‹ Traité de toxicologieChapitre 55 sur 103 · OBJECTIONS FAITES PAR MOI EN 1839. —— PREMIÈRE OBJECTION · texte numérisé non relu

OBJECTIONS FAITES PAR MOI EN 1839. —— PREMIÈRE OBJECTION

Les agents que l’on emploie soit pour détruire la matière organique, soit pour faire marcher l’appareil, peuvent contenir de l’arsenic, ensorte que l’on s'expose à commettre des erreurs funestes en établissant que l’arsenic obtenu pi oh sé des organes, et non des agents dont on s'est servi.

Les agents mis en usage dans les divers procédés dont j'ai me jusqu’à présent sont les acides sulfurique, azotique et chlorhydrique, Valcool, la potasse pure, l’eau, le zinc et l’azotate de potasse (nitre). On emploie aussi des creusets de Hesse, des capsules de porcelaine, des flacons et des tubes de verre et des bouchons. Examinons successivement ces différents corps.

Acide sulfurique. Le soufre qui sert à la préparation de l'acide sulfurique étant quelquefois arsénifère, il n’est pas étonnant que certains acides du commerce renferment une préparation arsenicale. D'après Vogel, l'acide sulfurique fumant d'Allemagne ne contient pas d’arseni£,

{tandis que l'acide sulfurique concentré provenant des chambres à plomb peuten renfermer. Tout en admettant que cela soit en général vrai, on aurait cependant Lort de considérer comme non arsenical l'acide sulfurique par cela seul qu’il est fumant et dit d'Allemagne. On pourrait encore se tromper si l’on croyait que l'acide sulfurique ne contient pas darsenic parce qu'il a été distillé, quoiqu'il soit vrai de dire que dans la plupart des cas l'acide ainsi purifié ne renferme pas un atome de ce corps. L'expert devra toujours essayer celui dont il fera usage, et voici comment il procédera. S'il n’a besoin que d’une petite quantité d’acide pour alimenter l'appareil dit de Marsh, il introduira de l’eau et du zinc dans un de ces appareils et une quantité d’acide un peu plus forte que celle qu’il croit devoir employer pour faire l’expertise ; si l'hydrogène qui se dégagera pendant l’action de l’acide sur le zinc ne laisse déposer aucune tache arsenicale sur la soucoupe de porcelaine, même au bout de quinze ou vingt minutes, l'acide pourra servir sans crainte d’induire en erreur. S'il est nécessaire de faire usage d’une quantité d'acide beaucoup plus considérable (de 300 à 400 grammes), ainsi que cela a lieu lorsqu'on a traité des matières organiques par une assez forte proportion de nitre, comme il pourrait arriver que la petite quantité d'arsenic contenue dans 20 ou 25 grammes d’acide n’eût pas été décelée par l’appareil dit de Marsh, tandis que cet appareil pourrait permettre de découvrir Varsenic dans 400 grammes, il faudra que l'essai porte sur celte dernière proportion d’acide. Pour cela, on introduit dans une capsule de prcaine très-propre 500 à 1,000 grammes d’eau distillée, et l’on y verse peu à peu l'acide à essayer ; la liqueur s’échauffe considérablement; puis on ajoute par fragments et successivement de la polasse Pure jusqu'à ce que l'acide soit à peu près saturé; il se forme du sulfate de potasse qui se dépose à l’état de poudre cristaline, tandis Que la préparation arsenicale qui pourrait exister dans l'acide sulfutique reste dans la liqueur surnageant les cristaux. Si par hasard tout était pris en masse, il faudrait ajouter une certaine quantité d’eau distillée que l’on agiterait avec le sulfate de potasse pour dissoudre le composé arsenical. La liqueur fltrée, introduite dans un appareil dit dé Marsh, ne fournirait point de taches arsenicales, si l’acide sulfurique et la potasse étaient exempts d’arsenic; si elle était trop abondante pour pouvoir être contenue dans cet appareil, on la concentrerait par lévaporation et on la filtrerait de nouveau, avant de l’introduire dans le flacon. Dans le cas où l’on aurait recueilli des taches arsenicales, il faudrait chercher à déterminer si c’est l’acide ou la potasse qui seraient arsenicaux : pour cela on recommencerait l’expérience en substituant à Vacide sulfurique employé pour saturer la potasse, de l'acide chlorhy-

drique aussi pur que possible, et si l’on n’obtenait pas des taches ärse nicales en agissant sur la liqueur qui surnagerait le chlorure! de potassium, on pourrait affirmer que l’arsenic Conaense en premier a provenait de l’acide sulfurique.

L'Institut, en reconnaissant dans son rapport, comme je l'avais toujours dit, qu’il est facile de se procurer de l’acide sulfuri ique non atsenical, à réduit à sa juste valeur l’asserlion contraire de M. Devergie que j'avais constamment combattue (voy. comptes rendus de la séahice du 14 juin 1841). IL est évident que si à la suite de l'essai que je conseille de faire il était établi que l’acide sulfurique contient de l'arsenic, il faudrait abandonner cet acide et en prendre un autre qui serait pur. On pourrait toutefois le purifier à l’aide de l'acide sulfhydrique, deda filtration à travers l'amiante et de la chaleur (voy. page 508). Dans toits les cas, il ne faudrait jamais employer l'acide ainsi purifié avant de l'avoir essayé comme je viens de le dire. D

Acide azotique. Je ne sache pas que l’on ait signalé la présence d'un acide arsenical dans l’acide azotique qui a été distillé sur de l’azotate d'argent; toutefois, comme il n’est pas impossible que cet acide contienne de l'acide arsénieux ou de l'acide arsénique, il importe de donner les moyens d’y constater la présence d’une préparation arsenicalé, On saturera 500 grammes de cet acide par la potasse pure non arsénicale, et l’on obtiendra de l’azotate de potasse que l'on essayera par Î6s moyens qui seront bientôt indiqués (voy. page 544.) fo ft

Acide chlorhydrique. Pour s'assurer si cet acide est arsenical, on en Saturera 500 grammes par la poiasse pure; on séparera le chlorure de potassium qui pourrait se déposer à l'état de poudre cristalline, eton versera la liqueur surnageante dans un appareil dit de Marsh. Sion obtient de l’arsenic sous forme de taches, on purifiera l'acide chlorhydrique en l’étendant de son poids d’eau, en y faisant passer un excès de paz acide sulfhydrique lavé, et en filtrant la liqueur pour la séparer du sulfure jaune d’arsenic quise sera déposé. C’est avec quelques gouttes de cet acide purifié que l’on acidule les liqueurs suspectes qui doivent êlre traitées par l'acide sulfhydrique : or il résulte des expériences de Dupasquier qu’il serait dangereux de faire usage de certains acides chlorhydriques arsenicaux des laboratoires, avant de les avoir débarrassés"de l’'arsenic qu’ils renferment , parce qu’ils en contiennent assez pour pouvoir induire en erreur, même quand on ne les emploie qu’en petite proportion. Pans aucun cas l'acide chlorhydrique ne devra étre purifié par la distillation, comme le conseille M. Devergie, parce qu'ilest bien difficile, pour ne pas dire e impossible, de le priver par ce moyen'de out Varsenic qu'il renferme, alors même que l'on a pris les plis

DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. | 1648 grandes précautions (voy. ma lettre insérée dans les Annales d'hygiène, numéro d'avril 1842).

Alcool. Ge réactif pourrait à la rigueur être arsenical, car il peut dissoudre une certaine proportion d'acide arsénieux. Il suffira d’introduire 450 à 200 grammes de cet alcool dans un appareil dit de Marsh, pour savoir s’il contient ou non de l’arsenic.

Potasse pure. En traitant cet alcali par de l'acide sulfurique pur, non arsenical, comme je l’ai dit en parlant de l’essai de l’acide sulfurique (voy. page 540), on saura bientôt sil est ou non arsenical. Je nai jamais trouvé de la potasse qui contint de l’arsenic.

Eau distillée. Elle n’est jamais arsenicale. On s’assurera toutefois qu'elle ne renferme pas d’arsenic en agissant sur un litre de ce liquide dans un appareil dit de Marsh,

Zinc. On: a souvent dit que le zinc était toujours ou presque toujours arsenical, et l’on à conclu qu’il ne fallait jamais se servir de l'appareil ditde Marsh, puisque c’est le zinc que l’on emploie pour faire marcher cet appareil. J'avais établi que rien n’était plus facile que de trouver dans le commerce du zinc qui ne donnât aucune trace d’arsenic dans cet appareil; /’ Académie des sciences a reconnu le méme fait (voy. les comptes rendus de la séance du 14 juin 1841). Au reste, l’expert devra, avant de commencer l'expérience sur Les matières suspectes, introduire dans un appareil dit de Marsh de l’eau, de lacide sulfurique, et une quantité de zinc égale à celle qu’il devra employer pour lexpertise; Pacide sulfurique agira sur ce métal jusqu'à ce qu’il n’en reste plus dans le flacon; si après cet essai on n’a pas recueilli de taches arsenicales, c’est que le zinc ne fournit point d’arsenie et peut servir ; il faudrait au contraire le rejeter et en prendre d'autre, s’il donnait des taches arsenicales. Voici une expérience faite en grand dont j'ai rendu témoin la commission de l’Académie royale de médecine. J'ai introduit 2kilogrammes de zinc en grenailles dans un grand flacon à deux tubulures , de l’énorme capacité de 11 à 42 litres ; j'ai monté l'appareil et l'ai fait fonctionner pendant deux jours : on avait eu soin de faire passer le gaz dans deux tubes communiquant l’un avec l’autre par des tubes en caoutchouc, et remplis, le premier, de fragments de verre mouillés d'une dissolution aqueuse d’acétale de plomb ; le second, de fragments de même nature mouillés d’une dissolution de sulfate d'argent. L’expérience avait pour but de s’assurer si cette grande masse de zinc abandonnerait quelques parcelles d’arsenic. Le premier tube rempli de dissolution plombique a noirci dans sa partie supérieure, et cette action était évidemment due à un peu de gaz sulfhydrique dégagé par suite de laprésence d'un peu de sulfure dans le zinc; mais tous les fragments de Verre mouillés par la dissolution argentique avaient fortement bruni;

on pouvait donc craindre qu’une quantité notable d'hydrogène arsenié se füt développée el eût réagi sur la dissolution de sulfate d'argent. L'expérience ne {arda pas à prouver qu’il en n’en était rien : ÿ n’yavait pas un atome d’arsenic au milieu des fragments mouillés par le sulfate d'argent, et la couleur noire était due à l'argent métallique quivavait élé réduit par suite de l’action désoxygénante de l'hydrogène.

Azotate de potasse (nitre). On a beaucoup parlé aussi de nitres arsenicaux ; j'avoue que je n'en ai jamais trouvé; il est d’ailleurs si facile de s'assurer qu'ils contiennent ou non de l’arsenic, que cela ne complique aucunement la question. Voici comment on devra procédertvon traitera dans une capsule de porcelaine très- propre un kilogrammede l’azotate de potasse que l’on essaye, par 600 grammes d'acide sulfurique pur et concentré; on chauffera pendant une heure et demie environ,“en agitant de temps à autre, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs orangées d'acide hypoazotique ni de vapeurs blanches d’acide azotique, reconnaissables à leur odeur. Alors on retirera la capsule du feu,wet quand la malière sera à peu près refroidie et solide, on la fera bouillir pendant dix minutes avec 100 ou 150 grammes d’eau ; on filtrera pour laisser sur le filtre Le sulfate de potasse formé, et on introduira lai= queur dans un appareil dit de Marsh; si l’on n’obtient pas de taches arsenicales, on pourra hardiment conclure que le nitre n’est pas aisenical. Il importe de chasser, par l'action combinée de l’acide sulfurique et de la chaleur, la totalité des acides hypoazotique et azotique, autrement on s’exposerait à avoir des explosions en mettant la liqueur dans lPap= pareil, et l’on arrêterait le dégagement du gaz hydrogène, parceque celui-ci, au fur et à mesure qu’il se produirait, se combinerait avec l'oxygène des acides hypoazotique et azotique pour former de l'eau

Creusets de Hesse, capsules de porcelaine, flacons et tubes de verres verres à expérience, bouchons. Ces divers vases, pas plus que les tubes et les bouchons, ne donnent jamais d’arsenic ; il faut seulement savoir qu'ils doivent être parfaitement lavés avec une eau alcaline, puis ré= curés avec du sable et lavés de nouveau à grande eau, si l’on veutétre certain qu’ils ne retiennent plus quelques atomes de la préparation'arse= nicale que l’on y aurait préalablement introduite {voy: mon Mémoire sur les réactifs, lu à l'Académie de médecine le 16 juillet 1839).

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