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DEUXIÈME OBJECTION

Il existe, d'après M. Couerbe, de l’arsenic dans le corps de l’homme 0T, qui oserait affirmer que la minime portion de ce métal, que Won ultient dans certaines expertises, provient d’un empoisonnement, plutôt que de celui qui est contenu dans les os et dans les chars ?

Pour se faire une idée exacte de la portée de cette objection , il faut connaître les diverses phases qu’a subies la question de l'arsenie dit normal; c'est le seul moyen de juger la part qui revient à chacun dans la controverse qui a eu lieu à cet égard , et dont on a fait tant de bruit. M: Couerbe annonce le premier que le corps de l’homme en putréfactionwrenferme de l’arsenic ; il pense que ce toxique se développe pendant que les cadavres se pourrissent, sans se prononcer toutefois sur son existence dans les corps non pulréfiés. Un paquet cacheté, rédigé pamwmoi sous la dictée de M. Couerbe, et déposé par moi à l’Académie royale de médecine, dans sa séance du 30 octobre 1838, contient l’indication de ce fait. Déjà, à cette dernière époque, M. Couerbe pensait que les os des cadavres humains non pourris renfermaient également de l’arsenic. Le 24 septembre 1839, je lis un mémoire à l’Académie, dans lequel jeprouve que les viscères de l’homme ne fournissent pas la moindre trace de ce toxique, mais j'admets son existence dans les os. A la fin de cette même année, M. Couerbe écrit une longue lettre à l’Académie des sciences , dans laquelle il affirme, sans en donner la moindre preuve, que l’arsenic existe dans les os à l’état d’arséniate de chaux , et qu’il s'en produit à mesure que les chairs se pourrissent ; dans celte lettre, écrite avec une légèreté et une inconvenance que rien n’égale, M. Couerbe miaccuse de plagiat : je lui aurais volé, dit-il, l’idée mere, alors que, dans le paquet cacheté lu par moi à la séance du 30 octobre 1838 de l'Académie royale de médecine, je disais explicitement que c'était MCouerbe qui , le premier, avait parlé de l’arsenic dit normal. En 1840, MDevergie va plus loin que M. Couerbe et moi, et s’exprime ainsi à la page 449 du tome III de sa Médecine légale (2° édition): «1° Les os fournissent une proportion notable d’arsenic. 2° Les muscles n’en donnenb qu'une proportion extrémement faible et si petite, que l’on ne saurait en démontrer l'existence par des preuves à l’abri de toute objeclion, etc.» Pendant les neuf premiers mois de l’année 1840, nous croyons ous les trois à l’existence de l’arsenic dans les os, et cette opinion est partagée par presque Lous ceux qui s'occupent de toxicologie. A la fin dewseptembre 1840, M. Isidore Bourdon me communique une lettre adressée par M. Audouard de Béziers à un membre de l’Institut, dans laquelle ce savant distingué annonce r’avoir pas retiré d’arsenic en railant des os humains comme nous l’avions prescrit. Convaincu que cetésullat négatif n’élait pas de nature à infirmer un grand nombre d'expériences dans lesquelles on avait constamment recueilli de l’arsenié je le considère comme insignifiant. A la fin d'octobre de la même 1nnée,, j'expose, dans quatre séances publiques faites à la Faculté, tous les éléments de la question arsenicale telle que je l'avais conçue et résolue dès l’année 1839, et afin que chacun puisse suivre avec fruit mes

leçons, dès la première séance je distribue un programme imprimé contenant l’'énumération des divers points qui devront faire l’objet de ces leçons. On lit sur ce programme : On retirera l’arsenic des os. M. Flandin , qui assiste à ces séances, reçoit un de ces programmes: Aa fin d'octobre aussi; j'étais occupé à montrer à MM. Dumas, Regnault et Boussingault, tout ce que j'avais découvert concernant la question médico-légale de l’arsenic. Après avoir convaincu ces trois académiciens, membres de la commission de l’Institut, de l'exactitude des faits que j'avais annoncés, à l'exception toutefois de Ceux qui se rapportaient à la présence dans les os de l’arsenic dit normal, j’entamai les opéra= tions qui devaient mettre cette existence hors de doute, et j'échouai complétement, quoique j’eusse suivi le procédé si simple qui jusqu'alors avait constamment eu un plein succès. Ne sachant à quoi attribuer cet échec, et voulant en connaître la cause, je répélai au moins dix fois l'expérience, en agissant sur des os humains pris au hasard dans divers laboratoires d'anatomie; 4 me fut impossible de retirer la moindre trace d’arsenic. Je crus dès lors ne pas devoir traiter dans mes séances pu bliques la question de l'arsenic dit normal, et je passai sous silence cetie partie du programme; ce silence dut étonner d’autant plus que j'avais abordé toutes les autres questions inscrites dans ce programme: J'ai déjà dit que M. Flandin suivait assidüment mes séances, dont ildez vait rendre compte dans le Moniteur ! Le rapport de l’Institut mentionne positivement le fait dont j'ai parlé plus haut ; il y est dit que; dans les expériences tentées devant la commission (MM. Dumas, Regnault et Bous: singault), je n’ai pas retiré l’arsenie des os: or les procès-verbaux prouvent que ces expériences étaient faites en octobre 1840. Le 3 no= vembre suivant, j’adressai à l’Académie royale de médecine un paquet cachelé qui fut ouvert le 13 juin 1841, et dans lequel j’établissais que les as ne contiennent point d’arsenic. J'avais contribué à propager une erreur, en adoptant les idées de M. Couerbe; je fus assez heureux pour proclamer le premier que nous nous étions trompés. Que devient done la prétention de MM. Flandin et Danger, qui veulent à toute force avoir dit les premiers que les os ne renferment point d’arsenic, lorsqu'ils n’ont parlé de ce fait à l’Académie des sciences que le 28 décembre 1840; quand déjà bien des gens connaissaient les résultats négatifs des expé* riences tentées deux mois auparavant au laboratoire de la Faculté;en présence de trois commissaires de l’Institut et de trois élèves en médecine qui m'assistaient ; que devient cette prétention , si on se rappelé que M. Flandin avait remarqué, comme tout le monde, que j'avais omis de traiter la question relative aux os dans mes séances publiques, et surtout si l’on n’oublie pas que, deux mois avant la lecture du mémoire de ces messieurs, j’avais explicitement consigné, dans le paquet €a=

DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. 547 cheté dont j'ai fait mention, que les os ne contenaient point d’arsenic ? Cette prétention ne pourra paraitre que ridicule et peu loyale.

est difficile, pour ne pas dire impossible, d'expliquer pourquoi nous avons obtenu, en 1839, de l’arsenic bien caractérisé, en calcinant lés os jusqu’au gris blanchâtre, et en les traitant par l acid sulfurique concentré, tandis qu’aujourd” hüi en n’en retire pas un atome en suivant le mème procédé. On à cru que cela dépendait de cé que l’acide sulfurique émployé en 1839 était arsenical ; mais il n’en est rien, Car claque fois que j'obtenais Parsenic dés os » je trailais du étibohäté de chaux par une quantité du même äcide stfuribué égale à celle dont jemvélais servi pour décomposer le phosphate des os, el lé sulfate de chaux produit, mis dans üñ apparëil dit de Marsh, ne donnait aucune trace d’arsenic. Ces expériences comparatives oht été publiées dans mon mémoire Sur l’arsenic dit normal, en 1840 (tome VIII dés Mémoires de l'Académie royale de médécine). MA. Flandin et Dähger ont pas balancé à m'accuser d’avoir méconnu la nature des taches que j'avais recueillies ; «ces taches, ont-ils dit, n'étaient pas arsenicales ; vous les avez jugées telles, parce que vous les avez confondues avec Celles que nous avons fait connaître.» Je ferai ressortir le vide de cette prétention, en affirmant que les taches obtenues par moi offraient tous les caraclères physiques et chimiques des taches arsenicales, caractères que j'ai souvent constatés, et que ne partagent pas les taches de crasse dont par lent ces MEANS el que je devais connaître d’autant mieux, que je LS ai décrites le premier. D'ailleurs, el ceci est pér emptoire , si en 1839 is se formait des {aches d'apparence arsenicale, en traitant les os calcinés au gris par Les deux cinquièmes de leur poids d’acide sulfurique concentré, on devrait les former aujourd’hui à volonté; or, cela n’est pas; je def qui que ce soil d’oblenir de ces taches en opérant comme je le faisais en 1839. MM. Flandin et Danger, avant de hasarder une pareille explication, auraient dû remplir une assiette de ces pseudo= taches arsenicales ; ils ne l’ont pas fait, et ils ne le feront : Jamais. Aussi qu'est-il arrivé Cent ils sont venus demander à l’Académie des sciences de déclarer que les pseudotaches qu’ils avaient obtenues, deux ans après moi, avaient été prises pour de l’arsenic que MM. Couerbe et Orfila dodient désigné sous le no d’arsénic normal ? Il est arrivé que M. Dumas drépondu catégoriquement : La commission n’a pas pu comparer les taches obtenues par MM. Danger et Flandin à celles de l’arsenic normal, par la raison qu'aucun des membres de la commission n’a vu de taches d'arsenic normal. Donc MM. Flandin et Danger wavaient pas pu faire ces prélendues taches de crasse, en traitant les os par l'acide sulfurique; ce qui prouve qu’il y a encore loin d’articuler inconsidérément une assertion à la prouver, Avouons qu'il y à dans ce qui concerne

l'histoire de l’arsenic dil normal un mystère des plus impénétrables.

Au resle, l’absence de l’arsenic dans le corps de l’homme est un fait heureux dont je m’applaudis le premier. Dorénavant on ne pourra plus exploiter devant les tribunaux l’objection grave que les avocats, avec ou sans robe, ne manquaient jamais de faire au nouveau système médico-légal que j’ai introduit dans la science; en effet, à chaque affaire judiciaire, la défense faisait jouer à cet arsenic dit normal un rôle im mense : c’est lui, disait-elle, que vous avez extrait du cadavre sur lequel vous avez agi, et non l’arsenic qui aurait été ingéré comme poison. On avait beau répondre que les viscères d’un cadavre à l’état normale foie, par exemple, n’en contenaient pas un atome ; et que l’arsenic trouvé par les experts avait été extrait de ces viscères et non des os, on n'en persistait pas moins à soutenir avec obstination qu'il en était ainsi,et l’on poussait même le ridicule jusqu’à dire : pourquoi l’arsenic que vous dites exister naturellement dans les os n’abandonnerait-il pas ces os pour se réfugier dans les viscères (1)?

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