‹ Traite de versification françaiseChapitre 21 sur 51 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

alors des Troubadours

Fut la rime trouvée en chantant leurs amours;

Et quand leurs vers rimez ils mirent en estime,

Ils sonnoient, ils chantoient, ils balloient sous leur rime.

DE VERSIFICATION FRANÇAISE. Io5

Du Son se fît Sonnet, du Chant se fîst Chanson, Et du Bal la Ballade, en diverse façon.

Ces trouverres alloient par toutes les provinces. Sonner, chanter, danser leurs rimes chez les princes.

(Vauquelin de La Frênaie, Art poétique françois^X, I. Le Blanc-Hardel, éditeur, Caen.)

Sans nul doute, la ballade tire son origine de la poésie provençale où nous en trouvons des exemples fort remarquables; et l'étymologie nous ferait croire qu'elle était particulièrement un chant destiné à accompagner la danse. Dans le nord, elle se transforma : elle devint plus sérieuse. Elle commença, selon Pasquier, à être en usage sous Charles V. Froissart, en effet, fut l'un des premiers qui la mirent en vogue, Alain Chartier, Charles d'Orléans, Villon, Christine de Pisan, Clément Marot, ont laissé des ballades. Disparu ensuite un moment, ce genre fut encore cultivé, même sous Louis XIV, et nous trouvons de fort jolies ballades dans La Fontaine. Le xviii* siècle Foublia. Le nôtre, grâce à quelques maîtres de Pharmonie, Théodore de Banville, Jean Richepin, a tenté de le faire revivre.

Dans sa forme la plus régulière, la ballade est un petit poème composé de trois strophes et d'un envoi, avec un refrain. Les trois strophes, symétriquement égales, soit pour le nombre des vers, soit pour Tenlacement des rimes, forment des stances de huit, dix, douze vers, disposés en deux parties. L'une de ces parties, ordinairement la seconde, est le type que les formes de l'envoi doivent reproduire. Tous les

lOb TRAITE

couplets sont sur les mêmes rimes; tous les vers doivent avoir la même mesure, le plus souvent huit ou dix syllabes; ces vers peuvent être au nombre de huit, dix, douze, dans chaque strophe. Sur ce point, le poète avait une certaine latitude, ainsi que pour l'envoi; alors la ballade est dite irréguliôre.

Une dernière remarque. L'envoi doit classiquement commencer par le mot prince; quelquefois par les mots semblables, princesse, roi ou reine. Cet usage fut souvent oublié; mais nos contemporains le pratiquent le plus souvent, et dans La Chanson des Gueux, l'envoi des nombreuses ballades commence par le mot prince.

Nous empruntons une ballade à Villon « qui fut et reste, dit Th. de Banville, le roi, l'ouvrier invincible, le maître absolu de la ballade: »

Ballade que fit Villon à la requête de sa mère pour prier Notre-Dame.

Dame du Ciel, régente terrienne, Empérièrei des infernaulx paluss, Recevez-moy, vostre humble Chrestienne; Que comprinse soye entre vos esleuz, Ce non obstant qu'oncques3 rien ne valuz.

Les biens de vous, ma dame et ma maistresse, Sont trop plus grans que ne suis pécheresse ; Sans lesquelz biens âme ne peult mérir * N'avoir* les Cieulx: je n'en suis jengleresse*. En ceste foy je vueil vivre et mourir.

I. Impératrice. — 2. Marais. — 3. Jamais. — 4. Mériter. — 5. Ni avoir. — 6. Trompeuse.

A vostre Filz dictes que je suis sienne ; Que de 1 uy soyent mes péchez aboluz i ; Pardonnez-moi comme à l'Egyptienne, Ou comme il feit au clerc Théophilus, Lequel par vous fut quitte et absoluz >, Combien qu'il eust au Diable faict promesse.

Préservez-moi que je ne face-cesse; Vierge, pourtant, me vouilliés impartir 3 Le sacrement qu'on célèbre à la messe.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.

Femme je suis povrette et ancienne, Ne riens ne sçay ; oncques lettre ne leuz ; Au monstier voy, dont suis parroissienne, Paradis painct, où-sont harpes et luz, Et ung enfer où damnés sont bouiluz :

L'ung me faict paour, l'autre joie et liesse. La joye avoir fais-moy, haulte déesse A qui pécheurs doivent tous recourir, Comblez de foy, sans faincte ne paresse.

Eu ceste foy je vueil vivre et mourir.

Envoi.

Vous portastes, Vierge, digne princesse, Jésus régnant, qui n'a ne fin, ne cesse.

Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse, Laissa les cieulx et nous vint secourir, Offrit à mort sa très clère jeunesse.

Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.

En ceste foy je vueil vivre et mourir.

(F. Villon. A. Lemerre, éditeur.)

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