‹ Traité de toxicologieChapitre 57 sur 103 · TROISIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBJECTION

Certains terrains de cimetières fournissent de l’arsenic, en sorte que Ce corps retiré des cadavres enterrés dans ces cimetières peut provenir des terrains ei non de ces cadavres. fl

J'ai démontré dans mon mémoire lu à l’Académie le 29 août 1839:

1° Qu'il est possible de retirer une petite quantité d’arsenic de telle portion de terre d’un cimetière, tandis qu’on n’en trouve pas dans telle autre portion du même cimetière ; et que dès lors, dans un cas d’exhümation juridique, l'expert devra analyser la terre qui entoure le cadavre ou le cercueil, toutes les fois que le corps n'aura pas été enfermé dans une bière, ou que celle-ci ne sera ni entière ni parfaitement close.

Animés du desir de me trouver en défaut , et cherchant des occasions de me contredire, MM. Flandin et Danger poussèrent l’imprudence jusqu'à vouloir ébranler celte proposition capitale, savoir, que certains terrains des cimetières fournissent de l’arsenic; ils n’osèrent pas, ilest

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(1) Pour ne rien laisser à désirer à ce sujet, et sans que je prétende en tirerMla moindre conséquence en faveur de l'existence de J’arsenic chez l’homme, du moins dans certains cas, je dirai : 1° que depuis quelques années on a trouvé de l'arsenic dans une foule d’eaux minérales, et surtout dans Îles dépôts qu’elles fornent ; 2° que d’après M. Stein, les cendres de divers charbons, la sue, la paile de seigle, les choux, les navets, les pommes de terre, en renferment des quantités sensibles. 5i ces divers résultats sont confirmés par de nouvelles expé-

riences , ils seront de nature à être pris en considération par les experts. (/ourn. de chim. méd: mai 1851.)

vrai, s'inscrire formellement contre celte assertion, mais dans le premier mémoire qu'ils lurent à l’Académie des sciences, ils déclarèrent avoir pas trouvé d’arsenic dans les terrains des cimetières des environs de Paris qui m'en avaient fourni; pour eux, je m'étais trompé, en prenant pour de larsenic les taches de crasse, dont ils s’attribuent la découverte à mes dépens (1). Malheureusement pour eux, ils ne devaient pas tarder à convenir que, cette fois encore, ils seraient obligés de battre en retraile. Dans six expertises faites en 1844, des terrains de cimetières furent reconnus arsénicaux par MM. Pelouze, Ollivier (d’Angers), Devergie, Lesueur, Barse, et par eux-mémes ; on peut lire dans plusieurs numéros de la Gazette des tribunaux de cette même année des rapports signés par MM. Flandin et Danger, dans lesquels il est dit

(1) Qu’il me soit permis à cette occasion de dévoiler au public la tactique employée par certaines gens pour parvenir à se faire connaître. On lit un mémoire à l'Académie des sciences ; le lendemain tous les journaux politiques rendent compte de cette lecture, les uns avec impartialité et sans éloges, les autres avec une partialité révoltante, car non-seulement ils exaltent outre mesure le travail, mais encore ils dénigrent ceux qui ont émis des opinions contraires à celles des auteurs de ce travail. L'Institut garde le silence pendant plusieurs années, et ne fait point de rapport; qu'importe! Le coup est frappé, on vous a décerné l’épithète de grand homme ; le public est déjà tout disposé à vous accepter pour tel, Bientôt après on lit un second mémoire, puis un troisième, un quatrième, etc. : la manœuvre est La méme; éloges effrénés de la part des journalistes amis, qui se livrent de nouveau à une critique amère et injurieuse des hommes dont on est habitué à respecter les opinions; et comme l’Institut continue à garder le silence , le public finit par considérer comme vraies des doctrines fausses que la presse n’a pas cessé de donner comme parfaites. Les phrases élogieuses sont même concues de telle façon, que l’on peut croire que déjà l’Académie des sciences à sanctionné les travaux qui lui ont été présentés, quoiqu’elle n’ait pas encore parlé, On va plus loin : on pousse l'audace jusqu’à dire, dans une lecture subséquente faite devant l'illustre aréopage, qu’on le remercié de l'accueil bienveillant fait à des expériences sur le mérite desquelles il ne s’est pas encore prononcé ou dont il a reconnu l'insuffisance.

À dater de ce moment , le but est atteint : on est arrivé. Sans doute que des travaux médiocres, souvent détestables , ne sauraient en imposer à des hommes ÉClairés ; mais ils ont agi favorablemment sur les masses ; c’est là Ce qu'on voulait. Et quand le jour vient où, dans l’intérét de tous, on démontre jusqu’à Pévidence que les gens dont je blâme sévèrement la tactique ont emprunté à d’autres, sans les citer, ce qu’ils ont dit de bon ; qu’en toute autre chose ils ont commis les ‘erreurs les plus grossières, et qu’ils n’ont par conséquent aucune valeur réelle, On Se demande avec douleur : Comment avons-nous pu étre dupes à ce point P La réponse est facile : ous êtes trop loyaux pour avoir cru un seul instant que certains hommes ne reculent devant aucun moyen pour se frayer une route et monter assez haut pour étre aperçus du public. J'ai dà stigmatiser une pareille tactique, que l’Institut réprouvera comme moi, et à laquelle il s'em- Pressera sans doute de mettre fin, en rompant le silence coupable qu’il garde de- Puis trop longtemps.

que les cadavres qui faisaient l’objet des expertises avaient été inhumés dans des terrains arsenicaux. Ainsi il demeure bien établi que l’assertion émise par moi en 1839 était parfaitement exacte ; on va voir bientôt combien est grande en médecine légale La portée de ce fait. | On peut réduire aux deux questions suivantes celles que l’on sera appelé à résoudre à l’occasion des terrains des cimetières : 1° Peut-on déterminer si l’arsenic extrait d’un cadavre inhumé dans un terrain arsenical provient de ce cadavre ou du terrain ? Peut-il arriver que le cadavre d'un individu empoisonné par l'acide arsénieux abandonne le composé arsenical qu’il renfermait au moment de la mort, de manière à ne plus en retenir après une inhumation prolongée? Cette dernière question ayant déjà été traitée lorsque j'ai parlé de la recherche de acide ars sénieux dans un cas d’exhumation juridique (voy. page 536), je ne m'en occuperai plus ici. s | Peut-on déterminer. si l’arsenic extrait d’un cadavre inhumé dans un terrain arsenical provient de ce cadavre ou du terrain ? Je réponds par l’affirmative, du moins pour le plus grand nombre de cas; les expériences et les considérations que j'ai fait valoir dans le mémoire que

j'ai lu le 29 août 1839 à l’Académie royale de médecine ne laissent aucun doute à cet égard. #

À, Supposons d’abord que le cadavre a été inhumé dans une bière ei qu'au moment de l’expertise, celle-ci est entière et parfaitement close; l’arsenic du terrain n’aura pas pénétré dans l’intérieur de la bière, parce qu’il existe dans ceterrain à l’état d’arséniteou d’arséniate insoluble, même dans l’eau bouillante, et qu’il faut pour le dissoudre traiter les terres qui en contiennent par la potasse ou par l'acide sulfurique bouillant pendant plusieurs heures, et encore après avoir fait agir pendant deux ou trois jours à froid sur ces terres cet acide étendu. J'avais beaucoup insisté sur l'in: solubilité dont je parle; on m'a objecté que je ne pouvais pas affirmer que dans certains cas l’arsenic ne serait pas dissous par l’eau des pluies, parce qu'il pouvait se passer dans le sein de la terre tel phénomène électrique à la suile duquel un arsénite ou un arséniate insolubles deviendraient solubles ; ou bien parce que l’ammoniaque carbonatée provenant de la décomposition du cadavre transformerait ces sels en arsénite ou ou en arséniate d'ammoniaque solubles ; ou bien enfin parce que l'acide azotique que contiennent quelquefois les pluies d’orage aurait pénétré jusqu’à la fosse et aurait dissous l’arsénite ou l’arséniate contenu dans le Lerrain. À cela je répondrai que l'expérience acquise jusqu’à ce jour ne vient pas à l'appui de l’objection mise en avant, puisque dans les cas déjà fort nombreux où les terrains des cimelières ont été trouvés arseni- Caux, larsenic évistait dans ces terrains à l’état insoluble ; et j'ajouterai qu'ayant eu plus de vingt fois l’occasion d'analyser des terres du dépar-

tement de la Somme, chaulées depuis quelques mois seulement ou depuis quelques années avec de l’acide arsénieux, j'ai constamment vu que ces terres ne cédaient pas à l’eau bouillante la plus légère trace d’arsenie, ce qui prouve que l’acide arsénieux s'était transformé en un sel insoluble, puisque sans cela il aurait été sensiblement dissous par ce liquide; j'ai encore vu, en analysant les terres ainsi chaulées, un fait de la plus haute importance pour la solution du problème qui m'occupe : là couche de terre prise à la surface contenait de l’arsénite de chaux, tandis qu’on n’en trouvait pas un atome dans la couche prise à 36 cent. . au-dessous et à plus forte raison dans celle qui était à { mêtre au-dessous du sol. Ces diverses couches avaient été recueillies avec un soin extrême par mon honorable et savant ami le D' Barbier (d'Amiens), qui avait bien voulu se transporter sur les lieux pour procéder à cette opération. On peut conclure de ces expériences que, lorsque:les terres contiènnent du carbonate de chaux, l’acide arsénieux se combine promptement avec la chaux, et que l’arsénite insoluble formé reste à peu près à la place où il a pris naissance sans que l’eau des pluies l’entraîne plus bas , et sans que l’ammoniaque provenant de la décomposition du fumier au milieu duquel il plonge, en quelque sorte, le décompose et le change en arsénite d’ammoniaque soluble.

On voit déjà par ces faits combien l'opinion que je soutiens est fondée en raison: il ne sera pas difficile maintenant de réfuter les objections qui m'ont été faites. Que parle-t-on de phénomènes électriques qui se passeraient dans le sein de la terre, et qui auraient pour résultat la transformation d’un arsénite insoluble en un arsénite soluble; mais qu'en sait-on , et c’est avec de pareilles utopies que l’on voudrait sérieusement songer à pervertir l'opinion publique? |

Pour donner au lecteur une idée exacte des arguments mis en avant contre la proposition que je soutiens, je ne saurais mieux faire que de transcrire certains passages de la déposition faite devant la Gour d'as- Sises de la Vendée, en août 1844, par M. Flandin, dans une affaire d'empoisonnement où il s'agissait de déterminer si l’arsenic extrait des cadavres de Roturier et de Martinie-Ghabot était le résultat d’une intoxication, ou bien s’il provenait de la terre du cimetière de Saint- Michel-en-Lherni, terre reconnue arsenicale par M. Flandin, et au sein délaquelle les deux cadavres avaient séjourné, celui de la femme pendant plusieurs mois, et celui de Roturier pendant quatre ans et demi. Voici l’extrait de cette étrange déposition :

«De 250 grammes de terre, prise au-dessus de la bière de Roturier, on a retiré dans trois analyses successives, faites par des procédés différents, des quantités d’arsenic très-sensiblement appréciables. On a opéré sur les

terres recueillies au-dessus de la bière de Martinie-Chabot, absolument comme on avait opéré précédemment sur les terres recueillies au-dessus de la fosse de Roturier. Les résultats ont été identiques. »

M. le procureur du Roi. «La question de l’insolubilité des terres a été portée récemment devant l’Académie de médecine par M. Ollivier (d'Angers), et M. Flandin n'ignore pas dans quel sens elle a été résolue. M. Ollivier dit, en terminant, que le fait particulier (affaire de la femme Jérôme et de Noble, jugée par la cour d'assises d’Épinal) confirme le principe établi par M. Orfila, que, dans les terres, l’arsenic se trouve à l’état insoluble, et * qu'il ne peut passer dans un cadavre.»

M. Flandin. «Si M. Ollivier avait émis une pareille opinion, je serais obligé de n'être pas de son avis. Expérimentalement, la science n’est pas fixée. Il n’y a que cinq à six ans que cette question est à l'étude. Théoriquement, je pense même qu'il ne faut pas se hâter de conclure. L’arsenie des terres est insoluble dans notre laboratoire; mais celui de la nature ne diffère-t-il pas du nôtre? Et d’abord elle a pour elle Le temps dont nous ne disposons pas dans nos laboratoires. Tout le monde connaît ces stalacütes, ces sortes de cristallisations suspendues au-dessus des grottes souterraines. Elles sont formées de carbonate de chaux insoluble dans l'eau; cependant il a bien fallu que ce carbonate de chaux fût rendu soluble pour qu'il filtrât à travers le sol. La nature, le temps, l'ont dissous atome par atome, s’il m'est permis de m’exprimer ainsi, comme on voit dans les mon: tagnes se déliter jusqu'au produits d'anciens volcans, jusqu'aux granits eux-mêmes. Tout le monde connaît le kaolin, cette matière blanche dont nous faisons nos plus belles porcelaines. Qu'est-ce que le kaolin ? Du feldspath décomposé qui a perdu sa potasse. Comment la potasse a-t-elle été enlevée? Dans nos laboratoires nous ne savons produire ce phénomène ni avec l’eau ni avec les acides. La nature et le temps sont plus habiles sis opèrent ces transformations que nous ne savons malheureusement pas imiter. En outre, les eaux de pluie ne sont pas les eaux de nos laboratoires, elles passent à travers une atmosphère d'oxygène et d'azote, et cela dans des temps d'orage. I est des chimistes qui ont avancé que les eaux dé pluie renferment quelquefois de l'acide nitrique (composé d'oxygène et d'azote), et l'acide nitrique est le dissolvant par excellence des substances minérales, de l'arsenic en particulier.

«Dans l'acte de la putréfaction, il se dégage de l’ammoniaque qui est le véhicule des différents corps alcalins, acides connus et inconnus: L’ammoniaque est encore un des dissolvants de l’arsenic. L’acte de la putréfaction ne peut:il pas transformer des composés arsenicaux insolubles contenus dans le sol? En présence de tant de phénomènes chimiques possibles ne nous hâtons donc pas de conclure. — Dans les terres soumises à notre examen, l'arsenic ne s’est rencontré que d’une manière à peine appréciable dans l'eau pure que l’on avait fait bouillir avec 250 grammes de terre; mais l’eau à laquelle nous avons ajouté de la potasse, de manière à Ja maintenir légèrement alcaline pendant une ébullition prolongée, a si bien dissous l'arsenic contenu dans ces terres, qu’il ne nous a pas été possible d’y con-

stater ensuite Ja présence de ce corps en les traitant par des acides. Mais si l'arsenice trouvé dans les terres du cimetière de Saint-Michel-en-Lherni, devient soluble par les mêmes moyens que la matière grasse, on conçoit que le temps et les dégagements alcalins des sels ammoniacaux produits par la désorganisation des matières animales peuvent, à laide des eaux pluviales, produire des infiltrations plus ou moins chargées d’arsenic soluble dans les eaux, et imprégner de ce poison les restes d’un cadavre qui ne contenait pas d’arsenic.

«Mais il n'est pas nécessaire d'admettre une combinaison soluble d’arsenic pour se faire une idée du transport possible de ce corps dans une bière en partie détériorée. Veuillez, messieurs les jurés, jeter un coup d'œil sur ce qui, chaque jour, se passe sous vos yeux. Dans un champ fraichement labouré vous voyez les parties les plus fines de la terre confondues avec les parties les plus grossières; mais bientôt les eaux pluviales vont disposer les choses dans un tout autre ordre: bientôt ce champ ne présentera plus à sa surface qu’une couche plus ou moins épaisse de petites pierres. Les parties les plus fines de la terre auront été comme tamisées à travers les parties les plus volumineuses. Ces parties fines , ainsi entraînées vers le sein de la terre, descendront de plus en plus profondément jusqu’à la rencontre d’un obstacle infranchissable , tel qu’une pierre un peu volumineuse, les parois d’une bière, les os d’un squelette. Pendant longtemps ces fines poussières s’accumuleront contre obstacle d’une manière notable. L’arsenic des terres peut provenir des charriages contenant de l’arsenic; il peut aussi provenir d’une dissémination dans la terre de petits fragments de pyrites arsenicales. »

M. Flandin invoque encore , à l'appui de son opinion erronée , une lettre qui lui a été écrite par M. Vandenbroeck, professeur de chimie à l’Écolé des mines du Hainault. Dans cette lettre , il est dit que l’eau teuant en dissolulution plus de deux fois son volume d’acide carbonique peut dissoudre des traces d’arséniate de chaux récemment préparé et très-peu cohérent. Ibfaut convenir que c’est là un bien stérile argument; comment M. Vandénbroeck ne s'est-il pas aperçu que cette expérience n'a rien de commun avec ce qui se passerait au sein de la terre; où trouvera-t-il de l’eau carbonique semblable à celle qu’il a été obligé de préparer à l’aide d’une pompe; ébne voit-il pas que l’arséniate de chaux des terrains, en admettant à Ja rigueur qu’il se trouvât en contact avec de l’eau fortement chargée d’acide carbonique, ne se dissoudrait pas dans cette eau, parce qu'il a une grande force de cohésion , et qu’il n’est pas isolé comme l’arséniate de chaux pulvérulent avec lequel l'expérience a été faite ?

Un autre argument aussi solide que celui-ci a été tiré par M. Vandenbroeck de l’altération que l'air fait éprouver au mispikel qu’il peut transformer en acide sulfurique et en arséniate neutre de protoxyde fer qui se dissout dans l'acide sulfurique. Savez-vous comment on explique l’oxydation dont on a besoin ? Comme on n’a pas d’air à profusion dans le sein delaterre,on dit que celle-ci est perméable, et d’ailleurs on fait subir aux terrains des cimetières des soulèvements fréquents, et l’on s'inquiète fort

peu de l'acide sulfurique formé, si ce n’est pour dire qu’il dissoudra l’'arséniate de protuxyde, tandis qu “il est évident, pour quiconque réfléchit un instant, que cet acide saturera au contraire la chaux du terrain, et que dès Kpe il sera impuissant pour opérer la dissolution d’un produit arsenical insoluble. Tout cela n’est pas de notre siècle. Du reste, M. Vandenbroeck juge à son véritable point de vue le peu de portée de esse singulière objection, lorsqu'il dit : «de crois même que le fait que je viens de citer nesse vérifiera que rarement, en raison du petit nombre de localités contenant du mispikel.,» On voit d’après ce qui précède que M. Flandin eût rendu un important service à M. Vandenbroeck en ne publiant pas sa lettre.

On se demande, après avoir lu la déposition de M. Flandin, s’il ny a pas lieu de déplorer que les magistrats soient si peu scrupuleux dans le choix qu’ils font des experts; on verra en effet, par l'examen critique auquel je vais me livrer, que, dans ce plaidoyer en faveur de l'accusé, l'ignorance le dispute à l’absurde.

Et d’abord on nous dit «que l’arsenic de la nature diffère de celui que nous avons dans nos laboratoires.» Cette erreur est tellement grossière qu’elle ne vaut pas la peine d’être réfutée ; tout le monde sait qu'il n’y a qu’une sorte d’arsenic; d’ailleurs les expériences à l’aide desquelles j’ai établi que l’arsenic des terrains des cimetières est insoluble dans l’eau ont été faites non pas avec de l’arsenic de nos laboratoires, mais avec des terres arsenicales, c'est-à-dire avec la substance arsenicale que M. Flandin appelle naturelle.

On parle ensuite des stalactites, et l’on dit que la nature et le té ont dissous le carbonate de chaux; il aurait été plus simple et plus vrai de substituer l'acide carbonique à la nature. C’est effectivement: cet acide qui dissout le sel, et il aurait fallu, pour se prévaloir de l'analogie, prouver qu'il Giste dans le sein de la terre un agent capable de dissoudre le composé arsenical insoluble, tout comme l'acide carbonique dissout le carbonate de chaux. En en de cette preuve, on imagine un je ne sais quoi susceptible d'opérer la dissolution , tout simplement parce que l’on est déterminé à attaquer; je démontrerai bientôt que c’est à tort que l’on a voulu faire jouer à l’'ammoniaque quise produit pendant la putréfaction le rôle de dissolvant.

L’argument puisé dans la décomposition du feldspath n’est pas siéé heureux. Comment, parce que dans le sein de la terre, et par des causes inconnues , cette malière s’altère et perd la potasse qu’elle renferme, vous vous croyez autorisé à dire qu’il peut en être de même d’un com= posé arsenical , alors que vous n’apportez aucun fait à l'appui de votre hypothèse, AVE se trouve au contraire complétement renversée par les expériences les plus concluantes et par les résultats des nombreuses

DE L'ACIDE ARSÉNIEUX, 555 expertises déjà faites et dans lesquelles l’arsenic des terrains des cimelières a constamment été trouvé à l’état insoluble ! | J'ose à peine aborder la partie de la déposition où l'acide azotique contenu dans les eaux de pluie est considéré comme le dissolvant de Varsenic des terrains ; en lisant celle phrase, on croit rêver. Si quelques chimistes seulement ont avancé qu’il y a de l’acide azotique dans les “eaux des pluies d’orage et non pas dans celles des pluies ordinaires, ceslapparemment que cet acide se trouve dans ce liquide en proportion tellement minime qu'il a pu échapper à d’autres expérimentateurs ; tout lemonde sait d’ailleurs que l’eau dont il s’agit est parfaitement potable, sans produire sur l’organe du goût la moindre impression acide. Et cest à une pareïlle liqueur , à de l’acide azolique dilué dans une énorme proportion d’eau que l’on voudrait attribuer la puissance de dissoudre un composé arsenical, que les acides forts ne dissolvent que lentement el à la température de l’ébullition, et qui se trouverait placé à côté du cadavre, à 1 mètre ou 2 de profondeur. D'ailleurs cétte eau si faiblement acidulée, dont j’admettrai à la rigueur l'existence, ne céderaitelle pas à l’instant même l’acide libre qu’elle pourrait contenir, aux bases calcaires ou autres qu’elle trouverait à la surface du sol ? En vénié, ceci passe les bornes de la naïveté!!!

On admet encore que les parties les plus fines de la terre qui était à la surface d’un champ labouré et que l’on suppose arsenicale, pourront être entraînées par les pluies jusqu’à la profondeur de 1 mètre 50 cenlimètres ou 2 mètres, là où se trouve la bière, ou le corps enterré à hu. Comment qualifier une pareille hypothèse? Ou le composé arsenical contenu dans celte terre fine est insoluble ou soluble; s’il est insoluble, la bière ou le cadavre qui finirait par être entouré de cette terre, d'après notre critique, se trouverait dans les mêmes conditions que celles dans lesquelles ont été trouvés jusqu’à présent les corps inhumés dans un terrain arsenical qui les entourait ; aussi un pareil élément, ne produisant aucun fait nouveau , n’apporterait aucune nouvelle lumière à la discussion. Si l’arsenic y est à l’état soluble, il sera arrèté d\quelques centimètres au-dessous de la surface du sol, parce qu’il aura élétransformé en arsénite ou en arséniate de chaux insoluble ; les expébiences faites avec les terres du département de la Somme ne laissent aucun doute à cet égard (voy. p. 551). D’ailleurs, et cette considération Suflirait à elle seule pour réduire à néant la singulière objection que je réfute, ne sait-on pas que les eaux pluviales ne pénètrent jamais jusqu’à là profondeur où il faudrait qu’elles parvinssent pour que des esprits Sérieux songeassent à tenir un compte quelconque d’une assertion aussi étrange? |

On articule ensuite que l’ammoniaque provenant de la putréfaction

peut transformer le composé arsenical insoluble en un sel arsenieal soluble (arsénite ou arséniate d’ammoniaque). Voyons ce que l'expérience apprend sur ce point : |

19 Vous n’avez pas la prétention de faire croire que la présence de l'arsenic dans les terrains de cimetières arsenicaux date d’hier. Non; bien des années, et peut-être des siècles, se sont écoulés depuis que ces terrains reçoivent des cadavres que la putréfaction a, par conséqnent, complétement détruits. Comment se fait-il done que, pas même dans un seul des cas où lon à déjà examiné ces terrains, l’ammoniaque qui s’est développée à la suite de si nombreuses putréfactions des corps n’ait transformé en arsénite, ou en arséniate solubles, l’arsenie de ces terres? On sait en effet, et je le répète, qu'on a constamment reconnu jusqu’à présent que cet arsenic existait dans les terrains à l’état insoluble. J'irai plus loin, et j'admettrai que cela puisse être, que, pendant un instant, il y ait eu à côté des cadavres de l’arsénite d’ammoniaque soluble, ne voit-on pas quece sel, immédiatement après sa formation, devrait être transformé en arsénite de chaux insoluble par le sulfate de chaux du terrain , si celui-cien contenait!!! :

2° Les cadavres de Nicolas Noble et de la femme Jérôme , enterrés presque en même temps à 2 mètres l’un de l’autre, dans une partie du cimetière d’Épinal où la terre est arsenicale, sont exhumés au bout de deux mois , et l'analyse démontre que le cadavre de Noble contient de l’arsenie, tandis qu'il n'en existe pas dans celui de la femme Jérôme. Les deux cadavres ayant été inhumés de nouveau , dans le même lieu et à côté lun de l’autre, sont exhumés six mois après la seconde inhumation; les résultats sont les mêmes, et pourtant la terre qui entoure le cadavre de la femme est arsenicale au même degré que celle qui entoure le cadavre de Noble: Évidemment l’arsenic contenu dans cette terre n’a pas pénétré dans le ca» davre de la femme Jérôme pas plus que dans celui de Noble; évidemmentiil n'est pas devenu soluble, etilest, au contraire, resté à l’état d’insolubilité où il était avant la premiere inhumation. Ce fait est d'autant plus important à signaler, qu’il a été constaté, après huit mois d'inhumation , quedes influences atmosphériques d’humidité, de chaleur, de froid, etc., ont'été les mêmes, et que s’il était vrai que les agents produits par la putréfaction dussent opérer la dissolution du composé arsenical des terres, non-seulement ces terres, traitées par l’eau, auraient dû fournir de l’arsenic ä*ce liquide, ce qui n'était pas, mais encore le cadavre de la fémme Jérôme aurait dû en contenir, ce qui n’a pas eu lieu non plus.

3° Le 11 juillet 1845 nous avons placé, M. Barse et moi, la moitié d'un foie d'homme dans une petite boîte de sapin mince, que nous avons entourée de terre arsenicale extraite du cimetière d’Épinal, et parfaitement arrosée; la boîte, ainsi que cette terre, ont été ensuite placées dans une boîte plus grande que l’on a enterrée dans le jardin de la Faculté. Le 16du même mois, on sort la boîte de terre; on retire le foie que l’on enveloppe d’un linge, au lieu de le laisser dans la boîte; puis on enterre la grande

boîte qui contenait, par conséquent , le foie, le linge, et la terre arsenicale. Le 25 août, le foie, de couleur verte, était pourri et réduit au tiers de son volume. La terre sur laquelle il appuyait répandait une odeur infecte. On lave le foie avec de l’eau distillée. On filtre la liqueur, on l’évapore jusqu à siceité, puis on carbonise parfaitement le produit. Le charbon ne contient aucune trace d'arsenic. On n'en obtient pas davantage du foie lui-même débarrassé de terre et carbonisé. Le 30 août, on essaye successivement la terre qui avait entouré les parties supérieure et inférieure du foie pendant quarante-cinq jours. On les fait bouillir avec de l'eau; ce liquide ne renferme point d'arsenic; mais lorsqu’on traite la terre, ainsi épuisée par l’eau, par de l'acide sulfurique concentré à chaud, le liquide fournit une quantité notable d’arsenic.

4° J'ai enterré à la profondeur d’un mètre, et à nu, le cadavre d’un enfant à terme, âgé de deux jours , un foie d’adulte, et la moitié de la cuisse d'une femme âgée de quarante ans. La terre qui entourait ces parties était arsenicale et avait été extraite, par les soins du D' Haxo, médecin à Épinal , du cimetière où avaient été inhumés les corps du nommé Noble et de là femme Jérôme dont il vient d’être parlé; les 200 kilogrammes de cette terre qui m'avaient été envoyés et sur lesquels j'ai opéré avaient été pris à environ 70 centimètres de profondeur, immédiatement à côté des cadavres de Noble et de la femme Jérôme. Je me suis d’abord assuré que cette terre ne fournissait aucune trace d'arsenic quand on la traitait par l’eau froide on bouillante, et qu’elle en donnait, au contraire , si on la faisait bouillir avec de l’acide sulfurique.

Trois mois après l’inhumation , J'ai attentivement extrait les matières en- (errées , ainsi que 8 kilogrammes environ de la portion de terre qui adhérait d.ces parties ; la putréfaction était à son comble; l'enfant surtout était réduit à un état de putrilage tel qu’il a été impossible de lavoir autrement que par lambeaux ; l'odeur était des plus infectes.

J'ai laissé dans une grande terrine neuve, pendant vingt-quatre heures, quatre litres d’eau distillée et le mélange des 8 kilogrammes de terre et de tous les débris putréfiés ; jai souvent agité, afin de favoriser autant que possible la dissolution. Alors j'ai passé le liquide à travers un linge, et comme je n'aurais pu le filtrer qu'avec la plus grande difficulté, je l'ai fait bouillir pendant quelques minutes, puis je l'ai filtré. La liqueur, évaporée jusqu'à siccité, a donné un produit noirâtre excessivement fétide que j'ai parfaitement carbonisé. Le charbon traité par l’eau bouillante a fourni un liquide que j’ai introduit dans un appareil dit de Marsh préalablement essayé, etj'ai fait passer le gaz dans une dissolution d’azotate d'argent d’après la méthode de M. Lassaigne (voy. p. 472); il m'a été impossible d'obtenir lamoindre trace d'arsenic. Ce résultat négatif m'a engagé à changer la disposition de l'appareil et à enflammer le gaz hydrogène qui se dégageait du flacon ; il ne s’est condénsé sur une assiette de porcelaine que douze petites taches, dont huit étaient jaunes et brillantes, tandis que les quatre autres avaient l'aspect des taches de crasse (voy. p. 480); au reste, ces douze taches, traitées par l'acide azotique, pour savoir si elles étaient arse-

nicales, ne m'ont aucunement fourni les caractères de l’arsenic. D'un attre côté, je me suis assuré que la même terre, traitée par acide sulfurt= que , donnait une quantité notable d’arsenic (1).

Pour quiconque est de bonne foi, le résultat de la discussion à = quelle je viens de mé livrer n’est point douteux, ét chäcun dira: serait absurde d'admettre, lorsqu’au moment de l’exhumation , la bière est entière et parfaitement close, que l’arsenic retiré du foie et des autres organes du cadavre provienne du composé arsenical que peut contenir le terrain du cimetière, et qui y est ordinairement en proportion si minime. À

On en dira évidemment autant dans les cas où la bière, déja fendue, constilue cependant encore ün tout entier, quoique üne portion dés li= quides qui pouvaient avoisiner cette bière ait pénétré dans Son inf rieur ; en effet ; je viens de démontrer que ces liquides ne soût pas ar= sénicaux alors même que la putréfaction est à son comble. ;

On sera d'autant plus autorisé à adopter cêtte manière de voir, qu'il résulte, des expériences que j'ai faites en 1839, que les dissolutions arsenicales ne pénètrent pas facilement dans l'intérieur des orgaries qu’elles entourent de toutes parts, alors même qu’elles existent dansé terrain en assez forte proportion, et qu’il suffit dé laver soigneusement

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(1) Si l’on était tenté de répéter cette expérience, il faudrait de toute nécessité employer des terres arsenicales provenant, d’un cimetière, car où pourrait bien obtenir un tout autre résultat, si, comme je l’ai fait, on enterrait les corps dans un terrain non arsehical que Von aurait mélangé avec { où 2 Kilograrnines d'arsénite de chaux pulvérulenf, récemment fail et préparé avéc de l'aenite de potasse et du chlorure de calcium. En effet, dans ces conditions, la cohésionde l’arsénité de chaux ‘erait tellement faible et ce sel seraït vi peu retehu far les éléments qui entrent dans la composition de la terre, qu’il y en aurait ue partie de décomposé, surtout après quelques mois d’inhumation , et de tfansforméeit arsénite d'ammoniaque s0/uble et en carbonate de chaux 'insoluble, tandis qu'on vient de voir que cela n’a pas lieu lorsque le carbonate d’ammoniaque produit par la putréfaction des cidavres est en contact avec la terre afsenicale des cimeticres, J’ajouterai, pour donner plus de force à l’opinion que je soutiens, qu'ayant laissé pendant un mois une dissolution de 500 grammes de carbonate d’aminoniaque dans 2 litres d’eau, en contact avec 12 kilogrammes de la terre drsénitale qui m'avait été envoyée par le D” Haxo, la dissolution, quo'que je l’eusse Souvent agitée avéc la terre, ne m'a fourni que trois taches aréénicales, aprés l'avoir filtrée, évaporée et Carbonisée ; et cependant J'opérais avec uite forte dissolution de carbonate d’ammoniaque et dans des conditions propres à favoriser bien autrement la décomposition que celles dans lesquelles se trouveront les cadavres inhumés dans une terre arsenicale. 11 n’est pas douteux que si, au lieu d'agir ainsi, j’eusse fait usage d’arsénite de chaux préparé artificiellement, peu cohérent et récemment fait , lé carbonate d'ammoniaque n’en ent décomposé une proportion infiniment plus forte,

la surface de ces organes avec de l’eau pour emporter la faible proportion d'arsenie qui pourrait S'y trouver. Mais j'irai plus loin et j’admettrai que cette pénétration intime ait eu lieu; qu’arriverait-il alors ? De deux choses l’une: ou bien que toutes les parties du cadavre fourniräient la mème proportion d’arsenic, c’est-à-dire une quantité qui serait en rapport avec leur poids ; ou bien que tel organe qui se serait trouvé en contact avec la portion du terrain arsenical devrait en contenir, tandis qu'il n'y en aurait pas dans ceux que la terre arsenicale n'aurait point touchés. Or c’est ce qui n’a jamais lieu dans un cas d'empoisonnement avec absorption; toutes les parties du corps renferment de l’arsenic dans une proportion fort inégale, et nullement en rapport avec la masse, car il ÿ en à d'autant plus que l'organe était plus vasculaire.

En cherchant à allaquer les résultats de mes expériences sur ce point, M* Devergie a commis une erreur grave. J'avais dit qu'après avoir mis un foie à la profondeur de 1 mètre dans la terre d’un jardin , dont le fond avait été préalablement arrosé avec 40 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 96 grammes d’eau, je n’avais pas retiré de l’arsenic de ce foie, quoiqu'il fût resté neuf jours enterré, et qu’à plusiëurs reprises j'eusse versé d'assez fortes proportions de dissolution arsenicale à la surface de la terre avec laquelle j’avais comblé le trou : ebmême sur là portion de terre qui reccuvrait immédiatement le visleère. « Mais, réplique M. Devérgie, jai vu lé evutraireen plaçant un foie dans un seau étroit qui conteniit sept kilayrimmes de terre que javais arrosée pendant sept jours avec deu litres d'eau tenant 66 cen-

enterré le foie dans un pti: toit comme un bide" serail te (dans un cimetière, et la dissolution arsenicale que j’employais devait nécessairement s'étendre à droite , à gauche, en haut, en bas, en tous sens en un mot, en sorte que la ottiéf de terre qui recouvrait le foie in@ devait en avoir gardé que très-peu. Dans l'expérience de M. Devergie, au contraire, on s’est placé dans des conditions qui n’eæisteront idmais, c’est-à dire que l’on a mis une forte proportion de dissolution laïSenicale dans une petite quantité de terre, et que, pour mieux saturer celle-ci, on l’a arrosée à sept reprises différentes. Quel argument peutonwirer d’un pareil fait pour infirmer l’assertion que j’ai émise plus (haut, savoir qu’un terrain à peine humecté d’une dissolution arsenicale meWivrera pas facilement aux organes qu’il touchera la His proportion Wd'ärsenie qu'il pourrait Lenir en dissolution ?

B; Supposons maintenant que, par suile de la disjonction des planches

qui composent la bière, les débris du cadavre pourri soient mélangés avec la terre , où bien que les corps enterrés à nu et déjà complétement putréfés et réduits en Lerreau soient confondus avec la terre arsenicale, Si le terreau, irailé par l’eau distillée froide, pendant vingt-quatre heures , et agité à plusieurs reprises, fournit une dissolution qui, étant filtrée , évaporée et carbonisée, comme il a été dit à la page 494 et suivantes, donne de l’arsenic, à à l'aide de l'appareil dit de Marsh modifié, il faudra rechercher si la terre prise à 3 ou 4 mètres de distance se comporte de même. En cas de négative, on sera grandement autorisé soupçonner que l’arsenic retiré du terreau provient du cadavre et non de la terre, parce que l’eau froide dissout parfaitement l’acide arsénieux qui aurait pu se trouver dans le cadavre, et que tous les faits recueillis jusqu’à ce jour établissent au contraire que le composé arsenical faisant partie des terres n’est point soluble dans ce liquide à la température ordinaire, alors même que la putréfaction est à son comble. Mais s’il en est ainsi, dira-t-on, pourquoi vous bornez-vous à dire: on sera grandement autorisé à soupçonner, el pourquoi n'affirmez-vous pas que l’acide arsénieux provient du cadavre ? Dans tous mes écrits j'ai constamment évité de me prononcer affirmativement, parce qu’à la rigueur, il pourrait se faire, quoique cela ne soit aucune= ment probable, que, par des causes tout à fait extraordinaires, une pe tite proportion du composé arsenical des terres eût été dt die soluble dans l’eau. L'expert devrait surtout apporter dans les conclusions da réserve que j'indique, s’il était ultérieurement prouvé que la partie du cimetière où se trouve le corps avait élé arrosée à une époque quels conque avec une dissolution arsenicale, ou bien qu’une poudre arsenicale soluble avait été déposée à sa cree non pas que je pense qu'un composé arsenical soluble répandu à la BR de la terre puisse arriver sous cet état el sans avoir été transformé en arsénite insolublé jusqu’à la profondeur où est enterré le cadavre (voy. p. 551, les expériences faites avec les terrains arsenicaux de la Somme), mais uniquement parce qu'on pourrait objecter, à tort sans doute, que le terrain traversé par la liqueur arsenicale n’était pas de nature à changer celle-ci en arsénite ou en arséniate de chaux insoluble. Si , contre toute attente, la terre éloignée de quelques mètres du lieu de l'inhumation cédait aussi un composé arsenical à l’eau froide , il faudrait bien se garder de faire soupçonner que l’arsenic a été fourni par le cadavre. | Si le terreau traité par l’eau distillée froide, et méme bouillante, pen= dant vingt-quatre heures, et agité à plusieurs reprises, fournit une dis= solution qui, étant filtrée, évaporée et carbonisée, comme il a été dità la page 494 et suivantes, ne donne point d'arsenic, et que l’on en retire après l'avoir fait réagir pendant quelque temps sur l'acide sulfurique

pur, d'abord à froid, puis à la température de l’ébullition, on serait porté à croire qu'il n’y a pas eu empoisonnement par une préparation atsenicale soluble , si le terrain ne contenait pas de sulfate de chaux, parce que, en général , les composés arsenicaux solubles, qui auraient pu abandonner le cadavre pour se méler à ces sortes de terrains, conservent pendant longtemps la faculté de se dissoudre dans l’eau froide, Toutefois, comme il n’est pas démontré que les composés arsenicaux solubles qui auraient pu étre entraînés hors du Corps ne puissent à la longue se transformer, dans le sein de la terre, en sels insolubles dans l'eau , surtout lorsque cette terre contient du sulfate de Chaux , l’expert devra, dans un cas aussi épineux, analyser quelques autres parties du terrain du même cimetière, et s’il résultait dé ses recherches que ces parties ne conliennent point d’arsenic, ou qu’elles en ren ferment beaucoup moins que le terreau, il lui serait peut-étre permis d'élever de très -légères conjectures sur la possibilité d’un empoisonnement (voy. pour plus de détails mon mémoire dans le t, VIII des Mém. de l’ Acad. roy. de méd.).

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