‹ Traite de versification françaiseChapitre 26 sur 51 · TRIOLET · texte numérisé non relu

TRIOLET

Le triolet est une sorte de rondeau composé de huit vers, ordinairement de huit syllabes et sur deux rimes. Le sens, ou repos, doit être complet après le second et le quatrième vers, comme après le huitième. Ce huitième vers n'est d'ailleurs que le second qu'on répète ; le premier vers devient également le quatrième et le septième. Celui de Jacques deRauchin est resté célèbre. Je suis heureux que mon ami Abel Bertier, le fabuliste distingué, me permette d'en offrir un nouveau, car ces petites choses sont aussi difficiles que les fables où il excelle :

Au lecteur de mes fables.

Les longs ouvrages me font peur, Et je borne ici ma carrière ; Comme à Jean, mon maître, ô lecteur, Les longs ouvrages me font peur.

Si de vous agréer j'ai I heur, Faire plus ne m*est nécessaire :

Les longs ouvrages me font peur, Et je borne ici ma carrière.

(Abbl Bertier^ Premier livre de fables. W e b e r - SÉuuiN, éditeur, Coulommiers.)

Le triolet est employé surtout pour des pensées et des scènes d'une galanterie délicate, pour l'expression spirituelle de sentiments affectueux et jeunes; ainsi les Prunes d'Alphonse Daudet. En voici un exemple, et, danà ce cas, la pièce entière forme une suite de triolets.

Ma Cousine tte.

Connaissez vous ma cousinette,

Ma cousinette aux grands yeux bleus,

Toujours le cœur, la lèvre en fête?

Connaissez vous ma cousinette,

Plus légère qu'une fauvette?

Elle a de blonds, de longs cheveux.

Connaissez vous ma cousinette,

Ma cousinette aux grands yeux bleus ?

Connaissez vous ma cousinette ?

C'est une reine et dit : Je veux.

Elle ne fait rien qu'à sa tête.

Connaissez vous ma cousinette ?

La malicieuse coquette Se rit toujours de mes aveux.

Connaissez vous ma cousinette ?

C'est une reine et dit : Je veux.

Mais la voici, douce et muette.

Comme tu nous changes, amour !

Est-ce bien là, ma cousinette ?

Mais la voici, douce et muette, Très songeuse ; plus de fillette.

Métamorphose d'un seul jour !

Mais la voici, douce et muette.

Comme tu nous changes, amour !

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