec les autres agents mentionnés les réactions que fournit le nitre. Il m'est souvent arrivé, dans ces sortes de recherches, de ne pouvoir pas obtenir des cristaux d’azotate de potasse, quoique la masse non cristalline et notablement animalisée sur laquelle j’agissais en contint assez pour fuser sur les charbons ardents, pour donner du gaz bioxyde d’azote par Vacide sulfurique et le cuivre, et pour colorer en rouge de sang et en brun les sulfates acides de narcotine et de fer. On se bornerait, au contraire, à rendre probable l'existence du nitre dans les malières suspecles, si, n'ayant pas obtenu des cristaux, la masse desséchée ne fusail pas sur les charbons ardents, et ne fournissait point de bioxyde d'azote avec l’acide sulfurique et le cuivre, et qu’elle colorât en rouge de sang lesulfate acide de narcotiue, et en brun-café le sulfate de protoxyde de’fer additionné d'acide sulfurique. Quoi qu'il en soit, dans ces différents cas, le commémoratif , les symptômes et Les lésions de tissu viendraient au secours de l'expert pour résoudre la question d’empoisonnement.

Si les recherches tentées sur les matières vomies, sur celles qui auront'été trouvées dans le canal digestif et sur les tissus de ce canal luimême ont été infructueuses, on agira sur le foie, la rate et Les reins. Après avoir coupé ces organes en petits morceaux, on les laissera pendant plusieurs heures dans l’eau distilléé froide ; le liquide, d’un rouge brun et mêlé de beaucoup de sang, sera chauffé jusqu’à l'ébullition, afin de coaguler toute la. matière animale qui est susceptible de l'être; on filtrera, et l’on agira sur la liqueur filtrée comme je viens de le dire à l'occasion des matières contenues dans le canal digestif,

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