CHANSON
La chanson, en un sens tout à fait général^ est l'interprétation de tous les mouvements de l'âme et de toutes les passions; elle prend pour sujet tous les événements particuliers ou nationaux; cependant ce sens s'est restreint. La Marseillaise est un hymne; telle chanson de
V. Hugo est une élégie. La chanson proprement dite est un genre léger. Interprète du plaisir, du bonheur, du contentement intérieur, elle est gracieuse, souriante, parfois court vêtue, parfois avec une pointe de douce et rapide mélancolie. Voici une chanson inédite d'un des jeunes chansonniers de notre époque, et dont les œuvres sont toujours fêtées à la Lice Chansonnière.
Mon vieux fusil à pierre.
Au-dessus de la grande image Représentant la Liberté Broyant sous ses pieds l'Esclavage, Mon vieux fusil fait ma fierté; Il est tout gris par la poussière, Lui, qui jadis tonnait si fort...
Je le garde comnie un trésor, Mon vieux fusil à pierre.
Oui, j'aime à voir cette vieille arme Qui me rappelle mes amours.
Et dans mes yeux perle une larme En pensant à ces heureux jours :
Je le portais en bandoulière Dans mes nocturnes rendez-vous; 11 a surpris des mots bien doux, Mon vieux fusil à pierre.
Le dimanche, après la semaine, Fuyant le bruit du cabaret.
Je partais chasser dans la pluine. Le corps dispos, tout guilleret; Le soir, ma bonne ménagère Servait un lièvre succulent, Nous le mangions en bénissant Mon vieux fusil à pierre.
La goutte me rend invalide, (Voilà déjà plus de dix ans! ) Mais lui, toujours ferme^ solide, N'a pas servi depuis ce temps :
Pendant l'invasion dernière, Pour défendre notre drapeau Il valait bien un chassepot, Mon vieux fusil à pierre.
Ce débris de nos grandes gloires Ne manquait jamais Tennemi ; Ce fut un témoin des victoires De Jemmapes, Fleurus, Valmy *, C'est en le tenant que mon père Mourut en chassant l'étranger ; Fils, sache défendre et venger Mon vieux fusil à pierre.
(Albert Huguenin.)
Dans la chanson le refrain est indispensable. On a toujours eu en France des refrains pour se consoler. « Ils chantent, ils payeront, » disait Mazarin. Désaugiers, GoufFé, Brazier, Garât, ont eu des successeurs, l'immortel Béranger, H.Lefèvre, Flan,Protat,etNadaud toujours jeune, et Dupont toujours vrai. La chanson, quoi qu'on en dise, ne peut mourir en France : on l'aime trop, et ses Académies, Le Caveau et La Lice Chansonnière, en sont la preuve.