DU VIN, DU VINAIGRE, EE DES SAVONS QUIVREUX
Si l’on se rappelle avec quelle facilité l'acide acétique dissout le bioxyde de cuivre, on ne sera pas étonné que les vins acides qui séjournent dans des vases de cuivre incrustés de vert de-gris tiennent en dissolution une certaine quantité de cette substance.
Parmi les moyens propres à démontrer l’existence d’une préparation euivreuse dans les liqueurs de cette espèce, on doil donner la préfé
rence à celui qui consiste à précipiter la dissolution par l'acide sulfhydrique, comme il a été dit à la page 803.
Quelque compliquée que soit là composition des savons et des savonules cuivreux, on pourra toujours en obtenir le cuivre métallique. Les détails dans lesquels je viens d'entrer, en faisant l’histoire des diverses préparations cuivreuses, me dispensent de m’appesantir davantage sur cet objet , d’ailleurs peu important.
Questions médico-légales concernant les sels cuivreux.
1° MM. Barruel et Chevallier ont été requis pour déterminer si du bouillon gras dans lequel on avait trouvé un sel de cuivre avait été eme poisonné lorsqu'il était encore dans une marmite en fonte où il avait été préparé, ou bien si le sel de cuivre avait été ajouté au bouillon, après que celui-ci aurait été retiré de la marmite. Les experts ont adopté cette dernière opinion, se fondant sur ce que la marmite en fonte ne contenait aucune trace de cuivre à sa surface; tandis que la même marmile s'était recouverte d’une couche brillante de cuivre rouge, lorsqu'on y avai laissé pendant huit heures 4 kilogrammes 500 grammes de bouil: lon gras refroidi , tenant 32 grammes de sulfate de cuivre en dissolution, et que le bouillon alors, au lieu de contenir du sulfate de cuivre, renfermait du sulfate de fer. (Annales d'hygiène et de médecine légale, janvier 1830.)
On ne conçoit pas qu’à l’occasion de cette réponse, si conforme aux vrais principes de la science, M. Devergie cherche à apporter des restrictions en établissant que si, au lieu de bouillon gras, il eût été question de bouillon aux herbes ou d'une liqueur acide, les choses se seraient passées autrement. Il est certain que, dans ce dernier cas, le cuivre eût été plus promptement précipité que dans l'espèce qui faisait l’objet de la consultation médico-légale, si le sel cuivreux avait été ajouté à la liqueur pendant que celle-ci était encore dans la marmite, et les experts qui auraient vu le cuivre déposé sur le fer auraient répondu (out autrement qu'ils ne le firent.
2° Affaire jugée le 16 juillet1851, par la cour d'assises du Gers. — Dans la journée du 5 mars 1851, Marie Despax, épouse Dupuy, décéda au lieu de Baqué, commune de Roquebrune , à la suite d’une maladie qui avait duré une vingtaine de jours , et qui présentait des caractères étranges. Gette femme n’était âgée que de 38 ans; mais, comme elle était d’une constitution maladive, on ne Songea pas d’abord à suspecter les causes de sa mort. Cependant, vers la fin du mois de mars , des soupçons d’empoisonnement circulèrent dans la contrée; le maire et le brigadier de gendarmerie se transportèrent sur les lieux et recueillirent certains propos, certaines plaintes
de la malade ; ils saisirent une seringue et un pot à tisane offrant des taches verdâtres , qui semblaient dénoter la présence d’un composé cuivreux, ainsi que des grains métalliques trouvés dans la poche du pantalon de Laurent Dupuy , son mari. On apprit bientôt que ce dernier avait acheté récemment au sieur Marsan , droguiste à Vic-Fezensac, une certaine quantité d’acétale de cuivre ou verdet, et de l’acide sulfurique , et que lui seul avait préparé les remèdes pendant toute la maladie de sa femme; il fut aussitôt arrêté.
Dès ce moment, l'information dévoilà toutes les circonstances du crime prémédité et-accompli par l’accusé pendant la longue agonie de sa victime. Dupuy appela un médecin auprès de sa femme et permit à quelques voi-. sines de venir l’assister ; mais lui seul préparait les remèdes et les admipistrait. Ces remèdes n’ont fait chaque fois que redoubler les souffrances, au lieu de les apaiser, et la malheureuse Marie Despax n’a cessé de dire pendant tout le cours de la maladie : « Tu tes trompé, ce remède n’est pas celui qu’il me faut ! il me tue, il est aigre comme du vinaigre.» La veille de sa mort, elle disait à Marie Espiet. «Ge remède n’a tuée. » Devant M. Mieussens , officier de santé : «Je suis perdue , il faut qu'on m'ait empoisonnée. » Enfin, dans une autre circonstance : «Tant que lasœur de mon mari à été ici, je trouvais tous les remèdes bons ; aujourd’hui, je les trouve mauvais, ils me brülent.» Plusieurs témoins ont été frappés de la couleur bleue verdâtre que présentaient les vomissements et les excréments ; et dans une circonstance, Marie Despax ayant rejeté sur le sol de la chambre une gorgée de tisane que son mari voulait lui faire prendre, on vit aussitôt le liquide bouillonner à terre comme certains poisons.
Le 8 avril, on procéda à l’autopsie du cadavre, qui avait été exhumé, et trois experts furent chargés d'analyser les organes de Marie Despax, ainsi que les divers objets saisis au domicile de l'accusé. Les hommes de l’art ont été unanimement d’avis qu’il y a eu empoisonnement: 1° par l’introduction dans l’économie d’un composé de cuivre ; 2° par l'introduction d'une certaine quantité d'acide sulfurique par le rectum. Les taches provenant de la seringue et déposées sur la manche de toile qui lui servait d’enveloppe sont dues à un composé cuivreux, et les grains métalliques trouvés dans le pantalon de l'accusé renferment du cuivre. Ges conclusions deviennent accablantes contre Laurent Dupuy , qui possédait ces deux poisons depuis le mois de février ; il les avait achetés au sieur Marsan , sous prétexte de guérir le pied d’une de ses vaches : or l'information établit qu’à cette époque il n'avait plus de vaches depuis longtemps.
L'accusé vivait en mauvaise intelligence avec sa femme , et la maltraitait souvent ; il affecta un retour d'affection pendant sa dernière maladie, et fit parade, à sa mort, d’une douleur exagérée ; mais cette hypocrisie ne trompa personne; on le vit, quelques jours après, partir pour un voyage, en compagnie de Françoise Crespin, sa maitresse, et ses voisines furent indignées de sa conduite. Il paraît que dans une circonstance, il aurait dit à cette fille avant la mort de sa femme: «Sois tranquille, tu seras ma seconde.» Laurent Dupuy devait en outre, en vertu de son contrat de mariage , hériter de l’usufruit des biens de sa femme, évalués à 2,000 francs environ,
Ainsi la pensée d’une union coupable et d’un modique héritage paraît avoir été le mobile de ce crime. En conséquence , Laurent Dupuy est accusé, etc,
Aux débats , les médecins et les chimistes déclarent que l’'œsophage est. considérablement enflammé, que le rectum est en quelque sorte tanné et de couleur noirâtre; qu’il y avait de l’acétate de cuivre dans l'estomac et de l'acide sulfurique dans le rectum ; suivant eux, cet acide avait été donné en lavement.
Le défenseur, M Jules Borie, conteste le corps du délit. On verra, par les mots soulignés, comment cet avocat torture la science et lui fait direles plus grosses monstruosités dans l'intérêt de son client. Le cuivre était du cuivre normal, dit-il; l'acide sulfurique était Le produit de la putréfaction et des qax qui se dégagent pendant la décomposition. La maladie n’était qu’une inflammation des organes digestifs ; il n’y à eu de vomissements que le 4 mars; l’empoisonnement par l’acétaté de cuivre n'est pas possible sans des vomissements nombreux et abondants. Il
n'y «a donc pas crime. Mais s’il y avait crime, pourquoi Dupuy en se-"
rait-il l’auteur? Les motifs allégués sont misérables. L'intérêt d'argent? II est imperceptible. L’affection pour Françoise Crespin? Mais cette fille est atteinte d’un mal incurable, qui rend tout projet d'union de la part de Dupuy inadmissible. Si l’accusation avait démontré l’empoisonnement, pourquoi un empoisonnement criminel ? L’acétate de cuivre et l'acide sulfurique étaient dans la maison ; une méprise, un accident, étaient possibles ; enfin, s'il y a crime, pourquoi Dupuy en serait il l’auteur ? Pourquoi lui, qui pouvait satisfaire sa passion , sans briser les liens du mariage? Pourquoi lui , et pas une autre, qui pouvait et devait ambitionner le rang d’épouse légitime , surtout si les relations dont parle l'accusation ont existé? Laurent Dupuy a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Des préparations de plomb.