LOC EE EE ET SO EP LEE
(t) Annales de chimie, t; LVL, supplément au Trailé de l'élamage, paf Proust; p. 80:
d'oxyde et de carbonate de cuivre doivent donner une beaucoup plus
grande quantité d'acélate, dont l’action vénéneuse est très-énergique,, | et qu’il est par conséquent très-imprudent de laisser les différents vins | dans des réservoirs de cuivre ternis par de l’oxyde. |
C’est encore à la formation de l’oxyde de cuivre et à l’acide acétique contenu dans le vin, le vinaigre, la bière et le cidre, que l’on doit attribuer la production de lacétate qui a lieu dans les contours des robinets fixés aux tonneaux qui renferment ces liqueurs. Drouard fut tourmenté pendant trois jours de coliques et de diarrhée, pour avoir mangé un ragoût assaisonné avec du vin que l’on avait tiré d’un tonneau dont le robinet renfermait de l’acétate de cuivre que ce liquide avait dissous en partie.
Dupuylren a remarqué que le vinaigre contenu dans les petits tonneaux des marchands qui parcourent les rues renferme du cuivre, ce qui explique parfaitement un autre fait rapporté par ce profes Pin et qui consiste en ce que plusieurs individus ont été atteints de vomissements et de coliques pour avoir mangé des salades que l’on avait assaisonnées avec celte sorte de vinaigre. La dissolution du cuivre dépend encore, dans ce cas, de RSA des robinets dont les {onneaux sont garnis,
On ne sera pas étonné, après ce que je viens de dire, que des indi: vidus aient succombé pour avoir pris des potions composées des plus doux minoralifs, que l’on avait préparées et laissées pendant quelque temps dans des vases de cuivre. Les acides et les corps gras, qui font souvent partie des drogues médicinales, doivent nécessairement favoriser l'oxydation et la dissolution de ce métal.
DE L'ACÉTATE DE CUIVRE ET DU VERT-DE-GRIS ARTIFICIEL:, Action sur l’économie animale.
Expérience l'*, — Drouard donna à un chien d’assez forte taille et à jeun 60 centigrammes de vert-de-gris artificiel : des selles mucoso-sanguinolentes mêlées de beaucoup de vers , un dégoût pour les aliments et poules boissons , des efforts infructueux de vomissement , tels furent les premiers accidents occasionnés par le poison. L'animal, ne pouvant se tenir sur ses pattes, se coucha sur le côté, et expira vingt-deux heures après l'empoisonnement. L’estomac contenait un liquide sanguinolent, de couleur noire; il était enflammé , particulièrement vers sa grande courbure , et il présentait une tache noirâtre qu’on aurait pu prendre pour une érosion. Les intestins grêles n’offraient aucune trace d’inflammation : ils étaient seulement remplis de bile verdâtre. 11 y avait dans le rectum de petites ecchymoses semblables à celles de l'estomac.
Expérience IL. — Soixante-quinze centigrammes de vert-de-gris mêlé avec des aliments furent donnés à un chien : une demi-heure après, l’animal fit de vains efforts pour vomir ; mais il évacua beaucoup le restant de Ja journée et pendant la nuit; ses excréments, noirâtres, étaient mêlés de vers. Il succomba vingt-huit heures après l’ingestion du poison, et la mort fut précédée d’une grande prostration des forces. L’estomac, moins enflammé que dans le cas précédent, offrait çà et là quelques ecchymoses ; le duodénum présentait une légère inflammation; il y avait dans l’iléum une large ecchy mose. Le rectum était dans l’état naturel. (Drouard.)
Exrérence HI. — On fit avaler à un chien fort et robuste 1 gramme
60 centigrammes de vert-de-gris. L'animal ne tarda pas à faire de grands efforts pour vomir et à être agité par des mouvements convulsifs; trois heures après, il eut une hémorrhagie nasale ; il évacua beaucoup de matières bilieuses, et il mourut cinq heures après l’empoisonnement. L’abdomen était distendu par une grande quantité de gaz fétides : il renfermait de Ja sérosité sanguinolente. Les intestins étaient généralement enflammés ; Pinflammation de la membrane muqueuse était moins considérable que celle de la membrane péritonéale. L’estomac, sans érosion, offrait dans son intérieur une teinte verdâtre ; les poumons étaient gorgés de sang; le cerveau ne présentait aucune trace d’inflammation ni d'épanchement. (Drouard.) ; Expérience IV. — J'ai souvent administré du vert-de-gris et de l’acétate de cuivre à des chiens de différente taille, et j'ai constamment remarqué que lorsque la dose de verdet cristallisé (acétate de cuivre) introduite dans l'estomac était plus forte que 60 à 75 centigrammes, les animaux périssaient en moins de trois quarts d'heure; rarement ils pouvaient résister pendant une heure à l’action violente du poison. Les symptômes qui précédaient la mort étaient des vomissements abondants d’une matière bleuâtre, évidemment colorée par une portion de l’acétate de cuivre; de vains efforts pour vomir lorsque l’animal était parvenu à rendre tous les aliments con tenus dans l'estomac, des cris plaintifs, une gêne extrême de la respiration, l'irrégularité et la fréquence du pouls, assez souvent une insensibilité générale ; l'animal se couchait et paraissait mort; presque toujours il était agité par des mouvements convulsifs, et quelques instants avant de succomber , il offrait une roideur générale, des secousses tétaniques , et une grande quantité d’écume à la bouche.
A l'ouverture des cadavres , faite immédiatement après la mort, on remarquait que les muscles ne donnaient aucun signe de contractilité ; la membrane muqueuse de l'estomac, enduite d’une couche bleuâtre, contenait une portion de Ja matière ingérée; cette couche était dure, comme racornie ; lorsqu'on la raclait, on apercevait au-dessous la membrane muqueuse d’une couleur rosée. La trachée-artère et les bronches étaient remplies d'une écume blanche ; les poumons étaient crépitants et présentaient quelques points rosés qui se détachaient sur un fond päle. Le cœur
pe battait plus.
Dans toutes ces expériences, il est aisé de démontrer la présence du cuivre dans le foie, la rate et les reins, en faisant bouillir ces organes. pendant une ou deux heures dans de l’eau distillée, et en suivant le pro= cédé qui sera indiqué à la page 807. 1
Expérience V. — J'ai appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané de Ja partie supérieure du cou d’un chien d'assez forte taille 8 grammes d'acétate de cuivre cristallisé et finement pulvérisé; on a réuni la plaie à l’aïde de la suture. L'animal à succombé au bout de cinq jours, après avoiressayé de manger à plusieurs reprises. tré
Dans une autre expérience , la même dose de sel appliqué sur letissu cellulaire de la cuisse d’un chien faible a déterminé la mort au bout detrente heures. UE
Cette expérience, répétée sur un gros chien, n’a pas été suivie dé mort. Au bout de quarante-huit heures, l'animal , qui était à jeun depuis trois jours, avait une soif ardente et a bu un litre d’eau sans vouloir prendre d'aliments solides. Le lendemain, il a mangé avec appétit; il ne paraissait pas trop affaibli, et la démarche eût été libre et régulière sans la blessure grave de la cuisse. On l’a pendu soixante et dix-huit heures après le coms mencement de l'expérience. 48
Le foie, la rate et les reins de ces animaux, traités par l’eau bouillante pendant une ou deux heures, ont donné un s0lutum dans lequel il y avait du cuivre. Le tissu cellulaire sous-cutané et les muscles voisins des parties sur lesquelles le poison avait été appliqué étaient verts; mais cette coloration s’étendait à peine dans la profondeur des muscles; les parties touchées par le sel euivreux étaient légèrement enflammées et se coloraient en brunmarron quand on les mettait en contact avec du cyanure jaune dewpotassium et de fer.
Expérience VI, — On dissolvit 10 centigr. de vert-de-gris dans 32 gram. d’eau distillée, et l’on injecta le solutum dans la veine jugulaire d'un chien de grande taille, Au moment de l'injection, l'animal fit des mouvements de mastication ot de déglutition; un demi-quart d'heure après , il vomitretil eut des évacuations alvines : l’affaissement survint ainsi que le räle,rebil mourut au bout d’une demi-heure. La trachée-artère et les bronches étaient remplies de mucosités écumeuses; les gros vaisseaux étaient gorgés d'un sang noir et fluide dont la coagulation fut très-facile (1).
Expérience VII. — La dissolution provenant du vert-de-gris traité par l'eau fut évaporée jusqu’à siccité, et 3 centigrammes du verdet résultant furent dissous dans 32 grammes d’eau distillée et injectés dans la veiné jugulaire d’un chien assez fort. On observa, au moment de l'injection, es mêmes mouvements de mastication et de déglutition; l'animal vomit un quart d'heure après et resta languissant jusqu’au troisième jour, que es SM OOMEN PS LEO) ORNE Pi NORRIS
(1) Drouard ne dit pas dans quel état se trouvait la membrane muqueuse intes: tinale : il est probable, par cela même, qu’elle ne présentait aucune altération:
extrémités parurent paralysées. Pendant ce temps, il ne voulut boire que de l'eau. Il périt le quatrième jour. À l'ouverture du cadavre, le sang , Les Vaisseaux, l'appareil gastrique, ne présentèrent rien de particulier.
… Exrérience VIIL.—L'injection dans la veine jugulaire de 5 centigrammes d'acétate de cuivre dissous dans 16 grammes d'eau occasionne ordinairement la mort dans l’espace de dix ou douze minutes; l’animal fait sur-lechamp des mouvements de mastication et de déglutition qui sont suivis de vomissements avec efforts douloureux; il éprouve une grande difficulté de respirer; il est agité par des mouvements convulsifs très-violents ; il se couche tout à coup, devient insensible; le ràle se manifeste, et il meurt. A l'ouverture du cadavre, on ne trouve rien de remarquable dans l'appareil gastrique ; la contractilité des muscles paraît éteinte, les poumons n’offrent aucune altération, et le cœur est sans action.
Opservarion l'°. — Le 4 septembre 1772, Navier fut appelé pour vi- Siter, dans une même maison , neuf malades empoisonnés par le vert-de- CS
« Une jeune fille de dix-huit ans avait mangé du gâteau fait avec du beurre
$ fondu , que l'on avait écumé avec une écumoire de cuivre, sur laquelle le corps gras s'était refroidi. Elle éprouvait de violents maux de tête et de grands vomissements. On lui fit boire abondamment, vingt-quatre heures après l'accident, de l’eau tenant en dissolution une petite quantité de substance salino-alcaline ; elle prit ensuite de l’eau de casse émétisée , et Les principaux accidents cessèrent promptement. Gette fille fut promptement guérie par l'usage des nourritures laiteuses.
Le père, la mère , trois Jeunes enfants, et un garçon de dix-huitans, avaient mangé du même gâteau, ainsi que de la soupe et de la viande provenant du pot au feu écumé avec la même écumoire, qui probablement n'avait pas été nettoyée. Des douleurs d’entrailles , des vomissements violents et fréquents, suivis d’un grand accablement , un pouls petit et serré, et des maux de tête considérables : tels furent les symptômes qui se manifestèrent. On leur administra une légère décoction de graine de lin et de guimauve un peu alcaline et édulcorée avec du sirop diacode ; quelques heures après, on leur donna une eau de casse très-légère ; l'effet de ces médicaments fut de procurer d’abondantes évacuations par haut et par bas. Au bout de sept à huit jours, la guérison fut achevée. Il en faut excepter la mère, qui, naturellement sujette à des vomissements, et douée d’un tempérament nerveux, fut plus fatiguée de l’action du poison, et tomba plusieurs fois en syncope : on parvint cependant à la rétablir, en insistant longtemps sur le régime laiteux.
Les deux autres individus avaient mangé une fricassée de pigeons préparée avec le bouillon fait dans le pot au feu dont nous avons parlé. L'un d'eux , âgé de trente à quarante ans, d'un tempérament fort , cut des vomissements considérables; l'autre , âgé de vingt-quatre ans, fort et robuste, ne ressentit les atteintes du poison qu’au bout de plusieurs heures, mais il fut tourmenté par des vomissements el des maux de tête violents; bientôf
après il se déclara une fièvre intense, et il fut jeté dans un assoupissement
léthargique occasionné par la violence des vomissements et par un état pl | thorique. On lui fit deux saignées au bras et une au pied , on lui admimstra des boissons adoucissantes légèrement acalines et laxatives, et il fut rétabli dans l’espace de dix à douze jours. Quant au premier de ces deux individus, il fut traité comme les malades dont nous avons parlé précédemment, et il
fut guéri dans trois jours (1). | pe.
OsservariON Îl.—M. Morizot-Deslandes fut prié d'aller, le 9 juillet 1781, au secours des jacobins de la rue Saint-Jacques, que l’on disait empoisonnés. Les malades, au nombre de vingt et un, se plaignaient de douleurs violentes, de coliques; ils avaient de la fièvre. Chez tous, les premiers accidents avaient été un grand mal de tête accompagné de faiblesse excessive dans les jambes et dans tout le corps, des douleurs sourdes sur le devant des cuisses, et, chez quelques-uns, des crampes dans les mollets. Ceux qui avaient été attaqués les premiers avaient éprouvé en outre une vive douleur dans l'estomac, accompagnée de l'anxiété précordiale qui lui est propre, et de tremblement dans les membres.
Chez quelques-uns, les symptômes ne s'étaient déclarés que le lendemain. M. Morizot apprit que les malades avaient mangé, le vendredi et le samedi à diner, de la raie cuite dans une chaudière de cuivre; que le cuisinier, après avoir retiré une partie de l’eau qui avait servi à faire cuire le poisson, avait versé dessus du vinaigre pour le raffermir, et que la raie avait sé journé ainsi quelque temps dans la chaudière hors du feu. M. Morizot vit deux indications à remplir : énerver le poison et le chasser hors du corps; il donna d’abord du lait coupé avec quatre parties d’eau, une eau gommeuse, des bouillons légers de viande, avec des lavements émollients ; après quatre ou cinq jours, il prescrivit les minoratifs doux, tels que la casse et la manne dans le petit-lait, et ensuite le séné. Tous les malades furent guéris en peu de temps.
Il ajoute qu’un étranger qui avait dîné au couvent, et auquel on avait donné l’émétique , fut très-mal , et n’était pas encore rétabli au mois de septembre (2).
Osservarion JIT (3). — Le 3 juillet 1778, Jeanroy fut appelé pour voir le nommé By et sa femme, fruitiers, qui avaient mangé à diner et à souper du veau qu’on avait conservé dans un vase de terre sur lequel on avait placé un couvercle de cuivre; comme il y avait beaucoup de viande, elle fut refoulée par le couvercle, et elle s’imprégna de vert-de-gris. Le nommé Duval et sa femme, demeurant dans la: même maison , en avaient aussi mangé à leur dîner le mêmejour. Le premier qui éprouva des accidents fut le nommé Duval; le jeudi, à deux heures du matin, il fut réveillé par des coliques d'estomac qui furent suivies de vomissements. Son épouse, quelques heures après, se plaignit de tiraillements et de coliques douloureuses :
me NS ON PR RE RES
(1) Navier, ouvrage cité, t.1, p. 303 et suiv. (2) Drouard, ouvrage cité, p, 34.
(5) Mémoires de la Société royale de médecine, p. 215, année 1778,
Pusage répété du lait et des lavements mucilagineux suffit pour leur guérison. EL |
Le nommé By éprouva le même jour, sur les sept heures du matin, des douleurs vives à l'estomac, des nausées, des vomissements fréquents; il ressentait, à des époques peu éloignées, des coliques affreuses suivies de crispa- “tion dans tous les membres et accompagnées de sueurs abondantes. La femme By éprouvait les mêmes accidents , à l’exception des coliques, qui n'étaient ni aussi violentes ni aussi répétées; elle se plaignait beaucoup de la tête ; le pouls de l’un et de l’autre était petit, inégal,et quelquefois convulsif. On leur avait donné, ainsi qu'aux deux premiers, des lavements mucilagineux et du lait. Jeanroy s’opposa à ce qu'on leur continuât le lait; et comme leur langue était très-chargée, et qu’on ne pouvait espérer de sou- Jagement qu'en débarrassant l’estomac , il ordonna qu’on leur administrât de l’eau émétisée à la dose de 30 centigrammes sur 750 grammes d’eau. Le mari en prit 10 centigrammes, et la femme 15 : ce moyen procura des vomissements d’une bile verdâtre, avec des morceaux de lait caillé, et alorsles malades éprouvèrent un soulagement marqué. La femme ne se plaignit plus que de légères douleurs à l'estomac, et le mari de coliques qui se sont soutenues pendant trois jours.
Après avoir, avec de l’émétique, rempli la première indication, Jeanroy fit donner au nommé By et à sa femme, pour boisson ordinaire, une forte décoction de racine de guimauve ; de plus ils prenaient, de demi-heure en demi-heure, deux cuillerées d’une potion faite avec 186 grammes d'huile d'amandes douces, 64 grammes de sirop de guimauve, et 32 grammes de sirop diacode; et de deux heures en deux heures, des lavements faits avec la graine de lin, auxquels on ajoutait de l'huile d'olives; le soir, un bol de thériaque, et chaque quatre heures un bouillon gras. À l’aide de ces différents moyens, les malades furent bientôt hors de danger.
Onservarion IV. — N°”, ouvrier bijoutier , âgé de quarante-quatre ans, plongé dans la misère la plus profonde, résolut de s’empoisonner, et avala, Je 23 juin 1812, à minuit, environ 16 grammes de vert-de-gris délayé dans une petite quantité d’eau. Dans la journée du 22 et du 23, N°** avait pris pour toute nourriture une soupe à l’oseille. Un quart d’heure après avoir bu le poison, il eut des coliques atroces, des vomissements abondants et des déjections alvines copieuses : ces symptômes persistaient encore à cinq heures du matin, heure à laquelle il entra à l’Hôtel-Dieu. On lui administra de l’eau de gomme, du lait et des lavements émollients. Trois heures après son arrivée, il présenta l’état suivant : visage triste, abattu; yeux profondément cernés, langue humide, bouche pâäteuse, anorexie, crachotements, renvois de vert-de-gris, soif très-intense ; pouls petit, régulier, donnant 80 pulsations par minute. ( Même traitement.) A deux heures et demie , nouveaux vomissements de matières verdâtres foncées. A quatre heures , il se manifesta un ictère. Pendant la nuit, coliques légères, continuation des vomissements, trois selles qui amenèrent un peu de soulagement et le sommeil. Le lendemain (deuxième jour de l'accident), -jaunisse très-intense, expression de calme, langue grisâtre, bouche pà- [, 0
teuse avec un goût de vert-de-gris ; cessation des vomissements et des rapports cuivreux; abdomen rétracté, très-peu sensible à la pression; pouls régulier, développé; chaleur de la peau naturelle, tête lourde, légère surdité. (Eau de Vichy avec du petit-lait, deux lavements émollients.) Le malade eut dans la journée quatre selles de matières grisâtres. Le 26 (troisième jour de l'accident), continuation des mêmes symptômes, malaise général, soif vive; urine trouble, d’un rouge foncé avec un sédiment jaunâtre. ( Même traitement. ) Le 27 (quatrième jour), diminution marquée de tous les symptômes, retour de l'appétit, faiblesse générale. (Gontinuation des mêmes moyens; bouillon, vermicelle.) Le 16 juillet, l’ictère était dissipé, et le malade était en pleine convalescence (1).
Osservarion V.— Drouard dit dans l’ouvrage déjà cité, p. 3891 :1lya environ dix années, lorsque je commençais à me livrer à l’étude dela médecine par celle de la pharmacie, je pris par ignorance à peu près 4 grammes d’un mélange de vert-de-gris, de miel et de vinaigre, improprement appelé onguent égypliac. Je sortais de déjeuner assez copieusement. Un quart d'heure après, j’eus des rapports cuivreux et un crachement continuel ice qui fit reconnaître l’empoisonnement. On m’administra une potion huileuse et on me fit boire du lait : deux ou trois heures après, j'éprouvai un grand mal de tête, avec soif et des coliques assez violentes; mon ventre se tuméfa si rapidement, que je fus obligé de relàcher la ceinture de ma culotte; des évacuations copieuses se déclarèrent. Un médecin appelé conseilla des boïssons mucilagineuses et des lavements émollients; les selles continuèrenten petite quantité, avec ténesme et perte des forces ; elles ne cessèrent que vers le huitième jour, où commença ma convalescence. Après cet accident, j'ai conservé pendant longtemps une telle aversion pour le cuivre, qu'il me suffisait, pour avoir des nausées, de sentir ce métal. per:
Osservarion VI, — Ayant été requis pour aller voir M. Dubroc, ancien échevin de-Bayonne, je le trouvai dans son lit, avec un vomissement continuel, des crampes aux extrémités, des mouvements convulsifs et des douleurs de ventre cruelles; son épouse et ses deux servantes étaient également attaquées, si ce n’est que les accidents ne se montraient pas aussi complis qués dans ces dernières qu’ils l'étaient dans la personne de M. Dubroc..
Cela me fit juger que ce vomisssement était occasionné par quelque chose d’extraordinaire : effectivement , après quelques questions, ils me répondirent qu'ils avaient mangé des œufs à l’oseille et au beurre, qui avaient été préparés dans un vaisseau de cuivre, que je vis, et qui était tapissé de vert-de-gris.
Ne doutant plus que ce devait être l'acide de l'oseille qui avait dissousune partie de cuivre, et que les accidents provenaient de ce métal, qui irritait et corrodait les membranes de l'estomac, et me trouvant dénué,dans ce moment critique, de ressources, je me suis déterminé à donner à M. Dubroc un bon verre de vinaigre, et à madame, chez qui les accidents n’étaient pas si consis dérables, un demi-verre. | me RE"
(1) Observation communiquée par le D' Picquet de la Houssiette,
… Une demi-heure après qu’ils eurent pris le vinaigre, les malades me dirent qu'ils avaient senti dans leur estomac une espèce d’effervescence considérable; le vomissement s'ensuivit peu de temps après, et les accidents se calmèrent. Je fis donner ensuite beaucoup d'huile et des décoctions émollientes en lavement. Une servante qui n’a pas bu de vinaigre a failli périr, malgré les eaux de poulet, les émollients , la thériaque, ete. (1).
Ogsenvarion VII. — Dupuytren rapporte qu’une famille entière a été empoisonnée pour avoir mangé des écrevisses qui avaient cuit et séjourné dans un chaudron de cuivre où l’on avait versé le vinaigre avec lequel, dans certains endroits , on les assaisonne. Trois personnes avancées en âge moururent des suites de cet empoisonnement ; les autres y survécurent (2),
Ossenvarion VIIL. — Deux hommes, ayant mangé d’un ragoût préparé dans des vaisseaux de cuivre qu’on avait négligé d’étamer, périrent empoisonnés, après avoir éprouvé pendant une heure environ des cardialgies violentes, auxquelles succédèrent des vomissements énormes et un ténesme continuel. Tous les remèdes qu’on leur administra furent inutiles, À l’ouverture des cadavres, on vit le canal alimentaire distendu par une grande quantité de gaz, rongé en divers endroits, et principalement dans les intestins grêles ; le pylore et le duodénum étaient atteints de gangrène; l’intestin rectum était percé en deux points; l’œsophage et le pharynx paraissaient être dans leur état naturel (3).
Osservarion IX.— L'enfant d’un peintre ayant avalé une dissolution de vert-de-gris, en mourut. À l'ouverture de son corps, on trouva l'estomac enflammé et très-épais dans sa substance , surtout vers le pylore, dont le contour était tellement gonflé que l’orifice en était presque oblitéré ; les intestins grêles étaient enflammés dans toute leur étendue et gangrenés en divers endroits, et même percés au point qu’une partie de la liqueur verdâtre qui était contenue dans le canal intestinal s'était épanchée dans Ja cavité du bas-ventre ; les gros intestins étaient distendus outre mesure dans quelques points, et très-rétrécis dans d’autres; mais le rectum était ulcéré dans toute sa surface interne , et percé en plusieurs endroits (4).
OrErvarion X. — M. L., ancien militaire, âgé de vingt-neuf ans, bien constitué, mais doué d’une imagination vive et irritable, était violemment épris d’une jeune personne. Des circonstances impérieuses s’opposant à leur union ; M. L. devint mélancolique et prit la résolution de se suicider. I avala une forte dose de poison, se coucha sur-le-champ et s’endormit ; des douleurs intolérables dans l'abdomen ne tardèrent pas à le réveiller. Il était couché sur le dos, la tête renversée en arrière; il s’agitait prodigieusement; il jetait par intervalles des cris aigus sans pouvoir parler, à cause
(1) Journ. de médecine, chirurgie et pharmacie, t, VE, observ. de M, Fabas, p. 552.
(2) Drouard , ouvrage cité, p. 74,
(3) Observations sur les effets des vapeurs méphitiques chez l’homme, par Portal, p. 436, année 1787,
(4) Portal, idem, p. 439,
de la contraction tétanique des mâchoires et du spasme de la gorges le ventre était dur, peu gonflé et singulièrement douloureux au toucher ; l’estomac de temps en temps faisait effort pour se contracter; le pouls était petit, concentré et cependant régulier; mais l’altération des traits du visage indiquait les angoisses du malade. Les mâchoires ayant été écartées avec force, on introduisit dans l’estomac une quantité considérable d’eau tiède et d’eau de guimauve; on lui donna aussi des lavements de même nature. M. L., revenu totalement à lui au bout de deux heures, avoua, après quelques difficultés, qu’il avait avalé une tablette de couleur contenant une forte dose de vert-de-gris. On continua le traitement pendant quelques heures; il eut un plein succès, et le malade se trouva rétabli en peu de jours. (Gazette de santé, 5 juillet 1820.)
Symptômes de l’empoisonnement par l’acétate de cuivre et le vert-de-gris.
Les accidents développés par ces toxiques se manifestent tout à COUP, ou plusieurs heures après leur ingestion. Dans ce dernier cas, ils sont produits par des aliments cuits dans des casseroles mal étamées , et ils ne se font sentir que lorsque déjà ces aliments sont à moitié digérés où complétement digérés; dans l’autre cas, les effets suivent de près l'introduclion du poison dans l’estomac, parce que, le plus ordinairement, ce toxique est donné dans un liquide alimentaire, et qu’il n’est pas retenu par des substances solides, dans lesquelles il serait uniformément disséminé.
Presque immédiatement après l’ingestion de l’un de ces sels, administré seul ou dans une boisson quelconque, on observe les symptômes suivants : saveur âcre, slyplique, métallique, cuivreuse; aridité et sécheresse de la langue et de toutes les parties de la bouche; sentiment de strangulation ; bientôt après, il y a des rapports cuivreux, des nausées el des vomissements opiniâtres ; puis le malade rend une quantité prodigieuse de salive, dans laquelle on peut constater la présence d'un composé cuivreux ; ce symptôme, que MM. Flandin et Danger ont donné comme nouveau ; en 1843, était décrit depuis un temps immémorial par les auteurs, sous le nom de crachotement continuel (voy. ma Toxicologie générale, 1"° édition, publiée en 1814). L’estomac ne tarde pas à être tiraillé, et il est souvent fort douloureux; le malade éprouve des coliques atroces ; les déjections alvines sont très-fréquentes, quelquefois sanguinolentes et noirâtres, avec ténesme et débilité; l'abdomen est ballonné et douloureux ; le pouls est petit, irrégulier, serré et fréquent; Ja chaleur de la peau, le plus souvent, n’est pas plus intense que dans l'état naturel ; il y a des sueurs froides, de l'anxiété précordiale, de la dyspnée et des syncopes ; le malade est tourmenté par une soif ardente, el il urine fort peu. Indépendamment de ces accidents, il survient une céphalalgie plus ou moins violente, des vertiges, de l'abattement, une
grande faiblesse dans les membres, des crampes et des convulsions ; quelquefois la gangrène s’empare des intestins, ce que l’on reconnaît à la cessation presque subite de la douleur, à la petilesse et à l’excessive faiblesse du pouls, qui est filiforme et imperceptible, à la fréquence des hoquets et à l’abondance des sueurs froides. Quelques heures suffisent pour amener la mort des malades. Parmi les symplômes que je viens de décrire, ceux que l’on remarque le plus généralement sont les vomissements et les coliques ; il peut même se faire qu’il ne s’en manifeste pas d’autres, si la dose du toxique avalé est faible.
Les effets produits par des casseroles mal étamées ressemblent beaucoup aux précédents, et cela doit être. Que s'est-il passé pendant que les aliments séjournaient dans une casserole en cuivre en-partie dépouillée de l’étamage que recouvrait celui-ci ? Le cuivre s’est oxydé , et, si les aliments contenaient de l’acide acétique, de l'acide oxalique, de l’acide citrique, etc., il a pu se former de l’acétate, de l’oxalate ou du citrale de cuivre; on voit donc qu’il n’est pas exact de dire que l’intoxication occasionnée par des aliments cuits dans des casseroles mal étamées soit toujours produite par du vert-de-gris, car elle peut être due aussi bien à de l’acétate qu’à de l’oxalate ou à du citrate de cuivre, voire même à de l’oxyde de ce métal; il est des cas où elle est le résultat de l’ingestion d’un savon cuivreuæ : que l’on fasse fondre, par exemple, du beurre dans une casserole en cuivre mal étamée, et qu’on la laisse refroidir, les parties de la casserole dans lesquelles le cuivre est mis à nu s’oxyderont , et bientôt après, les acides du beurre se combineront avec l’oxyde de cuivre pour former du margarate, du stéarate, du butyrate, du caprate, etc., d'oxyde de cuivre. Quoi qu’il en soit, huit, dix, douze ou quinze heures après avoir mangé des mets ainsi empoisonnés, les individus éprouvent une céphalalgie intense, de la faiblesse et des tremblements dans les membres, des crampes, des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements, des évacualions alvines, des sueurs abondantes, et ils rendent une quantité considérable de salive ; le pouls est petit, inégal, et très-fréquent. Ordinairement les malades se rétablissent s’ils ont été convenablement secourus, parce que les aliments ne renferment qu’une petite quantité d’oxyde de cuivre; il en serait autrement si la dose du sel cuivreux ou de l’oxyde de cuivre ingérée avait été très-forte. Dans tous les cas, les symplômes qui persistent le plus sont les douleurs à l’épigastre et les coliques.
Lésions de tissu produites par l’acétate de bioxyde de cuivre et par le vert-de-gris.
En ouvrant immédiatement après la mort les cadavres des chiens que j'avais empoisonnés avec l'un ou l'autre de ces sels et qui avaient
succombé une, trois où cinq heures après l’ingestion du toxique, j'ai remarqué que les muscles ne donnaient aucun signe de contractilités la membrane muqueuse de l'estomac, enduile d’une couche bleuâtre, contenait une portion de la matière ingérée; cette couche était dure, comme racornie, et lorsqu'on la raciait, on apercevait au-dessous la membrane muqueuse d’une couleur rouge ou rosée. La trachée-artère et les bronches étaient remplies d’une écume blanche ; les poumons étaient crépitants et présentaient quelques points rosés qui se délachaient sur un fond pâle. Le cœur ne battait plus: |
Chez l’homme on a vu le canal alimentaire distendu par une grande quantilé de gaz, l’estomac enflammé et très-épais dans sa substance, surtout vers le pylore; quelquefois le contour de cette ouverture était tellement gonflé, que celle-ci était presque oblitérée. Les intestins grèles étaient enflammés dans toute leur étendue et dans certains cas gangrenés el pércés en un ou en plusieurs points ; alors le liquide qu’ils renfer= maient s'était épanché dans la cavité de l’abdomen. Les gros intestins ont été trouvés distendus outre mesure dans quelques points et rétrécis dans d’autres. Le rectum a été quelquefois le siége d’ulcérations étendues et même de perforations. Laporte, chirurgien de Paris, a vu un homme tué en quelques heures par une boule de cire chargée de vert-de=gris qu'il avala par mégarde; son estomac offrit une eschare très-considé® rable (Encyclopédie méthodique, Médecine, 1. V, 1"° partie, p. 247).
Action de l’acétate de hioxyde de cuivre et du vert-de-gris sur l’économie » animale.
Il résulte des nombreuses expériences tentées par Drouard et par moi, et des observations recueillies chez l’homme :
1° Que ces composés sont absorbés, et qu’on peut constater leur présence dans le foie, dans la rate, dans les reins, elc., soit qu’ils aient été introduits dans le canal digesitf soit qu'on les ait appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané ou sur la peau ulcérée.
2° Qu'ils existent aussi dans le sang des animaux iniponiinl malgré l’assertion contraire de MM. Flandin et Danger, qui n’ont pas craint d'annoncer que les poisons avec lesquels on avait tué des animaux ne se trouvaient jamais dans le sang, el qui, à l'occasion des poisons cuivreux notamment, ont osé dire qu’on n’en découvrail pas dans le sang, à quelque époque de la maladie que l’on saignât les chiens, et alors même que l’on analyserait tout le sang que l'on pourrait recueillir après la mort des animaux empoisonnés.
3° Que Les accidents auxquels ils donnent naissance doivent être attribués à l’inflammation qu’ils développent dans les tissus du canal digestif, et surlout à l'action qu'ils exercent, après avoir été absorbés, sur le
DU VERT-DE-GRIS. 791 système nerveux, et probablement aussi sur les organes de la circulation | et de la respiration.
4° Que l’acétate de bioxyde de cuivre exerce une action plus énergique que Le vert-de-gris.
Élimination des sels de cuivre.
Il résulte des recherches faites par mon neveu, le D' [.-L. Orfila: 1° qu’en administrant à des chiens, pendant, quinze jours , des aliments contenant 15 milligrammes de sulfate de cuivre, on trouve encore du cuivre dans leurs foies, dans leurs estomacs et dans leurs poumons, soixante jours après que les animaux ont cessé de prendre le sel cuivreux; 2° qu'en donnant pendant soixante-quinze jours des aliments mêlés avec la même dose de sulfate de cuivre, on découvre ce métal dans les organes précilés, soixante dix-sept jours après la cessation de la nourriture cuivreuse; 3° que l'urine de ces chiens n’a fourni du cuivre que dans les vingt-quatre heures qui ont suivi l'administration, ét encore n’en a-t-on pas retiré constamment.
Traitement de l’empoisonnement par le vert-de-gris.
Existe-t-il quelque contre-poison du vert-de-gris ?
Sulfures. Navier, dans son ouvrage sur les contre-poisons, préconise les polysulfures de potassium, de calcium et de fer, comme devant décomposer et transformer le vert-de-gris en sulfure de cuivre insoluble. Drouard a tenté des expériences dont les résultats infirment lassertion de Navier.
«Trop irritants par eux-mêmes, ces sulfures ajoutent aux dangers que l'on veut combattre, et quoiqu’ils produisent en effet la décomposition qu'on en attendait, le précipité conserve encore assez de propriétés vénéneuses pour produire les accidents les plus fâcheux, et même la mort» ({).
Exrérienog l°, — Drouard injecta dans l’estomac d’un chien assez fort, qui venait d’avaler 75 centigrammes de vett-de-gris, 120 grammes de dissolution de sulfure de potassium ; au bout d’un quart d'heure, l’animal fit des efforts pour vomir, et rendit quelques mucosités brunâtres : il mourut trente heures après. La membrane muqueuse de l’estomac était violemment enflammée dans certains points, et presque gangrenée dans d’autres.
Expérience II. — La même dose de sulfure de potassium fut injectée dans l'estomac d’un chien auquel on avait fait prendre, peu d’instants auparavant, la même quantité de vert-de-gris mêlé avec des aliments; l’animal fit également des efforts pour vomir ; il évacua une matière liquide,
(1) Drouart, ouvrage cité, p. 40:
noire et mélée de vert, et périt trente-quatre heures après l’ingestion du poison. A l'ouverture du cadavre, on trouva l'estomac et le duodénum enflammés ; les intestins grêles offraient des ecchymoses.
Expérience II, — Soixante-quinze centigrammes de vert-de-gris furent traités par l’eau ; le liquide résultant, mêlé avec une dissolution de sulfure de potassium, fut injecté dans l’estomac d’un chien assez fort. Mêmes efforts pour vomir, et mort dans le même espace de temps.
Expérience IV. — Les autres sulfures alcalins fournirent des’ résultats analogues.
Alcalis. Ils ne peuvent pas non plus être considérés comme des moyens capables de neutraliser l'action du vert-de-gris sur l'économie animale; ils jouissent, à la vérité, de la faculté de décomposer ce sel, maïs l’'oxyde de cuivre qui provient de cette décomposition est doué des pro= priétés délétères les plus énergiques. Tous les animaux auxquels j'ai fait prendre ces alcalis mélés avec le vert-de-gris sont morts dans un espace de temps très-court.
Infusion de noix de galle. Gette infusion, conseillée par Ghansarel dans l’empoisonnement par le vert-de-gris, n’offre aucun des avantages des antidotes.
Sucre. On a cru pendant longtemps que le sucre était Le contre-poison" du vert-de-gris. Marcelin Duval, après avoir rapproché plusieurs faits, conclut «que le sucre et ses préparations sont spécifiques du vert-de= gris.» Je vais faire connaitre les principaux faits qui l’ont porté à tirer cette conclusion.
1° Gallet, ex-pharmacien en chef des armées, fut empoisonné parle vert-de-gris ; il eut des vomissements, des coliques, et d’autres symptômes fâcheux. L’eau sucrée et le sucre solide, pris en grande quantité, firent cesser les accidents. Le lendemain , il eut vingt-deux selles, et il fut complétement guéri. k
2 Duval introduisit dans l'estomac d’un chien, à l’aide d’une sonde de gomme élastique , une dissolution de 16 grammes d’oxyde de cuivre dans l'acide acétique. Quelques minutes après, il fit une injection de 128 gram. d’eau saturée de sucre ; il la répéta à chaque demi-heure, et il employa ainsi 384 grammes de sirop commun : l'animal éprouva des frissons et quelques mouvements convulsifs. La dernière injection fut suivie d’un calme parfait; il s’'endormit, et ne donna depuis aucun signe d’incommodité.
3° D‘**, canonnier d'artillerie de marine, commit quelque faute qui le porta à préférer le suicide à la peine que lui réservaient les lois militaires. Le 5 ventôse an XII, à quatre heures après midi, il avala d’un seul trait 48 grammes d'oxyde de cuivre acéteux dans 128 grammes d’eau. Il ressentit, quelques instants après, une douleur vive et déchirante à l'épigastre. Il était très-agité, et se refusait opiniätrement à tout secours. Ses chefs le firent transporter à l’hospice principal. D‘‘* délirait, eut des fai-
blesses et des convulsions ; les membres et le tronc se roïdissaient, les màchoires étaient serrées ; tout annonçait le danger le plus imminent. Duret lui fit prendre un verre d'eau sucrée: des vomissements succédèrent ; les matières rendues étaient saturées de vert-de-gris. On continua la même boisson sous forme sirupeuse, pour ne pas surcharger l'estomac. Une heure s'était à peine écoulée depuis emploi commencé de ce moyen, que la scène changea de face. Tous les spectateurs, qui désespéraient de ce jeune homme, virent les symptômes les plus alarmants s’éclipser peu à peu. Trois heures après, il ne se plaignit plus que d’une soif ardente, d’une certaine gêne dans la déglutition , et de quelques coliques ; le pouls était développé. Même boisson pendant la nuit. Le lendemain, symptômes d'une fièvre angioténique : le pouls fréquent, dur ; tension douloureuse de l’abdomen , constipation opiniâtre. Les prescriptions du jour furent la même boisson sucrée, des lavements émollients. Le surlendemain, léger météorisme du ventre, céphalalgie, esquinancie pharyngienne, dureté du pouls, chaleur à la peau. Aux prescriptions de la veille, on ajouta une saignée. Le troisième jour, cessation des accidents. IL y eut une détente générale, sueurs, selles et urines copieuses. La convalescence fut courte et heureuse.
4° Le 21 frimaire an XII, on servit à l’état-major de la goëlette la Fine un potage au riz, fait dans une casserole de cuivre mal étamée, et qu'on y avait laissé pendant quelques heures. Bientôt deux officiers se plaignirent de douleurs déchirantes au creux de l'estomac, de coliques intestinales, et eurent des vomissements violents, accidents qui s’évanouirent par l'usage du sucre et de l’eau sucrée. L’officier de santé et l'agent comptable éprouvèrent des coliques atroces. Ils burent du sirop, et ne tardèrent pas à ressentir un calme parfait; ils eurent une grande quantité de selles (1).
Il n’a semblé utile de tenter quelques expériences pour déterminer si les avantages obtenus avec l’eau sucrée dépendaient du sucre ou du liquide dans lequel il est dissous.
Exrérence le. — J'ai donné à un gros chien 75 centigrammes de verdet pulvérisé et incorporé dans de la mie de pain; deux minutes après, je lui ai fait prendre 64 grammes de sucre blanc en poudre ; au bout d’un quart d'heure, l'animal a poussé des cris plaintifs, qui ont cessé de suite, mais qui ont recommencé au bout de huit minutes. Quelques heures après, l’animal paraissait fort bien portant. Le lendemain, il était très-gai et très-agile, et s’est échappé sans qu’on ait pu le saisir.
Exvémence IL. — J'ai fait avaler à un autre chien assez robuste 60 centigram. de verdet pulvérisé, et immédiatement après, je lui ai donné 64 gram. de cassonade; au bout de dix minutes, vomissements de mucosités vertes et blanches peu abondantes, cris plaintifs, nouveaux vomissements de malières vertes, mouvements convulsifs de tous les muscles, sauts brusques,
rod ia 4 VOIE SAS TRE RE ES VECIE E MOMNTS (1) Marcelin Duval , ouvrage cité , p. 33.
selles verdtres, grands efforts pour vomir, mais sans succès. Vingt-quatre heures après , l’animal était très-bien portant, et s’est échappé comme l'autre. |
Exvérence IL. — J'ai fait manger à un chien 64 grammes de foie dans lequel j'avais mis 1 gramme 25 centigrammes de vert-de-gris parfaitement pulvérisé ; immédiatement après, je Jui ai fait prendre 192 grammes de cassonade en poudre : l'animal n’a donné, pendant les deux premières heures, aucun signe de douleur; mais tout à coup, il a été pris de vomissements de matières vertes, assez abondantes, rendues sans effort; ces vomissements ont cessé au bout de dix minutes ; l’animal s’est couché, il a eu deux selles, et le lendemain matin, il était presque rétabli. Deux jours après, j'ai commencé à le nourrir avec du lait, et il a été parfaitement guéri dans l’espace de six jours. |
Expérience IV. — Un quatrième chien, de taille moyenne, et déjà affaibli par. une autre expérience, a pris 75 centigrammes de verdet : immédiatement après, Je lui ai fait avaler 64 grammes de cassonade en poudre : wo missement de matières jaunâtres, cris plaintifs; et au bout de vingt minutes, nouveaux vomissements de matières épaisses, couleur de verdet. Le Jéhdemain, l'animal était en bonne santé.
Exrérnce V. — Soixante -quinze centigrammes de vert-de-gris fürént: traités par l’eau bouillante, et mêlés avec 192 grammes d’eau chargée de sucre; on introduisit le Hébtigé dans l’estomac d’un chien, et on lia l'œ LéHABE L'animal éprouva tous les symptômes de l'étépoisbtiiernents et périt au bout de neuf heures. Le canal digestif offrait une inflammation étendue, en tout semblable à celle qu’aurait produite le vert-de-gris sl eût été administré seul. On fit l'analyse du liquide contenu dans l’estomat, ét on s’assura que le sel de cuivre n'avait pas été décomposé , car il prétipitait abondamment en noir par l'acide sulfhydrique , et en brun-marron par le cyanure jaune de potassium et de fer. Gette expérience fut répétée six fois, et offrit les mêmes résultats.
Exrérence VI. — On fit manger à un chien robuste 250 grammes de sucre brut (cassonade); immédiatement après, on introduisit dans l’estomac 75 centigrammes de verdet dissous dans 128 grammes d’eau fortement sucrée; l’œsophage fut lié. Une heure après, l'animal éprouvait déjà des symptômes de l'empoisonnement ; on lui fit prendre 192 grammes desucre dissous dans l’eau ; les symptômes acquirent plus d'intensité, et la mort eut lieu deux heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’estomac et le rectum étaient fortement enflammés ; et le sel cuivreux n’avait pas été décomposé. Gette expérience fut répétée cinq fois, et fournit des résultats analogues.
Exrérexce VIL — Convaineu par les faits qui précèdent que le sucre ne pouvait être regardé comme l’antidote du vert-de-gris, je voulus savoir si son administration ne serait pas utile pour calmer l’irritation produite par ce sel: à cet effet, je fis prendre à plusieurs animaux depuis 40 jusqu'à 60 centigrammes de vert-de-gris, et je leur Jaissai la faculté de vomir; quelques-uns d’entre eux furent négligés et périrent, Je donnai à d'autres
uñe grande quantité de sucre et d’eau sucrée, divisée en plusieurs doses souvent réitérées, et j'en obtins dé très-bons effets.
. Il résulte de ces expériences :
…. 1° Que le sucre ne décompose pas, au moins complétement, le vertde-gris qui a été introduit dans l’estomac, qu’il ne l'empêche pas d'agir comme toxique, et par conséquent qu'il n’est pas son contre-poison ;
. 2° Qu'il est utile pour calmer lirritation développée par ce poison, lorsque celui-ci a été préalablement expulsé par le vomissement ;
. 3° Que les différents cas de guérison de cet empoisonnement qui ont fait donner au sucre le titre de spécifique s'expliquent naturellement, en faisant attention que le vert-de-gris avait été vomi ou qu'il avait été pris en très-petite quantité.
Albumine. Les avantages réels que l’albumine m'avait offerts pour s’opposer aux effets du sublimé corrosif, et la grande facilité avec laquelle cette substance animale se combine avec le vert-de-gris, même à la température ordinaire, m’engagèrent à tenter de nouvelles expériences, qui furent suivies du plus grand succès.
Expérience VIII. — On détacha et perça d’un trou l’œsophage d’un chien robuste et de moyenne taille; on introduisit dans l'estomac 2 grammes de vert-de-gris dissous dans 90 grammes d’eau bouillante et mêlés à six blancs d'œuf parfaitement délayés dans 240 grammes d’eau ; l’œsophage fut lié. Au bout de cinq heures, l'animal eut plusieurs selles muqueuses, mêlées d’une matière d’un blanc verdâtre , que l’on reconnut être le précipité formé par l’albumine et par le sel métallique. Au bout de cinq heures, nouvelles selles. Cinq jours après l'opération, l'animal n’avait éprouvé aucun phénomène remarquable ; il était un peu abattu. L’abattement augmenta les deux jours suivants, et la mort eut lieu le septième jour. À l'ouverture du cadavre , faite le lendemain, il fut impossible de découvrir la moindre trace d’altération dans le canal digestif, Cette expérience, répétée huit fois avec des doses de vert-de-pris qui variaient depuis 1 gramme {/, jusqu’à 2 gramimes, fournit constamment les mêmes résultats. Il en fut de même lorsqu'on introduisit d’abord Ja dissolution métallique, et, une ou deux minutes après, celle d’albumine : dans ce cas, les animaux firent des efforts pour vomir. Il est évident que cette dose de vert-de-gris, administrée seule, aurait du déterminer la mort au bout d’une ou deux heures, et que l'estomac se serait trouvé fortement enflammé : d’où l’on doit conclure que le vert-de-gris s’est combiné avec l’albumine, et que le blanc d'œuf est un
de ses contre-poisons.
M. le docteur Postel n’adopte pas ces conclusions; il commence par établir qu'il a été prouvé par M. Girardin de Rouen, «que le sucre décompose le verdet et le vert-de-gris, non-seulement à la température de l'ébullition , mais encore à la température de 30° cenligr.; que celts
décomposition est plus ou moins rapide, selon la concentration desli= quides, et que, dans l’un ou l’autre cas, les sels sont réduits à l'état de protoxyde.» Il rapporte ensuite quelques expériences qu’il a tentées sur les animaux vivants, et qui lui font croire que le sucre exerce une action analogue dans l’estomac, puisque les animaux auxquels on l’administre résistent un laps de temps beaucoup plus considérable que dans les cas contraires, et que les altérations observées après la mort sont loin d’être en rapport avec celles que l’on trouve ordinairement après les empoisonnements causés par les préparations cuivreuses. En conséquence, il range le sucre parmi les antidotes du vert-de-gris et du verdet. (Thèse soutenue à la Faculté de médecine de Paris, le 25 août1832:)
Il est aisé de voir que le travail de M. Postel est insuffisant pour justifier une pareille conclusion ; en effet, dans une première série d’expériences, trois chiens sont empoisonnés par 4 grammes de vert-de-gnis, et on leur laisse la faculté de vomir ; ils vomissent une fois, peu de temps après l’ingestion du poison ; on leur donne une grande quantité d’eau saturée de cassonade, -et ils ont encore quelques vomissements et quelques selles. Deux de ces animaux se rétablirent, et le troisième succomba. L’'estomac de ce dernier était fortement enflammé, et présentait quelques légères ulcérations. Il est à regretter que M. Postel n'ait pas porté son attention sur la nature du composé cuivreux qui pouvait rester dans le canal digeslif de cet animal; le vert-de-gris avait-il été décomposé et transformé en protoxyde de cuivre? Le silence que garde l'auteur à cet égard tend à faire croire qu’il n’en est rien, car il aurait été frappé par la présence d’une poudre rougeâtre dans l'estomac où dans les intestins.
Sur trois animaux empoisonnés de même et traités par l’eau albumineuse , deux périrent après avoir vomi , et l’autre fut guéri; l'estomac de ceux qui succombèrent était enflammé et ulcéré. M. Posiel a conclu de là que le terme moyen de la mortalité pour les chiens auxquels on administre du sucre est d’un tiers, et de ceux auxquels on donne de l'albumine de deux tiers. Mais, indépendamment de ce que les essais n'ont pas élé assez multipliés pour autoriser une pareille conclusion, comment ne s’est-on pas inquiété de savoir combien de fois chacun de ces chiens avait vomi, combien ils avaient eu de selles, et surtout à quelle époque ces évacuations avaient eu lieu ? N’est-il pas évident que si les deux chiens traités par l’albumine ont eu des évacuations moins fréquentes et plus tardives que ceux qui avaient pris du sucre, les résullats signalés ne signifient plus rien ? |
Dans une autre série d'expériences, après avoir empoisonné des chiens avec { gramme 60 centigrammes de verdet cristallisé, dissous dans 60 grammes d’eau, M. Postel leur a donné de la cassonade délayée dans
DU VERT-DE-GRIS, 797 Veau ou de l’albumine (blanc d'œuf) ; puis il a lié l’œsophage. Les animaux {raités par le sucre ont eu deux selles faiblement colorées en bleu, etsont morts au bout de trois heures. L’æœsophage présente les symptômes de l’inflammation la plus violente ; l'estomac, légèrement phlogosé, contient une assez grande quantité de liquide d’une teinte verte. Ici on ne dit pas encore que l’on ait trouvé du protoxyde de cuivre rouge dans le canal digestif. Les chiens traités par l’albumine ont quelques selles moins colorées en bleu que celles des animaux auxquels on avait administré du sucre; ils ne meurent qu’au bout de cinq heures. L’œsophage, ainsi que le grand cul-de-sac de l'estomac, sont rouges et fortement
“enflammés. On voit évidemment que dans cette deuxième série d’expériences le sucre n’agit pas comme antidote, et qu’il a un désavantage marqué sur l’albumine. Or, pour quiconque s’est livré à des travaux de ce genre, il restera démontré que les résultats sur les propriétés neutralisantes des corps médicamenteux n’ont de valeur qu’autant que l’on empêche les animaux de vomir. (Ibid., p. 14 et suivantes.)
J'ai cru devoir tenter de nouvelles recherches pour être à même de mieux juger les asserlions émises par M. Postel, quoique je fusse convaincu d'avance que les résullals annoncés par lui n'avaient aucune portée.
Exrérience IX. — J'ai plusieurs fois administré à des chiens à jeun, à l’aide d’une sonde de gomme élastique, 50 ou 60 centigrammes d’acétate de cuivre dissous dans 80 grammes d’eau et mélangés avec 250 grammes d’eau sucrée, tellement chargée de sucre qu’elle ressemblait à du sirop légèrement étendu d’eau ; immédiatement après, j'ai lié l'œsophage sans le percer : les animaux ont fait des efforts pour vomir et ont eu quelquefois des selles, comme s'ils eussent pris de l’acétate de cuivre sans addition de sucre. Six ou sept heures après l’empoisonnement , j'ai délié l'œsophage, afin de laisser aux chiens la faculté de vomir et de boire ; quelquefois il y a eu des vomissements, mais constamment les animaux sont morts douze, quinze ou seize heures après l’ingestion du sel cuivreux. En examinant aussi attentivement que possible l’intérieur du canal digestif, j’ai reconnu que l'estomac, ainsi que le duodénum, la fin de l'iléum et du rectum, étaient enflanvmés ; que la phlogose était intense dans l'estomac, et qu'il w’existait sur la surface du canal digestif aucune trace de protoxyde de cuivre visible à l'œil nu; j'ai voulu savoir si par hasard les mucosités qui tapissaient ce canal n’auraient pas été intimement mélées avec ce protoxyde, qui y aurait été comme suspendu ; j'ai en conséquence lavé, à plusieurs reprises, avec de l’eau distillée, l'intérieur de tout le tube digestif, et j'ai placé le liquide mucoso-sanguinolent et trouble dans un grand vase de verre: le lendemain, j'ai décanté et filtré le liquide, et après avoir bien Javé le dépôt, je me suis assuré qu’il ne contenait aucune parcelle de protoxæyde de cuivre. La liqueur filtrée, de couleur rosée , évaporée jusqu'à siccité, a donné un produit que j'ai carbonisé par l'acide azotique pur et
concentré ; le charbon, traité par l’eau régale bouillante, a fourni un liquide que j'ai chauffé presque jusqu? à ce qu'il fût desséché ; en versant de l'eau sur le produit et en filtrant, j'ai obtenu une liquéun contenant une 1ee portion variable, mais en général faible, d’acétate de cuivre. û
Exrértence X, — Dans d’autres expériences, au lieu d’administrer 50 centigram. d’acétate de cuivre, je n’en donnais que 40 dissous dans 80 gram, d’eau et mêlés avec 300 grammes d’eau saturée de sucre, tenant en outre beaucoup de sucre en suspension; du reste les expériences étaient faites de la même manière. Les animaux succombaïient tous au bout de quinze ou de dix-huit heures, avant que l’œsophage eût été délié. À l'ouverture des cadavres, je trouvais l'estomac fortement enflammé, et je n’apercevais aucune trace de protoxyde de cuivre, ni au milieu des matières alimentaires contenues dans le canal digestif, s à la surface interne de celui-ci.
Expérience XI. — En même temps que j'administrais à des chiens de l’acétate de cuivre mêlé à une énorme proportion de sucre, j'injectais dans l'estomac d'autres chiens, en général plus faibles que les précédents: 50 ou 75 centigrammes d’acétate de cuivre dissous dans 80 grammes d’eau puis immédiatement après j'introduisais dans l’estomac, toujours à l’aide de la sonde, quatre blanes d'œufs délayés dans 250 grammes d’eau ; aussitôt après l'œsophage était lié sans le percer. Les animaux ne Éiérènt pas, ni à beaucoup près, autant d'efforts pour vomir que ceux qui avaient pris du sucre, et ils avaient des selles moins nombreuses. Six, douze ou seize heures après l'empoisonnement, je déliais l’œsophage, et la mort ne Ssurvenait en général que quatre, cinq ou six jours après l’empoisonnement: Quelquefois même les animaux ne périssaient pas. L'estomac était à peine enflammé, et les intestins dans l’état naturel.
En présence de pareils faits et de ceux que j'avais déjà publiés dans les précédentes éditions, on est vraiment élonné que M. Postel ait pu avancer que le sucre est le conire-poison des sels de cuivre, et qu’il faut le préférer à l’albumine dans le traitement de l’ empoisonnemeré par ces sels !f]
Cyanure jaune de potassium et de fer. — Expérience XII. — J'ai aussi fait des expériences avec ce sel, qui jouit de la propriété de décomposer sur-le-champ les préparations cuivreuses : les résultats ont été les mêmes qu'avec l’albumine; mais, comme ce cyanure n’est pas à la portée de tout le monde, et qu'il air occasionner des vertiges étant administré à forte dose, je conseille de préférence le blanc d'œuf délayé dans l'eau.
Limaille de fer. Cette limaille a été proposée pour décomposer les sels de cuivre; je ne crois pas devoir conseiller son emploi, parce qu'on ne l’a pas facilement sous la main, et que d’ailleurs elle agit en transformant le sel de cuivre en un sel de fer, dont les propriétés toxiques sont incontestables,
Le premier soin du médecin appelé pour secourir les individus eme
poisonnés depuis peu de temps par le vert-de-gris ou par tout autre sel cuivreux soluble, est de rechercher à neutraliser le poison par l’albumine dissoute dans l’eau, administrée à plusieurs reprises et en assez grande quantité; par ce moyen, l’action délétère du poison se trouve énervée et l'estomac rempli de ce liquide, circonstance qui favorise beaucoup le vomissement(1). Si cependant onne peutse procurer facilement de l’albumine, il faut gorger les malades d’eau tiède et même d’eau froide, ou bien de décoctions émollientes, de bouillon léger, et de tous les liquides adoucissants ; il faut en même temps tililler la luette avec les doigts ou avec une plume, Si, malgré l'emploi de ces moyens, le vomissement n’a pas lieu, on peut avoir recours à l’eau émétisée, pourvu que les douleurs d'estomac ne soient pas très-violentes; car, dans ce cas, il serait imprudent d'introduire dans ce viscère des médicaments irrilants. Jeanroy a employé le tartre stibié avec succès chez les individus qui font le sujet de l'observation 3, p. 784.
La sonde de gomme élastique de Renault et Dupuytren devra ètre mise en usage dans le cas où le vomissement ne serait pas provoqué par l'emploi des substances que je viens d'indiquer (voyez la description de cet instrument, p. 30).
Le vinaigre, dit-on , a été quelquefois utile en favorisant le vomisse= ment ; l'observation 6, p. 786, rapportée {par M. Fabas, semble déposer en sa faveur ; cependant, comme cet acide n’occasionne pas toujours le vomissement, et que, par son séjour dans l'estomac, il augmente l’action vénéneuse du vert-de-gris , je crois qu’il doit être rejeté dans le trailement qui m'occupe (2).
Si le poison a été avalé depuis longtemps, s’il est déjà dans le canal intestinal, si le malade a vomi beaucoup, et qu'il soit en proie à des coliques violentes , il faut s'abstenir de provoquer de nouveau le vomissement , qui serait inutile et même dangereux; les lavements émollients, les boissons adoucissantes mucilagineuses el huileuses, doivent être mis en usage et continués jusqu’à ce que les principaux accidents soient calmés. L'eau laiteuse doit occuper le premier rang parmi les médicaments de cette espèce, malgré l'opinion de Drouard, qui prétend que l’on doit la rejeter, parce qu’elle se décompose promptement dans l'estomac , et qu’elle forme un coagulum solide et irritant ; on conçoit
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(1) Tous les sels cuivreux solubles se combinent avec l’albumine.
(2) En effet, le vinaigre transforme le vert-de-gris en acétate de cuivre $0luble dont l'action délétère est très-énergique, Tous les animaux auxquels Drouard a fait prendre du vinaigre, après leur avoir donné du vert-de-gris, sont morts dans un espace de temps très-Court , et à l'ouverture, on a trouvé leur estomac contracté et enduit d’une couche visqueuse verdâtre ; la membrane muqueusg était d’un rouge brun, |
difficilement que cette masse acquière assez de dureté pour agir comme | irritant, et qu’elle ne puisse pas être dissoute par les sucs de l'estomac. | Les sangsues, la saignée, les bains, les demi-bains , les fomentalions émollientes , etc. : tels sont les moyens auxquels le praticien doit avoir recours dans le cas où l’inflammation des viscères abdominaux se serait développée. Les narcotiques et les antispasmodiques doivent être employés pour remédier aux différents symptômes nerveux, tels que le
spasme el les convulsions.
Recherches médico-légales, xD
De l’acétate de cuivre neutre (cristaux de Vénus, verdet cristallisé). L’acétate de cuivre cristallise en rhomboïdes d’un vert foncé, d’une saveur styptique; il est efflorescent et soluble dans l’eau. Si, après lavoir pulvérisé, on le traite par l’acide sulfurique concentré et quelques goulles d’eau, il répand une forte odeur de vinaigre (acide acétique) et laisse du sulfate de cuivre; si on le chauffe dans un petit tube de verre, il décrépite, se décompose, et fournit, entre autres produits volatils, de l'acide acétique ; il reste du cuivre métallique au fond du tube.
Dissolution aqueuse concentrée. Elle est bleue, et précipite en brun noirâtre par l’acide sulfhydrique (sulfure de cuivre), en bleu par la po= tasse et la soude (bioxyde hydraté), en vert par l’arsénite de potasse (arsénite de cuivre); ce précipité, se dissolvant très-bien dans quelques gouttes d'acide acétique concentré, ne se manifesterait pas si l’acétale était acide. L’acétate de cuivre précipite en rouge brun par le cyanure jaune de potassium et de fer (cyanure de cuivre et de fer); une lame de fer bien décapée, plongée dans cette dissolution, se récouvre, à l’instant même, d’une couche de cuivre, si l’on a ajouté préalablement quelques gouttes d'acide chlorhydrique. On en dégage de l’acide acétique, en la traitant par l’acide sulfurique concentré.
Dissolution très-étendue incolore ou presque incolore. L'ammoniaque la bleuit et forme de l’acétate ammoniaco-cuivreux ; le cyanure jaune de potassium et de fer la rougit ; la lame de fer en sépare du cuivre, si la liqueur a été légèrement, acidulée. Désirant connaître jusqu’à quel point celte lame et le cyanure étaient sensibles pour déceler les plus minimes quantités de cette dissolution, j’ai préparé une liqueur avec 50 grammes d’eau et un seizième de goutte d’une dissolution concentrée d’acétate de cuivre; cette liqueur à été partagée en deux parties égales A et B. La moitié À s’est à peine colorée en rose pâle par le eyanure de potassium et n’a donné aucun précipité, même au bout de vingt-quatre heures ; alors je l'ai évaporée jusqu’à siccité et j'ai obtenu un résidu à peine visible, dont la couleur grise claire, tirant un peu au rose excessivement pâle, ne permettait pas même de soupconner qu’il contint du
cyanure de cuivre et de fer. La portion B, réduite par l’évaporation à 1 gramme environ, a été acidulée par une goutte d’acide chlorhydrique ; on y a plongé une lame de fer parfaitement décapée, et au bout de vingiquatre heures, il y avait du cuivre déposé sur cette lame. La lame de fer : doit donc être préférée au cyanure de potassium , d’abord parce qu’elle sépare le cuivre, tandis que le cyanure ne donne qu’une coloration rouge ou rosée que l’on pourrait confondre avec des nuances analogues fournies par d’autres réactions, et ensuite parce qu’elle est au moins aussi sensible que le cyanure ; et si M. Devergie dit que le fer s’arrête à “une liqueur au 6,000° quand le cyanure peut déceler un 80,000°, c’est qu’il n'a pas bien opéré; s’il eût concentré la dissolution cuivreuse, il aurait vu qu’au bout de quelques heures la lame de fer se recouvrait de cuivre là où il n’en a pas aperçu. °
Si l'on veut découvrir Les plus légères traces de cuivre dissous, on suspendra, à l’aide d’un cheveu, la moitié d’une aiguille fine au milieu du liquide préalablement acidulé par l'acide chlorhydrique (6 gouttes d'acide pur pour 250 grammes de liquide); en abandonnant cet appareil sous une cloche pendant deux ou trois jours, l'aiguille se recouvre de cuivre. La sensibilité de cet agent est telle, que l’on décèle du cuivre dans du vin, du cidre, de la mélasse, etc., quoique ces matières ne soient pas nuisibles à la santé, et alors qu'aucun autre réactif ne peut démontrer la présence du métal. M. Bouligny s’est demandé, à cette occasion, quelle était la quantité de cuivre qu’il fallait trouver dans une analyse médico-légale pour déclarer qu’il y a eu empoisonnement. J'ai examiné celte question en parlant du cuivre dit normal (p. 774).
Il importe, lorsqu'on cherche à déceler des atomes d’un sel cuivreux, ‘de ne plonger la lame de fer ou laiguille que dans des liqueurs peu acides, et il est préférable d’aciduler ces liqueurs avec l'acide chlorhydrique. L'expérience suivante ne laisse aucun doute à cet égard. Jai versé six gouttes d’une dissolution concentrée d’acétate de cuivre dans 48 grammes d’eau ; le mélange, partagé en six parties égales, a été placé dans six verres; chacun des liquides a été acidulé : le n° 4 par une goutte d'acide sulfurique, le n° 2 par quatre gouttes, le n° 3 par huit, le n° 4 par douze, le n° 5 par vingt gouttes du même acide, le n°6 par soixante gouttes d'acide chlorhydrique. Six lames de fer parfaitement décäpées, plongées dans les six liqueurs, n’ont pas tardé à se recouvrir de cuivre rouge. Partout où l'acide était en proportion sensible, il se dégageait du gaz hydrogène ; ce dégagement était assez rapide dans la liqueur n° 5. Au bout de trois ou quatre heures, on voyait au fond des liqueurs les plus acides du cuivre en limaille, et alors la lame de fer noircissait en se recouvrant d'oxyde noir de fer. Le lendemain, la lame plongée dans la liqueur n° 5 était noire et fortement dé aisé dans les
ne1,2. 3.0 4, on apercevait encore çà et là quelques portions rouge4tres entourées d'oxyde noir de fer. La lame mise en contact avec l'acide chlorhydrique était la seule qui fût recouverte dans presque toute son étendue d’une couche de cuivre rouge, quoique déjà elle offrit çà.et là quelques points noirs.
La dissolution très-étendue d’acélate de cuivre ne donne point d'acide acélique par l'acide sulfurique, et si l’on évapore la dissolution pour la concentrer, une partie de l’acide acétique se dégage ; en sorte qu'il est difficile de constater la présence de l’acide qui constilue ce sel, à moins que l'on n’opère sur le sous-acétale de cuivre qui se produit pendant l’évaporation.
Acétate de cuivre mélé à des matières organiques (voy. Vert-de-gris artificiel).
Vert-de-gris artificiel. Il est composé d’acétate de cuivre neutre el de bioxyde de cuivre; on peut donc le considérer comme un sous-acétate de cuivre; il contient en outre , à l’état de mélange, du cuivre métalli= que, des rafles de raisin, et die corps étrangers.
Vert-de-gris solide. IL est vert bleuâtre, composé d’une multitude de petits cristaux soyeux et argentins. Chauffé dans un petit tube de verres il donne du cuivre métallique fixe et tous les produits que fournissent les matières végétales traitées par la chaleur. L’acide sulfurique con centré le décompose avec effervescence, et en dégage des vapeurs d'a= cide acétique, recounaissable à son odeur. L'eau bouillante ne le dissout qu’en partie. La dissolution renferme de l’acétate de bioxyde de cuivres tandis que le résidu, d’un brun plus ou moins foncé, contient les autres principes du vert- bre
Caractères de la dissolution concentrée et affaiblie. Ils sont les mêmes que ceux de l’acétate de cuivre (voy. p. 800).
Késidu insoluble dans l’eau. L’acide sulfurique, moyennement étendu, dissout à froid le bioxyde de cuivre qu’il renferme, et donne du sulfate de cuivre. Si l’on verse de l’acide azotique sur la portion non dissoute par l'acide sulfurique, le cuivre métallique est attaqué, et l’on oblient de l’azotate de cuivre; il ne reste alors que les rafles de raisin et les autres impuretés. 4
Dissolution aqueuse de vert-de-gris (acétate de bioxyde de cuivre neutre) mélé à des liquides alimentaires ou médicamenteux, à la matière des vomissements, ou bien faisant partie des matières trouvées dans le canal digestif. Le vin, la dissolution de gélatine et le bouillon, ne sont pas ordinairement troublés par ce sel; tandis qu’il précipite V'albumine, le {hé , et souvent la matière des vomissements. Jai démon tré que le précipité obtenu en coagulant par le feu une dissolulion aqueuse d’albumine préalablement mélangé avec un décigramme d’acés
4 re 9
DU VERT-DE-GRIS. | 803 tate de cuivre est légèrement soluble dans l’eau bouillante (voy. mon mémoire sur l’empoisonnement par les sels cuivreux, t. VIII des Mémotres de l’ Académie de médecine ),. | … Premier cas. — Le sel n’a point été précipité par le liquide alimentaire et al est en dissolution. Au lieu de perdre une portion de la liqueur, en l'essayant par Les réactifs propres à faire reconnaitre l’acétate de bioxyde decuivre, on la fera traverser par un courant de gaz acide sulfhydrique, qui y déterminera un précipité brun noirâtre de sulfure de cuivre, lequel se déposera au bout d’un certain temps ; ce précipité, bien lavé sur un “filtre, après avoir été desséché, sera traité à une douce chaleur, dans une capsule de porcelaine, par deux fois son poids d'acide azotique pur et
concentré, qui le transformera aussitôt en sulfate de bioxyde de cuivre,
en dégageant de l’acide hypoazotique ; on évaporera jusqu’à siccité, et l’on traitera le sulfate desséché et privé de toute matière organique par de l’eau distillée bouillante, qui le dissoudra; il sera facile de le reconnaitre.
Si le mélange alimentaire dont je parle, quoique contenant de l’acé-
tale de bioxyde de cuivre en dissolution, élait épais, visqueux , el que par cela même on püt craindre que le sel cuivreux ne fût point précipité par l'acide sulfhydrique, il faudrait, avant de le faire traverser par ce gaz, le chauffer jusqu’à la température de l'ébullition, pour coaguler une portion de la matière animale ; quelquefois même il pourrait être nécessaire, après avoir filtré la liqueur qui surnagerait le coagulum, de précipiter une autre portion de matière organique, en y versant deux fois son volume d'alcool concentré. En agissant ainsi, on ne court aucun risque de confondre le cuivre qui proviendrait d'un empoisonnement avec celui qui peut exister naturellement dans le vin et dans d’autres liquides qui n'auraient pas séjourné dans des vases de cuivre el qui auraient été pris comme aliments, parce que la proportion de ce dernier dans ces liquides alimentaires est tellement faible que l'acide sulfhydrique ne peut pas le précipiter.
IL n’en serait pas de même si le vin ou les autres liquides avaient séjourné dans des vases de cuivre et qu'ils tinssent en dissolution une quantité plus ou moins notable d'un sel cuivreux : on concoit que dans ce cas le vin où les autres liquides seraient empoisonnés par le sel cui-
.vreux, tout comme si, par malveillance, on avail mêlé ce sel au vin. Dans ce cas , l'expert serait aidé dans la solution du problème, par la connaissance qu’il aurait du séjour prolongé du vin dans des vases de cuivre , et par les accidents qu’auraient pu déterminer ce vin et les autres liquides : n'est-il pas vrai, par exemple, que du vin, qui aura séjourné dans des vases de cuivre, pourra tenir en dissolution une assez grande quantité d'un sel cuivreux pour donner avec le gaz sulfhydrique
804 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | un précipité de sulfure de cuivre brun noirâtre, sans en renfermer cependant assez pour occasionner une intoxication ? Il est évident que, si un. individu qui aurait bu de ce vin eût éprouvé les symptômes de l’empoisonnement par un sel cuivreux , qu’il eût succombé ou non, il serait difficile d'attribuer ces symptômes au cuivre contenu dans le vin *ingéré ; tout porterait à croire, au contraire, que les accidents éprouvés par le malade devraient être attribués à un toxique cuivreux, administré comme poison , et que le cuivre obtenu par l’analyse proviendrait à la fois de ce toxique et du vin ingéré. Le problème serait insoluble si le vin qui aurait séjourné dans des vases de cuivre contenait une quanlité de ce mélal telle, que non-seulement il serait abondamment précipité par le gaz sulfhydrique, mais qu’il serait encore susceptible de développer les symptômes de l’empoisonnement ; car en définitive ces boissons accidentellement empoisonnées ne diffèrent pas de celles qui auraient pu être administrées par la malveillance. Dans cette circonstance difficile, l’expert ne pourrait éclairer le magistrat , qu’en lui faisant connaître, d’après la quantité du sel cuivreux renfermé dans une portion de vin semblable à celui qui aurait été avalé, si cette quantité pouvait ou non donner lieu à des accidents graves.
Admettons actuellement le cas où la proportion du sel cuivreux con. tenu dans le liquide alimentaire ou dans les autres matières liquides, et administré comme poison , serait tellement faible que le gaz acide sulf= hydrique ne pourrait pas le découvrir, et qu’il faudrait, pour le déceler, recourir à la moitié d’une aiguille fine, comme je l’ai dit à la page 801 : pourrait-on conclure alors, d’après l'existence seule du cuivre, que celui-ci provient d’un empoisonnement ? Non certes, car il pourrait aussi bien provenir du vin, de la bière, et d’autres liquides alimentaires, qui contiennent une très-petite quantité de cuivre, que l’aiguille met en évidence et qu’elle seule peut même déceler. Il faudrait, dans ce cas , se tenir en garde et ne pas affirmer ; on se bornerail à dire quelle cuivre oblenu par ce moyen peut provenir d’un sel cuivreux administré comme poison ; le commémoratif, les symplômes éprouvés par le malade, et les altérations cadavériques, seraient ensuite invoqués pour décider s’il y a eu ou non empoisonnement, si l’intoxication est probable, etc. Tels sont les vrais principes ; aussi me garderai-je bien d'adopter l'opinion de M. Devergie, qui, en parlant des conséquences à tirer de l'emploi de l'aiguille, et pour éluder la difficulté que je viens de soulever, l’a tranchée d’une manière qui n’est pas soutenable. « Il faudra, dit-il, pour être en droit de déclarer qu'il y a eu empoisonnement, pouvoir déceler la présence du poison par les réactifs ordinaires des sels de cuivre (lame de fer, cyanure jaune de potassium et de fer, elc,), et ne pas conclure lorsque, pour faire reconnaitre l'existence
du cuivre, il aura fallu recourir à ce moyen si sensible qui consiste à suspendre , à l’aide d’un cheveu , la moitié d’une aiguille fine au milieu du liquide préalablement acidulé » (Médecine légale, tome IT, p. 526, 2e édition ). Ainsi voici une déclaration d’impuissance, pour un certain nombre de cas d’empoisonnement, dans lesquels je maintiens que l’intervention de l’expert peut être fort utile, dans les limites que je viens de lui assigner. Je dis pour un certain nombre de cas; en effet, n’est-il pas évident pour tout le monde que ces cas se présenteront toutes les fois qu'il ne restera que des traces du sel cuivreux administré comme poison, soit parce que ce sel aura été expulsé presque en totalité par les vomissements et par les selles, déjections qui auront pu êlre soustraites, soit parce qu'il aura été en partie absorbé, et que l’on ne pourra expérimenter que sur les liquides trouvés dans le canal digestif après la mort et dont la proportion sera excessivement faible ? Une pareille opinion ne soutient pas le plus léger examen. J'en dirai autant de la recommandation faite par le même auteur, lorsqu'il dit, à l’occasion de ce problème, « qu’il y a lieu de se mettre à l’abri de toute supposition relative au cuivre naturellement contenu dans le corps de l’homme.» Évidemment ce cuivre, que l’on ne parvient à extraire des tissus du canal digestif qu'à l'aide d’agents énergiques, ne peut se trouver dans la matière des vomissements ni dans celles que l’on recueille dans le canal digestif. M. Devergie eût été dans le vrai, si, comme je l’ai fai, il eût dit qu’il y avait lieu de se mettre à l’abri de toute supposition relative au cuivre naturellement contenu dans certaines substances alimentaires. | Seconn cas. — L’'acétate de bioxyde de cuivre a été précipité par le liquide alimentaire ou par la matière des vomissements et il n’est plus en dissolution. Ce cas est on ne peut plus rare, parce qu’alors même que la précipitation dont je parle s’est effectuée; il reste presque toujours dans la liqueur une certaine quantité du sel cuivreux, que l’on reconnaîtra par les moyens qui viennent d’être indiqués ; mais je suppose que cela ne soit pas et que tout le cuivre se trouve précipité. IL faut savoir, comme un fait qui domine la question, que j'ai démontré dans mon travail sur l’empoisonnement par le cuivre (voy. Mémoires de l’ Académie royale de médecine, t. VIII, année 1840), que les divers précipités obtenus à l’aide d’un sel de cuivre et d’une matière organique sont légèrement solubles dans l’eau bouillante ; il en es de méme du toxique cuivreux qui, après avoir été absorbé, se trouve dans le foie, dans les tissus du canal digestif, etc. Gela étant, il ne s’agit, dans l'espèce, que de faire bouillir avec de l’eau distillée, pendant vingt ou vingt-cinq minues , les précipités dont je m'occupe , aussi bien que les dépôts obte-
nus en coagulant les liquides par la chaleur ou l'alcool (voy. p. 803 );a dissolution aqueuse sera filtrée et évaporée jusqu’à siccité dans une cap= sule de porcelaine; le produit desséché sera ensuite carbonisé par son poids d’acide azotique concentré et pur. Pour cela, on introduira dans une capsule de porcelaine, que l’on placera sur un fen doux, un poids d'acide concentré marquant 4{ degrés à l’aréomètre, égal à celui de là malière coagulée sur laquelle on opère, et qui devra être aussi desséchée que possible ; on ajoutera peu à peu, et à des intervalles d’une minute environ, quelques fragments de la matière coagulée; il se dégagera aussitôt des vapeurs blanches, puis du gaz bioxyde d’azote ; la liqueur entrera en ébullition , et les divers fragments ne tarderont pas à sé dissoudre. En agissant ainsi, il est rare qu’il se forme assez de mousse pour entraver l’opération ; tandis qu’il s’en produit souvent une énorme quantité quand on a mis à La fois toute la matière dans la capsule; dans ce cas, pour empêcher celle-ci de déborder et de se répandre au-dehors, on retire le vase du feu, et on agite la matière jusqu’à ce que la mousse soit à peu près affaissée ; alors on continue à chauffer. Dès que la liqueur, qui d’abord était d’un jaune clair, puis orangée, aura acquis une couleur rouge foncée et se sera épaissie , on peut s’atlendre à la voir se. carboniser sur une partie de la circonférence ; mais on aurait tort dé retirer la capsule du feu , par cela seul que la matière est noire dans quelques-uns de ses points , par exemple, dans ceux qui ont été desséchés les premiers ; il ne faut enlever le vase du feu qu’au moment peu éloigné où la carbonisation sera accompagnée du dégagement d'une fumée épaisse , quelquefois tellement intense, que l'observateur aurait de la peine à apercevoir le charbon qui se produit presque instantanément au milieu de la capsule, quoiqu'il offre pourtant un volume ‘assez considérable. Après avoir laissé refroidir le vase, on enlève le charbon, on le pulvérise dans un mortier de verre ou de porcelaine trèspropre, et on le fait bouillir pendant vingt ou vingt-cinq minutes avec de l'acide azotique étendu de son volume d’eau ; on filtre; la liqueur incolore, jaunâtre ou jaune, contenant de l’azotate de cuivre, sera évaporée jusqu’à siccité pour chasser l'excès d’acide ; le produit , traité par l’eau distillée bouillante, fournira un so/utum, dont on précipitera le cuivre, soit à l’aide d’une lame de fer, soit à l’aide de l'acide sulfhydrique.
Vert-de-gris se trouvant à la surface du canal digestif. Après avoir étendu ce canal, on séparera attentivement, à l'aide d’un canif, toutes les particules verdâtres ou bleuâlres qui pourraient se trouver à sa surface, ainsi que le mucus qui serait mélangé avec le vert-de-gris; les tissus seront alors lavés pendant dix à douze minutes avec de l’eau dis-
DU VERT-DE-GRIS. 807 lillée froide, afin de détacher ce qui pourrait rester de vert-de-gris sur l'estomac et sur les intestins. Cette eau de lavage sera réunie au premier liquide, et traitée comme il a été dit à la page 803. = Acétate de cuivre absorbé et contenu dans le canal digestif, dans le foie, la rate et les reins. Les cadavres ne devant être ouverts au plus {ôt que vingt-quatre heures après la mort, et l'expérience n'ayant démontré que ce temps suffit pour qu’une certaine quantité d’acétate de cuivre soi portée, par l'effet de l’imbibition cadavérique, jusqu’à la surface du foie, de la rate et des reins, on devra couper l’un de ces organes en petits fragments, et surtout le foie, et le laisser pendant une heure ou deux dans de l’eau distillée froide, qui dissoudra la totalité du sel cui-
vreux imbibé et une très-petite proportion de celui qui aurait pu être * absorbé pendant la vie; à plus forte raison, les choses se passeraient-elles comme je l'indique, si l’autopsie cadavérique n’était faite que plusieurs jours après la mort. On filtrera la dissolution aqueuse obtenue, et on l'évaporera jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine; le produit desséché sera ensuite carbonisé par son poids d’acide azotique concentré et pur (voyez, pour le procédé, la page 806). On fera bouillir le charbon pendant un quart d'heure avec de l'acide azotique étendu de son volume d’eau ; on filtrera; la liqueur incolore, jaunâtre ou jaune, contenant de l’azotate de cuivre, sera évaporée jusqu’à siccité pour chasser l’excès d'acide; le produit, traité par l’eau distillée bouillante, fournira un solutum dont on précipitera le cuivre, soit à l'aide d’une lame de fer, soit par l'acide sulfhydrique gazeux.
Si, à la suite du traitement des viscères par l’eau froide, on n'avait pas obtenu du cuivre, on ferait bouillir ces viscères, coupés en pelits fragments, avec de l’eau distiée, pendant une ou deux heures, et l’on agirait sur le decoctum comme il vient d’être dit. Ge decoctum contiendra du cuivre, si les divers organes renfermaient encore une préparation cuivreuse provenant d’un empoisonnement; en effet, je. me suis assuré, par des expériences nombreuses : 1° que l’on obtient constamment ces résultats en opérant sur le foie des chiens morts empoisonnés par l’acétate ou le sulfate de cuivre, soit que l’on tente l’analyse immédiatement après la mort ou longtemps après; 2 qu’on ne retire pas, au contraire, un atome du cuivre dit normal, en agissant, comme il vient d’être dit, avec l'acide azotique, sur une dissolution obtenue soit à froid, soit en faisant bouillir pendant une ou plusieurs heures,
avec de l’eau distillée, le foie d’un homme adulte, pourvu que l’on n’ait pas incinéré le charbon avant de le soumettre à l’action de lacide azotique étendu d’eau; en sorte qu'il est possible d'affirmer que le métal obtenu n’est pas le cuivre dit normal. Il n’en serait pas ainsi si le charbon eût été incinéré; car, alors même que le foie n’aurait été
soumis à l’action de l’eau bouillante que pendant une ou deux heures, celle-ci aurait dissous une quantité notable de matière organique, dans laquelle se trouverait nécessairement le cuivre qui fait partie essentielle de cette portion de matière. Tant que le charbon fourni par cette matière n’est pas incinéré, l'acide azotique affaibli avec lequel on agit sur lui n’attaque pas ce cuivre; il en est tout autrement dès que ce charbon est réduit en cendres.
Je ne prétends pas qu’il suffise d’une ou deux heures d’ébullition pour dissoudre la totalité de la préparation cuivreuse contenue dans le foie d’un animal empoisénné, puisque, même au bout de six heures d’ébullition, ce viscère n’est pas complétement dépouillé de cette préparation; je veux seulement établir qu’en agissant comme je conseille de le faire, on dissout une assez grande quantité de ce composé pour meltre son existence hors de doute. |
Il est nécessaire d'employer, pour ces expériences, de l'acide az0tique pur, car l'acide du commerce contient souvent du fer et quelquefois du cuivre. \ à
Il faut aussi filtrer les diverses liqueurs avec du papier ne contenant point de cuivre. On sait que le papier gris ordinaire a fourni à M. Hiest- Reynaert des quantités assez notables de ce métal, et que le papier jo-. Seph lui en a aussi donné des traces, et qu’il a suffi de tremper à chaud deux feuilles de papier gris ordinaire dans de l'acide sulfurique étendu , pour que le liquide se comportât avec les divers réactifs comme les sels de cuivre. Évidemment, si l’on eût filtré avec un pareil papier une assez grande masse d’un liquide suspect plus ou moins acide, le liquide aurait pu dissoudre le cuivre du papier , et cela d'autant mieux qu'en général ces sortes de filtrations s’opèrent lentement, par suite de la présence de la matière organique, et que le liquide aurait eu le temps d'agir sur le papier. Il importe donc d'essayer attentivement les papiers à filtre lorsqu'on cherche un composé cuivreux, et de les rejeter, s'ils contiennent du cuivre, pour recourir au papier Berzelius, et à son défaut, au verre pilé ou au sable pur lavé, car le fil et le coton pourraient aussi renfermer du cuivre. Il suffira, pour faire l'essai dont je parle, de filtrer à plusieurs reprises, à {ravers un même filtre, une liqueur aqueuse assez fortement acidulée par l'acide sulfurique, et beau- Coup plus acide que la liqueur suspecte sur laquelle on doit agir : si la liqueur, après avoir passé plusieurs fois sur le filtre, ne donne aucune trace de cuivre par Les réactifs les plus sensibles, on pourra sans inconvénient faire usage du papier.
"C'est ici le cas d'examiner quel est le procédé de carbonisation qu’il faut préférer, de l'acide sulfurique, tant prôné par MM. Flandin et Danger, de l'acide azotique, que j'ai proposé, ou de cet acide additionné
DU VERT-DE-GRIS. 809 d'un quinzième de chlorale de potasse, ainsi que l’a indiqué M. Millon. Mon neveu [.-L. Orfila s’est chargé de résoudre ce problème intéressant (Voy. dissertation inaugurale soutenue à la Faculté de médecine de Paris en 1851). Il a constamment suivi à la lettre les méthodes décrites par ces auteurs, el il a dosé les proportions de cuivre, à l’état de sulfure, qu’il avait obtenu en faisant passer un courant de gaz acide sulfhydrique en excès. Voici les détails des expériences qu'il a tentées : | 4° Il à parfaitement mélangé 50 grammes de foie, réduit en pulpe, avec un demi-gramme de sulfate de cuivre; il a partagé la masse en trois parties égales, et il les a carbonisées ; les charbons, traités convenablement, ont fourni par
L’acide sulfurique. . . .- . ... .. 0,05 H'AGIde aZOTIQUe. . . . +. - e : 0,20 L’acide et le chlorate. . . . . . . à 0,10
: Cette dernière carbonisation a été accompagnée de déflagration.
En répétant l'expérience avec 25 grammes de foie, il a obtenu :
Acide sulfurique. . . - . .. .. 0,02 Acide azotique. . . . . RS TT RE 0,10 Acide azotique et chlphats. sde 0,10
20 Il a carbonisé parties égales d’un liquide animal contenant 5 centigrammes de sulfate de cuivre pour 10 grammes de liquide, ce qui lui a donné:
Acide sulfurique. . , . . « . . .« . 0,01 Acide azotique. . - . . . . + ... . 0,10 Acide azotique et nhiétae Ni 0,10
30 En carbonisant comparativement 45 grammes du foie d’un chien empoisouné par 30 grammes de sulfate de cuivre, qui avait succombé une heure après l’intoxication , il a trouvé:
Acide sulfurique. . . . . + +. , . 0,01 Acide azotique. . . + + + « + + . + 0,07 Acide azotique et chlorate. . . . . 0,02
4 Le liquide extrait de l'estomac de ce chien, divisé en trois parties égales, a été carbonisé par les trois procédés el a fourni :
Acide sulfurique. : . . « - . - - : 0,6 Acide azotique. . . . . at 1 gr.
Acide azotique et noie Ru bss 0,9
Ces expériences démontrent jusqu’à l'évidence la supériorité de l'acide azolique sur l'acide sulfurique, proposé par MM, Flandin et Danger , el
sur l'acide azotique additionné d'un quinzième de chlorate de potasse, indiqué par M. Millon ; cette dernière méthode offre d’ailleurs l’incons vénient de donner quelquefois lieu à une déflagration qui occasionne la perte d’une certaine quantité de matière. |
Si les-recherches dont je viens de parler étaient infructueuses pour déceler le cuivre, faudrait-il agir sur les viscères avec dés agents plus énergiques que l’eau, comme les acides concentrés par exemple, ou recourir à l’incinération ? Non certes; car l'expérience m'a démontré que le foie, la rate, les reins, le canal digeslif, les poumons et le cœur d'un adulte, à l'état normal, réunis, épuisés par l’eau bouillante, desséchés et. carbonisés par l’acide azotique, donnent une très-petite quantilé du cuivre qu’ils renferment naturellement. Quant à l'incinération , on sait qu’elle permet d'extraire la totalité de ce cuivre. Dans quel embarras l'expert ne se trouverait-il pas dès lors pour décider si le métal
oblenu , que je supposerai en proportion faible, provient d’un empoi-
sonnement, ou bien s’il fait partie de celui qui existe naturellement dans nos viscères! Dira-t-on qu’il serait possible de trancher la question en ayant égard à la quantité de cuivre recueillie? Je ne saurais partager celte opinion. Tout en admeltant avec M. Devergie que la pro-
CE D . L + portion de cuivre naturellement contenu dans les intestins de l’homme
el de la femme adultes ne dépasse pas en général 46 milligrammes, il m'est impossible d'adopter avec lui qu’il.y ait une certaine importance médico-légale à tenir compte de cette proportion pour décider, à l’aide de lincinération, si le cuivre obtenu est ou non du cuivre d’enmpoisonnement, parce que, comme il le dit lui-même, les quantités de cuivre naturel trouvées dans le petit nombre d'expériences qu'il a faites sont trop variables pour que l’on puisse considérer le chiffre indiqué comme exact, el surtout parce qu’il peut arriver tous les jours qu’à la suite d’un empoisonnement par un sel cuivreux, il reste assez peu de ce sel dans les intestins pour qu’en réunissant le poids du cuivre qu’il fournirait à celui qui existe nafurellement dans ces viscères, on n’oblint que 40 à 50 milligrammes. On pourrait tout au plus avoir égard à la proportion de cuivre que donne l’incinération, quand cette proportion dépasserait de beaucoup celle.que des expériences ultérieures et plus multipliées auront indiquée comme élant réellement le maximum du cuivre normal.
Acétate de cuivre dans un cas d'exhumation juridique. — Exri- RIENCE. — Le 8 novembre 1826, on enterra à 1 mètre environ de profondeur une boîte mince de sapin contenant un estomac dans lequel étaient enfermés 65 grammes de vert-de-gris, des morceaux de viande, un blanc d'œuf et de la soupe maigre. L’exhumation de la boîte eut lieu le 7 août 1827. Les matières contenues dans l'estomac étaient vertes ; après les avoir coupées en petits fragments et les avoir fait bouillir dans de l'eau distillée,
on vit que la dissolution filtrée ne présentait avec les réactifs aucun des caractères des sels de cuivre; il en était de même de la’ liqueur obtenue en faisant bouillir l’estomac dans l’eau. L’acide chlorhydrique faible ayant été mis en contact avec toutes les parties vertes, celles-ci devinrent grisätres et d’un aspect gras; après avoir agité pendant quelques minutes, on filtra : Ja dissolution chlorhydrique était d’un bleu verdâtre et précipitait en brunmarron par le cyanure jaune de potassium et de fer, en noir par l'acide sulfhydrique et en bleu par la potasse et la soude ; lammoniaque bleuissait.
D'où il suit: {° que, par son séjour avec les matières animales dans la terre, le vert-de-gris se décompose, et que le bioxyde de cuivre forme avec le gras de cadavres une sorte de matière savonnense inso- Juble dans l'eau ; 2° que, dans un cas d’empoisonnement de ce genre, il serait possible de démontrer la présence de ce bioxyde à l'aide de J'acide chlorhydrique affaibli, sauf ensuite à tenir compte, avant de se prononcer sur l'existence d’un empoisonnement, de toutes les difficuliés qui ont été signalées aux pages 803 el suivantes.
… Acétate de cuivre introduit dans le canal digestif après la mort. — Expémence F°. — Un petit chien a été pendu à midi; immédiatement après, on à introduit dans le rectum environ 4 grammes de vert-de-gris pulvérisé, et on a fait l'ouverture du cadavre quarante-huit heures après. Le canal intestinal offrait son aspect ordinaire , excepté dans les deux derniers travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l'anus ; l'intérieur de cette portion du rectum contenait tout le poison employé; les tuniques qui le composent étaient un peu épaissies et d’une couleur bleue verdètre, en sorte que le vert-de-gris paraissait s'être intimement combiné avec les membranes. Lln'y avait aucune trace d'inflammation ni d'ulcération.
Expérence IL — À neuf heures du matin, on a introduit dans le rectum d’un carlin bien portant 2 gr. 60 centigr. de vert-de-gris pulvérisé; deux jours après, on lui en a remis 1 gr. 50 centigr. L'animal est tombé dans l'abattement ct a expiré à la fin du huitième jour. — Ouverture du cadavre. L’estomac offrait, près du pylore, deux taches noirâtres formées par du sang extravasé dans le chorion de Ja membrane muqueuse ; la moitié inférieure du colon et le commencement du rectum présentaient plusieurs plaques rouges de la grandeur de petits pois; le reste du canal digestif était sain, excepté la fin du rectum; on voyait un peu au-dessus de l'anus deux ulcères larges comme des pièces de 50 centimes, à bords épais, relevés, séparés entre eux par une multitude d’autres petits ulcères. Les parties de cette portion d’intestin non ulcérées étaient chamarrées de taches d’un vert bleuâtre foncé , et d’autres d’une couleur rouge.
Exréemnce LIT. — Un chien caniche a été pendu à midi; une heure et demie après, on a introduit dans le rectum 4 gr. de vert-de-gris pulvérisé. On a fait l'ouverture du cadavre le lendemain, à deux heures : il n’y avait que la partie inférieure du rectum , où le vert-de-gris avait été appliqué , dont les tuniques fussent teintes eu bleu verdätre par le poison : on ne dé-
S12 - DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. 4 couvrait pas la moindre trace de rougeur ; le reste était dans l’état naturel.
Exrérience [V. — On a introduit du vert-de-gris dans le rectum de deux cadavres humains, vingt-quatre heures après la mort; on en a fait l'ouverture trente-six heures après, et on a observé les mêmes phénomènes que dans expérience précédente.
Conclusions (voyez page 59).
Action sur l’économie animale.
Exrérence, -— À neuf heures du matin, j’appliquai 50 centigr. de sulfate de cuivre sur une plaie faite au cou d’un chat très-fort. À une heure, l'animal était dans un grand état de langueur ; à trois heures ,ilne pouvait plus se tenir sur ses pattes : il mourut le lendemain, à sept heures du matin. À l'ouverture du cadavre, on trouva les viscères de l'abdomen dans l'état naturel, excepté la portion cardiaque de l'estomac, qui offrait une tache inflammatoire; la vessie urinaire était distendue ; le cerveau n’offrait aucune altération. |
M. Campbell, auteur de cette expérience, conclut que le sulfate de cuivre agit en altérant la fexture des parties sur lesquelles il est appliqué. |
M. Smith, dans la dissertation inaugurale déjà citée, s'exprime ainsi en parlant de ce poison : «Appliqué à l'extérieur, à des doses beaucoup plus fortes que celles qu’on est dans le cas d'employer, le sulfate de cuivre borne son aclion à la partie qu’il cautérise. Il paraît que la force astringente el caustique dont il est doué s'oppose à son absorption.»
On voit, en rapprochant les travaux de ces deux physiologistes, qu'ils s'accordent à regarder le sulfate de cuivre comme un poison irrifant, dont l’action se borne aux parties qu’il touche. J'ai à cet égard une opi* nion contraire, appuyée sur les expériences suivantes.
ExPéRrENcE T°. — A midi, j'appliquai 55 centigr. de sulfate de cuivre sur une plaie faite au cou d’un petit chien faible. Deux jours après, l’animal, qui avait constamment refusé les aliments, était plongé dans un grand état d’abattement; il mourut dans la nuit du deuxième au troisième jour. — Ouverture ducadavre. Le tissu cellulaire sous-cutané correspondant à la plaie était enflammé, légèrement infiltré et recouvert d’une couche verdâtre. La membrane muqueuse de l'estomac, surtout vers le cardia, était rougcâtre. L'intérieur du rectum, dans l'étendue de quatre travers de doigt, offrait une multitude de rides d’un rouge noir ; le reste du canal digestif
ne présentait aucune altération ; les poumons étaient injectés el tachetés de plaques rouges.
Expérience [l. — Cinquante centigr. de sulfate de cuivre furent appliqués, le 3 octobre, à midi, sur le tissu cellulaire de la partie inférieure du cou d’un chien robuste et de moyenne taille : l'animal mourut dans la nuit du 6 au-7, sans avoir éprouvé d’autres symptômes que de l'abattement, de linappétence et des déjections alvines.— Ouverture du cadavre. La plaie offrait le même aspect que dans l'expérience précédente ; l'estomac contenait une assez grande quantité d’un fluide brunâtre, filant ; sa membrane muqueuse , de couleur naturelle, présentait au pylore une tache noire du volume de la tête d’une épingle; l'intérieur du rectum était d'un rouge noir, sans la moindre trace d’ulcération ; le reste du canal digestif paraissait sain ; les poumons étaient gorgés de sang et comme marbrés par des plaques noirâtres; le cœur renfermait du sang coagulé; on voyait sur une des colonnes charnues du ventricule gauche une tache d’un rouge assez vif, peu étendue et peu profonde (1).
Expérience II. — On applique sur le tissu cellulaire sous cutané du cou d’un chien robuste et de moyenne taille, 4 grammes de sulfate de cuivre cristallisé et réduit en poudre fine; on réunit les bords de la plaie à l’aide de quelques points de suture. L'animal meurt au bout de vingt-cinq heures et n’est ouvert que le surlendemain. La couche musculaire qui est immcdiatement au-dessous de celle qui était en contact avec le sel est bleue, comme si ce sel eût été appliqué sur elle.
Le foie, la rate, les reins, les poumons et le cœur, soumis ensemble à l'action de l’eau bouillante pendant six heures, ont fourni un décoctum d’où l’on a extrait du cuivre par le procédé de la carbonisation déjà décrit; on en a également retiré de ces viscères épuisés par l'eau bouillante, desséchés et carbonisés de même.
L’urine contenue dans la vessie (environ 36 grammes) s’est comportée avec les agents précités de manière qu'il me soit seulement permis d’élever quelques probabilités en faveur de lexistence dans ce liquide d’une proportion infiniment petite d'un sel cuivreux.
Expénexce IV. — On appliqua 1 gr. 60 centigr. de sulfate de cuivre sur la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste; animal n'éprouva que de l'abattement et mourut quarante heures après l'application du poison. — Ouverture du cadavre.Tous les organes paraissaient être dans l'état naturel , excepté l'estomac, dont la membrane interne était d’un rouge vif dans toute son étendue, et offrait çà et là des taches brunâtres ; il y avait en outre, dans ce viscère, une assez grande quantité d'un fluide jaunâtre , comme bilieux.
Expérience V. — On lie l'œsophage d’un petit chien robuste, auquel on venait de faire prendre 60 centigr. de sulfate de cuivre dissous dans 100 gr. d’eau. L'animal meurt au bout de douze heures, et n est a que cinquante-trois heures après la mort. La membrane muqueuse de
F cute OS DIAUN 2 RE (1) J'ai remarqué la même altération du cœur sur un autre chien placé dans les mêmes circonstances que celui dont je parle,
l'estomac est fortement enflammée, et l’on n’aperçoit à l'extérieur d&ce | viscère ni sur les-autres organes abdominaux, aucune coloration verte qui | puisse faire penser que le sulfate de cuivre a transsudés du reste, la ma jeure partie de la dissolution cuivreuse est encore dans l'estomac. On fait bouillir dans l’eau distillée, pendant six heures, le foie, la rate, les pou= mons et le cœur, et l’on et le decoctum, ainsi que les viscères qui ont subi cette ébullition, à la carbonisation par l'acide azotique et aux autres traitements si souvent indiqués, et l’on ne tarde pas à en retirer du cuivre, soit à l'aide d’une lame de fer, soit par le moyen du gaz acide sulfhydrique.
Exrérience VE — On introduit dans l’estomac d’un petit chien, 2 gr. 50 centigr. de sulfate de cuivre dissous dans 100 gr. d’eau, et on ke: lœsophage. L'animal succombe au bout d’une heure cinq minutes et est ouvert à l'instant même. On enlève immédiatement le foie , la rate, les reins, les poumons et le cœur, sans percer le canal digestif. Celui-ci n'offre aucune coloration bleue à l'extérieur; la membrane muqueuse de l'estomac est d’un rouge vif. rt
Soumis à l'action de l’eau bouillante pendant six heures, les cinq vig= cères précités donnent un decoctum qui, étant filtré, desséché carbonisé par l'acide azotique concentré, etc., fournit une proportion notable de cuivre,
Le
de dois conclure de ces faits que le sulfate de cuivre est absorbé, et qu’il porte son action d'abord sur la membrane muqueuse de l’estomac, puis sur celle du gros intestin, si l'animal résiste pendant es jours aux effets meurtriers du poison.
Recherches médico-légales.
Ce sel, connu aussi sous les noms de witriol bleu, de couperose bleue, et de vitriol de Chypre, a une saveur âcre, métallique, styptiqueset presque caustique ; il cristallise en rhomboïdes ou en prismes à quatre faces. Ghauffé dans un creuset, il perd son eau de cristallisation, se boursoufle et blanchit, ce qui prouve que la couleur bleue qu'il offre ordinairement dépend de son union avec l’eau. IL se dissout très-bien dans l’eau : sa dissolution est d’une couleur bleuâtre. La potasse;"la soude et l’ammoniaque, l'acide sulfhydrique, les sulfures , le cyanure jaune de potassium et de fer, etc., se comportent avec elle comme avec l’acélate de cuivre; il n’en est pas de même de l’eau de baryte : cet alcali la précipite abondamment, ct le précipité, d'une couleur blanche bleuàâtre , est formé de sulfate de baryte blanc et de bioxyde de cuivre bleu; en effet, lorsqu'on le traite par l'acide azotique pur, il disparait en partie; tout l’oxyde est dissous dans l'acide, qui se colore en bleu, et il reste du sulfate de baryle d’un très-beau blanc. Le sulfate de cuivre n'est point décomposé par l'acide sulfurique, .
- Sulfate de cuivre dissous et mélé avec des liquides qui ne l'ont point décomposé, ou qui ne l'ont décomposé qu’en partie. Sulfate de cuivre absorbé et se trouvant dans le foie, dans la rate , dans les reins, dans la salive , etc. Les liquides dont je parle sont le vin, le decoctum de café, les liquides vomis , etc. Tout ce que j'ai établi aux pages 803 et suivantes, relativement à la difficulté de découvrir, par les réactifs, le vertde-gris qui aurait été mélé à ces sortes de liquides, trouve ici son application : le même procédé doit être mis en usage. À
Je ferai observer de nouveau que la présence du cuivre métallique suffit pour affirmer qu'il y a une préparation de ce mélal dans la matière soumise à l'analyse, mais qu’elle est insuffisante pour prouver que cette préparation est du sulfate de cuivre; peu importe, le point es- Sentiel est de constater l’existence d’un composé cuivreux. Quelques auteurs, ilest vrai, ont conseillé de traiter les matières suspectes par le chlorure de baryum dissous, et de conclure qu'il y avait du sulfate de cuivre, si l’on obtenait un précipité blanc de sulfate de bar yte insoluble dans l’eau et dans l'acide azotique ; mais il suffit de réfléchir un instant pour s’apercevoir combien ce caractère est illusoire; en effet, les matières alimentaires contiennent souvent des sulfates de soude, de chaux , etc. qui donnent, avec le chlorure de baryum, un précipité blanc de sulfate de baryte.
Sulfate de cuivre dans le pain. Dès l’année 1816, des boulangers belges ajoutèrent une certaine quantité de sulfate de cuivre à la farine, dans le but d'obtenir du pain d’une plus belle apparence. En 1829, les bourgmestres et les échevins de la ville de Bruges me firent l'honneur de me consulter pour savoir comment il fallait s’y prendre pour découvrir des atomes de sulfate de cuivre dans du pain. Les pharmaciens belges, qui s'élaient occupés de ce problème , n'étaient point parvenus à découvrir le sel cuivreux , parce qu’ils s'étaient bornés à calciner la masse jusqu’à la carbonisation. Je répondis qu’il était aisé de constater la présence de ce sel en poussant l'opération jusqu’à l’incinération (Archives générales de médecine , t. XIX). Depuis, MM. Barruel, Chevalier, Gaultier de Claubry, et surtout M. Kuhlmann, s’occupèrent de ce sujet. Ce dernier nous a appris que les boulangers mettaient pour chaque pain, plein la tête d’une pipe de dissolution de sulfate de bioxyde de cuivre; dans quelques cas, il a trouvé un petit cristal de ce sel dans un morceau de pain. En France, les boulangers ont également altéré la farine par le sulfate de cuivre. M. Thieulen a vu, en outre, que dans certaines circonstances le pain pouvait contenir une certaine quantité de cuivre, sans qu'il y eût eu fraude : ainsi des accidents se sont manifestés chez plusieurs habi- tants de La Rochelle, qui avaient fait usage de pain préparé avec du blé dont la mouture avait eu lieu avec des pièces de cuivre qui, par suilg
de l’usure, cédaient à la farine quelques parcelles de cuivre ; ce mélal | s’oxydait pendant la fermentation de la pâte, et donnait naissance à des | taches vertes de forme étoilée, au centre desquelles on voyait le plus | souvent une parcelle de cuivre métallique ; il a suffi, pour faire cesser | ces accidents, de remplacer la pièce de cuivre par une autre qui n’élail pas usée (Journal de pharmacie, août 1838).
Caractères du pain mélangé de sulfate de cuivre. S'il ne contient que des atomes de ce sel, il offre sa couleur ordinaire, et ne se colore pas par le cyanure jaune *P potassium, ni par l'an sa dissolution aqueuse faite dans l’eau distillée bouillante, ne donne aucune des réactions des sels de cuivre. Il n’en est pas de même si la proportion de sulfate de cuivre est plus forte; alors le pain présente une teinte bleue, et le cyanure jaune de potassium et de fer le colore en brun-marronsi le pain n’est pas bis. Dans l’un et l’autre cas, il suffit d’incinérer le pain dans un creuset pour obtenir une cendre bleue, qui, étant traitée par l'acide sulfurique faible, donnera du sulfate de bioxyde, de cuivre facile à reconnaître (Voy. p..814). Mais, comme l’incinération dont il s’agit exige plusieurs heures, même lorsqu'on n’opère que sur 100 ou 150 grammes de matière, é que d’ailleurs elle ne fait pas connaitre si Ja cendre est bleuie par le cuivre naturellement contenu dans le pain, Où par du cuivre que l’on aurait ajouté au pain, ilest préférable de recourir au procédé suivant : on fait bouillir le pain dans de l’eau acidulée par un dixième de son poids d'acide acétique radical: on évapore jusqu'à siccité la liqueur filtrée, et on carbonise le produit par l'acide azolique, en ayant soin de ne pas incinérer le charbon ; il suffit de faire bouillir ce dernier pendant vingt minutes dans de l'acide acélique affaibli, et de traiter le liquide filtré par un courant de gaz acide sulfhydrique, pour obtenir du sulfure de cuivre , facilement reconnaissable (Voy. p. 803). En procédant ainsi, on est certain de n'avoir pas dissous dans l’acide acétique faible la moindre trace du cuivre naturellement contenu dans le pain.
MM. H. d'Hauw et E. Van de Yyvère, pharmaciens à Br uges, ont reconnu la supériorité de ce procédé, que j'ai donné en 1847, sur tous les autres. Il résulte d’un travail fait par ces deux pharmaciens : 1° que la levure avec laquelle on fabrique le pain, si elle a séjourné pendant vingtquatre heures dans un vase en laiton , Contient une certaine quantité de cuivre, et que dans une analyse de pain, il est de toute nécessité que l'on fasse préalablement celle de la levure; 2° que parmi plusieurs sortes d'eaux provenant de puits, de sources, de canaux, de pompes , de citernes, prises à Bruges ou dans les environs de cette ville, trois seulement Pit ont fourni une minime quantité d’un composé cuivreux, et qu’il est par conséquent de foule nécessité d'analyser chaque fois
l'eau employée à la confection du pain (Journal de chimie médicale, juin 1850).
Sulfate de cuivre dans un cas d'exhumation juridique. Le 12 mars 1826, on a exposé à l'air, dans un bocal à large ouverture , des intestins plongés dans une dissolution de 12 grammes de sulfate de bioxyde de cuivre dans 2 litres d’eau. Le 18 juin suivant, le mélange exhalait une odeur des plus fétides ; la liqueur filtrée était d’un vert bleuâtre sale, et précipitait en brun-marron par le cyanure jaune de potassium et de fer, et en noir par les sulfures solubles; elle bleuissait par Pammoniaque. Voulant savoir jusqu’à quel point la dissolution conservait tout le sulfate de cuivre qui y avait été mis, on en à étendu une portion de quinze fois son volume d’eau , et l’on s’est assuré qu’alors les réactifs ci-dessus mentionnés agissaient à peine sur elle, tandis qu’une partie de la même dissolution , qui avait été mise à part le 12 mars, avant de la mêler avec les intestins, précipitait instantanément par ces réactifs, même lorsqu'elle était étendue de 200 volumes d’eau. II devenait alors indispensable de rechercher si les matières solides ne contiendraient pas l’oxyde de cuivre qui paraissait avoir été séparé de la dissolution. Ces matières, ayant été parfaitement lavées pour leur enlever tout le sulfate de cuivre avec lequel elles auraient pu être mélées , furent desséchées et calcinées ; le charbon résultant, indépendamment de ce qu’il offrait çà et là des points rougeâtres de cuivre métallique, étant traité par l’acide azotique à chaud , fournit de l’azotate de cuivre parfaitement reconnaissable.
Sulfate de cuivre très-étendu d'eau. Le 18 juillet 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture , contenant une portion d’un canal intestinal , 30 centigrammes de sulfate de bioxyde de cuivre dissous dans 1 litre et demi d’eau. Le 2 août suivant, le mélange exhalait une odeur très-fétide ; la liqueur était presque incolore, et ne contenait plus de sel cuivreux , puisqu'elle ne changeait pas même de couleur par l'addition du cyanure jaune de potassium et de fer, de l’ammoniaque, ni de l'acide sulfhydrique. Les intestins, lavés, desséchés et calcinés, fournissaient un charbon qui, étant traité par l’acide azotique, donnait de l’azotate de cuivre.
Ces expériences prouvent : 1° que, lorsqu'il est mélangé avec les matières animales , le sulfate de bioxyde de cuivre dissous se précipite de manière qu'il n’en reste plus dans la liqueur au bout d’un certain temps ; 2° qu'à la vérité, cette précipitation n’est pas tellement rapide qu'on ne puisse pas trouver une portion de sel en dissolution , même au bout de plusieurs mois, si l’on a agi sur quelques décigrammes de sulfate de bioxyde: 3° que dans tous les cas où il ne serait plus possible de . découvrir le sel cuivreux dans la liqueur, il faudrait dessécher les matières solides et les carboniser pour avoir le cuivre métallique, tandis qu’une autre portion de charbon serait traitée par lacide azotique pour obtenir de l’azolate de cuivre,