DES AUTRES PRÉPARATIONS MERCURIELLES
ajouta un peu de vert-de-gris, et à neuf heures un quart du soir, prit une cuillerée à thé de cette dissolution. Quelque temps auparavant, il avait bu environ un litre de bière. Bientôt après il se plaignit d’être très-mal à son äise et fut pris de vomissements. Les douleurs qu’il éprouvait devinrent si Violentes, qu’il se roulait par terre, demandant à grands cris un couteau pour mettre fin à ses souffrances. Un médecin, qui fut appelé sur ces entrefaites, trouva le malade se plaignant beaucoup de douleurs dans la bouche et dans le pharynx, et tourmenté de hoquets violents et continuels. La.face, pâle, exprimait l'anxiété; les extrémités étaient froides ; le pouls petit, et quelquefois même imperceptible, et le ventre relâché. On vida aussitôt l'estomac à l’aide de la pompe stomacale , et on administra de la craie préparée. Lorsque le docteur Bigsley vit le malade pour la première fois , une heure environ après l'ingestion du poison, il était beaucoup plus calme; la face pâle, bouffe; les yeux hagards, les lèvres livides ; le pouls donnait 120 pulsations par minute ; il était petit, mais régulier. Le malade accusait une sensation de brülure depuis la bouche et le long de l’œsophage jusqu'à l'estomac et l'abdomen. Toutes ces parties étaient douloureuses au toucher, ét la région épigastrique offrait une tension bien marquée. Les vomissements et les évacuations alvines continuaient et ne cessèrent qu'avec la vie ; enfin la mort survint vers minuit, environ trois heures après l'accident, sans aucun nouveau symptôme, et Sans qu’il y eût le moindre trouble dans les fonctions intellectuelles.
Le cadavre fut examiné douze heures après la mort. La face était bouffe et bleuâtre, les lèvres livides et couvertes d’écume; la chaleur du corps n'avait pas encore tout à fait disparu. Tout le canal alimentaire contenait de la craie en poudre. La partie postérieure de la langue était dure et rude, et présentait une petite vésication ; il y en avait une autre sur l’épiglotte; lé Jarynx et la trachée étaient rouges et injectés ; le pharynx était d’une couleur rose foncée, et offrait cà et là de petites taches d’un rouge pourpre et quelques croûtes dures, rudes, brunâtres et irrégulières , de la grandeur d’une fève. Ces taches brunes étaient évidemment des eschares imparfaites. Dans la partie inférieure, ces signes d'irritation devenaient moins fréquents ; près de 8 centimètres de la partie moyenne de l'œsophage étaient sains ; mais au-dessous les mêmes lésions reparaissaient. L’estomac , à l’intérieur, ne présentait aucune trace de lésion ; ses parois étaient épaissies , surtout du côté du pylore ; il était presque vide et ne contenait que quelques décagrammes d’eau teinte de bile, et un peu de matière grumeleuse d’une couleur brune. Toute la membrane muqueuse offrait une teinte rose foncée, et du côté de l'extrémité cardiaque, on voyait quelques taches de plusieurs centimètres de diamètre, d’une couleur livide ou brune, et ayant tout à fait l'aspect d’eschares. Quelques-unes de ces taches étaient dans le même état que celles du pharynx ; d’autres étaient ramollies et réduites en une sorte de pulpe brunâtre qui, lorsqu'on l’enlevait, laissait voir au-dessous d'elle la membrane lisse et d’un rouge vif. Ces eschares étaient principalement situées au sommet des rides de la membrane muqueuse. Il n’y avait pas d’abrusion de la membrane, excepté dans les points où l'on enlevait les eschares. Les
mêmes altérations se retrouvaient dans le duodénum, seulement à un moindre degré. Le reste des intestins offrait à l'extérieur une teinte rouge terne,
qui provenait de la rougeur de leur membrane interne. La rougeur foncée et la lividité reparaissaient au commencement du cœcum, et de ce point
diminuaient d'intensité en descendant vers le rectum , qui était tout AE ait sain. Les autres organes abdominaux, ainsi que les Viscères thoracique, n’offraient absolument aucune lésion. F tête n’a pas été ouverte. .
On sait que l’azotate de mercure, de même que tous les sels solubles de re métal, est un poison corrosif très-violent. L'observation que nous venons. rapporter, quiest aujourd’hui, ànotre connaissance du moins, le seul. exem | d’empoisonnement par cette substance, ne laisse aucun doute sur ar A nière d'agir. Les effets terribles d'une aussi faible dose (une cuillerée à thé) sont aussi très-remarquables; on a vu d’aussi grands ravages produi : par une aussi petite quantité de sublimé corrosif. (Bigsley, The med. D. zelte, décembre 1831.)
Osservarion II. — James Maxwell, âgé de trente-cinq ans , avait été adm à l'hôpital pour un rétrécissement ‘de l'urèthre, et se trouvant 0 tement guéri, il se proposait de sortir le 30 mars 1835. Dans la soirée 29, il pria un de ses voisins de lui faire des frictions sur la hanche ét s la cuisse du côté droit avec de l'huile camphrée. Ge voisin se tou bouteille et fit usage d’une solution d’azotate de mercure. Une vive douleur se fit sentir immédiatement, et une heure après, il fut pris d’un violent frisson qui dura une demi-heure. À cette époque , il rendit avec facilité une grande quantité d’urine, présentant un aspect naturel. Pendant les cinq jours suivants , il n’urina pas une seule fois; le cathéter fut introduit plusieurs fois et ne fit sortir rien autre chose que deux ou trois petites cuillerée ées d’un liquide muqueux sans odeur urineuse, Quelques gouttes d'urine vir rent dans Ja nuit du 5 avril, et la nuit suivante, il en rendit une gran e quantité. À partir de ce moment, cette évacuation prit son cours nor Le 5 avril, il avait été saigné, et M. Child avait reconnu dans le sérum sang la présence de l’urée. L’eschare qui s'était formée était superficiel | ', mais très-étendue; elle laissa une plaie très-douloureuse, qui se cicatrisa très-lentement. Le ptyalisme se manifesta le troisième jour et fut très-abo dant ; le rebord alvéolaire de la mâchoire inférieure se dénuda. Le malade but abondamment pendant la suppression de l'urine, il conserva sa | connaissance et resta calme sans aucune disposition au coma. Le pouls était plein et mou, donnant de 80 à 90 battements. Les forces revinrent. {rèslentement ; nn il put quitter l'hôpital le 26 avril, et alla à lac campagne, où Î se rétablit promptement.
Ce fait est intéressant sous plus d’un rapport : 1° on y voit un sel de mercure appliqué extérieurement produire la suppression de. P urine, SUP= pression qui a lieu également après l’ ingestion dans l'estomac du sublimé à dose vénéneuse; 2° la suppression d'urine n’était point accompagnée de coma ; la guérison eut lieu après une suppression complète d'urine pendant ses jours, (The Edinburgh med. and surg. eur juillet 1835, p. 26